XY, l’abécédaire poétique

Jusqu’au 28/11, avant une longue tournée nationale et internationale, la compagnie XY propose Möbius à l’espace Chapiteaux de Paris-Villette (75). Une incroyable valse poétique de portés acrobatiques, la grâce et la beauté au rendez-vous. Sans oublier Les filles du Saint-Laurent au Théâtre de la Colline.

La gestuelle des corps portée à son extrême perfection ! Grâce, beauté, poésie en une incandescente harmonie : durant plus d’une heure, subjugué par les prouesses de la compagnie XY, autant physiques que symboliques, l’imaginaire du spectateur s’envole dans les cintres du chapiteau. Alors que tout se passe au sol, dans la blancheur d’un faisceau lumineux, dans la noirceur des tenues des interprètes… Acrobates, danseurs ? Une envolée d’oiseaux plutôt, majestueuse séquence d’un film animalier, l’impressionnante image d’entrée de la troupe sur le plateau ! Collés-serrés, battant des ailes, un nuage roule, s’enroule et déroule, noir sur blanc, nuée d’humains s’envolant vers un ailleurs incertain.

Un voyage en terre inconnue où seuls saltos, portés et voltiges scandent le temps qui file et défile en mouvements d’une grâce et d’une beauté indescriptibles. Projeté en un autre monde, le public retient son souffle, de crainte d’ébranler l’époustouflante pyramide qui s’élève dans l’espace… Sans effort apparent, scandé par une languissante musique, avec élégance et douceur quand la puissance et la dextérité physiques s’estompent dans la magie d’un fantastique porté… Et de son impressionnante hauteur, images au ralenti d’une poésie sidérante, la majestueuse colonne de glisser au sol dans une lenteur calculée. Orchestrés par Rachid Ouramdane, le chorégraphe et directeur de Chaillot, le théâtre national de la danse, les mouvements s’enchaînent sans temps mort. Un mouvement perpétuel des corps, même si l’un ou l’autre des dix-neuf interprètes fuient le plateau un fugace instant pour y revenir de plus belle, à vive allure, de petits sauts en larges envolées…

Le message fuse dans les airs, abolissant la frontière entre l’individuel et le collectif : seul on est rien, ensemble soyons tout ! La gestuelle fine et précise pour assurer, rassurer et protéger l’autre dans un périlleux exercice, le numéro solitaire qui prend sens et toute beauté sous le regard protecteur et dans la main ferme de la troupe, aucun plus doué et affranchi qu’un autre, chacune et chacun d’un égal talent lorsque les figures s’enchaînent à une cadence effrénée. Un ballet réglé à grande vitesse, où la peur de faillir libère les applaudissements nourris, les respirations suspendues et les bouches grandes ouvertes. Un public en apnée, du début à la fin d’un spectacle étonnamment signifiant, presque une expérience métaphysique nimbée d’une puissante poétique où les mots solidarité et fraternité s’enracinent dans le blanc des yeux pour s’envoler au bleu des cieux. Yonnel Liégeois

Une expérience inédite

Pour la première fois, la compagnie XY, dont les spectacles Le Grand C et Il n’est pas encore minuit… avaient enchanté La Villette en 2012 et 2015, s’est associée avec le chorégraphe Rachid Ouramdane. Forts de leurs expériences artistiques respectives, ils se tournent ensemble vers ce qui les dépasse et cherchent à explorer les confins de l’acte acrobatique. À l’instar des centaines d’étourneaux qui volent de concert dans d’extraordinaires ballets aériens, les dix-neuf interprètes de Möbius inscrivent leurs mouvements dans une fascinante continuité. Leur communication invisible autorise les renversements, les girations, les revirements de situations. Se crée ainsi un territoire sensible tissé de liens infiniment denses et parfaitement orchestrés, une véritable ode au vivant qui nous rappelle l’absolue nécessité de « faire ensemble ». Sous un espace Chapiteaux nouvellement rénové, de belle facture architecturale.

Jusqu’au 28/11 au Parc de La Villette, espace Chapiteaux (Mercredi au Vendredi 20h, Samedi 19h, Dimanche 15h).

Sur les rives de la Colline

Telles des revenantes, elles sont neuf femmes et un homme à s’amarrer aux rives de la Colline. Un plateau de théâtre ondulant de flots macabres pour ces Filles du Saint-Laurent… Vêtues chacune d’une tunique couleur sable, hormis le blanc mortuaire de la pythie du Styx canadien, elles content leur découverte de ces cadavres, squattés de « petites crevettes qui les dévorent » mais libérés des eaux tumultueuses. La rencontre avec la mort qui incite surtout à raconter la vie, leur vie de femmes : immigrée ou droguée pour les unes, violentée ou désœuvrée pour d’autres. Un poignant chant choral, scandé de l’étrangeté de l’accent québécois, rythmé tel un envoûtant ballet sonore et visuel, qui donne pourtant à entendre la singularité de chaque destin. Fort, puissant, subtilement émouvant, quand les mots s’égrènent tour à tour au micro… Un spectacle hypnotique, le public comme porté par les eaux du fleuve et noyé par le tragique des situations évoquées au fil du texte de Rébecca Déraspe et Annick Lefebvre, les coauteures, et mises en scène par Alexia Bürger. Y.L.

Jusqu’au 21/11, au Théâtre national de la Colline (Mercredi au Samedi 20h, Mardi 19h, Dimanche 16h).

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