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Femmes esclaves, femmes leaders

Rebecca Hall publie Wake, l’histoire cachée des femmes meneuses de révoltes d’esclaves. Petite-fille d’esclave, la juriste et historienne a transformé sa thèse en roman graphique. L’incroyable récit de ces meneuses de révoltes, effacées de l’histoire.

Rebecca Hall est avocate, historienne. Elle a choisi de transformer sa thèse sur l’esclavage en un roman graphique. Un choix ? Pas tout à fait. Tout comme les héroïnes aux destins cachés qu’elle révèle ici, Rebecca Hall a, elle aussi, souffert de mise à l’écart parce que femme, parce que noire. « Le stade ultime pour guérir du trauma, c’est lorsque ce passé, nous l’intégrons à qui nous sommes », écrit-elle. « Il devient une part de nous, que nous reconnaissons, et qui nous éclaire sur le monde ».

De sa somme de recherches réalisées entre New York et Londres, d’archives compulsées dans les municipalités, les cours de justice, les compagnies d’assurances, est née une création hybride. L’autrice y mêle son enquête en progression, ses sentiments et son appréhension de l’horreur que ses investigations mettent au jour, sa compréhension du monde. Aujourd’hui ne peut échapper à hier, « nous nous servons de ce qui nous hante pour interroger cette soi-disant vérité de notre existence », note-t-elle encore.

Insurgées sur les bateaux négriers

Rebecca Hall situe son histoire dans ce sillage, « wake » en anglais, auquel le titre fait référence. L’avocate a observé ses plaignantes noires « recevoir en dommages et intérêts la moitié des indemnités versées à mes plaignantes blanches, pour le même type d’affaire ». Elle-même s’est vu refuser l’accès aux archives d’une cour d’assises locale pour de fallacieux prétextes. « Les vainqueurs, eux, ont besoin que nous continuions d’habiter cet au-delà de l’esclavage », dénonce-t-elle. Alors Rebecca Hall résiste, persiste. Et raconte sa découverte : contrairement à ce que dit l’histoire officielle, de nombreuses femmes esclaves ont été meneuses de révoltes, quasi systématiquement même lors des traversées en Atlantique au XVIIIe siècle.

Pourtant, leurs noms n’apparaissent pas dans les procès, leurs gestes sont tus. La résistance violente ne peut être féminine pour leurs contemporains. Les historiens qui suivront garderont les mêmes œillères. Mais l’avocate recueille les indices, multiplie les sources originales. Et s’aperçoit qu’un navire sur dix essuyait des révoltes. Si les femmes prennent souvent l’initiative, c’est parce qu’elles peuvent se déplacer sans fers sur le gaillard d’arrière, contrairement aux hommes retenus entravés dans la cale. Naïvement, l’équipage les imaginait inoffensives et, surtout, tenait à les avoir à disposition, abusant d’elles à tout moment. Comment ont-ils pu ignorer la puissance que crée l’humiliation ? L’assurance des vainqueurs dominateurs sans doute.

Pourquoi avoir mis sous silence l’existence de ses insurrections au féminin ? Pourquoi l’identité de ces femmes est-elle niée, citée par numéro ou sous des surnoms « Garce de Négresse », « Négresse démoniaque », lors de procès ? « Quand on est convaincu qu’une chose n’existe pas, on ne la cherche pas », assure l’autrice. « Et même quand on tombe dessus, on ne la voit pas ».

Rebecca Hall rétablit aujourd’hui une vérité et fait avancer l’histoire, suscitant reconnaissance, colère, gratitude et solidarité chez la philosophe féministe Donna Haraway, qui fut aussi sa directrice de thèse. Et l’admiration, chez Angela Davis ! À nous de la rendre visible. Kareen Janselme

Wake, l’histoire cachée des femmes meneuses de révoltes esclaves, de Rebecca Hall et Hugo Martinez. Ed. Cambourakis, 208 p., 22€.

« Cet ouvrage m’a émue aux larmes et a suscité en moi reconnaissance, colère, gratitude et solidarité »
Donna Haraway

« Le récit captivant de l’action décisive des femmes noires dans les révoltes d’esclaves et l’histoire spectaculaire du travail de recherche engagé qui en a permis la découverte »
Angela Davis

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Un loup dans les froufrous

Grand prix du livre de la mode, signé de l’anthropologue Giulia Mensitieri et disponible désormais en édition de poche, Le plus beau métier du monde lève le voile sur les coulisses du milieu. À l’heure des grands défilés, derrière la façade glamour, prospère une industrie qui se repaît de l’exploitation de travailleurs créatifs.

Eva Emeyriat – Pourquoi cet intérêt pour le secteur de la mode et du luxe en tant qu’anthropologue ?

Giulia Mensitieri – Lorsque j’étais doctorante à l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales), j’ai été saisie par le décalage produit entre le regard admiratif porté sur mon statut et la réalité de mon quotidien, plutôt galère, parce que plus personne ne finance de bourse. J’ai eu envie d’enquêter sur ces nouvelles formes de précarité « prestigieuses ». J’ai alors rencontré une styliste photo. Cette femme, qui travaillait pour de grandes marques et portait des habits de luxe, n’avait en même temps pas de quoi payer son loyer ou simplement se soigner. Sa situation est la norme dans la mode ! Un secteur dont on ne connaît rien du travail qui y est produit, alors qu’il nous bombarde constamment de ses images. La mode est intéressante, car elle agit comme une loupe sur le monde du travail. C’est le lieu de l’individualité par excellence. Tout ceci est éminemment néolibéral.

E.E. – Dans Le plus beau métier du monde, vous décrivez la mode comme un écran du capitalisme moderne. Qu’entendez-vous par là ?

G.M. – La mode est une industrie qui vend du désir. Elle montre à quel point le capitalisme a besoin de l’imaginaire pour vivre. Elle est aussi l’une des industries les plus puissantes au monde, la seconde en France, la plus polluante sur la planète avant le pétrole, en raison de la production textile. Sa puissance symbolique, économique et environnementale, est hallucinante mais, en dépit de son excellente santé financière, elle a réussi à rendre le travail gratuit ! Cette dynamique du travail gratuit est un élément central de la production capitalistique. On la retrouve dans d’autres univers : la photo, l’édition, l’architecture ou bien la musique…

E.E. – Des stagiaires paient les repas des équipes lors de shooting photos, des mannequins sont rémunérés un bâton de rouge à lèvres pour un défilé… Pourquoi acceptent-ils cela ?

G.M. – Plus on travaille pour une marque prestigieuse, moins il y a d’argent… L’aspect créatif, l’adrénaline, la lumière font tenir les gens. La reconnaissance sociale est aussi fondamentale. Pouvoir dire « je bosse dans la mode », c’est valorisant. Il y a aussi des cas de domination de travail plus classiques, que l’on peut avoir partout. Les gens sont tellement sous pression qu’ils n’ont plus la force de chercher ailleurs.

E.E. – Que nous dit la mode du monde du travail d’aujourd’hui ?

G.M. – Pour la génération de ma mère, le travail payait l’emprunt de la maison, les vacances… Le compromis fordiste classique. À partir des années 1980, le capitalisme s’est approprié des modèles d’existence « bohémiens » issus des mouvements contestataires des années 1960. On refuse la monétarisation de l’existence, l’aliénation du travail salarié, pour se tourner vers la réalisation de soi… Ces notions ont été injectées dans le modèle néolibéral qui valorise la responsabilité de l’individu, dans sa réussite ou son échec. C’est un changement majeur : le travail est un lieu où l’on se construit d’abord comme individu, l’argent vient après. L’auto-entreprenariat n’est pas qu’un statut, c’est aussi l’idée qu’on doit vendre son image… Les gens sont prêts à s’auto-exploiter, la précarité est intériorisée.

E.E. – Des personnes s’en sortent-elles ?

G.M. – Hormis les célébrités, il y a celles qui renoncent au glamour. Elles travaillent pour des marques plus commerciales et deviennent salariées, avec des horaires. D’autres ouvrent leur boutique de créateur, il n’y a plus l’hystérie des défilés, le luxe. Propos recueillis par Eva Emeyriat

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Monsieur Jouvet, bonjour

Le 16 août 1951, il y a 71 ans, Louis Jouvet meurt dans son bureau du Théâtre de l’Athénée. En hommage à l’immense comédien, Chantiers de culture vous propose un entretien imaginaire avec le « patron » de l’Athénée. Un maître dans tous les arts du théâtre.

Yonnel Liégeois – Bonjour, monsieur Jouvet. Quelle étrange destinée, vous avez failli être pharmacien plutôt que comédien !

Louis Jouvet – Comédien, ce n’est pas un métier… Toute ma famille en chœur me l’a chanté et répété avec toutes les variations que comporte l’art de la fugue. J’ai découvert le théâtre au collège, mais à 17 ans j’ai dû m’inscrire à l’école de pharmacie de Paris. Je l’avais juré aux miens et c’est grâce à cette promesse qu’ils m’ont lâché… Pour interpréter des petits rôles tout en passant brillamment mes examens. C’est en 1909, chez Léon Noël au théâtre Montparnasse, que j’ai fait mes véritables débuts de professionnel.

« On fait du théâtre parce qu’on a l’impression de n’avoir jamais été soi-même et qu’enfin on va pouvoir l’être »

Y.L. – En 1911, c’est la rencontre déterminante avec Jacques Copeau. Qui vous demande de devenir son régisseur au futur théâtre du Vieux Colombier…

L.J. – Alors que j’obtiens mon diplôme de pharmacien de première classe en 1913, je rassure Copeau en lui affirmant que « je serai des vôtres ». En octobre, une affiche orange au nom du Vieux Colombier couvre les murs de la rive gauche. C’est un appel « à la jeunesse pour réagir contre toutes les lâchetés du théâtre mercantile et défendre les plus sincères manifestations d’un art dramatique nouveau ». À la première, je joue Macroton dans L’amour médecin. Les critiques remarquent d’emblée mon phrasé particulier et me surnomment « le grand cadavre bègue ». Si j’ai cette diction, c’est évidemment le trac qui me la donne !

Y.L. – Mobilisé comme infirmier en 1914, c’est la guerre et l’horreur des tranchées…

L.J. – Dans le boyau à côté de moi, il y a des Arabes, des Malgaches, des Sénégalais. Que je soigne, réconforte, aide à mourir… Le soir venu, j’allume ma bougie et me plonge dans la lecture de Molière. Autour de moi, des milliers d’yeux m’observent et me regardent : des rats, des centaines de rats ! C’était horrible, insupportable, c’est vraiment des instants où l’on touche le fond.

« Rien de plus futile, de plus faux, de plus vain, rien de plus nécessaire que le théâtre »

.Y.L. – Nouveau directeur de la Comédie des Champs-Elysées, vous créez Knock de Jules Romains en 1923. Un triomphe ?

L.J. – Certes, mais inattendu… André Gide se précipite sur scène pour me féliciter. Pour le public et la critique, désormais, je suis Knock ! Même si le succès de la pièce ne se démentira jamais, je l’ai jouée quelque 2000 fois en 17 reprises, c’est une façon simpliste et commode de voir les choses. L’autre grande rencontre de ma vie ? Jean Giraudoux. Je créerai à la scène la majorité de ses œuvres. Un véritable ami, une vraie complicité littéraire et artistique.

Y.L. – Vous lancez le Cartel en 1927 : un accord inédit entre « théâtreux » ?

L.J. – Notre ambition avec Baty, Dullin et Pitoëff ? Défendre l’esprit du théâtre face à la comédie de boulevard, coordonner nos répertoires, pratiquer une politique commune d’abonnements et de publicité… Chaque associé conserve sa pleine liberté artistique, mais les quatre s’engagent à se solidariser dans toutes les affaires où les intérêts professionnels ou moraux de l’un sont en jeu. Notre communion de vues vivra jusqu’en 1939, date de la déclaration de guerre et de la mort de Pitoëff.

« Le théâtre est une de ces ruches où l’on transforme le miel du visible pour en faire de l’invisible »

Y.L. – Pourquoi avoir quitté la Comédie en 1934 pour l’Athénée ?

L.J. – Les cinq cents places de l’Avenue Montaigne ne suffisaient plus à équilibrer le budget et il faut de l’argent pour que l’œuvre d’art soit une chose parfaite. S’installer sur les boulevards, et alors ? Je n’ai jamais cessé d’être Jouvet, je ne me suis pas déshonoré en changeant de lieu, en prenant la direction du théâtre de l’Athénée. La classe de Giraudoux, c’est cela qui donne la ligne de conduite à mon théâtre : un beau langage, un décor et une mise en scène au service d’un texte.

Y.L. – La Marseillaise, Drôle de drame, Entrée des artistes, Quai des orfèvres, La kermesse héroïque, Hôtel du Nord… 32 films au total, dont plusieurs chefs-d’œuvre : il se dit pourtant que vous haïssez le cinéma ?

L.J. – Foutaises… Demander à un acteur s’il préfère le cinéma au théâtre revient à penser au choix que ferait un poisson entre un vivier champêtre et un aquarium climatisé ! Certes, j’ai toujours considéré le cinéma comme mon « gagne-théâtre ». Il n’empêche, qu’on me donne encore 25 ans à vivre et je montrerai à tous de quoi je suis capable !

« Le cinéma, c’est du théâtre en conserve »

Y.L. – Professeur au Conservatoire, comment définissez-vous votre métier ?

L.J. – D’abord une incompréhensible possession et dépossession de soi. Un art exigeant qui ne relève ni du pur artifice ni de la pure spontanéité. Un exercice qui demande à l’interprète un travail acharné pour s’ouvrir peu à peu au personnage et lui offrir une technique, une voix, un visage. Le « connais-toi toi-même » de la philosophie antique, c’est tout le métier du comédien, tout son art. Se connaître soi-même par rapport à Alceste ou à Marguerite Gauthier, ce n’est pas donné à tous les gens qui font de la philosophie.

Propos authentiques de Louis Jouvet, recueillis par Yonnel Liégeois

Jouvet, à l’avant-garde

Né à Crozon en Bretagne, le 24 décembre 1887, celui qui faillit être prénommé Jésus par sa mère s’éteindra en son bureau du théâtre de l’Athénée le 16 août 1951. Exceptionnel interprète, génialement doué en décors et éclairages, metteur en scène d’une intransigeance absolue, Louis Jouvet maîtrise à la perfection tous les arts du théâtre. Hanté par les œuvres majeures de Molière (L’école des femmes, Dom Juan et Tartuffe), il sera aussi à l’avant-garde du théâtre contemporain : Giraudoux, Genêt, Sartre…

À lire : Le comédien désincarné, de Louis Jouvet (Flammarion, 400 p., 10€). Les Cours de Louis Jouvet au Conservatoire, analysés par ève Mascarau (Deuxième époque, 536 p., 29€). Elvire Jouvet 40, préface de Brigitte Jaques-Wajeman (Actes Sud, 56 p., 12€50). Louis Jouvet, d’Olivier Rony (Folio Gallimard, 416 p., 9€70).

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À lire ou relire, chapitre 8

En ces jours d’été, entre canicule et farniente, Chantiers de culture vous propose sa traditionnelle sélection de livres. Entre inédits et éditions de poche : de Jon Kalman Stefansson à David Diop, de Jean-Pierre Siméon à Jean-Bernard Pouy. Pour, au final, remonter le temps en compagnie d’Éric Vuillard et de Céline… Bonne lecture !

Osons l’écrire, les ténèbres s’estompent et les yeux s’éclairent d’une intense aurore boréale lorsqu’ils plongent dans le dernier pavé, et foisonnant ouvrage, de Jon Kalman Stefansson ! Un pays, l’Islande, un paysage de fjords enneigés et soufflés par le vent, de volcans tumultueux et de champs de lave désertiques, de mer déchaînée et de hautes vagues déferlantes à masquer l’horizon… Une terre fière, austère et rebelle dont il faut dompter l’hostilité dès l’enfance pour s’en amouracher à jamais, la tromper pour un ailleurs éphémère et sans cesse revenir fouler l’herbe boueuse des ancêtres !

L’Islande ? Plus qu’un décor dans Ton absence n’est que ténèbres, le creuset essentiel en ce qu’il façonne le caractère de ses habitants : la beauté d’une nature qu’il faut apprendre à courtiser telle une maîtresse exigeante, la lenteur du jour aussi longue que la nuit peut être profonde, les fulgurances de rapports humains tout à la fois âpres et tendres entre congénères… Au cœur de cet univers fantasque et fantastique, un homme dont nous doutons s’il est vivant ou mort, qui semble avoir perdu la mémoire ou en tout cas vouloir raviver ses souvenirs. Alors, entre saga dont est riche et coutumière la littérature nordique, roman historique à remonter le temps des années 1900 à aujourd’hui, conte philosophique où se posent les questions existentielles fondamentales en des dialogues truculents voire anodins, hymne poétique en hommage à une terre peuplée de trolls et de fées, le dernier roman de l’auteur islandais est d’une lecture proprement jubilatoire, superbement traduit par le talentueux Éric Boury, lauréat du Grand prix de la traduction pour D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds de… Jon Kalman Stefansson !

Et c’est à un autre fulgurant voyage, en terre inconnue, que nous convie David Diop. Après Frère d’âme, Prix Ahmadou Kourouma et Goncourt des lycéens en 2018, l’auteur aux racines sénégalaises signe, avec La porte du voyage sans retour, une extraordinaire épopée enracinée dans une histoire d’amour au long cours ! Gorée, île emblématique et mortifère, ultime escale pour des millions de Nègres entassés sur la mer rougie sang des traites négrières… Puissamment porteur de fortes émotions encore aujourd’hui pour le visiteur qui en foule le sol cimenté, entre les cachots comme entrepôt de chair humaine et l’étroite ouverture marine pour l’embarquement fer aux pieds, un lieu que le romancier élit comme figure nodale de son récit. Botaniste de renom au temps des Lumières, éminent savant, Michel Anderson est conquis par l’histoire de Maram, une jeune esclave rescapée de Gorée ! Un étonnant voyage dans l’imaginaire d’un personnage hors du commun, en partance sur les traces de l’inconnue et apprenant le wolof pour être plus proche des autochtones ! Surtout, de retour en France et avant sa mort, l’homme de haute stature s’est ouvert à des valeurs universalistes qu’il désire transmettre en héritage à sa fille Aglaé.

Sans quitter le continent afro-américain, il nous faut alors plonger dans le salut qu’adresse le poète Jean-Pierre Siméon à l’auteur du Cahier d’un retour au pays natal en épilogue de son dernier recueil, Levez-vous du tombeau ! « Nous avons besoin de toi Aimé Césaire, nous avons besoin de toi plus que jamais… Les peuples naissent avec la poésie, disais-tu, eh bien ils meurent cela crève les yeux d’avoir perdu la poésie« , clame Siméon. Lui qui, dans un précédent essai, osait affirmer que La poésie sauvera le monde, une parole d’urgente nécessité qui, de l’antiquité à nos jours, s’est élevée de tout temps contre préjugés et billevesées. Un hymne à l’insurrection des mots, à la rébellion de l’alphabet , un appel à l’insoumission verbale face aux conformismes putrides. Une invitation à déserter nos habitudes pour réconcilier en nous le verbe et l’agir, relier notre état de vivant à univers plus grand que nous qui se nomme nature, une invitation à ce qu’enfin « la poésie gouverne elle qui n’a ni pouvoir ni assurance elle dont la pensée est tantôt cheval de steppes tantôt poignée de mésanges jetée au vent ».

Jean-Bernard Pouy, par Daniel Maunoury. Co

Si le verbe poétique est envol libertaire, Jean-Bernard Pouy, écrivain patenté et reconnu de romans noirs, en est un intrépide messager en sa prose totalement iconoclaste à la cour des doctes exégètes ! Avec cette fameuse Trilogie spinoziste, l’éditeur a eu la bonne idée de rassembler trois courts romans au titre éminemment évocateur : Spinoza encule Hegel, À sec ! et Avec une poignée de sableTrois épisodes pour narrer l’épopée urbaine dévastatrice de Julius Puech, chef de la Fraction Armée Spinoziste, ennemi juré de la bande des hégéliens. Poussé par l’amour de l’éthique (!) contre l’esthétique des renégats, chaussé de ses fameuses bottes en lézard mauve et à cheval sur sa Guzzi 850 California, avec son affectueuse bande d’allumés il mène croisades sanguinolentes, tueries et affrontements meurtriers sans jamais débander. Amis poètes, bienvenue ! Un ouvrage explosif, outrancier dans ses délires mais d’un humour exalté, un style déstructuré dont seul Pouy a le secret d’un roman l’autre, lui le membre éminent de l’Oulipo, l’empêcheur de penser en rond et le génial créateur du personnage littéraire du Poulpe. À lire de toute urgence, mais à ne pas mettre entre toutes les mains au risque d’une hécatombe entre Marseille et Miramas ! Et si au final vous n’avez toujours rien compris à l’univers de Jean-Bernard Pouy, plongez dans son dernier opus, En attendant Dogo, jeu de mots aussi débile que désopilant, vous en sortirez vivant mais deviendrez un irréductible intoxiqué.

Alors que Pouy n’en finit pas de décortiquer au noir les rouages de nos sociétés, Eric Vuillard poursuit son décryptage de la grande Histoire, en s’installant à la table ou dans les salons feutrés de ceux qui en tirent les ficelles. Avec érudition et brio, fouillant les archives, mettant en scène les événements dont ils nous rapportent les dessous au plus près des documents et des personnages… Qu’il s’empare d’un objet historique unanimement reconnu et connu, il en fait énigme et mystère pour son lecteur, le surprenant de page en page pour lui dévoiler la complexité, familiale-clanique-affairiste-sociale, banale ou scandaleuse du sujet qu’il traite. Hier le sulfureux Congo du roi des Belges ou l’emblématique 14 juillet au temps de la Bastille, le prix Goncourt 2017 pour L’ordre du jour sur l’agenda du régime nazi ou l’émouvante Guerre des pauvres conduite au XVIème siècle en Allemagne, aujourd’hui l’ahurissante Sortie honorable à propos de l’Indochine française et de la débâcle de Diên Biên Phu au printemps 1954. Au-delà du récit documentaire, Vuillard nous plonge dans les états d’âme des militaires et leurs errances sur le terrain, les trahisons des politiciens et les gains juteux engrangés par les industriels à l’affût du caoutchouc au mépris des recrues envoyées à la mort de manière délibérée. Tout à la fois passionnant et douloureux, de nouveau un petit format pour un grand livre !

D’aucuns ont suivi la saga des manuscrits de Céline retrouvés en 2021, une rocambolesque histoire de feuillets et documents prétendument perdus ou volés depuis sa fuite à Sigmaringen en 1944, en fait juste mis à l’abri durant de longues décennies. Sur son blog, le journaliste Jean-Pierre Thibaudat révèle avec force détails les dessous de l’affaire… Aujourd’hui, détentrice du sulfureux écrivain à son catalogue, les éditions Gallimard publient donc un premier inédit, Guerre. Un récit de quelques 150 pages, agrémenté de plusieurs fac-similés, où se déploie dans sa toute puissance la verve de l’auteur du Voyage au bout de la nuit. Avec cet aveu, incontournable, aux premières pages du livre, « J’ai attrapé la guerre dans ma tête. Elle est enfermée dans ma tête ». Les chapitres d’une œuvre en fait éclatée, supposé essai ou brouillon aux feuillets disparates parfois ardument déchiffrables où Céline conte, dans ce style romanesque qui n’appartient qu’à lui, son expérience traumatisante de la guerre, blessé sur le champ de bataille avec des séquelles dont il ne guérira jamais. D’une liasse de papiers à l’autre, chacune retenue par une épingle à linge, le brigadier de cavalerie Ferdinand narre ainsi par le menu avec humour et complaisance, non sans concupiscence et mauvaise foi, le quotidien de son séjour et de sa convalescence à l’hôpital de Peurdu-sur-la-Lys. Aux pires heures de la grande boucherie, ses rencontres, ses amours, ses souffrances de guerre, ses outrances verbales sur la décrépitude de la nature humaine, ses magouilles avec Bébert, copain de chambrée et proxénète patenté… Un style tout à la fois populaire et flamboyant, à l’identique de toute la littérature célinienne. Yonnel Liégeois

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Ansel, la Brenne en mille clichés

Amoureux de la région des mille étangs, Robert Ansel publie Les mammifères sauvages de la Brenne. Un album consacré aux animaux, du ragondin au chat forestier, parfois immortalisés en de surprenantes postures. Une balade estivale, de page en page.

Avec Les mammifères sauvages de la Brenne, Robert Ansel boucle une trilogie ouverte avec Les lumières de la Brenne et Envol en Brenne. Trois ouvrages, témoignage de l’amour porté par le photographe à la région aux mille étangs. « Le projet a mûri tranquillement, j’avais suffisamment de matière pour y consacrer un livre ». Comme une suite logique, après les paysages et les oiseaux, Robert Ansel a donc réalisé un album de photographies des mammifères vivant en Brenne. Au cours de ses nombreuses balades dans la nature, il a capturé les images de toutes ces bêtes, souvent bien difficiles à seulement apercevoir. Au fil des pages, se côtoient cerfs, biches, chevreuils, sangliers, renards, lapins, lièvres, écureuils, ragondins et même, plus rares, chats forestiers… Certains animaux parfois en des postures surprenantes, voire drôles ou poétiques.

De la même manière qu’il saisissait les oiseaux en plein vol, Robert Ansel s’attache à prendre les mammifères en mouvement. Le lecteur retrouvera donc les scènes de vie quotidiennes des habitants de ces étangs, bois, forêts et prairies que le photographe avait fixés dans Les lumières de Brenne. Premiers clichés offrant différentes atmosphères. Vision d’une faune, d’une flore et d’une terre changeantes au fil des heures et des saisons, par les caprices d’un ciel ombrageux ou lumineux et quelques fois orageux. Le ciel, espace de liberté des oiseaux auquel Robert Ansel a consacré « Envol en Brenne», son deuxième volume. Des livres, on l’aura compris, qui racontent la rencontre d’un homme et d’un pays ! Ce normand est originaire du pays de Caux. La région entre Seine et côte d’Albâtre, pour laquelle il exposera ses images, puisées dans la campagne comme le long du littoral. Séduit par la nature brennouse, il est installé à Paulnay depuis treize ans. « À longueur d’années, je sillonne cette terre et je ne m’en lasse pas », confie-t-il. Appareil en mains, il explore ces lieux qui lui sont devenus familiers et restitue la diversité d’un monde qui le charme.

Dès l’âge de 16 ans, il s’adonne à cet art. La photographie en noir et blanc, principalement des portraits. Sa passion le conduit ensuite vers l’extérieur. De la fin des années 90 à aujourd’hui, il compte à son actif de très nombreuses expositions : La fête du lin et de l’aiguille, sujet qui lui vaudra une expo au Japon, Veules Les Roses avec l’art cauchoisLa campagne de Caux à GodervilleLa baie de Seine reposoir ornithologique ou bien encore Faune et flore de la Brenne au château d’Azay-le-Ferron. Une rétrospective de 50 ans de photographies sera présentée au Moulin de Mézières.

Dans le prolongement de sa chasse permanente aux images, Robert Ansel développe d’autres activités. Il a créé divers ateliers et une galerie à Paulnay où il expose ses photos. Il organise aussi des visites accompagnées, des promenades guidées qui s’adressent à tous les amoureux de la nature. Aux personnes simplement curieuses de découvrir le milieu ambiant comme aux photographes amateurs, auxquels il prodigue conseils et avis sur la technique, le respect du milieu naturel et la connaissance des espèces. « L’idée est avant tout de favoriser l’échange. Les gens sont demandeurs d’informations, de partage. C’est pour cette raison que je privilégie les petits groupes de trois ou quatre personnes. Nous accédons ainsi à des endroits peu fréquentés, plus propices à la rencontre d’animaux sauvages ».

Un partage d’expérience où le photographe rappelle volontiers que tout est affaire de patience et de pratique, pour la photographie animalière comme dans d’autres spécialités. Dont le portrait, à ne pas confondre avec la photo d’identité… Un autre type de photo, un autre univers : la preuve que la photographie invite à casser les clichés ! Philippe Gitton

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Marivaux, notre contemporain

Créée en 1923 sous l’impulsion de l’écrivain Romain Rolland, la revue littéraire Europe a consacré un récent numéro à Marivaux. Loin de tout batifolage, nombreux sont-ils à le reconnaître comme un élégant génie ! Et plus que jamais, comme notre contemporain.

La revue Europe, dont le rédacteur en chef avisé est le poète Jean-Baptiste Para, a consacré l’essentiel de son numéro 1117 à Marivaux. Dans la longue histoire de cette revue littéraire mensuelle (née en 1923), ce n’est pas la première fois qu’il est question de Marivaux (1688-1763) et des appréciations saisonnières sur son œuvre. La catégorie restrictive du marivaudage, compris comme un caquètement de volaille mondaine (Claudel disait jadis : « Voir Marivaux, c’est bouffer de la poudre de riz pendant une heure »), a peu à peu cédé le pas à la reconnaissance approfondie d’un génie, certes élégant (du Watteau par écrit), qui apparaît désormais, sous l’action conjuguée d’hommes de théâtre et de chercheurs universitaires à l’esprit affûté, proprement avant-coureur. Sur l’amour, ses subterfuges et ses travestissements, sur ses élans du cœur parmi les contradictions de classes et les désirs suggérés des femmes, que de complexité enfin démasquée et mise au net. Patrice Chéreau, montant en 1973 la Dispute, lever de rideau dont il fit un manifeste éclatant, ne nous avait-il pas dit, à propos de cette expérience d’hominisation sauvage : « Marivaux tient la porte, Sade fait son entrée » ?

Michel Delon, en ouverture, synthétise parfaitement les enjeux des études actuelles sur l’auteur de la Double Inconstance et autres fleurons de son répertoire. On explore attentivement ses romans, ses journaux, sa correspondance, ce que dirent de lui les autres de son temps et ceux qui vinrent après. Jacques d’Hondt, dans « Le philosophe travesti », trace un parallèle avec Descartes. Nicolas Fréry, dans « L’âme et le rang », s’attache à « être aimé pour soi-même », tandis que Marc Escola, sous le titre « Sexe, genre et comédie » dans le cas de la Fausse Suivante, analyse toutes les arguties de l’aveu amoureux. Jean-Paul Sermain traite de l’oppression et de la révolte des femmes chez Marivaux. D’autres précieuses études (Sophie Marchand, Christophe Martin, Nathalie Rizzoni, Pierre Franz, Conception Pérez-Pérez…) à leur tour passent au crible, sous une infinité d’angles, la galaxie Marivaux, lequel semble ainsi, fût-ce à distance, plus que jamais notre contemporain. Par ailleurs, avant le cahier de création et les chroniques, dans des textes majeurs choisis par Jean-Louis Jacquier-Roux, sont évoquées la figure et l’œuvre du romancier et résistant italien Beppe Fenoglio (1922-1963). Il reste à découvrir à sa juste hauteur, jusque dans son pays. Jean-Pierre Léonardini

Revue Europe, 383 pages, 20€.

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Jaurès, en pleine page

Le 31 juillet 1914, rue du Croissant à Paris, Raoul Villain assassinait Jean Jaurès. L’année du centenaire, en 2014, sous la plume de Gilles Candar et de Vincent Duclert, paraissait la biographie du fondateur du journal L’Humanité. Jean Jaurès ? La somme incontournable, l’ouvrage de référence sur ce géant du socialisme, autant homme d’action que de réflexion.

Jaurès ? Plus qu’un pic ou qu’un roc, pour paraphraser la célèbre tirade de Cyrano, il personnifie le gigantisme même de la pensée politique, philosophique et sociale ! Rien n’échappe à la sagacité du professeur de philosophie, à l’élu du Tarn, au défenseur des ouvriers de Carmaux ou de Decazeville : qu’il s’agisse de l’enseignement des enfants, des droits de douane sur les céréales, de l’avenir des retraites ouvrières ou du statut des délégués mineurs… Jean Jaurès, signé Gilles Candar et Vincent Duclert, nous plonge dans une authentique saga. Le décryptage d’une personnalité hors du commun, d’une figure profondément enracinée dans l’imaginaire collectif du peuple de France.
« Son assassinat, le 31 juillet 1914 au Bar du Croissant à Paris, y est pour beaucoup », confirme Gilles Candar, professeur d’histoire à l’E.N.S. (École normale supérieure) et président de la Société d’études jaurésiennes depuis 2005. « Une mort à l’image de celle des grands tragiques grecs, qu’il aimait beaucoup… La guerre de 14-18, et la grande boucherie qui va suivre sa disparition, donneront sens à la vie et à la vérité de Jaurès : son combat pour la paix, son engagement politique enraciné dans un profond humanisme. Las, au fil des décennies, il deviendra aussi ce totem que l’on exhibe, mais que l’on ne lit plus : le culte a fait place à l’étude ! ». Aux dires du spécialiste, le vrai travail sur l’œuvre et la pensée de Jaurès ne débutera en fait que dans les années 50-60. Grâce à une génération d’historiens tels que Maurice Aghulon, Ernest Labrousse, Jean Maîtron, Rolande Trempé et surtout la regrettée Madeleine Rebérioux

La biographie que signent Candar et Duclert nous livre d’abord des éléments éclairants et déterminants sur l’enfance de Jaurès : le petit Jean, issu d’un milieu bourgeois désargenté, n’est pas un gamin de la ville, le monde rural est pour lui la première référence. Brillant élève, il sera reçu troisième à l’agrégation de philosophie, derrière Bergson ! Ensuite, au fil des pages, l’ouvrage nous permet surtout de déceler comment se construit, s’affine et mûrit la pensée du futur tribun. La force et grande qualité de Jaurès ? « Être en permanence capable de se renouveler », souligne Gilles Candar. « Il refuse de se laisser enfermer là où on l’attend, il refuse de s’installer dans un socialisme convenu ou dans un socialisme de dénonciation. Il aurait pu faire une belle carrière de grand républicain, or il se veut avant tout un homme libre ».
Jaurès, l’enfant à la tête farcie des héros de Plutarque et qui vit au carrefour des milieux rural et urbain, élargira son univers en partant à la découverte d’un milieu ouvrier qui n’était pas le sien d’origine : celui des mineurs de Carmaux, celui des ouvriers du textile dans le Nord. Il fera alors le choix de s’adresser d’abord à un électorat ouvrier, mais sans jamais s’y enfermer : un monde certes encore minoritaire en cette fin de XIXème siècle, mais un monde d’avenir qui, pour lui, s’imposera comme une force essentielle dans le développement de l’économie et de la société. « Aux yeux de Jaurès, cette minorité détient les clefs de l’avenir », confirme l’historien. « C’est ainsi d’ailleurs que Jaurès le patriote, en s’intéressant au sort des ouvriers allemands après l’annexion de l’Alsace-Lorraine, forge sa conscience internationaliste ! L’humanisme de Jaurès se caractérise ensuite par cette capacité à joindre vision politique à vision de l’être : chez lui, le politique est toujours très lié au philosophique, au métaphysique. C’est d’ailleurs ce regard profondément humaniste qui le fait bouger, avancer, qui le démarque de bien des socialistes de son temps. En particulier, à l’heure de l’affaire Dreyfus ».

Le lecteur de Jean Jaurès éprouve un plaisir évident et un intérêt grandissant à découvrir cette pensée en train de se faire, au sens fort du terme, jamais prisonnière de sa propre production, toujours réinvestie et réévaluée au contact du quotidien et des soubresauts de l’actualité : de la « question sociale » à l’urgence des réformes à mettre en œuvre sous une IIIème République foncièrement conservatrice, du débat sur la loi de séparation de l’Église et de l’État à la défense de l’école laïque, de l’unification des courants socialistes aux idéaux de justice à l’heure de l’affaire Dreyfus, de la grande cause de la paix à la veille de l’embrasement guerrier de l’Europe… « Jaurès est avant tout un homme politique qui ne prétend pas détenir un système tout fait. Pour le trouver, il va lire, rencontrer d’autres gens, changer d’avis : une pensée en mouvement en quelque sorte, ce qui en fait toute la richesse parce qu’elle se construit au cœur des évolutions et des contradictions d’une société. Le Jaurès d’hier s’inscrit fortement dans le monde d’aujourd’hui où nous sommes revenus des grands systèmes idéologiques. D’où l’intérêt de retrouver la pensée d’un homme tout à la fois génial, ouvert et en recherche constante ». Candar et Duclert y parviennent avec brio et talent dans cette magistrale biographie qui ambitionne de « rapprocher, synthétiser, résumer ou suggérer l’immense connaissance, toujours fragmentée, sur Jaurès », lui qui désirait « aider les hommes de pensée à devenir des hommes de combat ».

Outre leur plongée érudite dans le corpus jaurésien, Gilles Candar et Vincent Duclert s’aventurent sur des terres d’histoire plus mouvantes, mais pas moins passionnantes : qu’en est-il de « Jaurès au XXème siècle … et au XXIème » ? Près d’un siècle après sa panthéonisation (23/11/1924), « en ascension constante au sein de la gauche française à la fin du XXème siècle, Jaurès se retrouve même au cœur des campagnes pour l’élection présidentielle de 2007 et de 2012», soulignent les auteurs. Or, il est aujourd’hui bien plus qu’une référence à la solde des hommes politiques : « un personnage d’aventure, un héros de roman ou de bande dessinée, joué au théâtre ou au cinéma, une chanson de Brel revisitée par le groupe Zebda, une affiche d’Ernest Pignon-Ernest, un souvenir fugace mais essentiel d’un moment de la conscience humaine ». Le chapitre « Jaurès, du roman national à l’histoire problème » l’atteste, il faut attendre 1959 et la création de la Société d’Études Jaurésiennes (SEJ) pour que se construise une authentique recherche universitaire, scientifique et historique, surtout collective, autour de Jaurès… En 2009, cinquante ans plus tard est publié Les années de jeunesse, le premier volume des « Œuvres » suivi de neuf autres dont « Le Pluralisme culturel », l’un des seuls à ne pas être chronologique et paru en 2014, l’année du centenaire.

Richesse du verbe et de la plume, intelligence hors norme, profondeur d’esprit et rigueur philosophique : autant de qualités qui nous font aimer Jaurès, « notre bon Maître », qui nous incitent à le (re)lire et (re)découvrir ! Sans oublier une valeur fondamentale qui assoit son éminente stature : sa haute conscience morale. Dans les pas de Jaurès assurément, « il est temps de réfléchir à la dignité politique au XXIème siècle », concluent donc d’une même voix Gilles Candar et Vincent Duclert. Yonnel Liégeois

À la découverte de Jaurès :

À lire : Jaurès, la parole et l’acte, de Madeleine Rebérioux. Les années de jeunesse, 1859-1889, de Madeleine Rebérioux et Gilles Candar. L’éminente et regrettée historienne signe la préface générale à l’édition des œuvres de Jaurès. Le monde selon Jaurès, de Bruno Fuligni qui, à travers citations-réflexions et extraits de discours replacés dans leur contexte, nous invite à découvrir la pensée vivante d’un orateur et d’un chercheur hors-pair.
À consulter : le site de la Fondation Jean Jaurès qui recensait en 2014 l’ensemble des initiatives en l’année du centième anniversaire.

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L’humour, c’est du sérieux…

Jusqu’au 30/07, au Théâtre de l’Ange et à l’Espace Roseaux Teinturiers, se donnent respectivement La joyeuse histoire du monde et J’ai si peu parlé ma propre langue. Par leur humour décalé, Albert Meslay nous suggère un regard autre sur l’état de nos sociétés, tandis que la metteure en scène Agnès Renaud nous plonge avec nostalgie au temps de l’Algérie perdue. Entre légèreté et gravité.

Héritier de Devos et Desproges, Albert Meslay se joue des mots avec intelligence, et impertinence ! Le cheveu rebelle, sous ses insolentes bacchantes, truculent prince-sans-rire, il distille son humour noir et décalé dans l’espoir de dérider bien-pensants et mieux-disants coincés entre point et virgule, assommés à coups de point-virgule… Si divers journalistes sportifs ont coutume de refaire le match à la radio ou à la télé, sur scène Albert Meslay avoue des ambitions autrement plus élevées : refaire le monde, de l’ère de la pierre mal taillée à celle de la bombe atomique…

Un historien loufoque et déjanté qui, fort de ses recherches à l’université de Clermont-Ferrand-sur-Mer, risque aussi une parole du futur en ces temps de dérèglement climatique. Meslay ? Un humoriste qui ose faire face à l’adversité, le prouvant en 2018 lorsqu’il délocalise sa petite entreprise en pleine crise européenne : pour écrire ses sketches, il s’entoure alors d’auteurs comiques issus de pays émergents, de préférence à monnaie faible ! Succès garanti, à moindre coût, le rire en sus surtout !

… Entre histoire et mémoire

Et la bonne humeur règne aussi dans les studios de la Radio du Soleil, en ce jour où la station locale rend hommage à une figure emblématique du quartier : Carmen Sintès ! Amies et copines, chacune personnalité haute en couleurs, se disputent le micro pour évoquer le passé et se remémorer quelques bons souvenirs. Du temps de la minijupe et du yéyé, du grand Charles à la télé et du charivari en mai 68 dans les rues de Paris… Des amies de jeunesse, l’insouciance d’un temps marqué pourtant de blessures et déchirures : la nostalgie de l’Algérie, terre de l’enfance qu’il a fallu abandonner et musique d’une langue qu’on a peu parlée !

Entre fiction et reconstitution, images et paroles retrouvées, d’hier à aujourd’hui, la metteure en scène Agnès Renaud fait œuvre de mémoire, renouant avec les racines d’une mère trop longtemps silencieuse, faisant de sa propre histoire l’épopée d’un monde perdu que n’ont jamais oublié des milliers de concitoyens. Distillés au soleil de Méditerranée, les mots sont aptes à panser les plaies. Alors, entre humour et tragédie, légèreté et gravité, l’espoir renaît ! Yonnel Liégeois

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Timmerman, l’art de la manipulation

Jusqu’au 30/07 en Avignon (84), Julie Timmerman met en scène deux spectacles : Un démocrate et Bananas (and Kings). Du théâtre documentaire et citoyen de belle facture, une dénonciation sans appel du capitalisme international. Entre mensonges et manipulation.

C’est une histoire authentique que nous conte Julie Timmerman avec Un démocrate à la Condition des soies. Celle de l’américain Edward Bernays, le neveu de Freud, qui inventa au siècle dernier propagande et manipulation… S’inspirant des découvertes de son oncle sur l’inconscient, il vend indifféremment savons, cigarettes, Présidents et coups d’État. Goebbels lui-même s’inspire de ses méthodes pour la propagande nazie. Pourtant, Edward l’affirme, il est un démocrate dans cette Amérique des années 20 où tout est permis ! Seuls comptent la réussite individuelle, l’argent et le profit. Quelles que soient les méthodes pour y parvenir… Entre cynisme et mensonge, arnaque et vulgarité, la parfaite illustration du monde contemporain : de la Tobacco Company à Colin Powell et les armes de destruction massive de l’Irak. Du théâtre documentaire de belle facture quand l’humour le dispute à l’effroi, tout à la fois déroutant et passionnant, une totale réussite. Yonnel Liégeois

Bananas (and Kings), au théâtre de l’Oulle, prend bille en tête l’histoire délétère de l’United Fruit Compan fondée en 1899. Devenue la Chiquita Brands, coupable de coups d’État meurtriers en Amérique du Sud, de déforestation, spoliation et mise en esclavage de populations, de pollution par les insecticides… Ils sont quatre comédiens à donner corps à une foule de personnages (capitalistes, généraux félons, hommes de main, Indiens surexploités), sur un ton satirique grinçant qui rappelle les exercices de lucidité de Brecht. Le texte tire son nerf d’une documentation minutieuse et d’un sentiment d’indignation bénéfique. Le jeu, souple, mobile, ironique, vitaminé, concourt haut la main à la compréhension concrète d’une fable parfaitement aiguisée, qui touche au cœur d’un monde perdu dans l’entropie. Après Un démocrate, qui démontait le mécanisme de la propagande comme publicité mensongère au profit des plus louches intérêts, Julie Timmerman, loin du sociologisme en vogue, porte le fer dans le cœur dur de la politique. Jean-Pierre Léonardini

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Léonore Chaix, la ménagère apeurée

Jusqu’au 26//07, au théâtre de l’Artéphile en Avignon (84), Léonore Chaix s’avoue Femme à qui rien n’arrive ! Un texte totalement déjanté, connecté à l’oncle Tati, où l’humour le dispute à l’absurde !

Seule en scène, auteure et interprète, Léonore Chaix nous fait craindre le pire, confessant tout de go qu’elle est Femme à qui rien n’arrive ! Au temps d’antan, bien avant la pandémie, en compagnie de sa complice Flor Lurienne, la comédienne nous avait déjà littérairement conquis avec son éloquent et désopilant « strip texte » Déshabillez-mots ! En fond de scène de l’Artéphille, un espace faiblement éclairé et transformé en table de cuisine où trônent deux ou trois kilos de pommes de terre, au-devant une chaise seule et solitaire où siègent les peurs et fantasmes de la femme d’intérieur… Elle n’a qu’un objectif, la brave ménagère : accomplir la liste des tâches quotidiennes incompressibles au rythme robotique dicté par la « Machine » !

Selon la Loi de Murphy, dite « loi de l’emmerdement maximum », c’est en imaginant que rien (ou plus rien) ne peut nous arriver, que tout peut nous tomber dessus… Un texte totalement déjanté, mis en scène par Anne Le Guernec, où l’héroïne d’infortune doit faire face à des servitudes et démons bien contemporains : la banalité de tâches quotidiennes, frustrantes et répétitives, orchestrées par ordinateur devant lequel la volonté humaine a capitulé… Connectée à l’oncle Tati où l’humour le dispute à l’absurde, l’illustration philosophico-délirante d’une existence prétendument branchée et pourtant consumée de solitude. Yonnel Liégeois

à voir aussi :

– Jusqu’au 30/07, à 11h10 au Théâtre Buffon et à 16h15 au Théâtre Luna, Pierrette Dupoyet interprète Acquittez-là ! (sur les violences conjugales) et Joséphine Baker, un pli pour vous… La 39ème participation de la comédienne au festival d’Avignon !

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L’expulsion, une première en Avignon !

Programmée initialement jusqu’au 26/07, la pièce Le cas de Lucia J. cesse toute représentation à l’Artéphile pour cause d‘expulsion ! Le motif de la direction ? La dégradation des murs de scène…

Alexandre Mange, le directeur de l’Artéphile, s’explique : « J’ai demandé plusieurs fois à Karelle Prugnaud (la comédienne, ndlr) de prendre des mesures conservatoires pour éviter l’accumulation de trous dans les murs du théâtre. Elle m’a plusieurs fois répondu qu’elle ferait attention. Mais on a constaté qu’il n’y avait pas d’amélioration, et aucune réaction de la compagnie. J’ai été obligé de prendre cette mesure pour protéger mon théâtre ».

« À croire que l’actrice à elle toute seule avait démoli le théâtre ! », commente avec humour  le critique dramatique Jean-Pierre Thibaudat sur son blog. « Certes, il y a une scène, au demeurant magnifique, où l’actrice danse avec une chaise et la balance. D’où l’encoche citée plus haut. De là à parler d’une « accumulation de trous »… Le directeur du lieu avait vu le spectacle, sans doute lors d’une petite série de représentations parisiennes à la Reine Blanche, la folle danse avec la chaise y figurait », conclut le journaliste.

Choqué par la décision, Éric Lacascade, le metteur en scène, a fait part de son incompréhension et de son indignation :

« La violence libérale de certaines salles du off n’a pas de limites !

Le propriétaire de cette salle de théâtre décide de nous expulser (le terme est important : expulsé) de son espace sous prétexte que deux murs furent abîmés. La compagnie était bien évidemment prête à rembourser les dommages et avait déjà contacté son assurance. Mais bien loin de toute démarche artistique, le propriétaire du lieu, qu’il considère comme son « appartement », a décidé de nous expulser. La violence de ces propriétaires est sans limites.  Un exemple ? Après une représentation, le directeur est entré dans la loge de la comédienne, sans frapper ni prévenir, alors que celle-ci était nue !

En expulsant la compagnie alors que toutes les représentations sont complètes, que de nombreux professionnels ont signalé leur présence aux prochaines représentations, alors que la compagnie a engagé des frais importants jusqu’à la fin du festival (logements, attachée de presse, attaché de production, etc…), cela nous place dans une situation financière dramatique.

Par ailleurs, le propriétaire du lieu connaissait le spectacle puisqu’il l’avait vu en tournée, il savait donc à quoi il s’engageait.

Nous sommes sidérés par la violence de cette décision. Celle-ci reflète le comportement d’un certain nombre de lieux avignonnais qui, bien loin de tout engagement ou démarche artistique, ne voient qu’un intérêt purement financier et économique ». Éric Lacascade

Directeur de Frictions-Théâtres/Ecritures, Jean-Pierre Han a ouvert les colonnes de la revue à Eugène Durif. Il est membre du comité de rédaction depuis sa création. Dans Le mur et les trous, l’auteur décrypte le cynisme de la décision, il y exprime autant sa colère que son désarroi.

À l’heure où nous publions ces lignes, aucune déclaration de la direction du Off d’Avignon, aucune réaction du SNMS (Syndicat national des metteurs en scène) ni du Syndicat professionnel de la critique (Théâtre, Musique et Danse), aucune proposition d’un autre lieu pour reprendre les représentations… Hormis l’affaire qui bruisse sur toutes les lèvres en Avignon, hormis les messages de solidarité qui affluent en faveur de la compagnie L’envers du décor, le silence est complice sur le pont : pour mieux noyer le poisson ! Yonnel Liégeois

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Avignon, le travail en scène

Sise à Roubaix (59) et consacrée aux rapports culture et travail, l’association Travail&Culture a répertorié spectacles et rencontres qui abordent la question du travail au Festival d’Avignon. Une initiative à saluer, une invitation à découvrir des spectacles hors des sentiers convenus. Ancrés sur paroles et réalités ouvrières, souvent de belle facture et d’une puissante intensité dramatique.

Forte de sa démarche d’éducation populaire, l’association initie de nombreux projets culturels et artistiques (spectacles, lectures, expositions, ateliers, films, résidences d’écriture…) entre créateurs et milieux populaires. Elle est reconnue par le ministère de la Culture comme référent national sur les questions culture/monde du travail. Yonnel Liégeois

Rvi – Spectacle mis en scène par Maryse Meiche (Cie Combines) – Théâtre de la Bourse du Travail CGT, Avignon (84) – du 07/07/22 au 17/07/22 – 15h
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La R’vue – Création collective de et par la Compagnie Théâtre de L’Aventure ! – Théâtre de la Bourse du Travail CGT, Avignon (84) – du 07/07/22 au 17/07/22 – 21h
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Chambre 2 – Spectacle mis en scène par Catherine Vrignaud Cohen (Cie Empreinte(s)) – Théâtre Golovine, Avignon (84) – du 07/07/22 au 25/07/22 – 16h10
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Dépôt de bilan – Spectacle de et par Geoffrey Rouge-Carrassat (Cie La Gueule Ouverte) – Avignon-Reine Blanche, Avignon (84) – du 07/07/22 au 25/07/22 – 22h30
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À la ligne (Feuillets d’usine) – Spectacle mis en scène par Mathieu Létuvé (Cie Caliband Théâtre) – Théâtre de la Manufacture, Avignon (84) – du 07/07/22 au 26/07/22 – 13h50
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Le geste – Spectacle mis en scène par Hélène Tisserand (Cie Le plateau ivre) – Artéphile, Avignon (84) – du 07/07/22 au 26/07/22 – 17h15
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Cartable – Spectacle mis en scène par Vincent Toujas (Cie Toujours Là) – L’Espace Alya, Avignon (84) – du 07/07/22 au 28/07/22 – 20h45
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Paying for it – Création collective mise en scène par le Collectif La Brute – Théâtre des Doms, Avignon (84) – du 07/07/22 au 28/07/22 – 21h30
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Grès (tentative de sédimentation) – Spectacle mis en scène par Guillaume Cayet (Cie Le désordre des choses) – 11 • AVIGNON, Avignon (84) – du 07/07/22 au 29/07/22 – 10h35
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Pourquoi les lions sont-ils si tristes ? – Spectacle mis en scène par Karim Hammiche (Cie de L’Œil Brun) – 11 • AVIGNON, Avignon (84) – du 07/07/22 au 29/07/22 – 12h
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Étienne A. – Spectacle mis en scène par Florian Pâque (Cie Le nez au milieu du village) – La Scala Provence, Avignon (84) – du 07/07/22 au 29/07/22 – 15h25
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Des femmes respectables – Pièce chorégraphique de Alexandre Blondel (Cie Carna) – Avignon-Reine Blanche, Avignon (84) – du 07/07/22 au 29/07/22 – 18h15
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Leurs enfants après eux – Spectacle mis en scène par Hugo Roux (Cie Demain dès l’Aube) -11 • AVIGNON, Avignon (84) – du 07/07/22 au 29/07/22 – 22h15
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Bartleby – Spectacle mis en scène par Bruno Dairou (Cie des Perspectives) – Théâtre Le Casbestan, Avignon (84) – du 07/07/22 au 30/07/22 – 11h10
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Le prix de l’ascension – Spectacle de et avec Antoine Demor et Victor Rossi (Les créations manta) – Théâtre des Béliers, Avignon (84) – du 07/07/22 au 30/07/22 – 12h55
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Jules – Spectacle mis en scène par Mickaël Allouche (Carrelage Collectif) – Théâtre des Barriques, Avignon (84) – du 07/07/22 au 30/07/22 – 13h05
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Dream job(s) – Spectacle mis en scène par Alice Safran (Cie du Théâtre de l’Oiseau-Tonnerre) – Théâtre Tremplin, Avignon (84) – du 07/07/22 au 30/07/22 – 13h45
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Gueules noires – Spectacle mis en scène par Ali Bougheraba (Cie Rentrez dans l’art) – Théâtre Le Grand Pavois, Avignon (84) – du 07/07/22 au 30/07/22 – 13h50
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On vous rappellera – Spectacle mis en scène par Christophe Lavalle (Cie des Recruteurs) – Les Étoiles, Avignon (84) – du 07/07/22 au 30/07/22 – 14h10
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Petit boulot pour un vieux clown – Spectacle mis en scène par Virginie Lemoine – Théâtre du Balcon, Avignon (84) – du 07/07/22 au 30/07/22 – 16h
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RISE (et si on transformait le monde ?) – Spectacle mis en scène par Ariane Boumendil (Cie Les Vagues Tranquilles) – Théâtre des Béliers, Avignon (84) – du 07/07/22 au 30/07/22 – 17h40
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Petit paysan tué – Spectacle mis en scène par Yeelem Jappain (Cie Cipango) – Théâtre des Lucioles, Avignon (84) – du 07/07/22 au 30/07/22 – 21h45
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Débrayage – Spectacle mis en scène par Nikson Pitaqaj (Cie Libre d’Esprit) – La Chapelle des Italiens, Avignon (84) – du 07/07/22 au 30/07/22 – 21h45
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La Mâtrue – Adieu à la ferme – Spectacle de et par Coline Bardin (Cie La Mâtrue) – Théâtre du train bleu, Avignon (84) – du 08/07/22 au 24/07/22 – 16h15
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Élémentaire – Spectacle mis en scène par Clément Poirée (Théâtre de la Tempête) – Théâtre du train bleu, Avignon (84) – du 08/07/22 au 27/07/22 – 10h
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La passe imaginaire – Pièce chorégraphique mis en scène et interprétée par Etcha Dvornik (Cie Etcha Dvornik) – Théâtre Tremplin, Avignon (84) – du 08/07/22 au 30/07/22 – 20h30
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À la ligne – Spectacle mis en scène par Katja Hunsinger (Collectif Artistique du Théâtre de Lorient) – Théâtre du train bleu, Avignon (84) – du 09/07/22 au 27/07/22 – 10h
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Camille et la grève des boucher·ères – Spectacle mis en scène par Guillaume Fulconis (Cie Ring Théâtre) – Festival Villeneuve en scène, Villeneuve lez Avignon (30) – du 10/07/22 au 20/07/22 – 22h
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Ma prof ? – Pièce chorégraphique de Émilie Buestel et Marie Doiret (Cie Sauf le dimanche) – La Cour du spectateur, Avignon (84) – du 11/07/22 au 27/07/22 – 13h30
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Infirmière, sa mère ! – Spectacle de et par Caroline Estremo – Théâtre Le Paris, Avignon (84) – les 12/07/22 et 13/07/22 – 21h15
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Éducation nationale – Lecture et présentation de la création de Jeanne Lepers et François Hien, mise en scène par Jeanne Lepers (Cie Bloc / Harmonie Communale) – Théâtre du train bleu, Avignon (84) – le 14/07/22 – 10h30
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Libr’ – Spectacle mis en scène par Isabelle Starkier (Cie Poupette et Cie) – Théâtre de la Rotonde, Avignon (84) – du 19/07/22 au 28/07/22 – 16h
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Cordialement, – Spectacle mis en scène par Aurélia Ciano (Cie Donc du coup) – La Factory – 3-Chapelle des Antonins, Avignon (84) – du 19/07/22 au 30/07/22 – 10h
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Europe Connexion – Spectacle mis en scène par Pablo Dubott (Cie La Mala) – Théâtre Tremplin, Avignon (84) – du 19/07/22 au 30/07/22 – 10h15
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À SAVOIR AUSSI :

Travailler dans le spectacle ! Sens, engagement, expérience – Forum animé par Catherine Courtet (ANR) et Claire Guillemain (Thalie Santé) – Cloître Saint-Louis, Avignon (84) – le 13/07/22 – 10h à 13h

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– Quelle politique sociale pour le spectacle vivant ? – Avec la mutuelle Audiens, en partenariat avec la CGT spectacle – Cloître Saint-Louis, Avignon (84) – le 13/07/22 – 16h30 à 18h

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Pour une démocratie réelle

Au lendemain des élections, l’historienne Martine Riot-Sarcey commente l‘actualité politique. Par la spécialiste du féminisme et des révolutions du XIXe siècle, une analyse hors des propos convenus. La professeure émérite à l’université Paris-VIII-Saint-Denis plaide pour une vraie démocratie, celle qui s’organise de bas en haut.

Difficile d’aller à l’encontre des espoirs d’un grand nombre d’entre nous, mais il me semble plus que nécessaire d’ouvrir une brèche critique dans l’enthousiasme mesuré au soir du second tour des élections législatives. Tout d’abord, un constat d’échec accablant dont les effets délétères sont à venir : l’entrée en force de l’extrême droite à l’Assemblée quand la victoire électorale revient aux abstentionnistes ! La honteuse propagande du représentant de la France de Vichy, fascinant les médias pendant des mois, a banalisé le rejet de l’autre, et permit ce score inédit de l’extrême droite. Certes la majorité présidentielle a subi un désaveu. Mais force est de constater que la démocratie électorale se révèle telle qu’en elle-même, non représentative, tous partis confondus. La vraie démocratie reste à construire. Or, pas plus que les autres, la Nupes, par l’intermédiaire de son leader, ne s’est engagée vers la participation réelle et immédiate de la population : elle a imposé ses candidats sans la moindre consultation des électeurs à la base dans chaque circonscription. Et l’élection de Rachel Kéké ne suffira pas à provoquer un bouleversement. La vraie démocratie reste à construire.

La catastrophe écologique, en cours désormais, nous oblige à rompre avec les illusions d’hier. Comment imaginer possible une réduction urgente et drastique de la consommation d’énergie sans l’assentiment puis la collaboration étroite de tous et de chacune ? Comment imaginer réalisable la réorientation de l’économie vers une production, non pas guidée par la technique ou la technologie, mais vers un mieux-être de l’ensemble de l’humanité si la prise en charge directe des individus n’est pas engagée ? Comment mettre un terme aux discriminations, sans l’horizon d’une justice sociale partagée, et mise en œuvre par tous, comme nos prédécesseurs n’ont cessé d’en réclamer la réalisation ? Il ne s’agit plus de surseoir aux tâches incontournables en brandissant un illusoire programme de transition, il s’agit tout simplement de renouveler un processus maintes fois entravé en donnant la priorité au « progrès de l’esprit humain » (Condorcet), au service du vivant comme des plus fragiles et de renoncer à la force des choses dont le primat nous a conduits à la catastrophe présente. Le fétichisme de la marchandise, au profit d’une minorité de privilégiés, est à l’origine, nous le savons, de l’exploitation de la nature, comme de l’exploitation de l’homme par l’homme, et donc responsable des inégalités sociales comme de la disparition de certaines espèces.

Tout est à repenser, de la réparation de la planète à l’élimination des différentes formes de domination. La tâche est immense et ne s’accomplira pas à coup de manœuvres parlementaires et de manifestations de rues. Rien désormais, on le sait, ne pourra se faire sans l’engagement de tous dans le respect de l’autre. Cette actualité est inéluctable et la difficulté ne se résout pas en occupant les places d’un pouvoir au service du libéralisme depuis le XIXe siècle, quelle que soit la couleur politique des dirigeants des différents pays. En France, une forme d’union de la gauche a été réalisée dans le cadre électoral, à l’écart de l’immense mobilisation de citoyens qui depuis plusieurs années non seulement réclamaient cette unité mais tissaient des liens avec le plus grand nombre d’habitants de ce pays. La France insoumise a imposé son rythme en suivant les directives de son leader. Aujourd’hui rien n’est prévu pour commencer collectivement cette lourde tâche que nous imposent les méfaits des dirigeants du monde entier. Après la Syrie, l’Ukraine, la domination des puissants par la guerre destructrice se poursuit, tandis que la famine menace de nombreux pays, et que la question sociale se pose partout. L’engagement pour une nouvelle Constituante ne suffit pas, l’expérience du Chili nous le montre.

Il est encore temps de réagir en organisant des débats au plus près du quotidien de chacun, afin d’apprendre à gérer ensemble la chose publique (res publica), laquelle nous concerne tous. Nous pourrions multiplier les universités populaires afin d’égaliser les connaissances en s’autoformant tout en réapprenant à débattre, collectivement, à condition de croire à la responsabilité collective. Dès décembre 2018, des collectifs de gilets jaunes ont opté pour l’apprentissage de la démocratie réelle. Ils nous ont montré le chemin. Il ne suffit pas de s’approprier leur chanson fétiche pour laisser croire que nous sommes de leur côté, encore faut-il, comme ils l’ont fait, mettre en œuvre la démocratie dans tous les lieux communs, en commençant par les mouvements, partis et syndicats etc. Le mode de gouvernement démocratique, en effet, ne se définit pas par la force « de convaincre », comme nous l’avons entendu au soir du premier tour, mais par l’écoute et le débat en cherchant à faire revivre la tradition de la gestion collective.

Nous héritons de deux siècles de délégation de pouvoir, c’est pourquoi la tâche est ardue, et sera longue, mais la conjoncture nous commande d’ouvrir les yeux sur la réalité écologique et sociale dont la dégradation est irréversible si chacun d’entre nous ne prend pas sa part de responsabilité. Rien de « révolutionnaire » ne peut se faire concrètement par de simples décisions gouvernementales, excepté sous les régimes autoritaires dont nous ne sommes pas à l’abri, loin s’en faut. Il est temps que les différents « représentants », se réclamant de la tradition populaire, cessent de faire croire que l’occupation des postes du pouvoir d’Etat détiendrait les clés de l’avenir. L’histoire a été suffisamment éloquente à ce sujet. De l’Urss à la Chine en passant par le Venezuela jusqu’aux mesures d’après-guerre en Europe, les nationalisations ne sont en rien la garantie d’une gestion démocratique.

Au XIXe siècle les ouvriers définissaient la liberté en ces termes : « le pouvoir d’agir dans tous les domaines ». Reprendre à notre compte cette tradition est la nécessité du moment en ouvrant dès maintenant la voie de la vraie démocratie, laquelle, n’en doutons pas, n’advient pas de haut en bas, mais s’organise de bas en haut. Michèle Riot-Sarcey

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Solange, fille de George Sand

Spécialiste de la romancière George Sand, Christophe Grandemange publie Une vie inachevée. La biographie consacrée à Solange, la fille de l’auteure de La mare au diable. Une femme à forte personnalité, qui signera elle-même divers ouvrages, dont trois romans.

Solange Sand ne bénéficie pas de la renommée de sa mère, George Sand. Un personnage devenu emblématique du Berry, connu pour ses engagements et sa personnalité, autant que pour son œuvre littéraire. Les ouvrages ne manquent pas pour relater l’existence de l’écrivaine.

Passionné par l’auteure de « La mare au diable », Christophe Grandemange a fondé Corambé, une association qui lui est dédiée. Il consacre alors une grande partie de son travail à George Sand et aux membres de sa famille. C’est donc tout naturellement qu’il s’intéresse à Solange. En 2017, il publie une première biographie la concernant. En 2021, il écrit Une vie inachevée, un ouvrage nourri d’extraits de l’abondante correspondance qu’elle rédige à destination de sa mère. Ces lettres permettent de mieux connaître la vie de cette femme à très forte personnalité, marquée par une relation conflictuelle avec sa génitrice affirmant que sa fille « est gaie, folle, fantasque, aimable et détestable au suprême degré ».

Le parcours chaotique de Solange l’a conduit dès l’âge de 19 ans à un mariage contesté par son entourage. Elle épouse le sculpteur Jean-Baptiste Clésinger, un homme qui se montre violent et alcoolique. Le couple sera expulsé de Nohant, la célèbre résidence de la famille Sand. Solange se séparera de son époux quelques années plus tard. Sa vie tourmentée sera marquée très tôt par la disparition de ses deux enfants et par la souffrance psychologique née des rapports avec sa mère. Elle réalisera de nombreux voyages et l’écriture de plusieurs ouvrages, dont trois romans. Philippe Gitton

Jusqu’au 1er juillet, la médiathèque d’Azay-le-Ferron (36) présente une exposition de photographies consacrée à la famille Sand.

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Dijon, une ville qui a la cote !

Chaque semaine, du lundi au vendredi à 12h30, France Inter ouvre son antenne à d’insolites Carnets de campagne. Parole est accordée aux initiatives citoyennes sur les territoires. En accord avec notre confrère Philippe Bertrand, le créateur de l’émission, Chantiers de culture se réjouit d’en relayer la diffusion. Yonnel Liégeois

L’histoire qui ouvre le premier chapitre de cette édition en Côte-d’Or, est d’une grande humanité et d’une reconversion professionnelle qui ne tenait qu’à un fil. Le fil de l’histoire se déroule à Arnay-sous-Vitteaux avec Aurélien Pitaval, ingénieur du son devenu meunier au Moulin du Foulon. Vous me direz entre le blé, le son et la farine, il y a des liens qui nous échappent… Ils sont tous aussi jeunes les uns et les unes que les autres à l‘image de Baptiste passionné par les médias, Christelle par la typographie, Benoît par l’image et Manon, jeune journaliste. Ensemble ils ont inventé une revue rare par son format et son contenu qui s’appelle tout simplement Pays. Une première publication portait sur Saint-Malo, une seconde sur le Vercors et une troisième sur le quartier de Belleville.

Le défaut des campus ? Être parfois implantés en périphérie des villes et non au cœur de celles-ci… C’est le cas à Dijon, même si l’urbanisation a tendance à encercler petit-à-petit ces territoires du savoir et de la formation. Longtemps s’est posée la question des activités étudiantes en lien avec la communauté urbaine. Le problème est résolu depuis un moment à l’image du GNUB, le groupe naturaliste universitaire de Bourgogne. Cette association, créée en 2006 et basée sur le campus de Dijon, est l’exemple même de l’ouverture sur le monde et sur la nature. Parmi les initiatives du GNUB, il y a inévitablement des sorties naturalistes (brame du cerf, sorties botaniques ou prospections nocturnes) mais aussi des opérations de sauvetage du crapaud que la presse locale relaie régulièrement. Elles se réalisent avec les habitants, comme les suivis de populations du Hibou Grand-Duc ou de la Salamandre tachetée. Je retiens plus particulièrement l’inventaire participatif que les étudiants montent depuis avril dernier dans le cadre du programme Campus biodiversité afin de sensibiliser à la biodiversité sur le campus. L’association est ouverte à tous les publics.

Fanny et Gwendoline, quant à elles, ont achevé leurs études pour se lancer dans une petite entreprise établie à Dijon sous le nom de Druydès. Souffrant d’allergies aux cosmétiques conventionnels, elles ont ouvert un laboratoire de shampoings solides 100% naturels. Le plus dans leur démarche est l’emballage utilisé qui est une boîte de papier ensemencé. Il suffit après déballage du produit de laisser l’emballage s’imbiber d’eau avant la mise en terre de ce qui donnera naissance à une belle variété de coquelicot bio. Elles ont mis au point plus récemment un shampoing solide naturel pour les animaux qu’elles ont baptisé Dahü. Philippe Bertrand

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