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Colette, une femme libre

Le 3 août 1954, Sidonie-Gabrielle Colette, dite Colette, décède en son appartement parisien, place du Palais Royal. Née le 28 janvier 1873 à Saint-Sauveur-en-Puisaye (Yonne), moins célèbre que Marcel Proust ou Victor Hugo, elle est pourtant considérée comme une romancière tout aussi emblématique de la littérature française. Paru dans le journal du CNRS, lors de la grande exposition que lui consacrait la BNF en 2025, un entretien de Fabien Trécourt avec Françoise Simonet-Tenant.

Féministe dans l’âme, une plume libre d’esprit et un corps libre des préjugés, Colette s’oppose pourtant aux combats des suffragettes en faveur du droit de vote des femmes. Compromise pour ses articles dans la presse collaborationniste lors de l’occupation nazie, elle ne sera pourtant jamais inquiétée. Bien au contraire, grand officier de la Légion d’honneur, devant le refus des autorités écclésiastiques de lui accorder un enterrement religieux, la nation lui offre des obsèques nationales. Colette est inhumée au cimetière du Père-Lachaise.

Chantiers de culture envisageait de mettre en ligne cet article le jour anniversaire de la mort de l’écrivaine. Las, le passionnant et riche documentaire de François Busnel, dans Les docs de La grande librairie sur France.tv, n’est plus disponible à compter du 05 août. Yonnel Liégeois

Comment présenteriez-vous Colette à quelqu’un qui n’en a jamais entendu parler ?

Françoise Simonet-Tenant C’est une écrivaine emblématique de la première moitié du XXe siècle. Elle publie son premier roman en 1900, sous le seul nom de Willy (son mari), Claudine à l’école, rapidement suivi de Claudine à Paris, Claudine en ménage et Claudine s’en va. Par la suite, elle se fait connaître sous son nom propre et embrasse une rare diversité de styles : des romans, des recueils de nouvelles, des pièces de théâtre ou encore des articles de presse. Jusqu’à sa mort, en 1954, elle se démarque par sa prose dense et suggestive, rythmée et musicale, retranscrivant les émotions et sensations avec une précision étonnante. Elle se distingue aussi par un humour souvent bienveillant. Alors que maintes écrivaines de l’époque cultivent une forme de dolorisme lié à leur culture chrétienne, Colette est résolument laïque et agnostique. Enfin, une partie notable de son œuvre s’inspire de son vécu, même si celui-ci est transposé ou masqué.

Quel texte recommanderiez-vous pour la découvrir ?

F. S.-T. Son œuvre est inégale, on peut le dire sans la diminuer. Il y a des sommets et des écrits plus secondaires. Comme première lecture, je recommanderais peut-être Sido. C’est un récit sur son enfance et son adolescence. Il est relativement court et forme un triptyque : le premier volet porte sur sa mère, le deuxième sur son père et le troisième sur ses frères. L’ouvrage a été publié en 1929, dans l’entre-deux-guerres, qui est un moment de maturité littéraire – Colette publie alors ses plus grands textes.

Le manuscrit autographe de « Sido » (1930), qui réunit les souvenirs d’enfance de Colette, a été relié dans une robe de sa mère, Sidonie Landoy, en toile bleue brodée d’épis blancs. BnF, Manuscrits NAF 18661

Certaines pages de Sido sont magnifiques, notamment lorsqu’elle parle de sa mère, décédée une quinzaine d’années plus tôt. Colette avait noué une relation très proche et en même temps complexe avec elle. À travers ce livre, elle semble verbaliser un deuil différé tout en construisant son propre mythe de la maternité.

Vous êtes spécialiste des écritures de soi – journal, correspondance, autobiographie… Comment Colette s’inscrit-elle dans ce champ ?

F. S.-T. Avec réticence ! D’un côté, il est évident qu’un substrat autobiographique traverse ses textes. Mais Colette reste hostile à l’idée de se livrer. À l’opposé de la tradition rousseauiste de l’autobiographie, elle ne s’inscrit pas dans une logique de confessions ou d’aveu. Elle préfère passer par des doubles fictifs, des alter ego littéraires, tout en utilisant des faits et évènements de sa propre vie. Dans La Vagabonde, par exemple, l’héroïne, Renée Néré, sort d’un divorce tumultueux et travaille dans des théâtres ou cafés-concerts. Une situation qui fait écho à une séparation de Colette survenue la même année, en 1910, et à sa propre expérience dans le monde du music-hall. Dans La Naissance du jour, paru en 1928, elle assume d’écrire à la première personne, mais relativise tout de suite dans l’épigraphe : « Imaginez-vous, à me lire, que je fais mon portrait ? Patience : c’est seulement mon modèle ». Elle y utilise à la fois des faits avérés de sa vie, et d’autres – une intrigue sentimentale, par exemple – inventés.

Colette est comédienne et danseuse dans l’œuvre dramatique mimée (mimodrame) « Rêve d’Égypte », en 1907, au Moulin-Rouge, à Paris. Collection Gregoire / Bridgeman Images

Ce ne sont donc pas des autobiographies. Mais peut-on parler d’« autofiction », même si c’est un concept plus récent ?

F. S.-T. Effectivement, le projet de Colette ne consiste pas à raconter dans une volonté de totalisation sa vie de A à Z, comme peuvent le faire les autobiographes. Ses souvenirs sont fragmentaires et souvent concentrés sur quelques périodes, comme l’enfance dans Sido ou la vieillesse dans L’Étoile Vesper et Le Fanal bleu. De plus, elle écrit principalement au présent, alors que le genre autobiographique se caractérise par des va-et-vient avec le passé. Peu avant la mort de Colette, dans une émission de radio, le journaliste André Parinaud tente de lui faire reconnaître une forte part autobiographique dans ses textes, mais elle esquive systématiquement la question. On peut appliquer le terme d’autofiction à La Naissance du jour, récit où Colette se met en scène sous les traits du personnage d’une romancière qui s’appelle Colette, tout en revendiquant d’écrire là un roman – paradoxe qui caractérise l’autofiction.

Comment Colette a-t-elle été perçue en tant que figure littéraire française ? Son image et la considération pour son œuvre ont-elles évolué au fil du temps ?

F. S.-T. Le succès est d’abord immédiat. Claudine à l’école suscite un scandale qui lui fait en même temps de la publicité. Les relations entre jeunes femmes sont teintées d’érotisme et le style des dialogues est direct, voire cru. Une fois le cycle des Claudine derrière elle, Colette écrit son émancipation, de femme et d’écrivaine, notamment avec le recueil de nouvelles Les Vrilles de la vigne, puis avec le roman La Vagabonde, qui lui permet de se tailler une vraie place dans le monde littéraire.

À gauche, la couverture de « Claudine à l’école » (1900) ; à droite, un cahier manuscrit de « Claudine en ménage » (1902), par Colette et Willy. BnF, Réserve des livres rares et Manuscrits

Après la Première Guerre mondiale, elle dirige notamment une collection « Colette » chez l’éditeur Ferenczi & fils, ce qui est exceptionnel pour une femme à l’époque. Elle est aussi élue en 1936 à l’Académie royale de Belgique. Dès la fin des années 1920, de nombreux ouvrages lui sont consacrés et proposent déjà des analyses de son œuvre. Au moment de la IVe République, elle est devenue une véritable icône : la philosophe Simone de Beauvoir la qualifie de « monstre sacré ». Fait exceptionnel : des funérailles nationales sont organisées lors de sa mort, en 1954.

Pourtant sa renommée a ensuite tendance à s’effriter…

F. S.-T. Dans les années 1960-1970, la percée du Nouveau Roman – qui remet en cause les notions de personnage et d’histoire – précipite pour un temps l’œuvre de Colette dans la littérature surannée. Dans ce contexte, la dimension subversive de Colette est comme oubliée, reléguée au second plan, tandis qu’on retient surtout ses textes sur l’enfance ou sur la famille. On fait d’elle une « classique mineure », selon l’expression de la chercheuse Marie-Odile André. Dans les années 1970 et 1980, des universitaires américaines puis françaises la redécouvrent sous un angle féministe. On peut notamment citer la biographie militante de Michèle Sarde, Colette, libre et entravée, publiée en 1978 et qui a amorcé une nouvelle forme de reconnaissance. Du côté français, la publication entre 1984 et 2001 de quatre tomes d’Œuvres de Colette dans la collection prestigieuse de La Pléiade (Gallimard) dessine aussi pour l’écrivaine un retour au premier plan.

Comme en témoigne cette exposition à la BNF, Colette revient-elle en grâce dans le canon littéraire ?

F. S.-T. Sans aucun doute, cette exposition marque un nouveau sacre de Colette, qui retrouve dans le canon littéraire la place qu’elle mérite. Elle a aussi retrouvé une place dans les lectures des jeunes adultes. Pour les lectrices étudiantes, il y a eu un « avant » et un « après » la sortie du biopic Colette, en 2018, avec l’actrice Keira Knightley dans le rôle star. Beaucoup de mes étudiantes sont allées le voir, et il y a depuis une mode nouvelle des mémoires de master sur Colette. En toile de fond, le mouvement « Me Too » a sans doute joué son rôle, au moins auprès d’un lectorat jeune, dans cette redécouverte.

Keira Knightley dans le rôle-titre du film « Colette », de Wash Westmoreland (2018).

Peut-on décrire Colette comme féministe avant l’heure ?

F. S.-T. Ce serait exagéré, car la politique ne l’intéresse pas et son positionnement littéraire n’est pas militant. Dans la vie privée, en outre, elle a tenu des propos violents à l’encontre des suffragettes qui se battaient pour le droit de vote des femmes. Autre déclaration malheureuse : au philosophe Walter Benjamin, qui lui demandait si les femmes devaient participer à la vie politique, Colette répond qu’elles sont trop « irritables, incontrôlées, imprévisibles » quelques jours par mois pour ce type de responsabilités…

Alors pourquoi intéresse-t-elle malgré tout les féministes aujourd’hui ?

F. S.-T. Parce que sa vie et son œuvre – à défaut de ses prises de position – témoignent d’une rare émancipation pour une femme à l’époque. Sur le plan personnel, elle traverse deux divorces, expérimente une sexualité libre, y compris avec des femmes, et ne s’en cache pas. Dans ses romans, les personnages féminins sont forts et offrent des modèles de liberté, tandis que les hommes sont souvent secondaires. Mais les rôles ne sont pas figés pour autant : dans Le Pur et l’impur, elle évoque un « hermaphrodisme mental » que le roman Chéri illustrera à travers un personnage principal ambigu. Pour Colette, le masculin et le féminin peuvent circuler au sein d’un même individu. Elle anticipe à sa façon ce que la philosophe Judith Butler appellera un « trouble dans le genre » dans les années 1990. Enfin, ses textes sur la vieillesse – en particulier, le personnage de Léa de Lonval, une femme qui accepte le « naufrage de sa beauté » – ouvrent un champ encore peu exploré à son époque et finalement toujours d’actualité. Propos recueillis par Fabien Trécourt

Spécialiste de la littérature française du XXe siècle, Françoise Simonet-Tenant est professeure de littérature française à Sorbonne Université et chercheuse au Centre d’étude de la langue et des littératures françaises (CNRS/Sorbonne Université).

À lire : Les livres de Colette sont disponibles chez Gallimard, la plupart en édition de poche. Ses Oeuvres complètes sont disponibles en quatre volumes dans la fameuse collection de La Pléiade.

À visiter : La maison de Colette (8-10 rue Colette, 89520 Saint-Sauveur en Puisaye. Ouverte tous les jours en été, du mercredi au dimanche hors saison. Tél. : 03.86.44.44.05/06). Le musée Colette (Rue du Château, 89520 Saint-Sauveur-en-Puisaye. Ouvert tous les jours, sauf le mardi, du 01/04 à la Toussaint. Tél. : 03.86.45.61.95).

À consulter : la Société des amis de Colette.

À voir : Colette, François Busnel, France.tv. Colette, de multiples émissions sur Radio France. Colette, BNF essentiels. Colette, le film de Wash Westmoreland (2018).

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Gisèle Halimi, la cause des femmes

Née le 27 juillet 1927 à La Goulette en Tunisie, Gisèle Halimi nous quittait le 28 juillet 2020 à Paris. En hommage à l’avocate, la militante féministe et femme politique franco-tunisienne, Chantiers de culture remet en ligne l’article publié en 2023 à l’occasion du spectacle de Lena Paugam, Gisèle Halimi, une farouche liberté. Avec Ariane Ascaride et Philippine Pierre-Brossolette, au théâtre de la Scala (75), l’adaptation théâtrale des entretiens menés par Annick Cojean avec la célèbre avocate et humaniste. Un ouvrage, émouvant et passionnant, qui retrace toute une vie de combats pour la justice, les droits des femmes, la liberté et l’indépendance des peuples. Yonnel Liégeois

« Ma liberté n’a de sens que si elle sert à libérer les autres ». L’avocate Gisèle Halimi a fait de cette profonde conviction le sens et le guide de toute une vie. Ce sont ses combats qu’Annick Cojean, grand reporter au Monde devenue son amie, a permis de retracer dans un très beau livre d’entretiens, chaleureux et denses, paru en août 2020. Quelques semaines à peine après son décès, survenu le 28 juillet à 93 ans. Une farouche liberté relève à la fois de l’hommage à un parcours de combat ininterrompu (pour le droit, la justice, les droits des femmes) et du témoignage, précieux, pour toutes celles et ceux qui entendent le poursuivre. Pour Gisèle Halimi, la révolte contre l’injustice naît dès l’enfance. « Tout ! Ma révolte, ma soif éperdue de justice, mon refus de l’ordre établi et bien sûr mon féminisme », rappelle-t-elle d’emblée à Annick Cojean, comme elle l’avait raconté déjà à France Culture. Le désir de combattre pour la justice ne la quittera jamais.

Refuser l’assignation à la sujétion

Née en Tunisie dans une famille pauvre, avec une mère très pieuse (fille de rabbin sépharade), Gisèle Halimi est dès la naissance assignée à la non-reconnaissance, parce que née fille et non garçon (son père attend plusieurs semaines avant de la déclarer) puis à un rôle, celui, immuable, qu’ont connu mère, grand-mère, et auquel elle doit se soumette : servir ses frères avant de se marier et de « passer sous l’autorité et la sujétion d’un époux ». Un destin tracé d’avance, absurde et injuste, duquel Gisèle Halimi n’aura de cesse de vouloir échapper. Première révolte : une grève de la faim, encore enfant, lui permet de ne plus devoir servir ses frères. Une seconde, faite d’expérience plus intime, lui permet d’échapper à la foi religieuse et aux contraintes que la tradition patriarcale lui attachait. Elle comprend très vite que l’émancipation passe par l’éducation, la lecture (boulimique), l’école (qu’elle adore et où elle excelle). En jeu : apprendre, devenir indépendante économiquement, échapper à la « malédiction » qui fait des femmes « des obligées, des dominées, des infantilisées ». Et un objectif : devenir avocate.

Elle le sera, d’abord au barreau de Tunis puis à celui de Paris, en dépit du serment obligatoire que le futur avocat devait proclamer : « je jure de ne rien dire ou publier, comme défenseur ou conseil, de contraire aux lois et aux règlements, aux bonnes mœurs, à la sûreté de l’État et à la paix publique, et de ne jamais m’écarter du respect dû aux tribunaux et aux autorités publiques ». Elle qui interroge la notion toute relative de « bonnes mœurs » et veut faire du droit une arme pour modifier les lois sait qu’elle prête serment sous réserve. Des années plus tard, c’est elle qui permettra de « dépoussiérer » ce serment, le limitant à une phrase : « je jure, comme avocat, d’exercer la défense et le conseil avec dignité, conscience et indépendance ». Elle combat alors l’arrogance de magistrats qui toisent de leur supériorité masculine présumée la jeune avocate. Elle sait que « les mots ne sont pas innocents. Ils traduisent une idéologie, une mentalité, un état d’esprit. Laisser passer un mot, c’est le tolérer. Et de la tolérance à la complicité, il n’y a qu’un pas ».

Contre la torture, pour l’indépendance des peuples

Parmi les premiers procès de maître Halimi, des militants et militantes indépendantistes tunisiens et algériens, souvent condamnés à mort après avoir été torturés. Menacée, notamment en Algérie par l’OAS ou des militaires, elle ne renonce pas. Elle découvre en Algérie que « les pouvoirs spéciaux votés en 1956 avaient pris le droit en otage. (…) Soldats et magistrats travaillaient main dans la main pour rétablir l’ordre répressif français : les premiers tuaient, les seconds condamnaient ». Elle découvre aussi lors de demandes de grâces qu’elle plaide, souvent avec son « confrère et complice » Léo Matarasso (ancien résistant dans le mouvement Libération-Sud, défenseur d’Henri Alleg et plus tard de Mehdi Ben Barka ou d’Henri Curiel…), la toute-puissance monarchique laissée à la présidence de la République qui attribue à un homme le droit de vie ou de mort sur un autre. En défendant militants et militantes victimes de la torture, elle comprend qu’il s’agit de « résister contre le mal absolu ». Ce qu’elle fait notamment en défendant Djamila Boupacha, jeune militante de 22 ans du FLN algérien, qui avait déposé un obus piégé dans un café d’Alger en septembre 1959, finalement désamorcé. Arrêtée, elle est atrocement torturée, violée, subit l’introduction d’un goulot de bouteille dans le vagin, ce qui la marquera à vie. Gisèle Halimi assure sa défense, où se conjuguent « la lutte contre la torture, la dénonciation du viol, le soutien à l’indépendance et au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la solidarité avec les femmes engagées dans l’action publique et l’avenir du pays ».

Le procès se fait tribune politique contre la torture, jusqu’alors taboue. Gisèle Halimi mobilise un réseau de soutien, dont Simone de Beauvoir, plusieurs journaux jouent leur rôle en informant l’« opinion publique ». Djamila Boupacha est finalement amnistiée en 1962 après l’indépendance de l’Algérie. Kidnappée par le FLN qui la ramène directement en Algérie, elle ne pourra pas rencontrer Simone de Beauvoir. Au lendemain du décès de Gisèle Halimi, elle dit simplement : « Ce n’était pas seulement mon avocate, c’était ma sœur !». D’autres combats de Gisèle Halimi contre le colonialisme et ses pratiques inhérentes, et pour la défense des droits des peuples à l’autodétermination, auraient sans doute pu trouver place dans ce livre. Ainsi de son engagement auprès du peuple vietnamien contre la guerre menée par Washington. Membre du tribunal international contre les crimes de guerre au Vietnam, le tribunal créé en 1966 par Bertrand Russell et Jean-Paul Sartre pour juger les militaires américains dans ce pays (la guerre a duré de 1955 à 1975), elle participe en 1967 à la mission d’observation que le Tribunal délègue au Vietnam. L’autre lutte pour laquelle l’avocate parisienne s’est pleinement engagée, c’est celle du peuple palestinien. Avocate, avec Daniel Voguet, du dirigeant palestinien Marwan Barghouti kidnappé par l’armée israélienne en 2001 après une tentative ratée d’assassinat, condamné à la perpétuité par un tribunal militaire sans légitimité.

C’est tout un système que dénonce alors Maître Halimi, notamment dans la revue Pour la Palestine. Lors d’une énième offensive militaire israélienne à Gaza à l’été 2014, elle écrit, dans un appel publié par L’Humanité : « Un peuple aux mains nues — le peuple palestinien — est en train de se faire massacrer. Une armée le tient en otage. Pourquoi ? Quelle cause défend ce peuple et que lui oppose-t-on ? J’affirme que cette cause est juste et sera reconnue comme telle dans l’histoire. Aujourd’hui règne un silence complice, en France, pays des droits de l’homme et dans tout un Occident américanisé. Je ne veux pas me taire. Je ne veux pas me résigner. Malgré le désert estival, je veux crier fort pour ces voix qui se sont tues et celles que l’on ne veut pas entendre. L’histoire jugera mais n’effacera pas le saccage. Saccage des vies, saccage d’un peuple, saccage des innocents. Le monde n’a-t-il pas espéré que la Shoah marquerait la fin définitive de la barbarie ? ». Cette même année, l’ambassadeur de Palestine en France lui décerne la citoyenneté d’honneur d’un État qui continue de lutter pour son indépendance et sa reconnaissance.

Choisir la cause des femmes

Le droit et la justice donc, toujours. Celui des femmes d’abord, les droits de toutes les femmes que Gisèle Halimi contribue à faire progresser. C’est le cas avec deux procès décisifs, que rien ne permettait d’imaginer gagnants sinon la conviction de la justesse des causes défendues, et qui font figure d’électrochocs dans la société avant de permettre des avancées législatives considérables. En 1972, à Bobigny, elle défend Marie-Claire Chevalier violée à seize ans, dénoncée à la police par son violeur parce qu’elle a avorté ce qui est alors passible d’emprisonnement, ainsi que sa mère et trois « complices » qui l’ont aidée. L’année précédente, le Nouvel Observateur a publié le manifeste de 343 femmes affirmant haut et fort qu’elles ont avorté et réclamant la dépénalisation et la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse. Gisèle Halimi en est signataire, malgré les sanctions possibles pour une avocate. Cette même année 1971, Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi fondent le mouvement Choisir la cause des femmes. Le procès se fait accusation de la loi de 1920 sanctionnant l’avortement. Gisèle Halimi n’hésite pas à dénoncer, dans un tribunal où des hommes jugent une femme atteinte dans son corps, la justice de classe condamnant des femmes qui n’ont pas les moyens d’avorter à l’étranger.

De Delphine Seyrig à Aimé Césaire, de Paul Milliez (pourtant a priori défavorable à l’IVG) à des milliers d’autres anonymes, les soutiens se multiplient. Le procès est gagné. Simone Veil fera aboutir la loi dépénalisant l’IVG. Gisèle Halimi sera de celles et ceux qui plaideront pour son remboursement. En 1978, à Aix, elle défend deux jeunes touristes belges, sauvagement agressées et violées par cinq hommes dans la tente où elles campaient à l’été 1974. Gisèle Halimi, qui met en lumière « la mort inoculée aux femmes un jour de violence », décrit à Annick Cojean le climat de haine et de raillerie antiféministe et homophobe contre ces femmes et leurs défenseuses qui régnait alors parmi des magistrats, des avocats… « et avec lesquels les accusés créaient une complicité inavouée ». Elle souligne « le mépris et la négation de l’identité de l’autre » qui se joue dans ce crime qu’est le viol et ajoute qu’« il ressemble furieusement à un acte de fascisme ordinaire ». Les « grands témoins » cités à la barre par Gisèle Halimi mais chassés du tribunal par le juge, s’exprimeront devant les caméras. Ils contribueront eux-aussi à faire changer la honte de camp, à « changer les mentalités et les mœurs », à permettre de modifier la loi sur le viol et les crimes sexuels.

« La politique est une chose trop sérieuse pour être laissée aux seuls hommes »

Puisque c’est au Parlement que se font les lois, Gisèle Halimi se laisse tenter par l’idée d’y participer. Car les femmes doivent participer, « en masse », dit-elle, à leur écriture. Une réflexion qui mûrit, alors que le féminisme des années 60-70 se défiait du politique. En 1978, Choisir présente des candidatures féminines. Sous sa propre bannière, aucune organisation ne lui ayant laissé la moindre place. Un slogan : « cent femmes pour les femmes ». Et un « programme commun des femmes », avec une douzaine de propositions de loi. Avec moins de 1,5 % des suffrages en moyenne, aucune candidate n’est élue. Mais Choisir a fait progresser des débats. Gisèle Halimi est cependant élue en 1981. Elle ne restera pas longtemps sur les bancs de l’Assemblée où sa non appartenance à une organisation politique, sa liberté de réflexion et de parole, un machisme encore dominant à l’Assemblée, la condamnent à l’isolement. Elle poursuit cependant son engagement pour faire du droit un instrument de libération. Dès 1979 et les premières élections européennes, elle milite pour « la clause de l’Européenne la plus favorisée », pour que tous les droits conquis par les femmes dans un des pays européens deviennent la norme dans les autres. Choisir engage un travail d’inventaire et de propositions considérable.

C’est un joli mot, féminisme

« Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque » : c’est avec ce vers de René Char que Gisèle Halimi et Annick Cojean ont choisi d’ouvrir ce livre et de transmettre le flambeau aux nouvelles générations. Des femmes d’aujourd’hui, elle attend la révolution : « des colères se sont exprimées, des révoltes ont éclaté ça et là, suivies d’avancées pour les droits des femmes. Mais nous sommes encore loin du compte », constate celle qui ne cesse de plaider pour l’indépendance d’abord économique des femmes, premières à subir le chômage en temps de crise, à subir le temps partiel, à subir les bas salaires… Elle en appelle à une révolution des mœurs et des rapports humains, à poursuivre la lutte pour pérenniser des conquêtes toujours précaires et pour une égalité loin d’être atteinte. « Enfin, n’ayez pas peur de vous dire féministes. C’est un mot magnifique, vous savez. C’est un combat valeureux qui n’a jamais versé de sang». Les obsèques, émouvantes, de Gisèle Halimi ont eu lieu le 6 août au cimetière du Père Lachaise à Paris. Le siège prévu pour le nouveau Garde des sceaux est resté vide. Avocate remarquable, militante de convictions, à la fois bienveillante et exigeante comme la décrivent toutes celles et ceux qui ont eu la chance de la connaître et de la fréquenter, elle est partie tandis que résonnait les paroles de la chanson Bella Ciao.

Gisèle Halimi nous laisse en héritage des droits nouveaux qui sont autant de ruptures avec une vision patriarcale de la société et du monde. Plus encore, elle nous lègue des valeurs fondamentales pour poursuivre le combat féministe : égalité, liberté, indépendance et justice. Isabelle Avran

Une farouche liberté, Gisèle Halimi avec Annick Cojean (Le livre de poche (168 p., 8€40).

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Duras, Bonnaire et Osinski

Dans le cadre du festival Beckett, le 29/07 à Saint-Saturnin-lès-Apt (84), Jacques Osinski présente L’amante anglaise. Dans une mise en scène dépouillée, le texte de Marguerite Duras sublimé par un trio d’acteurs talentueux : Sandrine Bonnaire, Frédéric Leidgens et Grégoire Oestermann.

Claire Lannes a vraiment perdu la tête ! En assassinant sa cousine sans raison, en découpant le corps, en dispersant les divers morceaux dans les trains de passage à proximité de sa maison. Tous, sauf la tête de la malheureuse victime dont elle refuse encore de révéler la destination… D’abord une pièce de théâtre, Les viaducs de la Seine-et-Oise, ensuite un roman L’amante anglaise qu’elle transforme enfin en une nouvelle pièce de théâtre au tire éponyme, Marguerite Duras par trois fois a mis l’ouvrage sur l’établi. Pour une œuvre finale d’une concision extrême, à la langue policée, d’une incroyable puissance narrative, d’une interrogation explosive inégalée à la conscience de chacune et chacun. Une fois encore, elle qui récidivera en 1985 avec peu de discernement dans l’affaire Grégory, la romancière s’est inspirée d’un fait divers réel et sanglant : Amélie Rabilloud tuant son mari en 1949, dépeçant le corps et d’un pont jetant les morceaux dans les trains en partance.

En scène à tour de rôle, trois personnages en quête d’identification ou d’explication : Pierre le mari, Claire l’épouse meurtrière et l’interrogateur surgi de nulle part, venu d’ailleurs… Qui cherche à savoir le pourquoi plus que le comment, à comprendre ce geste capital dont personne ne soupçonnait l’issue fatale. Un couple banal, sans histoires comme l’atteste la rumeur coutumière, la cousine Marie-Thérèse hébergée pour vaquer aux affaires familiales. C’est Pierre qui a sollicité les services de cette dernière, son épouse préférant rêvasser au jardin et lire des illustrés bas de gamme après avoir fait son lit, la seule tâche ménagère dont elle s’acquitte. L’amour a-t-il existé un jour entre ces deux-là, pourquoi l’a-t-il épousée ? Certes, belle elle était, certes il l’a désirée, fort et souvent, mais encore ? Rien de plus, cohabitant alors par contrainte et habitude, lui s’épanchant de maîtresse en maîtresse, elle s’émerveillant toujours de son premier amour, « l’agent de Cahors » son amour de jeunesse. Et Marie-Thérèse dans l’histoire, la victime expiatoire ? « Une grosse vache, sourde et muette » amoureuse de la cuisine en sauce et des ouvriers portugais logeant dans les environs !

Installé dans les premiers rangs du public, se levant subitement, sans papier mais petit stylo en main, l’interrogateur (Frédéric Leidgens) questionne d’abord le mari. Doucement, calmement, puis de plus en plus intensément jusqu’à le rejoindre sur scène, lui debout à son côté droit l’autre assis sur une banale chaise devant le rideau du théâtre toujours baissé. La scène se répétera à l’identique, sa haute stature cette fois flanquée sur la gauche de la protagoniste. Pourtant, s’imposera une différence spatiale, capitale…

L’époux n’a rien vu venir, il dormait lorsqu’eurent lieu l’agression, puis le dépeçage dans la cave, à 4h du matin. Sa femme ? Une folle, une éthérée avec qui il fait chambre à part depuis longtemps, qui parle peu ou pas, égarée parmi les fleurs du jardin dont « la menthe anglaise » qu’elle apprécie beaucoup, bercée par la lecture de vulgaires illustrés qu’il prend malin plaisir à confisquer et déchirer. Pierre  (Grégoire Oestermann) ? « Un petit bourgeois méprisable », comme le confessera Duras à propos de la figure de son personnage, petit fonctionnaire au ministère des finances. Méprisant à l’égard de Claire son épouse, avouant des envies de meurtre dont une éducation moralisante retient le geste, un être mesquin et falot, se vantant de ses tromperies régulières, se plaignant surtout des tics et tocs de sa femme qui ternissent son existence. Jamais compatissant, encore moins avec feu la cousine presque devenue une esclave domestique au fil du temps.

Durant près d’une heure, Pierre ne bougera pas de sa chaise. Comme à l’accoutumée, Jacques Osinski se joue d’une mise en scène aux frontières de l’austérité : face à une réalité pour le moins ensanglantée, une gestuelle presque désincarnée ! Seuls les mots et maux dits prennent chair devant nos yeux effarés. Puissance subversive du langage, « ce n’est pas un hasard, je crois, si j’arrive à Duras après avoir beaucoup arpenté l’œuvre de Beckett », reconnaît Osinski, « ils ont en commun le questionnement sur la langue, un certain rapport de leurs personnages à l’attente et à l’enfermement ». Une claire évidence, lorsqu’apparaît Claire Lannes, l’épouse et meurtrière, alias Sandrine Bonnaire… Une apparition, oui, lorsqu’elle surgit du fond de scène d’un pas contenu et s’avance dans un silence de mort, hormis les grincements du rideau de fer qui s’élève ! Un air froid, venu de la beauté nue des profondeurs du théâtre, envahit la salle, fige corps et cœurs. Le temps suspendu, l’émotion retenue, le temps qu’elle se pose à son tour sur cette banale chaise, le regard droit et les deux mains plaquées sur les cuisses. Le temps d’un vertige, sublime apparition, la grande comédienne de retour au théâtre.

Face aux questions de l’interrogateur, durant une heure aussi, elle n’expliquera rien de son geste. Heureuse pourtant de s’exprimer, de rompre enfin le silence, surtout et avant tout d’être écoutée… Du fond au devant de la scène, le chemin est court certes mais il semble aussi interminable, illustration d’une vie qui s’est étirée dans la grisaille et la froideur. Alors, il est temps de se poser, de parler.

Au tribunal on juge, au théâtre on écoute, on l’écoute. Et de parler de ce mari qu’elle n’accable même pas, de cette Marie-Thérèse qu’elle n’appréciait guère, de cet amour premier qu’elle n’a jamais oublié, cet amour ancien qu’on oublie jamais, d’Antonio le portugais qui venait de temps en temps couper du bois et qui, s’il l’avait bien voulu… Rien de tout cela pour justifier l’acte injustifiable, la banalité du quotidien, le terne d’une vie qui s’enferre dans la noirceur de l’existence. Et pourtant, seule à l’évocation de ces riens, certes des trois fois rien mais deux-trois éclairs fugitifs sur les amours perdues et le parfum des fleurs, s’éclaire le visage d’un sourire rédempteur, se détachent-s’élèvent et s’ouvrent deux mains en quête d’un impossible ailleurs. Pathétique et sublime Sandrine Bonnaire, d’un regard et de quelques futiles gestes évocateurs, capable d’incarner pareil talent ! C’est beau, c’est fort, c’est puissant. Fascinant et envoûtant.

Au côté de Claire, la Sandrine déjà meurtrière dans La cérémonie, le film de Claude Chabrol, deux comédiens qui n’ont rien à lui envier en présence et puissance : Frédéric Leidgens et Grégoire Oestermann. Le premier en interrogateur scrupuleux mais respectueux, démarche et geste lents, la voix toute à la fois ferme mais engageante, silhouette imposante mais nullement envahissante. Il est l’accoucheur des consciences, compatissant mais sans faux semblant, ni juge ni complice. Le second, qui ouvre la séance des questions, doit s’acquitter d’une lourde tâche : apprivoiser et happer l’attention d’un public qui attend « la Bonnaire » d’un œil averti ! Sans décor ni costume mirobolant pour éventuelle diversion… Piteux pantin, regard et profil bas, le propos embrouillé et coupable face à son évidente duplicité, il y parvient avec succès. À leur façon et sur divers tons, trois marquantes solitudes qui alertent chacun sur une possible descente aux enfers, un possible passage à l’acte meurtrier. Yonnel Liégeois, photos Pierre Grosbois

L’amante anglaise, Jacques Osinski : le 29/07, 21h. Esplanade Marianne Field, Cours de la liberté, 84490 Saint-Saturnin-lès-Apt (Tél. : 04.90.05.67.69).

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Le paradis d’Anne Baquet

Au théâtre du Lucernaire (75), Anne Baquet chante au paradis ! Un récital déjanté, où la soprano s’empare des plus belles compositions entre classique, jazz et pop. De Bach à Juliette, de Rachmaninov à Prévert, de Chopin à François Morel…

Dans ce tour de chant malicieux qui combine classique, jazz et pop, art lyrique et chansons populaires, composition et improvisation, Anne Baquet propose un mélange aussi humoristique que poétique, aussi savant que farfelu et surréaliste. Une immense voile blanche, à cheval sur un piano, occupe une grande partie de la scène. Elle se dresse tout à coup, dévoilant une immense silhouette qui surplombe le piano, enveloppée de cette immense pièce de tissu immaculé. Un ange tout droit descendu du ciel, ou une femme qui attend d’y monter. C’est Anne Baquet au Paradis, qui s’amuse déjà de la superposition qu’on applique entre son ascension au ciel, son récital dans la salle la plus haute du Théâtre du Lucernaire, dénommée salle « Paradis » et la référence, dans un théâtre, aux places haut perchées où se pressait le public populaire.

Il n’y a pas que la silhouette qui se trouve « perchée ». La voix aussi flirte avec les hauteurs. Parce qu’Anne Baquet a une tessiture de soprano, qu’elle exploitera tout au long du spectacle dans toutes ses gradations. Sarah Franck, in Arts-Chipels

Habituée du Lucernaire, Anne Baquet, cette exceptionnelle soprano, nous gratifie d’un spectacle nouveau, original, composé d’un bouquet d’une vingtaine de chansons, avec des reprises et beaucoup de créations, issues du classique, de la pop music, du jazz ou de la variété. Joyeux, drôle, sensible, son répertoire va de Prévert à Moustaki, de François Morel à Marie‑Paule Belle, de Juliette à Chopin, en passant par Bach ou Rachmaninov. Magnifiquement mise en scène, avec panache et cocasserie, par le talentueux Gérard Rauber, elle est accompagnée au piano, avec une charmante complicité, par Damien Nédonchelle, qui passe avec virtuosité du registre du piano‑bar à celui de l’orchestre symphonique.

Nous assistons à un véritable show de music‑hall, mâtiné d’opéra, mené tambour battant par une artiste qui déploie des qualités de chanteuse lyrique exceptionnelle, d’humoriste désopilante et de danseuse pittoresque. On rit beaucoup et l’on reste admiratif devant l’énergie déployée et la performance d’une comédienne excellente dans tous les registres, y compris celui de l’émotion. Anne Revanne, in RegArts

Je l’aime tant, quand elle fait l’Anne ! Et c’est exactement pour ça qu’on l’adore ! C’est le troisième spectacle qu’elle nous propose au Lucernaire après « ABCd’airs » et « Come Bach », c’est au Paradis, la petite salle tout en haut du théâtre, qu’elle nous présente son nouveau spectacle, un piano-voix inédit. À son piano, Damien Nédonchelle pose ses premières notes. Un joyeux trille. Et puis la voilà. Une apparition saisissante, totalement inattendue, et qui provoque un premier rire. Des rires, il y en aura beaucoup d’autres…

Et nous de retrouver le talent lyrique d’Anne Baquet. La soprano nous ravit toujours autant de son timbre assez particulier, de sa technique irréprochable, de son impressionnante tessiture. Il serait superfétatoire de rappeler ici l’incroyable parcours de la chanteuse et surtout sa capacité à appréhender tous les répertoires avec le même engagement, la même passion, et la même énergie. Mademoiselle Baquet nous propose en effet un récital éblouissant, elle nous rappelle aussi l’importance de ce genre majeur qu’est la chanson. En trois minutes, il faut installer un univers, des personnages, un décor. Elle y parvient dès les premières secondes, elle a cette capacité à faire vivre les mots parfois d’un simple regard, d’une simple note, d’un simple silence, parfois.

Chanteuse lyrique, soprano, soit. Comédienne, clown, mime, danseuse, aussi. Yves Poey, in De la cour au jardin

Anne Baquet au Paradis : jusqu’au 23/08, du mercredi au samedi à 19h et le dimanche à 15h30, photos Alexis Rauber.  Le Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris (Tél. : 01.45.44.57.34).

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Jaurès, le double assassinat

Au théâtre La Luna, en Avignon (84), Pierrette Dupoyet présente Jaurès, assassiné 2 fois !. Pour sa 43ème participation au festival, la comédienne émérite prend visage de Louise, l’épouse de l’ardent défenseur de la paix. Une page d’histoire émouvante.

Député socialiste du Tarn, fondateur du journal l’Humanité, Jean-Jaurès, ardent militant de la paix, est assassiné le 31 juillet 1914 à 21h40 alors qu’il dînait au Café du Croissant en compagnie de plusieurs amis et journalistes. Le meurtrier, Raoul Villain, n’a été jugé qu’après la fin de la première guerre mondiale. Le procès se déroule du 24 au 29 mars 1919 devant les Assises de la Seine, et le verdict déboussole une partie de la France : Villain est acquitté par le jury.

S’emparant de ces faits d’histoire nationale, Pierrette Dupoyet, dont c’est la 43e participation au Off d’Avignon, a repris son spectacle Jaurès assassiné deux fois !. Sur la scène, devant la reproduction de la Une du journal annonçant le crime, elle est Louise, l’épouse de la victime, de celui qui jusqu’à sa dernière seconde a tenté de faire en sorte que la guerre ne soit pas déclarée. Louise, qui n’a jamais assisté à un seul des meetings de son époux, n’en a pas moins suivi les grandes étapes politiques de cette période. Elle en évoque quelques moments, comme la rencontre avec les lycéens d’Albi, le 30 juillet 1903. Dans cet établissement, Jaurès fut élève boursier, car issu d’une famille modeste, puis professeur.

Dans son adresse aux jeunes, il appelait à « ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques ». Pierrette Dupoyet rappelle les grands combats humanistes de ce défenseur de la justice, de la laïcité, des droits sociaux. Chaque 31 juillet, une cérémonie est organisée au Café du Croissant, en hommage au fondateur du quotidien L’humanité dont les idéaux sont particulièrement malmenés aujourd’hui. Le théâtre prend ici une belle part de mémoire active. Gérald Rossi

Jaurès assassiné deux fois !, Pierrette Dupoyet : jusqu’au 25/07, 17h30. Théâtre La Luna, 11 rue Séverine, 84000 Avignon (Tél. : 04.90.86.96.28).

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Entre humeur et humour

Au théâtre de La Scala d’Avignon (84), Robin Ormond présente Peu importe. Les prises de tête et sautes d’humeur d’un couple partagé entre vie professionnelle et obligations familiales. Avec deux comédiens, au mieux de leur forme dans ce délire conjugal !

Le calme règne, les enfants sont couchés. De retour d’un déplacement professionnel, comme d’habitude elle rapporte un cadeau à son mari. Simone et Erik semblent s’aimer d’un amour tendre, mais… Peu importe ! Curieux, tout de même : le salon est envahi de paquets plus ou moins volumineux, aux couleurs diverses et chatoyantes, toujours pas déballés. Les retrouvailles, chaleureuses d’un prime abord, ne tardent guère à dégénérer en un pugilat verbal fort insolite. De mauvaise humeur, Erik refuse d’ouvrir le présent : avec un enfant malade, c’est vrai qu’il a passé une mauvaise semaine, son épouse trop fréquemment absente à cause de son travail. Traducteur littéraire, au boulot à la maison, il s’estime ni considéré ni respecté. D’autant que son épouse ne manque pas de lui rappeler que c’est son salaire, plus élevé, qui fait vivre la famille… Les critiques fusent !

Les reproches aussi, de bouche en bouche, en accéléré. La phrase à peine finie de l’un, l’autre embraye à grande vitesse, normal pour celle qui opère dans l’industrie automobile ! La conversation s’envenime, les propos échangés ne sont plus très aimables, de vrais uppercuts distribués et encaissés en pleine face. « Peu importe », telle est la formule qui clôt au final chaque point de désaccord… Jusqu’au basculement, vicieusement imaginé par l’auteur allemand de ce brûlot, Marius von Mayenburg : c’est Erik qui rentre de déplacement cadeau en main, c’est Simone qui veille à la bonne tenue du foyer. Et les projecteurs à nouveau braquer sur le champ de bataille, les mêmes invectives inversées, les mêmes querelles ! Une lutte acharnée des deux protagonistes pour gagner raison, un affrontement cœur à corps au risque de débordements irréparables. De coups de pied en coups de colère, la montagne de cadeaux qui submerge l’espace s’effondre, les paquets voltigent comme les paroles échangées. Tout est dit sans reprendre souffle, la respiration suspendue, le couple suffoque sous les injonctions professionnelles et sociétales qui étouffent leur univers.

Il semble loin le temps où les deux amoureux s’imaginaient construire un autre monde, bâtir un autre avenir pour eux, se poser comme figures inspirantes pour les autres. Le modèle se fissure, les contraintes imposées par leurs supérieurs respectifs ont fait exploser rêves et désirs partagés. D’un futur imaginaire, le présent est champ de ruines. Devant nous, se déploie la critique acerbe d’une société où la seule image de la réussite impose de fouler aux pieds les valeurs qui ont guidé l’humanité de chacun. Derrière un humour omniprésent qui permet au public de garder quelque distance, la charge est féroce. Portée par un duo de comédiens, Marilyne Fontaine et Assane Timbo, excellents dans leur prestation à couteaux acérés. Capitalisme ou matérialisme triomphants ? Un infime signe d’espoir : quand sonne le téléphone, à l’ultime seconde de la pièce, ni l’une ni l’autre ne répondent ! Yonnel Liégeois, photos Vahid Amanpour

Peu importe, Robin Ormond : jusqu’au 25/07, tous les jours à 13h50 sauf le lundi. La Scala Provence, 3 rue Pourquery de Boisserin, 84000 Avignon (Tél. : 04.65.00.00.90).

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Ariane, la fée d’Avignon

À la Scala d’Avignon (84), Ariane Ascaride propose Touchée par les fées. Sur un récit de vie confié à Marie Desplechin, entre humour et émotion, pétulance et autodérision, la comédienne égrène ses souvenirs. De l’enfance à l’aujourd’hui, une déclaration d’amour à la scène pour la gamine issue des milieux populaires de Marseille.

Comme pour d’autres avant elle, la valeur n’a point attendu le nombre des années ! De là à prétendre que la jeune Ariane fut une âme bien née, il ne faut tout de même pas abuser… Dès l’enfance, la gamine foule les planches. Sous la houlette du padre, son napolitain de père, coiffeur de métier mais directeur-metteur en scène d’une troupe de théâtre amateur… Le bel italien, tombeur de ces dames au grand dam de son épouse au point que le couple n’échangera plus une seule parole au fil de leur vie commune, est alors fier de sa fille. Dans ce quartier populaire de Marseille, pour la famille Ascaride, à défaut de la misère, la pauvreté a droit de cité. Le pastis et le drapeau rouge aussi, coco de père en fille, la culture également : le théâtre de Bretch pour le maître barbier, les grands airs d’opéra pour la mère de famille.

Entre représentations théâtrales et séances de tournage, d’un rendez-vous l’autre au fil d’un petit noir ou d’une tasse de thé, Ariane Ascaride a confié quelques séquences de vie marquantes à la romancière Marie Desplechin, son amie et complice. Pour offrir au final Touchée par les fées, fada en langage méridional, un récit chargé d’un lourd vécu oscillant entre soleil lumineux de la Canebière et grisailles d’un quotidien assombri par les querelles familiales, grands bonheurs de la petite enfance et amours interdites d’un père dont il sera longtemps fait silence.

« Je viens une dernière fois convoquer ces personnages, des êtres simples mais capables de croire aux fées, aux sorcières, aux anges », confie Ariane l’espiègle qui n’en perd jamais ni son humour, ni son latin ! Qui se veut témoin d’un héritage complexe, « la vie d’hommes et de femmes qui laissent à leurs descendants des pépites d’or et de bouts de charbon ». Une parole, superbement animée et chantée sous la houlette de Thierry Thieû Niang, talentueux metteur en scène : quelques valises à souvenirs, une dizaine d’images accrochées aux épingles à linge, trois bouts d’étoffe et un doudou, enthousiasme et optimisme à foison, la magie opère, plaisir et émotion sont à l’affiche de la Scala Provence.

Formidable conteuse, la Jeannette de Robert Guédiguian, duo gagnant italo-arménien, n’a rien perdu de sa générosité, de sa verve et de sa spontanéité. Sous la plume gracieuse de Marie Desplechin et le regard aérien de Thierry Thieû Niang, l’attrait de l’à-venir l’emporte sur la nostalgie du temps écoulé. Entre révoltes, douleurs et combats, entre la folle passion des planches et l’amour du grand écran, un spectacle d’où l’on ressort grandi et ragaillardi ! Yonnel Liégeois, photos Louie Salto

Touchée par les fées, Ariane Ascaride : le 20/07, à 16h00. La Scala, 3 rue Pourquery de Boisserin, 84000 Avignon. (Tél. : 04.65.00.00.90).

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L’égérie des grandes surfaces

Au théâtre Le 11 d’Avignon (84), Antoine Colnot et Anne Rehbinder présente Antigone des supermarchés. De rêves en désillusions, le parcours d’une comédienne qui se heurte aux réalités sociales. Et femme, aux préjugés sexistes. Entre humour et émotion, une belle interprétation d’Anne Jeanvoine, un témoignage fort.

Ni décor imposant ni lumières scintillantes qui masquent bien souvent la vacuité du propos dans nombre de spectacles contemporains, une simple chaise en cœur de scène… Détendue, sans complexe, face au public la femme l’affirme en préambule : j’ai besoin de me savoir aimée, je vous aime ! Une déclaration d’amour qui résonne étrangement pour la comédienne qui a toujours rêvé d’interpréter les grands rôles, « de porter les textes du répertoire, d’être choisie par de grands metteurs en scène ». Pas forcément Phèdre, surtout l’Antigone de Sophocle, la femme libre par excellence. Pour parvenir à ses fins, elle a suivi les cours du conservatoire, elle qui songeait d’abord, enfant, à devenir danseuse étoile. La vie réserve bien des surprises. Son premier engagement ? De la figuration, une présence muette sur les planches… À défaut de briller sous les projecteurs, toujours dans l’espoir de la consécration, elle assumera bien des petits métiers, bien des emplois précaires. Il faut bien payer le loyer et remplir le frigidaire.

Jusqu’à cet emploi de mascotte, l’Antigone des supermarchés, un contrat qu’elle ne peut refuser et qu’elle signera à répétition pour diverses enseignes… Toujours silencieuse et aux seuls gestes saccadés en qualité d’interprétation, transpirant sous le costume et dans l’anonymat, pourtant heureuse et fière de sa prestation lorsque les enfants tout sourire réclament une photo ! Un rôle au plus bas de l’échelle dans la reconnaissance du métier, méprisé dans les yeux de ses pairs. Une négation professionnelle difficile à assumer, encore plus lorsqu’elle se sent incomprise, voire exclue par la famille et d’aucuns, en raison de sa vie aux amours féminins. Non sans humour, entre rejet et dépression, Anne Jeanvoine témoigne, avec franchise et tendresse, de la difficulté d’être entre rêves et réalité, statut et identité. Avec cette question existentielle : comment faire place à la singularité de chacune et chacun dans la société, au travail ? Une réponse, peut-être : aimer, s’aimer, être aimé. Yonnel Liégeois, photos Antoine Colnot

Antigone des supermarchés, Anne Jeanvoine : jusqu’au 23/07, tous les jours à18h40 sauf le vendredi.le lundi à 19h15, le mardi à 21h15 et le dimanche à 17h30. Théâtre Le 11, 11 boulevard Raspail, 84000 Avignon (Tél. : 04.84.51.20.10).    

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Avignon, entre guerre et paix

Au théâtre de L’entrepôt d’Avignon (84), Anne-Marie Storme présente La contrainte. La nouvelle de Stefan Zweig, publiée en 1920, pour la première fois adaptée au théâtre… Partir à la guerre pour accomplir son devoir patriotique ou défendre une position pacifiste envers et contre tout, tel est le débat contradictoire auquel un couple est confronté. Poignant, d’une brûlante actualité.

Un homme à l’esprit chancelant, le corps en tension, la conscience en ébullition… Point de répit pour le spectateur, happé dès les premiers instants par le dialogue qui s’instaure sur scène : à la vie, à la mort, un couple joue sa survie ! Il est artiste, elle est amoureuse, les deux au pacifisme assumé et chevillé dans leurs convictions. Forts de leur exil créateur, leur quiétude est bousculée soudainement : de l’autre côté de la frontière, leur pays est entré en guerre. Que faire : refuser d’aller combattre ou accepter La contrainte, répondre à l’ordre d’appel sous les drapeaux ?

Soldat affecté aux archives militaires durant la Première guerre mondiale, Stefan Zweig sait de quoi il parle lorsqu’il publie La contrainte en 1920. Réfugié en Suisse, l’écrivain autrichien a rejoint le mouvement pacifiste international en 1917, avec son ami Romain Rolland il plaide contre les boucheries guerrières et sanguinaires, contre le sang versé au nom d’idéaux frelatés. « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels », écrit Anatole France au citoyen Cachin, directeur du quotidien L’humanité, en 1922 ! Face à l’homme écartelé entre ses convictions pacifistes et son devoir patriotique, sa compagne est déterminée. « Si tu veux y aller pour agir pour l’humanité, pour ce en quoi tu crois, alors je ne te retiens pas », lui confie-t-elle, « si c’est pour être une bête parmi les bêtes, un esclave parmi les esclaves, alors je me jetterai contre toi ». Pour elle, pacifisme et humanisme ne pactisent avec aucune compromission, même s’il faut mettre sa vie et son avenir en danger. Les dialogues sont poignants, émouvants, l’amour ruisselle de l’un à l’autre. Point de décor, le plateau désert, un faisceau de lumière transperçant les corps, les sentiments à nu, juste au sol un filet de terre pour imager la frontière, à franchir ou pas…

Anne Conti et Cédric Duhem sont criants de vérité, leurs paroles résonnent fort en cette actualité bouleversée, en cette Europe divisée où les bruits de botte battent le pavé, à la veille peut-être d’une entrée des loups dans Paris. L’angoisse, la peur, la colère sont palpables, deviennent presque insoutenables. Que veut dire, hier comme aujourd’hui, résister, refuser, s’opposer ? Des questions qui hantent les consciences des deux protagonistes, rehaussées et entrecoupées par la musique et le verbe (tonitruants, envoutants, percutants) de Stéphanie Chamot, rockeuse et punk convaincante, une parole venue d’ailleurs qui permet au public de reprendre souffle… Une mise en scène de pure délicatesse, un trio de choc qui hante durablement notre imaginaire, entre douceurs et douleurs du cœur. Yonnel Liégeois

La contrainte, Anne-Marie Storme : jusqu’au 25/07/26, 14h55, tous les jours sauf le mercredi. L’entrepôt, 1 Ter Bd Champfleury, 84000 Avignon (Tél. : 04.90.86.30.37). La Contrainte (Der Zwang), est publié dans le recueil de nouvelles Le Monde sans sommeil (Payot, 176 p., 7€70).

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Portugal, oyez les œillets !

Au théâtre des Lucioles, en Avignon (84), Jean-Philippe Daguerre présente La fleur au fusil. Le 25/04/1974, au Portugal, une révolution pacifique renverse la plus longue dictature d’Europe : un œillet victorieux du régime de Salazar, maître du pays durant plus de 40 ans ! Un « seul en scène » de Lionel Cecilio, émouvant et captivant.

Sur les planches du théâtre des Lucioles, s’y jouent divers spectacles de bon aloi ! Tel celui écrit et interprété par Lionel Cecilio, une Fleur au fusil mise en scène par Jean-Philippe Daguerre, récent lauréat des Molières… Avec humour et tendresse, le garçon égrène les souvenirs de sa grand-mère Céleste, fuyant en France le régime de Salazar. Durant des décennies, toute une jeunesse fut muselée, brisée, torturée sous le joug d’une dictature agonisante enfin en 1974. Sans un coup de fusil, sinon ceux de la liesse populaire, l’œillet au canon et à la boutonnière !

Il témoigne d’une puissante tendresse envers sa grand-mère. Lui qui doute de son avenir, ne semble pas trop quoi faire de son existence, il va trouver compréhension et force de vie auprès de Céleste. Qui a traversé bien des galères, supporté moult tourments et interdits sous le joug de Salazar, le despote portugais. Au point de devoir s’exiler, comme tant d’autres concitoyens, en France sa terre d’accueil… La jeunesse portugaise, en ce temps-là, est embringuée de force dans les guerres coloniales, au Mozambique et en Angola, la société est cadenassée, les opposants emprisonnés et torturés. La résistance s’organise, tant à Lisbonne qu’à Paris.

Du geste et de la voix, une chaise pour unique décor, seul en scène pour interpréter tous les personnages, Lionel Cecilio fait corps avec l’ancêtre bien aimée. Mêlant réparties en français et en portugais, illustrant son propos de musiques révolutionnaires et chants populaires, narrant les rapports entre Céleste et son frère Chico, ses liens avec Zé son amoureux et enrôlé de force dans l’armée. Un récit virevoltant, emprunt d’humour et d’émotion. À fleur de peau, à fleur de fusil… Jusqu’à l’impensable, l’extraordinaire : un peuple qui se soulève, une armée qui se rebelle pour abattre le pouvoir tyrannique. Un pan d’histoire vivante nous est offert, la démocratie en marche pour un bouquet de fleurs, la liberté et la fraternité. Un revigorant seul en scène, une épopée captivante et poétique, haute en couleurs et forte de fols espoirs en l’humanité retrouvée, à conquérir sous d’autres cieux. Yonnel Liégeois, photos Grégoire Matzneff

La fleur au fusil, Jean-Philippe Daguerre et Lionel Cecilio : jusqu’au 25/07, tous les jours à 17h40 sauf les mercredi. Théâtre des Lucioles, 10 rue du Rempart St Lazare, 84000 Avignon (Tél. : 04.90.14.05.51).

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Vol au-dessus d’un ADN…

Au théâtre de la Reine blanche d’Avignon (84), Julie Timmerman présente L’affaire Rosalind Franklin. Le destin d’une femme, scientifique, spoliée de ses découvertes et oubliée de l’histoire. Une pièce d’Elisabeth Bouchaud : la science sur un plateau, une réussite !

Après avoir travaillé dans un laboratoire parisien réputé, Rosalind Franklin est une physico-chimiste mondialement reconnue, lorsqu’elle débarque à Londres en 1950. Misogynie de collègues masculins, rivalité et jalousie entre chercheurs, vols de documents (clichés photographiques de rayons X, rapport scientifique déposé au Conseil londonien de la recherche en médecine), la jeune femme est harcelée par ses confrères, dépouillée de ses découvertes majeures sur la structure de l’ADN. Elle meurt en 1958, à l’âge de 38 ans, d’un cancer lié à une surexposition aux rayons X. Sans savoir qu’on lui a volé ses découvertes, sans savoir que les usurpateurs (Francis Crick, James Watson et Maurice Wilkins) obtiendront le prix Nobel de Médecine en 1962.

Sujet aride, spectacle didactique et complexe ? Que les esprits littéraires se rassurent, comme toutes les têtes rêveuses plus que chercheuses, le spectacle est passionnant, haletant. D’une éprouvette l’autre, d’un cliché à l’autre, Julie Timmerman orchestre une véritable enquête policière à double tranchant : les déboires et victoires de la jeune chercheuse dans l’avancée de ses travaux, les magouilles et coups tordus de ses collègues. Nul besoin d’être fort en mathématiques, super doué en physique pour suivre, comprendre et découvrir les ressorts et coulisses d’un monde scientifique englué dans des représentations d’un autre temps, celui où la suprématie masculine s’impose avec naturel, telle une évidence : la laborantine à la paillasse, le patron sous les projecteurs !

Comme pour les deux autres épisodes aussi palpitants donnés précédemment en Avignon, Prix No’Bell et Exil intérieur, une écriture limpide d’Elisabeth Bouchaud, une mise en scène alerte de Julie Timmerman, une bande de comédiens dignes de leur blouse blanche (Isis Ravel, magistrale de présence en Rosalind)… La science sur un plateau, une découverte majeure, totale réussite ! Yonnel Liégeois

L’affaire Rosalind Franklin, texte Elisabeth Bouchaud, mise en scène Julie Timmerman : jusqu’au 22/07, à 14h30. La reine blanche, 16 rue de la Grande Fusterie, 84000 Avignon.

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Avignon, mon père et moi

Au théâtre Le 11 d’Avignon (84), Julie Timmerman présente L’art d’être mon père. Entre humour et sensibilité, une pièce légère interprétée par l’auteure. Le regard bienveillant d’une gamine sur un géniteur quelque peu dérangé.

Scénographie minimum : plateau nu, occupé par une unique chaise. Tout se passe ailleurs, dans les mots, dans le jeu. Bref, voilà du théâtre nature, bio, sans ingrédient chimique. Au centre de l’affaire, Julie Timmerman, autrice metteure en scène et comédienne qui interprète tous les rôles. Ainsi, elle est Zoé, gamine que l’on a déjà croisée dans sa précédente pièce, avec la bipolarité inquiétante du Pater familias. Elle est aussi les enfants de la classe de CM2, la prof de musique, celui d’EPS, etc. Et surtout, dans cet Art d’être mon père, elle est… le père !

Comédien sans rôle, adorable mais toujours aussi partagé en lui-même, le bonhomme se porte volontaire pour assurer la mise en scène du spectacle de fin d’année de l’école de Zoé. Ce sera la comédie musicale « Les misérables ». La directrice de l’établissement est aux anges, mais ça ne durera pas. Les enfants sont ravis mais ils se retrouvent perdus la nuit en forêt. Le spectacle aura pourtant lieu, et c’est un miracle ! Le public est considéré comme la classe. Il participe à l’action sans bouger, sans parler. Mais en riant souvent, parce que L’art d’être mon père est une pièce légère. Mais aussi sensible et subtile. Julie Timmerman y est remarquable, convaincante. Gérald Rossi

L’art d’être mon père, Julie Timmerman : jusqu’au 23/07, tous les jours à 10h15 sauf les vendredi.Théâtre Le 11, 11 boulevard Raspail, 84 000 Avignon (Tél. : 04.84.51.20.10).

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Reggiani, un italien en Avignon

Au théâtre de la Bourse du travail d’Avignon (84), Annick Cisaruk et David Venitucci ont Rendez-vous avec Serge Reggiani. C’est moi, c’est l’Italien / Ouvre-moi, ouvrez-moi la porte… Une immersion poignante dans l’univers du sublime comédien et chanteur : silenzio !

Certes L’Italien, la chanson écrite par Jean-Loup Dabadie, n’est pas inscrite au récital d’Annick Cisaruk. Peu importe, quel récital : la chanteuse et comédienne vit, danse et chante intensément l’univers du copain de Vincent, François, Paul et les autres et de Casque d’or ! Après avoir côtoyé Barbara, Ferré, Aragon, Annick Cisaruk et David Venitucci prêtent musique et voix à Serge Reggiani qui mit à profit ses talents de comédien pour faire exister pleinement ses chansons sur scène. Un spectacle qui explore toutes les époques de Reggiani en gardant la quintessence du répertoire de ce très grand interprète qui a marqué la chanson française et inspiré les plus grands auteurs et compositeurs : de Boris Vian à Jacques Prévert en passant par Georges Moustaki, Jean-Loup Dabadie, Claude Lemesle, Bernard Dimey ou Michel Legrand !

Dans la lignée de leur précédents spectacles, avec l’élégance et l’exigence qui sont leur marque de fabrique, Annick la chanteuse et David l’accordéoniste nous font (re)découvrir la diversité du répertoire du beau Serge sous son meilleur jour. Public collé-serré, ambiance des années 60 dans les caves à musique, le piano à bretelles entame sa litanie. Jusqu’à ce que la dame en blanc, longue crinière caressant les épaules, enchaîne de la voix en l’espace du théâtre de la Bourse du travail d’Avignon… Regard complice, œil malicieux, elle se révèle convaincante, aimante, émouvante ! C’est vrai que c’est pas exprès, comme le chantait l’ami Brel, que le public se découvre « les yeux mouillants » lorsqu’elle entonne Les Loups sont entrés dans Paris d’Albert Vidalie ou Le déserteur de Boris Vian. Des chansons de grande classe qu’elle revisite avec maestria sur des arrangements originaux de son compère musicien. Les deux artistes nous embarquent à la découverte d’un grand poète.

Serge Reggiani ? « On est saisi de la profondeur des textes, ça parle d’amour à vous faire fondre, de la mort « même pas peur », de la misère qu’on ose plus chanter », confesse une spectatrice, « de la folie, des marginaux, de la société, de la guerre, de la dictature … et la drôlerie aussi ! ». La chanteuse n’a rien perdu de ses talents de comédienne lorsqu’elle déclame, en prélude à Quand j’aurai du vent dans mon crâne (Boris Vian) et Sarah (Georges Moustaki), le Pater noster de Prévert et Je n’ai pas pour maîtresse une lionne illustre de Baudelaire… Plus tard, elle fait entendre Le dormeur du val de Rimbaud en introduction au Déserteur. D’ironiques et sublimes instants de poésie, intermèdes à un récital magistralement habité !

C’est en compagnie de Didier-Georges Gabily le grand auteur dramatique trop tôt disparu, que la belle interprète découvre théâtre, littérature et chanson. En 1981, elle entre au Conservatoire de Paris. Sous la direction de Marcel Bluwal, elle joue Le Petit Mahagonny de Brecht au côté d’Ariane Ascaride, régulièrement elle foulera les planches sous la houlette de Giorgio Strehler et Benno Besson. Derrière le micro, elle fait les premières parties des récitals de Pia Colombo et Juliette Gréco. D’hier à aujourd’hui, Annick Cisaruk cultive ses talents avec la même passion. Toujours elle aura mêlé chant, théâtre, comédie musicale. Un moment crucial pour la chanteuse et… l’amoureuse ? Sa rencontre avec les doigts d’orfèvre de David Venitucci ! Du classique au jazz, en passant par la variété, d’une touche l’autre, l’accordéoniste et compositeur libère moult mélodies enchanteresses. Lorsqu’il n’accompagne pas Patricia Petibon ou Renaud Garcia-Fons, Michèle Bernard à la chanson ou Ariane Ascaride au théâtre, en duo ils écument petites et grandes scènes.

De l’Olympia à la petite scène de quartier, Annick Cisaruk éprouve autant de bonheur et de plaisir à chanter. « Je prends tout de la vie », affirme-t-elle avec conviction. Sous le regard d’Ariane Ascaride à la scénographie, fille d’immigrés italiens, un récital de haute intensité, d’une incroyable force de séduction ! Yonnel Liégeois

Rendez-vous avec Serge Reggiani, Annick Cisaruk/David Venitucci : jusqu’au 24/07, tous les jours à 21h sauf les lundi. Théâtre de la Bourse du travail, 8 rue de la Campane, 84000 Avignon (Tél. : 06.08.88.56.00).

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Élise et toutes les autres

À L’artéphile d’Avignon (84), Élise Noiraud propose Toutes les autres. Une pièce de Clotilde Cavaroc, l’histoire d’un amour partagé entre une femme handicapée et son assistant sexuel. Rencontre avec une artiste et femme talentueuse, aux fortes convictions.

Toutes les critiques sont unanimes, Élise Noiraud sert Toutes les autres, la pièce de Clotilde Cavaroc, avec tact et sensibilité. Une nouvelle fois, le succès semble de mise en terre avignonnaise. Depuis quinze ans déjà, la metteure en scène et comédienne fréquente le festival d’Avignon avec assiduité. « D’abord comme spectatrice, ensuite comme chroniqueuse pour un site internet… J’en garde un souvenir plutôt positif et joyeux, je n’en reste pas moins lucide sur la réalité du OFF, ses contraintes humaines et financières pour la majorité des compagnies théâtrales ».

Directrice artistique de la Compagnie 28 implantée à Aubervilliers (93), elle reconnaît avoir bien évolué et grandi après le formidable succès de sa trilogie (La banane américaine, Pour que tu m’aimes encore, Le champ des possibles). Trois « seule en scène » relatant le temps de son enfance et de sa jeunesse jusqu’à sa majorité qui, usant d’une énergie débordante et d’une exceptionnelle qualité de jeu, forte d’un talent rare dans son incroyable capacité à interpréter moult personnages d’un revers de main ou de réplique, parvient à transformer avec humour et émotion un parcours personnel en devenir collectif… « Aujourd’hui, je m’attèle à des projets différents dans la forme, mais toujours avec la même simplicité. L’objectif premier demeure : parler de la vie, parler « du » et « au » quotidien des gens ». Qui n’hésite pas à s’emparer de questions sociales fortes, « pas dans une démarche militante, plutôt dans la mise à nu de la vie de mes contemporains dans toute leur complexité ». Une preuve ? Son adaptation sur les planches du film de Laurent Cantet, Ressources humaines : elle signait une mise en scène fluide et sans temps mort, usant juste de quelques tables et chaises manipulées à vue pour promener le spectateur de la maison familiale au cœur de l’usine !

De la complexité du monde ouvrier à celle des protagonistes de Toutes les autres, Élise Noiraud ne se sent point dépaysée.  « C’est une thématique qui me parle beaucoup, en cohérence avec mes précédentes réalisations : donner à voir la vraie vie, penser le monde sous ses multiples facettes, soulever des questions qui interpellent chacun ». Et de s’interroger sur la place accordée aujourd’hui à la culture en général, au spectacle vivant en particulier… « Serait-ce une activité économique quelconque, qui doit générer profit et rentabilité ? La culture, c’est un bien précieux, qui ouvre à l’autre et crée du lien social. En tant que citoyenne et mère, je me pose la question : quelle vision du monde avons-nous et proposons-nous ? C’est effrayant ! Quel avenir pour nos enfants, pour toute la jeunesse ?. Comédiens, nous ne nous battons pas seulement pour défendre nos acquis ». Élise Noiraud ? Assurément, une dame des planches à inscrire au tableau des femmes fréquentables pour ses talents multiples ! Yonnel Liégeois

Toutes les autres, Élise Noiraud : les 13 et 14/07, 15h35. Théâtre L’artéphile, 7 rue Bourg Neuf, 84000 Avignon (Tél. : 04.32.70.14.02).

Clémence et Antoine

Être handicapé ne dispense pas d’éprouver des désirs et de chercher à prendre du plaisir. Clotilde Cavaroc aborde la manière d’y répondre avec beaucoup de tact et de finesse.

Clémence est dans un fauteuil roulant. On apprendra au fil de la pièce qu’un accident dramatique, qui a tué son compagnon, l’a laissée privée de l’usage de ses deux jambes. Lasse de trop de solitude et d’enfermement, elle fait appel à un « accompagnant sexuel » pour retrouver le chemin de son corps et de ses sensations. Un homme se présente. Antoine est infirmier le reste du temps. Il a décidé, avec l’accord de son épouse, de donner de son temps – et de son corps – à des personnes en situation de handicap. Leur donner du plaisir sous quelque forme que prenne celui-ci, en répondant à la demande de combler un manque affectif et sexuel.

Le thème était épineux. La mise en scène d’Élise Noiraud, sobre et resserrée, le jeu juste et sans emphase de Kimiko Kitamura et de Stéphane Hausauer ainsi que le lent ballet amoureux de la gestuelle dépouillent le spectacle de toute tentation de voyeurisme. Ils en font une tranche de théâtre et de vie sensible et emplie d’émotion. Une belle manière de se préoccuper de l’Autre et un témoignage fort. Sarah Franck, in Arts-chipels.fr. Photos Clément Sautet

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Avignon, des mots et des signes…

Au théâtre du Balcon d’Avignon (84), la metteure en scène Catherine Schaub propose Le village des sourds. Sous la plume de Léonore Confino, un conte d’une naïveté déconcertante mais d’une puissance fulgurante ! Entre perte des mots et découverte des signes, une sourde histoire de langue en terre polaire.

Au pays d’Okionuk, village du bout du monde perdu dans la blanche froidure, une tradition perdure : pour braver les six mois de la longue nuit, les habitants ont coutume de se se réchauffer collés-serrés sous la yourte collective. Pour écouter histoires du jour et contes ancestraux, partager ces paroles qui fondent une communauté… Sur cette terre inconnue des routes commerciales, l’argent n’existe pas, le langage est seule richesse, les mots seule monnaie d’échange. Youma, une gamine de quatorze ans, s’étiole pourtant de tristesse, confinée dans la solitude et un silence mortifère : elle est sourde ! Jusqu’au jour où son grand-père, tendrement aimant et ému, parte à la conquête du langage des signes dans un village reculé et l’enseigne à sa petite-fille.

Bien emmitouflée et campée au faîte de l’igloo, Youma nous conte alors une bien étrange histoire. En langue des signes évidemment, hypnotique danse des mains et des lèvres, traduite par son complice lui-aussi hardiment perché : son bonheur d’abord de pouvoir communiquer sensations et émotions, sa douleur ensuite de voir son Village des sourds sombrer dans la violence et la cupidité. Un vil marchand d’illusions s’est installé depuis peu sur la place, proposant « marchandises inutiles mais indispensables » contre une liste de mots plus ou moins fournie. Cinquante « gros mots » payés par un enfant contre un train électrique, cent mots du quotidien en échange d’un grille-pain, deux cent mots compliqués mais peu usités contre un poêle de maison : avec interdiction de les prononcer à nouveau, sous peine de lourdes sanctions ! Et tout à l’avenant au point que les habitants, en manque de vocabulaire, ne parviennent plus à se parler. Pire, faute de mots, ils en viennent aux mains…

Formidables de regards complices à ne point devoir se quitter des yeux, Ariana-Suelen Rivoire et Jérôme Kircher nous comblent de plaisir en ce pays des trolls. Entre la comédienne sourde et son partenaire de jeu, du naturel glacé au feu des mots, le conte aussi naïf que déconcertant impose sa vérité, fulgurante, à l’oreille de l’auditoire : quel avenir pour une humanité en manque de dialogue ? Quel appauvrissement culturel pour un peuple qui perd sa langue et ses coutumes ancestrales ? Quel déclin de civilisation, lorsque la parole ne parvient plus à exorciser les conflits ? Des questions à forte teneur philosophique, à hauteur d’enfants, qui interpellent ô combien les grands… Créée en résidence à la Maison de la culture de Nevers (58), une mise en scène de Catherine Schaub joliment dessinée, un texte puissamment évocateur de Léonore Confino, l’une et l’autre solidaires pour enchanter et embrasser la différence : sourds ou entendants, d’ici ou d’ailleurs, florilège de peaux et de mots, frères et sœurs en humanité, la diversité nous enrichit ! Yonnel Liégeois

Le village des sourds, Catherine Schaub et Léonore Confino : les 13 et 14/07, 20h35. Théâtre du Balcon, 38 rue Guillaume Puy, 84000 Avignon (Tél. : 04.90.85.00.80). Le texte est publié aux éditions Actes Sud-Papiers (96 p., 15€).

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