Agnès Bourgeois, Marguerite et Faust

Agnès Bourgeois anime la compagnie Terrain de jeu. Elle a conçu et mis en scène Marguerite, une idée de Faust. Un opéra-théâtre qui brasse hardiment la parole, le chant, la musique, les sons et l’image vidéo.

 

La partition, livrée en avant-première les 28 et 29/12 au Théâtre Berthelot de Montreuil (93), constitue une sorte de rêverie persistante autour de Marguerite. La blonde héroïne de Goethe et de tant d’autres après, figure de parfaite âme pure, qui prend corps devant nous sous l’apparence de Camille Brault, mezzo-soprano à la voix d’enchantement… Nous, spectateurs, sommes assis au milieu du dispositif (dû au scénographe Didier Payen, également maître des projections) en forme d’étoile à cinq branches, soit un pentagramme hérité de la kabbale. Dans une semi-obscurité parfois trouée de flaques de lumière (Colin Gras), trois Faust (Fred Costa, Frédéric Minière, Guillaume Laîné, qui sont aussi instrumentistes, respectivement aux anches, à la guitare et à l’accordéon, les deux premiers experts en électronique) peuvent s’afficher au cœur de l’aire ou, sur les côtés, broyer une musique souvent d’enfer. Le barbet de Faust, un chien quoi, c’est Xavier Czapla, qui circule vite à quatre pattes entre nos pieds, aboie, parle et peut réciter, en portugais, un poème de Pessoa. Méphistophélès est une femme (Corinne Fischer) mais une Femme est une femme (Muranyi Kovacs), tandis qu’Agnès Bourgeois joue Personne, soit l’opinion publique, les idées toutes faites sur l’histoire en somme, ce qui ne l’empêche pas de distiller un texte lumineux de Novalis.

Il s’agit là d’un bel objet polyphonique à sens multiples – l’ai-je assez laissé entendre ? – extrêmement dense et riche en surprises sensorielles, quand bien même son appréhension ne peut être immédiate, tant est complexe son agencement et sont subtils ses attendus dramaturgiques semés de citations. Cela au fond importe peu, car il suffit de tendre l’oreille et d’écarquiller les yeux pour en subir l’envoûtement vigoureux, au fil d’une digne partition verbale, dans laquelle le grand lyrisme côtoie des phrases familières, en son entier vouée à la glorification de Marguerite, que l’aura et la voix d’or de Camille Brault transcendent en éternel féminin désirable et désiré, par Faust, ce « vieux beau », dit-elle.

Il est des instants où la musique de Costa et Minière suscite, dans la chambre d’échos qu’on dirait peuplée de fantômes, un souvenir ébloui de Debussy, par où Marguerite rejoint Mélisande. Jean-Pierre Léonardini

Les 24 et 25/01 à l’ACB de Bar-le-Duc (55), les 16 et 17/05 au Lieu de l’autre à Arcueil (94).

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Classé dans La chronique de Léo, Rideau rouge

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