Archives de Catégorie: Expos

Les couleurs du combat

Au parc Montreau de Montreuil (93), le musée de l’Histoire vivante présente Couleurs, histoire du travail et des luttes. Une exploration du monde des couleurs portées au travail et celles revendiquées dans la rue : du rouge et noir historiques jusqu’aux nouvelles couleurs ayant émergées ces dernières décennies

Rouge, jaune, violet, orange, jaune… Les couleurs se multiplient au gré des courants syndicaux ou sociétaux, et de leur évolution dans le temps. La seconde saison de l’expo Couleurs, histoire du travail et des luttes au musée de l’Histoire vivante de Montreuil démarre par le noir. En éclairant, avec l’aide du Centre historique minier de Lewarde (Nord), les travailleurs de la mine : leurs « gueules » comme le charbon. Dans le même temps, les cheminots servent de loco tout au long du parcours grâce aux prêts de l’Institut d’histoire sociale CGT qui leur est dédié. L’anarchie a, quant à elle, une salle dédiée. Archives nationales, départementales et municipales ; prêts de Ciné Archives, de la bibliothèque Marguerite Durand, de FO, de la CFDT ou des musées Charles de Gaulle et Jean Jaurès… Tout le monde s’y est mis pour nourrir les salles d’objets divers (drapeaux, bannières, affiches) et les coups de projos sur les teintes déclinées. « Autant de symboles que de nuances, l’expo retrace deux siècles d’usages de la couleur dans les luttes sociales, politiques et syndicales, et dans le monde du travail dont nous analysons les liens et les convergences », explique Thomas Le Goff, le directeur du musée.

Carte postale, début du XXème siècle, musée de l’Histoire vivante

« Le bleu n’aime personne/ Il s’en fout et il cogne/ Quand il se fout en rogne. Non c’est le rouge (…)/Non le rouge n’aime personne (…)/ Et le rouge couleur passionnelle/ô le bleu couleur du ciel »… La chanson Punk 103 de Catherine Ringer pourrait être la bande-son de l’expo qui colore les luttes et les courants en perpétuel mouvement. Noir pour démarrer donc, puis Bleu comme les tenues des ouvriers et Orange comme celles plus actuelles, le Rouge emblématique du partage… Le triptyque Bleu-Blanc-Rouge fait-il partie du monde ouvrier ? interroge une partie de l’expo quand une autre fait place au Jaune en référence aux traîtres comme aux gilets de la colère. L’Arc-en-ciel, lui, décline les luttes féministes ou LGBTQIA+…« Pensée dans une logique collective et participative, l’exposition se construit à partir de la diversité des regards qui l’ont façonnée. Chercheur·euses, artistes, syndicats, musées nationaux et particuliers se sont rassemblés pour donner vie à une proposition plurielle et originale ».

Un gilet jaune anarchiste, 2025, photographie Thomas Le Goff

La fin du parcours pose une interrogation de taille : quelle couleur prendra le mouvement social au XXIe siècle, éclatement ou convergence ? Décidément, le musée de l’Histoire vivante de Montreuil porte bien son nom ! Amélie Meffre

Couleurs, histoire du travail et des luttes : jusqu’au 01/08/27, du mercredi au vendredi de 14h à 17h, les samedi et dimanche de 14h à 18h. Musée de l’Histoire vivante, Parc Montreau, 31 bd Théophile Sueur, 93100 Montreuil (Tél. : 01.48.54.32.44).

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Solitude et désespoir, la mort

Au théâtre du Petit Montparnasse (75), Frédéric Cherboeuf met en scène Le Plancher. Une histoire vraie, un récit saisissant de Perrine le Querrec, adapté et interprété avec fièvre par Nicolas Degrémont

C’est l’histoire d’un plancher en bois. D’un sol récupéré dans une ferme des Pyrénées, sur lequel sont gravés 208 mots. Pas un de plus. C’est aujourd’hui une pièce du musée d’Art et d’Histoire de l’Hôpital Sainte-Anne à Paris, actuellement visible au Mac-Val, le musée d’art contemporain à Vitry-sur-Seine. C’est seulement en 1993 que fut découvert ce parquet gravé, lors de la vente de la ferme où il se trouvait.

Ces mots, maladroitement tracés, témoignent d’une vie de misère et d’un désespoir absolu. Ils sont dus à Jean Crampilh-Broucaret (1939-1972), dit Jeannot. En publiant en 2013 un roman très documenté et titré simplement Le Plancher, l’autrice Perrine le Querrec a entrepris de saluer la mémoire de cet homme mort à seulement 33 ans, victime de solitude, de manque de soins, de la faim.

Une mise en scène sobre et envoûtante

Le comédien Nicolas Degrémont, qui a adapté le texte, estime que « monter Le Plancher aujourd’hui est un acte responsable qui vise à sensibiliser le plus grand nombre sur l’impact de l’isolement, de la mise à l’écart, de l’impossibilité à dire et sur le risque de sombrer dans ce que l’on appelait hier ”la folie” ». Frédéric Cherboeuf signe la mise en scène, sobre et envoûtante.

Accompagné par Zoé Saubat au violoncelle, Nicolas Degrémont, pendant plus d’une heure, et sans autre accessoire, ne quitte pas l’espace de ce plancher reproduit à l’identique. Il ne raconte pas, il donne vie au personnage de Jeannot. Traduisant en parole, et dans le mouvement incessant, ses tourments effrayés. Et produisant un moment de théâtre d’une rare puissance. Gérald Rossi, photos Serge Perichon

Le Plancher, Frédéric Cherboeuf : jusqu’au 25/10, du mercredi au samedi à 19h, le dimanche à 17h15. Théâtre du Petit Montparnasse, 31 rue de la Gaité, 75014 Paris (Tél. : 01.43.22.77.74).

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Châtillon, le fluid’art de Boscarino

Jusqu’au 31/10, à Châtillon-sur-Indre (36), la médiathèque expose les œuvres de Robert Boscarino. Des tableaux surgis du fluid’art, des peintures où les couleurs explosent au gré de l’inspiration.

La technique est importée des États-Unis, il n’y a pas besoin de pinceaux : ce style de peinture se nomme Fluid’art ou Acrylic pouring. Tout l’art consiste à verser la peinture sur la toile et selon la fluidité, la composition du mélange et la façon de procéder, les résultats peuvent être stupéfiants avec d’infinies possibilités !

Robert Boscarino a déjà présenté ses œuvres dans plusieurs médiathèques et autres lieux d’exposition. Autodidacte complet, il s’attelle à maîtriser une technique qui consiste à travailler la peinture à l’aide de divers objets du quotidien. Sèche-cheveux, billes, fourchettes, chaînettes, boîtes d’oeufs, passoire, souffleurs, pailles, ou tout autre ustensile, donnent vie aux tableaux… Ce sont les mouvements imprimés par le matériel et les gestes du peintre qui déterminent le résultat. « Lorsque je commence un tableau, je ne pars pas avec une idée précise. Mais parfois, au fil de sa composition, une idée émerge à partir de ce qui prend forme » commente le plasticien.

Toile après toile, Robert Boscarino s’est approprié ce style de peinture. « Cette technique est accessible à tout le monde, je ne me considère pas comme un peintre », relativise-t-il. Encore faut-il une bonne dose d’inspiration, de sensibilité et d’inventivité, qualités essentielles sans lesquelles il ne peut y avoir de création ! Ce qui n’a pas échappé à l’entourage de Robert Boscarino, l’encourageant à persévérer et à montrer sa production. Sans nul doute, c’est avec plaisir que les visiteurs se laisseront porter au gré de leur imaginaire, tant couleurs et motifs abstraits invitent à moult interprétations. Philippe Gitton

Exposition Robert Boscarino : jusqu’au 31/10, du mardi au samedi 10h-12h/15h-17h30, le vendredi 10h-12h/15h-17h. La médiathèque François Rabelais, 8 place John Stewart de Buchan, 36700 Châtillon-sur-Indre (Tél. : 02.54.38.92.13).

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Alligny, les nourrices du Morvan

Les 25 et 26/09, à Alligny-en-Morvan (58), le Musée des nourrices et des enfants de l’Assistance publique fête son dixième anniversaire. Un original lieu d’histoire, qui mêle la petite à la grande. Du local au national, de la pauvreté paysanne aux riches familles parisiennes, un regard touchant sur des femmes au grand coeur et au bon lait.

« Allons les Morvandiaux, chantons la Morvandelle « , écrit le parolier Maurice Bouchor en 1903 ! Au coeur du parc naturel, à Alligny-en-Morvan dans la Nièvre, un lieu original la célèbre à sa façon, cette femme morvandelle au bon lait : le Musée des nourrices et des enfants de l’Assistance publique. Déjà, à l’orée du deuxième millénaire, le chansonnier ne s’y trompe pas et ne s’en laisse point conter. « Gardons ô mes amis, nos femmes près de nous, Nos filles et nos fils ont droit à leurs nounous », clame-t-il. Et de conclure sa complainte par un appel solennel aux fermiers qui triment sur des terres pauvres et aux forestiers qui usent leur force à exploiter la forêt, « Nos bûches qui s’en vont, Paris s’en chauffera, Nos gars et leurs mamans, Paris s’en passera » ! Depuis le XVIème siècle, des quais de Clamecy (58) à ceux de Bercy, au péril de leur vie les flotteurs conduisent leurs trains de bois sur la Cure, l’Yonne et la Seine jusqu’à la capitale.

Comme l’illustre la chanson devenue hymne régional, le Morvan, longtemps, fut terre nourricière à plus d’un titre. Jusqu’à la Première Guerre mondiale et aux années 20, les Morvandelles réputées pour la qualité de leur lait servent de « nourrices sur lieux » aux enfants de l’aristocratie et de la haute-bourgeoisie parisiennes, aux bébés des cours princières en Europe. « Des milliers de jeunes mères vont ainsi quitter leur foyer peu de temps après leur accouchement pour aller allaiter un autre enfant que le leur », commente Sylvain Mathieu, alors président du Parc naturel régional du Morvan. Des noms de famille célèbres qui usèrent de leurs services ? Les Rothschild, les Roosevelt et Wendel, les Coubertin et Brooglie… Sans oublier Marie Guyot originaire de Château-Chinon, la capitale du Morvan, nourrice du futur Napoléon III !

Quant aux  » nourrices sur place », jusque dans les années 1960 elles accueillent des dizaines de milliers d’enfants de l’Assistance publique, essentiellement parisiens, les « Petits Paris » comme ils étaient surnommés ! Parmi eux, un bébé de 7 mois devenu célèbre : en 1911, la famille Régnier, lui menuisier à Alligny, elle en charge du bureau de tabac, se voit confier Jean Genet. Entouré de bienveillante affection, jusqu’en 1924 : l’année où il est reçu au certificat d’études premier de la commune avec la mention « bien », l’année où il apprend qu’il est enfant de l’Assistance publique, l’année où il commet sa première fugue. Pour connaître, âgé de quinze ans, sa première incarcération en 1925 à la prison de la Petite Roquette, plus tard son placement – un terme policé pour ne point parler d’enfermement – à la colonie agricole et pénitentiaire de Mettray, un bagne pour enfants près de Tours en Indre-et-Loire.

Au recensement de 1921, sur 1840 habitants, Alligny compte pas moins d’une centaine d’enfants en nourrice. Cette réalité, couplée aux traces laissées par son gamin prodige, explique pourquoi le bourg fut choisi comme lieu d’enracinement du Musée des nourrices et des enfants de l’Assistance publique. Inauguré en 2016, il retrace cette activité nourricière dans sa dimension économique, vitale autrefois dans cette région pauvre, mais aussi dans ses aspects intimes, au plus près des enfants et des familles. Construit dans l’ancien hôtel de la Poste, il propose de cheminer à travers données historiques et témoignages familiaux, un long périple de la nourrice d’hier à l’assistante maternelle d’aujourd’hui. D’un espace l’autre, le visiteur déambulant comme dans une ruelle de village aux maisonnettes accueillantes, le parcours est riche en informations, touchant en émotions.

Les 25 et 26/09, et jusqu’à la fin de l’année 2026, à l’occasion de ses dix ans d’existence le musée des nourrices se fait Passeurs d’histoire, passeurs d’histoires : rencontres, débats et tables rondes, chansons et spectacles au programme. L’occasion aussi de s’interroger sur l’enjeu d’une telle structure, comment en assurer le développement et la pérennité en ces temps troublés où culture et mémoire sont mis à mal sur tout le territoire. Yonnel Liégeois

Le musée des nourrices et des enfants de l’Assistance publique : ouvert du 18/03 au 15/11, du mercredi au dimanche de 10h à 18h, fermé le samedi matin. À lire : Morvan terre d’accueil, terre nourricière / de l’Assistance publique au vivre ensemble (Cahiers scientifiques n°11, les 6èmes entretiens de Bibracte, 144 p., 15€). Le Bourg, 58230 Alligny-en-Morvan (Tél. : 03.86.78.44.05). Courriel : accueil@museedesnourrices.fr

Alligny, dans les pas de Genet…

Initiatrice d’un circuit de randonnée imaginé par Jean-Pierre Cortet, l’association des Amis du musée invite à marcher Dans les pas de Jean Genet. Un parcours sur les traces des lieux qui ont inspiré l’écrivain, du Captif amoureux à Notre dame des fleurs : le village d’Alligny-en-Morvan et son « vieux château féodal entouré de fossés bruissant de grenouilles », la « maison d’ardoises » d’Eugénie et Charles Régnier et ses « cabinets tout au bout du jardin où la vie me parvenait singulièrement douce, câline, légère », l’école des garçons avec la mairie à l’étage, l’église St Hilaire où « le curé n’était pas pris très au sérieux, le catéchisme raconté de façon si bêtasse que ça avait l’air d’une blague », la maison d’Antonin et Berthe la fille Régnier qui, à la mort de sa mère en 1922, recueillit le jeune garçon. Sources : Jean Genet, essai de chronologie 1910-1944 (Bibliothèque de littérature française contemporaine, Albert Dichy/Pascal Fouché).

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Une Ruche plus que centenaire

Léger, Soutine, Chagall, Modigliani… Créée en 1902 par le sculpteur Alfred Boucher, La Ruche abrita une foule d’artistes de renom. Elle en héberge encore une cinquantaine. Un site incroyable à découvrir les 19 et 20/09, lors des Journées européennes du patrimoine.

La Ruche voit le jour passage de Dantzig dans le 15e arrondissement de Paris en 1902, grâce au sculpteur Alfred Boucher (1850-1934), alors en pleine gloire. Quand il acquiert un terrain de 5000 m2 près des abattoirs de Vaugirard, il se réserve un petit pavillon et projette d’y installer des ateliers pour accueillir des artistes sans le sou. Couronné par le grand prix de sculpture de l’Exposition universelle de 1900, il va en racheter des éléments pour aménager son nouveau lieu : la grille d’entrée du Palais des Femmes, les cariatides du pavillon d’Indonésie et le pavillon des vins de Gironde conçu par Gustave Eiffel. L’heure est à l’utopie et des artistes du monde entier en profitent.

Lors de son inauguration en 1902, la Ruche compte plus d’une centaine d’ateliers et autant d’artistes, installés seuls ou en famille pour des loyers dérisoires. La Ruche, à l’image de Montparnasse, est en plein bouillonnement artistique où se côtoient sculpteurs, peintres, écrivains mais aussi comédiens. Un théâtre de 300 places, aujourd’hui disparu, est d’ailleurs installé dans le jardin central qui recevra Louis Jouvet, Marguerite Moreno ou Jacques Copeau. Pas mal d’artistes russes tels Soutine ou Chagall y trouvent refuge quand Max Jacob, Blaise Cendrars ou Guillaume Apollinaire y traînent leurs guêtres.

Une cité toujours sur pied

Après la Première Guerre mondiale, Alfred Boucher est moins en vogue et les finances ne suivent pas mais les artistes sont toujours là. À la fin des années soixante, alors que la Ruche n’est plus qu’un « bidonville englué dans un terrain boueux », les héritiers du sculpteur décident de la vendre à un promoteur immobilier qui veut y construire immeubles et parkings. Un comité de défense se met en place. Une vente des œuvres des artistes résidents est organisée et les époux Seydoux mettent la main à la poche pour sauver la cité. En 1972, les façades et les toitures du bâtiment sont inscrites aux monuments historiques et la Fondation La Ruche-Seydoux est reconnue d’utilité publique en 1985. Un site incroyable et inattendu à découvrir les 19 et 20/09, lors des Journées européennes du patrimoine. En outre, jusqu’au 27/09, les artistes de la Ruche organisent la dixième édition de leur exposition collective (ouverte les vendredi, samedi et dimanche, de 14h à 19h).

Aujourd’hui, sur quelque 1000 m2, la Ruche accueille toujours une cinquantaine d’artistes, dont Ernest Pignon Ernest ou Philippe Lagautrière, qui occupe depuis plus de 25 ans l’atelier où séjourna Chagall. Amélie Meffre

La Ruche, 2 passage de Dantzig, 75015 Paris : Portes ouvertes les 19 et 20/09, lors des Journées européennes du patrimoine. Sur inscription : https://www.fondationlaruche-seydoux.org/journees-europeennes/

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Prissac, le village aux trois musées

Machinisme agricole, facteur rural, espace Gutenberg : trois musées regroupés sur un même lieu, le village de Prissac (36). Dans le parc naturel de la Brenne, voilà un site qui mérite le voyage. Et même plusieurs, tant est riche le contenu de ces expositions.

Trois musées ? À vrai dire, il faudrait peut-être nommer le site les quatre musées ! La salle d’accueil, ouverte en 2019 et située dans une maison traditionnelle berrichonne, vaut bien plus qu’un rapide coup d’œil. Au rez-de-chaussée, sont présentés une multitude d’objets du quotidien, utilisés en partie fin du XIX ème et début du XX ème siècle. Lit, poussette, machine à coudre, phonographe, torréfacteur de café, cuisinière, coiffes, vaisselle… On ne compte plus tous ces témoins d’un autre temps ! Le voyage se poursuit à l’étage où sont placés les outils des sabotiers et plusieurs modèles de sabots. Dans les pièces attenantes, une scène de traite de vache a été reconstituée ainsi que le nécessaire pour la fabrication du fromage.

Le tour de l’habitation accompli, les visiteurs sont invités à traverser la cour. Qui accueille deux belles sculptures en bois, un homme au chapeau et une tête de chien, taillées à la tronçonneuse par Patrick Van Ingen, exploitant agricole à la retraite. D’autres créations de l’artiste, tel un ours impressionnant, trônent dans le village de 586 habitants. En quelques pas, se franchit le passage qui conduit aux musées, regroupés dans une immense bâtisse.

Celui du machinisme agricole, le plus ancien ouvert en 1986, est le fruit du travail d’un habitant du village. Pierre Cotinat, mécanicien agricole à partir de 1948, a récupéré des pièces destinées à la casse. L’objectif ? Montrer aux nouvelles générations les matériels utilisés par le passé. Environ 500 pièces sont visibles. Un ensemble exceptionnel constitué, notamment, par 47 tracteurs aux marques emblématiques : Mac Cormick, Massey Fergusson, Deutz, Renault. Commercialisés pour l’essentiel aux premières décennies du XX ème siècle, ils succèdent aux moyens plus rudimentaires : charrues tirées par des bœufs ou des chevaux. Viennent ensuite les ancêtres des moissonneuses batteuses. Des machines actionnées par la force animale, comme cette trépigneuse fonctionnant au pas d’un cheval. C’est une véritable immersion au cœur des techniques qui ont conduit aux futurs équipements modernes.

Place ensuite au service public de la poste avec son fidèle représentant, le facteur, sans doute le plus apprécié de la population ! Personne indispensable dans les campagnes, il est présent dans tous les esprits. Il fut immortalisé par Jour de fête, le film de Jacques Tati tourné dans l’Indre en 1949 à Sainte-Sévère, est-il rappelé sur le site. François Würtz et André Ballereau, deux postiers de la Direction départementale de l’Indre, ont eu l’idée de dédier un musée au facteur rural (…) Ils ont regroupé véhicules, sacoches, boîtes aux lettres, documents (affiches, photos, instructions) et divers matériels. Depuis 1994, date de la création de la première salle d’exposition, l’association Les amis du facteur rural poursuit le travail de collecte.

En 1997, un espace consacré à la création et aux progrès de l’imprimerie est ajouté aux deux précédents musées. Outre la collection de grosses machines, démonstration à l’appui, les techniques primaires d’assemblage des signes sont expliquées aux visiteurs qui mesurent ainsi tout l’apport de l’invention de Gutenberg en 1450 : une révolution dans la reproduction de textes, jusque-là confiée aux moines copistes payés à la lettre. Tout comme l’impact de la linotype utilisée jusqu’en 1997. D’un musée à l’autre, forts d’un accueil et d’un parcours à l’esprit convivial, les visiteurs éprouvent un authentique plaisir à contempler tous ces objets et matériels, témoins de l’évolution des modes de vie. Philippe Gitton

Musées de Prissac : Ouverts jusqu’au 27/09. De 14h30 à 18h, mercredi au vendredi. De 10h à 12h/14h à 18h, samedi et dimanche. 33 Route de Bélâbre, 36370 Prissac (Tél. : 02.54.25.06.85, ou mairie de Prissac : 02.54.25.00.10). Courriel : museesdeprissac@gmail.com

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1960, Brel à la fête de l’Huma

En septembre 1960, Jacques Brel se produit sur la scène de la Fête de l’Humanité. Un concert qui n’a guère laissé de traces si ce n’est, sans doute, dans les souvenirs de celles et ceux qui l’ont vécu.

Pas de photo en 1960, heureusement Brel revient en 1963 !

Il est des concerts dont seule la date demeure, auréolée d’un mystère insondable, celui des choix éditoriaux et des archives. Ainsi en va-t-il de celui de Jacques Brel, lors de l’édition des 3 et 4 septembre 1960 de la Fête de l’Humanité, tout juste annoncé dans l’édition quotidienne du 1er septembre par un bref encadré, pas même 500 signes, surmonté d’une photo. Un bien court rappel biographique pour ce chanteur belge né en 1929 dans une famille catholique d’industriels spécialisés dans la vente de carton. « Quand il a senti qu’il allait étouffer, il a crevé le couvercle et il est sorti de sa boîte comme un jeune diable ébouriffé, une guitare à la main », nous dit le texte. Belle manière de présenter les débuts – difficiles – de cet artiste protéiforme qui, en 1960, a connu quelques succès mais n’en est qu’au tout début de son ascension.La suite ? « Vous la connaissez », concluent les confrères de l’époque.

De son concert de 1960 à la « Grande Fête de l’Humanité », pour la première année au parc des sports de La Courneuve, il ne nous reste presque rien. Combien, sur la scène de la Fête, a-t-il chanté de chansons ? Il a sans doute interprété Ne me quitte pas, créée l’année précédente à Bobino, tout comme La valse à mille temps. Et l’inoubliable Quand on n’a que l’amour, son premier grand succès public, composé en 1956. Mais le mélancolique Plat Pays, la cruelle – mais jouissive – Ces gens-là, Jef, et Mathilde mûrissaient encore dans l’esprit de l’artiste, tels les blés aussi blonds que les cheveux de la belle Frida… Il y a fort à parier qu’il n’a concédé ni bis, ni rappel, lui qui n’en faisait jamais, même pour son dernier concert à l’Olympia. Brel n’aurait dérogé à cette règle qu’une seule fois, si l’on en croit son accordéoniste Jean Corti. À Moscou, en 1965, il a « bissé » Amsterdam, l’un de ses titres phares que, pourtant, lui-même n’appréciait guère. Mais le public avait tranché : la chanson a son alchimie lyrique, ses accents tragiques.

La maison familiale de Brel, rue du Moulin à vent, Montreuil (93)

À la Fête, en 1960, elle n’était encore qu’une promesse qui ne se réalisera que quatre ans plus tard. Brel n’a pas non plus fredonné Jaurès, sortie en 1977 sur son dernier album, Les marquises. Nul doute que les fidèles du journal fondé en 1904 par l’homme politique l’auraient bien accueillie, qui ont défendu la classe ouvrière que le chanteur y dépeint si subtilement. Ce concert à la Fête de l’Humanité advient un peu plus d’un an avant sa première prestation à l’Olympia, qui signe le véritable envol de sa carrière de chanteur. Lui qui ne s’est jamais débarrassé du trac et vomissait avant de monter sur scène a, sans doute et à son habitude, bu un grand verre d’eau, peut-être un whisky ou une bière.

Combien de cigarettes a-t-il fumées ? On imagine qu’il a transpiré sur la scène de la Fête de l’Humanité, gesticulant des pieds à ses longs bras, donnant tout, avec ses tripes. Fidèle à lui-même, Brel ne trichait pas – c’est trop facile de faire semblant, nous dit-il. Seize ans plus tard, il annonçait ses adieux à la scène, se consacrait au cinéma, devenait pilote, et puis skipper. Jusqu’à ce que le « Grand Jacques » se taise finalement, en 1978, à seulement 49 ans. Dix-huit ans après son premier passage à la Fête de l’Humanité – il y reviendra en 1963 –, dont il ne reste qu’un rêve. Jessica Stephan, in l’Humanité

La Fête de l’Humanité, concerts-spectacles-cinéma-livres-débats-conférences : les 11-12-13/09. Base 217/Le Plessis-Pâté, 91220 Brétigny-sur-Orge (infos Billetteries).

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Musée de l’Homme, le grand âge

Jusqu’en janvier 2027, le musée de l’Homme consacre une exposition aux Grands âges de la vie humaine. Mêlant art et science, elle donne à voir les photographies de Nikos Aliagas. En dialogue avec les panneaux élaborés par le biodémographe et chercheur Samuel Pavard, spécialiste du vieillissement.

Présentateur vedette de la télévision (La Star Academy ou The Voice), Nikos Aliagas est aussi un photographe de talent, comme le montre la cinquantaine de clichés en noir et blanc au musée de l’Homme pour l’expo Les grands âges. Une thématique qu’il explore depuis plusieurs décennies à travers des photos qui magnifient les traces du temps qui passe. « Photographier les grands âges, c’est regarder le temps en face sans le juger. C’est nous rappeler que vieillir n’est pas un effacement, mais une autre manière d’être au monde, une façon intime d’imprimer son empreinte pour celles et ceux qui viendront après », explique-t-il. Ses portraits délicats font écho aux panneaux conçus par le chercheur Samuel Pavard qui déclinent la complexité biologique, sociale et culturelle du grand âge.

Après avoir resitué la longévité humaine sur l’échelle du reste du vivant, le parcours montre que les personnes âgées ont toujours tenu un rôle essentiel, fondamental, dans les sociétés humaines : soins apportés aux petits-enfannts, transmission de biens matériels et de savoirs aux générations suivantes… « Un trésor de l’humanité », comme le résume le biodémographe Samuel Pavard. L’expo questionne aussi sur la place actuelle de la vieillesse dans nos sociétés avec l’augmentation de l’espérance de vie qui atteint plus de 70 ans dans la majorité des pays d’Europe, d’Asie, d’Océanie et d’Amérique. Un enjeu majeur de santé publique et de politique sociale pour assurer une vieillesse en bonne santé pour toutes et tous, mais aussi pour protéger les personnes âgées des menaces accrues : vagues de chaleur, crises sanitaires, épidémie de cancers et de maladies dégénératives causées par les polluants… Amélie Meffre

Les grands âges, Samuel Pavard et Nikos Aliagas : jusqu’au 03/01/27, Foyer Germaine Tillion, tous les jours sauf le mardi, de 11h à 19h. Musée de l’Homme, 17 place du Trocadéro, 75016 Paris. Le 15/09, rencontre avec Samuel Pavard : « Naître-grandir-aimer et mourir, une histoire naturelle du cycle de vie humain ».

SOUDAIN, le film

Soudain est un récit qui explore l’amitié inattendue entre deux femmes que tout oppose. Marie-Lou, directrice d’un EHPAD, croise par hasard la route de Mari, une metteuse en scène de théâtre japonaise. Cette dernière est atteinte d’un cancer incurable et n’a plus que quelques mois à vivre. Contre toute attente, de cette confrontation avec la maladie et la fin de vie, naît une histoire lumineuse, pleine d’espoir et profondément humaine. À travers des dialogues intimes, le récit explore la force des liens humains, la notion de soin et le pouvoir de l’écoute.

Soudain, un film de Ryusuke Hamaguchi. Avec Virginie Efira et Tao Okamoto, double Prix d’inteprétation féminine au festival de Cannes 2026.

Les avis des critiques de l’émission radiophonique Le masque et la plume, août 2026 :

Nicolas Schaller : un chef-d’œuvre humaniste et bouleversant

Pour Nicolas Schaller, cette œuvre transcende le simple cadre du cinéma pour devenir « presque une expérience de vie » pour l’interprète et « une expérience de projection » pour le public. Le journaliste avoue qu’il aurait volontiers récompensé simultanément le réalisateur et ses deux comédiennes, saluant une complicité qui crée « une espèce de chimie qui se produit pendant 3h15 ». Bien que le récit aborde des sujets graves et complexes liés au quotidien d’un EHPAD, à l’autisme ou à la maladie d’Alzheimer, il évite constamment le piège du pathos pour s’élever vers « une hauteur de vue, d’une grandeur, d’un humanisme assez bouleversant ». Schaller souligne également la virtuosité de la mise en scène qui « bascule d’un régime de langage à un autre », mêlant de longues conversations intimes et des plans-séquences mémorables à la BNF. Il conclut en qualifiant l’œuvre de « film thérapeutique sur l’écoute et le soin », tout en y décelant « une critique féroce du capitalisme ».

Charlotte Garson : un exercice de style captivant mais inégal

Charlotte Garson livre une analyse nettement plus partagée sur ce qu’elle qualifie de « film atelier ». La journaliste confie avoir constamment oscillé « entre une exaspération face à cette notion d’humanitude » exposée de manière très appuyée à travers la formation des soignants, et une « pleine gratitude envers ça ». Elle se montre en revanche très élogieuse envers la structure temporelle de l’œuvre, soulignant la pertinence du titre Soudain qui fait sens face à la trajectoire de Mari, un personnage dont l’agonie promise doit aller « très vite ». Ce sont précisément « ces différents braquets temporels » qui ont su la séduire. Néanmoins, elle émet des réserves sur l’efficacité de certains choix de mise en scène : si elle aime l’idée de croiser différents « régimes de paroles », elle avoue que le procédé « ne marche pas toujours » et que la longue représentation théâtrale antipsychiatrique a fini par l’ennuyer.

Jean-Marc Lalanne : un conte philosophique d’une légèreté absolue

Jean-Marc Lalanne se dit quant à lui particulièrement séduit par le « côté conte philosophique du film ». Il apprécie la profondeur des longs dialogues, habilement « construits comme des débats d’idées » , qui portent une réflexion essentielle sur le capitalisme « et la façon dont il menace au fond la perpétuation de l’humanité ». Selon lui, le réalisateur Ryusuke Hamaguchi réussit le tour de force de rendre cette « aridité assumée » particulièrement « incarnée » et « très sensuelle ». Ainsi, la longueur de l’œuvre ne pose aucun problème puisque le cinéaste parvient à créer « une sorte d’écosystème sensuel dans lequel on se sent bien » , offrant à ces trois heures de narration « la légèreté d’une plume ». Lalanne salue enfin la manière dont le récit articule avec brio « le lien entre l’art et le soin » pour en dire « des choses très belles et très profondes ».

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Dicy, un fabuleux village

Au cœur du petit village de Dicy (89), se niche un extraordinaire musée d’art « hors-les-normes », la Fabuloserie… Inventées par des créateurs issus pour la plupart des classes populaires et rassemblées par Alain Bourbonnais, les œuvres surprennent ! D’un bestiaire chimérique au manège enchanté, une plongée déroutante, tout à la fois stupéfiante et vivifiante en un monde merveilleux.

Dans les années 1970, l’architecte Alain Bourbonnais, à la suite de Jean Dubuffet, va se passionner pour l’art brut et dénicher un paquet d’artistes singuliers qu’il exposera dès 1983 à Dicy, dans l’Yonne. Dans la « maison-musée », on déambule au milieu d’œuvres étranges : une salle à manger quasi mystique composée par Giovanni Podesta, ouvrier dans une fabrique de céramique, des sculptures de poupées créées par Simone Lecarre-Galimard, restauratrice, un bestiaire chimérique fait de racines de bois par Abel Secuteur, tailleur à la retraite. On visite avec effroi la salle de Mauricette et ses scènes de vie où trônent des personnages ligotés grandeur nature en tissu poussiéreux, imaginés par Francis Marshall.

On tombe en extase devant l’aquarium qui brille de mille coquillages peints par Paul Amar, chauffeur de taxi à Alger, rapatrié en France. On admire des jouets de bois, machines agricoles ou manèges, fabriqués par Émile Ratier, sabotier devenu aveugle. La visite en intérieur se termine au milieu de grands automates articulés, les « Turbulents » d’Alain Bourbonnais qu’il enfourchait parfois pour aller en ville. Toutes ces œuvres sont déroutantes, vivifiantes tant elles nous plongent dans un monde qui tient du merveilleux, façonné par de grands enfants pourrait-on dire, des créateurs sans limite.

À l’extérieur, les surprises continuent dans le « jardin habité » où tournoie l’incroyable « Manège » de Petit Pierre. Garçon vacher à Coinches (Loiret), Pierre Avezard, né avec une déformation faciale qui lui vaut bien des railleries, se réfugie dans la construction d’un manège. Fait de bric et de broc, dès qu’il s’anime avec une mécanique brinquebalante, il enchante, émeut même eu égard au parcours de son créateur. Y tournoient des avions, des motos, un tramway, des danseurs, des vaches…

Inspiré par les voyages aux côtés de son frère, ingénieur, il reproduit l’aérotrain d’Orléans, le Concorde, la tour Eiffel… Transporté il y a trente ans à la Fabuloserie, il nécessite un entretien méticuleux et couteux. Quand la tour Eiffel haute de 23 mètres menace de s’effondrer, aucune aide publique n’est octroyée – un comble ! Sophie et Agnès, les filles d’Alain Bourbonnais qui gèrent les lieux, lancent une souscription et récoltent plus de 30 000 euros.

Si Sophie se désole de l’indifférence des institutions pour la sauvegarde d’un tel joyau, elle confie que « cette campagne a permis d’impliquer le public et de le faire venir. D’autant qu’avec la crise du Covid et l’arrêt des visites scolaires qui représentaient la moitié de nos recettes, le coup fut rude ». Depuis, le public est revenu, petits et grands, nombreux. Pressez-vous, ne manquez pas votre rendez-vous à la découverte des fabuleux trésors de la Fabuloserie ! Amélie Meffre

La Fabuloserie : 1 rue des Canes, 89120 Dicy – Charny-orée-de-Puisaye (Du 04/04 au 01/11. Tél. : 03 86 63 64 21). En juillet-août, ouverture tous les jours, de 11h à 19h.

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Uzeste, musique et palabres

Du 20 au 22/08, se déroule à Saint Macaire (33) la 49ème Hestejada. Un festival créé en 1978 à Uzeste par le musicien Bernard Lubat, délocalisé en raison des risques d’incendies en Gironde. Une initiative artistique qui privilégie improvisation et convivialité. Loin de la culture standardisée, mêlant sans vergogne innovations musicales et palabres sociales en pays de Gascogne.

​Bientôt quinquagénaire, la 49ème Hestejada (fête au village, en gascon) bat de nouveau le rappel ! Non dans la commune d’Uzeste, son lieu d’ancrage, en raison des risques d’incendie : après un interlude à Bazas la veille, du 20 au 22/08 à Saint Macaire … Coorganisé avec la CGT d’Aquitaine depuis le bicentenaire de la Révolution française en 1989, un festival qui ne ressemble à aucun autre, une « mine d’art à ciel ouvert » aussi déjantée que le dénommé Lubat Bernard, percussionniste de renommée internationale mais pas seulement, multi-instrumentiste et jazzman émérite, fondateur du festival et maître œuvrier de la compagnie Lubat de Jazzcogne…

Le signataire du Manifeste des œuvriers dévoile l’événement en un langage fleuri dont il est coutumier : « La Cie Lubat et ses artistes œuvriers associés ne perdent ni leur temps ni leur talent à la pro-duction de spectacles déclarés marchandisants télessivants ! Artistes en joute en route, enfance de l’art à l’œuvre, imagination à l’abordage, déplacement de bornes, invention sur le pouce… rien ne nous arrête… tout nous invite invente intente ! », commente le batteur-persifleur en son propos « jazzgasconnant » et cognant fort singulier, à jamais déroutant pour les non-initiés ! Rien que çà au programme mais pas seulement, avec une féérie d’étoiles musiciennes, conteuses, chanteuses ou débatteuses dans le ciel de Gascogne jusqu’au 22 août : ,André Minvielle, Louis Sclavis, Marc Perrone, François Corneloup, Lionel Suarez… Sans oublier la clarinette du regretté Michel Portal ! Le 19/08, 21h à Bazas, se déroulera une soirée « Hommage aux sapeurs-pompiers et aux citoyens locaux qui les ont aidés » : un récital « cela va sans ”incendire” », « chansons enjazzées » et « concerto pour piano brûlant » avec Bernard Lubat (accordéon, chant, piano, verbe)…

« C’est quoi l’art ? C’est ce qui n’existe pas, c’est pour ça qu’il faut l’inventer », ose proclamer le musicien émérite, multi instrumentiste à tout vent et contre courant, génial producteur de sons et rimeur de mots.

Qui m’aime se suive Urgent créer, criait l’autre
Sauve qui veut la vie…
À la recherche du contre-temps perdu
Et comme disait Thélonius Monk,
compositeurimprovisionnaire d’en base
« Le jazz c’est la liberté… pensez-y ! »

Bernard Lubat

Outre représentations théâtrales, récitals chansonniers et concerts de jazz (de la clarinette aux percussions, de la trompette à l’accordéon…), Alain Delmas (un entretien en date de 2023), l’un des responsables régionaux de la CGT et président d’Uzeste musical, s’en réjouit à l’avance : malgré la délocalisation, rencontres et débats demeurent à l’affiche de cette 49ème Hestejada !

D’ici d’en poètes et paysans cultivateurs de culture artistisans techniciens œuvriers
chercheurs créateurs pionniers passeurs transformateurs faux menteurs…
Pour une colère joyeuse dans un océan d’indifférence généreuse…
Le village comme écrin et ses habitants comme partenaires solidaires salutaires
Humour humeur humanité humidité !

Pour une lutte à vie à vivre éperdue d’avance d’enfance…
Ni d’avant ni d’arrière-garde mais bien plus tôt d’avant les gardes…
Bio diversité créatrice artistique culturelle sociale éducative…
Ne pas confondre éducation populaire et démagogie participative
Ne nous laissons pas simplifier, enfumer, entuber, marchandiser !

Musique, chanson, théâtre, poésie mais aussi réflexion-question-confrontation… Uzeste, même délocalisé ? Un moment privilégié où se croisent artistes et chercheurs, universitaires et travailleurs : un festival unique en son genre ! Yonnel Liégeois

La 49ème Hestejada : les 20/21 et 22/08, à Saint Macaire (33). Web : https://uzeste.org/

Œuvriers et Ouvriers

Le swing des œuvriers, de Jean-Michel Leterrier avec la complicité d’Alain Delmas (coédition NVO/IN8, 248 p., 25€00), est un bel ouvrage, tant par la photographie que par le texte, qui relate les trois décennies de fréquentation/création entre le festival d’Uzeste et la CGT de la Gironde ! « Le compagnonnage s’est vivifié année après année, les artistes se conjuguant aux ouvriers pour donner naissance aux œuvriers, fabuleux exemples de créolisation », soulignent les deux auteurs. De chapitre en chapitre, entrecoupés de portraits aussi savoureux que cocasses des têtes d’affiche comme des « petites mains » à la réussite du chantier, Jean-Michel Leterrier et Alain Delmas dressent avec allégresse l’aventure culturelle de l’organisation syndicale. Des bourses du travail en 1892 jusqu’à l’élaboration de la « Charte de la lecture à l’entreprise » en 1981…

Plus tard, lancée conjointement par l’UD CGT des Vosges et l’hebdomadaire La Vie Ouvrière, il y aura l’invitation d’un « Grand Témoin » aux représentations du Théâtre du Peuple à Bussang (88) dans les années 2000… Sans oublier les initiatives à chaque festival d’Avignon (84) et à celui de la BD d’Angoulême (16), la présence forte de la CGT des Ardennes au Mondial des Marionnettes de Charleville-Mézières (08), la participation au Printemps des Poètes à Paris et au festival de la poésie de Lodève (34) « Les voix de la Méditerranée »… Sans compter les multiples invitations au siège de la centrale syndicale à Montreuil (93) à des rencontres-débats avec écrivains-comédiens ou plasticiens, l’organisation de plusieurs colloques « Travail-Culture-Syndicat » sous l’égide de la Commission confédérale Culture animée en son temps par Jean-Pierre Burdin puis Serge le Glaunec, eux-aussi singuliers œuvriers d’Uzeste et d’ailleurs dont les portraits manquent à l’appel ! En supplément d’âme, le livre s’enrichit d’un DVD symbolisant le mariage heureux entre texte-image et son.

De l’histoire ancienne en fait, depuis que le syndicat a supprimé sa commission Culture confédérale, et en conséquence les événements qu’elle initiait : aujourd’hui, dans ses publications comme dans son organisation, la CGT célèbre surtout son passé, tant elle semble avoir hypothéqué son avenir. Y.L.

Le manifeste des œuvriers, de Roland Gori/Bernard Lubat/Charles Sylvestre (coédition Actes Sud/Les liens qui libèrent, 80 p., 9€50), affiche et décline le retour à l’œuvre du désir sous toutes ses formes lorsqu’il sonne aux portes de l’existence : la vie de l’humain qu’on soigne, qu’on éduque, à qui on rend justice, qui s’informe, qui se cultive, qui joue, qui s’associe, qui se bat, fort de la solidarité qui s’offre à qui sait la chercher. Ce manifeste revendique la place de l’homme au centre des activités de production et de création pour lutter contre la normalisation technocratique et financière.

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Parc de la Villette, passion Japon

À l’espace Chapiteaux de la Villette (75), l’exposition Passion Japon offre un parcours riche et varié. Entre immenses décors immersifs et habitats nippons grandeur-nature, au cœur d’ambiances sonores et visuelles authentiques, un voyage déroutant.

Dès les portes franchies, l’exposition Passion Japon offre un dépaysement total ! Invité à traverser les toriis (arches emblématiques, frontières entre monde profane et sacré), le visiteur déambule dans les yokochos (ruelles remplies de petits restaurants -izakayas-). Une petite soif, une grosse fatigue, quelques emplettes ? Assistez à la cérémonie du thé, visitez un hôtel capsule typique, découvrez les traditionnelles échoppes de tissus… Les affamés de culture ont tout loisir de s’asseoir au bureau d’un auteur de manga ou de se laisser submerger par la poésie et la magie des estampes Ukiyo-e, dont la mythique vague d’Hokusai ! Tout autour, s’animent les estampes d’Hiroshige et autres maîtres.

Parcourez un quartier traditionnel de Kyoto, les rues animées de Tokyo, avant de vous ressourcer dans un jardin zen. Samouraïs, architecture, gastronomie, mode : les grands incontournables du Japon sont au rendez-vous, le promeneur éprouve et respire l’atmosphère du pays ! Alors, sonne l’heure d’aller se prosterner au pied du mythique Mont Fuji…

Dépaysant, Passion Japon offre un avant-goût unique d’un Japon fascinant. Un voyage passionnant dans un archipel de légendes, entre traditions et modernité ! Yonnel Liégeois

Passion Japon : jusqu’au 23/08, mardi/mercredi/jeudi/dimanche 10h-20h, vendredi et samedi 10h-21h. Espace Chapiteaux, Parc de la Villette, 211 Av. Jean Jaurès, 75019 Paris (Tél. : 01.40.03.75.75) .

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Merlier sort du bois !

À proximité d’Auxerre (89), se niche le musée Pierre Merlier. Des centaines de sculptures en bois y sont exposées. L’occasion de découvrir l’incroyable univers d’un créateur quelque peu oublié.

On ne se doutait pas en empruntant le chemin menant au Moulin du Saulce près du village d’Escovilles-Sainte-Camille (Yonne) qu’on allait découvrir les œuvres d’un sculpteur majeur. On y apprend que Pierre Merlier (1931-2017) fut un artiste reconnu qui obtint plusieurs prix dont en 1956, celui de la Jeune Sculpture. Il exposa à Paris, Lausanne, Londres, Québec ou Los Angeles. Grâce au 1% artistique, un dispositif né en 1951 qui prévoit des commandes d’œuvres à des artistes lors de la construction ou l’extension de bâtiments publics, ses sculptures monumentales créées de 1974 à 1980 trônent dans les villes de la région mais aussi à Die, Dijon, Beaune, Le Creusot, Chambery, Montélimar ou Paris. Si son nom résonne moins aujourd’hui, son œuvre magistrale perdure grâce à l’ouverture d’un musée en 2019 dans un ancien moulin devenu une usine hydroélectrique que le couple Merlier rachète en 1976. L’artiste va y créer durant plus de trente ans une grande partie de son œuvre foisonnante. À la veille de sa mort, alors que quelque 600 pièces sont entreposées dans le domaine, Pierre Merlier demande à sa femme Michèle : « Qu’est-ce que tu vas faire de tout ça ?… Tu n’as qu’à tout brûler ! ». Elle lui répond : « J’ai une meilleure idée, je vais te faire un musée ! ». Avec Sylvie Ottin, elle répertorie, trie et dépoussière les pièces en vue de les exposer. Pour déposer les statuts de l’association en 2018,, ouvrir le musée en juin 2019.

Dès l’entrée de la première salle, on est frappé par la diversité des œuvres : des forêts de femmes nues hautes de deux mètres, portant de longs manteaux ou des chapkas pour la série « La Perestroïka » mais aussi de personnages plus petits en costumes ou chapeautés surnommés « Les banquiers », taillés dans de l’orme et du tilleul à la tronçonneuse puis poncés et peints. Dans son étrange « Forêt humaine », les silhouettes nues ont plusieurs têtes aux chevelures hirsutes, ciselées dans le tilleul ou des souches de cerisiers inversées. « La racine devient la tête, les branches sont les bras et les jambes. À l’envers, comme le monde », expliquait l’artiste. Au gré des formes des morceaux de bois récoltés, les postures se diversifient telles celle d’un magnifique arlequin penché, jambes écartées. On se perd dans cette fantasmagorie où des regards, souvent tristes, semblent nous interroger. 

« J’ai laissé jaillir mon émotion de mes tripes et par la diversité de mes personnages, mis en scène la société et ses côtés dramatiques, caustiques, humoristiques, fantastiques, sans oublier l’érotisme et la laideur », déclarait Pierre Merlier. Dans ces bas-reliefs en terre cuite ou en polyuréthane, il ironise sur le Bicentenaire de la Révolution ou sur les élections quand une foule s’amasse autour d’une urne, parfois aux cotés d’une tête d’animal. « De Gaulle avait déclaré que les Français étaient des veaux », sourit Michèle Merlier qui assure la visite. Dans une autre salle, on retrouvera une statue du Général nu, bras ouverts, dans la posture de « Je vous ai compris ». Pas loin, ce sera un petit Hitler, tout aussi nu, les mains dans le dos, qui semble puni. Parce qu’il fait œuvre de tout bois, quand il récupère des chutes de poutres d’une scierie, l’artiste en fait des totems bigarrés où des humains filiformes sont coiffés de têtes d’oiseaux. On croise encore une armée de monstres bedonnants mi-tristes, mi-suppliants ou des couples entrelacés qui nous interpellent.

Lors de son service militaire, l’artiste découvre l’expressionnisme à Berlin et des artistes qui influenceront son œuvre. Il rend ainsi hommage à Otto Dix avec des statues de soldats ou à Gustave Klimt en faisant une sculpture de son fameux « Baiser » et de personnages affichant les couleurs du maître. « Je fais une sculpture figurative, ironique, satirique, mais jamais anodine », déclarait-il. Pour sûr, on ressort de ce voyage en terre singulière enchanté par tant de créativité. Au total, trois salles d’exposition ont été créées – Michèle Merlier n’a pas ménagé sa peine même en pleine canicule pour retaper les lieux, sans toucher vraiment de subventions – pour nous faire admirer près de 400 œuvres. Avec ce musée implanté au bord de l’historique canal du Nivernais, le créateur génial que fut Pierre Merlier sort ainsi de l’oubli. On ne peut que vivement conseiller une visite de cet endroit magique. Amélie Meffre

Musée Pierre Merlier : Moulin du Saulce, 89290 Escolives/Sainte-Camille. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 11 à 18h30, de Pâques à la Toussaint et sur rendez-vous (Tél. : 06.74.86.17.05).

Marguerite, la petite vache de Belin

Jusqu’au 08/11 au musée Merlier, René Durupt dit Belin, artiste plasticien de la vallée de l’Ouche (Côte-d’Or), expose Marguerite, les petites vaches. Des figurines réalisées avec de l’argile durcissant et pas mal de matériel de récupération. Essentiellement petites alors que ses scénographies peuvent être imposantes. Des vaches il en crée par milliers, toutes les blanches s’appellent « Marguerite », à deux pattes, à mi-corps, debout, seules, en groupes, au ras du sol ou sur pilotis, à tête de chèvre, de porc éventuellement, au large dans leur pré ou entassées dans des enclos surchargés. Son travail artistique, qui peut paraître ludique, est tout sauf vide de sens. C’est du militantisme : il alerte, il dénonce, il montre les travers de l’agro-industrie et un monde paysan qui se meurt.

« L’artiste militant dénonce les fermes géantes en Chine, comptant parfois plus de 10.000 têtes ; la Ferme des mille vaches, avec ses nuisances potentielles ; la vache à hublot et ses modèles d’insémination ; la musicothérapie, qui stimule l’ocytocine et entraîne une augmentation de la production de lait ; la crise de la vache folle ; la création de vaches sans cornes ou avec plus de côtes de bœuf ; ainsi que les suicides des paysans dus à leurs faibles revenus et à leur dénigrement. L’exposition fait également un clin d’œil à la Noiraude, la vache noire hypocondriaque qui téléphone sans cesse à son vétérinaire dans la célèbre série télévisée des années 1970, ainsi qu’à la Ferme des animaux , roman de George Orwell publié en 1945 où les animaux chassent l’homme et prennent le pouvoir. Sans oublier Marguerite dans le film la Vache et le prisonnier d’Henri Verneuil, sorti en 1959″, in le quotidien L’Yonne Républicaine. Photos Sylvie Ottin

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Festivals, Avignon et les autres

Le 04 juillet, la Cité des Papes (84) frappe les trois coups de la 80ème édition de son festival. Durant trois semaines, le théâtre va squatter la capitale du Vaucluse. Et déborder hors les remparts pour le meilleur et le pire… Un feu de planches hors norme, d’Avignon à d’autres festivals d’été : Bussang, Châteauvallon, Cosne-sur-Loire, Île de France, Paris, Pont-à-Mousson, Sarlat, Grignan.

« Pour célébrer sa 80e édition, le Festival d’Avignon brandit le drapeau des questions. Questions poétiques et politiques, intimes et collectives, théâtrales ou chorégraphiques, en français ou en coréen », souligne son directeur Tiago Rodrigues, « cette utopie culturelle fondée par Jean Vilar, qui se répète et se réinvente depuis 1947, est une fête célébrant le partage des questions entre artistes et public ». Et de poursuivre : « Dans une époque minée par de mauvaises réponses, parfois trop simplistes pour mieux diviser une société déjà dramatiquement polarisée, il est plus que jamais nécessaire de se rassembler pour cultiver l’amour des questions et la beauté du doute ». Lors de cette 80ème édition, il est donc proposé une programmation composée d’une pluralité de voix artistiques, reflétant la diversité des visions du monde dans le respect absolu de la liberté d’expression et de création… « À Avignon, les gens se rassemblent, de plus en plus nombreux, pour découvrir les multiples questions portées par les artistes et ils s’unissent à travers des échanges nourris par une pensée libre et critique », conclue le dramaturge portugais et ordonnateur de la manifestation. Une déclaration d’intention que nous faisons nôtre, pour la proclamer d’emblée hors les remparts et affirmer sa pérennité toute l’année !

C’est la raison d’être des Chantiers de culture, formulée autrement par Antonin Artaud, « extraire, de ce qu’on appelle la culture, des idées dont la force vivante est identique à celle de la faim ». Avec le théâtre, parmi tous les arts comme expérience privilégiée, rencontre inattendue et parfois improvisée du vivant avec des vivants, qui a le don de transformer une foule en peuple, des consciences isolées en communautés d’esprit, des interrogations individuelles en émotions partagées. Quand la force d’une réplique passe la rampe, ce n’est plus une troupe de saltimbanques qui fait face à une masse de spectateurs, c’est l’humanité qui fait spectacle ensemble : qu’il soit « dégénéré » ou avant-gardiste, l’art est fondamentalement expression de l’humain en construction ou en interrogation de son devenir. Que cet art se nomme littérature, peinture, théâtre ou autre, peu importe, il importe juste que la rencontre de l’un se fasse avec l’autre, que l’un et l’autre prennent conscience de leur irréductible nécessité pour exister en humanité. D’où l’enjeu de se remémorer les propos de Jean Zay et d’affirmer haut et fort que demeure d’une urgente actualité le renouveau de la réflexion autour de ce que l’on nommait éducation populaire en des temps pas si reculés ! Sans céder aux sirènes de l’opposition factice entre populaire et élitaire : le populaire recèle les ressources de l’élitaire, l’élitaire s’offre sans retenue au populaire !

Avignon, in et off

Ainsi en va-t-il du IN d’Avignon. Des noms de metteurs en scène, des titres d’œuvres peuvent guider le festivalier en perdition sur le pont de cette 80ème édition : Thésée, sa vie nouvelle – Guy Cassiers avec Valérie Dréville (Vedène, 12-24 juillet), Un procès – après l’ennemi du peuple – Christiane Jatahy avec Wagner Moura (Gymnase du lycée Aubanel, 11-22 juillet), 1, 2, 3 Poquelin avec le tg STAN (Carrière de Boulbon, 13-25 juillet), The Last Hamlet – Ben Duke (Cloître des Célestins, 17-24 juillet), Le Pas du monde – Collectif XY (Cour d’Honneur du Palais des Papes, 22-25 juillet), Cuckoo, The History of Korean Western Theatre et Haribo Kimchi – trois mises en scène du coréen Jaha Koo (Gymnase du lycée Mistral, 5-15 juillet), CAPRA (Une Chèvre) – Jeanne Candel (Gymnase du lycée Mistral, 19-25 juillet)… Un choix forcément partiel et partial qui n’oblige en rien, sinon de ne point chuter aveuglément dans la fosse aux artistes !

Et le risque est multiplié par cent et mille face au catalogue pléthorique du Off qui déploie aussi ses festivités du 04 au 25/07. Où le beau côtoie le laid, l’exigence esthétique le banal divertissement, l’engagement citoyen la platitude consumériste… Aussi, vaut-il mieux d’abord s’attarder sur la programmation de quelques lieux emblématiques où prime le choix de l’art avant celui de la recette : Avignon-Reine Blanche, le Théâtre des Halles, la Bourse du travail, La Chapelle du verbe incarné, le Théâtre des Doms, Présence Pasteur, Le chêne noir, Le Théâtre des Carmes, Le chien qui fume, Espace Alya, 11*Avignon, Le petit Louvre, l’Artéphile, La Manufacture, La Rotonde, la Scala, les Lila’s, Au coin de la lune, les Corps saints, Contre courant, Les Lucioles… Dans ce capharnaüm des planches (1780 spectacles, 1432 compagnies, 7 000 artistes, 600 techniciens. 141 théâtres, 248 salles), tout à la fois charme et déplaisir de l’événement, il est jouissif d’oser aussi le saut dans l’inconnu : en se laissant porter par le bouche à oreille, en se laissant convaincre par le prospectus offert en pleine rue !

D’un festival à l’autre…

« Il y a exactement 60 ans naissait une Utopie réaliste nommée Châteauvallon ; aujourd’hui, sur la colline, elle continue de vibrer comme une réalité flamboyante« , clame Charles Berling, le directeur de la Scène nationale. Jusqu’au 28/07 à Châteauvallon (83), entre musique, sauts périlleux, mots doux ou furieux, repas au clair de lune… Pour un dépaysement garanti, du 16/07 au 13/09, rendez-vous est pris à Bussang (88) au cœur de la forêt vosgienne où, cathédrale laïque en bois qui a fêté ses 130 ans, le Théâtre du Peuple arbore fièrement sur son fronton sa devise légendaire « Par l’art, pour l’humanité » depuis 1895 !

Un site mythique, célébré par Romain Rolland, où chaque année la foule s’enthousiasme de la prestation des comédiens amateurs entourant les professionnels, marque de fabrique du lieu, s’émerveille à la traditionnelle ouverture des lourdes portes du fond de scène à chaque représentation. Au programme de l’été 2026, parmi moult propositions, Hériter des brumes, un feuilleton théâtral en six épisodes… « C’est l’histoire d’une troupe de théâtre, composée d’acteurices et d’auteurices d’aujourd’hui, qui tentent de reconstituer l’aventure du Théâtre du Peuple, cent trente ans après sa création. C’est une quête pour essayer de comprendre ce qu’est une utopie et ce que peut l’utopie, pour nous, aujourd’hui. Il y a dedans beaucoup d’amitiés et de passions, des fantômes, deux guerres mondiales, le village de Bussang, des histoires d’amour, des histoires de famille, d’innombrables crises, d’innombrables réconciliations, des arbres, des paysages… et des spectacles, beaucoup de spectacles ».

Quant au Garage Théâtre (58) où s’invitent chaque année de grosses cylindrées, la sixième édition de son festival se déroulera du 26 au 30/08. Sous la conduite de Jean-Paul Wenzel et de Lou, la directrice artistique des lieux, s’affichent à nouveau quelques sacrés comédiens, prompts à dépoussiérer les planches ! Le 26/08, Jean-Louis Martinelli mettra en scène Les coloniaux d’Aziz Chouaki avec le comédien Hammou Graïa. Le lendemain, Jacques et Léon Bonnaffé squatteront l’espace et le 27/08, Sylvain Maurice présentera son fabuleux Projet Barthes interprété par Vincent Dissez. Le samedi, Jean Paul Wenzel et Jean Yves Chir proposeront une œuvre musicale de Mauricio Kagel (une critique assez acerbe du fascisme) interprétée par un grand et reconnu chef d’orchestre, trois musiciens professionnels et des musiciens de l’harmonie de Cosne-sur-Loire. Le 30/08 à 18h, « Les diablotines » feront leur entrée : un texte écrit par Jean-Paul Wenzel, interprété par cinq comédiens amateurs, dont quatre jeunes femmes ayant participé à des ateliers théâtre.

S’annonce aussi la fameuse Mousson d’été, le rendez-vous incontournable pour qui veut partir à la découverte des écritures contemporaines ! Au cœur de la Lorraine, à Pont-à-Mousson (54), le superbe et prestigieux site de l’Abbaye des Prémontrés ouvre ses portes aux auteurs dramatiques, aux metteurs en scène, aux universitaires, aux comédiens et au public pour venir écouter le théâtre d’aujourd’hui. Du 21 au 27/08, un authentique terrain de rencontres nationales et internationales avec lectures, mises en espace et spectacles, un temps comme suspendu en bord de Moselle où s’écoulent et s’écoutent joyaux et pépites qui irrigueront les scènes du futur.

En Île de France Les Tréteaux de France, le Centre dramatique national dirigé par Olivier Letellier, seront présents du 03 au 06/07 sur l’île de loisirs de Créteil (94), du 21 au 26/07 sur celle du Port aux cerises de Draveil (91), du 31/07 au 05/08 sur celle de Cergy-Pontoise (95). Entre ateliers et lectures, ils présenteront moult spectacles de diverses formes tout à la fois virtuoses, esthétiques, parfois bordéliques et acrobatiques ! Sans oublier le festival Paris l’été qui, du 11/07 au 04/08, propose cirque-danse-musique et théâtre aux quatre coins de la capitale, ni le Théâtre de verdure dans le bois de Boulogne jusqu’au 27/09. Lyon (69) organise ses Nuits de Fourvière jusqu’au 25/07, Sarlat (24) son 74e Festival des Jeux du Théâtre du 18/07 au 03/08, le plus ancien de France après Avignon, Grignan (26) ses Fêtes nocturnes jusqu’au 22/08 !

Quelles que soient vos destinations vacancières, à chacune et chacun, lecteur des Chantiers de culture, bel été, folles escapades et superbes évasions culturelles. Yonnel Liégeois

Une sélection de RDV en Avignon

– Exposition : Au cœur de la Maison Jean Vilar, Antoine de Baecque présente Les clés du Festival : une sélection exceptionnelle de photographies, films, enregistrements sonores, témoignages, affiches, programmes, notes et correspondances inédites, décors emblématiques, dessins originaux, maquettes et costumes de légende… Une exposition pour revivre la grande aventure du Festival d’Avignon des origines à nos jours, l’occasion d’en explorer l’histoire, d’en comprendre les enjeux et les grandes étapes. C’est tout le premier étage de la Maison Jean Vilar qui est squattée pour l’occasion ! Pour s’immerger, cœur et corps, dans les créations qui ont fait les grandes heures du festival : du Prince de Hambourg signé Jean Vilar au Mahabharata de Peter Brook, de L’école des femmes de Didier Bezace au Cesena d’Anne Teresa de Keersmaeker… À travers un itinéraire bis, Julien Gosselin ouvre les coulisses de sa création pour la Cour d’honneur et partage son regard d’artiste et de spectateur du Festival.

– Débat : Le 14/07 à 16h30 au Cloître St Louis, le Syndicat de la critique organise ses Conversations critiques. Un moment privilégié où critiques et spectateurs débattent des spectacles du Festival, de l’avenir du IN et du OFF. Un temps fort aussi pour s’interroger sur l’art et le contenu de la critique, son rôle et sa place dans le paysage médiatique (à lire : Qu’ils crèvent les critiques ! de Jean-Pierre Léonardini, paru aux Solitaires intempestifs).

– Media : Le 18/07 à 23h30, Arte présente Maldoror. Dans la cour d’honneur du palais des Papes, Julien Gosselin fait dialoguer l’œuvre de Roberto Bolaño et le lyrisme noir de Lautréamont. Dix ans après son adaptation de 2666, il s’engouffre à nouveau dans les textes de l’un et de l’autre. À travers ces deux auteurs, qui ont sondé chacun à leur manière, à plus d’un siècle d’intervalle, la violence humaine, ses origines et ses zones d’ombre, le metteur en scène s’interroge sur les liens qu’entretiennent la littérature et le mal, l’art et le crime…De l’Uruguay, qui vit grandir Lautréamont, au Chili de Pinochet, dont Bolaño subit la violence, du Paris des poètes maudits aux nuits de Mexico en passant par les chambres d’écrivain de Barcelone, Julien Gosselin compose un théâtre-monde où s’enchevêtrent les époques, les langues et les continents.

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De Sète à Thau, l’art en balade

Les huîtrières de Bouzigues portent haut, les flamants roses ne sont pas loin et les hippocampes reviennent. De quoi embarquer illico pour l’Archipel de Thau (Hérault), d’autant qu’une vingtaine d’artistes y met son grain de sel. Face à la mer, aux étangs, aux médiathèques, au milieu de la garrigue ou dans les ruelles, leurs œuvres règnent. Et pour longtemps.

« Sentinelles silencieuses » © Chourouk Hriech

« Contemplation, Méditerranée, Silence » : voilà les trois mots choisis par Chourouk Hriech (1) pour évoquer ses magistrales « Sentinelles silencieuses ». Face à la mer, sur la promenade du Lido à Sète (34), trois totems, recouverts de dessins en noir et blanc, s’élèvent pour nous raconter la ville. Sirène, bateaux, fleurs, personnages… En fouillant dans les archives départementales et dans sa mémoire (elle s’est installée un temps ici après les Beaux-Arts de Lyon), elle a composé dix dessins à l’encre de Chine sur du papier qui ont été reproduits en décors adhésifs. La femme avec ses paniers remplis de poissons ? « Elle m’a été inspirée par une photo. Sans doute une femme de pêcheur. Peut-être quelqu’un reconnaîtra-il sa grand-mère ? » Plus haut, pas loin du cimetière marin où reposent Paul Valery et Jean Vilar, se dresse Octo de Johan Creten. Le sculpteur belge qui vit en partie à Sète s’est inspiré de la raie et des légendes qui l’entourent pour donner vie à une mystérieuse créature en bronze installée dans le nouveau Jardin du Sémaphore.

« Octo » © Johan Creten

Au sein des quatorze communes qui composent Sète Agglopôle Méditerranée, une vingtaine de créatrices et de créateurs ont dressé leurs œuvres. Un projet mis en branle il y a près de trois ans, financé par le ministère de la Culture (à hauteur de 10 %) et par l’agglomération qui fête ses 20 ans. Toutes les municipalités quelle que soit leur couleur politique se sont accordées pour célébrer majestueusement l’événement avec les « Balades artistiques en Méditerranée » (BAM). Quatre parcours au sein du patrimoine historique et naturel de l’archipel de Thau sont ainsi proposés aux habitants et aux touristes, en voiture, en bus, en vélo ou à pied. Pour l’heure, seize œuvres les jalonnent, quatre autres sont en attente, suite à des problèmes liés à la conservation du littoral ou d’homologation des matériaux voire retardés à cause de travaux non encore achevés. « Que la fête commence » : c’est le nom du chouette parcours de sept sculptures en acier d’André Cervera (2) dans les ruelles de Poussan. Des créations inspirées par les traditions populaires encore vivaces autour du cochon, animal totémique et de Porcius, seigneur romain ayant donné son nom à la ville.

« Que la fête commence » © André Cervera

Au-dessus des quatre façades du centre culturel Léo Malet de Mireval, nous observent Les curieuses et les curieux d’Agnès Rosse, drôles de figures en terre cuite à demi dissimulées qui nous font sourire autant qu’elles nous interpellent. Face au pôle culturel flambant neuf de Frontignan-la-Peyrade, Hervé Di Rosa a lui installé sa Table de désorientation en carreaux de céramique qui invite non sans espièglerie à explorer les lieux alentour. Difficile d’évoquer toutes les créations tant elles sont nombreuses (3) mais il ne faut pas manquer d’admirer dans le Parc Sévigné de Balaruc-les-Bains, Psyché et le Gladiateur, splendide installation faite de résine et de pierre d’Elisa Fantozzi qui revisite les vestiges romains du coin.

« Table de désorientation » © Hervé di Rosa

De même, allez visiter le Château de Girard à Mèze et admirer les Similitudes de Bob Verschueren, originaire de Tournai (Belgique). Ses cinq sculptures de bronze sont conçues à partir de feuilles identiques, travaillées différemment. « Le monde est plein de gens qui sont à la fois tous différents et tous semblables. Cela serait bien que les gens se disent : on est plus semblables que différents », déclare l’artiste. Enfin depuis Gigean, n’hésitez pas à grimper sur le massif de la Gardiole pour admirer l’abbaye Saint-Félix-de-Montceau et, plus haut, une ombrière en acier imaginée par Jean Denant, Pergolarama, découpée selon le cadastre et mimant la forme d’un arbre. Avec cette vue imprenable sur les paysages qui fleurent bon le thym, un grand bol d’air ne peut pas nuire ! Amélie Meffre

« Pergolarama » © Jean Denant

(1) À découvrir sa monographie, Chourouk Hriech, un récit au fil des mondes, composée par une douzaine de contributeurs (critiques d’art, philosophes, historiens…) qui vient de paraître (Beaux-Arts de Paris éditions, 288 p., 39€).
(2) Le sculpteur sétois André Cervera est aussi un peintre de talent. Du 29/03 au 07/06/26, le musée Paul Valéry propose Carambolages, une exposition de ses récents tableaux.
(3) On retrouve l’ensemble des œuvres et des parcours des BAM sur le site et dans l’application dédiée
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Une histoire de sorcières

Au château des ducs de Bretagne, le musée d’histoire de Nantes présente Sorcières. Persécutée hier, revendiquée aujourd’hui, la sorcière n’a cessé de changer de visage. Une exposition qui interroge ce qu’elle dit de nos peurs. Paru dans le mensuel Sciences Humaines, un article de Catherine Halpern

Qu’elles soient juchées sur des balais ou réunies dans d’inquiétants sabbats, les sorcières hantent depuis des siècles les imaginaires, à la fois fascinantes et redoutées. Dans une riche exposition, le musée d’histoire de Nantes revient sur cette figure ambivalente, véritable miroir tendu à nos sociétés et à leurs peurs, à travers près de 180 œuvres et objets – peintures, manuscrits, gravures, objets de sorcellerie ou films. Le parcours s’ouvre sur l’Antiquité, avec la figure de la magicienne. Médée, représentée sur une amphore, ou Circé chez Homère qui transforme les compagnons d’Ulysse en porcs, incarnent des femmes détentrices de savoirs obscurs et de pouvoirs redoutables. Des traits qu’on retrouvera dans les représentations médiévales de la sorcière qui vont en faire progressivement l’ennemie de l’ordre chrétien. En 1326, le pape Jean XXII associe officiellement hérésie et sorcellerie. Puis, en 1486, le Malleus Maleficarum, célèbre traité de démonologie, fait de la sorcellerie une spécificité féminine.

Aux 16e et 17e siècles, les procès pour sorcellerie et les bûchers se multiplient en Europe, en particulier en Suisse, dans les Flandres, en Allemagne et en France, le plus souvent en milieu rural. Les accusées sont rarement des figures marginales extraordinaires : il s’agit le plus souvent de femmes ordinaires, pauvres, isolées, parfois simplement différentes. Brûler leur corps, c’est tenter d’anéantir un danger imaginaire, nourri par la rumeur, la peur et une misogynie profondément enracinée. Les artistes de l’époque participent à la construction de cet imaginaire en représentant sabbats et figures diaboliques, comme chez David Teniers le Jeune. Peu à peu pourtant, la sorcellerie est reléguée par les élites au rang de superstition. « Les sorcières ont cessé d’exister quand nous avons cessé de les brûler », écrit Voltaire dans ses Lettres philosophiques . La dernière condamnation à mort d’une femme pour sorcellerie a lieu le 13 juin 1782, en Suisse. L’image de la sorcière maléfique perdure néanmoins dans les cultures populaires, notamment à travers les contes, comme Hansel et Gretel des frères Grimm.

Un renversement s’opère au 19e siècle. Publiée en 1862, La Sorcière de Jules Michelet propose une vision romantique de la sorcière, figure féminine proche de la nature et dépositaire de savoirs anciens. Cette réinterprétation inspire de nombreux artistes, parfois dans une veine érotique assumée, comme en témoigne La Leçon avant le sabbat (1880) de Louis-Maurice Boutet de Monvel. Les préraphaélites et les symbolistes dépeignent à leur tour la magicienne ou la sorcière comme une femme mystérieuse, liée aux forces naturelles et à l’invisible. Dans le monde rural, guérisseuses, voyantes ou « sorcières » continuent d’être sollicitées pour soigner les maux du quotidien.

Au 20e siècle, la réhabilitation de la sorcière culmine avec sa réappropriation féministe. Aux États-Unis, l’écoféministe Starhawk se revendique sorcière ; en France, la revue Sorcières. Les femmes vivent, dirigée par Xavière Gauthier entre 1975 et 1982, fait de cette figure un symbole de puissance et d’émancipation. Tour à tour persécutée, fantasmée puis revendiquée, la sorcière révèle moins ce qu’étaient réellement ces femmes que les mécanismes sociaux qui les ont désignées. Derrière son balai et ses sortilèges se dessine une mécanique toujours à l’œuvre : celle qui, face à l’incertitude, transforme la rumeur en vérité et la différence en menace. Catherine Halpern

Sorcières : jusqu’au 28/06, 10h à 18h, fermé le lundi. Château des ducs de Bretagne, Musée d’histoire de Nantes, 4 place Marc Elder, 44 000 Nantes. À lire : Sorcières, la puissance invaincue des femmes, par Mona Chollet (La Découverte, 240 p., 19€).

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