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Festival d’Avignon, 75e édition

Directeur et metteur en scène, Olivier Py annonce que la 75e édition du Festival d’Avignon se tiendra du 5 au 25 juillet. L’affiche, « portée par l’énergie de l’espoir », est des plus enthousiasmantes. 46 spectacles, dont 39 créations, vont se déployer autour de la thématique « Se souvenir de l’avenir ».

C’est dans une FabricA occupée par les intermittents de l’emploi – qui ont pris le soin d’évoquer leurs revendications, principalement l’annulation de la réforme de l’assurance- chômage – qu’Olivier Py a présenté la programmation de la prochaine édition du Festival d’Avignon au cours d’une conférence de presse en visioconférence.

S’il est difficile de se projeter au mois de juillet, nul ne pouvant prédire l’évolution de la situation sanitaire, une chose est sûre : aussi bien les artistes et équipes du Festival que les partenaires publics sont prêts pour que cette 75e édition ait bien lieu. Dans les conditions sanitaires de rigueur, qui ne cessent pourtant d’évoluer. Plusieurs scénarios sont sur la table, un festival « normal » et un festival « à jauge réduite ». La direction n’envisage pas une suppression pure et simple, essentiellement pour deux raisons : d’une part, nul ne peut savoir comment la situation aura évolué d’ici à juillet. D’autre part, après le traumatisme de l’annulation en 2020, les choses sont sensiblement différentes. Cette année, les répétitions ont pu se poursuivre dans des théâtres déserts… et désespérément fermés.

Ministère, région, département, ville en soutien

Les spectacles seront donc prêts, les artistes sont au travail. Les perspectives de maintenir le Festival ne relèvent ni du caprice, ni d’une quelconque désinvolture. Olivier Py reste « raisonnablement optimiste ». Quant aux tutelles – ministère, région, département, ville –, elles ont toutes réaffirmé leur désir qu’Avignon redevienne l’épicentre mondial du théâtre. Peut-être plus pour des raisons économiques que strictement artistiques, mais ça, on s’en doutait un peu.

L’affiche de la 75e édition « portée par l’énergie de l’espoir » est des plus enthousiasmantes : 46 spectacles, dont 39 créations, vont se déployer autour de la thématique « Se souvenir de l’avenir ». Isabelle Huppert foulera à nouveau les planches d’une Cour d’honneur toute neuve dans une Cerisaie de Tchekhov mise en scène par Tiago Rodrigues. On croisera Nicole Garcia dans une pièce, Royan, de Marie Ndiaye, mise en scène par Frédéric Bélier-Garcia. Olivier Py présentera le feuilleton Hamlet dans le jardin Ceccano. Beaucoup de metteuses en scène et autrices, Christiane Jatahy, le retour d’Angélica Liddell, ­Anne-Cécile Vandalem, Bérangère Vantusso, Lola Lafon, Chloé Dabert, Emma Dante, Eva Doumbia… presque autant que les messieurs ; du théâtre, de la danse, des spectacles « indisciplinés » qui n’entrent dans aucune case, des spectacles venus d’ailleurs…

Covid et intermittents, des questions demeurent

Il ne reste plus qu’à espérer que la pandémie recule (les vaccins, peut-être ?) et que le gouvernement renonce à cette fichue réforme de l’asssurance-chômage qui risque de laisser sur la paille beaucoup de ceux qui font les spectacles d’aujourd’hui et de demain… Demeure la question du off, dont on sait qu’il brasse beaucoup de monde dans les rues avignonnaises. Pour l’heure, rien ne semble décidé, même si le off a déjà annoncé ses dates (du 7 au 31 juillet).

Enfin, si la Covid provoque quelques incertitudes, la mobilisation actuelle des intermittents pourrait aussi enrayer la belle machine, si le gouvernement continue de faire la sourde oreille à leurs revendications. La balle, pour le coup, est dans son camp. Traiter par le silence et le mépris les revendications et propositions d’un secteur en grande souffrance et détresse ne fait pas projet politique. Marie-José Sirach

Billetterie ouverte à partir du 5/06 par internet, le 15/06 par téléphone. Rens : www.festival-avignon.com

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Des paroles citoyennes à la Commune

Dans le cadre du festival Paroles Citoyennes, la comédienne Andréa Bescond lit, en tandem avec Lambert Wilson, Emportés par la Commune. Depuis la scène du Théâtre Libre, sous le regard d’Eric Métayer, elle donne corps aux mots de Laurent Seksik et au personnage de Nathalie, une communarde tombée amoureuse d’un militaire. Une performance retransmise sur Facebook Live, le lundi 26 avril.

Avec l’aimable autorisation de notre confrère Stéphane Capron, journaliste au service culture de France Inter et créateur du site Sceneweb, Chantiers de culture se réjouit de publier cet entretien.

Vincent Bouquet : Une lecture enregistrée par des caméras sur le plateau du Théâtre Libre peut-elle encore, selon vous, être qualifiée de « spectacle vivant » ?

Andréa Bescond : Parce qu’elle se fait sans public, parce qu’elle est filmée, parce qu’on ne connaît pas le texte sur le bout des doigts, cette expérience est tout à fait différente du spectacle vivant. Ce que j’apprécie dans cet exercice, c’est la prise de risques. Il s’agit de quelque chose d’unique qui appartient à une période unique. De telles initiatives sont importantes car elles nous permettent de défendre des textes et d’être sur scène en dépit des interdictions.

Eric Métayer : Tandis qu’on le balance par la porte, c’est une façon pour le théâtre de revenir par la fenêtre, de prouver que des choses existent encore, qu’une petite plante survit et continue de pousser. Je crois qu’il est nécessaire de tout faire pour entretenir, malgré la fermeture des lieux culturels, l’histoire d’amour que nous avons avec le public et qui, je l’espère, est réciproque.

V.B. : Ce format particulier impose-t-il une façon différente de mettre en scène ?

E.M. : Pour ce spectacle, je parlerais moins de « mise en scène » que de « mise en lecture ». L’idée est avant tout de voir comment il est possible d’habiter le texte de Laurent Seksik, de donner une direction sans imposer de directives. Au-delà de la performance d’Andréa et de Lambert [Wilson, NDLR], une partie des « costumes » du spectacle proviendront, par ailleurs, du réalisateur et du créateur lumières.

A.B. : A mes yeux, Eric prend la place non pas du metteur en scène, mais du directeur d’acteurs, ce qui est extrêmement rassurant pour moi. D’autant que le texte épistolaire de Laurent Seksik est vraiment très bien écrit et que le personnage de Nathalie, que j’incarne, me tient à cœur. C’est une femme qui apprend, qui se rend compte qu’elle peut exister et accomplir un chemin citoyen.

V.B. : Y était-elle destinée ?

A.B. : Nathalie est domestique depuis son plus jeune âge. Elle est dotée d’un gros potentiel intellectuel, aiguisé par la lecture des livres présents dans la maison de bourgeois où elle travaille. Un soir, au théâtre, elle croise un militaire, qui tombe immédiatement amoureux d’elle. Après avoir passé la nuit dehors, dans les bras de cet homme, elle est congédiée. Ce renvoi la propulse dans un milieu plus populaire où elle va intégrer un collectif et participer à la Commune. S’ouvre alors un espace de changement profond de la société, tant en matière de féminisme que de progrès social.

E.M. : Et en face, il y a ce militaire, un officier de l’armée française qui est fait prisonnier à Sedan. Au départ, ce sont simplement deux Français qui se rencontrent, patriotes tous les deux à leur façon. Ce sont les événements de la Commune et l’attitude monolithique du militaire qui le font rester dans l’ancien monde. Lui ne voit pas du tout le changement, alors qu’elle est prise dans ce mouvement.

A.B. : Tous les deux sont très embarrassés par la situation car ils s’aiment avec beaucoup de sincérité. Sauf qu’au centre de leur relation, existe cette déchirure entre l’ancien et le nouveau monde provoquée par la Commune.

V.B. : Comment vous êtes-vous nourris pour aborder cette période historique ?

E.M. : Je me suis souvenu du film de Peter Watkins, La Commune (Paris, 1871), mais aussi, par la bande, du Juge et l’Assassin de Bertrand Tavernier, où, comme dans Emportés par la Commune, une partie du monde ne comprend pas ce qui est en train de se passer.

A.B. : Je n’ai besoin de rien puisque j’ai la révolution dans les veines ! (rires) D’un point de vue historique, j’ai appris « Le Chant du départ » et ai écouté des ambiances de ce moment-là. Je me nourris surtout beaucoup de la période actuelle, de cette confrontation entre le nouveau et l’ancien monde, portée notamment par ces jeunes femmes qui ont, et elles ont raison, une tolérance zéro par rapport à l’attitude de certains hommes. Je sens en ce moment un besoin de changement de prisme, de révolution, pas très éloigné, finalement, du temps de la Commune. Propos recueillis par Vincent Bouquet

En ligne sur Facebook Live dans le cadre du Festival Paroles Citoyennes, le lundi 26/04 à 19h.

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Olivier Py, un conteur amoureux

Avec L’amour vainqueur, Olivier Py offre une belle adaptation d’un conte des frères Grimm. Une comédie musicale réussie, créée au Festival d’Avignon en 2019. Disponible jusqu’au 16 avril sur Culturebox, la chaîne culturelle de France Télévision.

Olivier Py avait parlé, en 2019, d’un « spectacle pour les enfants et les gens intelligents ». à raison, l’Amour vainqueur est bien un spectacle pour tous les publics. Dans une scénographie dépouillée, agrémentée de toiles peintes,  les quatre interprètes (Clémentine Bourgoin, Pierre Lebon, Flannan Obé et Antoni Sykopoulos) suivent la trame du conte d’origine, La Demoiselle Maleen.

Enfermée dans une tour du château par son père, la jeune fille s’en échappe au bout de sept ans et se lance à la recherche de son amoureux parti au combat. Las, le pays est en ruines, elle ne reconnaît rien à la société qu’elle a connue auparavant, la guerre ayant tout détruit à perte de vue. « On ne triche pas sur la violence du monde, mais on peut s’en arranger pour construire un destin », commente le metteur en scène. Et de signer alors un spectacle tout à la fois drôle et émouvant, plaisant mais aussi interrogatif sur le devenir de la planète… Un hymne à la liberté, rythmé par grosse caisse et accordéon, violoncelle et piano !

Présenté lors de la 73e édition du Festival d’Avignon, voguant entre noirceur et légèreté, cet original conte de fées avait séduit le public, tout âge confondu. Espérons qu’il en soit de même devant le petit écran. Yonnel Liégeois

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Bertrand Tavernier, un cinéaste cinéphile

Fou de littérature et de jazz, Bertrand Tavernier est décédé le 25 mars. Réalisateur énergique et boulimique, d’une curiosité insatiable, amoureux de la vie, passionné d’histoire, attentif à ses semblables… Le cinéma français est en deuil.

C’est la vie, l’amour, la joie et nos parts d’ombre qui traversent la plupart des films de Bertrand Tavernier. Une insouciance contagieuse, celle d’Irène, Sabine Azéma, suffragette en robe à crinoline et bottines à lacets qui s’invite au déjeuner dominical familial et sème gentiment la pagaille. Il y a là du Renoir (père et peintre), du Roger Martin du Gard, tout un pan de la peinture et de la littérature françaises qui flotte dans ce film, Un dimanche à la campagne, à la fois suranné où le temps s’écoule lentement, avec gourmandise au son de l’accordéon de Marc Perrone. Et puis tout le reste, la justice, l’histoire, l’école, la politique, l’amour, l’amitié. Tavernier filmait comme il était, généreux, enthousiaste, et tant pis si, parfois, il se plantait.

Rien n’échappait à son œil curieux

Bertrand Tavernier est né le 25 avril 1941 à Lyon. Fils de René Tavernier, écrivain résistant, et de Geneviève Dumont, ses parents eurent pour voisins Louis Aragon et Elsa Triolet, qui avaient trouvé refuge un temps lors de l’occupation au-dessus de l’appartement des Tavernier.

Après-guerre, la famille s’installera à Paris. Bertrand Tavernier découvre le cinéma à l’âge où l’on joue encore aux osselets. Il va l’aimer, passionnément, arpentant les salles sans se soucier des genres, fréquentant la Cinémathèque à peine adolescent. Il aimait tout, les films noirs, les westerns, les films d’avant-guerre et de ses contemporains, les comédies musicales. Rien n’échappait à son œil curieux. Tavernier s’exerce d’abord comme critique. Il parvient à placer, ici et là, quelques piges et collabore aux Cahiers du cinéma, à Positif, à Présence du cinéma, aux  Lettres françaises. Il s’intéresse de près au travail des scénaristes, des techniciens de plateau, aux costumes, à la direction d’acteurs, à la musique. Il fait un peu l’assistant (auprès de Melville), participe à deux films à sketchs, les Baisers et la Chance et l’amour, sortis en 1964.

Il faudra attendre dix ans pour que Tavernier réalise son premier long métrage, l’Horloger de Saint-Paul, avec Philippe Noiret. Ensemble, ils tourneront, entre autres, Que la fête commencela Vie et rien d’autreCoup de torchonle Juge et l’Assassinla Fille de d’Artagnan. Une complicité à l’épreuve du temps et des modes les unissait. Il retrouvera cette même complicité, ce goût pour des personnages au caractère bien trempé avec Philippe Torreton, qui jouera dans L.627Capitaine ConanÇa commence aujourd’hui. Tavernier aura dirigé les plus grands : Michel Piccoli, Romy Schneider, Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle, Tommy Lee Jones (Dans la brume électrique), Isabelle Huppert, Sabine Azéma, Jacques Gamblin, Jean-Claude Brialy, Sophie Marceau…

Généreux, sensible aux injustices

Impossible de tous les citer tant la liste est longue des acteurs qui ont traversé ses films. Une liste qui raconte un grand pan du cinéma français. Un cinéma qui croisait la grande et la petite histoire, un cinéma qui aimait raconter, un cinéma à l’image de son auteur, généreux, sensible aux injustices, traquant la moindre parcelle d’humanité, redonnant du sens aux vies de ses personnages, un peu aux nôtres aussi.

Tavernier était un grand lecteur. Coup de torchon, son adaptation loufoque et débridée de 1 275 âmes, de Jim Thompson, parvient à transposer les personnages aussi bêtes que racistes du sud profond des États-Unis dans une sous-préfecture reculée en Afrique de l’Ouest du temps des colonies. On y retrouve la moiteur, les ventilateurs qui brassent désespérément l’air, des personnages lâches, veules. Derrière le rire, c’est toute la cruauté du colonialisme qui jaillit au détour d’une allée rouge poussière.

La lutte entre le bien et le mal

Changement de décor. Le Juge et l’Assassin, avec Noiret et Galabru. Un duel magistral qui met à l’épreuve le sens de la justice. Rarement Galabru aura été aussi bien dirigé dans ce personnage de chemineau rongé par la folie, assassin presque malgré lui, manipulé par un juge retors et pervers. Tavernier filme la lutte entre le bien et le mal dans des paysages rocailleux et sauvages tandis qu’au détour d’une ruelle d’un village, on entend Jean-Roger Caussimon chanter la Complainte de Bouvier, et distribuer les paroles de sa chanson au chaland qui passe. Changement d’époque, de costume. La Vie et rien d’autre. Sur les ruines de la Première Guerre mondiale, deux femmes (Sabine Azéma et Pascale Vignal) cherchent désespérément le cadavre de leur homme. Elles croisent le commandant Delaplane (Noiret), chargé de recenser les soldats disparus. Pas de scènes de bataille, pourtant la guerre, sa puissance destructrice, est là, en arrière-plan, au milieu de la terre éventrée et des allers-retours des civières chargées de cadavres qui passent sans cesse.

Plus tard, plus proche, une autre guerre, la Guerre sans nom. Un documentaire sorti en 1992, non pas sur la guerre d’Algérie, mais sur les appelés. Un film contre l’oubli, contre cette amnésie voulue par les autorités françaises jusqu’à il y a peu, un film qui donne la parole aux premiers témoins. Et c’est bouleversant de voir ces hommes évoquer cette sale guerre, sans filtre, où l’on mesure la puissance du cinéma quand il éclaire ainsi l’Histoire, loin des versions officielles.

La guinguette, le jazz et le blues

On pourrait parler de l’amour de Tavernier pour le cinéma américain, dont il avait une connaissance encyclopédique et amoureuse. Pour la musique qui n’était pas une illustration de l’image mais un personnage à part entière. Il aimait s’entourer de compositeurs, Sarde, Coulais. « J’ai toujours engagé les compositeurs avant que le scénario ne soit véritablement écrit. Je leur donnais toutes les versions. Je n’aurais jamais pu envisager contacter un compositeur en lui montrant le film monté et terminé. J’avais besoin de les écouter, juger sur les rushs », confiait-il à nos confrères de France Musique. Parfois, la musique influençait son scénario et Tavernier avait même des idées d’orchestrations : « Pour L.627, j’ai dit à Philippe Sarde que je voulais un mélange d’instruments baroques et de musiciens de jazz, de rock. Donc on avait une viole de gambe, un luth et une batterie rock. Pour Coup de Torchon, c’était Carla Bley qui dialoguerait avec Maurice Jaubert et Duke Ellington ».

Bertrand Tavernier aimait les grands orchestres, la chanson de guinguette, la musique classique, le jazz, le blues. Ainsi dans Autour de minuit (césar du meilleur son, césar de la meilleure musique et oscar de la meilleure musique), Tavernier part sur les traces de la vie du saxophoniste Lester Young et du pianiste Bud Powell. On le suit dans ces bouges enfumés, interlopes, dans un Paris qui swingue encore. Un hommage à tous ces musiciens de jazz qui lui ont « donné le goût du cinéma, le goût de la liberté », disait-il.

Tavernier cinéaste, Tavernier citoyen

Son dernier film de fiction sort en 2013. Quai d’Orsay, d’après la BD éponyme de Christophe Blain et Abel Lanzac. Comment ne pas rire à en pleurer devant la tornade provoquée à chacun de ses passages par un Thierry Lhermitte survolté dans la peau de Villepin ? Comment ne pas partager le fou rire qui s’empare de ses « assistants » lors des tractations sur les anchois ? Comment ne pas saluer la performance de Niels Arestrup (césar du meilleur second rôle), directeur de cabinet au calme impénétrable alors que la planète manque de sauter toutes les cinq minutes ? C’est un film drôle, facétieux, qui dévoile les arcanes du pouvoir. C’était il y a presque dix ans et ça nous renvoie à une époque d’avant le Bataclan, d’avant la pandémie. Une époque où, malgré la dureté du monde, on savait rire et filmer aussi la légèreté de la vie.

Tavernier cinéaste, c’était aussi Tavernier citoyen. Il était de tous les combats auprès de Jack Ralite pour l’exception culturelle. Contre l’extrême droite, il n’avait pas hésité à prendre le train pour Toulon, dont le maire FN venait de licencier l’équipe du théâtre. De tous les combats pour les sans-papiers, contre la double peine. Marie-José Sirach

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Culture, tous pour la réouverture !

À l’initiative du SYNDEAC, le Syndicat des entreprises artistiques et culturelles, des Président (e)s de région et des Maires de grandes villes de France demandent la réouverture de tous les établissements culturels recevant du public. Tous partis politiques confondus, les élus réfutent la distinction souhaitée par le Gouvernement entre les musées, les cinémas et les salles de spectacles. Yonnel Liégeois

Le 17/02/21, ils signaient une déclaration commune :

Parce que la culture est essentielle au maintien des liens sociaux et à la lutte contre l’isolement, notamment pour celles et ceux qui sont les plus fragiles et souvent premières victimes de la crise sanitaire (jeunes, personnes âgées, étudiants), nous demandons au Gouvernement de rouvrir tous les établissements culturels sans exception et d’annoncer une date de revoyure dans un calendrier raisonnable : musées, salles de cinéma et salles de spectacles doivent être ouverts dans un même tempo.

Nous n’acceptons pas de faire des distinctions entre les différents établissements qui tous s’engagent à mettre en œuvre des protocoles sanitaires rigoureux, déjà négociés et validés par le Gouvernement. Nous sommes prêts à renforcer encore, si besoin, les protocoles sanitaires en lien avec les différentes collectivités et en fonction de la circulation du virus dans les territoires, et ainsi garantir les meilleures conditions d’accueil des publics et des professionnels.

L’ensemble des signataires, élus et professionnels du spectacle, revendiquent une application équitable des mesures de réouverture dans tout le pays : le public, les artistes, l’ensemble des équipes, ne comprendraient pas que la culture reste « confinée » plus longtemps. Ils demandent le renforcement d’un dialogue et d’une concertation véritables entre les collectivités territoriales, les professionnels et le Gouvernement.


Le Syndeac – Syndicat National des Entreprises Artistiques et culturelles
Le SNSP – Syndicat National des Scènes Publiques
Les Forces Musicales
PROFEDIM – Syndicat professionnel des Producteurs, Festivals, Ensembles, Diffuseurs indépendants de Musique.
La SACD – Société des Auteurs Compositeurs Dramatiques
FNCC – Fédération Nationale des Collectivités pour la Culture

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Melly Puaux, la mémoire d’Avignon

Cofondatrice de la Maison Jean Vilar en Avignon, Melly Puaux est décédée le 2 janvier, à l’âge de 77 ans, dans sa demeure en Lozère. Femme de lettres et ancienne comédienne, elle fut tout autant cheville ouvrière et mémoire du festival.

C’est au Lycée Louis Legrand à Paris que Melly Touzoul tombe dans le grand bain du théâtre. Elle débute dans la troupe fondée par Patrice Chéreau et Jean-Pierre Vincent. Elle rejoint le Festival d’Avignon en 1967 au poste de secrétaire permanente. Elle épouse Paul Puaux en 1977 et l’accompagne étroitement dans son action jusqu’à sa mort en 1998.

Après la disparition de Jean Vilar en 1971, une Maison dédiée à son nom voit le jour, résultat d’une alliance entre l’association qu’elle fonde en 1972, la Bibliothèque nationale de France et la Ville d’Avignon. Installée à l’Hôtel de Crochans, au pied du palais, la Maison devient, dès son ouverture en 1979, un lieu mêlant expositions, archives (iconographiques et audiovisuelles), espaces de recherches, de rencontres ou encore d’animation pour les plus jeunes. Après le décès de son mari, Melly Puaux avait continué de collecter les textes, les objets de scène ou les témoignages de ceux qui avaient travaillé avec le metteur en scène. Elle s’y consacra avec une énergie rayonnante. « Melly a œuvré, avec un dévouement infini, à la mémoire de Jean Vilar et du Festival d’Avignon, et au rayonnement de la Maison Jean Vilar », témoigne l’actuelle directrice, Nathalie Cabrera.

De par cette volonté à brandir haut le flambeau du théâtre populaire, Melly Puaux a su transmettre avec brio toute un pan de l’histoire culturelle du pays. Vilar voulait un théâtre populaire, Melly Puaux en conforta sens et enjeux avec des livres, des rencontres pour transmettre et rendre accessible son œuvre. D’une fidélité sans faille au passé, elle était résolument tournée vers la modernité. Dans cet esprit, elle entretenait des liens conviviaux et fraternels avec les militants et responsables de la CGT lors de leur venue en la Cité des papes. Elle répondit toujours favorablement aux sollicitations de La Vie Ouvrière, l’hebdomadaire de l’organisation syndicale.

Hommage à une grande dame de la culture

 « Avec Melly Puaux disparaît une conscience du théâtre. Elle partageait avec Paul Puaux une éthique inébranlable de la démocratisation culturelle. Elle savait convaincre avec délicatesse et intelligence. Sa vie aura été dédiée à cette forme d’art si souvent incomprise qu’on appelle le théâtre populaire. L’exigence le disputait chez elle à l’humour. Témoin d’une des plus grandes aventures de l’histoire de l’art, elle en portait le souvenir non pas dans la nostalgie mais dans l’espérance en l’avenir. Bien sûr Avignon se souviendra de sa présence nécessaire ». Olivier Py, directeur du Festival d’Avignon

« Melly était comme une petite statue du Commandeur. Sans des gens comme elle, les traces s’effaceraient, les trésors resteraient définitivement enfouis et nos enfants seraient dépouillés de leur héritage sans même le savoir. Vive les scribes imperturbables. Vive Melly et Paul ». Ariane Mnouchkine, directrice du Théâtre du Soleil

Cécile Helle, la maire d’Avignon, rend hommage « à une grande dame de la culture et à une figure incontournable du Festival ».

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Limoges, un automne francophone !

Le  23 septembre, s’ouvre à Limoges la 37ème édition des Francophonies ! Sous le label « Les zébrures d’automne », s’offrent sur scène moult créations d’expression française durant près de deux semaines. Rencontre avec le griot Hassane Kassi Kouyaté, comédien et metteur en scène burkinabè, directeur du festival.

 

Yonnel Liégeois – Votre plus grand bonheur en prélude à l’ouverture de cette  37ème édition des Francophonies ?

Hassane Kassi Kouyaté – La bouffée d’oxygène qu’elle symbolise, après l’annulation des « Zébrures de printemps » pour cause de pandémie ! Pouvoir jouer, chanter, danser à nouveau ensemble, pour moi c’est la victoire de la vie sur la mort, de l’optimisme sur la peur… La création artistique, quelle que soit la forme qu’elle revête, se singularise d’abord comme lieu de rassemblement. Plus encore qu’un extraordinaire lieu de rencontre, les Francophonies sont par excellence le lieu d’ouverture au monde. L’endroit où l’on peut côtoyer la différence qui nous fait autre. Qui offre aussi, en ces temps troublés, du travail à tous : comédiens, musiciens, techniciens, hôteliers et restaurateurs.

Y.L. – En ce troisième millénaire, quel regard portez-vous sur l’état de la francophonie ?

H-K.K. – Dans le domaine de la création, elle exige un véritable plan d’urgence. Plus qu’on ne le pense… L’état des lieux ? Une fragilité structurelle constante, un manque de moyens et de visibilité criants alors que la créativité n’a jamais été aussi présente qu’aujourd’hui ! La création d’expression française est d’une incroyable fraîcheur, qui mérite bien mieux qu’un simple clin d’œil. Déjà, pour la seule France, il faut savoir qu’en moult lieux d’Outremer on n’y trouve ni conservatoire, ni école artistique, parfois même pas de salle de théâtre ou de concert. Il devient urgent d’insuffler une politique volontariste en ce domaine et, par leur existence, les Francophonies bousculent les consciences dans le bon sens. Ensuite, il nous faut veiller à ce que la francophonie ne se limite pas aux anciens pays colonisés ou aux membres de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). L’Algérie n’en fait pas partie, on y parle encore français, à ce que je sache ! C’est pourquoi, à Limoges, nous mettons en place ou envisageons des partenariats avec le Moyen-Orient et des pays tels que l’Inde ou le Vietnam, par exemple. Mon parti pris ? Élargir la francophonie à tous les artistes créant en langue française.

Y.L. – Lors de cette édition, vous créez Congo jazz band. La mise en scène, et en musique, de la tragédie orchestrée par la colonisation belge…

H-K.K. – Beaucoup de gens ignorent l’histoire de ce pays africain que Léopold II, le roi des Belges, avait fait propriété personnelle. Lors de la conférence de Berlin, en 1884, où les grandes puissances se partagent l’Afrique (cf. Congo d’Éric Vuillard, prix Goncourt 2017 pour L’ordre du jour, ndlr)… Dans la foulée, beaucoup ignorent également que leur téléphone mobile fonctionne grâce au cobalt congolais extrait dans des conditions honteuses, dans des mines artisanales où des enfants risquent leur vie au quotidien. Avec cette pièce, c’est une façon pour moi de mettre le zoom sur un système où demeurent exploiteurs et exploités, où les pays riches continuent de s’enrichir sur le dos des pays pauvres. Congo jazz band se veut aussi parole de révolte et d’espoir, à sa façon appel au changement pour un développement du monde équitable.

Y.L. – Malgré les violences policières qui perdurent aux États-Unis, en dépit du curieux débat  sur l’appellation « nègre » ?

H-K.K. – L’histoire rattrape mon projet de mise en scène, décidé bien avant ! La question « nègre » est un faux-débat. Chantons, louons, lisons écrivains et poètes qui ont su rendre beauté et dignité au mot, d’Aimé Césaire à Dany Laferrière, du Cahier d’un retour au pays natal à Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer… Il faut en revenir aux réalités premières : un système qui crée la peur et la misère, organise le marché des armes pour la sécurité intérieure et les révolutions de palais, contraint des milliers de gens à l’exode et souvent à périr en mer. Ma responsabilité, en tant qu’artiste, n’est pas d’accuser mais de porter la question sur la place publique, d’inviter par exemple à poser un regard nouveau sur la situation des migrants…

Y.L. – Il a fallu attendre des décennies pour que Paris se dote enfin d’un théâtre de la marionnette, le Mouffetard. Existait le Tarmac, un lieu dévolu à la création francophone. Dont le ministère de la Culture a entériné la disparition en 2018…

H-K.K. – Je ne connais pas les raisons de la fermeture du Tarmac. Ce que je sais et constate, c’est qu’aujourd’hui cette perte représente un vide énorme. Ce n’est pas une honte d’affirmer qu’on a besoin de théâtres dédiés à la création francophone contemporaine. Pour donner à voir et entendre les œuvres, afficher leur puissance de créativité, développer un pôle d’expertise et engranger un savoir-faire. Las, la francophonie ne se voit offrir qu’un strapontin ! Propos recueillis par Yonnel Liégeois, photos Christophe Péan

Les zébrures d’automne

Comme sur l’affiche : théâtre, danse, musique… À Limoges, pour la 37ème fois, c’est toute la palette créative de la francophonie qui s’offrira au public ! Plus présente que jamais, avec onze créations et de nombreux autres spectacles, rencontres et débats. « Les Francophonies sont d’abord et avant tout un lieu de découvertes, de surgissements, de chocs provoqués par « une même et autre langue » professe Alain Van der Malière, le président du festival (…) Aux Zébrures, la question de la langue française, dans ces multiples variantes et déclinaisons, est plus qu’une passion, un engagement ».

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Wenzel, sur la « voix » de garage !

À Cosne-sur-Loire, une bourgade de la Nièvre (58), Jean-Paul Wenzel a inauguré le Garage Théâtre ! En compagnie de sa fille Lou, comédienne, et d’une joyeuse bande de passionnés… Un lieu original qui redonne sens à la décentralisation.

 

Jean-Paul Wenzel a inauguré, à Cosne-sur-Loire (58), un lieu magnifiquement original qui abrite la compagnie La Louve, animée par sa fille Lou, et la Dorénavant Cie, qu’il dirige (1). Il a acquis un ancien garage, avec l’habitation attenante. Au prix de l’énergie de l’espoir et de l’huile de coude généreusement dépensée, le Garage Théâtre a offert son premier festival du 31 août au 6 septembre. Arrivé le 3 septembre, je n’ai pas pu voir, le regrettant, la mise en espace, de et par Lou Wenzel, de Max Gericke, pièce de Manfred Karge. Je n’ai pas vu l’Arbre monde, une ode au monde végétal conçue et interprétée par Sylviane Simonet. Je n’ai pas vu et entendu Gérard Morel dans ses chansons douces-amères. Je n’ai pas vu, en hommage au sol nourricier, Terre arable, qu’a écrit et interprété Lorène Menguelti, escortée par le musicien Pierre Wolff. Pour un envoyé spécial, ça la fout mal d’avouer ce qu’il n’a pas vu. Croyez-moi sur parole, je les connais, ceux que je n’ai pas vus. J’en réponds les yeux fermés...

En revanche, j’étais à la lecture surprise, par la jeune Nina Le Poder et Lou Wenzel, de la Fleur de pissenlit, formidable nouvelle noire de Wolfgang Borchert. Le soir même, c’était, par Hovnatan Avédikian, Mounir Margoum, Lorène Menguelti et le joueur d’oud syrien Hassan Abd Alrahman, une très belle mise en espace de Tout un homme, de Jean-Paul Wenzel, si fraternelle plongée dans l’existence des immigrés maghrébins, naguère encore envoyés au charbon. Le 4, ce fut la surprise de la lecture, par Lorène Menguelti, de la Récolte des hannetons, un texte sien, d’une belle coulée de prose poétique dans la quête de ses origines berbères. Le soir, Denis Lavant, acteur de génie, acteur d’air et de feu, a révélé à un public littéralement soulevé, l’écriture foudroyante de Jean-Pierre Martinet, auteur de la Grande Vie, partition tragico-obscène qui semble un peu, pour l’esprit, d’un Beckett avec trop de mots et d’un Céline en proie à l’opium. Samedi 5, il y eut, sous un grand arbre, pour clore le bal des mots dits, une offrande plurielle d’ordre poétique, au gré des goûts des artistes toujours présents. À la nuit, la mise en espace d’Oma, texte puissant d’Arlette Namiand sur une allégorie de femme mère de toutes les guerres du siècle dernier, était jouée par Martine Bertrand, Lou Wenzel et Anne-Gabrielle Lia-Aragnouet au violoncelle.

Au Garage Théâtre, en toute rigueur et intégrité, se dessine une relance de l’œuvre de décentralisation qui refait sens. Jean-Pierre Léonardini

(1) Le Garage Théâtre, 235 rue des Frères-Gambon, 58200 Cosne-sur-Loire, le.garage.theatre@gmail.com

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Bussang, un oratorio électro-rock

Suite à l’annulation de la saison estivale du Théâtre du Peuple de Bussang (88), Simon Delétang propose, jusqu’au 06/09, un oratorio éléctro-rock. Adaptant à la scène un court essai philosophique de l’écrivain danois Stig Dagerman, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier : un hymne à la vie, sensible et fragile.

Avec l’aimable autorisation de notre confrère et ami Olivier Frégaville-Gratian d’Amore, créateur du site L’œil d’Olivier, Chantiers de culture se réjouit de publier son article.

 

Au cœur des Vosges, fier et rural, le Théâtre du Peuple se dresse. Sa structure en bois, soumise au rude climat de la région, se patine avec le temps, s’abîme parfois mais jamais ne perd son inaltérable singularité. Vétuste autant que chaleureux, le lieu accueille chaque année en été près de 30 000 spectateurs. La plupart sont des habitués, qui reviennent toujours découvrir de nouvelles créations théâtrales dont la spécificité est de faire appel à une distribution mixte mêlant professionnels et amateurs. Cette année, la crise sanitaire a eu raison de la saison. La salle, créée en 1895 par Maurice Pottecher, est restée désespérément vide.

Un brin de philosophie

Triste de ne pouvoir accueillir festivaliers et bénévoles qui, de juillet à septembre, donne au lieu des airs de ruche, Simon Delétang, le directeur artistique de l’institution depuis 2017, a eu l’idée de mettre en scène un texte qu’il avait lu alors qu’il était encore apprenti-comédien à l’ENSATT, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, de Stig DagermanDans cet essai philosophique paru en 1952, le journaliste libertaire danois questionne l’importance de la vie, de la mort et de la liberté individuelle. Dubitatif parfois, pessimiste le plus souvent, il cherche à trouver sa place sur terre, à définir ce qui fait de lui un homme. Oscillant en permanence entre ténèbres et lumière, ce farouche défenseur du libre-arbitre se veut porteur d’un espoir fragile autant que mélancolique.

Un style dépouillé, percutant

Porté par la musique électro-rock du groupe Fergessen, les mots de Dagerman résonnent étonnement justes, précis, dans la salle vide du théâtre du Peuple – le public étant installé sur scène. La musicalité du texte dit avec retenue par Simon Delétang, le lieu rappelant quelques vieux châteaux médiévaux, quelques contes de des frères Grimm, invite(nt) à la rêverie, à la médiation. Les riffs de guitare, les sonorités itératives du synthé hypnotisent et tendent parfois à faire perdre le fil de la réflexion. Loin d’en pâtir, le spectateur en profite pour s’évader, questionner sa propre destinée.

À chacun son avenir

Avec sobriété, Simon Delétang s’empare des pensées de l’auteur pour les faire siennes, pour leur donner une autre dimension, un sens moins noir. Se servant du cadre magique qu’offre ce théâtre vosgien, il distille en cette période morose et anxiogène, une lumière chaleureuse, diffuse. Certes, Stig Dagerman fait le choix de la mort pour se délivrer de ses tourments, mettant fin brutalement à l’écriture de cet essai, mais c’est son indéfectible amour de la liberté que le metteur en scène et comédien souligne vivement.

Hymne à la vie, combat permanent entre abattement et joie, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier réveille doucement mais sûrement jusqu’au 06/09, le temps de quelques après-midis, le Théâtre du Peuple. Et c’est bien le plus important ! Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Théâtre du Peuple, 40 rue du théâtre, 88540 Bussang. Jusqu’au 6/09, du jeudi au dimanche à 17h et 19h. Avec Simon Delétang, création musicale et interprétation de Fergessen (Michaëla Chariau et David Mignonneau).

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La Mousson, une moisson de lectures

Jusqu’au dernier jour, de jour en  jour à l’Abbaye des Prémontrés de Pont-à-Mousson (54), la Mousson d’été n’a cessé de livrer ses pépites ! Des lectures servies par une bande de comédiens fidèles, un festival incontournable au service des auteurs contemporains. D’ici et d’ailleurs.

 

Chaque journée, de l’après-déjeuner jusqu’à tard la nuit tombée, entrecoupées d’entretiens ou de conférences, trois ou quatre lectures/mises en espace à l’affiche : sur les pelouses ou sous les arcades de l’abbaye des Prémontrés, comme en son amphithéâtre ou au gymnase ! Ainsi file le temps sous le soleil mosellan, au fil des mots et des notes venues d’ici et d’ailleurs, de France ou de lointains continents… La Mousson d’été ? « Le lieu de culte des fanatiques du texte contemporain », avoue le metteur en scène David Lescot. « C’est là que je suis venu voir comment on pouvait refaire du théâtre avec rien, juste la base : des acteurs et quelque chose à dire ».

Des choses, il s’en est dites encore à la Mousson en cette année du XXVème anniversaire, du 21 au 27/08 ! Parfois pas toujours abouties, mais peu importe, le plus souvent de vraies perles et pépites dans l’audace et l’urgence de dire : bonheur du texte, merveille de la découverte, qualité de l’interprétation ! L’imaginaire en éveil, néophyte ou averti, amateur ou professionnel, chacun est le bienvenu à la Mousson d’été. L’art le plus novateur est vraiment à la portée de tous dans une authentique ambiance de partage. Ainsi en va-t-il avec Chien-fusil, le texte de l’anglais Simon Longman, « une tragédie pour quelques hommes et de nombreux moutons ». Dirigée par Charlotte Lagrange (avec Etienne Galharague-Romain Gillot-Emma Meunier-Charlie Nelson et Alexiane Torrès, tous épatants), la mise en espace d’un monde rural en pleine déshérence, en totale décadence… Comme aucun agneau ne survit à l’heure de la délivrance, les filles et fils de la ferme couchent alors leurs illusions sur un tas de paille couleur sang. Vendre, tout quitter, partir ? Fort est l’attachement à la terre, peu enthousiasmantes les lumières de la ville.

Un texte dérangeant, au  même titre que Gloria Gloria du jeune auteur français Marcos Caramès-Blanco. L’histoire d’une femme qui, entre deux clopes, pète les plombs, met le feu aux poubelles, tue mari et vieille dame dont elle s’occupe pour terminer la nuit dans les bras de sa meilleure amie et s’enfuir au final à Paris… La « sortie de route » d’un être las d’une existence routinière, quand « les choses se passent dans le même ordre que tous les jours, dans le même sens que tous les jours et dans le même silence que tous les jours ». Avec Frédérique Loliée, éclatante de présence dans le rôle de Gloria, une lecture dirigée par Laurent Vacher. Pour nous retrouver plus tard, dirigé par François Berreur, « À l’ouest de mes trois sœurs », un texte désopilant quoique mortifère de l’argentine Laura Cordoba, une variation de la pièce de Tchekhov au lendemain de la dictature militaire ! De la fin de règne des tsars à l’après Videla, les désillusions de trois vies demeurées cloîtrées dans la banalité du quotidien, la terreur de l’inexistence, la noirceur de l’à venir… D’où les trois alternatives proposées au spectateur en point final, le suicide de chacune des sœurs, Olga-Macha-Irina (Maud Le Grevellec, Odja Llorca, Alexiane Torrès), le saut dans le vide et l’inconnu !

Cette année encore, sous la conduite éclairée de Michel Didym  et de toute son  équipe, la Mousson a confirmé sa place essentielle, indispensable, dans le paysage festivalier français et européen. Au service des auteurs contemporains, pour aiguiser l’imaginaire du public et réveiller la frilosité des metteurs en scène et directeurs de théâtre qui n’osent, par facilité ou peur de l’échec, risquer le pas de la nouveauté. Yonnel Liégeois

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À la Mousson, les textes se soulèvent et grondent !

Jusqu’au 27 août, à l’Abbaye des Prémontrés de Pont-à-Mousson (54), le festival La Mousson d’été s’impose encore comme un événement majeur : de découverte, de formation et de promotion des nouvelles écritures dramatiques. Une manifestation qui donne le signal de la rentrée théâtrale.

« Leslie : six lettres qui glissent dans ma tête comme le bonheur, c’est le plus beau des prénoms et de tous les mots que je puisse connaître… ». C’est l’histoire d’un coup de foudre. Et de bien plus que cela. Les personnages de Valérian Guillaume sont totalement hors norme. À la fois réalistes et sortis d’un imaginaire débridé. Michel Didym a saisi l’essence de Nul si découvert, un long et saisissant monologue repéré et primé par Artcena en 2019 et publié aux éditions de l’Olivier en 2020, qu’il a réduit pour la mise en espace de la Mousson d’été. Confié à Charles Berling qui en donne une interprétation chorale absolument magistrale, on est sous le charme et l’émotion. « Il a bien fallu que je lui explique que j’avais un Démon dans le ventre qui parfois me torturait l’âme et me rongeait l’esprit que ce Démon était goulu et ne laissait aucune place à mon plaisir ni à mon choix… » Le Démon qui colonise le protagoniste, dont on ne connaîtra pas le prénom et qui pourrait être tout un chacun, blessé et cassé, va faire échouer sa passion naissante. Auparavant, dans un déchaînement furieux, il a renversé l’urne funéraire de sa mère. Il se manifeste anarchiquement dans des éruptions volcaniques qui ruinent toute possibilité de vie paisible. Alors, son besoin de consolation étant impossible à rassasier, le héros malheureux cherche le plaisir dans les hypermarchés et la débauche d’objets de consommation qui lui permettent d’échapper à ses tristesses.

De longues phrases sans ponctuation qui explorent métaphores et associations d’images font le délice de cette écriture audacieuse qui mélange moquerie, tendresse et cruauté. Un paysage dans lequel Charles Berling, accompagné par la musique de Philippe Thibault, nous entraîne comme dans un envoûtement. Pour cette vingt-sixième édition, la Mousson d’été a construit un programme qui veut « faire danser les mots » et « faire en sorte que le théâtre reparte de plus belle avec des langues toutes neuves, toutes fraîches, toutes écorchées de vigueur ». Le magnifique espace de l’abbaye des Prémontrés, avec ses jardins ombragés au bord de la Moselle, se révèle propice au déploiement de ces ambitions.

Appétit palpable

L’appétit et la joie des auteurs, directeurs de lecture, comédiens, musiciens et du public sont palpables. On retrouve avec bonheur les acteurs fidèles du lieu : dans Feu la nuit, de Laura Tirandaz, orchestrée et mise en ondes pour France culture par Pascal Deux, Christophe Brault et Odja Llorca. Dans Sur la côte sud, de Fredrik Brattberg (Norvège), dirigée par Véronique Bellegarde, Catherine Matisse et Charlie Nelson… et tous les autres, anciens et nouveaux, ils donnent vie aux mises en scène de demain.

Cette année, il faut noter la présence de Stanislas Nordey, qui intervient sur le thème « Mettre en scène et programmer les textes contemporains » et présente, avec de jeunes comédiens de l’école du Théâtre national de Strasbourg, Ce qui (nous) arrive, six textes d’une commande de formes brèves à douze auteurs et autrices, ainsi qu’ Un sentiment de vie, de Claudine Galea. Très attendue aussi, Isabelle Carré dans Never Vera Blue, d’Alexandra Wood (Royaume-Uni). Enfin, Bruno Ricci et le musicien Taha Alami clôtureront la fête dans la bonne humeur, le 26/08 à 18h, avec la savoureuse parodie de Fellag, Comment réussir un bon petit couscous, une nouvelle version coproduite par la Manufacture, le CDN de Nancy-Lorraine. Juste avant Le drame de Düsseldorf, en soirée : un texte de l’uruguayen Sergio Blanco, une lecture dirigée par Véronique Bellegarde avec Nicolas Chupin, Frédérique Loliée et Charlie Nelson.

On ne soulignera jamais assez cette qualité première de la Mousson : faire entendre, avec invention et renouveau depuis vingt-cinq ans, des textes qui ont déjà pris vie au plateau et font de la sublime abbaye des Prémontrés, à Pont-à-Mousson, un véritable laboratoire de création aux niveaux national et international. Marina Da Silva

Isabelle Carré, et les autres…

Un texte finement ciselé, un accompagnement musical de belle facture signé Philippe Thibault, une lecture de haut vol : avec Never vera blue, le texte de l’anglaise Alexandra Wood, Isabelle Carré a fait sensation à la Mousson ! Avec un naturel désarmant dans sa robe rouge, foulant la scène pieds nus, l’héroïne confesse au public son amour inconditionnel pour ses deux filles, mais aussi sa passion irraisonnée pour quelques plantes et fleurs avec lesquelles elle entretient un dialogue soutenu. Une évocation tendre et sensible qui contraste avec les aveux de violence conjugale qu’elle subit au quotidien et qu’elle distille au fil d’un monologue poignant. « Écrite à la suite d’entretiens avec des rescapées de violence domestique, la pièce retrace les méandres, mentaux et physiques, d’une femme qui doit se retrouver pour se sauver, préserver son intégrité mentale et physique ». Une comédienne de grand talent, une lecture conduite avec tact et retenue par Michel Didym, un texte que l’on a hâte de retrouver sur un plateau de théâtre.

Une pépite parmi d’autres en ce cru 2020, sur les pelouses ou sous les arcades de l’abbaye des Prémontrés, comme en son amphithéâtre ! Par leur humour grinçant ou décalé, la peinture d’êtres paumés, abandonnés ou rejetés de la société, l’absurdité des situations ou des dialogues, Barouf en automne de l’allemand Dirk Laucke (une lecture dirigée par Émilie Capliez avec Christophe Brault, Sébastien Eveno et Catherine Matisse) et Privés de feuilles, les arbres ne bruissent pas de la hollandaise Magne van den Berg (une lecture dirigée par Michel Didym avec Marie Sohna Condé et Catherine Matisse, Vasssia Zagar à la musique) ont véritablement conquis, envoûté le public. Yonnel Liégeois

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Bussang, à l’heure électro-rock !

Se profilait à Bussang (88) un été exceptionnel autour de la figure d’Hamlet. En lieu et place, crise sanitaire oblige, un oratorio électro-rock du 29/08 au 06/09… Simon Delétang, le metteur en scène et directeur du Théâtre du Peuple a dû annuler la saison estivale. Une première depuis 1945 !

 

Jean-Philippe Joseph – Que pensez-vous du plan pour la culture présenté le 10 mai par Emmanuel Macron ?

Simon Delétang – La prolongation jusqu’à fin août 2021 des droits à l’indemnité chômage des intermittents était très attendue. C’était le minimum. Les comédiens que j’avais au téléphone étaient angoissés à l’idée que le festival puisse être annulé. Bussang, c’est trois mois d’engagement, et près de 500 heures sur les 507 nécessaires à l’ouverture de droits. Là où j’ai été consterné, en revanche, c’est quand j’ai entendu le président nous proposer d’aller faire de l’animation dans les quartiers cet été. C’est réduire la culture à un passe-temps…

J-P.J. – Et l’idée de commandes publiques?

S.D. – On y est plus habitué dans les arts plastiques, l’opéra, la création numérique. Si cela peut offrir aux jeunes artistes et techniciens privés de spectacles une visibilité, pourquoi pas?

J-P.J. – Le festival d’été, qui accueille environ 25000 spectateurs par an, devait se tenir du 1er août au 5 septembre. Comment avez-vous réagi ?

S.D. – Les pièces, Hamlet de Shakespeare et Hamlet-machine de Heiner Müller, ont été reportées à 2022. Ce que nous craignions le plus, c’était de ne pas pouvoir payer les salaires des 80 intermittents et saisonniers. Heureusement, mi-mai, notre dossier de demande d’activité partielle a été validé. Nous prendrons en charge les 16% restants du salaire net. Si nous avions fini l’année en déficit, nous n’aurions pas pu redémarrer l’an prochain.

J-P.J. – Comment est financé le festival?

S.D. – Bussang a une activité à l’année, autour d’une équipe de six permanents Mais les subventions ne couvrent pas l’activité de l’été. Sachant que nous prenons à nos frais le logement et la restauration de ceux qui travaillent sur le festival. Les productions sont financées par la billetterie. Nous attendions 350 000 euros de recettes et 100 000 euros de bar. Pour l’heure, nous maintenons les stages prévus cet automne, ainsi que Vie de Joseph Roulin, un spectacle adapté du texte de Pierre Michon. J’espère également pouvoir reprendre les marches itinérantes (un vœu exaucé, ndlr) à travers les Vosges, avec Lenz, de Georg Büchner.

J-P.J. – Quel impact l’annulation du festival aura-t-elle sur l’économie ?

S.D. – J’ai peur que les conséquences soient catastrophiques. C’est toute l’économie locale qui va être touchée. Je pense aux hébergeurs, à nos fournisseurs : le brasseur, le fromager, le charcutier. Une étude réalisée en 2012 montrait qu’un euro investi dans le festival d’été générait quatre euros de retombées pour le territoire. Bussang se situe dans une vallée qui a beaucoup souffert de la désindustrialisation. Elle ne s’en est jamais vraiment remise. Les métiers du bois font ce qu’ils peuvent, mais, depuis un an, sous l’effet du réchauffement climatique, les arbres subissent des attaques de parasites.

J-P.J. – La crise entraînera-t-elle de grands changements pour le tissu culturel ?

S.D. – C’est un peu tôt pour le dire. Nous sommes dans l’expectative. Le point positif du confinement est que les structures théâtrales du Grand Est ont été en lien comme jamais. L’initiative est venue d’Alexandra Tobelaim, la nouvelle directrice du Nest, à Thionville. Assez tôt, elle a lancé un appel pour qu’on réfléchisse ensemble à « l’après ». Nous avions une visioconférence par semaine. L’occasion de partager nos inquiétudes – certaines collectivités locales annoncent déjà des économies sur le budget culture l’an prochain –, d’échanger sur la manière dont on gérait le chômage partiel, dont on envisageait la réouverture, les répétitions à venir. Ce serait bien que cette solidarité survive au confinement. Propos recueillis par Jean-Philippe Joseph

Un oratorio électro-rock

Pour la première fois dans l’histoire de Bussang, le public sera placé côté forêt face aux portes ouvertes sur la belle et grande salle en bois des Vosges…Un point de vue inédit pour rappeler aux spectateurs la situation exceptionnelle que nous vivons (les bancs vides) et respecter les normes sanitaires en vigueur ! Et  d’offrir ainsi au public, du 29 août au 6 septembre (jeudi au dimanche – 17h00 et 19h00), un oratorio électro-rock « pour le plaisir de se retrouver malgré tout » : Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, le texte de Stig Dagerman avec Simon Delétang pour récitant et le groupe Fergessen pour la création musicale.

Un texte court et de grande beauté : un hymne à la vie, une ode à la liberté ! « Je crois beaucoup à la spontanéité des formes imaginées sur le vif, dans la nécessité de s’exprimer coûte que coûte », confie le directeur du Théâtre du Peuple. « S’il y a bien quelque chose qui ne s’éteindra jamais, c’est la foi en l’art et sa rencontre avec un public ».

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Didym, au souffle de la Mousson

« Écrire le théâtre d’aujourd’hui », telle est la devise de la Mousson d’été qui, du 21 au 27/08, se déroule en l’abbaye des Prémontrés à Pont-à-Mousson (54). Initié par Michel Didym, le directeur et metteur en scène du CDN La Manufacture à Nancy, un festival original avec moult pépites à l’affiche.

 

Août 2020 : la Mousson d’été, « rencontres théâtrales internationales », célèbre son 25ème anniversaire ! Au fil du temps, une manifestation qui s’est imposée comme le rendez-vous incontournable des nouvelles écritures du théâtre. Dans un contexte bien particulier pour cette nouvelle édition, au cœur d’une crise sanitaire sans précédent… La mort au tournant, sociale-économique-politique, mais aussi la rage de vivre et de changer ce monde d’avant qui a fait son temps.

« C’est en 1995 que germa dans l’esprit de Michel Didym l’idée de créer, en Lorraine, une manifestation dont l’objet serait moins le spectacle à proprement parler (à l’instar de tant d’autres festivals d’été) que l’exploration, passionnée mais sérieuse, de la production des auteurs du théâtre contemporain », rappelle l’historique de l’événement. « Pendant une semaine, à la fin du mois d’août, des textes inédits y seraient présentés sous des formes souples et légères : lectures, mises en espace, cabaret… ».

Pari osé, pari gagné ! Cette année encore, entre université d’été et spectacles programmés, une suite de temps forts exceptionnels où le public, en toute convivialité, dialogue avec auteurs et metteurs en scène. Avec lectures et mises en espace de textes à découvrir (français et étrangers) programmés demain sur les scènes européennes, servis par des interprètes de qualité : Tamara Al Saadi, Eric Berger, Charles Berling, Isabelle Carré, Nicolas Chupin, Odja Llorca, Charlie Nelson…

Néophyte ou averti, amateur ou professionnel, chacun est le bienvenu à la Mousson d’été : l’art le plus novateur est vraiment à la portée de tous dans une authentique ambiance de partage.Venez, venez à la Mousson d’été, dans le fabuleux décor de l’abbaye des Prémontrés ! Pour que le théâtre reparte de plus belle avec des langues toutes neuves et fraîches, comme nous y invite Michel Didym en son édito. Yonnel Liégeois

 

Le théâtre a été confiné, bâillonné, empêché, entravé, amputé de ses membres. Sortons-le ! Son public a été interdit de séjour dans les salles, son assemblée démembrée, chacun renvoyé à une solitude forcée. Sortons-le! Sortons-les !

Ses artistes, de la feuille de papier à la feuille de salle, ont été interdits de scène et de coulisses, libérons-les ! Sortons-les !

Il est temps, grand temps de se retrouver. Guérissons-nous mutuellement de notre isolement forcé. Allons goûter ensemble de nouveaux textes dans la prairie des mots, comme dit le poète.

Le théâtre au plein air, sous le soleil, la lune et les étoiles, va nous guérir de la solitude forcée, et sinon nous guérir, du moins nous réjouir, nous nourrir. Il est temps de retrouver ensemble la comédie et le drame. Devant, sur ou derrière la scène, retrouvons-nous, ensemble, tous ensemble raccrochons nous aux branches du collectif. Il n’y a pas de je sans les autres.

C’est à toi que je m’adresse. Viens dire, écouter, parler, hurler, viens n’en pas croire tes oreilles.

Même sous ton masque on pourra entendre le rire de tes yeux, viens voir ou faire danser les mots, viens faire en sorte que le théâtre reparte de plus belle avec des langues toutes neuves, toutes fraîches, toutes écorchées de vigueur.

Viens inventer, fabriquer, interroger, viens le voir se soulever, gronder, rugir, fulminer, étonner.

Viens voir s’écrire le Théâtre d’aujourd’hui dans les jardins ombragés des Prémontrés.

Michel Didym

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Fellag, une bonne graine !

Dans une mise en scène de Michel Didym, du 16 au 29/08, Bruno Ricci interprète Comment réussir un bon petit couscous. Un texte de l’humoriste algérien Fellag, créé en 2008 sur la scène de Châteauvallon. Entre humour et ironie, un regard contrasté sur les relations entre Algériens et Français de souche !

 

Si l’habit ne fait pas le moine, comme chacun sait, il n’empêche que l’art culinaire est à l’humain ce qu’est la fourchette à la bouche : un signe de reconnaissance ! Pour preuve, l’Italien gratine ses macaronis, l’Anglais surcuit son rosbeef, l’Espagnol tartine ses tapas, le Polonais bisonne sa vodka, le Belge se fend la frite… Le couscous, quant à lui, est fierté nationale pour tout Maghrébin qui se respecte. Qu’il soit mouton, poulet ou poisson ! Sauf que depuis quelques années, sondage à la clef, il est devenu le plat préféré des Français.

C’est pourquoi Nasreddine, titulaire d’une maîtrise en céréales et d’un master en cuisson vapeur de semoule, s’improvise conférencier pour le bonheur des Gaulois : en tenue traditionnelle et fez rouge sur la tête, il s’évertue à leur enseigner Comment réussir un bon petit couscous, cette spécialité d’origine berbère. Précisant par  exemple que, disposée entre poulet et mouton, « la merguez est une invention des juifs d’Algérie, elle symbolise les peurs ancestrales des circoncisions ratées »… Chacun le sait aussi, la tchatche, le bagout, la parlouze ne sont pas spécificités marseillaises. Comme tout authentique méditerranéen, Nasreddine maîtrise l’art de la parole. Dont il va user et abuser, de digressions en digressions, pour le plus grand bonheur de son  auditoire ! Créé en 2008 sur la scène de Châteauvallon, au lendemain d’un combat épique contre la municipalité FN de Toulon, le texte de l’humoriste algérien Fellag n’a rien perdu de sa verve et de son humour caustique.

Au fil du temps, « le couscous ne serait-il donc pas devenu un concret signe d’affection des autochtones envers les maghrébins ? », s’interroge Nasreddine, le porte-parole de Fellag. Déroulant et détournant alors, sous couvert de métaphore culinaire et dans un grand éclat de rire, tous les clichés et poncifs qui lient depuis des générations « français de souche et souches françaises d’origine maghrébine », raillant et brocardant sans vergogne les uns comme les  autres : la « pigeot » du voisin, l’épicier du coin, le beauf pas très malin, les discours républicains…Un regard décalé sur l’histoire mouvementée de l’immigration comme de l’intégration, entre deux blagues parfois un peu usées, une leçon de « vivre ensemble » rafraîchissante, sans poncifs ni langue de bois.

Un théâtre de tréteaux joliment agrémenté de l’oud  du musicien Taha Alami, dans une mise en scène guillerette de Michel Didym. Avec un Bruno Ricci, le Rital d’origine, confondant de naturel devant son plat de semoule. Comme tout droit sorti de son « Djurdjurassique bled » ! Yonnel Liégeois

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David Lescot, de retour en classe !

Dans le cadre du festival « Un été solidaire », se joue jusqu’au 29/07 au Théâtre de la Ville-Les Abbesses (75) J’ai trop d’amis ! Dans la mise en scène de David Lescot, l’auteur et artiste associé du lieu. Les états d’âme d’un jeune collégien, entre humour et tendresse.

 

Mains dans les poches et casquette vissée sur le crâne, dans la cour de récréation de son nouvel établissement il fait front ! Il n’en mène pas large, pourtant, celui qui joue au gros  dur… Face à lui, le directeur du collège égrène les noms des élèves qui composeront les diverses classes de sixième : se retrouvera-t-il avec sa bande de copains du CM2 ?

Las, pas de chance, il est projeté seul dans cette maudite classe de 6ème D, au milieu d’une bande d’irréductibles anonymes conduite par Clarence, le fort en gueule mais nul en thème… Un grand moment de solitude pour le jeune gamin qui va devoir gagner sa place en terre inconnue ! D’autant que les déboires s’accumulent en cette fin de journée de rentrée scolaire : sa petite sœur nouvelle élue en maternelle qui accapare l’attention de ses parents, le complot qui l’a propulsé délégué de classe sans même qu’il soit candidat. Pire encore : pas de chaussures de marque aux pieds, ni de téléphone portable en poche… Il y a vraiment de quoi en perdre ses repères, et le moral. Pendant près d’une heure de spectacle, dans un soliloque subtilement entrecoupé des babillements du plus bel effet de sa sœur et des commentaires pas très éclairés de son voisin de table, le jeune promu dans la cour des grands va capter l’attention du public, non sans humour et tendresse.

Un dispositif scénique d’une extrême simplicité, mais très ingénieux avec un coffre de bois qui devient en un tour de main table d’école, chambre ou salon familial, une écriture ciselée au cordeau, au plus près du langage des enfants de ce troisième millénaire…  Avec J’ai trop d’amis, sa nouvelle création à la demande d’Emmanuel Demarcy-Mota, le patron des lieux, David Lescot se la joue fort et juste ! D’abord dans sa prise au sérieux des interrogations et doutes à hauteur d’enfant, ensuite par sa maîtrise des dialogues qui plonge tout son monde, petits ou grands, jeunes et leurs parents, sans mise au coin ou au piquet, dans l’imaginaire d’un temps révolu pour les uns et à venir pour les autres. Une mise en jeu fort ludique et inventive des interprètes, toutes féminines même dans les rôles masculins, entre rire et émotion pas une seule once d’ennui jusqu’à ce que la cloche sonne l’heure de la récré ! Yonnel Liégeois

La pièce sera reprise, du 4 au 14/11 au Théâtre de la Ville, espace Cardin-Studio

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