Le numérique, esclavage moderne

Disponible sur arte.fr jusqu’au 19/12, Travail à la demande dresse un tableau glaçant de la « gig economy » (économie à la tâche). Shannon Walsh signe un document révélateur de l’esclavage moderne, caché derrière le miracle de l’économie numérique planétaire. Sans oublier les documentaires de Jean-Pierre Thorn.

Que ne peut-on faire, de nos jours, grâce à une application numérique? C’est facile, possible en quelques clics. Repas livrés à domicile, chauffeurs qui transportent à la demande et même une plateforme, Amazon, qui vend de tout mais propose aussi d’accéder « à une main d’œuvre mondiale, à la demande, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 ». Créé en 2005 par Amazon, le site Mechanical Turk, également appelé « MTurk », vise à faire effectuer par des humains des tâches dématérialisées plus ou moins complexes qui ne peuvent pas encore être complètement réalisées par l’intelligence artificielle, par exemple l’analyse de contenu d’images ou certaines traductions. C’est que le miracle de la « gig economy », qui génère un chiffre d’affaires de 5000 milliards de dollars en constante expansion, ne repose pas tant sur les prouesses technologiques de l’appareil qu’on a en main que sur une armée de travailleurs précaires affairés aux quatre coins du monde.

Shannon Walsh, documentariste canadienne, a suivi certains d’entre eux, des États-Unis au Nigeria, de la France à la Chine. Des témoignages sensibles, sans pathos et entrelardés de réflexions d’experts du secteur, dressent un panorama à peine croyable de la division planétaire du travail, tant il révèle son coût humain, mais aussi environnemental. C’est l’image qui ouvre le film : des millions de vélos urbains jetés dans une décharge de Shenzhen, en Chine, conséquence de la concurrence effrénée entre loueurs.

Le titre The gig is up (« La fête est finie », en anglais) résume la démarche de Shannon Walsh : lever le rideau sur les coulisses de l’expansion dérégulée de l’économie numérique qui, derrière son image de modernité libératrice, constitue en fait un retour à des conditions d’asservissement qu’on croyait révolues. Dominique Martinez

Quatre documentaires de Jean-Pierre Thorn

Les deux élégants coffrets DVD, sortis chez JHR Films, rassemblent les quatre réalisations majeures de l’œuvre documentaire de Jean-Pierre Thorn : Le Dos au mur (1980) et Faire kiffer les anges (1996) pour le premier volume, On n’est pas des marques de vélo (2003) et L’âcre parfum des immortelles (2019) pour le second.

Dans le premier, sa caméra se fait le subtil témoin d’une grève emblématique à l’Alsthom de Saint-Ouen (93), où il avait travaillé comme O.S. pendant huit ans. Lutte des classes, utopies, rapports de force, rôle des femmes et place des immigrés… Le Dos au mur apparaît comme un document sociologique et historique sur la fin des années 1970. On n’est pas des marques de vélo porte un regard sensible et personnel sur la culture hip-hop issue des banlieues, révélant la difficile intégration d’une jeunesse déboussolée et stigmatisée.

L’âcre parfum des immortelles remonte le fil du temps, rend hommage à des souvenirs intimes et convoque des figures rebelles qui renvoient aux batailles sociales actuelles. Les bonus et les entretiens de Jean-Pierre Thorn, cinéaste et militant, en font un ensemble intéressant pour penser les capacités de transformation de notre société. D.M.

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Classé dans Cinéma, Documents

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