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Quand le Verbe nous fait de l’œil…

En cette rentrée théâtrale 2019, deux spectacles s’imposent d’évidence : Comme disait mon père & ma mère ne disait rien aux Déchargeurs (75) et La source des saints à Gennevilliers (92). Respectivement de Jean Lambert-wild et John Millington Synge, pour deux magistrales directions d’acteurs et interprétations.

 

La magie du Verbe…

« Comme disait mon père… », « Ma mère ne disait rien »… Il s’agit bien de cela effectivement sur la scène des Déchargeurs, de dire, de comment dire ou ne pas dire. L’un parle par sentences, l’autre se tait, mais c’est toujours la même voix, celle de Jean Lambert-wild qui émet ces paroles, dans une recherche sans fin de ce que fut cette vie d’autrefois, celle de l’enfance, celle d’avant l’enfance même, d’avant le langage peut-être ! Que cherche-t-il ainsi ? Dans ce flot de paroles hoquetées, dédiées au père bien sûr, Henri, et à la mère, Françoise – ils sont nommés –, rien n’est donc caché. Et il ne sera effectivement question que d’eux. « Je me souviens », s’amusait Georges Perec, « comme disait mon père » rétorque Jean Lambert-wild avant de composer des vignettes pour

Co Franck Roncière

évoquer sa mère. Dire encore et toujours. Mais sur un plateau ?

C’est à cette gageure que se sont attelés Michel Bruzat, le metteur en scène, metteur en paroles, et Nathalie Royer, la comédienne, seule en scène dans une scénographie ad hoc signée Vincent Grelier. Ce qu’elle réalise est de l’ordre, sans jeu de mot, d’une véritable performance. Elle porte et cisèle le texte à la perfection, détaille chaque mot en leur faisant rendre tout leur suc, et finit par nous entraîner dans des espaces infinis. Ce qui pourrait n’être que litanie devient chant. Il y a là, incontestablement, quelque chose de l’ordre d’une opération magique, et comme telle émouvante, alors que l’on ne saurait dissocier le travail (de direction d’acteur) du metteur en scène et celui de la comédienne. Jean-Pierre Han

Les deux textes de Jean Lambert-wild sont édités aux Solitaires intempestifs (58 pages, 10€). À noter que sont donnés dans la foulée à 21h30, toujours dans une mise en scène de Michel Bruzat, Les soliloques du pauvre de Jehan-Rictus interprétés par Pierre-Yves Le Louarn (« C’est obligatoire, moderne, fulgurant. Il faut s’y ruer » / France 3 Nouvelle-Aquitaine).

 

…Quand l’œil écoute !

Il s’agit bien de cela, dans cette Source des saints, de la vue – perdue dès leur plus jeune âge par les deux protagonistes principaux, mari et femme dépenaillés, mendiant au bord d’une route « d’une région isolée de montagne à l’est de l’Irlande » – et de la sonorité des mille et un petits bruits de la vie quotidienne qui parviennent forcément démultipliés aux deux aveugles, sens aiguisés au fil du temps. La sonorité, c’est aussi celle, surprenante, incroyable, de la langue bouleversée que l’auteur met dans la bouche de ses personnages, âpre, rugueuse, tout en cassures, traduite dans le rythme du texte original, à la virgule près par Noëlle Renaude dont le travail est simplement extraordinaire, d’une audace et d’une fidélité folles, qui a séduit d’emblée le metteur en scène Michel Cerda qui n’aurait jamais monté cette pièce de John Millington Synge s’il n’avait eu connaissance de cette traduction. Et Synge serait resté dans un quasi anonymat : nous ne connaissons guère de lui en France que son Baladin du monde occidental, son chef-d’œuvre écrit en 1907, deux ans après La Source des saints que Michel Cerda fait revivre aujourd’hui. Cette langue qui nous vient de très loin, des profondeurs des îles d’Aran à l’extrême Ouest de l’Irlande, un lieu que William Butler Yeats avait conseillé à l’auteur (« Abandonnez Paris… partez aux îles d’Aran »…) qui y puisera le sujet de plusieurs de ses pièces, le spectateur met un temps avant de l’apprivoiser, mais une fois entré dans son rythme, tout s’éclaire soudainement. Il y a là un phénomène qui fait penser à un autre irlandais, James Joyce. Le couple d’aveugles aura la chance (?) de recouvrer la vue grâce à un saint qui va

Co Jean-Pierre Estournet

de village en village et qui, grâce à une eau miraculeuse, réalise de véritables miracles. Seulement voilà, et c’est bien toute la problématique de la pièce, le monde visible vaut-il la peine d’être vu et vécu ?

Le couple, Martin Doul et Mary Doul qui s’imaginaient être des modèles de beauté, sont soudainement mis devant une autre réalité qui les agresse profondément. Ils ont désormais « sous les yeux les mauvais jours du monde ». Et alors que la nuit s’abat à nouveau sur leur vue, ils refuseront avec la dernière énergie de la recouvrer, Martin jetant au loin le flacon avec son eau miraculeuse… Pour se retrouver et repartir ensemble sur les routes. Superbe simplicité, tenue avec une rigueur extrême par Michel Cerda plus que jamais à l’aise avec ce type de texte qu’il nous donne à voir et à entendre. On lui connaissait cette qualité tout comme on connaissait son travail de direction d’acteurs. Tout cela éclate sur le plateau nu aménagé par Olivier Brichet et savamment éclairé ou baigné dans l’ombre par Marie-Christine Soma. Une aire de jeu idéale pour que puissent donner chair à leurs personnages de manière inouïe Yann Boudaut (Martin Doul), Anne Alvaro (Mary Doul) et leurs camarades de jeu Christophe Vandevelde*, Chloé Chevalier*, Arthur Verret et Silvia Circu. Il n’est pas jusque dans la relation physique des personnages que l’accord de complétude ou de contraste ne soit juste (ainsi entre Yann Boudaut et Anne Alvaro dans des registres de jeu décalés, mais finalement tellement accordés). C’est réellement du grand art qui devrait permettre pour peu que l’on ait un peu de mémoire de considérer la véritable place de Michel Cerda dans notre univers théâtral plus que frelaté. Jean-Pierre Han

– Article écrit en janvier 2017, après la présentation du spectacle au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers. Bénédicte Cerrutti et Cyril Texier remplacent Christophe Vandevelde et Chloé Chevalier dans cette reprise.

– John Millington Synge : La Source des saints. Texte français de Noëlle Renaude (Éditions théâtrales, 60 p.,10€).

– Voir la revue Frictions ((n° 28, 14€). Avec des textes d’Anne Alvaro, Yann Boudaud, Michel Cerda et Noëlle Renaude à propos du spectacle.

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André Laude, ce poète méconnu

Écrivain maudit, si l’on s’en réfère à l’imagerie traditionnelle, André Laude disparut un certain samedi de juin 1995. Ironie du sort, le jour du traditionnel Marché de la poésie parisien, dans l’anonymat quasi total… Pour inaugurer l’année nouvelle, un hommage au verbe poétique, révolté du langage et subversif de nature !

 

Amis ou frères d’écriture, tous sont unanimes à saluer la force du verbe d’André Laude, la virulence de ses mots, l’urgence  de la parole pour celui qui « imprimait dans la chair du poème les bouleversements tragiques de ce monde » ! André Laude ? Un assoiffé de l’écriture, un écorché vif qui ne faisait de cadeau à personne… « Aux doxas savantes qui voulaient ramener le poème à la raison et le confiner dans l’exercice formel », soutient l’écrivain et poète marocain Abdellatif Laâbi qui signe « l’avant-dire » de l’édition intégrale de son « Œuvre poétique » parue aux éditions de la Différence, « André Laude opposait le déraisonnable de l’expérience des limites et l’intraitable de la liberté : rebelle fulminant d’un bout à l’autre de sa vie et de son œuvre, il finissait par infliger la mauvaise conscience même à ces révoltés occasionnels, bien-pensants sur le tard. Chose impardonnable dans le landernau des belles lettres ! ». Il meurt, solitaire, le 24 juin 1995, dans une chambre rue de Belleville. Ironie du sort, le jour du traditionnel Marché de la poésie qui se tient chaque année place Saint-Sulpice à Paris…Dans l’anonymat quasi total, presque clochardisé aux dires de ses amis qui assistèrent impuissants à sa descente aux enfers.

Communiste libertaire, André Laude fréquente les surréalistes André Breton et Benjamin Péret, s’affiche dans les bars à vins et les queues de manifestations comme l’ami « de tous les défroqués du stalinisme et soldats fourbus de toutes les batailles », selon les propos de ses amis d’Aulnay-sous-Bois où il vécut longuement, André Cuzon et Yann Orveillon. Il rejoint l’Algérie indépendante comme journaliste jusqu’à la chute de Ben Bella en 1965, devient un temps critique littéraire au Monde et aux Nouvelles Littéraires, collabore à de nombreux journaux et revues… Pour errer ensuite d’une pige à l’autre, le poème chevillé au corps, lui qui connaissait des milliers de vers par cœur et se présentait comme une anthologie à lui tout seul ! « Il nous lègue une poésie non corsetée, d’un baroque parfois flamboyant, d’un surréalisme parfois acéré, d’une réalité musicale douloureuse comme un blues ou étincelante comme une improvisation de jazz géniale », confesse Yann Orveillon dans la préface du recueil. Une poésie, « veines ouvertes », pour celui qui fut « ce sang en forme de revendications, en forme de couteau, ce sang qui fracasse les chaînes, qui enfouit le miel dans les blessures ».

Une voix dérangeante, une plume acérée à (re)découvrir. L’une et l’autre percutantes, à fracasser les certitudes d’un monde aseptisé. Yonnel Liégeois

« Œuvre poétique », d’André Laude (Éditions de la Différence, 733 p., 49€). Depuis la disparition de la maison d’édition, se renseigner auprès de l’association Les amis d’André Laude et/ou fouiner chez les bouquinistes.

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Avignon, sous le signe de la saturation

De retour d’Avignon, Jean-Pierre Han confie ses impressions festivalières dans la dernière livraison des Lettres françaises (N°163, septembre 18). Des réflexions bienvenues, curieusement nourries d’échanges lors d’un atelier-débat aux rencontres du film documentaire de Lussas ! Du cinéma au théâtre, d’un art à l’autre, le critique dramatique patenté saute le pas avec allégresse.

 

Un des ateliers des états généraux du film documentaire de Lussas (la Mecque du docu qui fêtait ses trente années d’existence), Sur le « point de voir », a eu l’excellente idée d’inviter cet été Marie-José Mondzain et Daniel Deshays, la première proposant une intervention répondant au titre emprunté à Claudel, « l’Œil écoute », le second œuvrant sur le « Point d’écoute, périphéries du silence ». Deux exposés se complétant parfaitement puisqu’à son habitude Marie-José Mondzain faisait un passionnant exposé tournant autour des images (mais pas que, bien sûr) alors que Daniel Deshays en revenait à ce qui est sa spécialité, le son. Il y fut donc beaucoup question de visibilité et d’invisibilité, d’écoute, de silence, avec évocation du travail de Fernand Deligny qui sut « « entendre » le silence de l’autiste » en contrepoint radical du « bourdonnement assourdissant de l’ordre médical et de tout pouvoir normatif »… Alors que Daniel Deshays dissertait sur le silence, affirmant que « c’est un acte engagé dans une relation à l’autre et au monde ». Si ces propos avaient comme point d’application le cinéma, il est clair que le théâtre devrait se sentir concerné, ce qui lui ferait sans doute le plus grand bien.

À se remémorer les spectacles vus au dernier festival d’Avignon la première réflexion qui vient à l’esprit concerne bien la sur-saturation des images et du son de la majorité d’entre eux (les deux étant le plus souvent mixés) et qu’à ce stade la question du silence se pose avec acuité. Le phénomène n’est certes pas nouveau, il atteint simplement désormais un point culminant. Ne revenons pas sur le spectacle d’ouverture proposé dans la Cour d’honneur du palais des papes, Thyeste de Sénèque mis en images et en sons par Thomas Jolly. Le phénomène de saturation sonore et visuelle s’y déploie dans toute son ampleur dans le vaste espace de la Cour d’honneur. Peur du vide à l’évidence (Vilar dont on a guère retenu l’exemple est bien loin)… Dans ce déluge de sons qui n’est que du simple bruit, et d’images avec ces jeux de lumière (appelons-les charitablement ainsi) qui empruntent au music-hall et pis aux boîtes de nuit, que peuvent bien faire les comédiens, eux-mêmes sonorisés, sauf à finir dans la caricature, car bien entendu c’est toujours la matière textuelle et le sens profond du spectacle qui sont mis à l’encan ? Sons et images comme cache-misères de la pensée. On comprend que Daniel Deshays ait fui le théâtre, après avoir beaucoup apporté, notamment auprès d’Alain Françon, pour aller vers le cinéma.

Autre exemple de sur-saturation visuelle et sonore avec le deuxième événement de l’édition : Joueurs, Mao II, les Noms d’après Don DeLillo par Julien Gosselin qui, en plus des saturations déjà évoquées ajoute à son habitude celle de la temporalité, 10 heures, les deux dernières rajoutées au dernier moment, ce qui, à l’évidence est plus que visible sur le plateau vu son état d’impréparation. Dix heures pour nous infliger plus des trois-quarts du temps un flot d’images cinématographiques – les comédiens, la plupart du temps invisibles ou mis en posture d’être mal vus, sont filmés et jouent avec force conviction leur partition de série, le tout sur une musique – appelons-la ainsi par charité – qui finirait par hypnotiser les plus rétifs des spectateurs qui perdent tout lucidité – c’est bien le « bourdonnement assourdissant » dont parle Marie-José Mondzain – : c’est autant de gagné pour soi-disant faire passer le message ayant un lointain rapport avec le terrorisme. Julien Gosselin nous avait déjà fait le coup avec son 2666 du chilien Bolano, un chef-d’œuvre (ce qui est loin d’être le cas des romans de Don DeLillo), le massacrant en le traitant en total contresens. Il nous refait le coup cette fois-ci. Saturation sonore extrême, saturation visuelle avec les films ou téléfilms dans lesquels les comédiens se donnent à fond dans un excès d’énergie.

La Reprise du suisse Milo Rau en passe de devenir l’icône intellectuelle du milieu théâtral (ce fut le grand succès du festival comme en témoignaient les files d’attente de spectateurs en quête d’une petite place pour ne pas rater l’événement) œuvre certes dans un autre registre. La saturation se situe davantage dans la conception même de son spectacle, dans une volonté d’appréhension totale de sens, ou des sens, à travers divers registres de théâtre, le tragique, le documentaire, etc. Vaste et ambitieux programme s’il en est, annoncé dès le sous-titre de la proposition : Histoire(s) du théâtre (I) en référence à Histoire(s) du cinéma de Jean-Luc Godard. Ce n’est donc là que le premier volet d’une longue histoire… qui s’appuie sur un écrit qu’a lancé l’auteur-metteur en scène dans son Manifeste de Gand signé le 1er mai 2018, et sur lequel il y aurait vraiment beaucoup à dire… Au moins Milo Rau tente-t-il de respecter ses dix commandements dont le premier consiste non plus seulement à représenter le monde, mais à le changer, non plus à représenter le réel, « mais bien de rendre la représentation réelle » ! Au nom de quoi, question réalité, tout peut se développer jusqu’à l’insupportable : la torture et le meurtre d’un jeune gay d’origine maghrébine embarqué dans une voiture par trois hommes à la sortie d’un bar montrée dans tous ses sordides détails. Un fait divers vrai qui se déroula en 2012 dans les rues de Liège… toujours la caution ou l’alibi du réel… Dans le même temps le très habile metteur en scène joue (et gagne ?) sur tous les tableaux. Celui du populisme le plus nauséeux – mais cela a valeur d’exemplarité –, et puis c’est présenté en abyme : théâtre dans le théâtre qui est, lui aussi filmé en vidéo, de quoi satisfaire une autre frange du public, plus intellectuelle et rompue aux subtilités théâtrales. En ce sens, c’est indéniable, Milo Rau a du savoir-faire.

Passons rapidement sur quelques autres échecs de l’édition, l’étrange Tartuffe (de Molière) mis en scène par le lituanien Oskaras Korsunovas, d’ordinaire plus inspiré, et le fatras indigeste d’Arctique de la belge Anne-Cécile Vandalem engluée dans une fable un peu trop lourdement parlante. Face à ces objets surchargés de signes plus ou moins évidents, la simplicité d’un spectacle comme Le Grand théâtre d’Oklahama de Madeleine Louarn d’après les écrits de Kafka dont elle retrouve l’esprit avec subtilité apporte un véritable souffle d’air. Et la ligne épurée d’Antigone de Sophocle donnée sur des tréteaux par des détenus du Centre pénitentiaire Avignon-Le Pontet où Olivier Py, le directeur du festival moins heureux dans ses propres productions, intervient régulièrement, nous donne une véritable leçon de théâtre. Ils sont sept participants de l’atelier théâtre de la prison à assumer tous les rôles, féminins comme masculins, avec une rare conviction qui en remontre aisément aux « professionnels ». Ni saturation sonore, ni surcharge visuelle, simplement le souffle de la vie. La vraie.

Comme nous le montrent encore avec pudeur et délicatesse les témoignages de sept transsexuels barcelonais, quatre femmes et deux hommes de 22 à 60 ans choisis parmi de nombreux autres à venir parler sur le plateau de leur vécu, de leur expérience ce qui ne leur confère en rien, le statut de comédien. Ces témoignages sont mis en scène par Didier Ruiz aidé pour l’occasion par le chorégraphe Tomeo Vergès, dans une scénographie discrète d’Emmanuelle Debeusscher. Seules quelques animations visuelles et sonores viennent apporter une respiration entre les témoignages des uns et des autres. Pas de pathos, une parole simple et d’autant plus forte émise par les témoins immobiles face au public. Avec Trans (més enllà) Didier Ruiz poursuit son exploration de l’enfermement, mais cette fois-ci saisie (et mises au jour) dans les corps mêmes des personnes présentes sur scène. Nous sommes là aux antipodes du bruit et de la fureur des spectacles cités un peu plus haut.

Tous ces spectacles vont faire les beaux jours de nos institutions théâtrales durant la saison, c’est la coutume. Tous sauf, bien entendu, Antigone dont la sortie à Avignon, en public, était, le temps de trois petites représentations, exceptionnelle. Jean-Pierre Han

La Reprise, Histoire(s) du théâtre (I) est donné à Nanterre au Théâtre des Amandiers, du 22/09 au 5/10, dans le cadre du Festival d’automne. Le Grand théâtre d’Oklahama est repris, du 4 au 11/10, au Théâtre national de Bretagne à Rennes.

 

À savoir :

Une très bonne nouvelle pour LES LETTRES françaises : la célèbre revue littéraire, longtemps dirigée par Louis Aragon, prépare son retour imminent sous son propre label ! Jusqu’alors publiée en supplément mensuel du quotidien L’Humanité et consultable sur le net, elle sera prochainement disponible par abonnement à un prix modique et en kiosque. Lectrices et lecteurs des Chantiers, faîtes le geste qui sauve pour assurer le succès de l’opération ! Yonnel Liégeois

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Léonardini, un feu d’artifice critique

Pressés par le temps,  peu de critiques dramatiques se penchent sur leur pratique et tentent de la penser. Jean-Pierre Léonardini comble de superbe matière cette lacune avec Qu’ils crèvent les critiques !. Un libelle qui reprend et parodie avec ironie le fameux titre du spectacle de Kantor, Qu’ils crèvent les artistes !

 

Sa pratique, Jean-Pierre Léonardini la pense, mais saisie au cœur du monde, en plein cœur de l’Histoire : comment pourrait-il en être autrement ? Ce qui nous est proposé ici, ce qu’il nous offre avec générosité, c’est la description savoureuse et d’une terrible lucidité d’un chemin de vie tout entier consacré au théâtre. « Pourrait-on, s’il vous plaît, s’épargner la nostalgie ? Ce n’est pas facile, savez-vous, il n’y a pas que la jeunesse envolée. Il y a aussi le monde où nous sommes ». Tout est dit et de belle manière, un ton, sourire aux lèvres si j’ose dire, dont il ne se départira pas durant tout le livre, tout un style aussi. Parce qu’il faut le clamer d’emblée, Qu’ils crèvent les critiques ! est aussi un feu d’artifice de grand style. Rien d’étonnant de la part de quelqu’un qui a toujours martelé que la besogne critique, comme il la nomme avec justesse, « procède avant tout d’un genre littéraire » et que le point de vue qu’elle développe est « soupesé sur une délicate balance dont le curseur est le style ».

Voilà qui le distingue de la majorité de ses confrères actuels. Car, il faut bien le dire, Jean-Pierre Léonardini est sans doute le dernier d’une grande lignée de critiques que notre pays a connu. Finie la critique, finis les critiques, si j’ai bien compris le titre de l’ouvrage… En vertu de quoi, il se permet avec impertinence de nous offrir cet « adieu aux armes de la critique tout personnel » dans un bouquet final où il a l’élégance de citer auteurs, acteurs, metteurs en scène, critiques, ces derniers presque tous disparus, et aussi camarades de travail qui l’ont côtoyé au journal L’Humanité où il a toujours voulu œuvrer par conviction et malgré des offres de supports plus argentés. En un peu moins d’une dizaine de chapitres (neuf exactement, avec un avant-propos), Jean-Pierre Léonardini retrace l’histoire du théâtre, exemples précis (de spectacles) à l’appui, sur plus d’un demi-siècle. À ce jeu large, place est faite aux événements de mai 68, notamment au Festival d’Avignon et aussi avec la déclaration de Villeurbanne, le Festival qui est la pierre angulaire de toute notre activité théâtrale, laquelle, Jean Jourdheuil nous l’a bien dit, fonctionne désormais sous le signe de la « festivalisation ».

Longues descriptions et réflexions des nombreux Festivals d’Avignon auquel l’auteur a participé très activement, notamment lors de l’édition 2003, année où Bernard Faivre d’Arcier, alors directeur, fut contraint d’annuler la manifestation à cause du mouvement des intermittents. Léonardini était bien là, l’« arme critique au pied » pour accompagner le mouvement et en rendre compte dans les colonnes de l’Huma. Il était encore là, et bien là, lors de l’année 2005, qui vit naître la querelle des « anciens » et des « modernes » (c’est du moins ainsi que les thuriféraires du festival et de sa direction, avec des critiques appointés par eux, tentèrent de résumer les choses), alors qu’il n’y avait qu’un rejet – celui notamment des spectacles de Jan Fabre et de Pascal Rambert – de très mauvaises et indignes productions… Je le sais pour avoir bataillé à l’époque aux côtés de Léonardini, lequel ici, à nouveau, s’en donne à cœur-joie, mais avec la sagesse de celui qui voit désormais les choses avec recul, mais passion toujours chevillée au corps…

Ce livre, en effet, est un livre de passion, celle de la vie tout simplement. Il faut lire la description de certains spectacles qui hantent encore sa mémoire (et la nôtre), ceux du Chéreau des mises en scène de la Dispute ou de Dom Juan, par exemple. L’énumération des différentes versions de la pièce de Molière, de Vilar à Bourseiller en passant par Maréchal ou Sobel, est un modèle du genre. Léonardini est un peintre et un portraitiste, entre autres qualités, de première grandeur. Les étudiants en études théâtrales feraient bien d’aller y jeter un œil, histoire de revivifier une mémoire défaillante ou jamais activée. En son temps, Antoine Vitez avait énoncé en ouverture de sa revue, L’Art du théâtre : « Nous parlerons de la critique de théâtre. Si souvent faible soit-elle en France, si borné soit son horizon, si pauvres ses mobiles et si petite son instruction, elle nous intéresse toujours, l’examen des tendances dont elle donne en creux témoignage nous éclaire à tout moment sur la situation politique où nous nous trouvons ». Pas de témoignage en creux chez Jean-Pierre Léonardini, qui pose la question haut et fort : « Face au désordre du monde, le théâtre peut-il faire chambre à part ? » Inutile d’ajouter que la question induit d’elle-même la réponse. Cela nous vaut un beau chapitre intitulé « le rêve tamisé par la force des choses », cela nous vaut un constant balancement entre ce qui est de l’ordre de l’intime (ah, le temps qui est passé et la mémoire désormais surchargée de si grands souvenirs) et ce qui concerne les affaires du monde (et du Parti).

Au vrai d’ailleurs, aucun des qualificatifs de Vitez concernant la critique ne lui convient. Léonardini est homme de (grande) culture, il a le bon goût de l’exprimer de la manière la plus simple afin qu’elle soit accessible à tous. Tout son programme. Jean-Pierre Han

Le 18 juin, au Théâtre Paris-Villette, l’Association professionnelle de la critique (APC-TMD) a décerné à Qu’ils crèvent les critiques ! son Prix du meilleur livre de l’année sur le théâtre.

 

 Le théâtre fait salon

Sous l’égide de la revue Frictions, théâtres-écritures, fondée et dirigée par notre confrère et contributeur Jean-Pierre Han, se déroule les 02 et 03/06 à La Générale de Paris, le premier Salon de la revue de théâtre. Un événement, original et inédit, qui devrait combler de plaisir et de curiosité tous les amoureux des planches ! Une occasion exceptionnelle pour découvrir nombre de revues, souvent au tirage limité et à diffusion confidentielle, où pourtant s’affichent moult signatures de qualité ou de renom : Ent’revues, Théâtre/Public, Ubu, Parage, Incise, et bien d’autres… Bonheur suprême pour tous les accros du genre ? La librairie théâtrale Le Coupe-Papier proposera un large échantillon de revues aujourd’hui disparues, qui ont marqué pourtant l’histoire de la scène, hexagonale et internationale.

Avec, durant deux jours, un impressionnant éventail de rencontres, lectures et débats animés par une belle brochette de dramaturges, metteurs en scène, historiens et critiques toujours prompts à échanger avec fièvre et passion devant le rideau rouge : Lucien Attoun, David Ferré, Gilles Aufray, Chantal Boiron, Robert Cantarella, Caroline Châtelet, Johnny Lebigot, Léonor Delaunay, Karim Haouadeg, Diane Scott, Eugène Durif, Magali Montoya, Philippe Malone, Nikolaus… Un rendez-vous à ne pas manquer ! Yonnel Liégeois

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Dubillard et Adamov passés en revue

En ce début d’année nouvelle, Europe consacre sa première livraison (janvier-février 2018, n° 1065-1066) à Roland Dubillard et Arthur Adamov. L’un et l’autre connurent une notoriété contrastée. Passage en revue

 

 

Dubillard (1923-2011), avec des pièces majeures comme Naïves hirondelles, le Jardin aux betteraves, la Maison d’os et Où boivent les vaches, fut vite rangé dans la catégorie d’un théâtre de texte fondé sur l’ironie du désespoir. L’acteur qu’il fut, à la voix ensommeillée (on n’a pas oublié ses Diablogues avec Claude Pieplu, succédant aux sketches de Grégoire et Amédée qu’il partageait avec Philippe de Chérisey), le rendirent populaire, masquant sans doute la profondeur d’un projet poétique essentiel où l’auteur, placé de lui-même en énigme, creuse sans fin une improbable identité. De riches contributions à son endroit (Robin Wilkinson, Michel Corvin, François Regnault, Philippe Ivernel, Jean-Pierre Siméon, Jean-Pierre Thibaudat entre autres) permettent de saisir l’entière complexité d’une œuvre poétique d’exigence érudite mine de rien, ainsi qu’une hypersensibilité voilée d’exquise pudeur, comme en témoignent les lettres à son épouse Maria Machado et à sa fille Ariane Dubillard.

Adamov (1908-1970) n’eut pas d’enfant mais beaucoup d’amis. Exilé de naissance, pour ainsi dire, personne infiniment déplacée à l’existence douloureuse, qui le fit frère d’Artaud qu’il contribua à sortir de l’asile de Rodez, il n’a cessé, depuis Strindberg via Brecht en passant par Kafka et Tchekhov, de fonder une dramaturgie du sujet souffrant impliqué dans la marche d’un siècle rêvant d’émancipation sociale. Placé à côté de Beckett et Ionesco dans le tiroir de « l’absurde » menuisé par le critique britannique Martin Esslin, Adamov n’en tira pas bénéfice. L’injustice flagrante qui continue d’obérer le tout de son œuvre sera-t-elle un jour corrigée ? En attendant, des textes fervents (Gabriel Garran, fidèle des commencements, René Gaudy l’ami sincère, Jean-Pierre  Sarrazac parfait connaisseur, Jacques Lassalle dans un texte bouleversant avant décès par la force des choses, Max Chaleil, Jean-Pierre Han, Marco Consolini, Lucien Attoun, Eric Da Silva, etc.) ressuscitent dans l’espace de la revue celui dont Bernard Dort, qui lui fut un proche si attentif, soulignait en son temps, à juste titre, « la scandaleuse unité » d’une écriture qui, raclant jusqu’à l’os la violence retournée contre soi, ne devrait pas peu contribuer à s’inscrire de plus belle dans le monde, même si ce dernier est autre en apparence immédiate, ce qui au fond ne prouve rien, sinon la perpétuation de l’invivable sous d’autres oripeaux. Jean-Pierre Léonardini

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La revue Z et les bonnes femmes !

La date du 8 mars est déclarée Journée internationale des droits des femmes. Son thème en 2017 ? « Les femmes dans un monde du travail en évolution : pour un monde 50-50 en 2030 » ! Comme l’explique Naïké Desquenes, la revue Z nous livre un numéro décapant sur le genre féminin. De la sphère intime à l’espace public, tour d’horizon des oppressions et des combats des femmes d’aujourd’hui.

 

 

Cyrielle Blaire – Pourquoi avoir intitulé ce numéro 10, de la revue Z, « Bonnes femmes, mauvais genre »?

Naïké Desquenes – Pendant l’affaire Baupin, l’ex-figure des Verts accusée d’avoir harcelé des collaboratrices (le 6 mars, le parquet de Paris a signifié que l’enquête est classée sans suite pour cause de prescription. Soulignant cependant que « les faits dénoncés (…) sont pour certains d’entre eux susceptibles d’être qualifiés pénalement », ndlr), un député a déclaré : « C’est des histoires de bonnes femmes ». C’est violent ! Reprendre ce stigmate de « bonnes femmes » en y accolant « mauvais genre », qui est une revendication de la différence, de la marge, c’est montrer notre fierté d’être une « mauvaise fille » : celle qui parle fort dans la rue, celle qui fait le choix de ne pas avoir d’enfant…

 

C.B. – Z se définit, en son sous-titre, comme une « revue itinérante d’enquête et de critique sociale ». Qu’est-ce à dire ?

N.D. – À partir d’un terrain d’enquête, nous cherchons à apporter une critique du monde capitaliste, industriel et post-colonial en mettant en avant des refus, des luttes victorieuses, des expériences qui permettent d’avancer. Pour nous attaquer au système patriarcal, qui marche main dans la main avec le système capitaliste, nous avons choisi la ville de Marseille comme terrain d’enquête. Dans ce numéro, nous donnons la parole à celles qui l’ont rarement : des femmes cap-verdiennes qui travaillent dans les hôtels, une blogueuse noire qui prône l’afro-féminisme, des femmes qui portent le foulard et racontent les discriminations quotidiennes…

 

C.B. – Les dominations vécues par les femmes peuvent-t-elles être cumulatives ?

N.D. – Certaines vont considérer que les luttes féministes sont derrière nous, car on a déjà gagné les grands droits : l’avortement, les moyens contraceptifs, le droit à un chéquier… Nous avons voulu montrer qu’on peut être femme et connaître d’autres obstacles : être ouvrière, sourde, femme au foyer, de couleur… Les femmes blanches, issues de la classe moyenne, ne vivent pas les mêmes oppressions que d’autres. Les questions de la race, de la classe, de la marginalité font qu’on peut cumuler les dominations.

 

C.B. – Vous déconstruisez la figure de la « cagole » marseillaise, en rappelant ses racines ouvrières.

N.D. – On a découvert que le mot « cagole » venait de l’italien « cagoule » ou « tablier » que portaient les ouvrières italiennes des usines de datte de la ville. Ces femmes, qui comptaient parmi les plus exploitées, étaient parfois obligées de se prostituer pour s’en sortir. Cet héritage de mépris social, touchant les femmes pauvres, se retrouve aujourd’hui à Marseille où aucune crèche n’a été construite depuis vingt ans. Ce qui oblige les femmes à arrêter de travailler. Comme si le maire, la société estimaient normal que les femmes soient assignées à la garde des enfants.

 

C.B. – Un éducateur témoigne de la difficulté pour un homme d’exercer dans le secteur de la petite enfance. La France doit faire des progrès ?

N.D. – Comme tout secteur dévalorisé, celui de la petite enfance reste dévolu aux femmes. Pendant sa formation, cet éducateur s’entendait dire qu’il pourrait faire mieux : c’était un homme, on le voyait dans un boulot plus prestigieux ! En crèche, des pères préféraient confier leur enfant à la stagiaire plutôt qu’à lui. On garde encore l’idée qu’il est mieux de confier un enfant à une femme. Le fait que des hommes intègrent le monde de la petite enfance est un combat essentiel.

 

C.B. – Les collectifs de femmes peuvent-ils être des espaces émancipateurs ?

N.D. – Dans un club de voile, des femmes expliquent, par exemple, qu’être entre elles leur permet d’acquérir des gestes techniques qu’elles ne peuvent pas apprendre avec leurs amis masculins, qui vont vouloir faire les choses à leur place. C’est quelque chose qu’on a toutes vécu avec le bricolage (Naïké Desquenes rit…,ndlr), on a énormément de mal à s’emparer des outils avec des garçons ! Ces collectifs permettent de reprendre confiance, de retrouver la route vers l’autonomie. Propos recueillis par Cyrielle Blaire

 

En savoir plus :

« Revue itinérante d’enquête et de critique sociale », Z propose des articles grands formats autour d’un terrain et d’une d’enquête. Dans ce numéro 10, les rédactrices s’attaquent aux divisions sexuelles et raciales du travail, donnent la parole aux collectifs de femmes et s’interrogent sur leur droit à disposer de leur corps (13 €, en librairie).

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Collège de France, le savoir à portée de clic

En décembre 2015, l’historien Patrick Boucheron livrait sa « Leçon inaugurale » au Collège de France. Magistrale, nous faisant voyager dans le Moyen Age tout en soulignant la gravité du présent. Grâce au web, nous y avons accès comme à de nombreux cours : une plongée revigorante dans le savoir.

 

 

« Ce qui surviendra, nul ne le sait mais chacun comprend qu’il faudra pour le percevoir et l’accueillir, être calme, divers et exagérément libre ». Les derniers mots de l’historien Patrick Boucheron, lors de sa leçon inaugurale au Collège de France le 17 décembre, donnaient le frisson.
collège3En charge de la chaire « Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle », le médiéviste nous replongeait dans les méandres du Moyen Age, dans l’histoire longue autant que déconcertante parce que faite de discontinuités et de complexités, loin des certitudes impatientes que certains voudraient nous imposer. « Nous avons besoin d’histoire car il nous faut du repos, une halte pour reposer la conscience », déclarait-il. Avant de poursuivre, « tenter, braver, persister, nous en sommes là. Il y a certainement quelque chose à tenter. Comment se résoudre à un devenir sans surprise ? » Ce fût un moment d’apaisement que d’entendre de telles paroles en pleine actualité tourmentée. Un moment qui ne se conjugue pas au passé ! Grâce à Internet, son discours est encore accessible. Et il en est de même pour une majeure partie des cours donnés au Collège de France.

Mathématiques, physique, chimie, biologie, histoire, archéologie, linguistique, orientalisme, philosophie, sciences sociales, littérature… Dans tous les domaines, le savoir de ce haut lieu de la pensée nous est offert. En effet, les cours du Collège de France sont ouverts à tous, gratuitement, sans inscription préalable. Alors, il suffit de nous laisser embarquer pour se nourrir des connaissances de ces professeurs érudits, s’efforçant d’être compréhensibles par le plus grand nombre.  Mieux, plus de collège26000 de leurs cours ou séminaires peuvent être visionnés sur la toile. Et l’on se prête au jeu aisément, naviguant dans les propos d’Henry Laurens sur l’histoire contemporaine du monde arabe, ceux de Dominique Charpin sur la civilisation mésopotamienne ou d’Alain Supiot sur la justice sociale internationale. Le voyage est plein de surprises avec les interventions de professeurs invités nous faisant prendre sans cesse des chemins de traverse comme autant de hauteur et de recul sur l’actualité immédiate.

Ainsi, en surfant dans les cours de Pierre Rosanvallon sur l’histoire de la démocratie, on découvre l’obsession des chefs au XXe siècle au cours d’un exposé brillant d’Yves Cohen. Une hantise que l’on retrouve simultanément dans l’armée, l’industrie ou l’enseignement, en France, en Allemagne, en Russie comme aux États-Unis. On affine l’approche de cette réforme hiérarchique en écoutant Armand Hatchuel évoquer la figure d’Henri Fayol et sa théorie du chef d’entreprise à la fin du XIXe siècle. On puise encore dans les réflexions passionnantes du politologue Loïc Blondiaux sur « la démocratie à venir et à refaire ». Un réquisitoire sur l’impuissance de nos gouvernements qui n’affichent leur capacité d’action que sur les problèmes collège1de sécurité ou d’immigration, là où ils ont encore prise. En fait, quand l’État policier prospère sur le déclin de l’État social.

Alors, pas d’hésitation, il est hautement recommandé d’aller butiner dans cette caverne inestimable qu’est le Collège de France ! On en ressort ragaillardi et rassuré sur l’énergie déployée par tant de penseurs en action, soucieux de partager leur savoir. Amélie Meffre

 

Bon à savoir
Dans la dernière livraison du mensuel « Sciences Humaines » , l’historien Patrick Boucheron livre un entretien exclusif sous le titre « A quoi sert l’histoire ? ». Qualifié « d’historien de la respublica » par son compère Roger Chartier, « il est aussi un historien indiscipliné », soutient Martine Fournier en préambule à son article, « qui s’amuse à manier les anachronismes délibérés, et à subvertir les règles de la méthode historique ». Un grand érudit, amateur de littérature autant que d’histoire, directeur de la collection « L’univers historique » aux éditions du Seuil et membre du comité éditorial de la revue L’Histoire.
A signaler encore, sur les travées du Collège de France, l’original et émoustillant cours de littérature d’Antoine Compagnon, « Les chiffonniers littéraires : Baudelaire et les autres »… Enfin, à ne pas manquer le 17 mars, la leçon inaugurale d’Alain Mabanckou, professeur de littérature francophone à l’Université de Californie Los Angeles (UCLA)  et prix Renaudot 2006 pour ses « Mémoires de porc-épic », sur le thème « Lettres noires, des ténèbres à la lumière » : une déambulation littéraire, artistique et historique sur  » la négritude après Senghor, Césaire et Damas « , une plongée dans la littérature d’Afrique noire francophone. Y.L.

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