Les vertiges de Nasser Djemaï, Avignon 2018

Avec Vertiges, Nasser Djemaï raconte une famille française, d’origine maghrébine. Une chronique sociale et politique, à la fois sensible et drôle, au ton juste, qui le rappelle à chacun : tous, nous sommes nés quelque part ! Sans oublier Vivre ne suffit pas à l’Espace Roseau et Pas pleurer au Théâtre des Doms.

 

Nasser Djemaï, l’auteur et metteur en scène de Vertiges, nous raconte simplement, et d’abord, l’histoire de Nadir qui, après une longue absence, revient voir ses parents. Il décide de rester quelques jours pour remettre de l’ordre dans les affaires de la famille. Les factures en souffrance, le père malade des poumons, le petit frère au chômage qui passe le plus clair de son temps sur les réseaux sociaux, la sœur cadette employée de cantine un peu frivole, la voisine du dessus qui erre comme un fantôme dans l’appartement de jour comme de nuit… Au plan médical, le vertige, c’est la peur ou le malaise ressenti au-dessus du vide, ou la sensation que les corps et les objets tournent autour de soi. Aîné d’une fratrie de trois, Nadir est respecté et écouté. Tout semble lui avoir réussi : propriétaire, chef d’entreprise, marié, deux enfants.

Dans la cité où il a grandi, les choses ne sont plus comme avant. Les gamins qui squattent au pied de l’immeuble, la présence marquée des barbus, l’ascenseur en panne… À bien y regarder, la vie de Nadir, non plus, n’est pas aussi limpide qu’il n’y paraît. Son épouse a demandé le divorce, les sourires de sa petite sœur sont de plus en plus forcés, derrière les paroles bienveillantes de sa mère et de son frère pointent l’amertume et les reproches. Progressivement, tout se dérobe. Il a beau se débattre, vitupérer, réclamer de l’ordre, il est hors de lui, comme s’il ne s’était jamais appartenu. Enfant d’un pays qui n’est pas celui de ses parents, Nadir ne cultive pas le mythe du retour. Lassé des faux-semblants et des chimères, il lance à son père : « Qu’est-ce qu’il t’a donné ton pays, à part l’envie de fuir ? ». À travers l’histoire d’une famille française d’origine maghrébine, Nasser Djemaï parle d’identité, de quête intérieure. Il montre sans volonté de démontrer, d’imposer un discours. « Vertiges nous invite simplement à prendre place dans la vie d’une famille orpheline de sa propre histoire, essayant de colmater les fissures d’un navire en plein naufrage », confie le metteur en scène. Un huis-clos familial parfois doux-amer où l’humour, l’amour, la poésie ne sont jamais absents. Jean-Philippe Joseph

Jusqu’au 29/07 à 11h, Théâtre des Halles

 

À voir aussi :

Vivre ne suffit pas : Jusqu’au 29/07 à 11h45, Espace Roseau. Mariés depuis vingt ans, Anna et Loïc voient leur couple vaciller, au lendemain d’un cancer qui a failli emporter l’épouse. Sauvée et forte d’une irrépressible fureur de vivre, malgré l’amour qui perdure, elle refuse de poursuivre une existence terne et sans saveur auprès de son compagnon : soit il change, soit elle le quitte ! Un théâtre de vérité, sans pathos superflu, une mise à nu des sentiments qui fait mouche. Une pièce de Jean-Mary Pierre, dans une mise en scène d’Hélène Darche, où excellent Pernille Bergendorff et Philippe Nicaud dans la simplicité de leur jeu. Yonnel Liégeois

Pas pleurer : Jusqu’au 26/07 à 14h30, Théâtre des Doms. Montse, 90 ans, perd la mémoire. Hormis cet épisode marquant de sa vie à l’aube de ses quinze ans, en 1936, lors de la guerre civile espagnole… Elle ne peut oublier ce souffle de liberté, devant sa fille elle raconte et se raconte : son petit village en Catalogne, ses combats pour changer le monde, y croire encore et toujours malgré les bombardements fascistes et surtout, surtout ne « pas pleurer » devant la victoire franquiste et l’exil en France. Avec ce message final, hier comme aujourd’hui : non, « pas pleurer » face à l’écrasement de ses idéaux, ne pas baisser les bras et ne pas avoir peur, lutter et croire encore et toujours à ses rêves de liberté, d’égalité et de fraternité ! Par Denis Laujol, une superbe adaptation et mise en scène du livre de Lydie Salvayre au titre éponyme, Prix Goncourt 2014. Servie par deux magnifiques interprètes, la comédienne Marie-Aurore d’Awans et la musicienne et guitariste Malena Sardi à la création sonore. Avec toute liberté de s’émouvoir et pleurer, à ne pas manquer surtout. Yonnel Liégeois

– Iphigénie : Le 14/07 à 22h20 en léger différé du Cloître des Carmes d’Avignon, sur Arte. La future directrice et metteure en scène du CDN la Comédie de Reims en janvier 2019, Chloé Dabert, s’empare des alexandrins de Racine. Entre mirador et roseaux, en ce camp militaire fortifié -une scénographie de Pierre Nouvel- s’impose la loi des dieux et du roi Agamemnon. À laquelle doit se plier Iphigénie, victime expiatoire pour la victoire contre Troie… Chacune avec ses forces et faiblesses, trois portraits de femmes surtout que se propose de brosser Dabert, tentant de signifier sur scène la modernité du propos et la beauté de la langue racinienne. Yonnel Liégeois

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Classé dans Festivals, Littérature, Pages d'histoire, Rideau rouge

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