Charleville, les pantins sur l’Olympe !

Du 16 au 24 septembre, entre Place ducale et mont Olympe, Charleville-Mézières organise la 19ème édition de son Mondial des Marionnettes, le plus grand festival dans son genre à rassembler troupes et artistes venus des cinq continents. Un événement incontournable pour tous les amoureux d’un art fait de bois ou de chiffons. Qui se la joue In et Off, même dans les locaux de la CGT des Ardennes !

 

 

Qu’on se le dise, le doute n’est point de mise, Charleville est bien « le sanctuaire » de la marionnette ! Créé en 1961 par Jacques Félix, le fondateur de la compagnie des Petits Comédiens de Chiffons, le festival s’impose aujourd’hui sur la scène internationale comme le rendez-vous incontournable du pantin de bois, de chiffon ou de papier ! Aux côtés des deux compagnies d’artistes associés et « fils rouges » du festival (Agnès Limbos et sa compagnie « Gare centrale », le « TJP-CDN d’Alsace-Strasbourg » avec Renaud Herbin), s’offre en fait dans sa grande diversité la palette la plus dynamique et créative du spectacle vivant ! Pour la directrice Anne-François Cabanis, « comme un rituel désormais bien rodé, la ville se métamorphosera, neuf jours durant, en un immense castelet : salles, gymnases, rues, cours et places bruisseront de spectacles toujours plus inventifs, surprenants et inattendus et révèleront, à la manière des rhizomes qui se croisent et s’interpénètrent une magnifique photographie de la marionnette d’aujourd’hui en France et dans le monde ». En quittant le domaine réservé de l’antique castelet, selon la spécialiste, la marionnette a su gagner sa liberté, mettre en lumière sa puissance symbolique et esthétique. Elle a conquis l’espace scénique et celui de tous les possibles, « du minuscule au gigantisme, du gros plan sur un visage au panorama lointain, du personnage unique à la foule ».

La « Gare centrale » d’Agnès Limbos en fournit un bel exemple. Invitée d’honneur de la présente édition, la compagnie belge propose deux spectacles qui illustrent la riche diversité de ce que peut être la marionnette du troisième millénaire. Leur singularité ? Une étonnante habilité à mélanger de concert objets animés et formes humaines, entre l’incongruité de la matière et la force de la représentation ! Et pour donner à voir et entendre des personnages à la puissance symbolique incontournable, tels les héros shakespeariens dans « Baby Macbeth » en création mondiale : Shakespeare pour les bébés, il fallait oser, Agnès Limbos l’a fait ! Ou de nous transporter dans un univers complètement déjanté avec « Axe, de l’importance du sacrifice humain au XXIème siècle »… Un spectacle où le réalisme le plus cru flirte de belle façon avec fantastique et tragique quand le monde des humains, celui d’un couple en perdition, se fissure au mur des suffisances et des convenances. Quant au TJP, le Théâtre Jeune Public d’Alsace propose pas moins de quatre spectacles qui révèleront toute l’inventivité de son mentor, Renaud Herbin. Formé à l’École supérieure nationale des arts de la marionnette de Charleville, l’ESNAM qui fête justement cette année son trentième anniversaire, il marie avec talent matière et marionnette, champs chorégraphiques et arts visuels.

De grandes figures de la marionnette seront encore présentes à Charleville cette année. La compagnie « Les anges au plafond » bien sûr, fil rouge de l’édition précédente, avec deux spectacles, « R.A.G.E. » et « White Dog » en première mondiale… Entre censure et racisme, poésie et réalisme, un diptyque d’une force incroyable. À ne pas manquer encore, l’allemande Ilka Schönbein avec son Theater Meschugge qui propose « Ricdin Ricdon » en première mondiale… Ainsi que les créations sur des sujets aussi variés que l’inconnu ou le hasard avec « Oscyl », la mémoire avec « Le soldat Antoine », le pouvoir avec « Les maîtres du monde », le sort des migrants avec « Passager clandestin »…

Pour ce cru 2017, la CGT des Ardennes assure encore sa présence dans le « Off » du Festival : depuis 2009, un coup d’essai devenu coup de maître ! « Dans un département en pleine galère, quand des boîtes ferment, ce n’est pas évident d’investir ainsi dans la culture et d’inviter syndiqués et salariés à découvrir autre chose que Disneyland », constate Pascal Lattuada. Le secrétaire de l’Union départementale est pourtant catégorique, « la Bourse du Travail ne peut rester fermée durant ce rendez-vous exceptionnel sur notre agglomération, nous voulons tenir la place qu’une organisation syndicale se doit de prendre en faveur de la démocratie culturelle et du droit à la culture pour tous ». Cette année, performance à souligner, la CGT accueille six compagnies pour dix spectacles (On regardera par la fenêtre, La cour singulière, Anonima teatro, Théâtre Burle, Sacékripa, La gazinière), en salle comme en extérieur ! Un programme qui s’enrichit de diverses rencontres-débats durant tout le festival, en particulier le 19/09 sous l’égide du SFA, tant sur le statut des professionnels du spectacle que sur la médecine du travail.

Au pays de Rimbaud et d’ailleurs, les poupées de bois, chiffons ou papier, avec ou sans tiges, n’ont pas fini de faire parler d’elles : de belles heures à venir pour les carolomacériens, comme pour tous les amoureux de la marionnette à Paris ou Strasbourg ! Yonnel Liégeois

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Classé dans Festivals, Rideau rouge, Sur le pavé

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