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Marie Payen, la voix des sans-voie

Après la création au Théâtre des Deux Rives de Rouen (76) et une longue escale au Théâtre du Rond-Point (75), Marie Payen fait halte le 16 janvier au Carré, la Scène nationale de Château-Gontier (53). Avec Perdre le nord, une tragique mélopée délivrant la parole des réfugiés et sans-papiers. Superbe esthétique, force poétique et puissance politique.

Plus qu’une œuvre spectaculaire ! Avec Perdre le nord, Marie Payen revisite en beauté la tragédie antique, une authentique « épopée du dire » où les mots prennent corps sur la scène. Un voile plastique qui enrubanne la comédienne, trois cercles lumineux au sol pour distiller une hypothétique éclaircie au cœur de

© Arnaud Bertereau

ces cris de détresse, un original et dramatique « objet théâtral non identifiable » selon le propos d’Hervé Audibert, architecte éclairé et maître des lumières du spectacle.

Les yeux cernés de noir, fragile et frêle dans sa tunique de plastique, Marie Payen se révèle pourtant irréductible pythie ! Clamant les mots surgissant du fonds du corps, venus de loin et se répétant depuis des millénaires… Ceux des exilés et des réfugiés de tout temps, des bannis et damnés de la terre en quête d’espoir, de fraternité, d’un havre d’humanité. Elle en appelle à Ulysse et Enée, Moïse et Abraham, même à Jésus dit le christ : mythe, conte,

© Arnaud Bertereau

épopée ? Mensonges et billevesées peut-être, puisque depuis lors rien ne semble avoir changé. Des peuples humiliés, déplacés, exploités et rejetés hors de leurs frontières pour errer à tout jamais.

D’un imperceptible mouvement de la main, tout autant expressif que poétique, Marie Payen devient l’enfant crucifié, sacrifié dans les montagnes ou les dunes, noyé dans le sable ou la vague. Un cri de détresse, un appel au secours qui est aussi celui de la mère dont le policier a vidé le sac boulevard de La Chapelle à Paris et écrasé du pied le morceau de pain généreusement donné. L’humanité piétinée, la fraternité bafouée, ni tract ni manifeste, la comédienne lance les mots qui, tragiques et poétiques tout à la fois, percent au corps le coeur du public. Un spectacle d’une intense religiosité, une émouvante et authentique prière païenne lorsque l’homme ou la femme, quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent, sont nommés mieux que frère et soeur en humanité, dieux vivants à

© Arnaud Bertereau

aimer et respecter. Sans papiers peut-être, mais pas sans voix. Des voix que Marie Payen emprunte, fait siennes. La voix des sans-voie.

« Faire entendre l’odyssée des réfugiés en tournant le dos au réalisme et en gagnant les hauteurs du mythe », écrit Gérard Naly dans La Vie. Sur les planches, « résonnent la voix du Nord et la voix du Sud avec la force du poème, un moment juste et rare », poursuit le chroniqueur. Lors de l’apparition du premier campement de réfugiés dans le nord de Paris, Marie Payen s’y est rendu. Pour soutenir, aider, échanger, écouter et, au final, oser une parole sous le regard de Leila Adham et sur la musique de Jean-Damien Ratel. « La voici, surgissant dans une invraisemblable robe de mariée en plastique transparent, prête à perdre le nord pour rencontrer ces exilés du sud fuyant guerre, horreur et misère », souligne Thierry Voisin dans Télérama. « Ils s’appellent Abdou, Fawad, Haben et Mouheydin, vivent dans la rue ou dans des camps de fortune. Marie Payen a recueilli leurs récits, qu’elle porte aujourd’hui comme une seconde peau. Et les restitue chaque soir de

© Arnaud Bertereau

manière différente. « Rien n’est écrit », dit-elle. Tout est spontané, comme une offrande, un tribut à tous ces recalés de l’Europe ». Une Europe devenue fosse commune des migrants que le romancier italien Erri De Luca évoquait déjà entre théâtre et poèmes, Le dernier voyage de Sindbad et Aller simple… En Méditerranée, « le chargement le plus rentable des marchandises de contrebande : le corps humain. Il n’a pas besoin d’emballage, il s’entasse tout seul, son transport est payé d’avance et pas à la livraison ».

Mieux qu’un spectacle, une danse des mots sublimée en poème émouvant et percutant. Une incantation qui se renouvelle chaque soir de représentation, à l’image de la voix unique et multiple de tous ces exilés. Comme si le temps était suspendu à l’énoncé de la parole à venir, la tragique mélopée du temps présent. Superbe esthétiquement, très forte poétiquement, puissante politiquement. À voir absolument, à ne vraiment pas manquer. Yonnel Liégeois

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Auzet, osez l’Europe !

Créé lors du festival d’Avignon 2019, Nous, l’Europe, banquet des peuples entame une longue tournée. Un texte enflammé de Laurent Gaudé, mis en scène par Roland Auzet, en faveur d’une Europe solidaire. Une riche et passionnante épopée humaniste qui transcende le discours politique.

En cette douce soirée de l’été 2019, Cour du lycée Saint-Joseph en Avignon, nombreux sont les invités à la table, un original banquet y est donné. Orchestré, mis en scène et en musique par Roland Auzet, un original bateleur et orfèvre en l’art dramatique. Au menu, des mots, rien que des mots, encore des mots… Ceux de Laurent Gaudé, prix Goncourt 2004 pour son

roman Le soleil des Scorta et signataire de ce Nous, l’Europe, banquet des peuples !

Un long poème épique, tragique et flamboyant, qui narre l’histoire mouvementée, longtemps guerrière et mortifère, de ce vieux continent que l’on nomme Europe. « Un continent qui a inventé des cauchemars, fait gémir ses propres peuples mais qui a su aussi faire naître des lumières qui ont éclairé le monde entier » : c’est ce long périple, chemin de mort et de vie, entre la révolution enflammée de 1848 et les chambres à gaz nazies des années 40, qui nous est conté sur les planches. Du rêve d’Europe d’une Allemagne bottée qui l’imagine continent soumis, surgit une Union européenne proclamant « plus jamais çà » ! Alors, en ce vingt et unième siècle naissant, qu’avons-nous fait de cette utopie, de cette joie partagée quand les murs de la honte s’effondrent, quand les frontières entre nations s’effacent ? Les peuples sont abandonnés sur le bas-côté, les vieux démons resurgissent, les discours politiques accouchent de sombres nationalismes, l’esprit de compétition et de domination sème à nouveau la discorde. Aujourd’hui, « l’Europe semble avoir oublié qu’elle est la fille de l’épopée et de l’utopie », écrit Laurent Gaudé en introduction à son banquet. Qui proclame avec conviction à son voisin de table, lecteur devenu spectateur, qu’il est temps de se réveiller « pour que l’Europe redevienne

l’affaire des peuples et soit à nouveau pour le monde entier le visage lumineux de l’audace, de l’esprit et de la liberté ».

Bel et juste programme qui embrase la scène. Entre musique, voix et chants entremêlés, diaspora des langues d’interprètes issus de moult ailleurs… Une polyphonie de mots et de sons que le metteur en scène, aussi musicien, dirige d’une baguette festive et incarnée : onze comédiens pour exprimer espoirs et désillusions, craintes et espérances en faveur d’une Europe qui ne soit plus seulement tiroir-caisse des possédants et fosse commune des migrants, pour une Europe des différences et de la solidarité. Une œuvre poignante pour réveiller les consciences, près de trois heures d’un spectacle haut en couleurs pour conjuguer le « je » en « nous » porteur d’avenir. Une parole salvatrice à psalmodier, lire et applaudir en écho aux Mises à feu du romancier italien Erri De Luca, parues dans la collection Tracts chez Gallimard : « L’Europe doit (…) miser sur une union plus solide. Si elle tente de maintenir son état présent, elle le perdra. Qu’elle accepte le seul risque raisonnable, celui de se dépasser ». Propos de romancier, libre expression de poète : quand théâtre et littérature se révèlent prophétiques nourritures, tous auteurs et acteurs de l’Histoire, osons, osez l’Europe sous l’étendard de Gaudé, De Luca ou d’Auzet ! Yonnel Liégeois

Le 10/01/2020, L’Archipel, Scène Nationale de Perpignan. Du 14 au 16/01, MC2, Grenoble. Les 23 et 24/01, Théâtre du Passage, Neufchâtel (Suisse). Les 28 et 29/01, Odyssud, Blagnac. Le 3/02, MA, Scène nationale de Montbéliard. Le 6/02, Théâtre-cinéma de Choisy-le-Roi. Du 11 au 14/02, Théâtre Olympia, Centre dramatique national de Tours. Les 3 et 4/03, Le Théâtre, Scène nationale de St-Nazaire. Le 10/03, Le Parvis, Scène nationale de Tarbes. Le 13/03, Théâtre Molière Sète, Scène nationale archipel de Thau. Les 17 et 18/03, Théâtre de Sénart, Scène nationale. Le 21/03, Teatr Polski Bydgoszcz (Pologne). Du 25/03 au 2/04, Théâtre Gérard Philipe, Centre dramatique national de Saint-Denis.

Nous, l’Europe, banquet des peuples est disponible chez Actes Sud (185 pages, 17€80).

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Stéphane Sirot, historien des grèves

Manifestations des Gilets jaunes, grèves contre la réforme des retraites : à l’heure où plusieurs mouvements sociaux secouent le pays, quel traitement les médias leur accordent-ils ? Les médias sont-ils encore un contre-pouvoir ? Le décryptage de l’historien Stéphane Sirot, enseignant à l’université de Cergy-Pontoise et spécialiste des mobilisations sociales.

 

Dominique Martinez – Comment analysez-vous l’évolution du traitement médiatique des sujets sociaux ?

Stéphane Sirot – La déliquescence de l’information spécialisée sur les questions sociales est une évidence. Hormis les grands mouvements sociaux, l’information sociale est reléguée au second plan ou bien souvent intégrée aux pages économiques – c’est le cas dans Le Monde ou dans Le Figaro. Mais le social ne disparaît pas que dans la presse, il disparaît également dans les programmes scolaires, et très largement dans l’enseignement de l’histoire à l’université. Il y a une dilution générale des questions sociales, qui sont de moins en moins traitées pour elles-mêmes et qui, lorsqu’elles sont traitées, le sont au travers des enjeux économiques ou politiques. Peu de collégiens et de lycéens sauraient vous donner une définition de ce qu’est un syndicat. La raison est simple, tout ça n’est guère expliqué : les programmes de sciences économiques et sociales au lycée ont fait débat dernièrement, notamment parce que leur angle est très économique et également très libéral. Alors que les aspects sociaux, qui ont pourtant longtemps fait partie intégrante de cet enseignement, ont été largement dilués, voire carrément évacués.

D.M. – L’arrivée des réseaux sociaux a-t-elle changé la donne ?

S.S. – Ils ont permis de fabriquer un système médiatique alternatif, avec les défauts qui sont les leurs. Les informations publiées ne sont pas toujours vérifiées, et ceux qui les font circuler le font en général auprès de personnes qui ont la même vision qu’eux : on entre alors dans une sphère de l’entre-soi. Du coup, c’est un peu comme si on avait deux entre-soi qui coexistaient, celui des grands médias (car ces médias sont également dans un entre-soi) et celui des réseaux sociaux, les deux ne se répondant que de façon très marginale. En même temps, ces réseaux sociaux, on l’a vu avec les Gilets jaunes, c’est une autre vision possible de l’information, qui peut participer de la construction d’un esprit critique et d’une réflexion sur ce qui est diffusé par les médias dominants, lesquels ne se réduisent d’ailleurs pas à de la propagande gouvernementale et économique.

D.M. – Comment analysez-vous le traitement médiatique du mouvement des Gilets jaunes ?

S.S. – Les grands médias ont donné la parole aux gens de la rue, ce qui est assez rare. On voit souvent les usagers, parfois les représentants syndicaux, les représentants du pouvoir, les éditorialistes et journalistes, mais rarement les acteurs directs de ces mouvements. Dans le mouvement des Gilets jaunes, on a vu débouler sur les plateaux télé les acteurs eux-mêmes, puisque le mouvement refusait d’avoir des représentants et assumait même d’avoir de la défiance envers les organisations politiques ou syndicales. La France d’en bas s’est donc imposée dans la sphère médiatique, ce qui est assez nouveau, comparé aux grands mouvements sociaux traditionnels qui, eux, ont des porte-parole, et sont encadrés par des organisations syndicales.

D.M. – L’évolution du paysage médiatique a-t-elle eu un impact sur le traitement des sujets sociaux ?

S.S. – Les grands mouvements sociaux ont toujours fait parler, écrire et débattre, notamment à la télévision. Ce qui a changé, médiatiquement parlant, c’est la multiplication des chaînes d’information où se succèdent des plateaux, 24 heures sur 24, avec des éditorialistes et des débats répétitifs. Cela a modifié le rapport de l’opinion aux mouvements sociaux. Les médias sont particulièrement attirés par le côté spectaculaire des conflits sociaux s’ils engendrent de la pagaille dans les déplacements et dans l’économie – tout ce qui rend les conflits télégéniques, avec un traitement superficiel et peu de débats de fond sur les revendications portées par les manifestants. On préférera parler de comment se déplacer sans train ou sans métro… et on tendra à chercher à délégitimer l’action gréviste qui n’aurait le droit d’exister qu’à la condition de ne pas être perturbatrice, en oubliant que sa nature même est précisément de rechercher la perturbation pour obtenir satisfaction sur quelque chose.

D.M. – Une remise en question est-elle possible ?

S.S.Les médias ne sont plus le quatrième pouvoir, ils sont devenus le pouvoir lui-même. Ce qui pose le problème des contre-pouvoirs d’une manière plus générale. C’est une des raisons de l’affaiblissement de nombre d’organisations syndicales que l’ordre dominant – c’est-à-dire les institutions – a réussi à intégrer à la sphère du pouvoir. Et ce qui explique que les organisations syndicales, qui n’ont pas réussi à constituer une alternative ni au discours ni à la société dominante, soient rejetées de la même manière que les politiques et les médias. Entretien réalisé par Dominique Martinez

En savoir plus :

Stéphane Sirot est historien, spécialiste de l’histoire des grèves et du syndicalisme. Il enseigne l’histoire politique et sociale du XXème siècle à l’université de Cergy-Pontoise et l’histoire des relations sociales à l’Institut d’administration des entreprises de l’université de Nantes. Il a publié Maurice Thorez (Presses de Sciences Po, 2000), La grève en France. Une histoire sociale, XIXe-XXe siècle (Odile Jacob, 2002), Les syndicats sont-ils conservateurs ? (Larousse, 2008), Le syndicalisme, la politique et la grève, France et Europe, XIXe-XXIe siècle (Éditions Arbre bleu, 2011), 1884, des syndicats pour la République (Éditions Le Bord de l’eau, 2014).

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« Kapital ! », le jeu anti-Monopoly

Décrypter les rapports de classes et les mécanismes du capitalisme, s’initier à la sociologie tout en s’amusant ? Tel est le pari réussi des sociologues Monique et Michel Pinçon-Charlot qui ont créé « Kapital ! », un anti-Monopoly aussi drôle qu’éducatif. Un original cadeau de noël !

 

« Kapital ! », c’est le Monopoly à l’idéologie inversée réinventé par les sociologues Monique et Michel Pinçon-Charlot. « En avançant sur le plateau de Kapital ! (qui compte 82 cases, soit l’espérance de vie moyenne des Français), vous allez être mis en situation d’expérimenter les rapports entre les dominants et les dominés, et le fait que ces inégalités n’ont rien de naturel, mais sont le fruit de stratégies mises en œuvre par les plus puissants pour accaparer le maximum des richesses et conserver les privilèges ». Ce prélude à la règle du jeu de « Kapital ! » vous plonge immédiatement dans le bain. Au premier coup de dés, vous voilà né chez les dominants ou les dominés. Normal, on ne choisit pas sa naissance, mais pour le reste du parcours de vie symbolisé par ces fameuses 82 cases, on se rend compte que même si le hasard continue à jouer un rôle dans les trajectoires, les dominants ont, à chaque étape, d’immenses avantages pour rectifier les coups du sort, avantages ou capitaux de diverses natures dont les dominés sont la plupart du temps privés.

Quatre types de capital

Les sociologues ne se sont pas contentés de mettre à disposition des joueurs de simples billets de banque pour leur anti-Monopoly. S’inspirant de leurs travaux, ils ont mis en évidence l’existence de marqueurs de classe. À côté du capital financier, ils ont ainsi créé des billets de capital social, des billets de capital symbolique et des billets de capital culturel. Il y a en effet une interaction entre les différents types de capital qui s’alimentent mutuellement. Le jeu montre ainsi en quoi ces différents types de capital jouent un rôle considérable à chaque épreuve traversée dans la guerre des classes. Un jeu qui ressemble terriblement à la vraie vie.

 Selon que vous soyez « dominant » ou « dominé »…

Les cases spéciales n’ont pas le même effet pour les dominants et les dominés. Le dominé qui tombe sur la case prison passe son tour. Ce n’est pas le cas du dominant qui peut en sortir en payant un avocat hors de prix pour 20 K et en perdant toutefois au passage 10 K de capital symbolique. Les cartes chance sont aussi différenciées selon la classe. En voici une pour les dominés. « Votre voiture tombe en panne et vous n’avez pas les moyens de la réparer. Vous ne partez pas en vacances cet été, vous perdez 5 K de culturel et autant de symbolique ». Ces cartes donnent aussi un décryptage supplémentaire. Ici, c’est « Ce type de sanction n’existe pas chez les riches. Ils sont dispensés de tous ces ennuis, petits ou grands, de la vie quotidienne : c’est aussi ça le vrai luxe ! ». Par contre, si vous êtes dominant, vous pouvez alors tirer une carte telle que « Ce soir, vous dînez au Cercle… Sortez votre smoking et gagnez 15 K social et 5 K symbolique ». Et la carte explique que « Les gens de bonne fortune se retrouvent dans des cercles très privés où la cooptation est la règle, tels l’union Interalliée, le Jockey-Club ou le Traveller’s Club pour mettre en commun, autour d’une flûte de champagne, leurs savoirs et leurs pouvoirs ». Ça énerve non ?

Un jeu tronqué

Évidemment, comme dans la vie, les règles du jeu sont scandaleusement pipées en faveur des dominants détenteurs des capitaux sous toutes ses formes. C’est probablement toute la démonstration qu’ont souhaité réaliser les Pinçon-Charlot, ces sociologues spécialistes des ultra-riches, dont ils ne cessent de dénoncer le parasitisme. Malgré tout, les dominés peuvent quand même gagner, quoique exceptionnellement ! Des cases comme « grève générale », « tous ensemble » ou « Révolution » y contribuent. Cependant, même à la fin de la partie, ce n’est pas terminé. Pour recommencer, les dominants bénéficient du pactole accumulé lors de la précédente partie, mais pas les dominés. Dans la vraie vie, ça s’appelle l’héritage. Vous voulez vraiment rejouer ou changer les règles du jeu ? Régis Frutier

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Nicolas Lambert, le théâtre dans la plaie

Comédien et dramaturge, Nicolas Lambert défend un théâtre documentaire à la portée de tous. À l’affiche du Belleville jusqu’au 28 décembre, sa trilogie « Bleu-Blanc-Rouge, l’a-démocratie » dénonce les travers de la Ve République. Portrait

 

Rendez-vous fixé le matin parce qu’en ce moment, passé 14 heures, Nicolas Lambert ne sait plus bien qui il est. Il faut dire qu’il endosse trois soirs d’affilée plus d’une trentaine de personnages, bien réels impliqués dans sa trilogie « Bleu-Blanc-Rouge, l’a-démocratie » au Théâtre de Belleville. Un travail de titan pour le comédien, comme pour le dramaturge, qui a mené des années d’enquêtes. C’est après l’élection de Jacques Chirac en 2002 qu’il décide de s’attaquer aux méandres de la Ve République alors que le président pour qui il a voté ne fait nullement cas d’une partie de la gauche qui l’a porté au pouvoir. Face à cette trahison, il décide de porter le théâtre dans la plaie. « Ce n’était plus possible de me cacher derrière les classiques, il me fallait nommer les choses et les gens ». Il suit alors le procès Elf et en tire une pièce en 2003, « Elf, la pompe Afrique ». Suivront « Avenir radieux, une fission

©Erwan Temple

française » sur le nucléaire puis « Le maniement des larmes » sur l’armement.

Rien ne prédisposait Nicolas à embrasser une carrière théâtrale. Fils d’une infirmière psychiatrique (partie trop tôt d’un cancer) et d’un père, dessinateur industriel dans l’armement, il peine à poursuivre ses études. Mais de bonnes fées vont se trouver sur son parcours comme ce « prof de philo génial » qui lui redonne goût au savoir.

La scène buissonnière

En suivant un camarade dans l’atelier théâtre du lycée, il va vite être embarqué. Ça commence fort avec une pièce tirée du roman d’Horace McCoy « On achève bien les chevaux » contant les marathons de danse pour survivre à la Grande Dépression. « Un projet formidable qui rassemble sur scène 30 comédiens et 15 musiciens ! On joue dans les gymnases et les salles des fêtes de la banlieue sud, de Juvisy à Étampes ». Le spectacle remporte un franc succès et Nicolas est paré pour continuer. Alors qu’il enchaînait les redoublements, il décroche son bac et entame des études de philo à l’université de Nanterre. Là, il est encore verni avec pour prof de maths, le poète Jacques Roubaud et en socio, le réalisateur Jean Rouch, difficile de décrocher. Côté planches, il rencontre Sylvie Gravagna au Théâtre universitaire – avec qui il fonde sa compagnie – qui adapte le roman de Robert Merle « Derrière les vitres ». Le spectacle « Nanterre la folie » évoque la journée du 22 mars 1968 quand les étudiants vont dans le pavillon des filles et la vie quotidienne à Nanterre avec les ouvriers maghrébins. « Je n’avais jamais entendu parler de la colonisation ni pris conscience qu’il existait une ville au milieu de la banlieue », se souvient Nicolas Lambert, longtemps confiné à Arpajon (Essonne). Là encore, c’est un succès et la pièce tourne dans des salles qu’il faut équiper.

L’école des ondes

Philo, théâtre, Nicolas a une autre passion : la radio. Ses yeux clairs s’illuminent quand il se souvient de ses découvertes : Max Meynier et ses routiers sympas sur RTL, Fip, « Le tribunal des flagrants délires » sur France Inter… « Ça m’a ouvert au monde », résume-t-il. Il ne se contente pas d’être un fervent auditeur qui enregistre tout, il devient animateur pour Radio Lucrèce, une radio associative de Nanterre, alors qu’il est objecteur de conscience. Dans les années 2000, il sera reporter aux côtés d’Antoine Chao pour « Fréquences éphémères », une radio itinérante au cœur des créations. Ce souci d’être au plus près d’un public varié ne le quitte pas. « Où tu joues ? Pour qui tu joues ? Qu’est-ce que tu joues ? » : questions cruciales pour Nicolas Lambert qui veut interpeller le public, surtout celui qui ne fréquente pas les salles de théâtre. Quand il joue dans les années 2000 à Pantin « Le Grenier des Lutz » qui raconte l’histoire d’une famille ayant quitté l’Alsace en 1870 (comme son grand-père), il interroge les habitants sur l’histoire de l’immigration et en fabrique un feuilleton

©Erwan Temple

radiophonique. Il se souvient avec émotion de cette mama en boubou qui fait un parallèle au micro entre ces exilés d’hier et sa propre histoire.

Passée la cinquantaine, Nicolas Lambert est boulimique. Tout est bon pour pousser la réflexion politique. Il multiplie les interventions aux côtés des associations telles Amnesty, Greenpeace ou Anticor. Aujourd’hui, il voudrait décliner en radio, BD, théâtre une histoire de nos guerres françaises au Cameroun, au Mali, en Algérie ou à Madagascar. Une nouvelle investigation qui promet de beaux remous.

Enquêtes magistrales

À l’affiche au Théâtre de Belleville, la trilogie de Nicolas Lambert « Bleu-Blanc-Rouge, l’a-démocratie » se glisse dans les méandres de la Ve République. Pétrole, nucléaire, armement : le dramaturge dissèque les trois volets en s’appuyant sur les procès, les débats publics, les témoignages ou les archives radiophoniques. Il en endosse tous les rôles pour mieux nous embarquer dans les coulisses de quelques affaires d’État gratinées. Des sujets brûlants toujours au cœur de l’actualité qui rebutent bien des théâtres à le programmer. Le canardage est de premier choix et soulève une multitude de questions et pas mal de rires. Amélie Meffre

« Elf, la pompe Afrique », le jeudi à 21h15. « Avenir radieux, une fission française », le vendredi à 21h15. « Le maniement des larmes », le samedi à 21h15.

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Le Mali et Montreuil, une longue histoire

L’affirmation, fort répandue, consacre la ville de Montreuil (93) comme la deuxième capitale du Mali : Bamako-sous-Bois ! Des relations entre la ville et l’ancien Soudan français placées sous le signe de l’humanisme et de la coopération décentralisée… Nées à la fin des années 1950, elles sont permanentes, chaleureuses et fraternelles.

 

L’histoire commence dans les années 1960. Le Soudan français, ainsi qu’on l’appelle alors, englobe l’actuel Mali, le Niger et la Haute-Volta qui deviendra Burkina Faso sur décision du leader panafricain Thomas Sankara. Une entité qui éclate au moment des indépendances. Dès la fin des années 1950, quelques militants syndicalistes et communistes s’étaient rendus dans ce Soudan français pour y apporter leur soutien aux mouvements de la décolonisation et ont noué des liens avec Mobibo Keita, futur père de l’indépendance et premier président de la République malienne. Parmi eux, Marcel Dufriche, conseiller municipal de Montreuil depuis 1959 avant d’en devenir le maire en 1971. Une mécanique va s’engrener autour de Montreuil et de ces militants reçus dans les familles maliennes. Ils n’étaient autre que « les étrangers de dieu », « ils étaient mieux traités que les enfants de la famille », précise Lassana Niakaté, le président de l’Association des Maliens de Montreuil. Et par effet miroir, un Malien attend une attitude identique de la part de celui auquel il est étranger.

L’indépendance acquise en 1960, le Mali requiert une aide au développement. À laquelle la France est disposée en troquant l’équipement du pays contre l’envoi d’une main-d’œuvre dont l’ancienne métropole, prise dans le tourbillon de croissance des « Trente Glorieuses », avait un ardent besoin. Une époque où les cars des constructeurs automobiles français sillonnent le Maroc pour recruter ceux qui seront les « ouvriers spécialisés », au bas de l’échelle salariale, des ateliers de Montbéliard ou de Boulogne-Billancourt. Les premiers arrivants logent dans des caves à Vincennes et balaient les rues de Paris dans la journée. Ce fut le sort de Niama Keita, qui débarqua en France en 1965. À l’époque, on arrivait à Marseille en partant d’Abidjan, à Bordeaux si l’on

Le président malien à Montreuil

avait embarqué à Dakar. Dans l’un et l’autre cas, au tarif de 45 000 francs CFA d’alors, soit 45 € aujourd’hui…

Que ce soit Marseille ou Bordeaux, la destination finale ne pouvait être que Montreuil ! « Une ville qui était plus connue des Maliens que Paris », se souvient Lassana Niakaté, arrivé au milieu des années 1980 au foyer Bara. Un foyer ouvert en 1968, dont l’état de délabrement fit récemment l’actualité. D’autres furent aménagés dans des entrepôts désertés, au gré de la désindustrialisation de la ville. À destination unique, Montreuil, origine presque unique, Kayes ! Cette ville-département, capitale du Soudan Français à la fin du XIXème siècle avant la désignation de Bamako, est proche du Sénégal. Une proximité qui conduit jeunes et vieux à traverser la frontière pour aller récolter l’arachide sénégalaise et rentrer au pays avec de quoi acquitter l’impôt colonial. « C’était une humiliation pour une famille de ne pas pouvoir payer l’impôt », rappelle Lassana Niakaté. C’est aussi ce qui fit de Dakar un port d’émigration. C’est ainsi que des Maliens, nationalisés sénégalais par une carte d’identité obtenue à bon compte, redeviennent maliens à leur arrivée en France.

Communautarisme accuseront certains, simple respect des traditions séculaires soutiendront d’autres. La vie dans les foyers s’organise selon le principe de solidarité qui prévaut dans les villages : ceux qui n’ont aucun revenu sont les hôtes à table de ceux qui ont les moyens de nourrir la collectivité. Que deviennent ces Maliens, à l’heure de la retraite ? Les célibataires rentrent au pays. Les autres, qui ont fondé un foyer à Montreuil, se sentent immigrés dans leur village. Alain Bradfer

 

Les Maliens à Montreuil

Montreuil, première ville du département de Seine-Saint-Denis par le nombre de ses habitants, s’affiche souvent, non sans fierté, comme la « seconde ville malienne au monde », après Bamako ! D’aucuns la surnomment avec humour « Bamako-sous-Bois »… Montreuil compte en effet une population malienne très importante : de 6 000 à 10 000 personnes selon la mairie, qui estime d’ailleurs que la ville accueille la plus grosse communauté malienne de France. 10 % de la population de la ville est malienne ou d’origine malienne.

Dans cette ville, l’Insee comptait, en 2012, 25,63 % d’immigrés. Sur ses 103 520 habitants, 26 530 étaient ainsi nés à l’étranger. Impossible cependant, avec les statistiques officielles, de confirmer ou d’infirmer la légende urbaine : contrairement aux pays du Maghreb (4752 habitants originaires d’Algérie, 2117 du Maroc et 1645 de la Tunisie), l’Insee ne fait pas le détail des « autres pays d’Afrique » dont sont originaires les immigrés de la ville. Ils étaient en tout cas, en 2012, 8186 Africains à vivre dans la commune de proche banlieue parisienne. Un chiffre plus élevé que pour les autres villes de même taille.

La communauté malienne de France est l’une des plus importantes diasporas d’Afrique noire de l’Hexagone. Elle compte environ 120 000 ressortissants, selon les chiffres relativement constants de l’ambassade du Mali. En Europe, c’est aussi en France que les Maliens sont les plus nombreux. La plupart vivent en région parisienne. À leur arrivée, ils vont généralement gonfler la surpopulation des foyers de travailleurs. Montreuil en compte six sur son territoire.

Le plus connu de ces foyers, en région parisienne, est le foyer Bara de Montreuil. Comme d’autres établissements de ce type, avant fermeture pour rénovation, c’était une véritable ruche humaine. On y trouvait des ateliers de couture, de réparation en tous genres, un lieu de prière, des petits étals de vente de cigarettes, de briquets, de produits de toute nature… Le foyer Bara était aussi, il le reviendra de plus belle au lendemain de sa reconstruction, le cœur politique historique de la diaspora malienne à l’étranger. Président de la République et ministres maliens en visite à Paris manquent rarement l’occasion d’y faire une visite. La diaspora de France, bien plus que celle d’Espagne ou d’Italie, est pour eux un enjeu important en termes d’influence et de transferts d’argent. Yonnel Liégeois

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Khemiri et Vacher, d’égal à égal

Au Château rouge d’Annemasse (74), les 26 et 27/11, se joue Presque égal à…, du dramaturge suédois Jonas Hassen Khemiri. Dans une mise en scène de Laurent Vacher, toute à la fois ludique et sombre, une illustration de la puissance de l’économie dans nos sociétés contemporaines. Sans oublier Place au 104-Paris et Berlin 33 à La reine blanche, ainsi que le documentaire diffusé le 25/11 sur France Ô et consacré aux élèves ultramarins du Théâtre de Limoges .

 

« SVP, une petite pièce pour que je puisse aller voir ma sœur à l’hôpital »… C’est ainsi que Peter, le sdf qui ne sent pas très bon, interpelle les passants. Que personne ne croit, surtout pas Andrej, nouvellement diplômé en Sciences éco et à la recherche d’un emploi à hauteur de sa qualification ! Qui se trompe sur toute la ligne, comme les autres, et finira de petits boulots en petits boulots. Presque égal à… met en branle une machine infernale, dont l’humour ne peut masquer la noirceur, une horreur économique dont bon nombre d’experts déjà ont analysé avec pertinence les rouages mortifères. Sauf qu’ici, au

©Christophe Raynaud de Lage

théâtre, nous est proposé, sous la patte de Laurent Vacher maniant avec talent les codes dramaturgiques, une tragique et belle leçon d’humanité. Pas un cours d’économie appliquée.

Ils sont six comédiens. Pour l’heure sur les planches de l’Espace Bernard-Marie-Koltès à Metz, emmenés par un succulent Quentin Baillot, fort en gueule et en déséquilibre sur une table, pilier de la Mousson chère à Michel Didym, dans cette originale chasse à l’emploi et quête de respect de leur dignité ! Eux, vous, nous tous… L’un vacataire à l’université dont l’embauche ferme et définitive se révélera funeste mirage, l’autre employée dans un bureau de tabac alors qu’elle rêve de fonder une ferme bio, une autre encore licenciée qui poussera sa remplaçante sous les roues d’une voiture pour récupérer son boulot (vous avez bien suivi l’intrigue ? Non, alors quelques indices : Peter, l’hôpital…), un dernier hautement diplômé auquel l’agence pour l’emploi ne propose que des postes sous qualifiés… Vous craignez l’ennui, la prise de tête, la banale illustration de votre triste quotidien ? Que nenni, vous allez rire, réfléchir et vous instruire, sans effort superflu, à cette peu banale mise en pièces du système économique et financier mondial ! Grâce à une tonitruante bande de comédiens rompus à l’excellence de leur art et tous à citer pour leur prestation (Odja Llorca, Frédérique Loliée, Marie-Aude Weiss, Quentin Baillot, Pierre Hiessler, Alexandre Pallu), grâce à une mise en scène alerte et sans temps mort où le décor

©Christophe Raynaud de Lage

change à vue, où même l’entracte est propice à quelques intermèdes d’anthologie !

« Tout comme Frankenstein, l’économie est un monstre », commente le metteur en scène Laurent Vacher, « c’est une invention que plus personne ne semble être en mesure de dominer ». Sous couvert de mise en voix de théories économiques aussi crédibles que farfelues et imaginaires, d’une écriture qui mêle tous les possibles dramaturgiques, Jonas Hassen Khemiri s’impose comme un maître de l’intrigue. Un auteur encore trop méconnu en France, pourtant considéré en Suède comme l’un des plus importants de sa génération, une œuvre récompensée déjà par de nombreux prix. Romancier aussi, lauréat du prix August (l’équivalent du prix Goncourt en terre hexagonale) pour Tout ce dont je ne me souviens pas paru chez Actes Sud…  Presque égal à… ? « Ce jonglage virtuose entre une écriture vive et des glissements formels conduit le propos avec finesse », reprend Laurent Vacher, « il permet de faire coexister sur le plateau humour, plaisir du jeu, décryptage d’un système économique et interpellation politique ». N’hésitez donc point à investir le prix d’une place au bénéfice de la Compagnie du Bredin, personne ne vous jugera simple d’esprit, bien au contraire. Et si vous croisez Peter en chemin, n’oubliez pas de lui refiler une petite pièce : il souhaite vraiment aller voir sa sœur à l’hôpital ! Yonnel Liégeois

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Place : du 23 au 28/11 au 104-Paris, puis tournée nationale. Un texte de Tamara Al Saadi, une jeune metteure en scène d’origine irakienne. Qui pose sur le plateau, de manière radicale, la question qui fâche : quid de l’assimilation et de l’intégration ? Yasmine, son double sur scène, a perdu progressivement ses repères, contrainte d’étouffer ses racines au profit des normes et règles de sa terre d’adoption. Un mal-être qu’elle parviendra à surmonter en se réappropriant d’abord son passé, sa culture d’origine… Place ? Du Théâtre de Gennevilliers au 104-Paris, une première pièce récompensée du Prix du Jury et du Prix des Lycéens du Festival Impatience 2018. Hors les imperfections de jeunesse, une création nourrie pourtant d’une parole originale et forte, aux accents sincères et émouvants, baignée d’une ligne poétique à la source d’Aragon et de Mahmoud Darwich. Yonnel Liégeois

– Berlin 33 : jusqu’au 29/12, les mercredi-vendredi et dimanche au Théâtre de La reine blanche. Une adaptation de Histoire d’un Allemand – Souvenirs 1914/1933 de Sebastian Haffner, mise en scène et interprétée par René Loyon. Le patron de la Compagnie RL endosse sans sourciller le costume de ce jeune Allemand qui voit la montée du régime nazi, jusqu’à la prise du pouvoir par Hitler en 1933. De son vrai nom Raimund Pretzel, il quitte son pays natal en 1938 pour s’exiler en Angleterre. Un manuscrit retrouvé et publié après sa mort, dont René Loyon, seul en scène, exhume force et puissance. D’un peuple humaniste et cultivé qui semble pactiser avec l’innommable sans se soucier de l’avenir à cette fameuse année 1933 toujours plus sombre, toujours plus sinistre où volent en éclats les valeurs qui ont façonné la conscience d’un homme… Un monologue d’une brûlante actualité qui interpelle ceux-là qui aujourd’hui seraient tentés de surfer sur les discours de haine et d’exclusion de l’extrême-droite et de la droite extrême, nous interroge toutes et tous sur la couleur de la société que nous voulons demain pour chacun. Yonnel Liégeois

– Au-delà des mers, rêve de théâtre : Un documentaire de Marie Maffre, diffusé le 25/11 sur France Ô à 22h40 suivi de la captation du spectacle CARGO, sur France 3 Limousin le 25/11 à 23h00. Un regard sur la première classe préparatoire intégrée, dédiée aux Outre-mer. Ouverte en septembre 2018 à l’initiative de Jean Lambert-wild à l’Académie de l’Union, École Supérieure de Théâtre du Limousin. En 52 mn, le film raconte la formidable aventure humaine de ces dix jeunes qui réalisent progressivement leur rêve de devenir comédiens. Grâce à l’ouverture de cette classe originale qui, tous les deux ans, accueille des élèves comédiens ultra-marins afin de favoriser leur accès aux concours des écoles nationales d’art dramatique où ils sont traditionnellement sous-représentés. Pour rétablir l’égalité des chances ! Yonnel Liégeois

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