Churchill et de Gaulle, un face-à-face historique

Dans « Meilleurs alliés » au Petit Montparnasse, Jean-Claude Idée met en scène la rencontre de Churchill et de Gaulle à Londres, à la veille du débarquement des troupes alliées en Normandie. Un face-à-face houleux entre deux monstres de l’histoire, royalement interprétés.

 

Le 4 juin 1944, Winston Churchill, Premier ministre britannique, convoque Charles de Gaulle, chef du Gouvernement provisoire de la République française, dans un wagon aménagé en bureau de commandement, près de Portsmouth. L’heure est grave, le débarquement des troupes alliées en Normandie est imminent. Le grand Charles est furax de ne pas avoir été associé aux opérations, ni d’avoir été prévenu plus tôt. Et maintenant, voilà que Churchill lui demande de prononcer un discours à la BBC après tout le monde, même après la grande-duchesse Charlotte de Luxembourg – « Et pourquoi pas le sultan de Zanzibar, pendant que vous y êtes ! », tonne-t-il.

Le face-à-face va être houleux. Si les deux hommes se connaissent bien et s’estiment, ils s’exaspèrent mutuellement. On les voit s’affronter sur la place que prennent les États-Unis, sur le rôle que la France doit tenir dans la libération, sur la force de la résistance… Churchill, petit et trapu, s’agite en se servant moult rasades de vieux rhum quand de Gaulle, grand et maigre, reste calme en tirant sur ses cigarettes.

 

Au-delà de leurs différends, ils se livrent. Churchill lui confiant que l’alcool l’aide « à chasser un vieux découragement qui menace toujours », de Gaulle méditant sur l’amour : « Un spasme de quelques secondes, aussi bref et violent qu’un coup de mitraillette, suivi d’un long malentendu… ». On rit de leurs réparties, l’un comme l’autre ne manquent pas d’humour. On les sent un brin désabusés, après quatre ans de guerre. Quant à l’avenir, difficile de savoir de quoi il sera fait. En attendant, ils devisent sur leur pays respectif. « Les Anglais aiment le roi, mais sont démocrates, les Français tuent le leur, mais sont monarchistes », déclare Churchill qui ne comprend pas la différence entre la droite et la gauche françaises. Et de Gaulle de lui répondre que « la droite idéalise le passé, et la gauche, l’avenir… Ce qui fait que personne ne s’occupe du présent ! ». Les images d’archives défilent en fond de scène du Petit Montparnasse, Pascal Racan incarne un de Gaulle plus vrai que nature, tant dans la stature que dans la voix quand Michel de Warzée campe un Churchill bougon à souhait. Nous voilà aux premières loges de l’histoire en train de s’écrire, le texte d’Hervé Bentégeat nous la fait revivre au plus près des deux hommes. Après leur rencontre, on suit les tractations en coulisses. Entrent alors en scène Anthony Eden, ministre des Affaires étrangères du gouvernement Churchill et Pierre Viénot, ambassadeur de la France libres à Londres.

« La bataille de France a commencé. Il n’y a plus, dans la nation, dans l’Empire, dans les armées, qu’une seule et même volonté, qu’une seule et même espérance (…) ». Scène finale : Churchill écoute le discours de de Gaulle à la BBC et lève son verre pour lui porter un toast. Une image nous les montrera douze ans plus tard, une nouvelle fois réunis quand de Gaulle, revenu au pouvoir, décore Churchill comme compagnon de la Libération. Et l’on ne peut s’empêcher d’être émus devant deux hommes politiques d’une telle stature. Amélie Meffre

 

À voir aussi :

– En travaux pour l’heure, le théâtre de La Huchette n’en poursuit pas moins sa programmation… En toute liberté, dans les rues du 5ème arrondissement de Paris ! Une balade « littéraire et impertinente » entre petite et grande histoire, entre humour et canular sur un texte de Jacques Mougenot, pour nous conter les belles heures de ce lieu emblématique de la scène parisienne.

Co Martin Wagenhan

Ionesco en rigole encore, et nous de même !

– Aux allures du facteur Tati, Nikolaus et sa bande font leur cirque au Nouveau Théâtre de Montreuil ! Un spectacle totalement déjanté, où l’humour le dispute à la dérision quand tout se déglingue autour de soi, quand chacun cherche son chien et qu’un chimpanzé à visage humain se prend pour Tarzan dans les cimaises de la scène… D’une audace déconcertante, entre fragilité et beauté, un spectacle où l’homme se dévoile dans toute sa complexité.

– Sur les planches du Rond-Point, deux monstres sacrés de la scène s’affrontent. Catherine Hiegel et Tania Torrens, deux opposantes au syndrome de la vieillesse, s’étripent sur leur vision d’un passé révolu et d’un avenir en perdition. L’humour et l’ironie le disputent au tragique des situations, les divergences entre les deux femmes se muent en complicité, « La nostalgie des blattes » signée Pierre Notte laisse entrevoir une lueur d’espoir. Une interprétation de haute volée.

– À la Bourse du travail de Charleville, durant le Mondial

Co Camille Chalain

de marionnettes, il faut aller voir « Vu » ! Étienne Manceau, solitaire et pince-sans-rire, est irrésistible dans son décor miniature agencé au cordeau ! Du théâtre d’objets minimaliste, où l’humanité paraît bien coincée entre thé à infuser et sucre sauteur… Quand le rire tourne au vinaigre, la moutarde monte au nez du génial manipulateur et tous les obsédés de la terre sont au garde à vous.

– La compagnie Kulturscio’k présente au théâtre de La Girandole, à compter du 28/09, « Les voleurs de jambon ». Écrit et mis en scène par Alessia Siniscalchi, un hommage à l’univers de Federico Fellini. Yonnel Liégeois

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Classé dans Festivals, Pages d'histoire, Rideau rouge

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