Avignon, le Verbe incarné

Si, à l’heure d’été, Avignon déploie son festival en moult sites précaires ou pérennes, demeure un lieu unique, incontournable et magique. Chantant, coloré, métissé : la Chapelle du Verbe Incarné, dédié aux théâtres d’Outre-Mer. Dirigé par Marie-Pierre Bousquet et Greg Germain, un théâtre que salua en son temps le regretté édouard Glissant, le grand poète et romancier antillais.

L’histoire de la Chapelle du Verbe Incarné, à partir du moment où elle a commencé d’être un lieu de théâtre, confirme un tel cheminement, et consacre un tel passage, de l’invitation à la relation, à la présence de la diversité, au chant du monde chanté par les poètes.

Nous nous y reconnaissons donc, qui entrons ensemble dans cette nouvelle région du monde (un théâtre de la totalité), que nous nous offrons mutuellement.

Grâces en soient pour cette fois rendues à Marie-Pierre Bousquet et à Greg Germain. Grâces en soient louées, pour les vieilles pierres et les mots neufs. De la face de cette Chapelle au remuement du monde. La façade de tout théâtre, ou l’ouverture d’espace qui en tient lieu, est de toutes les manières une horloge muette qui mieux que tout oracle nous indique l’heure qu’il est dans notre vie.

« Faire entendre la langue du théâtre de ceux que l’on ne voyait trop rarement sur les scènes de l’hexagone. Pourtant quelles extraordinaires richesses culturelles entre la France, la Caraïbe, l’Afrique, l’Océan Indien et tout ce vaste monde des Grands Larges. C’est long, très long de convaincre de la beauté de la diversité, de la richesse qui se dévoile lorsque s’entrechoquent des imaginaires divers… » 

La vie du théâtre, dans sa recherche de cette totalité qui ne serait pas totalitaire, est d’abord de tremblement. Ce qui nous étonne dans la programmation de ce lieu-ci, c’est qu’elle nous a donné à fréquenter des installations de scène qui ont allié les calmes sérénités des traditions les plus fondées, ou leurs transports les plus ingénus, d’Océanie, de la Caraïbe ou des Amériques, aux hésitations de formes de théâtre qui s’essayaient là et qui, venues elles aussi du monde, approchaient en effet le monde, tâtant et devinant.

J’AI CONÇU MERVEILLE D’UNE TELLE OFFRANDE.

Il n’était pas étonnant qu’un tel effort fût mené en Avignon, où les théâtres de vrai se bousculent, s’interrogent et s’insurgent, et où les fumées  montent de partout, parmi les carnavals d’affiches et les bals d’échasses.

Ces fumées des flambeaux, flambées des mots qui brûlent en chacun, sont un autre lieu de mise en scène du monde, comme le sont éternellement nos Baies et nos Anses, autour de leurs Rochers prophétiques. édouard Glissant

La chapelle, toute une histoire !

 C’est en 1997 que le comédien Greg Germain, en compagnie de Marie-Pierre Bousquet, obtient, par convention avec la ville d’Avignon, le droit d’occuper la Chapelle du Verbe Incarné, une ancienne chapelle désaffectée. L’enjeu ? En incluant les créateurs d’Outre-Mer dans le concert culturel national, permettre que l’identité culturelle soit reconnue comme un élément de la richesse culturelle de la France d’aujourd’hui, et non comme un motif d’exclusion explicite ou implicite.

L’année suivante, celle du 150ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage, la première édition du TOMA, Théâtres d’Outre-Mer en Avignon, y est donnée !

Depuis lors, le lieu s’est imposé en notoriété et qualité. Désormais incontournable dans le paysage du festival, donnant à voir et applaudir talents et créations d’Outre-Mer et d’Afrique, faisant connaître la diversité des théâtres de langue française, créant des liens entre artistes par la confrontation et l’exigence des regards croisés, instaurant parmi les opérateurs du théâtre dans l’hexagone une réelle prise en compte des compagnies de l’Outre-Mer en les intégrant aux circuits de diffusion nationaux… Yonnel Liégeois

Une sélection pour l’édition 2021 :

Poème confiné d’Outre-Mer, du 09 au 28/07. De et avec Lolita Monga. Sur une musique mêlant racines et machines, harmonies australes et percussions occidentales, un texte-chair où la pensée chemine et substitue à la géographie de l’île de la Réunion, une géographie du corps, celui de la femme.

Moi, Tituba sorcière… Noire de Salem, du 17 au 24/07. Comment une esclave devient-elle une femme libre ? Pour y répondre, Danielle Gabou adapte à la scène le roman de Maryse Condé. Proche de la transe, inspirée par le film Mammy Water de Jean Rouch, elle expose la quête éperdue de soi-même, quand le corps se libère en brisant ses chaînes.

Manifestes, chao(s)-opéra, du 24 au 28/07. Sur des textes d’Édouard Glissant, Patrick Chamoiseau, Léonora Miano, Gaël Faye, Ernest Pépin, Estelle Coppolani, Max Rippon et Nicole Cage, avec le trio musical Mahagoni, un appel à une insurrection de l’imaginaire, à cette utopie du tout-monde : la poésie comme intention politique ! Un appel flamboyant à ces utopies où le Politique ne serait pas réduit à la gestion des misères inadmissibles ni à la régulation des sauvageries du « Marché ». Y.L.

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Classé dans Festivals, Littérature, Musique et chanson, Rideau rouge

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