L’Aquarium en eaux troubles, Avignon 2018

Les lieux sont bien connus du grand public, parisien ou non : L’Aquarium, L’Épée de bois, Le Soleil, La Tempête… Des noms de théâtre emblématiques implantés à la Cartoucherie, cet ancien entrepôt militaire, que des illuminés de la scène squattèrent au lendemain de mai 68 à la force de leurs bras et à coups de truelles ! La pérennité du Théâtre de l’Aquarium est menacée, avant qu’elle ne touche peut-être les autres sites. Un large pan de notre histoire culturelle, et populaire, risque de disparaitre. D’un trait de plume, en connivence entre Ville de Paris et ministère de la Culture.

Chantiers de culture alerte et se fait le passeur de l’Appel de l’équipe de L’Aquarium. Spectateurs, artistes, responsables culturels, acteurs du théâtre public et privé, tous rassemblés en Avignon : à vous de faire entendre votre voix ! L’heure de vérité a sonné : réagir et protester, ou se taire et envoyer son dossier ? Sans oublier d’aller applaudir Les mandibules à l’ancien Grenier à sel et Les gravats à la Fabrik Théâtre. Yonnel Liégeois

 

À l’heure où l’on choisit son maillot pour aller s’exposer sur les plages, où artistes comme public se préparent pour le Festival d’Avignon, la Ville de Paris, en accord avec le ministère de la Culture, a fait paraître le 13 juin un « Appel à projet en vue de l’exploitation de l’ensemble immobilier n°4 du site de la Cartoucherie ». Le nommé « ensemble immobilier n°4 », c’est le Théâtre de l’Aquarium : 46 ans d’histoire balayés par une ordonnance européenne entrée dans le droit français en avril 2017, qui induit que l’Aquarium, bâtiment loué à la Ville (mais non subventionné par elle), était libre pour qui (artiste ou non) aurait un projet « d’exploitation » après le départ en décembre 2018 de son actuel directeur François Rancillac. Open bar à tous les investisseurs… ! Le contenant prend le pli sur le contenu. 46 ans mis dans les cartons d’un coup. Une équipe dépossédée de sa substantifique moelle laissée là dans ses murs en attente d’un repreneur.

Depuis septembre, la compagnie Théâtre de l’Aquarium était en phase de négociation avec le ministère de la Culture pour la succession de François Rancillac, afin d’assurer la continuité (les directions précédentes ont été choisies avec le ministère, à partir des artistes que l’Aquarium avait présélectionnés comme étant les plus à même d’en réinventer l’aventure). De ce choix organique, de ce dialogue rapproché, il n’en est plus question. Cette fois, l’association a juste eu le temps de lire l’appel à projet qu’il était déjà publié, sans concertation, alors que des points cruciaux étaient encore en pourparlers. Un « nouveau monde » prendra place dans le décor historique du « Bâtiment 4 » construit à la force du poignet par ses fondateurs qui, truelle à la main, ont transformé cet espace laissé à l’abandon dans les années 70 en théâtre de création. Mais ça, c’était avant, dira-t-on en ces temps de réformes…

Donc, c’est officiel. Porte ouverte aux amateurs de tout poil qui ont à peine un mois pour déposer leur dossier (échéance au 27 juillet) : juste avant les vacances d’août, pendant le Festival d’Avignon… Qui est disponible pour réinventer ce lieu avec une équipe en place ? Qui est dans les starting-blocks pour séduire le jury de septembre ? Un jury « équitable » : 4 représentants de la Ville, 4 du ministère, 3 de La Cartoucherie (Ariane Mnouchkine du Théâtre du Soleil, Antonio Diaz Florian du Théâtre de l’Épée de Bois, Clément Poirée du Théâtre de la Tempête) et 1 des fondateurs de l’Aquarium ou son représentant légal. Il risque d’être bien seul, ce Don Quichotte au grand cœur qui se battra pour que se poursuive cette belle histoire de théâtre, fort de ses convictions et de son expérience après deux changements de direction tonitruants (en 2001 et 2008) et la bataille pour défendre l’Aquarium en 2015.

Qu’est-ce que cela raconte ? Comment réagir ? Que dire ? Rien dire ? C’est déjà heureux qu’il y figure, ce fondateur ou son représentant (il a fallu le négocier)… Aura-t-il un quelconque pouvoir ? Que peut-il faire contre des silences, des non(m)s dits, des batailles souterraines ? Qui seront les futurs repreneurs (artistes ou administratifs ou…) qui redonneraient une nouvelle identité à ce lieu ? Avec quel projet ? Le nom même du Théâtre disparaîtra-t-il ? Est-ce que ces mêmes règles que l’Aquarium doit avaler comme des couleuvres seront encore appliquées aux prochains sur la liste ? Qu’est-ce que cela augure pour La Cartoucherie ? Ariane Mnouchkine devra-t-elle aussi s’y plier ? « Quand même pas » nous dit-on, en haut lieu – et heureusement ! Alors, pourquoi l’Aquarium ? Sourires gênés… Décidément, rien n’est simple pour ce théâtre-là !

Quid de la culture ? Mystérieux ministère qui laisse une décision patrimoniale prendre le pas sur une politique culturelle… Pour mieux reprendre la main ? Le silence fait loi. Il faut attendre septembre… Actuellement, le désarroi règne à l’Aquarium, car tout se joue en dehors de cette association loi 1901 qui a fait la réputation de ce théâtre. Cette belle maison de création aura-t-elle le même avenir que la Cerisaie ? L’été passera sans faire de vague et la rentrée sera peut-être houleuse. Tout du moins douteuse… Est-ce que l’Aquarium pourra prendre la vague d’automne sans se fracasser ? Il fallait le faire partager, ce sentiment. Se taire, c’est tout accepter ! Nous espérons néanmoins un projet majestueux, fort et durable pour ce magnifique Théâtre de l’Aquarium !

L’équipe du Théâtre de l’Aquarium, le 13/07/2018

 

À voir aussi :

Les mandibules : Jusqu’au 28/07 à 10h, Théâtre Grenier à sel-Ardenome. Les Walter et les Wilfrid adorent passer à table ! Au menu, toujours plus de viande, de gras et de graisse… Un seul mot en bouche pour ces accros à la bonne chair, ces acharnés des mandibules : se gaver, c’est la vie ! La nourriture pour oublier, noyer la peur du lendemain, et si la viande venait à manquer ? Depuis plus de vingt ans, Patrick Pelloquet se nourrit de l’œuvre de Louis Calaferte, une nouvelle fois le metteur en scène nous en livre une version à l’humour et l’ironie mordantes. Une comédie salée, avis aux pique-assiettes ! Dans un lieu mythique, une ancienne bâtisse du XVIIIème siècle classée aux Monuments historiques et résidence pour la dernière année des troupes de la région Pays de Loire, rachetée par le fond de dotation Edis et ridiculement rebaptisée. Yonnel Liégeois

Les gravats : Jusqu’au 24/07 à 11h, Fabrik Théâtre. Les amis et compères Bodin et Hourdin sont depuis longtemps fichés par les lecteurs des Chantiers de culture ! Deux saltimbanques à la fréquentation bienfaisante, à l’humour décapant et d’une intelligence décoiffante, amoureux des tréteaux et du théâtre populaire comme l’entendaient Vilar ou Vitez… Deux bons petits vieux – Jean-Pierre Bodin et Jean-Louis Hourdin – qui, en compagnie de leur commère Clotilde Mollet, nous proposent une saine, grave et hilarante réflexion sur la vieillesse. Faisant leur les propos d’Elbert Hubbard, « Ne prenez pas la vie au sérieux, de toute façon vous n’en sortirez pas vivant », pour évoquer ces temps de crépuscule à l’heure où la tête et les jambes ne sont plus qu’un vulgaire tas de gravats dans le regard des puissants, bien pensants et bien portants. Alerte aux jeunots, en marche conquérante pour écraser humains et acquis des générations passées, bêtise et décrépitude ne squattent pas forcément et uniquement les maisons de retraite ! Yonnel Liégeois

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Classé dans Festivals, Pages d'histoire, Rideau rouge, Sur le pavé

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