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Viens voir les comédiens…

En ces heures troubles et troublantes, comédiens, musiciens et écrivains, plasticiens et magiciens ne cessent de rêver, chanter, créer. Une sélection de propositions régulièrement actualisée que Chantiers de culture soutient et promeut. Yonnel Liégeois

– Du 11/01 au 06/02, le Centre dramatique national des Tréteaux de France s’installe au Pavillon Villette à Paris. En cet espace épuré, lentement le public s’installe pour savourer à sa guise l’un des trois chefs d’œuvre de Jean Racine : Andromaque, Bérénice et Britannicus. Trois classiques du répertoire dans une mise en scène de Robin Renucci, le directeur du CDN, pour nous faire apprécier plus que la modernité du propos : la musicalité, le rythme, la beauté de l’alexandrin racinien ! Entre puissance tragique et verve poétique, intrigues politiques et amours impossibles, un théâtre qui a encore tant de choses à nous dire aujourd’hui sur ce que sont passions et désillusions, désirs et désespoirs. Les 5 et 6/02, sera joué l’intégrale du triptyque « dans le simple appareil d’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil » (Racine, in Britannicus).

– ENTRE COUPS DE COEUR ET CRIS DE COLERE, CHANTIERS DE CULTURE VOUS AIDE À RÉFLÉCHIR, LIRE ET SORTIR ! UN PETIT CLIC POUR LE GRAND CHOC… GRATUIT MAIS QUI PEUT RAPPORTER GROS, ABONNEZ-VOUS : CHANTIERS DE CULTURE

Du 14/01 au 02/02, le cirque Trottola fête à Paris ses vingt ans d’existence en plantant son chapiteau sur le site du Cent quatre ! Accompagnés par les musiciens Thomas Barrière et Bastien Pelenc, Titoune et Bonaventure Gacon sonnent la cloche et c’est parti pour un tour…   Campana, leur nouvelle création ? Un spectacle pour tout public, scandé d’exploits virtuoses (trapèze volant, portés acrobatiques…) et de petits riens, ces instants furtifs où une mimique, un regard ahuri ou un dos vouté arrachent aux petits et grands autant de rires que de larmes. Deux personnages venus d’ailleurs en quête de lumière, deux interprètes fascinants qui délient leurs corps pour mieux aimanter nos cœurs !

– La plateforme de la Cinémathèque française, Henri, du nom de son fondateur Henri Langlois, poursuit l’aventure ! Au menu, des projections en exclusivité, des œuvres à voir ou revoir, une centaine de films à découvrir… Mais aussi quelques 800 vidéos (leçons de cinéma avec les plus grands cinéastes, acteurs, actrices et technicien.nes au monde, essais, conférences…) à regarder, ainsi que plus de 500 articles à lire ou relire.

– Le 26/01, à 20h30 à Paris, sur la scène de l’emblématique cabaret des Trois Baudets, Agnès Bihl propose un concert exceptionnel ! La chanteuse rebelle décoiffe dans le paysage chansonnier avec une voix et une gouaille au service de textes qui mêlent le verbe poétique à l’incorrect politique. Des chansons qui font dans le détonant, le décapant, une tornade blonde à la chasse des enzymes plus cons que gloutonsLa contestation, chez la Bihl de raison, ce n’est pas du tract ou du propos béton. Sur des paroles langue de velours et des musiques bien léchées, tendresse et passion se déclinent au diapason de l’humour et de la dérisionUne voix qui caracole entre rock et musette, de la chanson populaire bien ciselée entre coups de cœur et coups de griffe, émotion et rébellion, réalisme et poésie.

– Chaque dimanche, sur France Inter à 23h00, Zoé Varier propose sa Journée particulière ! La rencontre avec une personnalité célèbre ou méconnue qui conte ses choix de de travail ou de recherche à partir d’un événement marquant de sa vie. Un entretien hors des propos convenus : la collusion entre histoire personnelle et histoire collective.

– Jusqu’au 30/01, le Théâtre national populaire, le TNP de Villeurbanne, affiche un programme des plus alléchants ! En trois temps, trois mouvements… D’abord, jusqu’au 14/01, Margaux Eskenazi et Alice Carré proposent, avec Et le cœur fume encore, une traversée des mémoires bafouées de la guerre d’Algérie. Ensuite, du 13 au 30/01, Jean Bellorini, le directeur du lieu, met en scène Le jeu des ombres, la pièce de Valère Novarina : un regard neuf sur le mythe d’Orphée quand les âmes errent dans les enfers, quand le monde brûle et que l’univers se dérègle. Enfin, du 21 au 29/01, carte blanche est offerte à André Markowicz, le maître traducteur de la littérature russe, qui présente deux soirées autour de la poésie russe et deux autres autour de l’œuvre de Françoise Morvan, poétesse et traductrice. Au final, un mois à voyager d’Est en Ouest, du Nord au Sud, dans toutes les langues et en toute saison !

– Né sous François Ier en 1530, l’emblématique Collège de France nous invite à explorer gratuitement plus de 10 000 documents (leçons inaugurales, cours annuels des professeurs, entretiens filmés…). Sur Chantiers de culture en 2016, notre consœur Amélie Meffre suggérait déjà d’aller butiner dans cette incroyable caverne aux trésors qu’est le Collège de France !

– Jusqu’au 31/01 à Montreuil (93), le musée de L’Histoire vivante propose Mémoires Communes 1871-2021. Sous la férule d’Éric Lafon, historien et directeur scientifique du lieu, une exposition à moultes facettes sur le temps de la Commune : son histoire, ses combats, ses utopies toujours vivaces en ce troisième millénaire. Par le texte et l’image, des premières heures jusqu’au bain de sang final, un parcours historique pour (re)découvrir cette révolution dans toute sa diversité, son développement en province ou à l’étranger, son action et ses projets de réforme. À noter que le musée possède nombre de manuscrits des poésies de Louise Michel.

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Brel, tout feu tout flamme

Fini le temps où Bruxelles « bruxellait » quand les Marquises s’alanguissaient ! Jacques s’en est allé, la Mathilde ne reviendra plus. Brel, lui, est de retour dans Le Grand feu avec le rappeur belge Mochélan. Du 27/11 au 04/12 au Théâtre Dunois, une programmation hors les murs du Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine.

Gémir n’est point de mise aux Marquises. Lorsque, par manque de brise, là-bas le temps s’immobilise, ici-aussi dans le Hainaut comme en Picardie, de Knokke-Le-Zoute à Paris, de Charleroi au Théâtre Dunois (75), la pendule, qui dit oui qui dit non, cesse de ronronner au salon. Un matin d’octobre 1978, Jacques Brel s’en est allé rejoindre Gauguin. Non Jef,  ne pleure pas, tu n’es pas tout seul, il nous reste la mère François… Et Mochélan le rappeur belge qui met le feu aux planches des théâtres, en compagnie de son compère DJ Rémon Jr et de Jean-Michel Van den Eeyden, le directeur et metteur en scène du Théâtre de l’Ancre en Belgique !

C’est envoûtant, c’est puissant, c’est grand ce « Grand feu », attisé par l’univers de Brel et l’imaginaire d’un trio détonant ! Qui embrase la scène, embarque l’auditoire sur les traces de L’homme de la Mancha en quête de son inaccessible étoile. Aujourd’hui, nous en sommes certains, le Don Quichotte des impossibles rêves ne nous laissera plus jamais orphelin en compagnie de l’ami Jojo et de maître Pierre à la sortie de l’hôtel des Trois-Faisans.

Le risque est grand, souvent, pour l’amoureux de l’univers d’un créateur. Que penser de l’impertinent, de l’insolent qui s’empare ainsi sans vergogne des musiques et des textes de l’autre : au nom de quel droit, de quelle notoriété ? Non, « faut pas jouer les riches quand on n’a pas le sou », clamait le Bruxellois, « faut pas jouer à imiter ou copier quand on n’a pas les qualités », affirmons-nous avec méfiance ! Si l’exercice est délicat, la bande à Mochélan s’en sort avec brio et grand talent.

Leur rêve ? « Faire apprécier les musiques urbaines au public qui vient pour l’hommage à Brel et faire découvrir et aimer Brel à ceux qui ne jurent que par le rap » : prouesse accomplie ! Comme l’affirment les protagonistes, plus qu’un hommage à Brel, Le grand feu est un rendez-vous avec l’artiste, ses mots, sa pensée : « amour, liberté, soif d’aventure, mort, solitude… L’universalité de son écriture est interpellante ».

Mélangeant les genres et ses textes à ceux du poète, dans une scénographie fort suggestive et poétique, le diseur et chanteur rappe pour nous plonger avec authenticité dans la modernité de Brel. Quoique Six pieds sous terre, le pourfendeur des Flamandes et compagnon de Jaurès ne nous est jamais apparu aussi vivant. Décor vidéo fantasque signé Dirty Minotor, voix puissante et rugueuse, création mélodique d’une prodigieuse inventivité : du théâtre musical comme art majeur ! Yonnel Liégeois

Du 27/11 au 04/12, au Théâtre Dunois (Du lundi au jeudi, 19h. Les vendredi et samedi, 20h. Le dimanche, 16h).

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Un plateau de marionnettes

Les artistes des arts de la marionnette et arts associés s’inquiètent pour la diffusion de leur spectacle à Paris : le plateau du théâtre Mouffetard ne répond plus à leurs attentes. Ils lancent un appel aux pouvoirs publics pour la création d’un nouveau lieu.

Nous sommes des artistes, compagnies et collectifs de théâtre dont la particularité est le travail avec la marionnette et l’objet. Basés en région ou en Île-de-France, nous présentons régulièrement nos spectacles dans les Scènes Conventionnées, les Scènes Nationales, et les Centres Dramatiques Nationaux pluridisciplinaires sur l’ensemble du territoire. Nous représentons cette génération de marionnettistes qui porte le renouvellement de ces pratiques, souvent en lien avec d’autres arts.

Le Mouffetard – Théâtre des arts de la marionnette est pour nous un lieu incontournable par son engagement historique pour cet art et sa localisation au cœur de Paris. Nous y jouons nos spectacles, nous y déployons nos démarches artistiques, nous entretenons des relations fortes et engagées avec son équipe et avec les nombreux spectateurs curieux ou amateurs de ses formes artistiques singulières. Il est le lieu de visibilité parisienne des Arts de la Marionnette et accompagne ses évolutions permanentes et ses métamorphoses qui renouvellent aujourd’hui la scène du théâtre contemporain. À ce titre, les arts de la marionnette sont présents dans les lieux et festivals emblématiques du paysage culturel français. Certains d’entre nous ont joué ces dernières années des formes d’envergures dans divers festivals nationaux et internationaux, dont le IN du Festival d’Avignon.

Aujourd’hui, nous sommes nombreux, en région à jouer nos spectacles dans des structures qui nous accueillent au sein d’équipements adaptés à nos pratiques (…) Nous constatons avec regret qu’à Paris, le plateau du Mouffetard ne correspond plus aux ambitions esthétiques de nos spectacles. Trop de contraintes techniques nous obligent à renoncer à y présenter nos créations ou à les adapter en réduisant leur forme initiale. Les marionnettistes, membres du Conseil d’administration (…), alertent régulièrement sur les carences importantes en terme de sécurité et d’accessibilité, en particulier l’absence d’un accès PMR dans le théâtre.

Au moment où nous nous réjouissons de la mise en place du Label Centre National de la Marionnette (…), nous ne pouvons que déplorer le fait que le théâtre Mouffetard ne soit plus en adéquation avec la diversité, l’ampleur et les exigences de la création actuelle. Nous pensons nécessaire qu’un lieu d’envergure se déploie au cœur de Paris pour pouvoir être le reflet de cette créativité et permettre au public parisien de profiter des nombreuses créations qui voient le jour au sein des régions (…) Nous pensons qu’il est pertinent de faire connaître cette démarche collective engagée vers la Ville de Paris et le ministère de la Culture.

Yngvild Aspeli, Johanny Bert, Claire Dancoisne, Emilie Flacher, Laurent Fraunié, Renaud Herbin, Alice Laloy, Michel Laubu, Bérangère Vantusso, Elise Vigneron, Delphine Bardot et Santiago Moreno, Camille Trouvé et Brice Berthoud, Benjamin Ducasse, Valentin Pasgrimaud, Hugo Vercelletto, Isabelle Yamba et Arno Wögerbauer.

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Haute-Saône, haut-lieu culturel

Chaque semaine, du lundi au vendredi à 12h30, France Inter ouvre son antenne à d’insolites Carnets de campagne. Parole est accordée aux initiatives citoyennes sur les territoires. En accord avec notre confrère Philippe Bertrand, le créateur de l’émission, Chantiers de culture se réjouit d’en relayer la diffusion. Yonnel Liégeois

J’ai conservé sous le coude le courrier de Paule qui témoigne de la vitalité des actions culturelles en Haute-Saône parmi lesquelles le festival Rolling Saône dont la prochaine édition aura lieu en mai 2022 à Gray ou encore le festival Voix-là, toujours à Gray, dont le 10ème numéro placé sous le thème de la Folie Douce donnera libre cours à la musique vocale sous toutes ses formes. Le festival 2021 aura lieu du 2 au 5 décembre prochain. Son courrier mentionnait également le travail effectué par le Collectif CinEclate qui consacre chaque mois une soirée événementielle autour d’un chef-d’œuvre du patrimoine cinématographique sur le grand écran du Cinémavia de Gray.

Et puis c’est dans le Doubs que s’est déroulé à Houtaud, village de la communauté de communes du Grand Pontarlier, un événement atypique baptisé « émancipé.e ». Les 2 et 3 octobre, une quarantaine d’artistes plasticiens et comédiens sont venus exposer ou performer. La manifestation est portée par l’association Tant’a qui gère un tiers-lieu et un espace de travail partagé. Ce tiers-lieu, la Tantative, est bien intéressant puisque les coworkers et membres de l’association doivent participer à la programmation socio-culturelle.

Une programmation particulièrement riche avec des expositions, des cafés associatifs et citoyens, une boutique éphémère et de multiples journées thématiques ! Parmi les innovations de l’émancipé.e, une Human library, concept né au Danemark… Le principe ? Non pas emprunter un livre mais un être humain, le temps d’un dialogue où les préjugés doivent être levés. L’idée commence à faire son chemin en France. Philippe Bertrand

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Loos et ses mines de culture

Jusqu’au 09/10, à Loos-en-Gohelle, Guy Alloucherie présente C’est pour toi que je fais ça ! C’est en 1998 que Culture Commune, devenue Scène nationale, s’installait sur l’ancien carreau 11/19 du bassin minier du Pas-de-Calais. Faisant de la Salle des Pendus sa Fabrique Théâtrale et rayonnant sur 22 communes. Un pari réussi pour une équipe artistique qui érige en label l’accès à la culture pour tous.

Comme à chaque fois qu’il franchit la porte de cette fameuse salle des pendus, le visage de Michel rayonne. Ici, à Loos-en-Gohelle, l’ancien mineur d’origine polonaise se sent chez lui. Dès l’âge de 14 ans, après avoir réussi son certif, chaque jour il est descendu au fond pendant trente quatre ans. Il était présent lors de la catastrophe de Liévin, en décembre 1974, lorsqu’un coup de grisou assassin fit 42 morts. Il travailla jusqu’en 1982 au puits 11 précisément, accrochant au retour des entrailles de la terre ses habits noirs et sa torche au fil des pendus, là où justement Culture Commune creuse désormais son sillon…

« La métamorphose est formidable », confesse Michel, « c’est important qu’il existe des lieux comme ça, surtout pour un public comme nous sans culture ». Un regard sévère, un retour sur histoire sans nuance pour l’homme qui, souvenirs à foison, les conte avec verve et talent. Un dynamisme et une ouverture d’esprit communicatifs : pour rien au monde, Michel ne raterait une création à la Fabrique ! Et pourtant, au lendemain de la cessation d’activités sur le site, le puits 11/19 était promis au démantèlement et à la disparition… Il fallut toute la volonté de l’édile local et des communes environnantes pour sauver la friche industrielle et la racheter pour 1€ symbolique en 1985. De la réhabiliter ensuite avec les deux chevalements inscrits en 1992 à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, de l’aménager enfin autour de trois pôles de développement : culture et social, nature et écologie, sport et détente. Avec, en 1998, l’enracinement de Culture Commune sur le site pour asseoir son projet artistique et, un an plus tard, l’obtention du label « Scène nationale » du bassin minier du Pas-de-Calais.

Pour Chantal Lamarre, la directrice du lieu jusqu’en 2014, l’aventure débuta en 1990. En créant sur le site minier un premier spectacle, « Le bourgeois sans culotte ou le spectre du Parc Monceau » de Kateb Yacine, et en récidivant l’année suivante avec les fameuses « Rencontres Transnationales » où artistes polonais et français (plasticiens, chorégraphes, musiciens et comédiens) habitèrent le lieu pendant dix jours avec moult créations. Le vrai déclic, cependant ? En 1995, lorsque le syndicat intercommunal du Liévinois la charge de mission pour élaborer un projet artistique, culturel et social qui rayonnerait à partir de Loos sur tout le bassin minier du Pas-de-Calais. Formée aux aventures collectives, l’ancienne étudiante en maths peaufine son projet en fédérant d’abord 22 communes sur le secteur Lens-Liévin-Valenciennes et Douai… « Notre bras armé pour conduire les créations à terme ? Les artistes en résidence sur le territoire ». Une conviction pour la tête chercheuse de Loos qui conçoit avant tout son action dans un rapport de proximité avec les populations locales, qui se veut fédératrice de projets réfléchis avec les partenaires culturels des communes concernées. Aujourd’hui, Culture Commune peut s’enorgueillir d’avoir gagné son pari : un public local fidélisé aux propositions de la Fabrique théâtrale, vingt-deux communes fédérées sur un objectif partagé qui mêle à valeur égale expérimentation et recherche, création artistique et rencontres passionnantes entre des artistes immergés dans le local et des habitants souvent éloignés, géographiquement ou culturellement, des pratiques artistiques.

Quant à Laurent Coutouly, le nouveau directeur, le propos est clair, « d’hier à aujourd’hui les fondamentaux demeurent à l’identique ». à savoir non pas faire pour les populations locales mais avec, enraciner les pratiques artistiques sur les territoires, favoriser l’économie sociale et solidaire pour l’émergence de projets collectifs, respecter le patrimoine social et culturel en en transmettant la mémoire… Avec deux événements majeurs en 2012 qui ont insufflé un regain de souffle et de notoriété à la région : l’inscription du bassin minier au patrimoine mondial de l’Unesco et l’inauguration du Louvre-Lens ! Trente ans de Culture commune et cent ans de Théâtre national populaire ? à Loos comme à Villeurbanne, l’anniversaire se célèbre avec un an de retard pour cause de crise sanitaire. Sur des ponts communs, par exemple avec la dramaturge Magali Mougel en immersion sur la base 11/19, dont la lecture de Lichen est mise en espace par Jean Bellorini au TNP. « Sur les mêmes valeurs surtout, celles de l’éducation populaire chère aux précurseurs : une pratique artistique et culturelle de classe, à savoir celle qui ne laisse aucun milieu social aux portes des savoirs et des sciences ! »

L’atout majeur de l’ancien site minier, pour la mise en œuvre d’un tel programme ? L’implication de la compagnie HVDZ dirigée par Guy Alloucherie, en tant qu’ artiste associé… Cet ancien fils de mineur et compagnon de route d’Eric Lacascade au temps du Ballatum Théâtre se veut l’initiateur d’une démarche artistique originale au plus près des milieux populaires. D’abord parce qu’il les connaît bien, surtout pour les richesses insoupçonnées dont il les sait porteurs. Osant alors mêler tous les genres dans ses créations pour donner à voir, imager et interpeller au cœur même du monde où vivent, aiment et luttent les hommes et femmes qu’il côtoie. Ne refusant jamais avec sa troupe l’immersion, le contact et le dialogue avec les habitants. « Il m’importe de concevoir une création au plus près de gens qui sont les premiers à pouvoir s’exprimer sur ce que sont art et culture selon eux, j’ai besoin de ce dialogue permanent », témoigne avec force conviction Guy Alloucherie. Sa responsabilité première ? « Savoir écouter et recueillir ces paroles d’abord, mettre ensuite mon savoir faire au service d’un public pour œuvrer, chacun à sa place, à la transformation sociale ».

Ainsi va la compagnie HVDZ, les spectacles fourbis par Alloucherie et sa bande sont toujours des « ovni » dans le monde du spectacle vivant, des objets de « déstructuration massive » qui ne peuvent laisser le public indifférent. Tout y passe, se mêle et s’emmêle, de quelques pas de danse sur une table aux témoignages vidéo de travailleurs sociaux dans les favelas du Brésil, des contorsions acrobatiques de quelques funambules échappés de leur piste de cirque aux mélopées scandées derrière un micro… Chaque création se présente tel « un rendu citoyen » au regard des « veillées » chez l’habitant qui nourrissent le matériau du spectacle : des témoignages sur la vie d’aujourd’hui et les combats à y conduire, des convictions et interrogations sur la place de l’art dans la vie de chacun…

La fabrique de Culture Commune ? Une authentique symphonie sociale et poétique qui transcende tous les genres pour qu’explose l’urgence à dire le monde et le transformer, pour que chacun devienne à sa place et à sa façon acteur de son destin. Yonnel Liégeois

Un spectacle inscrit au répertoire !

C’est pour nous qu’il l’a mis en scène en 1997, avec la 9ème promotion des étudiants du Centre national des arts du cirque, C’est pour toi que je fais çà ! que Guy Alloucherie reprend 25 ans plus tard avec les élèves de la 34ème promotion du CNAC… Un spectacle détonant, délirant pour cette re-création devenue un classique des arts du cirque ! La bande d’artistes-comédiens circassiens s’en donnent à cœur joie, entre humour et paranoïa, entre numéros individuels et collectifs, où chacune et chacun dévoilent leurs talents sans retenue. Des fûts pour tambour, un canapé poussiéreux , du trapèze et de la voltige, des engins traditionnels de la piste aux nouvelles figures théâtrales, un spectacle total conduit à grande vitesse, sans temps mort ni baisse de régime. époustouflant, à applaudir sans commune mesure à Culture Commune !

Les 8 et 9/10, sous chapiteau à la base 11/19 de Loos-en-Gohelle. Les 26 et 27/10 au Festival Circa à Auch.

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Pierre-Yves Charlois et la marionnette

Jusqu’au 26/09, Charleville-Mézières (08) fête les 60 ans de son Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes et les 40 ans de l’Institut International de la Marionnette. Cette 21e édition est dirigée par Pierre-Yves Charlois. Rencontre avec le nouveau directeur.

Avec l’aimable autorisation de notre confrère Stéphane Capron, journaliste au service culture de France Inter et créateur du site Sceneweb, Chantiers de culture se réjouit de publier cet entretien.

Stéphane Capron – Le Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes est l’un des rares festivals à être passé entre les gouttes de la Covid-19, entre l’édition 2019 qui s’est déroulée avant le début de la pandémie, et celle-ci qui se tient alors que les salles de spectacle ont pu rouvrir au printemps. Cette édition est-elle tout de même amputée ?

Pierre-Yves Charlois – Je suis très content non seulement que le festival puisse se tenir, mais qu’il se tienne à pleines voiles avec énormément d’internationaux. Nous sommes l’un des rares festivals en France à être en capacité de présenter autant d’équipes artistiques internationales, mais cela a forcément été complexe à organiser, surtout avec la mise en place du passe sanitaire. On investit 24 lieux différents, plus six espaces de convivialité. A l’entrée de chacun, il faut le passe sanitaire. Et nous avons du gérer les équipes artistiques long courrier avec la gestion des visas de compatibilité de vaccins. Par exemple, nous devions accueillir des Iraniens qui étaient classifiés « orange », ce qui imposait une quarantaine de sept jours. Ils avaient pris leurs billets d’avion, ils avaient un visa à telle date, et puis, en fait, l’Iran est repassé en zone rouge. Il a fallu tout refaire en termes de visas.

S.C. – Y a-t-il des compagnies que vous auriez souhaité inviter pour cette édition et qui n’ont pas pu venir ?

P-Y.C. – Oui. Sur 88 équipes artistiques présentes, on a une équipe de Libanais qui n’a pas pu venir, mais cela dépasse les questions de la Covid-19. Et puis d’autres équipes artistiques ont choisi de reporter leur venue parce que la crise sanitaire les a empêchées de travailler. Elles n’étaient pas prêtes pour leur création et elles ont préféré ne pas présenter quelque chose d’inabouti.

S.C. – Depuis deux ans, les compagnies ont souffert car elles n’ont pas pu jouer, tout en continuant à créer. Est-ce qu’un festival comme le vôtre est le moment de permettre à ces jeunes compagnies de s’exprimer artistiquement ?

P-Y.C. – Au FMTM, on donne à voir tous les deux ans une photographie de la création marionnettique mondiale. Cela veut aussi dire que l’on donne à voir toutes les expérimentations, toutes les aventures des artistes dans toutes les disciplines de la marionnette. On parle de la marionnette, mais tous les théâtres de marionnettes se rejoignent ici, du fil au guignol en passant par l’objet et la matière, et, à ce titre-là, c’est la magie de la marionnette qui se donne rendez-vous à Charleville-Mézières. Donc oui, nous présentons beaucoup de jeunes artistes. Sur 88 équipes artistiques, 30 viennent pour la première fois. On présente 22 coproductions mondiales qui n’ont pas été jouées ailleurs et j’ai souhaité donner la part belle aux jeunes artistes. Trois générations se côtoient pour les 60 ans du festival. On a les pionniers, la relève et la nouvelle vague.

S.C. – Comment les arts de la marionnette ont évolué au cours de ces 60 ans ?

P-Y.C. – La marionnette est un art total, elle embrasse et elle embrase toutes les disciplines. On parle de théâtre de marionnettes, mais quand les marionnettistes sortent de leur castelet comme ils le font depuis maintenant 30 ou 40 ans pour investir les plateaux, cela devient de la chorégraphie. La marionnette à fils est encore là et on en a besoin, parce qu’elle est aussi inspirante avec des artistes virtuoses et véloces qui sont incroyables. Mais on présente aussi des artistes qui travaillent le rapport à l’image avec de la vidéo. De la même manière que le théâtre, le cirque, la danse se nourrissent des autres disciplines, la marionnette est en pointe. C’est un art fondamentalement contemporain. Propos recueillis par Stéphane Capron

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Vilar, Avignon et le TNP

Jusqu’au 26/09, avec un an de retard pour cause de pandémie, Villeurbanne (69) célèbre le centième anniversaire du Théâtre National Populaire, l’emblématique TNP. Natif de Sète en 1912, Jean Vilar découvre la scène à Paris dans les années trente. Pour ne plus jamais la quitter, créer en 1947 la première Semaine d’art dramatique en Avignon et assumer la direction du TNP en 1951.

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Louisette s’en souvient encore, elle n’a pas oublié ce rendez-vous fixé à Chaillot en cette année 1952 ! La direction du TNP, le Théâtre National Populaire, cherchait des « petites mains » bénévoles pour mettre sous bande « Bref », le journal à destination des abonnés. Élève en secrétariat dans un collège technique parisien, elle reçoit l’invitation par l’intermédiaire de son professeur de français. Une aubaine pour les demoiselles en quête de sortie et d’aventures…

vilar4Ce jour-là, ce n’est point Jean Vilar, hospitalisé, qui accueille le bataillon de jeunes filles en fleur, mais l’acteur fétiche de la troupe, la star internationale, Gérard Philipe en chair et en os… « Vous imaginez la surprise et le choc pour nous, les gamines, être accueillies par une telle personnalité ! », raconte Louisette avec émotion. Par-delà l’anecdote, ce souvenir ravive surtout cette conviction forte, ligne de conduite du TNP : la proximité de la troupe avec le public, le respect du spectateur en toutes circonstances.
L’aventure théâtrale du jeune Sétois débute en fait en 1932, lorsqu’il arrive à Paris pour ses études. Il assiste à une répétition de « Richard III » au Théâtre de l’Atelier et s’inscrit dans la foulée au cours de Charles Dullin… De l’apprentissage du métier de régisseur puis de comédien, tant au théâtre qu’au cinéma, avant de se risquer à la mise en scène, Vilar ne désarme pas. Son talent s’impose enfin aux yeux de tous en 1945 avec la création de « Meurtre dans la cathédrale », de T.S. Eliot, au Vieux Colombier.

Le théâtre populaire ? En 1831 déjà, Victor Hugo en appelait aux bienfaits de l’art pour tous ! « Ce serait l’heure, pour celui à qui Dieu en aurait donné le génie, de créer tout un théâtre, un théâtre vaste et simple, un et varié, national par l’histoire, populaire par la vérité, humain, naturel, universel par la passion », écrit le chantre des « Misérables ». À Bussang, un petit village dans la forêt vosgienne, Maurice Pottecher ose l’expérience en 1895 avec la création de son Théâtre du Peuple. Au Palais du Trocadéro à Paris, Firmin Gémier fonde le TNP en 1920, qui périclite rapidement, faute de moyens. En 1945, le temps de la Libération n’est pas un vain mot. Sous l’impulsion de Jeanne Laurent, une grande dame du futur ministère des Affaires culturelles créé par Malraux en 1959, la décentralisation théâtrale est en marche. En 1951, elle nomme Jean Vilar à la tête de Chaillot, qu’il ariel2rebaptise immédiatement TNP et qu’il inaugure avec « Le Cid » de Corneille et la création de « Mère Courage » de Brecht.
À cette date, le grand Sétois n’est plus un inconnu. Depuis cinq ans déjà, il dirige à Avignon ce qui n’était au départ qu’une Semaine d’art dramatique. « Une idée de poète », puisque c’est René Char et son ami Christian Zervos, grand amateur d’art qui prépare une exposition de peinture, qui lui proposent en 1947 de reprendre « Meurtre dans la cathédrale » dans la Cour d’honneur du Palais des Papes. Refus poli de Vilar habitué des petites scènes, qui se ravise ensuite pour tripler la mise : trois créations, sinon rien ! À Zervos alors d’opiner du chef, il n’a pas les moyens d’une telle ambition… Sollicité, le maire communiste et ancien résistant Georges Pons, ose relever le pari ! Le festival d’Avignon est né.

En charge de la gestion des abonnés du TNP dès 1956, en particulier des relations avec les comités d’entreprise, la regrettée Sonia Debeauvais, que nous avions rencontré en 2015, se souvenait de Vilar, vilar1« un « grand patron » à l’autorité naturelle, avec des qualités exceptionnelles ». À cette époque, des usines de l’aéronautique, des banques ou de chez Renault, les salariés arrivent par cars entiers à la représentation ! Avec une salle de 2 300 places, Chaillot était un monstre qu’il fallait nourrir ! « Nous avons compté jusqu’à 35 000 abonnés, soit 370 000 places à l’année », se souvient l’épouse de l’ancien consul de France en Iran. « Nous entretenions un véritable rapport de connivence avec les CE, les amicales laïques de banlieue et les associations. Pour Vilar, il y avait cette volonté délibérée de rejoindre tous les publics. Avec une éthique forte : rendre claire une pièce, sans vouloir s’en emparer ou la détourner à son profit. Pour moi, j’ai l’impression d’avoir collaboré à une aventure extraordinaire, probablement unique en son genre : permettre à tous l’accès à la culture ! » En 1972, le TNP émigre à Villeurbanne sous la co-direction de Roger Planchon et Patrice Chéreau.
e-8acroxsamv7sv-1De ses rencontres et débats à l’entreprise, Sonia Debeauvais témoigne qu’il s’agissait pour les CE d’une véritable action militante. « Où la CGT était fort préoccupée du contenu idéologique de la pièce, la considérant plus comme un objet de combat que comme un outil de libération ». Las, constatait déjà l’ancienne employée du TNP, « notre société a glissé vers le divertissement, les CE désormais semblent plus travailler avec les agences qu’avec les théâtres, ils sont plus préoccupés de billetterie que d’action culturelle ».

Pour Jean Vilar, le TNP est authentiquement un théâtre au public populaire, contrairement à l’affirmation de Jean-Paul Sartre en 1955 le qualifiant de « petit-bourgeois ». La réponse du régisseur de Chaillot est catégorique : « un public populaire n’est pas forcément un public ouvrier : un employé des postes, ma dactylo, un petit commerçant qui travaille lui aussi largement ses huit heures par jour, tous font partie du peuple. vilar2Ce n’est pas au TNP à refaire la société ou faire la révolution, il doit prendre le public populaire comme il est ». Et d’enfoncer le clou face aux reproches du philosophe, en affirmant que « le degré de popularité du TNP ne se mesure pas au pourcentage ouvrier de son public mais aux efforts concrets que nous ne cessons de faire pour amener au théâtre des masses de spectateurs qui, auparavant, n’y allaient jamais : prix réduit des places, suppression du pourboire et surtout, car c’est là un fait vraiment populaire, vastes associations de spectateurs ». Fort de cette conviction qu’il fera sienne, tant à Chaillot qu’en Avignon, « le théâtre est un service public, tout comme l’eau, le gaz et l’électricité ».

Un vaste programme d’une brûlante actualité à l’heure où, sur tout le territoire national, moult festivals et créations culturelles tombent au champ d’honneur de la crise sanitaire ou des coupes budgétaires. Yonnel Liégeois

LES CENT ANS DU TNP

– À se procurer : Le Bref#4, spécial centenaire. Avec les chroniques et réflexions de Michel Bataillon-Nathalie Cabrera-Jean-Pierre Léonardini-Olivier Neveux, un entretien avec Jean Bellorini et l’agenda des événements autour de l’anniversaire… Créé dès 1924, Bref devient en 1956, sous la direction de Jean Vilar, le « journal mensuel du Théâtre National Populaire ». Aujourd’hui, disponible gratuitement sur abonnement, Bref revient dans une nouvelle version pour s’immerger au plus près dans les coulisses et l’actualité du TNP.

– À découvrir : La programmation du TNP à Villeurbanne, sous la direction de Jean Bellorini qui met en scène Et d’autres que moi continueront peut-être mes songes. Interprété par la « troupe éphémère » du TNP, les 25 et 26/09, un spectacle nourri des textes de Firmin Gémier, Jean Vilar, Maria Casarès, Silvia Monfort, Gérard Philipe et Georges Riquier.
– À lire : Le théâtre, service public, de Jean Vilar (présentation et notes d’André Delcampe), Le théâtre citoyen de Jean Vilar, une utopie d’après-guerre, d’Emmanuelle Loyer. Histoire du Festival d’Avignon, d’Emmanuelle Loyer et Antoine de Baecque, Avignon, le royaume du théâtre, d’Antoine de Baecque. Le numéro 112 des Cahiers Jean Vilar.
– À visiter : la Maison Jean Vilar (8, rue de Mons, 84000 Avignon. Tél. : 04 90 86 59 64), ouverte toute l’année comme lieu de recherches, organise une série d’initiatives durant chaque festival (expos, débats, rencontres, lectures, mises en espace).

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Charleville, entre gaines et fils

Du 17 au 26/09, Charleville-Mézières (08) fête les 60 ans de son Festival ! Pour cette 21e édition historique, la capitale mondiale de la marionnette va vibrer à la découverte de 104 spectacles venus de 16 pays différents. à gaine ou à fils, gigantesque ou minuscule, elle a désormais conquis la scène. En salle ou dans la rue, même dans les locaux de la CGT, un art millénaire éminemment vivant et populaire.

Qu’on se le dise, après soixante ans d’existence le doute n’est plus de mise, Charleville est bien « le sanctuaire » de la marionnette ! Créé en 1961 par Jacques Félix, le fondateur de la compagnie des Petits Comédiens de Chiffons, le festival s’impose aujourd’hui sur la scène internationale comme le rendez-vous incontournable du pantin de bois, de chiffon ou de papier ! Comme un rituel désormais bien rodé, tous les deux ans la ville se métamorphose en un immense castelet. Pour bruisser de spectacles toujours plus inventifs, surprenants et inattendus et révéler une magnifique photographie de la marionnette d’aujourd’hui, en France et dans le monde.

Pierre-Yves Charlois, le nouveau directeur du FMTM, se veut optimiste. Malgré le traumatisme de la pandémie et l’absence de compagnies en provenance d’Amérique ou d’Asie… « Nous sommes dans une année exceptionnelle à plus d’un titre. Non seulement le festival fête ses 60 ans, mais nous célébrons aussi les 40 ans de l’Institut International de la Marionnette, installé depuis 1981 à Charleville-Mézières, ainsi que les 30 ans du Grand Marionnettiste, cet automate de 10 m de haut qui s’anime toutes les heures non loin de la place Ducale. Symboliquement, ce triple anniversaire est très fort ». Avec des convictions et des orientations clairement affichées.

D’abord, le festival s’ouvre grand aux compagnies émergentes, ces jeunes troupes frappées de plein fouet par la crise sanitaire, frustrées de représentations. Place est faite, ensuite, aux esthétiques nouvelles selon le vœu du directeur. « J’ai souhaité développer de nouveaux axes thématiques forts et originaux au sein de la programmation, comme la magie nouvelle, le fantastique, le cabaret, la performance, le théâtre de sable ou d’argile. Nous accueillons donc des créations qui développent des univers insolites, voire troublants ». Et de conclure : « c’est parce que nous sommes à la pointe de l’innovation que nous sommes une figure de proue mondiale ». Il n’empêche, du passé il ne s’agit pas de faire table rase. Les valeurs sûres, historiques, de la marionnette ont répondu à l’appel de ce nouveau rendez-vous : Emilie Valantin, Turak, Les Anges au Plafond, Ilka Schönbein, la compagnie Trois-Six-Trente

Pour ce cru 2021, la CGT des Ardennes assure une nouvelle fois sa présence dans le « Off » du Festival : depuis douze ans, un coup d’essai devenu coup de maître ! « Nous voulons tenir la place qu’une organisation syndicale se doit de prendre en faveur de la démocratie culturelle et du droit à la culture pour tous », affirment avec conviction ces syndicalistes mordus de gaines et de chiffons. Cachet signé, couverts et locaux offerts gracieusement, la CGT accueille quatre compagnies pour des spectacles en salle comme en extérieur ! Un programme qui s’enrichit de diverses rencontres-débats durant tout le festival, en particulier le 23/09 en compagnie de représentants belges de la FGTB et ceux du SFA.

Au pays de Rimbaud, d’insolites pantins vont à nouveau faire parler d’eux durant dix jours : pour les carolomacériens comme pour tous les amoureux de la marionnette, de belles heures à venir entre rire et émotion ! Yonnel Liégeois

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Monestiès, un village à l’écoute

Chaque semaine, du lundi au vendredi à 12h30, France Inter ouvre son antenne à d’insolites Carnets de campagne. Parole est accordée aux initiatives citoyennes sur les territoires. En accord avec notre confrère Philippe Bertrand, le créateur de l’émission, Chantiers de culture se réjouit d’en relayer la diffusion. Yonnel Liégeois

Pendant la longue parenthèse estivale, les carnets ont fait le plein d’initiatives, d’actions et de solutions dans toutes les régions. Cette saison, nous continuons à glaner ici et là ces bonnes idées dont vous êtes les auteurs et à les partager avec le plus grand nombre. De nombreux rendez-vous prévus durant l’été et le début de l’automne ont été supprimés ou décalés en raison des mesures sanitaires.

D’autres ont été toutefois maintenus comme le très particulier festival Rien à voir qui se tiendra samedi, le 4 septembre, dans le village médiéval de Monestiés dans le Tarn (81). Monestiés est un village qui a conservé son architecture médiévale, ce qui le classe dans les plus beaux villages de France. Nous sommes à 20 kilomètres au nord d’Albi. Ici, à Monestiés est né en 2019 cet étrange festival « Rien à Voir » qu’il faudrait sous-titrer « mais tout à écouter » puisqu’il est construit sur la base de créations sonores. Il s’agit donc de regarder le monde avec ses oreilles comme l’écrit Célia, membre de l’association Bricoles, organisatrice de cet événement.

Le terme de bricoles est expliqué dans la présentation de l’association « Aller traîner ses micros dans les recoins de la vie, là où se cachent les récits qu’on juge trop ordinaires pour les partager (je n’ai rien à vous dire, je vais vous raconter des bricoles), or, ce sont justement ces petits rien que l’on va chercher. Et puis il s’agit d’entendre la vie dans les sonorités du quotidien. Chuchotis de savates sur linoléum, gargouillis du café passant dans l’italienne, cliquetis onctueux d’un vélo en roue libre ou caresses de truelle sur ciment frais ».

Un avant-goût du programme de samedi avec des installations visuelles et sonores, une marche sonore conduite par Stéphane Marin, artiste du son en résidence à Monestiés ou encore des ateliers d’écoute. Philippe Bertrand

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Une Mousson, sans masque ni frontière !

« Écrire le théâtre d’aujourd’hui », telle est la devise de la Mousson d’été qui, jusqu’au 29/08, se déroule en l’abbaye des Prémontrés à Pont-à-Mousson (54). Initié par Michel Didym, l’ancien directeur du CDN La Manufacture à Nancy, un festival original avec moult pépites à l’affiche.

En août 2020, la Mousson d’été, l’instigatrice de ces fameuses « rencontres théâtrales internationales », célébrait son 25ème anniversaire ! Au fil du temps, la manifestation s’est imposée comme le rendez-vous incontournable des nouvelles écritures du théâtre. Dans un contexte encore bien particulier pour cette nouvelle édition qui, jusqu’au 29 août, se déroule toujours au cœur d’une crise sanitaire sans précédent… La mort au tournant, sociale-économique-politique, mais aussi la rage de vivre et de changer ce monde d’avant qui a fait son temps.

« C’est en 1995 que germa dans l’esprit de Michel Didym l’idée de créer en Lorraine une manifestation dont l’objet serait moins le spectacle à proprement parler, à l’instar d’autres festivals d’été, que l’exploration, passionnée mais sérieuse, de la production des auteurs du théâtre contemporain », rappelle l’historique de l’événement. « Pendant une semaine, à la fin du mois d’août, des textes inédits y seraient présentés sous des formes souples et légères : lectures, mises en espace, cabaret… ».

Pari osé, pari gagné ! Cette année encore, entre université d’été et mises en espace-lectures programmées, la Mousson propose une suite de temps forts exceptionnels où le public, en toute convivialité, dialogue avec auteurs et metteurs en scène. Avec à la clef moult textes à découvrir, français et étrangers, à l’affiche demain sur les scènes européennes, servis par des interprètes de qualité et en présence d’auteurs-autrices aux diverses nationalités :  l’australien Angus Cerini, les françaises Marion Aubert et Magali Mougel, l’uruguayen Sergio Blanco, la norvégienne Monica Isakstuen, l’italien Stefano Massini, la slovène Simona Semenic, l’espagnol Antonio Rojano…

Néophyte ou averti, amateur ou professionnel, chacun est le bienvenu à la Mousson d’été : l’art le plus novateur est vraiment à la portée de tous dans une authentique ambiance de partage. Venez, venez à la Mousson d’été, dans le fabuleux décor de l’abbaye des Prémontrés ! Une semaine durant, « elle nous donne des nouvelles du monde du théâtre et du théâtre du monde, comme il va et comme il ne va pas ». C’est l’invitation que lance Michel Didym en son édito. Yonnel Liégeois, photos Boris Didym

DU GRAND EST AU MONDE ENTIER…

Plus que jamais, la Mousson d’été, pour cette nouvelle édition, s’affirme comme un carrefour au cœur du Grand Est, où, dans un même lieu, l’Abbaye des Prémontrés, et une semaine durant, se croisent des écritures singulières venues du monde entier, à l’heure où le virus n’épargne aucun pays de la planète. Les textes, grâce aux traductions, sont sans masques et sans frontières.

Chaque édition, à travers des lectures en acte et des mises en espace, est un lieu de révélation d’autrices et d’auteurs dont on ne soupçonnait pas l’importance et le talent. Un lieu de confirmation d’écritures que l’on a plaisir à retrouver au coin d’une nouvelle pièce. S’y déploient cette année des écritures de l’intime, des pièces qui mettent les mains dans le cambouis du temps, explorant les faces cachées d’un pays ou d’un continent, à travers le prisme de la famille, d’un individu ou d’une communauté ; ou encore des œuvres qui bousculent, ou renouvellent, les notions de dialogue et de  didascalies. Une semaine durant, la Mousson nous donne des nouvelles du monde du théâtre et du théâtre du monde, comme il va et comme il ne va pas.

Depuis l’instauration du projet en 2015, la Mousson est partie prenante du réseau Fabulamundi qui réunit des structures et festivals de dix pays européens dans le but de promouvoir les nouvelles écritures vouées au théâtre à raison de dix auteurs par pays. Cinq pièces nouvelles estampillées Fabulamundi seront présentées cet été à l’Abbaye des Prémontrés. Elles entreront en résonance avec celles de Tintas Frescas, chantier que nous menons en Amérique Latine. La Mousson participe aussi à des projets au sein d’ETC (European Theatre Convention) qui réunit 45 théâtres et structures de 18 pays européens, comme ce dernier projet de courts films de cinq minutes développant la notion de « Renaissance ». Un beau mot gorgé d’avenir. Il résume l’enjeu qui est le nôtre après ce que le monde vient de traverser et traverse encore. Michel Didym

 

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Allons, enfants de la Lorraine

Jusqu’au 04/09, au Théâtre du Peuple de Bussang, Simon Delétang, le metteur en scène et directeur du lieu, présente Leurs enfants après eux. Une adaptation osée du roman de Nicolas Mathieu, prix Goncourt 2018. Une plongée désenchantée dans une Lorraine à la jeunesse sinistrée.

Florange-Hayange, en ce mois d’octobre 2011… L’indien ArcelorMittal, le leader mondial de l’acier, annonce la fermeture du dernier haut-fourneau, c’est la mort programmée de la vallée de la Fensh ! Longwy, Pompey, Gandrange : entamé dans les années 80, c’est en fait l’épisode final dans le dépeçage de la sidérurgie française, dans la tragique histoire d’une Lorraine sinistrée. Pas de chance pour les gouvernants successifs avec leurs fausses promesses de reconversion, nous ne sommes pas au pays des imposantes filatures du textile, une friche industrielle comme un haut-fourneau est difficilement transformable en site culturel pour le bien-être des nantis ou mieux-lotis ! Villes mortes, commerces et sous-traitants à la dérive, bassin d’emplois en perdition, divorces et suicides en pleine explosion, une population sans devenir, une jeunesse sans avenir…

Tel est le contexte, parler de décor serait réducteur, où vivent et grandissent Leurs enfants après eux, le roman de Nicolas Mathieu couronné du prix Goncourt en 2018. Sur la scène du Théâtre du Peuple, contrairement au déroulé du livre, les adultes, parents ou autres familiers sinistrés de la vallée, n’ont pas droit de cité, tout juste leur quotidien sera-t-il à l’occasion évoqué par leur progéniture. « Il fallait faire des choix dans les centaines de pages du bouquin, opter pour un regard et un point de vue », commente Simon Delétang, le metteur en scène et directeur de Bussang. Avec les récents diplômés de l’Ensatt, l’école supérieure du théâtre de Lyon, la cause est entendue : la jeunesse seule, filles et garçons à l’aube d’une vie où se délite l’innocence de l’enfance, aura droit à la parole !

Une vie déjà marquée du sceau de l’ennui, des après-midi chauds et pesants sous un soleil plombé où l’on tue les heures sur les berges du lac. Leur passe-temps ? Une virée en moto, le vol d’un canoë au centre de loisirs pour aller sur l’île des culs-nus mater celui des filles, tirer un clope et s’enfiler une canette de bière… La misère ouvrière, les journées sans avenir, la désespérance des grands, inutile de s’y attarder, elles sont déjà intégrées, elles suintent dans leurs regards, leurs paroles, leurs attitudes. Que reste-il alors à se mettre sous la dent, à espérer, à conquérir ? Qui, quoi pour donner goût-saveur et piment aux lendemains qui s’éternisent déjà dans la routine ? La découverte de l’autre, la drague des nanas, le dévoilement des corps, l’appêtit d’un sein ou d’une fesse… En deux mots, sexualité et sensualité.

La bande que forme la 80ème promotion de l’Ensatt s’en donne à cœur joie. Leur bonheur de jouer pétarade trois heures durant. Un chant choral qui se fait porte-parole d’un monde en voie de disparition. Le verbe est cru, à l’image de leurs rêves et aspirations. Gars et filles se frôlent, se frottent, s’enlacent et s’étreignent, lâchent leurs répliques comme leurs sentiments : sans garde-fou, entre rudesse et tendresse. Un spectacle total, qui emporte tout sur son passage, la réalité dévoyée comme les clichés éculés. On rit parfois de tristesse devant leur impuissance à penser à autre chose que le cul des filles, on applaudit aussi à leur rage de vivre qui est symbole de leur capacité à s’inventer des jours heureux, on s’extasie enfin devant la gouaille prometteuse d’une troupe de jeunes comédiens dont le talent explose à tout instant.

Une mise en scène haute en couleurs, à l’imagination débridée. Une adaptation osée du roman de Nicolas Mathieu, maîtrisée et aboutie dans ses partis-pris. Jamais peut-être, Bussang n’aura aussi bien porté son nom : « Par l’art » et « Pour l’humanité », une scène ouverte au peuple, à nos enfants après nous ! Une pièce qui, tradition oblige, se clôt dans la lumière de la forêt vosgienne. Avec guirlandes et chansons à l’heure où l’équipe de France de football va remporter sa première étoile, quand la victoire des uns fait l’éphémère bonheur des autres. Une illusion pour mieux masquer le désarroi, la désespérance, la désillusion de celles et ceux qui restent en bord de touche. Yonnel Liégeois, photos Jean-Louis Fernandez

Jusqu’au 04/09, du jeudi au dimanche à 15h. Théâtre du Peuple Maurice-Pottecher, 40 rue du Théâtre, 88540 Bussang (Tél. : 03.29.61.50.48)

à voir aussi : Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, jusqu’au 04/09, les samedi et dimanche à 12h00. Le texte de Stig Dagerman, traduit par Philippe Bouquet avec Simon Delétang pour récitant et le groupe Fergessen (Michaëla Chariau et David Mignonneau) pour la création musicale.

Un oratorio électro-rock, un court texte d’une grande intensité : un hymne à la vie, une ode à la liberté écrite par un homme qui allait se suicider deux ans plus tard, un écrivain pourtant reconnu et adulé par ses pairs ! « Je crois beaucoup à la spontanéité des formes imaginées sur le vif, dans la nécessité de s’exprimer coûte que coûte », confiait Simon Delétang lors de la création en 2020, en pleine pandémie. « S’il y a bien quelque chose qui ne s’éteindra jamais, c’est la foi en l’art et sa rencontre avec un public ». Une magistrale interprétation, puissante et émouvante, que notes et chants irradient d’une majestueuse beauté (le spectacle sera à l’affiche du Manège de Maubeuge le 21/10). Y.L.

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Samuel Gallet, hors les sentiers battus

Jusqu’au 29/07, au théâtre 11.Avignon, Samuel Gallet propose ses Visions d’Eskandar. La vie et les actes d’un collectif qui entend œuvrer « à la frontière entre théâtre et poésie, politique et onirisme, réel et surréel ». Sans oublier Premier amour au Théâtre des Halles et Journal de l’année de la peste au théâtre La condition des soies.

Le nom d’Eskandar, qui sonne bien il est vrai, semble hanter son « inventeur », Samuel Gallet, qui a conçu un triptyque autour de cette appellation. Visions d’Eskandar est le deuxième volet de cette œuvre commencée avec La bataille d’Eskandar.Mieux, depuis 2015, c’est tout un collectif qui vit et agit sous cette dénomination d’Eskandar. Un collectif qui entend œuvrer « à la frontière entre théâtre et poésie, politique et onirisme, réel et surréel ». Vaste et ambitieux programme que réalise effectivement presqu’à la lettre Samuel Gallet. Aussi bien dans la Bataille que dans les Visions, paradoxalement, on navigue « paisiblement » d’un registre à l’autre, sans heurt, de manière presque naturelle. C’est sans doute l’une des qualités premières des spectacles de Samuel Gallet, leur extrême cohérence, de l’écriture à la mise en scène, de l’interprétation à la réalisation musicale de l’ensemble.

On retrouve bien de manière tangible ces qualités dans Visions d’Eskandar qui prend le prétexte de plonger le personnage principal, un architecte hanté lui aussi par la ville d’Eskandar, dans un coma profond à la suite d’un malaise cardiaque pour s’en aller fouailler ce qu’il y a de plus profondément enfoui au fond de sa conscience et de son imagination. Les espaces du dedans, c’est bien connu, sont infinis, même s’ils s’enracinent autour de la ville (de la cité ?) d’Eskandar. C’est néanmoins un paysage de ruines – celles de notre monde en butte à toutes les catastrophes – qui surgit. Autour de l’architecte d’autres personnages, la caissière de la piscine municipale-un amnésique, entrent dans l’étrange et triste ronde, dans la discrète scénographie de Magali Murbach qui a le mérite de laisser toute liberté de manœuvre aux comédiens et aux musiciens.

Jean-Christophe Laurier, l’architecte, Caroline Gonin, la caissière de la piscine, Pierre Morice, l’amnésique, accompagnés et soutenus musicalement par Mathieu Goulin et Aëla Gourvennec : les interprètes sont tous d’une réelle justesse, donnant corps et âme à la belle écriture de Samuel Gallet. La petite musique de l’écriture et du travail de l’auteur-metteur en scène (et interprète dans la Bataille) est discrète. Qui refuse le bruit et la fureur habituels, et souvent creux voire insincères, des productions qui se veulent en prise avec leur temps. On ne l’en apprécie que mieux. Jean-Pierre Han

Visions d’Eskandar, texte et mise en scène de Samuel Gallet. Jusqu’au 29/07, au Théâtre 11.Avignon, à 11h40 (Tél. : 04.84.52.20.10).

à voir aussi :

Premier amour : jusqu’au 30/07, au Théâtre des Halles à 11h00. Un texte de Samuel Beckett, dans une mise en scène de Jean-Michel Meyer avec Jean-Quentin Châtelain. L’un des premiers textes de Beckett écrit directement en français, l’histoire d’une double rencontre amoureuse : celle d’une langue, le français, autant que celle d’une femme ! « Pas de musique, pas de décor, pas de gesticulation », avait exigé, au moment de la création, Jérôme Lindon, directeur des Éditions de Minuit et exécuteur testamentaire de Samuel Beckett. Seuls accessoires du spectacle : une antique chaise de bureau et un vieux chapeau… Avec un Jean-Quentin Châtelain, l’acteur fétiche du regretté Claude Régy, toujours aussi juste et élégant du geste et de la voix. Yonnel Liégeois

Journal de l’année de la peste : jusqu’au 31/07, à La condition des soies à 13h35. D’après Daniel Defoe, dans une mise en scène de Cyril Le Grix avec Thibaut Corrion. 1665, la peste s’abat sur la Cité de Londres : châtiment divin ou mal venu du Levant ? Defoe a laissé de la pandémie une description digne des grands cliniciens du XIXe siècle. « Il parle d’absence de traitement connu, de la contagiosité, de confinement des malades (…) », commente Gérald Rossi dans les colonnes du quotidien L’Humanité. « Defoe précise aussi que les plus modestes sont les plus exposés à la maladie (…), il est encore question de laissez-passer et de certificat de bonne santé. C’est saisissant, remarquable de justesse », conclut notre confrère. Une pièce qui éclaire, avec une surprenante acuité, la crise que nous traversons. Yonnel Liégeois

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Murkus et le théâtre palestinien

Jusqu’au 25/07 à la Chapelle des Pénitents Blancs, à 14h et 19h, le metteur en scène et auteur Bashar Murkus propose Le musée. Une première, pour une œuvre palestinienne, dans le In du festival d’Avignon. Un geste artistique et politique fort.

Avec une vingtaine de pièces à son actif, Bashar Murkus ouvre une brèche dans l’invisibilité du théâtre palestinien. Dans Le musée, un homme est incarcéré depuis sept ans, il attend son exécution. Il a attaqué un musée – dans une ville que l’on ne situe pas – où il a tué 49 enfants et leur enseignante. à son dernier repas, il a convié l’enquêteur qui l’a interrogé. Le dialogue qui s’engage entre les deux protagonistes, et dissèque le passage à l’acte dans la terreur, est saisissant. Le jeune et talentueux metteur en scène palestinien invite à une réflexion dialectique sur la violence dans une forme rapprochée et dérangeante. Né en 1992, il a fondé le Théâtre indépendant Khashabi en 2015 à Haïfa. Entretien

Marina Da Silva – Pour la première fois, un metteur en scène palestinien est présent dans le In d’Avignon ! Vous serez également au Théâtre de la Ville à Paris, en novembre prochain, avec Hash. On connaît les difficultés de la création palestinienne dans un contexte d’occupation et de déni de citoyenneté. Comment en êtes-vous arrivé là ?

Bashar Murkus – J’ai pu me former au théâtre à l’université ou avec des artistes. Notamment avec François Abou Salem – j’étais encore un enfant –, fondateur du Théâtre national palestinien à Jérusalem. En 2014, j’ai monté au Théâtre Al-Midan, à Haïfa, où je vis et travaille, le Temps parallèle, qui évoquait la figure de Walid Dakka, alors le plus ancien prisonnier politique détenu en Israël. Cela a fait l’effet d’une déflagration, provoqué la suppression des subventions du ministère de la Culture et de la municipalité et la fermeture du théâtre. Mais cela a aussi montré la peur et la crainte du gouvernement israélien à l’égard de la culture et de l’art palestiniens. Avec cette pièce, la représentation sortait de la salle vers la rue et ses enjeux étaient posés dans l’espace public. À partir de là, avec d’autres artistes, nous avons créé le Théâtre Khashabi pour pouvoir travailler librement, indépendants financièrement et politiquement. Pour nous, l’art et le théâtre ont un rôle à jouer dans la construction de la conscience individuelle.

M.D-S. – On ne peut situer dans quelle ville ou pays se déroule l’attaque terroriste et d’où sont les protagonistes du Musée. Pourquoi ?

B.M. – Je n’ai surtout pas voulu ramener la pièce au conflit israélo-palestinien. Nous ne voulons pas délimiter notre champ de création et de réflexion. Ici, ce n’est pas l’attaque terroriste qui est l’enjeu de la pièce, mais plutôt comment on définit le terrorisme. On interroge les conditions du point de bascule. Les protagonistes sont à deux pôles contradictoires et opposés. Mais ces deux pôles impactent notre vie quotidienne et nous font nous interroger – philosophiquement et politiquement – sur le pouvoir. Il nous faut trouver un sens à cette violence qui, aujourd’hui, traverse toute l’Europe. Je m’intéresse aux sujets contemporains qui amènent les spectateurs devant des questions humaines, politiques et artistiques. Cela place le spectateur – de façon symbolique – dans une position de mise en danger.

M.D-S. – Ce qu’on a appelé « la révolte de Jérusalem » a embrasé toute la Palestine. Qu’est-ce que ce moment a représenté pour vous ? Vous inspire-t-il théâtralement ?

B.M. – Je travaillais en Allemagne à ce moment-là. Mais, bien sûr, j’ai pu prendre la mesure de l’historicité d’un tel événement et, dès mon retour, observer ce qui était changé. Cela a montré l’unité du peuple palestinien qui se révoltait dans toute la Cisjordanie et à Gaza contre l’occupation sous toutes ses formes. À Haïfa, nous avons vu au grand jour se déployer le racisme contre les Palestiniens, qui sont considérés comme des citoyens de seconde zone. Bien sûr, humainement, le prix à payer est considérable, mais c’est une victoire symbolique très importante. En tant qu’artiste, je ne peux pas écrire tant que je ne maîtrise pas encore l’analyse de la situation. Peut-être ultérieurement… Mais, sur le terrain, nous avons vu se mettre en œuvre de nouveaux processus d’entraide et de solidarité. Propos recueillis par Marina Da Silva

Jusqu’au 25 juillet, à la chapelle des Pénitents-Blancs. Les 18 et 19 novembre, au Théâtre des 13 Vents à Montpellier, puis tournée internationale. Hash au Théâtre de la Ville, du 23 au 27 novembre.

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Portrait(s) de femme(s)

Jusqu’au 25/07, au lycée Aubanel d’Avignon, Kornel Mundruczo propose Une femme en pièces. Un texte de Kata Wéber, la volonté d’une jeune femme à survivre dans la dignité à la mort de son nouveau-né. Un travail d‘acteurs hors-pair, une admirable distribution. Sans oublier la 69ème édition du festival de Sarlat.

Il aura fallu attendre longtemps – la fin de la deuxième semaine – pour que ce lénifiant 75Festival d’Avignon se réveille enfin. Voilà qui est fait, et bien fait, par la grâce d’Une femme en pièces, un spectacle qui connut un grand succès dès sa création en Pologne en 2018 au TR Warszawa, avant de connaître en toute logique un même succès une fois filmé et diffusé sur Netflix. Avec toujours le même duo hongrois de créateurs aux manettes : Kata Wéber autrice de la pièce, puis scénariste, et son complice et compagnon Kornel Mundruczo, metteur en scène puis réalisateur.

C’est donc la version théâtrale d’origine, avec sa distribution polonaise (et quelle distribution : ils sont tous admirables !), qui nous est proposée avec cependant un détour par le cinéma. Ainsi, le spectacle s’ouvre sur une séquence filmique de près de 35 minutes, une description réalisée au plus près du visage et du corps d’une jeune femme dans les affres de l’accouchement : long, très long moment, un long plan-séquence volontairement difficile à supporter pour aboutir à la mort de son enfant. Une séquence à trois personnages : la mère, le père présent dans toute sa balourdise qui est totalement à côté de la plaque, une sage-femme dont c’est le premier accouchement… On reste tétanisé ! Commence alors un changement complet de décor, opéré à vue d’œil et dans le jeu de la trame dramatique.

Le deuxième acte, purement théâtral celui-là, débute dans ce nouveau décor on ne peut plus réaliste comme dans les meilleurs films avec son salon au centre de la scène et de part et d’autre la cuisine et la salle de bain, le tout dans la même continuité visuelle. Place est ainsi faite aux protagonistes de ce repas de famille qui ne commencera jamais vraiment : la mère et ses deux filles affublées de maris plutôt portés sur la boisson et ne songeant qu’à s’aviner, ce quintette étant accompagné par une cousine… Cela bouge beaucoup, d’un espace l’autre et même hors champs, les relations entre les personnages, notamment entre les deux sœurs, savamment disséquées, jusqu’à ce qu’enfin soient dévoilés les véritables motifs de la présence de l’une des filles, Maja, celle-là même qui a subi le traumatisme de la perte de son enfant six mois auparavant.

La jeune femme affirme haut et fort sa volonté, c’est une véritable revendication, de pouvoir enfin faire son deuil en toute liberté, de ne pas porter plainte comme tout le monde l’y incite contre la sage-femme qui l’a accouchée. Il aura fallu attendre un long temps avant que l’on en arrive à ce dénouement. Le spectacle ne manque pas de défauts mais on passera outre, tant on assiste ici à un travail d’acteurs hors pair. Avec, tout particulièrement, Justyna Wasilewska qui donne au rôle de Maja toute sa grâce, sa sensualité liées à une farouche détermination, à son regard posé sur son entourage et le monde qui l’entoure avec une sorte de détachement proche d’une ironie qui n’est que la mise à distance de la douleur de sa condition. C’est toute la distribution qui est de cette couleur. Jean-Pierre Han

Une femme en pièces de Kata Wéber, jusqu’au 25/07 à 18h. Mise en scène Kornel Mundruczo, au Gymnase du lycée Aubanel (Tél. : 04 90.14.14.14).

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Jusqu’au 04/08, se déroule la 69e édition du Festival des Jeux du Théâtre de Sarlat. Concoctée sous la houlette de Jean-Paul Tribout, se profile une programmation riche, éclectique et diversifiée : 18 spectacles, des rencontres-débats avec le public… Avec des artistes confirmés et de nouveaux talents dans la liste des comédiens, auteurs et metteurs en scène ! Premier d’Aquitaine, le plus ancien après Avignon, cela fait donc 69 ans que la cité du Périgord noir sert d’écrin au Festival des Jeux du théâtre. Sarlat, au patrimoine exceptionnel entre Dordogne et Vézère, est la ville européenne qui possède le plus grand nombre de monuments inscrits ou classés au kilomètre carré ! Des spectacles toujours joués en plein air, en des lieux magiques, avec des propositions alléchantes à l’affiche : Oncle Vania de Tchekhov, Le malade imaginaire de Molière, Le barbier de Séville de Beaumarchais. Yonnel Liégeois

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Paris l’été, un festival éclectique

Jusqu’au 1er août, danse-théâtre-cirque-musique-installations et films sont à l’affiche de Paris l’été. Un festival au programme éclectique, où plusieurs manifestations sont en entrée libre sur réservation. Avec Bartabas et son cheval Tsar, en temps fort.

Après son ouverture au musée du Louvre le 12 juillet avec le chorégraphe Fouad Boussouf et ses quinze danseurs, c’est Bartabas qui est le second temps fort de Paris l’été. Un festival très patrimonial pour déambuler dans de beaux espaces qui vont de la Cartoucherie de Vincennes au lycée Jacques-Decour en passant par la Monnaie de Paris, le Grand Palais éphémère ou offrant une randonnée insolite au Moulin Jaune, à Crécy-la-Chapelle, et bien d’autres lieux à découvrir. Danse, théâtre, cirque, musique, installations, films sont au programme de ce festival éclectique où plusieurs manifestations sont en entrée libre sur réservation, orchestré depuis 2017 par Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel, tous deux à la tête du Monfort Théâtre.

Au manège de la Grande Écurie royale du domaine de Versailles, à la tête de la prestigieuse Académie équestre nationale qu’il dirige depuis 2003, avec ses Entretiens silencieux, Bartabas était très attendu. Le talentueux maître écuyer, chorégraphe et metteur en scène, qui a su inventer les spectacles les plus sublimes et a publié un livre passionnant et intime sur sa passion pour les chevaux ( D’un cheval l’autre, Gallimard), draine sur son nom des spectateurs fidèles et respectueux.

Dans l’écrin du manège

« Aujourd’hui, j’éprouve de plus en plus de plaisir à m’entretenir solitairement avec mes chevaux, très tôt le matin, avant la vie des hommes. C’est au lever du soleil, dans le silence et la concentration, que le corps et l’esprit sont le plus disponibles pour une écoute profonde. En tant qu’interprète, je suis à la recherche de ces moments de grâce, impossibles à reproduire ». Dans le programme du festival, l’exergue crée le désir. Pour nous spectateurs, la représentation aura lieu à 11 heures. Peut-être quelques heures trop tard pour attraper le moment de grâce… Il aurait pourtant pu avoir lieu.

L’écrin du manège, merveilleusement réhabilité par le peintre Jean-Louis Sauvat à l’invitation de l’architecte Patrick Bouchain et de Bartabas, redonnant vie aux anciens dessins d’Eugène Delacroix réalisés deux siècles auparavant et fusionnant avec des sculptures de bois contemporaines, s’y prêtait totalement. Les grands miroirs habillant les murs et les lustres splendides tombant du haut plafond donnent au manège une beauté saisissante et invitent au recueillement.

Le pur-sang mène la danse

Une porte s’ouvre à jardin, laissant entrer Bartabas et Tsar, sublime et immense bête en robe noire. Il y a d’abord l’accueil entre l’homme et le pur-sang. Les caresses de l’un sur l’encolure de l’autre. Ce geste d’étirement, une à une, des pattes avant et arrière. La mise en selle. Puis les premiers pas et leur empreinte au sol. Entre hésitation et assurance. Tour de piste. Toujours dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Le temps qui s’étire. Parfois, Tsar rompt le cercle. On comprend vite que le cavalier va juste écouter et accompagner l’animal. Il n’est pas là pour montrer un spectacle. Juste faire passer la relation entre le cavalier et sa monture.

Sans doute la représentation n’est et ne sera jamais identique puisque c’est Tsar qui mène la danse. En ce jour de 14 Juillet, Tsar est là, à minima. Il n’a peut-être pas envie de travailler. De temps en temps, Bartabas passe délicatement la cravache entre les oreilles de Tsar mais ce geste graphique semble ne pas avoir d’incidence sur son inspiration. Il ébauchera tout juste, en fin de représentation, quelques pas en arrière.

L’intimité mise en musique

Pour la musique – réalisée avec le concours de l’Ircam –, ce sera Manuel Poletti qui transformera le silence et le bruit des sabots en « rendu sonore généré et modifié en temps réel, afin de mettre en musique l’intimité de l’homme et du cheval qui font corps ». Un exercice de haute voltige. Pas immédiatement perceptible pour les profanes. Peut-être réservé à ceux qui peuvent regarder l’homme et l’animal comme on entre en méditation. Que Bartabas invite à voir ce corps-à-corps avec le cheval était une magnifique idée. Malheureusement, une idée ne fait pas une création artistique. Elle suppose une mise en œuvre au plateau ou au sol. Qui, ici, n’a pas lieu. On est aussi dérangé du regard sur soi que le cavalier adresse, largement, aux miroirs et qui cherche si peu les yeux du public.

Peut-être qu’à trop prendre soin des chevaux, Bartabas finit par ne plus prendre en considération les humains… Marina Da Silva

Festival Paris l’été, jusqu’au 1 er août (Rés. : 01 44 94 98 00).

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