Depuis 1992, le Centre de culture populaire de Saint-Nazaire organise le prix Fernand Pelloutier. Un original prix littéraire du nom du militant nazairien, l’emblématique « patron » de la fédération des Bourses du travail. Au service du livre et de la lecture en entreprise.
Il fut un temps, presque glorieux et pas si lointain, où moult entreprises s’enorgueillissaient de posséder en leur sein une bibliothèque riche et active. Sous la responsabilité des responsables du Comité d’entreprise, parfois dirigée par un bibliothécaire professionnel, elle proposait des prêts de livres aux salariés et à leurs ayant-droits, organisait des rencontres avec libraires et auteurs sur le temps de pause, initiait des ateliers d’écriture qui rencontraient un certain succès. Las, depuis les années 2000, chômage et réduction d’effectifs, emplois précaires et crise du syndicalisme, nouveau statut des C.E. et démotivation des engagements militants ont radicalement changé le paysage. En bon nombre d’entreprises, désormais, le livre n’a plus son ticket d’entrée et le service Culture s’apparente à un banal comptoir à billetterie.

Comme Astérix et Obélix en pays breton, le Centre de culture populaire de Saint-Nazaire (le CCP) défend, contre les envahisseurs à spectacle de grande consommation et les hérauts d’une culture bas de gamme, la place et l’enjeu du livre au bénéfice de l’émancipation des salariés. Bibliothécaire à Assérac en pays de Guérande et animatrice de la commission Lecture-Écriture au sein du CCP, Frédérique Manin en est convaincue et n’en démord pas : au cœur de l’entreprise, le livre demeure un outil majeur dans l’expression et la diversité culturelles, un formidable vecteur d’ouverture au monde pour tout salarié. « Outre l’organisation du prix Fernand Pelloutier, nous tenons chaque lundi des points-livres en divers services municipaux de la ville de Saint-Nazaire ». Les fameux « casse-croûte » littéraires permettent ainsi aux agents de découvrir l’actualité du livre et d’échanger sur leurs lectures favorites. « Des rencontres porteuses parfois de beaux échanges, tels ces salariés découvrant un superbe bouquin sur les tatouages ou la moto », confie la professionnelle du livre, « nous sommes ainsi les passeurs d’une véritable culture de proximité » !

Il en va de même avec le prix Pelloutier. Il ne s’agit pas seulement de soumettre au vote une sélection de livres, romans ou BD une année sur deux. « Pour le cru 2023 consacré à la bande dessinée, cinq rencontres avec auteurs et dessinateurs sont prévues dans diverses entreprises du bassin nazairien. Une façon aussi pour chacune et chacun, ouvriers et salariés, de désacraliser la notion de créateur, de mesurer combien un écrivain est un homme ou une femme comme tout le monde, sujet à des règles de travail et à des contraintes communes à tout citoyen ».
De Saint-Nazaire ou d’ailleurs, de Picardie en Navarre, à tout salarié mordu du livre est désormais dévolu l’idée d’organiser une rencontre sur son entreprise autour de la sélection proposée par le CCP, en interpellant responsables syndicaux ou membres du Comité social et économique (CSE). Le seul impératif ? Respecter la date limite des votes… Bonne lecture, bon choix ! Yonnel Liégeois
Le Centre de culture populaire : 16, rue Jacques Jollinier, 44600 Saint-Nazaire (Tél : 02.40.53.50.04), contact@ccp.asso.fr. Les votes sont à transmettre, au plus tard, le samedi 31 mai 2023 (par courrier à l’association, ou courriel : fremanin@gmail.com ).
La sélection des albums
En toute conscience, de Olivier Peyon et Livio Bernardo (Éditions Delcourt)

À l’asso « En toute conscience », on milite pour légaliser l’euthanasie. On fait même bien plus en aidant tous ceux qui le désirent à « partir », dans la plus grande illégalité bien sûr. Mais quoi de plus noble que de mourir dans la dignité ! C’est du moins ce que pensent une bande d’anciens militants qui trouvent là matière à leur ultime combat. Jusqu’au jour où débarque Vincent, 25 ans. Terrassé par un chagrin d’amour, il veut en finir. D’abord sidérés, ils font mine d’accéder à sa requête, et sous couvert de lui apprendre à mourir, ils feront tout pour lui redonner le goût de vivre.
Un ennemi du peuple, de Javi Rey (Éditions Aire libre)

Le discret docteur Thomas Stockmann et son frère Peter, maire hâbleur et populiste, ont fondé ensemble une station thermale dont le succès assure la prospérité de leur petite île. Jusqu’à ce que Thomas découvre que l’eau est contaminée et menace la santé des curistes. Convaincu d’oeuvrer pour le bien commun, le médecin se lance dans un combat contre son propre frère, notable soutenu par les pouvoirs de la finance… et la majorité bêlante des électeurs. À qui le peuple accordera-t-il la légitimité de le représenter : au lanceur d’alerte prêt à tout pour faire éclater son idéal de vérité ou à l’élu prêt à enterrer un scandale sanitaire pour préserver l’équilibre économique de l’île ?
Il est où le patron ?, de Maud Bénézit & Les paysannes en polaire (Éditions Marabulles)

Au fil d’une saison agricole, dans un petit village de moyenne montagne, trois femmes paysannes, voisines de marché, se rencontrent, s’entraident et se lient d’amitié. En partageant leurs expériences, ces femmes se donnent la force de faire entendre une autre voix que celle du patriarcat. Ces jeunes paysannes combatives et passionnées gèrent leur propre ferme et se heurtent au machisme du milieu agricole. On leur demande souvent : il est où le patron ?
En lutte, de Fabien Toulmé (Éditions Delcourt)

Pour mieux comprendre ce qui anime celles et ceux qui affrontent l’oppression partout sur notre planète, pour en savoir plus sur leurs parcours, leurs motivations, leurs forces et leurs doutes, Fabien Toulmé est allé à leur rencontre. Il y raconte la Thawra, révolution citoyenne au Liban, la lutte d’une favela brésilienne contre un projet immobilier et l’engagement d’une militante féministe au Bénin, trois combats menés par des citoyens. Ou plutôt «par des citoyennes», car, dans ces mouvements de résistance, les femmes occupent une place centrale.
Les contraceptés, de Guillaume Daudin, Stéphane Jourdain et Caroline Lee (Éditions Steinkis)

Pour le plus grand bonheur des hommes, la contraception – sa charge mentale, ses effets secondaires – est aujourd’hui encore considérée comme une affaire de femmes. Au détour d’une conversation, Guillaume et Stéphane réalisent qu’ils ne se sont jamais souciés de la méthode utilisée par leurs compagnes. Guillaume Daudin et Stéphane Jourdain, tous deux journalistes, ont sillonné la France à la rencontre de spécialistes et d’hommes qui ont fait le choix de se contracepter. Vasectomie, pilule, anneaux en silicone, slip chauffant, les méthodes – parfois très artisanales et surprenantes mais efficaces – ne manquent pas. Elles demeurent pourtant très peu usitées. Une enquête de plusieurs mois qui les amène à s’interroger sur leur propre parcours de déconstruction des rapports sociaux patriarcaux. Une enquête passionnante et instructive… qui ouvre le champ des possibles !
De sel et de sang, de Fred Paronuzzi et Vincent Djinda (Éditions Les arènes)

Plongez dans un épisode peu connu de l’histoire qui s’est produit à Aigues-Morte. Cette bande dessinée vous permet de comprendre le conflit qui a divisé les italiens et les français dans les marais salants. Ce mois d’août 1893 aurait pu disparaître des mémoires. Dans les marais salants d’Aigues-Mortes, une rixe éclate entre ouvriers français et saisonniers italiens. La ville gronde d’une colère folle. L’étranger devient un animal à abattre, sans état d’âme. Saura-t-on jamais ce qui a déclenché une telle folie ?
L’eau vive, de Alain Bujak et Damien Roudeau (Éditions Futuropolis)

C’est l’histoire méconnue d’un combat écologique gagné en France. Il y a trente ans, une poignée d’habitants, d’amoureux de la nature, vite surnommés les ‘Indiens », se sont opposés à la construction d’un barrage, dans la vallée de la Loire. Simples citoyens, ils ont fait face aux grands lobbies et à la puissance politique et publique pour sauver ce site naturel exceptionnel… Alain Bujak est allé à la rencontre de ces hommes et ces femmes qui ont combattu ce projet de construction mais surtout qui ont su proposer d’autres solutions capables de se protéger des crues du fleuve tout en préservant cet espace naturel et ces paysages exceptionnels.
… Et hors concours :
Ce que nous sommes, de Zep (Éditions Rue de Sèvres)

On voulait faire un humain augmenté, on a créé l’humain assisté. Nous sommes en 2113, Constant équipé d’un implant, représente la première génération « augmentée » à vivre avec un second cerveau totalement connecté au DataBrain Center. Ce projet mondial lancé il y a 30 ans pour les plus fortunés, détourne au passage la quasi-totalité de l’énergie mondiale produite. Pour ceux qui peuvent y prétendre, toutes les expériences extrêmes virtuelles mais aux sensations si proches du réel sont à portée de pilule à avaler ou de programme à télécharger.