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La fée Fip au pain sec

Aucun savoir-vivre dans les hautes sphères ! À l’approche de Noël, des mères fouettardes ont coupé les micros des dernières locales de Fip : à Bordeaux, Strasbourg et Nantes. Quant aux festivités pour les 50 ans de la nationale, elles ont démarré au premier confinement avec la disparition des flashs d’info.  

 

À l’approche des fêtes de fin d’année, nombre de Français se demandaient s’ils pourraient festoyer en famille ou entre amis. Les auditeurs des Fip de Bordeaux, de Nantes et de Strasbourg, eux, savaient qu’ils perdaient leurs radios dès le 18 décembre. Finies les informations culturelles de proximité comme les douces voix qui les animaient malgré leur chaleur inestimable en temps de froidure et pas qu’hivernale. Point de père Noël donc mais des mères sacrément fouettardes – Bérénice Ravache, directrice de Fip sous les ordres de Sibyle Veil, PDG de Radio France, soutenue par sa ministre de tutelle – qui cognent sans vergogne. Et ce, malgré le soutien du public (deux pétitions rassemblant plus 163 000 signatures), des acteurs culturels et des élus : les maires des trois villes comme les trois sénateurs des régions ont écrit à Roselyne Bachelot pour que vivent les Fip locales.

À la veille de ses 49 ans, Fip Bordeaux, l’une des premières stations locales à naître, a fermé son antenne alors qu’elle affichait une audience record. « Quel gâchis », lâche Muriel Chédotal, animatrice et déléguée CGT, « alors que nous assurions un véritable service public en contribuant au dynamisme des territoires ! ». Début décembre, après une bataille rondement menée, sur les vingt-quatre salariés concernés par la fermeture des locales, les cas de trois d’entre eux restaient en suspens. Les autres partaient soit à la retraite, soit en formation ou étaient reclassés.

La radio prise dans la Toile

Demeure Fip nationale, créée il y cinquante ans par les inénarrables Roland Dhordain, Jean Garretto et Pierre Codou. Cette belle radio enchaîne tous les styles musicaux, les tubes comme les pépites méconnues d’hier et d’aujourd’hui. On découvre ainsi le blues créole du trio parisien Delgres qui va sortir son 2e album, on fredonne avec Juliette Greco sur « Paris couleur novembre », on s’active sur « C’est lundi ! » de Jesse Garon, quand le soir tombé, Luciano Pavarotti envahit notre cuisine avec « La Traviata ». « Sur Fip, on est toujours aux premières loges », glisse au micro une des animatrices qui sait, avec les programmateurs, traiter les auditeurs comme des rois. Comme ses consœurs, elle a une voix qui réchauffe en ambassadrice culturelle hors pair, nous informant sur les morceaux écoutés comme sur les arts en général, des spectacles à venir aux livres à paraître. Qualifiée de « meilleure radio au monde » par le PDG de Twitter, Jack Dorsey dévoilait en 2019 à ses quatre millions d’abonnés son tatouage à l’effigie de la station de Radio France ! Fip est l’une des radios à la plus longue durée d’écoute.

La radio, aujourd’hui, a son application Internet où l’on retrouve la liste de tous les titres diffusés à l’antenne que l’on peut ranger dans nos favoris. De quoi se réjouir sauf qu’on nous invite à les exporter sur des plateformes d’écoute payantes. Une fois l’application ouverte et passée la pub plein écran (sic), on tombe sur des chaînes thématiques (rock, jazz, pop, électro…), « complètement aux antipodes de l’éclectisme de la chaîne », affirme le journaliste Lionel Thompson, élu CGT au Conseil d’administration de Radio France. « Tout ça s’inscrit dans la volonté de développer Internet sur toutes les antennes de Radio France. C’est bien, à condition qu’on dispose de moyens propres pour le faire sans toucher à nos corps de métiers et à nos budgets ».

Après des grèves sans précédent pour contrer un plan d’économie drastique de 60 millions d’euros, la crise sanitaire semble être arrivée à point nommé pour accélérer sa mise en place. Amélie Meffre

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Viens voir les comédiens, les musiciens…

Au cœur de la tourmente causée par la pandémie, comédiens-musiciens et magiciens résistent et imaginent. Une sélection de propositions régulièrement actualisée (en gras, les éléments nouvellement intégrés). Des initiatives, créations et manifestations que Chantiers de culture soutient et promeut. Yonnel Liégeois

 

– Archéologie, cinéma, musées, documentaires, spectacles, jeunesse, patrimoine, danse, archives… Fort de ressources culturelles d’une grande richesse dans chacun de ces domaines, le ministère de la Culture propose un voyage artistique à travers tout ce patrimoine. Sur un seul site, il  a réuni l’offre en ligne de près de 500 acteurs culturels.

– Né sous François Ier en 1530, l’emblématique Collège de France nous invite à explorer gratuitement plus de 10 000 documents audiovisuels (leçons inaugurales, cours annuels des professeurs, entretiens filmés…). Sur Chantiers de culture en 2016, notre consœur Amélie Meffre suggérait déjà d’aller butiner dans cette incroyable caverne aux trésors qu’est le Collège de France !

– La plateforme de la Cinémathèque française, HENRI, du nom de son fondateur Henri Langlois, reprend du service ! Au menu, une centaine de films à découvrir… Mais aussi quelques 800 vidéos (leçons de cinéma avec les plus grands cinéastes, acteurs, actrices et technicien.nes au monde, essais, conférences…) à regarder, ainsi que plus de 500 articles à lire ou relire.

Michel Portal a fêté ses 85 ans sur la scène de la Grande Halle de la Villette ! Un concert de jazz à couper le souffle, disponible sur la plate-forme de France TV… Entre improvisations et nouvelles compositions, entouré de talentueux complices (Bojan Z., Bruno Chevillon, Jeff Ballard et Nils Wogram), le  clarinettiste et saxophoniste de renommée mondiale témoigne d’une créativité exceptionnelle.

–  Il était une fois un gars du Nord qui n’avait point perdu l’accent ! Jacques Bonnaffé ? Un génial comédien qui n’a pas son pareil pour déclamer un texte ou improviser, s’approprier un rôle, susurrer ses quatre vérités : avec intelligence, humour et doigté ! Une « Brut de poésie » dont il fait lecture quotidienne : des auteurs du cru, de sa Picardie natale à Jean-Pierre Verheggen le Belge déjanté, L’Oral et Hardi couronné du Prix Nobelge avec sa Petite poésie qui ne connaît pas la crise puisque Ça n’langage que lui !

– Sur France Inter, chaque dimanche à 14h, Zoé Varier propose Une journée particulière. Le principe ? Avec empathie et complicité, la journaliste tire le portrait d’un invité, qu’il soit intellectuel, scientifique, écrivain, célèbre ou anonyme, autour d’un événement qui a marqué sa vie. Une heure de dialogue, riche en partage et découvertes, hors des plateaux radio ou télé convenus.

– Jusqu’au 27/01, Finbarr O’Reilly, lauréat du prix Carmignac 2020 du photojournalisme, expose son travail photographique, consacré à la République démocratique du Congo (RDC), sur les grilles de la tour Saint-Jacques à Paris. En collaboration aussi avec des journalistes et photographes locaux, le site « Congo in Conversation » propose un flux ininterrompu et inédit d’articles, de reportages photos et de vidéos.

– Jusqu’au 31/01, les artistes de la Ruche organisent leur cinquième exposition collective.  Ils sont une cinquantaine de plasticiens, dont Ernest-Pignon-Ernest, à « squatter » ce lieu chargé d’histoire et d’originalité ! Fernand Léger, Soutine, Chagall, Modigliani… Créée en 1902 par le sculpteur Alfred Boucher, La Ruche abrita une foule d’artistes de renom. Un site incroyable et inattendu, à visiter absolument !

– Sur France TV, Sur les planches plus précisément, le 6e art s’invite chez vous. Au programme, une sélection de spectacles captés en direct à (re)voir quand vous le souhaitez ! De François Morel exprimant ses doutes en compagnie de Raymond Devos aux adieux de Monsieur Haffmann, sans oublier les « Féminines » de Pauline Bureau, tous les genres artistiques sont à l’affiche. Une alléchante et triste consolation tout à la fois, dans l’attente de la réouverture des lieux culturels.

– Jusqu’au 09/03, Arte TV nous conte l’abracadabrante histoire de Georges Méliès (1861-1938), inventeur de féeries sur grand écran. « Le mystère Méliès », en 59 mn, nous dit tout sur ce précurseur des trucages et des effets spéciaux. De ses ateliers de Montreuil à son magasin de jouets de Paris Montparnasse, la saga d’un génial créateur.

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Thierry Marx, chef de cœur

Avec Celui qui ne combat pas a déjà perdu, récemment paru chez Flammarion, Thierry Marx nous embarque dans un tourbillon de vie : de l’enfance modeste aux restaurants étoilés. Jusqu’aux engagements sociaux et environnementaux.

 

Un modeste logement de quinze mètres carrés qu’il partage avec sa mère, le père faisant la guerre en Algérie… « Tout est parti de là. De cette enclave d’immeubles de briques rouges sur les hauteurs de Ménilmontant », confie-t-il. À cinq ans, sa mère travaillant,  il va seul chez ses grands-parents, à pied : impensable aujourd’hui, en ces temps de surprotection des enfants ! « Ma mère m’a donné très tôt dans la vie une force incroyable : sa confiance. Elle m’a permis dès mon plus jeune âge d’être autonome, indépendant ». Pour le C.P., il va vivre chez ses grands-parents. Doux et affectueux mais méfiants, taiseux et rudes à la tâche… Une ambiance qui forge son caractère ainsi que le lien très fort qui l’unit à son grand-père, véritable figure tutélaire : un personnage atypique, très sportif, d’abord maréchal-ferrant puis plombier-chauffagiste. Ne faisant pas confiance aux banques, il avait coutume de cacher son argent dans la doublure de son manteau. Thierry Marx n’en revient toujours pas, « il se baladait avec le compte courant de la famille sur les épaules ».

Enfance plutôt heureuse donc, avec ses copains de toutes origines et ses premières émotions culinaires, « ça sentait toujours la bouffe à Ménilmontant. C’était l’avènement de la cocotte-minute. Ça dégoupillait dans tous les sens sur le bord des fenêtres, en descendant Belleville les odeurs changeaient ». Le déménagement des parents qui récupèrent leur fils à douze ans ? Un vrai traumatisme. Après l’environnement pauvre mais chaleureux, le béton d’une cité HLM de Champigny sur Marne pas encore desservie par le RER… S’en suit un décrochage scolaire au collège, il sèche les cours pour aller à la piscine, se met à l’athlétisme et aux sports de combat avec trois copains. Viennent aussi les bagarres entre bandes rivales, embrouilles et petits trafics. Il se « spécialise » avec ses potes dans les cascades à motos et voitures, rêvant de se faire engager par Rémy Julienne, le cador de la profession !

Les cités sont des ghettos, accueillant souvent les huissiers… Choqué, le jeune Thierry n’a qu’une obsession, « partir de cet endroit, me sauver… » À la fin de la cinquième, quand on lui propose une orientation en mécanique, il émet le vœu de faire l’école hôtelière. Réponse : « ce n’est pas pour des gens comme vous, l’école hôtelière ». De cette phrase-couperet, humiliante, il gardera une « grande rancœur ». Une adolescence sur le fil entre petits boulots, courses-poursuites avec la police et pratique sportive : il se découvre une passion pour le Japon au hasard d’une projection du film « la trilogie samouraï » de Hiroshi Inagaki, sa pratique des arts martiaux en fait un champion de judo du Val de Marne. Mais il étouffe toujours dans ces barres d’immeubles entourés alors de champs de patates. « Un soir, j’étais seul et je suis tombé dans une embuscade… Je me suis battu mais j’ai pris un coup de couteau, une vilaine estafilade ». De retour à Ménilmontant, alors qu’il fait des petits travaux à la journée, il  enrage de se faire souvent arnaquer. « Thierry, tu aimais bien cuisiner avec moi, ça te plaisait, je suis certaine que tu es fait pour ça », lui dit alors sa grand-mère. Il s’adresse aux Compagnons du Devoir, il trouve rapidement un poste d’apprenti. Lors de son tour de France, il fait la double découverte du pays et de la fraternité, on lui enseigne dans les différentes cayennes « la noblesse d’être ouvrier ». Selon la coutume, il est rebaptisé : Ile de France et désir de bien faire. Vient l’échéance du service militaire…. Bercé par les récits de voyage de son oncle Henri (15 ans de coloniale) et des évocations du Sahara par son père, il signe pour cinq ans.

Retour de l’armée, perte des repères : « Mes parents habitaient loin, mes grands-parents n’étaient plus là, les copains avaient disparu… » Détourné de la cuisine, il est engagé comme convoyeur de fonds. Un soir, il éprouve le besoin de revoir sa mère, il parcourt en courant la distance entre Marne-la-Vallée et Coulommiers, « ces soixante bornes m’ont fait du bien ». Ce qui le remet debout et lui redonne confiance ? Les cours du soir qui lui permettent d’obtenir le bac à 25 ans. « Celle qui allait devenir ma femme m’a donné le meilleur des conseils : reprends tes études… Je lui dois beaucoup. Nous nous sommes épaulés, battus ensemble ». Bac en poche mais toujours persuadé qu’en France « il ne coche jamais les bonnes cases », il part en Australie et se fait engager au culot comme boulanger-pâtissier au Regency Hotel de Sydney. Le chef lui conseille de donner un coup de main en cuisine. Pour faire illusion, il potasse le Répertoire de la cuisine de Gringoire et Saulnier. Un jour, un chauffeur de taxi s’étonne : « vous êtes Français et cuisinier ? Mais qu’est-ce que vous faites en Australie ? Les meilleurs chefs sont chez vous ». C’est le déclic, il rentre en France après une escale coup de foudre au Japon et un détour au Ködökan, la Mecque du judo !

Il obtient son CAP en candidat libre, on lui conseille d’aller travailler dans une grande maison. Il réussit à se faire engager chez Taillevent grâce à un génial malentendu : à la question « d’où venez-vous ? », il répond « de chez Bernard Loiseau ». Ce qui était vrai… géographiquement, ce qu’il se remémore comme  « la plus belle imposture de ma vie » … Une vraie chance professionnelle, le marchepied vers une carrière de très grand cuisinier. En effet, chez Taillevent, officiait le chef Deligne. Thierry Marx se souvient d’un « chef intègre, humain, très professionnel, un excellent meneur d’hommes, jamais un mot plus haut que l’autre ». Dans les brigades de cette époque, peu de chefs méritent ce dernier compliment ! Pendant trois décennies chez Taillevent, Claude Deligne a formé tous les trois-étoiles des années 1980-1990 : ils y apprennent la perfection du geste, la rigueur des cuissons et la justesse des assaisonnements.

Qui lui ouvre son carnet d’adresses, lui permet de poursuivre sa formation avec trois éminents chefs. D’abord Alain Chapel « le plus moderne qui pouvait parler d’opéra ou de jazz, de littérature ou de poésie ». Ensuite, Jacques Maximum au Negresco. Expérience mémorable auprès de ce chef atypique qui « travaille comme un gitan, je ne note rien. Pour apprendre avec moi, il faut me voler le métier ». Enfin, Jöel Robuchon, le chef star de l’époque, meilleur ouvrier de France et multi-étoilé qui l’engage dans son restaurant le Jamin. « C’était un grand privilège, la liste d’attente était très longue pour venir travailler chez lui ». Victime de son imposture initiale, il n’a ni l’aisance ni l’expérience de ses collègues de cuisine. Il travaille deux fois plus, note tout,  fait des croquis pour se remémorer les dressages, se plonge dans les livres de cuisine de référence, « j’ai dû apprendre le guide culinaire d’Escoffier et le Gringoire et Saulnier sur la ligne Père-Lachaise-Charles de Gaulle ». Il passe un an chez Robuchon, repart au Japon puis ouvre son premier restaurant le Roc en Val à Montlouis-sur-Loire. Il décroche sa première étoile au Guide Michelin en 1988, il en obtiendra également une par la suite avec le restaurant Le Cheval blanc à Nîmes. Cependant, il a toujours la bougeotte, encore vers l’Asie : Singapour, Bangkok puis le Laos, à nouveau le Japon « à la recherche de l’affaire du siècle que je n’ai pas trouvée ». À défaut, il approfondit son approche de la méditation, une discipline qu’il a apprise de façon empirique dès sa jeunesse et qu’il pratique régulièrement.

En 1996, il prend les rênes du Relais et Château de Cordeillan-Bages à Pauillac. Il obtient son étoile, est nommé « chef de l’année » en 2004. Suivront la deuxième étoile et son élection comme « cuisinier de l’année » par Gault et Millau en 2006. « Je restais toujours le champion du monde du découvert et de la saisie-arrêt sur salaire, mais je commençais à acquérir une notoriété qui adoucissait mon rapport avec la banque ». Un article du Times l’avait interpellé dès 2004, « la gastronomie française est morte, l’innovation est ailleurs ». Il se rend compte qu’effectivement il reproduit ce qu’il a appris chez ses maîtres. Hervé This, qui donnait à l’INRA des cours sur la gastronomie moléculaire, lui envoie Raphaël Haumont jeune maître de conférences, spécialiste de la matière et  passionné de cuisine. « Ce fut une rencontre magique, on s’est mis à créer : d’abord avec le Food Lab, ensuite avec la création du Centre français d’innovation culinaire (CFIC) » : travail sur la cryoconcentration, ou encore sur l’encapsulation de liquide dans des films comestibles. Le spationaute Thomas Pesquet, qu’il a rencontré au cercle des ceintures noires de judo, est séduit par ses recherches et lui suggère de créer des plats pour son premier voyage dans l’espace. Par la suite, on propose à Thierry Marx et Raphaël Haumont une chaire à l’université Paris-Saclay, intitulée « cuisine du futur ». Ces expériences lui valent maintes critiques et un sobriquet, « le docteur Folamour des papilles » !

Alors qu’il est au sommet de sa gloire professionnelle, sa direction d’entreprise et des ressources humaines  est loin d’être efficace. Avec l’aide de José Gutman, il revoit l’organisation de ses restaurants, se fixe une ligne de conduite, « être dur avec les faits et bienveillant avec les gens ». Il prend des cours de prise de parole en public, prend conscience de son masque agressif, « une carapace forgée par les séquelles de ma jeunesse chahutée ». Il ne cesse de se remettre en question, de s’améliorer mais il n’oublie pas qu’il vient d’en bas. « Je me devais d’aider les miens, ceux qui étaient restés dans la cage d’escalier ». Certains d’entre eux, il s’en souvient, sont déjà passés par la case prison. Il fait le tour des centres pénitentiaires en France et en Europe, il constate que nul ne peut s’en sortir sans projet à l’extérieur. Il ne cessera depuis lors d’intervenir en détention. Il va aider les Restos du cœur. Face à des gens éloignés de l’emploi, « pourquoi ne ferions-nous pas quelque chose sur la formation professionnelle ? », dit-il à Véronique Colucci. Réponse  implacable : « eh bien si tu y crois, fais-le ! ». Ainsi est née l’idée géniale de Cuisine mode d’emploi (s) : elle prend forme grâce à l’aide initiale de Véronique Carrion et de la mairie du XXème arrondissement qui lui prête un local. 40.000 postes non pourvus dans les métiers de la cuisine, cela donnait des perspectives… « J’ai réuni quelques meilleurs ouvriers de France, des cuisiniers à la retraite, et nous sommes partis sur cette idée de transmettre en onze semaines les bases de  la cuisine. Nous apprenons aux élèves le geste, le feu et le temps ». Public hétérogène de bac ++ à bac- -, de dix-huit à soixante ans. Les élèves ne paient pas la formation mais ils doivent suivre la devise de l’école, prendre le RER : Rigueur, Engagement et Régularité.

Succès immédiat. Depuis l’ouverture en 2012, 3000 personnes formées, 90 % d’entre elles ont retrouvé un emploi et 70 ont créé leur entreprise. Une grande fierté pour le gamin des cités : « j’ai vu des gens qui dormaient dans leur voiture en suivant les cours, j’ai connu un homme qui est parvenu à monter son restaurant après vingt-sept ans de détention ». De nombreuses écoles ont ouvert dans toute la France, souvent dans les quartiers défavorisés. Le modèle s’exporte avec des projets d’ouverture à Détroit et à Bogota. Thierry Marx ne s’arrête pas là. Très concerné par l’écologie sous ses divers aspects, il s’efforce de réduire quasiment à néant les déchets alimentaires dans ses cuisines, il soumet au label HQE (haute qualité environnementale) la construction de tous les établissements qu’il crée, y compris le prestigieux Mandarin Oriental à Paris. En fait il n’a qu’un seul combat, politique au sens noble du terme. À propos de cette pandémie qui menace notre santé et nous prive de nos libertés,  il note que c’est un formidable révélateur de notre perte d’indépendance. « Nous avons perdu une part importante de notre souveraineté à cause du low-cost. Aujourd’hui, il faut réorienter l’économie vers la qualité, celle d’un bon impact social et environnemental ». Chantal Langeard

Celui qui ne combat pas a déjà perdu : Flammarion, 256 pages, 16€90.

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La culture prend la Bastille !

En province, comme à Paris place de la Bastille, plusieurs milliers de professionnels de la culture ont manifesté, le 15 décembre, pour la réouverture des lieux culturels. Dénonçant le « mépris » du gouvernement et déposant dans la foulée un référé devant le Conseil d’État.

 

« Déconfinons la culture ! », pouvait-on entendre sur la place de la Bastille, noire de monde, à Paris. « On va mourir et même pas sur scène », « Le spectacle rend vivant », « L’art est une arme de construction massive », « le Mépris doit rester un film » ou encore « le théâtre, un lieu de culte », pouvait-on lire sur les pancartes. Prêts à rouvrir le 15 décembre comme initialement annoncé lors du deuxième confinement fin octobre, cinémas, théâtres et musées ont vu leurs espoirs douchés quand le Premier ministre, Jean Castex, a annoncé que, face à la persistance de l’épidémie de Covid-19, ils devraient rester fermés jusqu’au 7 janvier au moins. Depuis, le monde de la culture ne décolère pas. Syndicats et organisations professionnelles, le 16 décembre, ont saisi le Conseil d’État via un « référé liberté », une procédure d’urgence. Qui devrait l’examiner le 21/12 et rendre son avis sous 48h… « Ce qui me choque le plus, c’est le deux poids deux mesures : d’un côté les commerces et les églises qui rouvrent, de l’autre les lieux culturels qui sont pointés du doigt et privés de vivre de leur travail. C’est révoltant », explique Ulysse, intermittent du spectacle de 28 ans.

« Le monde de la culture souffre », a reconnu la ministre Roselyne Bachelot, tout en rappelant que les lieux culturels étaient fermés « partout en Europe » et « sur la base d’un nombre d’études scientifiques ». Des arguments qui ne pèsent pas lourd face au désarroi des manifestants. Pour Martin, un autre intermittent de 27 ans, il s’agit « d’une mise à mort ». Et de préciser que « les théâtres sont frileux à nous faire travailler car les décisions politiques changent constamment ». Pour l’acteur Christophe Alévêque, présent place de la Bastille, il faut « qu’on nous dise quand on va pouvoir rouvrir car on ne rouvre pas un théâtre d’un claquement de doigt. On a été très patient, maintenant il faut que tout ça s’arrête». Même son de cloche du côté du rassemblement à Clermont-Ferrand, où Rémi Laroere, 32 ans, salarié du cinéma indépendant Le Rio, fustige le fait que « c’est toujours les mêmes qui vont en tirer profit comme Amazon ou les plateformes de streaming ». Un sentiment d’injustice aggravé par celui d’avoir pourtant été de bons élèves. « Au printemps, nous avons joué le jeu : la santé d’abord. Puis lors du deuxième confinement, on nous a dit que nous n’étions pas essentiels, on est passé sur l’humiliation. Maintenant, nous n’avons aucune perspective », regrette Jean-Marc Grangier, le directeur de la Comédie.

Alors que les acteurs du monde culturel manifestaient dans plus de vingt villes de France, Denis Gravouil, le secrétaire général de la CGT Spectacle, s’est entretenu avec la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot. Le rendez-vous a débouché sur « beaucoup de promesses ». Peu de garanties. D’abord sur la forme : « il nous est proposé de nous revoir pour (…) préparer cette réouverture avec l’ensemble des professionnels », explique le syndicaliste. « En termes de garanties, on a proposé de faire un soutien financier pour permettre le paiement de répétitions et de résidences de création parce que des milliers d’artistes ou techniciens n’ont pas pu travailler dans la musique, par exemple ». Une revendication déjà portée depuis plusieurs semaines, qui devrait enfin être prise en considération.

Quant à la date du 7 janvier, annoncée comme celle de la prochaine réouverture des lieux culturels, « c’est une clause de revoyure, tout le monde a compris que (…) ça allait rouvrir peut-être le 20 janvier. Cette fois-ci, on demande à être associés aux décisions », a expliqué Denis Gravouil à France Info. « La sortie d’un film ou la mise en place d’un spectacle se construit avec beaucoup de préparation ». Dominique Martinez

Selon un sondage BVA pour Orange et RTL, réalisé le vendredi 18 décembre, une majorité de Français (62%) regrettent que les cinémas, théâtres ou musées restent fermés. Ils auraient voulu que les salles rouvrent le 15 décembre : 62% des Français désapprouvent la décision de maintenir les lieux de culture fermés, contre seulement 38% qui l’approuvent. L’opposition est majoritaire dans toutes les catégories de population, à l’exception des sympathisants LREM. Mais, même chez ces derniers, une minorité significative s’exprime pour dénoncer cette décision (40%). 

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Théâtre et cinéma, portes ouvertes !

Le vendredi 11 décembre 2020, Samuel Churin a publié une « Lettre ouverte aux directeurs de cinémas et de salles de spectacle ». L’acteur et animateur de la Coordination des Intermittents et Précaires les invite à déposer un référé-liberté auprès du Conseil d’État. Pour  exiger, au nom de l’équité, l’ouverture des lieux de culture.

 

Presque tous les jours, on me demande de signer des pétitions demandant la réouverture des théâtres et des cinémas. Ces demandes sont tout à fait respectables mais elles reposent toujours sur le même mode d’action : la supplication. On demande, on supplie le gouvernement d’être à l’écoute de celles et ceux qui ne peuvent exercer leur activité, on met parfois en avant l’aspect essentiel, vital de la culture. On fait appel au bon sens, à la morale, à la psychologie, aux bons sentiments. Le constat est pourtant implacable : lors de sa première intervention annonçant le nouveau confinement, Emmanuel Macron n’a pas dit un seul mot sur le secteur culturel pourtant massacré.

Dans un autre domaine, celui des droits sociaux, ce gouvernement fait même pire : il ne cesse d’affirmer que tout le monde sera couvert « quoi qu’il en coûte » alors qu’ il laisse de côté des centaines de milliers d’intermittents de l’emploi (extras de l’hôtellerie, restauration, évènementiel, guides conférenciers …) qui basculent au RSA dans la plus grande pauvreté. À ce sujet, cela fait des mois que nous alertons, que nous revendiquons, que certains députés et sénateurs relayent les demandes, en vain. La seule victoire, nous l’avons obtenue au Conseil d’État qui vient d’annuler une partie de la convention d’assurance chômage 2019.

Cette dernière victoire me conforte dans l’affirmation suivante, apparemment évidente mais pas souvent appliquée : arrêtons d’être défensifs et optons pour des stratégies offensives. Le gouvernement décide que les cinémas et théâtres ne rouvriront pas le 15 décembre et il est certain que les pétitions n’inverseront pas cette décision. La seule solution : attaquer le gouvernement au Conseil d’État avec un référé-liberté. Le référé-liberté est une procédure qui permet de saisir en urgence le juge lorsqu’on estime que l’administration (État, collectivités territoriales, établissements publics) porte atteinte à une liberté fondamentale (liberté d’expression, droit au respect de la vie privée et familiale, droit d’asile, etc.). Le juge des référés a des pouvoirs étendus : il peut suspendre une décision de l’administration ou lui ordonner de prendre des mesures particulières. Pour rappel, les professionnels de la restauration et des stations de sports d’hiver l’ont fait et leurs demandes n’ont pas été retenues.

Seule l’Église a gagné et le gouvernement a dû revoir sa copie sur la limitation à 30 personnes lors des cérémonies religieuses : la jauge est calculée en fonction de la superficie, elle n’est plus limitée. Ce référé-liberté devrait être gagnant parce que les juges administratifs du Conseil d’État sont très attachés à la notion d’équité. Et les conditions d’accueil dans une église sont en tous points comparables à celles d’un cinéma ou d’une salle de spectacle : chacun est assis, masqué, ne bouge pas et tous regardent dans la même direction. Ironie de l’histoire, lors de la présentation de sa loi sur le séparatisme, Jean Castex n’a cessé de vanter la laïcité à la française. Or, dans les faits, les églises sont ouvertes et les théâtres sont fermés ! J’ai hâte de savoir en quoi le fait d’assister au récit de la naissance d’un homme nommé Jésus serait sans danger, alors que le récit d’un homme nommé Tartuffe serait source de contamination.

Nous n’avons que trop tardé. J’appelle donc les directeurs de cinémas, théâtres et autres lieux de spectacle à déposer de toute urgence un référé-liberté au Conseil d’État. Cette démarche est essentielle. Et si le juge nous donne tort, il devra justifier sa décision. Samuel Churin

La colère gronde de partout dans le monde de la culture et les salles de spectacle vont adresser un référé auprès du Conseil d’État pour faire valoir leurs droits. Un appel à manifester est lancé pour le mardi 15 décembre à Paris (Place de la Bastille, 12H) et en Région :  « Les réponses que nous sommes en droit d’attendre ne relèvent pas uniquement du ministère de la Culture, qui est fragilisé en cette période, mais de l’ensemble du gouvernement. L’Élysée, Bercy comme le ministère du Travail doivent se montrer à la hauteur des enjeux historiques qui se posent pour nos secteurs. Notre combat est celui de la dignité ! ». Yonnel Liégeois

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Mathilde Mouilleron, restauratrice d’art

Installée à Mézières-en-Brenne dans l’Indre (36), Mathilde Mouilleron est restauratrice en œuvres d’art. Pour elle, comme pour de nombreux professionnels de ce secteur d’activité, l’année qui s’achève restera marquée du sceau des restrictions. Et de l’incertitude.

 

Mathilde Mouilleron est une travailleuse indépendante. Elle est spécialisée dans la restauration d’œuvres d’art exécutées sur du papier. Un champ d’actions très large sérieusement chamboulé depuis le 17 mars dernier, premier jour du premier confinement. « Les conséquences sont assez simples à résumer : plus de travail, plus de revenus. Tout s’est arrêté », constate amèrement la restauratrice. Après une légère reprise cet été, début novembre a sonné de nouveau la fermeture de toutes les galeries d’art avec lesquelles elle travaille. Un coup de frein brutal dans un parcours riche d’expériences et prometteur en projets.

Issue d’un milieu de conditions modestes, éloigné du monde artistique mais amateur d’art, dès sa plus tendre enfance Mathilde a baigné dans le parfum des musées. Une vie familiale et le hasard des rencontres la conduisent à l’école du Louvre à Paris. Ce sera donc l’étude de l’histoire de l’art. Un enseignement en marge duquel Mathilde va s’intéresser au travail concret sur les œuvres. « J’ai compris rapidement que le travail manuel me correspondait davantage ». Elle entame son apprentissage dans l’atelier de moulage de l’école des Beaux-Arts, puis dans celui de la dorure sur cadre de la Ville de Paris. Elle s’essayera aussi à la restauration de céramiques. Au final, son chemin la mène au travail sur papier. 

Un matériau qui accueille une grande variété d’expressions : le dessin, l’aquarelle, le pastel, les estampes réalisées à l’encre comme au crayon à la sanguine ou à la pierre noire (type de crayon ou de craie qui donne un trait noir sombre et mat). Mathilde se familiarise avec cet univers pour en maîtriser les techniques de restauration très pointues : de sérieuses compétences s’imposent pour corriger les tâches, déchirures et autres dommages subies par les œuvres. « C’est un travail qui exige de la patience, de la minutie et une grande capacité de concentration. Les opérations sont multiples. Elles dépendent du type de papier et d’encre et induisent des interventions qui portent sur la surface comme sur le corps du papier ». Parfois, l’ouvrage prend des formes très volumineuses. Mathilde a exercé ses talents pour la rénovation d’un globe céleste de Coronelli, une sphère d’un mètre de diamètre, comptant parmi les pièces maîtresses de la collection Camille Flammarion. « Ce fut un magnifique challenge qui m’a demandé six mois de travail. Une aventure menée en commun avec mon compagnon, avec qui je partage la recherche de la perfection ».

Expérience concluante, Mathilde  s’est attelée à la restauration d’autres globes, terrestre ou céleste.  Le dernier en date ? Un autre globe céleste de Coronelli, datant de la fin du XVIIème siècle. La restauration de cette œuvre superbe a été commandée par l’observatoire astronomique de Strasbourg. Désormais, Mathilde compte en France parmi les spécialistes de la discipline. Assoiffée néanmoins d’expériences nouvelles, elle s’embarquerait bien volontiers vers d’autres horizons. « J’aimerai restaurer des paravents et plus largement travailler les papiers orientaux, aux textures différentes comme les japonais ou les chinois ». Las, depuis plusieurs mois, ses ambitions sont au point mort, ses revenus ne sont plus issus du travail mais des aides gouvernementales.

Pour survivre, elle perçoit les aides de l’État : 1500 € par mois dont il faut renouveler la demande chaque mois. « J’ai eu la chance de bénéficier d’une grosse commande en 2019, l’aide est fixée en fonction du chiffre d’affaires de l’année précédente ». La compensation financière reste néanmoins très partielle et la solution par nature aléatoire et insatisfaisante. Ce qu’elle souhaite, c’est la possibilité de travailler normalement. De ce côté-là, les perspectives sont pour le moins incertaines, même si son hyper spécialisation lui ouvre des possibilités de commandes. « Je travaille avec la galerie Lelong qui propose des œuvres d’artistes très côtés à des clients aux gros moyens financiers. Ce marché n’est pas en crise. Pour s’en convaincre, il suffit de constater que des œuvres du peintre David Hockney, d’une valeur comprise entre trois et douze millions, ont été vendues en quelques jours ». Autre motif d’espoir pour l’avenir, les contacts pris avec des structures publiques : ils concernent des projets de restauration et de création de globes. Un « optimisme » vite pondéré par les conséquences du confinement. La galerie Lelong ne peut offrir de perspectives si elle reste close. Par ailleurs, l’activité de Mathilde Mouilleron avec cette galerie ne représente qu’une partie de ses revenus. Elle doit compter sur des structures plus petites ainsi que sur des particuliers.

Un secteur plus fragile qui concerne des artistes moins côtés, plus impacté par les fermetures de galeries et l’arrêt des expositions. « Dans ces conditions, les répercutions peuvent être graves pour ce qu’on appelle la sous-traitance du monde de l’art. Les restaurateurs, les encadreurs, et les transporteurs sont directement menacés. Quant à l’investissement public pour des projets à long terme, il dépend en grande partie de l’État », rappelle-t-elle très circonspecte.  « L’oubli » à plusieurs reprises du monde de l’art et de la culture en général, lors des discours du président de la République et du Premier ministre, en dit long sur les intentions de l’État. La dernière intervention d’Emmanuel Macron, qui semble redécouvrir l’importance de la culture pour la vie des gens, ne rassure pas vraiment Mathilde. « Bien sûr l’annonce de réouverture des galeries d’art, puis des musées, est positive. Mais on ne se relèvera pas si facilement de cette période de confinement, la crise économique pèse durablement sur une partie importante de la clientèle ». Mathilde Mouilleron reste dubitative quant aux capacités de ce secteur à retrouver un peu plus de stabilité. L’incertitude est toujours présente. Propos recueillis par Philippe Gitton

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La lettre d’Ariane Ascaride

Dans le quotidien L’Humanité en date du 30/10, la comédienne Ariane Ascaride commente les termes de l’allocution télévisée d’Emmanuel Macron. Une lettre ouverte où la citoyenne de Montreuil (93) exprime son incompréhension, son amertume et sa désespérance. Chantiers de culture la propose à ses lectrices et lecteurs. Comme objet de réflexion et de débat.

À l’heure du reconfinement, Ariane Ascaride était à l’affiche du Théâtre de Paris. Dans la reprise du Dernier jour du jeûne, écrit et mis en scène par Simon Abkarian. Une pièce où l’auteur célèbre ses racines méditerranéennes, où les femmes jouent un rôle de premier plan.

 

Monsieur le Président,

Je sais que vous êtes au four et au moulin et ma lettre ne pèse pas bien lourd face à cette marée épidémique.

Mais je ne peux pas m’empêcher de l’écrire, Monsieur le Président. Hier soir, devant ma télé, je vous écoutais avec une grande attention, mon espoir bien avant l’allocution était réduit à néant, mais ce qui fait un trou à mon âme est l’absence dans votre discours du mot culture. Pas une fois il n’a été prononcé. 

Nous sommes la France, Monsieur, pays reconnu par le monde entier et envié par tous pour la présence de sa créativité culturelle, la peinture, la musique, la littérature, la danse, l’architecture, le cinéma, le théâtre, vous remarquez, je cite mon outil de travail en dernier. Tous ces arts sont dans ce pays des lettres de noblesse que les hommes et les femmes du monde admirent. C’est un pays où marcher dans les villes raconte l’histoire du monde, où la parole dans les cinémas et les théâtres apaise, réjouit, porte à la réflexion et aux rêves ces anonymes qui s’assoient dans le noir pour respirer ensemble un temps donné. Nous sommes indispensables à l’âme humaine, nous aidons à la soigner, je ne parle même pas de tout le travail que nous faisons avec les psychiatres.

Nous sommes des fous, des trublions mais tous les rois en ont toujours eu besoin. Et hier soir silence total…

Je pensais à Mozart hier soir, au fond le regard des dirigeants n’a pas tellement changé et ça me désespère. Nous faisons du bruit, nous parlons et rions fort, nous dérangeons certes mais sans nous l’expression de la vie est réduite à néant.

Aujourd’hui je suis perdue, je sais, je veux le croire, les lieux de cultures ouvriront à nouveau et on pourra retourner dans les librairies acheter un livre que l’on glissera dans la poche de son manteau comme un porte-bonheur, un porte-vie. Mais hier soir quelque chose s’est brisé dans mon cœur. Je ne sais pas bien quoi, peut-être l’espérance, et c’est terrible pour moi, car c’est l’espérance d’écrire un beau livre, de construire un bel édifice, de faire entendre un texte magnifique, de peindre l’aura des humains, de faire chanter et danser nos spectateurs, qui nous pousse tous à travailler comme des fous, à faire des sacrifices de salaire, des sacrifices familiaux, demandez à nos familles ce qu’elles acceptent parfois pour que nous puissions donner de la joie à ces anonymes.

Voilà, Monsieur le Président, je ne pouvais pas me taire, moi, votre silence m’a démolie. Mais je me relèverai et mes amis aussi. Je voulais juste que vous mesuriez avec cet oubli combien vous avez écorché les rêves de ceux qui font rêver et se sentir vivant.

Avec toutes mes salutations respectueuses, Ariane Ascaride

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Jack Ralite, à la Comédie-Française

Dans le cadre des seuls-en-scène confiés aux acteurs de la troupe du Français, Christian Gonon joue la Pensée, la poésie et le politique. Paroles et convictions de Jack Ralite, l’ancien élu et ministre communiste, d’après les entretiens réalisés par Karelle Ménine. Avec son aimable autorisation, Chantiers de culture se réjouit de publier l’article de Marie-José Sirach, notre consœur du quotidien L’Humanité.

 

Il aurait été heureux, l’ami Ralite. Lui qui fréquentait sans relâche les salles de théâtre, se rendait au Festival d’Avignon – on entend dans la salle les cigales et les bruissements d’ailes des martinets -, toujours curieux de voir des spectacles, bien sûr, mais aussi de rencontrer et dialoguer avec les artistes, les comédiens, les metteurs en scène qu’il croisait dans les ruelles mal pavées d’Avignon, de rester des heures durant à l’annexe de la BNF de la Maison Jean Vilar, où il lisait et relisait des ouvrages de théâtre, d’histoire, de poésie, noircissant des pages de notes qui s’entassaient dans sa fidèle sacoche de cuir noir.

« Il nous manque, Ralite »

Il aurait été heureux, Ralite. Cela fera trois ans le 12 novembre prochain qu’il est mort. Sa disparition a créé un manque. Combien d’artistes, d’intellectuels, de médecins, de chercheurs le disent : « Il nous manque, Ralite. » Il nous manque mais ses discours, ses prises de parole constituent un héritage précieux : ses multiples interventions au Sénat, à l’Assemblée nationale, à Aubervilliers, aux états généraux, au comité central du PCF comme on disait alors. Tout comme ses entretiens ou ses tribunes parus, ici et là, dans la presse. Le spectacle conçu et interprété par Christian Gonon a été imaginé à partir du livre d’entretiens réalisés par Karelle Ménine, La pensée, la poésie et le politique (Dialogue avec Jack Ralite), publié aux Solitaires intempestifs.

 « Comment dirais-je… » Ainsi commence le spectacle, par cette politesse de langage dont Ralite usait sans en abuser et qui annonçait une idée, un argument, une pensée. Un signe annonciateur pour susciter chez son interlocuteur l’attention mais surtout la concentration. Alors Ralite, tel le peintre sur le motif, dessinait à voix haute les contours d’une réflexion en mouvement, aux aguets. Le découpage opéré par Christian Gonon, son parti pris, principalement axé sur les rapports que Ralite entretenait avec les poètes, les artistes ou les présidents de la République, à qui il écrivait de longues lettres pour plaider, d’une plume courtoise mais ferme, la cause des artistes, ce parti pris, donc, donne toute la mesure de la personnalité de Ralite. Un homme politique d’envergure qui avait une haute idée de la politique et constatait la dérive – ce glissement sémantique – où le mot « politicien » s’est substitué insidieusement au mot « politique ».

L’acteur évite l’écueil du biopic

Seul en scène, une petite table recouverte de feuilles éparses, une simple lampe et une chaise pour tout accessoire, Gonon donne une amplitude intérieure à son « personnage ». En réajustant sa cravate, en tripotant ses lunettes ou en consultant fiévreusement des notes prises sur des bouts de papier, l’acteur évite l’écueil du biopic et parvient à glisser quelques signes comme autant de preuves d’existence. Christian Gonon recrée des instantanés de vie, parsemant le spectacle de réflexions, d’indignations devant l’assèchement des politiques culturelles joyeusement mêlées à des souvenirs d’enfance, à son admiration pour Robespierre l’Incorruptible, à ses premières émotions au théâtre, à son adhésion « au parti », à ses désaccords critiques et sa fidélité à l’idéal communiste, jusqu’à évoquer ses complicités affectives avec Rimbaud, Baudelaire, Vilar, Vitez, Hugo, Aragon, Picasso, René Char, Bernard Noël, Julien Gracq…

On entend soudain l’Affiche rouge

Aragon occupe une place importante, particulière dans le spectacle. Il était, disait Ralite, un « camarade de briganderie culturelle, mais aussi de lucidité politique ». On entend soudain l’Affiche rouge, dit sobrement, sans effet de manche. Mais aussi Étranges étrangers de ce même Prévert qui avait écrit les Enfants d’Aubervilliers, ces « gentils enfants des prolétaires/Gentils enfants de la misère/Gentils enfants du monde entier/Gentils enfants d’Aubervilliers ». Ralite était né à Châlons-sur-Marne mais il était devenu un de ces enfants d’Aubervilliers, à jamais.

 « Je cite souvent les poètes parce qu’ils m’ont éclairé. Je me dis que puisqu’ils m’ont éclairé, ils peuvent en éclairer d’autres. Un politique qui se prive de cela mutile sa pratique », disait-il encore. Lorsque tous les acteurs de la troupe forment un chœur sonore où les voix s’entrechoquent pour lire cette fameuse adresse au président de la République, on mesure combien toute la pensée de Ralite demeure d’une vitalité salutaire et d’une actualité brûlante. Marie-José Sirach, Photos Christophe Raynaud de Lage

Jusqu’au 31 octobre, à 18 h 30, au Studio de la Comédie-Française, Carrousel du Louvre. Réservations : 01.44.58.15.15

UNE RÉSISTANCE PUISSANTE, ENTIÈRE ET GÉNÉREUSE

Dire les mots de Jack Ralite est une résistance. Une résistance à tous les renoncements. Culturel, politique, poétique… Une résistance puissante, entière et généreuse qui puise sa force dans une intelligence sensible de l’Humain. Une résistance avec pour seule arme le verbe et la clairvoyance des poètes. Leurs voix que l’on ne sait plus entendre. Un compagnonnage qui nous tire vers plus de hauteur. Antoine Vitez parlait de l’acteur qui mettait ses pas dans ceux du poète, comme un marcheur dans le sable qui met ses pieds dans les traces de celui qui le précède. Pour que le temps ne les efface pas. J’essaie de retrouver les sentiers de tous les combats, de toutes les révoltes de Jack Ralite. Je me glisse dans sa pensée comme dans un habit de lumière. À chaque carrefour je croise Aragon, Char, Hugo, Vilar, Saint-John Perse, Baudelaire… À la question toujours posée : « Pourquoi écrivez-vous ? », la réponse du poète sera toujours la plus brève : « Pour mieux vivre ». Christian Gonon

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Frantz Fanon, figure du tiers-mondisme

Spectaculaire, la fresque réalisée à Montreuil (93) par le street artiste JBC : une effigie de Frantz Fanon ! Le psychiatre et essayiste martiniquais fut très impliqué dans le combat du FLN en Algérie. Une figure majeure de l’anticolonialisme et du tiers-mondisme.

 

Il fut l’ancêtre des « french doctors » en leur ajoutant une dimension révolutionnaire et littéraire. Un Français qui partage avec Jacques Derrida le paradoxe d’être davantage étudié dans les universités américaines que dans leurs homologues françaises. Il est vrai que Fanon, né Frantz à Fort-de France et enterré Omar Fanon à Aïn Kerma en Algérie, aura du attendre que soient à peu près cicatrisées les séquelles de la guerre d’Algérie pour retrouver droit de cité dans les facultés de l’hexagone.

Autant qu’un petit français de Martinique, c’est un futur républicain forcené qui naît en 1925, fils d’un fonctionnaire des douanes, franc-maçon comme l’est à l’époque la petite bourgeoise radicale-socialiste de l’île. L’élève du Lycée Victor-Schoelcher de Fort-de-France est aussi brillant que le sera l’étudiant, quelques années plus tard, de la Faculté de Médecine de Lyon. Entretenu pour expliquer son évolution, un mythe est à détricoter : il ne fut jamais l’élève d’Aimé Césaire, poète et chantre de la négritude. En revanche, le lycéen de 17 ans, pas encore bachelier, rejoint clandestinement la Dominique en 1942 pour s’enrôler dans les Forces de la France Libre. Fanon entend défendre cette République qui, en 1848, a aboli l’esclavage. Le débarquement de l’Amiral Robert quelques mois plus tôt, avec 10 000 marins pour appliquer les lois de Vichy, achève de le convaincre. Sa candidature est rejetée et il regagne le Lycée Schoelcher jusqu’en 1944.

À 19 ans, il peut intégrer le 5ème Bataillon de Marche des Antilles et arrive à Casablanca pour y attendre le débarquement de Provence. Au commencement, les notes du livret militaire ne sont guère brillantes. On passe de « soldat quelconque au mauvais esprit » à « élève brillant mais esprit militaire douteux » avant d’atteindre en avril 1944 « s’est révélé courageux et de sang-froid. Fait l’admiration de ses camarades. Blessé et cité ». C’est à Casablanca qu’il prend conscience de la société racialisée dans laquelle il est appelé à évoluer. Le camp y est divisé en trois sections : les Européens auxquels sont assimilés les 500 Antillais parce que citoyens français, les Arabes « indigènes » et enfin les « Sénégalais » qui regroupent tous les ressortissants de l’Afrique noire française. Son bataillon remonte le Rhône, atteint le Doubs en plein hiver avant Strasbourg qu’il est chargé de libérer. La propagande hitlérienne usant du « nègre qui violera vos femmes s’il n’est pas cannibale » a fait son œuvre. La population libérée craint ses soldats « de couleur ». Et l’attitude de la hiérarchie militaire, forcément blanche, en ajoute au désappointement dont il fait part à ses parents dans une lettre du 12 avril 1945 : « Aujourd’hui, il y a un an que j’ai quitté Fort-de-France. Pourquoi ? Pour défendre un idéal obsolète. Je doute de tout, même de moi… Je me suis trompé ». Cette confrontation à la vision du noir, même antillais, par le Français de métropole, l’ouvre à la réalité du fait colonial.

Retour à Fort-de-France en 1945, il y passe son bac. Lecture passionnée des philosophes Maurice Merleau-Ponty et Jean-Paul Sartre. Actif soutien à la candidature d’Aimé Césaire aux législatives. Il entre ensuite à la Faculté de Médecine de Lyon avant d’intégrer l’hôpital psychiatrique de Saint-Alban en Lozère où il rencontre son maître de stage André Tosquelles et des pratiques de traitement en décalage avec la doxa de l’époque. En 1952, Frantz Fanon publie Peau noire, masques blancs: un essai vigoureux et volontiers satirique, dans lequel il interroge l’aliénation et les relations Noirs-Blancs. Nommé en 1953 médecin-chef d’une division psychiatrique de l’hôpital de Blida-Joinville en Algérie, il découvre un univers psychiatrique conformiste, mâtiné d’esprit colonialiste, ségrégant Européens et « indigènes ». Sa prise de conscience du fait colonial continue de se parfaire lorsqu’il doit traiter des tortionnaires de la police française. L’hôpital de Blida-Joinville ayant hébergé clandestinement des combattants des deux organisations indépendantistes, l’Armée de libération nationale (ALN) et le Front de libération nationale (FLN), Robert Lacoste, gouverneur du territoire, expulse Fanon, croit-il, vers Paris.

Le militant anticolonialiste et tiers-mondiste rejoint en fait Tunis. Il y exerce son travail de psychiatre dans un hôpital déserté par les Français et devient ambassadeur du Gouvernement provisoire de la République algérienne. Il collabore à l’organe de presse du FLN, El Moudjahid, dont il devient l’un des principaux rédacteurs. En 1959, il publie L’an V de la révolution algérienne (aussi appelé Sociologie d’une révolution). L’année suivante, atteint d’une leucémie, Fanon travaille sur Les damnés de la terre. En 1961, affaibli, il rencontre Jean-Paul Sartre à Rome pour trois jours de conversations ininterrompues. Dont le philosophe tirera la substance de la préface, tant souhaitée par Fanon, de son dernier ouvrage qui deviendra un  classique mondial de la littérature politique de combat. Les damnés de la terre ? Un élément d’enseignement dans la plupart des universités américaines aujourd’hui. Frantz Fanon meurt aux États-Unis le 6 décembre 1961, quelques mois avant l’indépendance de l’Algérie. Alain Bradfer

La fresque de JBC, sise à Montreuil (93), se donne à voir à l’angle du  160 Boulevard Théophile Sueur et de la rue Maurice Bouchor.

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Kadoc, une folle entreprise !

Rémi De Vos a de nouveau frappé ! Avec Kadoc, son dernier opus mis en scène par Jean-Michel Ribes… Les 26 et 27/09 à la scène nationale de Sénart (77), prélude à une longue tournée… La peinture radicalement déjantée du monde de l’entreprise.

 

Farce, comédie, vaudeville ? Entre l’absurde et le grotesque, le rire et le délire, si le spectateur hésite sur la dénomination, une certitude s’impose : l’entreprise rend vraiment fou ! Rémi De Vos sait de quoi il parle, longtemps il a vécu de petits boulots et d’emplois précaires. Les rapports de dépendance et de domination, le pouvoir et le harcèlement hiérarchiques il connaît, depuis il en fait matière à écriture : Débrayage, L’intérimaire, Cassé, Départ volontairePas sous forme de rapport syndical ou de bilan managérial, sa marque de fabrique ? L’humour, la dérision. Kadoc, son dernier opus alors à l’affiche du Rond-Point avant confinement, nous en proposait une magistrale illustration dans la mise en scène complètement déjantée de Jean-Michel Ribes, le patron des lieux !

Nous voilà donc rendus dans les bureaux de Krump où s’affairent, subissent ou sévissent trois personnages aux obsessions bien ciblées : un employé de bureau qui s’échine à mettre un point final à un rapport bidon qu’on lui a confié pour tester ses compétences, un petit chef totalement incompétent qui rêve pourtant de promotion, un directeur de service qui compense à l’entreprise l’autorité perdue au sein de son foyer ! Maquez-les avec trois épouses aussi givrées que leurs maris, couronnez le tout d’un incroyable quiproquo lors d’une invitation à déguster un risotto aux fruits de mer : la machine s’enraye, les masques tombent en même temps que les convenances, haines et rancœurs s’affichent sans fard. Comme dans la scène finale, au propre et au figuré, la mise à nu des névroses cultivées à l’entreprise au risque souvent d’empoisonner la sphère familiale, la peinture sans concession d’un univers impitoyable, la noirceur des rapports sociaux qui se laisse entrevoir « derrière les vitres cassées de l’usine », comme le chantait Jacques Brel.

Avec une bande de comédiens au plus fort de leur talent dans leur aptitude à forcer le trait avec naturel, trois couples férocement assortis sur scène où la bêtise et la bassesse de l’un ne déparent en rien avec la crapulerie et la lâcheté de l’autre, Jacques Bonnafé en tête de gondole avec Caroline Arrouas son épouse névrosée. Si tout est bon dans le cochon, tout est aussi nul et nauséabond dans ce panel d’obsédés ou de tarés, hormis la vague d’humour qui emporte le public ! Ne nous méprenons pourtant point sur Kadoc, la satire frappe à la porte de la loufoquerie conduite à son paroxysme, le rire se pose en dérivatif à la plainte souvent martelée, l’absurde à la souffrance intime en moult collectifs de travail. Point de leçon de morale chez De Vos, point de sentiment de culpabilité chez Ribes, un simple constat : la loi de la jungle sévit à l’entreprise, l’entreprise rend fou ! Il nous vient juste à rêver et espérer que rire et dérision se révèlent des armes de combat aussi efficaces que le Code du travail ! Yonnel Liégeois

Kadoc : Actes Sud-Papiers (208 p., 18€). Du 03 au 29/11, toujours au Théâtre du Rond-Point, Christophe Rauck, le directeur du Théâtre du Nord à Lille, met en scène Départ volontaire, une autre pièce de Rémi De Vos.

Tournée : 26 et 27/09 : Scène nationale de Sénart (77). 2 – 10/10 : Théâtre du Nord / Lille (59). 14 – 16/10 : Odyssud / Blagnac (31). 20 – 22/10 : Théâtre du Gymnase / Marseille (13). 5 – 7/11 : Comédie de Reims (51). 10 – 12/11 : La Manufacture / Nancy (54). 17 – 21/11 : Théâtre Olympia / Tours (37). 25 – 28/11 : Théâtre de Liège (Belgique). 2 – 4/12 : LA Comédie de Saint-Étienne (42). 10 et 11/12 : La Comète / Châlons-en-Champagne (51). 5 et 6/01/21 : Anthéa/ Antibes (06). 12 – 15/01 : TnBA / Bordeaux (33). 20 – 31/01 : Théâtre du Rond-Point/ Paris (75).

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