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Pour un vers de vin !

Le samedi 10 décembre à 20h, au Grand Aslon à Lingé (36), l’association Noces de Paroles organise Vin sur vin, une soirée spectacle bien arrosée ! En compagnie de deux conteurs, Kamel Guennoun et Bernard Barbier, qui raconteront des histoires sur le vin et sa dégustation.

Ainsi que le rappelle le site Paroles de conteurs, Kamel Guennoun naît en 1953 à Royan, de mère charentaise et de père kabyle. Il vit en Algérie dans sa prime jeunesse, puis il rentre en France en 1962. Il fut docker, déménageur, ouvrier à l’usine Simca avant de s’investir dans l’animation socioculturelle.

En 1987, il découvre le festival « Paroles d’Alès » et commence son initiation aux arts du récit auprès de conteurs et conteuses. Il replonge alors dans ses racines kabyles, qu’il croise avec sa culture charentaise, pour suivre à son tour les chemins qui font les grands conteurs… Cévenol d’adoption, il devient directeur artistique des « Nuits du conte » de Thoiras et co-fondateur avec Patrick Rochedy de « La Marche des Conteurs ». Sans oublier ses collaborations artistiques avec Les voix de la Méditerranée à Lodève, les médiathèques de Ganges et de Narbonne, le Centre méditerranéen de littérature orale d’Alès.

Sur son blog, Bernard Barbier retrace les étapes principales de son parcours artistique. Il naît en 1952 en Auvergne. Il effectue ses premiers pas sur scène vers 1978 avec la musique folk, où il joue du violon. En 1982 dans le Lot, il rencontre une compagnie de Cirque / Théâtre /Clown. C’est le début d’une belle aventure artistique : spectacles de rue, sur scène, pour enfants et adultes… De 1990 à 2003, avec son ami Christian Coumin, il parcourt le monde (télés, galas, cabarets…) avec un numéro visuel « Le vidéo clown ».

En 1987, il fait la connaissance du conteur Kamel Guennoun. « Là fut ma vraie rencontre avec l’univers infini des contes », confie-t-il, « j’avais en moi ce besoin de dire des histoires ». Il suit plusieurs stages avec Michel Hindenoch, Didier Kowarsky, Kamel Guennoun. Il profite de l‘aide précieuse de Jihad Darwiche et de la formation du Centre méditerranéen de littérature orale d’Alès. Depuis 2001, il conte et raconte donc le monde, les histoires qu’il a écrites (menteries) comme celles qu’il a revisitées (Petit Poucet.com)… « Apprendre par la plante des pieds, voila une belle université », affirme Bernard Barbier. Philippe Gitton

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Histoires d’ici et d’ailleurs

D’une petite ville de l’Est de la France à l’Iran, en passant par l’Irlande, le Maroc et bien d’autres régions et pays… Les livres, présentés et commentés au club de lecture de la médiathèque de Mézières (36), témoignent de vies très souvent mêlées aux différents contextes historiques et politiques. Bon voyage et belle lecture Philippe Gitton

Connemara, de Nicolas Mathieu (éd. Actes Sud, 400 p., 22€)

 « Avec une écriture « parlé », le romancier raconte une histoire où le monde du travail est très bien décrit », explique Gilles

Hélène, bientôt quarante ans, est née dans une petite ville de l’Est de la France. Elle a fait de belles études, une carrière, deux filles. Elle vit dans une maison d’architecte sur les hauteurs de Nancy, elle a réalisé le programme des magazines et le rêve de son adolescence : se tirer, changer de milieu, réussir. Pourtant, le sentiment de gâchis est là, les années ont passé, tout a déçu. Quant à Christophe, il vient de dépasser la quarantaine. Il n’a jamais quitté ce bled où ils ont grandi avec Hélène. Il n’est plus si beau. Il a fait sa vie à petits pas, privilégiant les copains, la teuf, remettant au lendemain les grands efforts, les grandes décisions, l’âge des choix.

Aujourd’hui, il vend de la bouffe pour chien, il rêve de rejouer au hockey comme à seize ans. Il vit avec son père et son fils, une petite vie peinarde et indécise. On pourrait croire qu’il a tout raté. Pourtant, il croit dur comme fer que tout est encore possible. Connemara, c’est cette histoire des comptes qu’on règle avec le passé et le travail aujourd’hui, entre Power Point et open space. C’est surtout le récit de ce tremblement au mitan de la vie, quand le décor est bien planté et que l’envie de tout refaire gronde en nous. Le récit d’un amour qui se cherche par-delà les distances dans un pays qui chante Sardou et va voter contre soi.

Les pionnières (Une place au soleil, tome 1), d’Anna Jacobs (éd. Archipoche, 430 p., 8€95)

« Je l’ai lu d’une seule traite », se réjouit Jean

Irlande, début des années 1860. Keara Michaels ne quitterait pour rien au monde sa terre natale et ses deux sœurs. Mais le destin est parfois cruel… Enceinte et sans le sou, elle est contrainte de traverser les océans pour gagner l’Australie. Toute seule : le père de son futur enfant, qui est marié, ne l’accompagnera pas.
Dans le même temps, Mark Gibson, un chercheur d’or, doit fuir le Lancashire pour échapper à la vengeance de son beau-père. Et tenter sa chance à l’autre bout du monde. C’est à Rossall Springs, à deux heures de route de Melbourne, qu’il ouvrira une auberge… Est-ce là que Keara rencontrera l’homme de sa vie ? Le premier volet de la nouvelle trilogie d’Anna Jacobs, la romancière aux trois millions d’exemplaires vendus dans le monde.

Le pays des autres, de Leïla Slimani (éd. Folio Gallimard, 416 p., 8€90)

« Plusieurs histoires se recoupent sur un fond historique. C’est ce que j’aime dans les livres. Celui-ci se lit bien », confie Chantal

Leïla Slimani, autrice franco-marocaine née en 1981 et journaliste politique, se consacre désormais pratiquement qu’à l’écriture depuis son Prix Goncourt pour Chanson douce paru en 2016. Ce roman qui couvre une douzaine d’années (de 1944 a 1956) traite de la colonisation, de la confrontation de deux cultures dans les couples mixtes, de la difficulté pour les enfants de trouver leur place entre ces deux cultures,  de la soumission des femmes, du déracinement et de la stigmatisation des non musulmans.

En 1944, Mathilde, une jeune alsacienne spontanée et effrontée, se marie avec Amine un soldat marocain venu combattre en France. Après la Libération, ils partent au Maroc près de Meknès travailler les terres d’un domaine très isolé, acquis par le père d’Amine. Ce domaine s’avère quasi incultivable. Amine va consacrer toute sa vie à tenter de tirer des revenus de cette terre aride, au détriment de sa vie de famille et de sa santé. Mathilde a beaucoup de mal à supporter le manque de confort, l’isolement, l’éloignement de sa famille, le poids des traditions et l’absence de son mari qui ne vit que pour faire prospérer ses cultures et prouver qu’il n’a pas besoin des colons.

Après un retour de quelques semaines en France suite au décès de son père, elle revient au Maroc près de ses deux enfants et de son mari. Pour se sentir utile et plus libre, elle devient une sorte d’infirmière auprès des autochtones démunis grâce à l’aide d’un médecin français. Le roman se termine fin 1955, suite aux émeutes contre la colonisation menées en partie par le frère d’Amine.

Carnets d’un médecin de montagne, d’Hermann Berger (éd. La fontaine de Siloé, 154 p., 12€)

« Ce livre est passionnant », affirme Bernadette

Médecin d’origine roumaine, installé dès les années 30 dans la vallée de La Maurienne, Hermann Berger consacra la totalité de sa vie à ses patients avec un courage et un dévouement exceptionnels. Il aimait tant son métier qu’il l’exerça jusqu’en juillet 1993. Alors âgé de 85 ans, il était certainement le médecin le plus vieux de France ! Voulant laisser une trace avant sa mort qui intervint trois mois plus tard, il dicta cet ouvrage à sa fille. Quelques autres témoignages, collègues-infirmières-religieuses, complètent son histoire. On l’aura compris, ces carnets sont un témoignage rare. En effet, non seulement le personnage est hors du commun, mais encore juif et roumain. Il sera en butte aux tracasseries du régime de Vichy et devra se cacher pendant la guerre pour échapper à la Gestapo. Le lecteur admirera un courage et une ténacité hors du commun.

Une magnifique figure de médecin de montagne, capable de marcher des heures dans la neige pour aller visiter un malade. Un praticien exemplaire comme on n’en rencontre quasiment plus de nos jours. Même chose pour la petite société montagnarde des hautes vallées, vivant dans des conditions de misère et de difficultés matérielles qu’on a peine à imaginer aujourd’hui.

Je vous écris de Téhéran, de Delphine Minoui (éd. Points, 360 p., 8€20)

« Ce n’est pas ennuyeux un seul instant, ça restitue bien les ambiances », explique Michel

Sous la forme d’une lettre posthume à son grand-père, entremêlée de récits plus proches du reportage, Delphine Minoui raconte ses années iraniennes, de 1997 à 2009. Au fil de cette missive où passer et présent s’entrechoquent, la journaliste franco-iranienne porte un regard neuf et subtil sur son pays d’origine à la fois rêvé et redouté, tiraillé entre ouverture et repli sur lui-même. Avec elle, on s’infiltre dans les soirées interdites de Téhéran, on pénètre dans l’intimité des mollahs et des miliciens bassidjis, on plonge dans le labyrinthe des services de sécurité, on suit les espoirs et les déceptions du peuple aux côtés de sa grand-mère Mamani, son amie Niloufar ou la jeune étudiante Sepideh.

La société iranienne, dans laquelle se fond l’histoire personnelle de la journaliste, n’a jamais été décrite avec autant de beauté et d’émotion. De mère française et de père iranien. Delphine Minoui est lauréate du prix Albert Londres 2006 pour ses reportages en Iran et en Irak.

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Brassens au manoir

Dans le cadre des Journées européennes du patrimoine, le 18 septembre, le Manoir des arts de Jaugette (36) honore un artiste majeur de la scène musicale française : Georges Brassens. Le spectacle de clôture de l’édition 2022 des rencontres musicales qui ont fêté dignement leur dixième anniversaire.

L’Auvergnat, les Bancs publics, les Copains d’abord et tant d’autres chefs-d’œuvre : Georges Brassens n’en finit pas d’inspirer les artistes ! Le Manoir des Arts propose de découvrir ou redécouvrir quelques-unes de ses chansons. Ce spectacle musical est présenté par la Compagnie Cadéëm, avec Laurent Montel, ancien pensionnaire de la Comédie Française (texte et chant), accompagné de Eva Barthas (saxophone), Josephine Besançon (clarinette) et  Anthony Millet (accordéon). Les arrangements sont de François Bousch, un habitué de Jaugette où il s’est déjà produit, avec notamment, ses « Miroirs d’espaces ». Une création pour électronique et diaporamas, au cours de laquelle les spectateurs sont sollicités pour intervenir sur le déroulement musical par l’intermédiaire de leur smartphone. Le compositeur a créé une sorte d’alphabet sonore qui permet de transcrire en notes les textes envoyés par les téléphones.

La présence de François Bousch, lors du récital-hommage à Brassens, symbolise à merveille l’esprit du Manoir des arts : faire vivre un lieu de rencontres musicales où se croisent différents  univers. C’est encore vrai pour cette année 2022. Le premier spectacle se déroula le 30 avril sur le thème « Les chefs d’œuvre du XXème siècle ». Au programme, le concerto pour main gauche de Ravel et le deuxième concerto de Prokofiev. En juillet, le festival Musique et Magie a offert plusieurs œuvres, dont « L’enfant et les sortilèges » de Maurice Ravel. Les festivaliers étaient également invités à écouter le quatuor des Ondes Martenot : un instrument électronique aux sonorités magiques, créé par Maurice Martenot et présenté au public en 1928 ! Quant au magicien Bruno Monjal, il posa son regard et son jeu sur toutes les musiques des grands compositeurs interprétées durant ces trois jours, notamment les deux concertos de Mozart pour piano et orchestre, le quintette à cordes n°2 de Brahms et les trois préludes de Debussy.

Des rencontres musicales achevées par une soirée jazz, en compagnie de Shai Maestro. Le pianiste de renommée mondiale se produit avec les plus grands jazzmen du moment. L’énoncé des œuvres et interprètes illustre qualité et virtuosité des programmes proposés à Jaugette, d’une année à l’autre. Brassens y prend naturellement toute sa place. Philippe Gitton

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Armelle et Peppo, cœur de tziganes

Du 21 au 25 août, à Vassivière (23), le festival Paroles de conteurs accueille Armelle et Peppo. La conteuse et le musicien y font escale pour narrer l’incroyable épopée tzigane. Un récit de cinq heures décliné en autant d’épisodes.

Durant cinq jours, Armelle la conteuse Rom et Peppo le musicien voyageur font escale à Vassivière, au festival Paroles de conteurs pour y narrer l’épopée tzigane. Un récit présenté en cinq fois une heure. L’ambition est grande, à la mesure de l’amour qu’Armelle et Peppo portent à leur peuple. Il faut, à n’en pas douter, une sacrée dose de passion pour décider de relater de la sorte cette histoire. Entre mythes, légendes et réalité, l’histoire des tziganes et de leur trajectoire à travers les âges : nomades de tous temps, victimes de persécutions, souffrant souvent encore aujourd’hui d’une mauvaise réputation… « Descendants des Dieux, nous, les tziganes, avons fait le tour de la Terre. Nous avons traversé les guerres et nous sommes toujours là », clament-ils.

C’est par le conte que le couple de saltimbanques transmet la mémoire : une expression artistique par nature porteuse de rêve, d’évasion et d’imaginaire, qui donne à voir et à comprendre la tradition tzigane. Bien plus encore, il interpelle chaque individu parce qu’il touche à une dimension universelle. « Depuis la nuit des temps, les hommes ont migré et nous sommes toutes et tous le produit de ces voyages ». Le rappel n’est pas superflu. Il éclaire sur la manière dont s’est construite la civilisation humaine et invite à remettre à leur juste place ces familles qui mènent leur vie au rythme de leur déplacement.

Armelle et Peppo sont de ceux-là. Ils bougent pour mieux se raconter. En couple sur scène comme à la ville, la construction de leurs spectacles résulte d’un échange permanent, issu de leur complicité au quotidien. « Nous nous accordons sur la ligne directrice de nos spectacles, puis plus en détail. Progressivement, nous faisons nôtre le déroulement d’un récit, très peu écrit. Et puis, nous laissons une part importante à l’improvisation », explique Armelle. Musique et parole s’inspirent mutuellement pour narrer leurs histoires servies par la poésie et l’humour. Qui parlent de la vie des hommes et des rapports tissés entre eux, mêlant sens du partage et de l’amour mais aussi de la défiance.

Le voyage en roulotte, pour Armelle et Peppo ? Bien plus qu’un mode de transport, un mode de vie… Durant des années, ils ont sillonné la France et l’Europe en roulotte (une, puis deux avec la venue des enfants), présentant leurs spectacles au hasard de leurs rencontres : écoles, médiathèques,  maisons de quartiers,  lieux associatifs… Jusqu’à ce jour d’été 2007 où ils firent halte au festival de Vassivière, une journée qui changea leur existence ! Les contacts pris après leur prestation débouchèrent sur des contrats pour des horizons plus lointains. « Les avions et les trains ont remplacé les roulottes », souligne Peppo, le sourire aux lèvres. À la rencontre de nouveaux publics, ceux d’Outre-Mer (Guyane et Nouvelle-Calédonie) et de pays africains francophones comme le Burkina Faso mais aussi ceux de Grèce, du Liban et d’Angleterre. Philippe Gitton

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Ansel, la Brenne en mille clichés

Amoureux de la région des mille étangs, Robert Ansel publie Les mammifères sauvages de la Brenne. Un album consacré aux animaux, du ragondin au chat forestier, parfois immortalisés en de surprenantes postures. Une balade estivale, de page en page.

Avec Les mammifères sauvages de la Brenne, Robert Ansel boucle une trilogie ouverte avec Les lumières de la Brenne et Envol en Brenne. Trois ouvrages, témoignage de l’amour porté par le photographe à la région aux mille étangs. « Le projet a mûri tranquillement, j’avais suffisamment de matière pour y consacrer un livre ». Comme une suite logique, après les paysages et les oiseaux, Robert Ansel a donc réalisé un album de photographies des mammifères vivant en Brenne. Au cours de ses nombreuses balades dans la nature, il a capturé les images de toutes ces bêtes, souvent bien difficiles à seulement apercevoir. Au fil des pages, se côtoient cerfs, biches, chevreuils, sangliers, renards, lapins, lièvres, écureuils, ragondins et même, plus rares, chats forestiers… Certains animaux parfois en des postures surprenantes, voire drôles ou poétiques.

De la même manière qu’il saisissait les oiseaux en plein vol, Robert Ansel s’attache à prendre les mammifères en mouvement. Le lecteur retrouvera donc les scènes de vie quotidiennes des habitants de ces étangs, bois, forêts et prairies que le photographe avait fixés dans Les lumières de Brenne. Premiers clichés offrant différentes atmosphères. Vision d’une faune, d’une flore et d’une terre changeantes au fil des heures et des saisons, par les caprices d’un ciel ombrageux ou lumineux et quelques fois orageux. Le ciel, espace de liberté des oiseaux auquel Robert Ansel a consacré « Envol en Brenne», son deuxième volume. Des livres, on l’aura compris, qui racontent la rencontre d’un homme et d’un pays ! Ce normand est originaire du pays de Caux. La région entre Seine et côte d’Albâtre, pour laquelle il exposera ses images, puisées dans la campagne comme le long du littoral. Séduit par la nature brennouse, il est installé à Paulnay depuis treize ans. « À longueur d’années, je sillonne cette terre et je ne m’en lasse pas », confie-t-il. Appareil en mains, il explore ces lieux qui lui sont devenus familiers et restitue la diversité d’un monde qui le charme.

Dès l’âge de 16 ans, il s’adonne à cet art. La photographie en noir et blanc, principalement des portraits. Sa passion le conduit ensuite vers l’extérieur. De la fin des années 90 à aujourd’hui, il compte à son actif de très nombreuses expositions : La fête du lin et de l’aiguille, sujet qui lui vaudra une expo au Japon, Veules Les Roses avec l’art cauchoisLa campagne de Caux à GodervilleLa baie de Seine reposoir ornithologique ou bien encore Faune et flore de la Brenne au château d’Azay-le-Ferron. Une rétrospective de 50 ans de photographies sera présentée au Moulin de Mézières.

Dans le prolongement de sa chasse permanente aux images, Robert Ansel développe d’autres activités. Il a créé divers ateliers et une galerie à Paulnay où il expose ses photos. Il organise aussi des visites accompagnées, des promenades guidées qui s’adressent à tous les amoureux de la nature. Aux personnes simplement curieuses de découvrir le milieu ambiant comme aux photographes amateurs, auxquels il prodigue conseils et avis sur la technique, le respect du milieu naturel et la connaissance des espèces. « L’idée est avant tout de favoriser l’échange. Les gens sont demandeurs d’informations, de partage. C’est pour cette raison que je privilégie les petits groupes de trois ou quatre personnes. Nous accédons ainsi à des endroits peu fréquentés, plus propices à la rencontre d’animaux sauvages ».

Un partage d’expérience où le photographe rappelle volontiers que tout est affaire de patience et de pratique, pour la photographie animalière comme dans d’autres spécialités. Dont le portrait, à ne pas confondre avec la photo d’identité… Un autre type de photo, un autre univers : la preuve que la photographie invite à casser les clichés ! Philippe Gitton

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La Brenne en peinture

Jusqu’au 4/08, le Moulin de Mézières-en-Brenne (36) accueille le 36e salon des peintres de la Brenne. Un rendez-vous désormais incontournable pour nombre d’artistes, inspirés par les paysages de la région aux mille étangs.

Chaque année, ils viennent ou reviennent accrocher leurs toiles. Pour cette édition 2022, ils sont sept à exposer leurs peintures. Chacune et chacun à leur façon – avec leur style, leur personnalité, leur technique – témoignent de la passion qu’il ou elle ressent pour la nature brennouse.

La part belle, naturellement, est faite aux étangs et à leurs célèbres bondes, souvent en premier plan, comme sur les tableaux de Patrick Le Magueresse. Champs et sous-bois reprennent vie sous les pinceaux de Roselyne Souverain tandis que Michaël Growcot trace, avec une précision quasi photographique, les contours des maisons et des villages. Même nature mais atmosphère différente, entre l’ambiance bleutée des vues de Violette Bord, les tons passés par petites touches délicates de Christine Foulquier-Massonet et les couleurs plus fortes, plus marquées de Jean-Luc Vincent. De son côté, André Audebert se consacre aux compositions florales et aux natures mortes.

Grâce au talent de tous ces artistes, l’association Le Moulin offre une jolie promenade au cœur de cette belle contrée qu’est la Brenne. Philippe Gitton

« Cucurbitacé », André Audebert

Attiré très jeune par la peinture, il suit les cours du soir de l’école municipale des Beaux-arts. Il délaisse cependant cette pratique artistique durant plusieurs décennies. Il y revient après 40 ans d’interruption, suite à la rencontre fortuite d’un pastelliste. Il reprend des cours de pastel et grâce à cette technique, il réalise principalement des natures mortes et des tableaux de fleurs.

« Reflets de Brenne », Violette Bord

Adepte des arts vivants, elle écrit, joue, fabrique décors et marionnettes. Elle réalise des spectacles alliant jeu d’acteur, clown, marionnettes et musique. En 2005, elle s’installe à Fresselines dans la Creuse voisine, sur les traces des artistes talentueux de la vallée des peintres de la Creuse. Après l’interruption due au Coronavirus, elle reprend ses pinceaux pour créer des toiles, principalement à l’huile.

« Au Bouchet », Christine Foulquier-Masson

Originaire d’Orléans, cette autodidacte a suivi, dans les années 1980, des cours pour amateurs à l’école des Beaux-arts de la ville. Son grand plaisir ? Peindre des paysages… Elle découvre la Brenne et le charme de sa nature. Touchée par le calme, la beauté des couleurs, elle profite de sa retraite pour se consacrer davantage à sa passion. Sa technique préférée est l’aquarelle.

« Gabriau », Michaël Growcott


Ce citoyen britannique vit dans la Brenne depuis plusieurs années. À l’aide d’ouvrages, il s’est lancé dans l’exploration de l’aquarelle. Il reproduit son environnement par des traits de grande finesse. Les toiles présentées à l’exposition représentent, pour l’essentiel, des maisons typiques berrichonnes.

« Roselière I », Patrick Le Margueresse

Ouvert à diverses activités artistiques qu’il mène conjointement à sa vie professionnelle. Il écrit poèmes, romans et nouvelles depuis sa tendre jeunesse. Vers l’âge de 30 ans, la peinture s’impose à lui comme une évidence. Il se qualifie plutôt de paysagiste. Son souhait ? Sur des toiles à l’huile ou au pastel, faire ressentir l’ambiance des lieux qu’il a choisi de traiter.

« Le chêne de la Mer Rouge », Roselyne Souverain

Née à Sainte-Gemme, elle a exercé son métier d’infirmière à Buzançais, puis dans la Drôme. Attirée depuis toujours par l’art pictural, elle a commencé à suivre des cours dans les années 1980. En retraite, elle peint et participe à plusieurs expositions collectives, aussi bien dans la Drôme que dans l’Indre.

« Étang Renard », Jean-Luc Vincent

Enfant de la Brenne, dès son plus jeune âge, il parcourt sentiers et routes à la recherche des beaux paysages, des lumières et couleurs changeantes. Au plaisir de la balade et de l’observation, il associe celui du dessin et de la peinture. Retraité depuis peu, il s’adonne à sa passion et réalise de nombreuses aquarelles comme un hommage à la beauté du monde qui nous entoure.

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La magie de Jaugette

Du 15 au 17 juillet à Jaugette (36), le Manoir des arts fête le 10e anniversaire de son festival. La promesse de rencontres musicales exceptionnelles quand le monde de l’illusion et de la musique se conjuguent en un projet ambitieux et poétique. Une invitation à l’évasion.

La plongée dans cet univers étonnant est garantie tout au long du week-end, grâce à une programmation exigeante et variée : la marque de fabrique des festivals de Jaugette ! Musique et Magie se déclineront en plusieurs rendez-vous. Ce sera la présentation d’une œuvre de Maurice Ravel, L’enfant et les sortilèges, une fantaisie lyrique en deux parties composée entre 1919 et 1925, en collaboration avec Colette qui en a écrit le livret. Il s’agit de la seconde et dernière fantaisie lyrique de Ravel, après L’Heure espagnole (1907). L’histoire est celle d’un enfant harcelé par des objets qui s’animent et des animaux qui parlent.

Les festivaliers pourront aussi écouter le quatuor des Ondes Martenot. Un instrument électronique aux sonorités magiques, créer par Maurice Martenot, et présenté au public en 1928. Le Manoir accueillera le magicien Bruno Monjal, qui présentera son métier dans une conférence en musique. Surtout, l’illusionniste posera son regard et son jeu sur les musiques des grands compositeurs interprétées durant l’ensemble du festival. Notamment deux concertos de Mozart pour piano et orchestre, le quintette à cordes n°2 de Brahms en ouverture ce vendredi soir , trois préludes de Debussy le dimanche matin dans le jardin du château d’Azay-le-Ferron… Bruno Monjal participera également aux moments musicaux, proposés pendant les trois jours, dans la réserve animalière de la Haute-Touche.

L’édition 2022 des rencontres musicales s’achèvera dimanche par une soirée consacrée au Jazz. Le manoir recevra Shai Maestro. Pianiste de renommée mondiale, il se produit avec les plus grands jazzmen du moment. Il exprimera son talent à l’occasion de ce festival, à l’instar des artistes qui se seront succédés durant ces trois jours. Parmi eux, on notera la présence des musiciens des orchestres nationaux d’Auvergne et d’Ile-de-France, Thomas Zehetmair et Pierre-Laurent Aimard.

Musique et Magie ? Un mariage de sons, de rythmes, de gestes et de couleurs qui, à n’en pas douter, entraînera le public dans un monde féerique ! Philippe Gitton

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Solange, fille de George Sand

Spécialiste de la romancière George Sand, Christophe Grandemange publie Une vie inachevée. La biographie consacrée à Solange, la fille de l’auteure de La mare au diable. Une femme à forte personnalité, qui signera elle-même divers ouvrages, dont trois romans.

Solange Sand ne bénéficie pas de la renommée de sa mère, George Sand. Un personnage devenu emblématique du Berry, connu pour ses engagements et sa personnalité, autant que pour son œuvre littéraire. Les ouvrages ne manquent pas pour relater l’existence de l’écrivaine.

Passionné par l’auteure de « La mare au diable », Christophe Grandemange a fondé Corambé, une association qui lui est dédiée. Il consacre alors une grande partie de son travail à George Sand et aux membres de sa famille. C’est donc tout naturellement qu’il s’intéresse à Solange. En 2017, il publie une première biographie la concernant. En 2021, il écrit Une vie inachevée, un ouvrage nourri d’extraits de l’abondante correspondance qu’elle rédige à destination de sa mère. Ces lettres permettent de mieux connaître la vie de cette femme à très forte personnalité, marquée par une relation conflictuelle avec sa génitrice affirmant que sa fille « est gaie, folle, fantasque, aimable et détestable au suprême degré ».

Le parcours chaotique de Solange l’a conduit dès l’âge de 19 ans à un mariage contesté par son entourage. Elle épouse le sculpteur Jean-Baptiste Clésinger, un homme qui se montre violent et alcoolique. Le couple sera expulsé de Nohant, la célèbre résidence de la famille Sand. Solange se séparera de son époux quelques années plus tard. Sa vie tourmentée sera marquée très tôt par la disparition de ses deux enfants et par la souffrance psychologique née des rapports avec sa mère. Elle réalisera de nombreux voyages et l’écriture de plusieurs ouvrages, dont trois romans. Philippe Gitton

Jusqu’au 1er juillet, la médiathèque d’Azay-le-Ferron (36) présente une exposition de photographies consacrée à la famille Sand.

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Azay, les impromptus du château

Les 26 et 28 mai, situé en région Centre-Val de Loire, le château d’Azay-le-Ferron (36) dévoilera une partie de ses secrets. Deux visites, dites « insolites », offriront au public une approche différente de cet édifice de la Renaissance.

Chaque année, le château d’Azay propose au public des visites qui se distinguent du programme classique. Diverses, insolites… Le jeudi 26 mai, place à la « ballade chantée » : le guide accompagne ses explications habituelles de pauses mélodiques. Il interprète plusieurs chansons, de la Renaissance à nos jours, symbolisant sans doute l’histoire de ce château étalée sur plusieurs siècles. Le samedi 28 mai, « Trésors cachés » ouvre les portes de pièces ordinairement interdites au public. Ambiance nocturne et torche allumée pour pénétrer dans la salle des jeux, l’office, la chambre du docteur, et bien d’autres endroits fréquentés par les maîtres des lieux.

Des rendez-vous insolites avec le château, sont ainsi prévus durant toute la saison. « Dans les pas d’un domestique » révèle un aperçu du quotidien des gens de maison. Les visiteurs emprunteront les couloirs et les escaliers de service. Le personnel les utilisait pour accéder à telle ou telle pièce à vivre, sans pour autant en traverser d’autres. L’occasion est donnée au public de découvrir coins et recoins, chambres et salles ignorées probablement des invités. Des lieux parfois surprenants, marqués pour certains de quelques innovations techniques, étonnantes pour l’époque. « Scandales au château » livre enfin les petites histoires de la demeure et de ses occupants : affaires plus ou moins sordides, squelettes retrouvés emmurés, espionnage, secrets en tout genre….

Les plus jeunes (entre 5 et 12 ans), quant à eux, ont droit à leur visite costumée. Le déguisement est toujours de rigueur pour une balade en extérieur ! « Il était une fois un jardin » offre aux promeneurs une petite virée d’un autre temps, au cœur du très beau parc paysager. Ses parterres, son jardin, ses vergers : on se laisse aller facilement à la flânerie… On profite aussi de la vue intégrale sur le château, les différentes phases de sa construction y apparaissent. Il fut érigé, pour l’essentiel, du XVe au XIXe siècle. La galerie qui relie le château aux anciennes dépendances date de 1926. Un haut lieu chargé d’histoire, le premier seigneur connu et occupant du château était le Chevalier Turpin de Crissé en 1250.

Six siècles plus tard, la famille Luzarche devient propriétaire. En 1951, Madame Hersent, née Luzarche, lègue la propriété à la ville de Tours et demande qu’elle soit ouverte au public, en préservant chaque pièce aménagée du temps des Hersent et des Luzarche. Raison pour laquelle il est possible désormais de découvrir les appartements, les décors, les meubles, de connaître les modes de vie et tout leur environnement. Philippe Gitton

Ouverture du château, parc et jardins : tous les jours, jusqu’au 13/11. Initiatives et visites insolites sont proposées durant toute la saison, suivies d’une dégustation de produits locaux (Tél. : 02.54.39.20.06).

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Mario Alvarado, la peinture en partage

Le 18 janvier 1994, s’éteignait à l’âge de 45 ans Mario Alvarado, plongeant les habitants du petit village de Mézières-en-Brenne (36) dans une infinie tristesse. En quelques années, l’artiste peintre chilien aura marqué les esprits des Macériens. Par une personnalité rayonnante et sa faculté à initier le monde rural à l’art contemporain.

En décembre dernier, Mario Alvarado aurait probablement salué la victoire de Gabriel Boric à l’élection présidentielle chilienne, aux dépens du candidat d’extrême droite, admirateur du général Pinochet, dictateur chilien de 1973 à 1990. Le coup d’État du 11 septembre 1973 fut un choc pour le peintre. L’enfant de la Terre de Feu chilienne est en Europe lorsque le Président Allende est renversé. Du 28 juillet au 5 août 1973, il représentait officiellement son pays au Xème festival international de la jeunesse et des étudiants à Berlin-Est. Il restera donc, sur le vieux continent, en Angleterre d’abord, puis de l’autre côté de la Manche. « La France est le juste milieu, le plus latin des pays anglo-saxons », affirme-t-il.

À Paris, des amis contribuent à faire connaître son œuvre. Adepte des toiles de grand format, il participe à un groupe de peintures murales. Deux d’entre elles sont exposées à Créteil. Dans son atelier parisien, il crée plus de deux cents fresques présentées dans le monde entier : Venise, Stockholm, Mexico, La Havane, New-York… Il souhaite pourtant accéder à la culture française en dehors du parisianisme. En 1984, il découvre la Brenne qui devient une source d’inspiration. Il apprécie le calme et les paysages de la région aux mille étangs. Il se lie rapidement avec les habitants, en particulier avec l’équipe municipale. Son arrivée coïncide avec la période où la Mairie de Mézières-en-Brenne décide de transformer un ancien moulin en office de tourisme équipé d’une salle réservée aux expositions. Mario Alvarado y accroche ses toiles bouillonnantes de vie.

Guy Savigny décrira le style Alvarado dans les colonnes du quotidien régional La Nouvelle République. « Les êtres, les choses représentés, plutôt suggérés – hésitation volontaire entre le figuratif et l’abstrait – prenaient vie dans de grands mouvements colorés, au début marqués d’un peu de violence et au fil du temps plus dépouillés. Les couleurs, surtout le bleu-le vert-le jaune, étaient traitées pour elles-mêmes. Mario les dégageait de la réalité des choses comme pour  rendre, à elles-aussi, une certaine liberté ». Sa peinture traduisait également ses convictions religieuses. Il offrit à la collégiale Sainte-Marie-Madeleine une toile nommée « Transfiguration ». Cette réalisation illumine toujours le lieu de sa présence. Autant d’œuvres qui bousculaient le regard de ses contemporains. Jean-Louis Camus, le maire de Mézières, rappelait lors de l’inauguration d’une récente exposition, des propos tenus quelques mois après la disparition de l’artiste. « Par ta peinture, tu as favorisé la rencontre du monde rural et de l’art contemporain. Tu as touché nos cœurs et nos esprits. Tu nous as fait comprendre toute la beauté et la laideur, toute la sagesse et la violence du monde. Seuls les grands artistes y parviennent et tu es de ceux-là »  

L’artiste chilien s’exprimait avec énergie et en mettait tout autant dans l’organisation d’événements ! C’est sous son impulsion qu’est créé un rendez-vous artistique annuel, le « Mézières-en-Brenne Art Contemporain ». Le MEBAC naît en juillet 1989, l’exposition perdure encore aujourd’hui. Désireux de partager et de transmettre son amour pour l’art, il conduit également, un projet artistique et pédagogique avec les écoliers de Mézières. Sur le thème du voyage, de la découverte de l’ailleurs, une fresque de 30 m de long sur 2,50 de haut est réalisée. 70 élèves laisseront libre cours à leur créativité. Les symboles du voyage, de l’aviation, de Paris, des enfants du bout du monde et de la Brenne se mêlent sur cette toile qui sera exposé en mars 1992 dans une galerie de l’aéroport d’Orly-Sud. Le dynamisme de Mario Alvarado amène la même année, sur les terres brennouses, l’ambassadeur délégué du Chili auprès de l’UNESCO pour inaugurer une exposition consacrée à la culture Mapuche, un peuple d’indiens chiliens, agriculteurs et éleveurs de lamas. De superbes bijoux en argent, fabriqués par les écoliers de la ville de Temuco, sont présentés. Cette exposition résonnait comme une invitation à découvrir un autre monde, des traditions lointaines et un appel à faire vivre sa propre identité culturelle.

À Mézières-en-Brenne, tous ceux qui ont côtoyé Mario Alvarado restent marqués par la vitalité de l’artiste autant que par sa personnalité. « C’était un personnage lumineux comme sa peinture », se souvient Marie-Paule Camus, responsable des expositions du Moulin pendant trente ans. Son passage dans la capitale de la Brenne restera sans doute longtemps dans les mémoires. En son hommage d’ailleurs, la municipalité a donné son nom à une place, devant la médiathèque, au centre du bourg. En 2024, pour le trentième anniversaire de son décès, son village adoptif cumule toutes les bonnes raisons de commémorer le peintre et l’homme. « Ma peinture, il n’y a rien à comprendre, que des émotions à partager », affirmait-il à propos de son art. Philippe Gitton

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La Commune de Paris, du Berry en Calédonie

Dans le cadre de la commémoration du 150ème anniversaire de la Commune de Paris, la médiathèque de Mézières-en-Brenne (36) a récemment consacré une soirée à Alfred Huet. L’enfant du village de l’Indre, que rien ne prédestinait à un tel engagement politique, est loin d’être un cas isolé dans la province berrichonne.

Né le 21 juin 1834, d’un père tisserand et d’une mère couturière, Alfred Huet grandit au sein d’une fratrie de cinq enfants. Une famille berrichonne, depuis plusieurs générations. De sa jeunesse, il ne reste aucune trace. Impossible donc de savoir comment s’est forgée sa personnalité. Un caractère difficile cependant, une forte tête, semble-t-il : insoumis, il est condamné à la prison par un conseil de guerre en juillet 1856. à Mézières, il exerce le métier de cordonnier. En 1871, direction Paris pour trouver du travail… Il se retrouve rapidement au cœur de l’insurrection parisienne et ne tarde pas à rejoindre le combat des insurgés. Il prend le commandement de l’artillerie de Neuilly le 14 avril, le 29 il est rattaché à l’état-major du Général Dombrowski. Sur la suite de sa participation aux combats, aucune information. Tout comme sur les circonstances de son départ de la capitale, la veille de la semaine sanglante.

Arrêté à Mézières le 18 août 1871 et conduit à la prison du Blanc pour attentat à la sûreté de l’État. Il est jugé le 31 janvier 1872 et condamné à la déportation en Nouvelle-Calédonie. Une traversée de 142 jours puis une installation rudimentaire, sans contact avec la métropole. L’État français veut plonger les communards dans l’oubli. À Paris, néanmoins des pressions s’exercent, d’une part pour obtenir leur amnistie, d’autre part pour l’amélioration des conditions d’existence. Une loi est votée le 28 mars 1873, autorisant la venue des familles. Le 25 octobre 1873, l’épouse d’Alfred et ses deux enfants débarquent au port de Nouméa. Sa peine est commuée en déportation simple. Il reprend son activité de cordonnier avec les outils apportés par sa femme. Une stabilité affective, sans doute salutaire, pour échapper aux ravages de la détention. Sans espoir de retour en France, l’oisiveté et l’alcool poussent de nombreux détenus dans la dépression, les bagarres, voire le suicide. D’autres dans la résistance et la lutte, comme Louise Michel…

Les Huet se reconstruisent une vie comme ils peuvent. Elle durera sept ans. Les insurgés ne seront amnistiés qu’en 1880. Alfred et sa famille posent le pied sur le sol français le 1er août 1880. Quelques communards restent en Nouvelle-Calédonie, c’est le cas de leur fils Andronie. Les autres membres de la famille reprennent leur vie sous le climat de la Brenne. Alfred se convertit à une autre activité professionnelle. Il achète l’emblématique restaurant du village « Le Boeuf Couronné », sa fille Mathilde prend place derrière les fourneaux. Alfred décède le 24 mai 1913. « Ainsi s’achève la vie d’un homme ordinaire au destin extraordinaire », déclare Chantal Kroliczak, la présidente de l’Association Culture Macérienne et coorganisatrice de la soirée, en conclusion de son évocation de la vie d’Alfred Huet.

Le cordonnier de Mézières n’est cependant  pas le seul à connaître un destin chamboulé, suite à sa participation à l’un des plus grands mouvements populaires de l’histoire de France. Tout comme lui, la vie de Marie Mercier sera bouleversée après avoir quitté sa terre natale pour la capitale. Née à Issoudun le 8 janvier 1850, elle est contrainte dès l’âge de 16 ans de partir à Paris, où elle retrouve des gens du pays et du travail. En 1870, elle rencontre Maurice Garreau, avec qui elle partage la vie et le combat révolutionnaire. Les deux amants sont côte à côte jusqu’à la semaine sanglante où Maurice meurt fusillé le 26 mai. Marie fuit Paris, c’est le début d’une longue errance.

« Comme beaucoup de fuyards, elle se dirige vers l’est de Paris occupé par les Prussiens et la place forte de Metz. Ceux-ci sont plus enclins à laisser passer des personnes isolées, encore plus aisément des jeunes femmes assez bien mises », raconte Jean Annequin, le président du comité du Berry des Amies et amis de la Commune. En grande détresse et sans moyens, Marie se souvient que le grand poète et romancier Victor Hugo, chassé de Belgique, est au Luxembourg où il fait bon accueil aux exilés. Elle ose aller le voir. Victor Hugo note à la date du 15 juin 1871: « On me remet une lettre. Une femme m’écrit. Elle était la femme d’un nommé Garreau. (…) Ce pauvre Garreau a été fusillé. Sa veuve qui est ici m’a raconté le fait. Alice (sa belle-fille) lui donne de l’ouvrage et je la secours de mon mieux ». Une relation va s’établir entre la jeune femme et l’homme de lettres. Elle lui apprend la réalité de la semaine sanglante.

Elle ne reste cependant pas au Luxembourg. Elle poursuit sa fuite en Belgique tout en maintenant des contacts avec Victor Hugo. Il l’invite même à assister à une représentation de Ruy Blas au théâtre de l’Odéon en 1872. Une lettre de remerciement en apporte la preuve, dans laquelle elle exprime l’immense regret de ne pas avoir suivi d’études et d’en accuser « la vile société qui me l’a refusé ». Elle s’exile ensuite en Angleterre, avec des déplacements à Guernesey pour rejoindre Victor Hugo. Un journaliste témoigne ensuite de son installation à Paris en 1893 et de son existence extrêmement précaire. Coupée de sa famille, elle décède le 29 août 1921, entourée seulement de deux habitants de son immeuble.

Les parcours de Marie Mercier et Alfred Huet illustrent le chaos dans lequel de nombreuses vies d’insurgés ont été plongées. Ainsi le Castelroussin Pierre-Philippe Lebeau, arrêté le 21 juin 1871 sur dénonciation, sera le seul déporté à réussir son évasion du bateau le conduisant en Nouvelle-Calédonie. Il profite d’une escale au Brésil pour descendre le long de la chaîne d’ancre. Déclaré « présumé noyé », il trouve refuge dans une tribu indienne, en apprend la langue, les coutumes. Marie, Alfred et Pierre-Philippe ont survécu tant bien que mal à la répression et à la soif de vengeance du gouvernement versaillais de Thiers. Trois anonymes qui ont fait vivre la Commune et qui composent, avec des milliers d’autres, l’imposant bataillon des communards originaires de la province. « Les trois quarts n’étaient pas parisiens », rappelle Jean Annequin. En ce qui concerne l’Indre, le Comité du Berry comptabilise 440 natives et natifs du département parmi les insurgés* : maçons, menuisiers, charretiers, terrassiers, entre autres…

Toutes et tous venus à la capitale d’abord pour des raisons économiques, forts aussi d’une volonté de résistance à l’envahisseur prussien, porteurs enfin d’aspirations à une République sociale. Philippe Gitton

* Ce nombre correspond seulement aux gens fichés et connus, arrêtés à la fin de la Commune. Ne sont pas inclus les morts aux combats et fusillés, jetés dans des fosses communes. Selon de premiers travaux de recherche qui s’appuient sur  les listes de chaque bataillon de la garde nationale, on estime le nombre de morts pour l’Indre entre 700 et 1400.

Le Berry et la Commune de Paris

Par leur travail de recherche, les ami-e-s de l’Indre du Comité du Berry œuvrent à la popularisation du combat des Communards. Ils reconstituent, notamment, des biographies. Tout au long de cette année 2021, les célébrations du 150ème anniversaire de la Commune de Paris ont permis d’accroître leur audience. L’association en dégage un bilan très positif.

« En Indre, malgré le contexte sanitaire, la programmation des initiatives toutes en partenariats dont celui du conseil départemental, a pu être quasi maintenue. Le choix d’une diversité de lieux, de formes, de thématiques a été la priorité dans un département sensibilisé depuis cinq ans à l’histoire de la Commune par l’histoire locale. 11 lieux, urbains et ruraux, ont accueilli des événements et ouvert leurs portes. 5 communes ont été directement partenaires ainsi que 12 structures municipales, une structure départementale, un organisme intercommunal, un Centre national de même que 16 associations. 8 Offices de tourisme ont relayé les informations. La couverture médiatique a été assurée par les deux principaux journaux et la TV départementale. Un comité ami a été associé par deux fois. Quatre établissements scolaires (1 école, 2 collèges, 1 lycée) ont participé. Une soirée a été organisée au Centre d’Etudes Supérieures. Une dizaine d’articles ont été réalisés dans des parutions départementales et régionales. Un public très diversifié, estimé à plus de 1200 personnes a été touché à travers l’ensemble des initiatives ».

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Mathilde Mouilleron, restauratrice d’art

Installée à Mézières-en-Brenne dans l’Indre (36), Mathilde Mouilleron est restauratrice en œuvres d’art. Pour elle, comme pour de nombreux professionnels de ce secteur d’activité, l’année qui s’achève restera marquée du sceau des restrictions. Et de l’incertitude.

Mathilde Mouilleron est une travailleuse indépendante. Elle est spécialisée dans la restauration d’œuvres d’art exécutées sur du papier. Un champ d’actions très large sérieusement chamboulé depuis le 17 mars dernier, premier jour du premier confinement. « Les conséquences sont assez simples à résumer : plus de travail, plus de revenus. Tout s’est arrêté », constate amèrement la restauratrice. Après une légère reprise cet été, début novembre a sonné de nouveau la fermeture de toutes les galeries d’art avec lesquelles elle travaille. Un coup de frein brutal dans un parcours riche d’expériences et prometteur en projets.

Issue d’un milieu de conditions modestes, éloigné du monde artistique mais amateur d’art, dès sa plus tendre enfance Mathilde a baigné dans le parfum des musées. Une vie familiale et le hasard des rencontres la conduisent à l’école du Louvre à Paris. Ce sera donc l’étude de l’histoire de l’art. Un enseignement en marge duquel Mathilde va s’intéresser au travail concret sur les œuvres. « J’ai compris rapidement que le travail manuel me correspondait davantage ». Elle entame son apprentissage dans l’atelier de moulage de l’école des Beaux-Arts, puis dans celui de la dorure sur cadre de la Ville de Paris. Elle s’essayera aussi à la restauration de céramiques. Au final, son chemin la mène au travail sur papier. 

Un matériau qui accueille une grande variété d’expressions : le dessin, l’aquarelle, le pastel, les estampes réalisées à l’encre comme au crayon à la sanguine ou à la pierre noire (type de crayon ou de craie qui donne un trait noir sombre et mat). Mathilde se familiarise avec cet univers pour en maîtriser les techniques de restauration très pointues : de sérieuses compétences s’imposent pour corriger les tâches, déchirures et autres dommages subies par les œuvres. « C’est un travail qui exige de la patience, de la minutie et une grande capacité de concentration. Les opérations sont multiples. Elles dépendent du type de papier et d’encre et induisent des interventions qui portent sur la surface comme sur le corps du papier ». Parfois, l’ouvrage prend des formes très volumineuses. Mathilde a exercé ses talents pour la rénovation d’un globe céleste de Coronelli, une sphère d’un mètre de diamètre, comptant parmi les pièces maîtresses de la collection Camille Flammarion. « Ce fut un magnifique challenge qui m’a demandé six mois de travail. Une aventure menée en commun avec mon compagnon, avec qui je partage la recherche de la perfection ».

Pour survivre, elle perçoit les aides de l’État : 1500 € par mois dont il faut renouveler la demande chaque mois. « J’ai eu la chance de bénéficier d’une grosse commande en 2019, l’aide est fixée en fonction du chiffre d’affaires de l’année précédente ». La compensation financière reste néanmoins très partielle et la solution par nature aléatoire et insatisfaisante. Ce qu’elle souhaite, c’est la possibilité de travailler normalement. De ce côté-là, les perspectives sont pour le moins incertaines, même si son hyper spécialisation lui ouvre des possibilités de commandes. « Je travaille avec la galerie Lelong qui propose des œuvres d’artistes très côtés à des clients aux gros moyens financiers. Ce marché n’est pas en crise. Pour s’en convaincre, il suffit de constater que des œuvres du peintre David Hockney, d’une valeur comprise entre trois et douze millions, ont été vendues en quelques jours ». Autre motif d’espoir pour l’avenir, les contacts pris avec des structures publiques : ils concernent des projets de restauration et de création de globes. Un « optimisme » vite pondéré par les conséquences du confinement. La galerie Lelong ne peut offrir de perspectives si elle reste close. Par ailleurs, l’activité de Mathilde Mouilleron avec cette galerie ne représente qu’une partie de ses revenus. Elle doit compter sur des structures plus petites ainsi que sur des particuliers.

Un secteur plus fragile qui concerne des artistes moins côtés, plus impacté par les fermetures de galeries et l’arrêt des expositions. « Dans ces conditions, les répercutions peuvent être graves pour ce qu’on appelle la sous-traitance du monde de l’art. Les restaurateurs, les encadreurs, et les transporteurs sont directement menacés. Quant à l’investissement public pour des projets à long terme, il dépend en grande partie de l’État », rappelle-t-elle très circonspecte.  « L’oubli » à plusieurs reprises du monde de l’art et de la culture en général, lors des discours du président de la République et du Premier ministre, en dit long sur les intentions de l’État. La dernière intervention d’Emmanuel Macron, qui semble redécouvrir l’importance de la culture pour la vie des gens, ne rassure pas vraiment Mathilde. « Bien sûr l’annonce de réouverture des galeries d’art, puis des musées, est positive. Mais on ne se relèvera pas si facilement de cette période de confinement, la crise économique pèse durablement sur une partie importante de la clientèle ». Mathilde Mouilleron reste dubitative quant aux capacités de ce secteur à retrouver un peu plus de stabilité. L’incertitude est toujours présente. Philippe Gitton

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Un Bondieu pour les hommes

Du 29/08 au 20/09, Bernard Bondieu expose ses œuvres à l’abbaye de Prébenoit (23), près de Guéret. Des sculptures et des peintures inspirées par un texte d’Henri Michaux, Voyage en grande Garabagne. Puis, du 25/09 au 5/10, l’artiste creusois participe à une exposition collective consacrée à la Commune de Paris. Deux manifestations qui traduisent l’intérêt que le plasticien porte à l’espèce humaine.

 

« Les Ématrus s’enivrent avec de la clouille, mais d’abord ils se terrent dans un tonneau ou dans un fossé où ils sont trois et quatre jours avant de reprendre connaissance. Naturellement imbéciles, amateurs de grosses plaisanteries, ils finissent parfaits narcindons ». Le portrait grinçant de ce peuple imaginaire et l’utilisation de néologismes illustrent l’univers loufoque dépeint par Henry Michaux. Dans Voyage en grande Garabagne, le poète invite donc son lecteur à découvrir modes de vie et mœurs de femmes et d’hommes au cours d’une promenade jalonnée de 31 escales. L’exposition de Bernard Bondieu reproduit ce cheminement. À chaque escale correspond un peuple, à chaque peuple un texte, à chaque texte une toile, une sculpture.

Auteur d’un livre consacré à l’exposition, l’historien d’art David Czekmany précise qu’il ne s’agit pas là d’une simple illustration. « Bondieu aime dialoguer avec la littérature (…) Ainsi les œuvres réalisées dans le cadre de cet hommage, si elles prennent pour source le voyage en grande Garabagne n’en sont pas complètement subordonnées, l’artiste ne cherchant pas à coller absolument aux mots mais à les interpréter selon sa vision intime de l’art ». L’exposition s’apparente donc à une collaboration artistique entre deux  autodidactes. Comme Michaux, Bondieu se singularise par un rejet de toute forme d’appartenance à une école, à des techniques : il qualifie son style de naïf, de brut. Il revendique un art d’abord basé sur l’expression de l’imagination, de l’originalité, de l’instinct. Tout ce que réalise Bernard Bondieu, note David Czekmany est le résultat d’un chemin personnel tirant l’expérience de ses échecs et réussites. Ainsi se crée un dialogue permanent entre l’artiste et son œuvre.

« Il faut laisser libre cours au geste qui s’impose dans la création, et en même temps il faut prendre du recul. J’aime le moment où je retrouve le travail laissé la veille. Je peux poser un regard neuf pour concevoir la suite », explique Bernard Bondieu. Pour Michaux et lui, l’expression artistique est avant tout chemin de rencontre avec l’espèce humaine : si les communautés peuplant la grande Garabagne sont nées de l’imagination de Michaux, leurs comportements souvent vils et immoraux ne sont pas sans rappeler ceux de nos contemporains ! En témoignent la violence des combats à mort qui réjouissent les « Hacs », la mise en vente des femmes comme sur un marché aux esclaves chez les Omanvus, les persécutions dues à la religion chez les Mazanites et les Hulebures… L’imaginaire rejoint la réalité. Une réalité qui touche la sensibilité de Bernard Bondieu. Surtout lorsque les hommes sont liés à de grands événements historiques tel que la Commune de Paris.

« De nombreux maçons creusois ont migré sur Paris à cette époque », explique Bernard, « ils se sont retrouvés mêlés à l’insurrection, certains y ont participé ». Passionné par le sujet (il est membre de l’association « Les amies et amis de la Commune de Paris 1871 »), il tient à commémorer cet événement trop souvent méconnu par l’expression artistique. Du 25/09 au 05/10, toujours à l’abbaye de Prébenoit, il participe donc à une exposition collective organisée sur ce thème. L’attachement aux idéaux des communards n’a rien de surprenant de la part d’un homme investi très jeune dans le mouvement syndical et politique. Né à Auzances, ses parents travaillant à Montluçon, il est élevé en partie par ses grands-parents. Des années dont il garde un souvenir ému. Il retient de  cette période la chance d’avoir été le petit-fils d’un homme exceptionnel. Son grand-père était un touche-à-tout : bricoleur, amoureux de la nature, conteur, peintre, sculpteur, musicien. « Pour lui, toutes les choses ou événements de la vie étaient formidables », confie Bernard qui a écrit un livre consacré au grand-père Gaby. C’est auprès de lui, dès son plus jeune âge, que Bernard commence à crayonner. Un plaisir artistique qui ne le quittera plus. Mais pour le loisir, sa scolarité le conduisant dans un collège technique où il décroche un CAP d’électricien… Il est embauché chez Michelin, à Clermont-Ferrand, qui recrute beaucoup d’électriciens à ce moment-là.

Dans cette grande usine de fabrication de pneus, il prend conscience des conditions de travail difficiles. « Des ouvriers usés par une vie de boulot, relégués au balayage. Nous sommes en 1966, c’était 54 heures de travail par semaine pour seulement deux semaines de congés payés, ça ouvre les yeux, tout ça », confie-t-il. Rapidement, il côtoie le syndicalisme et la politique : militant à Lutte Ouvrière, syndiqué à la CFDT. L’attrait pour d’autres activités l’incite à tenter sa chance aux beaux-arts, il y décroche un diplôme de commis architecte. Las, l’expérience professionnelle n’est pas concluante. En 1971, il est recruté par la Sagem, un promoteur immobilier, où il adhère à la CGT et au PCF. Engagement social, prise de responsabilités dans le mouvement associatif : une implication totale dans l’action collective qui ne l’empêche pas de suivre sa propre route. Il décide de rentrer à l’AFPA, « c’est extraordinaire ce que réalisait la formation professionnelle », s’enthousiasme-t-il. Il met donc en place des formations sur des secteurs tels que la domotique ou l’immotique. Il n’en oublie pas pour autant la défense des intérêts communs, il est délégué du personnel au CHSCT. Il reste à l’AFPA jusqu’à son départ à la retraite.

Retour aux sources : il s’installe à Jouillat, petit village proche de Guéret, dans une maison réhabilitée par ses soins. La demeure est bien plus qu’une habitation. Fidèle à sa soif d’échange, de partage, de fraternité, il fait de ce lieu un espace dédié à la culture et aux rencontres. Il crée une association « Ateliers et vie au Coudercs ». Les locaux accueillent tous ceux qui souhaitent partager leur expression artistique. Y sont organisées des expositions de peintures, de sculptures, des soirées cabaret, des conférences. Une maison d’édition voit le jour, « Les Éditions des Coudercs », qui  publie un recueil de textes de chansons de Gaston Couté, un livre de poésie de Gérard Chevalier « Poésie en vers et bleu », un pamphlet sur le pillage des ressources des campagnes « Requiem pour un pays sauvage » de Julien Dupoux, le livre de Bernard Bondieu consacré à son grand-père « Gaby Jazz ». L’aïeul a de toute évidence légué à son petit-fils une énergie sans limite, qui met sur pied un salon des arts à Chéniers, toujours dans les environs de Guéret. Chaque année, depuis 2015, soutenue par le conseil municipal de Chéniers, son Maire Gilles Gaudon en tête, l’exposition s’est imposée au sein de la vie culturelle creusoise. « Avec une cinquantaine d’artistes, le salon est la principale manifestation de ce genre  dans le département », se réjouit Bernard.

Se nourrir de l’apport des autres, cultiver l’amitié et créer : l’artiste poursuit inlassablement sa route avec ces valeurs comme unique boussole. Le hasard des rencontres, des circonstances et de l’inspiration déclenchent la mécanique de la création. Ainsi, à la suite d’une photo fortuite prise de dos, il photographie des centaines de personnes avant de réaliser des tableaux. De la trace laissée par un pinceau essuyé sur un papier, germe l’idée d’une autre série de tableaux, « Traces de vie » : des individus seuls, en couple, en groupe, de face, de dos, en vague silhouette ou plus détaillé, le plus souvent sans visage ! La série constitue une suite impressionnante de personnages révélant une diversité de situations, de sentiments et de caractères.

Une série chasse l’autre… Lorsqu’il s’embarque dans un cycle de création, Bernard Bondieu a toujours la pensée fixée plus loin, au loin. « Ce qui me préoccupe, c’est le sujet qui va m’inspirer après ». Une façon d’anticiper ses futurs voyages. Philippe Gitton

Michaux, hommage

« Quelles raisons ont porté Bernard Bondieu vers ce Voyage en grande Garabagne et pas vers un autre texte ? Son côté débridé, farfelu, profondément humoristique et satirique, fou et imaginatif, délirant même, et pourtant si juste et vrai, ne pouvait que parler directement à sa sensibilité. Le récit est propice à une exploration quasi infinie de la nature humaine dans ses nombreuses subtilités, et pour un artiste chez qui l’humain se place au centre de toute la démarche, il ne pouvait que trouver une résonance parfaite.

Michaux (…) n’est pas un auteur et un artiste facilement abordable. L’expérience de son œuvre, autant dessinée que peinte ou écrite, exige un engagement personnel et du temps de réflexion (…) Michaux est un artiste singulier, à part dans la littérature et dans l’histoire de l’art. Son travail ne pouvait que plaire à Bernard Bondieu ».

David Czekmany, in Bernard Bondieu, hommage à Henri Michaux (Éditions des Coudercs, 148 p., 26€50).

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Jaugette, la Brenne en musique !

Du 17 au 19 juillet, le Manoir des arts de Jaugette (36) organise son traditionnel festival de musique. Sous la baguette, et au clavier de la pianiste d’origine russe Irina Kataeva-Aimard, présidente de l’association organisatrice ! Relevé avec bonheur depuis 2012, un défi permanent que ces rencontres musicales dans le parc naturel régional de la Brenne aux confins du Berry et de la Touraine.

 

À l’heure où les contraintes sanitaires dues à la pandémie ont eu raison de nombreuses manifestations culturelles et festives, Irina Kataeva-Aimard et ses amis maintiennent leur rendez-vous estival organisé cette année sur le thème Esprit et Musique. L’association « Le manoir des arts de Jaugette » avait à cœur de présenter des œuvres illustrant cette belle citation de Sophia Shérine Hutt affichée en tête de programme, « la musique est à l’âme ce que l’été est à la fleur ». Pour servir ce projet poétique, de grands compositeurs !

Impossible cette année, de ne pas consacrer une soirée à Ludwig van Beethoven dont on célèbre le 250ème anniversaire de sa naissance. Et pour succéder à l’auteur de la symphonie pastorale, un autre compositeur allemand, Bach, que l’on découvrira par le son et par le geste… « Bach, ça s’écoute et ça se voit », souligne Irina : des danseurs russes accompagneront donc la musique interprétée par une formation clavecin et violon. Hommage également à Olivier Messiaen avec son Quatuor pour la fin du temps composé dans les camps de travail en 1940. « C’est une œuvre qui n’a rien de pessimiste, au contraire elle donne à ressentir la beauté éternelle », explique Irina. Grands classiques et œuvres contemporaines céderont ensuite la place au cinéma et au jazz. Un film de Mélies sera projeté sur une création du compositeur argentin Graetz. Enfin, un trio de jazz clôturera cette neuvième édition des rencontres musicales. Comme toujours, l’éclectisme est bien le maître mot d’une programmation qui sera en grande partie présentée en extérieur, dans le verger de Jaugette spécialement aménagé pour cette édition 2020 : construction d’une scène, installation de panneaux acoustiques en pleine nature.

Rien ne prédestinait Irina Kataeva-Aimard à diriger de telles rencontres musicales ! La pianiste a grandi loin de la Brenne, à Moscou, au sein d’une famille d’artistes. « J’ai eu la chance de baigner dans un environnement fabuleux », reconnaît-elle bien volontiers, « parmi les invités de mes parents, il y avait des gens comme Samson François ». Son père, Vitali Kataev, était chef d’orchestre et sa mère, Liouba Berger, musicologue. Un univers pour le moins favorable au développement de l’expression artistique, tel fut le chemin emprunté par Irina qui s’initia très jeune à la musique et notamment aux créations contemporaines. Fervente admiratrice de la musique de Messiaen, dès les années 1980, elle interprète ses œuvres dans de nombreux lieux de culture de l’ex Union Soviétique. En France, où elle s’installe en 1985, et un peu partout dans le monde, elle multiplie sa participation dans de très nombreux festivals. Elle joue Prokofiev, Scriabine, Chostakovitch.

Elle devient une sorte de pianiste attitrée des compositeurs contemporains russes, tels Alexandre Rastakov ou Edison Denisov. Elle rencontre et travaille avec Pierre Boulez et Olivier Messiaen. Au début des années 2000, elle enregistre les œuvres de plusieurs compositeurs contemporains européens. Son talent et son expérience l’autorisent naturellement à transmettre son savoir : elle enseigne au Bolchoï le répertoire des mélodies françaises aux jeunes chanteurs russes, elle est par ailleurs professeur titulaire de piano au Conservatoire à rayonnement départemental Xenakis d’Évry Grand Paris Sud.

Et puis… Les hasards de l’existence la conduisent dans le parc naturel régional de la Brenne. Coup de cœur pour un manoir datant des XVème /XVIIème siècles : Irina trouve à Obterre un lieu de villégiature certes, surtout une formidable opportunité pour façonner un cadre propice à la présentation d’œuvres musicales diverses. D’une grange, elle fait une salle de concert. À partir de 2011, l’artiste investit dans les bâtiments puis elle crée une association. Au final, trois festivals de musique classique par an mariant des concerts d’instruments anciens, la création d’œuvres contemporaines, les prestations de groupes folkloriques, les conférences et les master class permettant la rencontre de jeunes musiciens. À chaque rencontre son thème : du Romantisme en Europe au XIX ème siècle à la Splendeur russe, en passant par Tradition et modernité ou encore La nature les animaux et la musique… La palette est large, le pari osé. « Aux habitants d’une région éloignée des grandes salles de concert, je veux offrir l’ouverture aux musiques du monde. Passées et actuelles. L’art ne doit pas être réservé à une élite, habituée aux lieux de cultures des métropoles ».

L’idée n’est pas non plus de plaquer artificiellement un lieu de spectacle. Son désir le plus cher ? Faciliter l’échange culturel, agir concrètement pour la découverte d’une région et de son patrimoine. Les rencontres musicales de Jaugette sont ainsi l’occasion pour les visiteurs de se familiariser avec des paysages, une gastronomie locale. L’hébergement sur place des artistes est aussi un vecteur de rapprochement. Et des artistes de renommée internationale, il en est passé durant cette décennie ! Irina garde de ces prestations des souvenirs impérissables. De sa mémoire jaillissent quelques moments phares, comme la présence en 2015 d’Andreï Viéru, l’un des plus talentueux interprètes de Bach sur la scène internationale. L’hôte du Manoir des Arts se dit aussi honorée de la participation de Simha Arom, l’un des plus grands ethnomusicologues de notre temps : il présenta un atelier consacré à Gamako, un groupe africain.

« La venue de dix-huit chanteurs de l’opéra du Bolchoï fut pour moi un moment magique », s’enthousiasme-t-elle. Dans le même registre, elle apprécia tout particulièrement la visite d’un groupe d’une quinzaine d’artistes de Mestia en Georgie : le plus jeune avait 17 ans, le plus ancien 85… Les virtuoses qui ont répondu à l’invitation d’Irina ont souvent servi avec brio des projets innovants. Tels ces Miroirs d’Espaces de François Bousch où, au cours de l’écoute de cette création pour électronique et diaporamas, le public intervient sur le déroulé musical par l’intermédiaire de leur smartphone : le compositeur a créé une sorte d’alphabet sonore qui permet de transcrire en notes les textes envoyés par les téléphones. En 2019, Pierre Strauch dirigea à six heures du matin un quatuor à cordes sur la terrasse du château du Bouchet : Haydn, Webern et Schumann à un jet de pierre de l’étang de la mer rouge, l’un des plus beaux plans d’eau de la Brenne, au cœur du parc naturel régional ! Plus d’une centaine de personnes ont eu le privilège de vivre cette communion entre la musique et le réveil de la nature.

Une symbiose qui touche même la sensibilité du monde animal, si l’on en croit la réaction de pensionnaires du parc animalier de la Haute-Touche. Des événements musicaux et chorégraphiques ont été présentés au public dans les allées de la réserve. « Nous avons vécu des moments magiques », confie Irina. « Captivée par le spectacle, une meute de loups s’est rassemblée au bord de leur enclos, plus tard ce sont deux lamas qui sont restés figés, visiblement fascinés par le jeu des artistes ».

Une expérience qui montre à quel point les idées bouillonnent dans l’esprit des organisateurs ! D’ores et déjà, des réflexions sont engagées pour ouvrir les visiteurs à d’autres réalisations : un projet d’espace réservé aux sculptures contemporaines est en gestation. D’une année l’autre, Irina et son association innovent et surprennent. L’objectif ? Faire du Manoir des arts, et des Rencontres musicales de Jaugette, un rendez-vous exceptionnel de la création artistique. Philippe Gitton

 

Un festival éclectique

Entre musique de la Renaissance, musique contemporaine et grands classiques de jazz, les rencontres musicales de Jaugette offrent à vivre des moments exceptionnels dans une région qui l’est tout autant, la Brenne ! Trois jours magiques :

Le vendredi 17 juillet, à 20h : récital de piano Beethoven par Pierre-Laurent Aimard.

Le samedi 18 juillet, à 17h : Reflets, un hommage de Jean- Luc Darbellay à Olivier Messiaen. Quatuor pour la fin du Temps par Sona Khochafian (violon), Alain Billard (clarinette), Irina Kataeva (piano) et Pierre Strauch (violoncelle). À 20h30 : « Je regarde Bach » par Olga Pashchenko au clavecin, François Benois-Pinot au violon et les danseurs Konstantin Mishin et Ira Gonto.

Le dimanche 19 juillet, à 10h30 et 11h30 : « Madrigaux de Renaissance » par l’Ensemble Perspectives, concert hors les murs à la Chapelle de Plaincourault à Mérigny. À 14h30 et 16h : Ciné-concert Georges Méliès, « Le magicien du cinéma », sur une musique originale de Carlos Grätzer par l’Ensemble Sillages dirigé par Gonzalo Bustos. À 18h : « Hommage à Gershwin », avec le Trio de jazz de Thierry De Michaux (Jean Pierre Rebillard, Jean-Yves Roucan et Thierry De Michaux).

Rens. : www.jaugette.com , www.destination-brenne.fr (Tél. : 02 54 28 20 28 ou 06 75 70 65 79)

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Florent Tailly, toit et moi…

Le charme d’une maison doit beaucoup au style, à la beauté de sa toiture. Ultime phase de la construction, Florent Tailly s’y emploie. Elle n’apparaît pourtant pas toujours pour ce qu’elle est réellement : un véritable travail de recherche d’équilibre, d’élégance et d’harmonie. Portrait d’un jeune charpentier.

 

Florent Tailly a créé son entreprise de charpente-couverture en août 2019, à Obterre, un petit village de 250 âmes aux portes du parc naturel régional de la Brenne, en Centre Val-de-Loire. Une commune connue dans la région pour son parc animalier, la réserve zoologique de la Haute-Touche. C’est d’ailleurs vers cet univers que le jeune Florent était attiré. « Mes parents ne voyaient pas ça d’un bon œil, ils m’ont orienté vers le métier de charpentier ». Il faut croire que leur intuition était la bonne puisque Florent apprend ce métier avec entrain.

Il poursuit sa formation et décroche  un CAP de charpente et de couverture, complétée par une période d’apprentissage. « J’ai appris mon travail avec mon ancien patron », commente Florent Tailly. « J’ai gagné en expérience, mais j’étais arrivé à un point où je ne pouvais plus progresser, prendre de nouvelles responsabilités ». En mars 2019, il décide de voler de ses propres ailes. Il engage des démarches auprès d’un banquier et de la Chambre des métiers. Quelques mois plus tard, le voilà lancé… Avec enthousiasme il se consacre à un travail très exigeant. Et d’une grande minutie, ignorée sans doute du public : avant l’assemblage final, la pose d’une toiture demande une importante préparation menée en plusieurs étapes. En concertation avec le propriétaire, le charpentier élabore une proposition puis finalise dans le détail le type de toit qui sera posé sur la maison : avec ou sans comble, le nombre de pentes, d’ouvertures, etc… Un premier plan est dessiné sur papier, puis au sol en grandeur nature. Tâche qui conditionne la cohérence de l’ensemble, la longueur et le nombre de pièces. « Cette phase dite de traçage est la base du travail », explique Florent.

Le jeune entrepreneur y consacre beaucoup de temps, autant par goût que par nécessité. « Le dessin est une partie de mon activité, un vrai plaisir ! » Une passion mise au service de la qualité d’une production qui ne se limite pas à la structure du toit. Florent conseille sur la nature de la couverture. « Par exemple, lorsque le client a choisi les tuiles, je lui propose un échantillon d’une dizaine de sortes qui me paraissent les plus jolies. Des tuiles, il en existe des centaines. » Le sérieux de son travail semble reconnu dans la région, le carnet de commandes est déjà bien rempli. « Le travail ne manque pas dans ce secteur, il y a beaucoup de maisons à rénover ». Florent assure des chantiers dans un rayon de 40 km autour de son domicile. Il répond notamment à des demandes d’extension de bâtiment. Mais il a su rapidement diversifier son  offre en réalisant également des poses de Velux, des isolations, des aménagements de combles, la construction de box pour chevaux. Seul employé de sa société, Florent n’est pas encore en mesure d’assurer des chantiers importants. L’installation d’une charpente sur un grand bâtiment suppose l’intervention de plusieurs ouvriers, des engins modernes et puissants pour positionner les matériaux en toute sécurité. C’est dans cette perspective que Florent œuvre dès maintenant. Côté matériel, il vient d’acquérir un engin, une sorte de tracteur muni d’un bras télescopique d’une portée de 12 mètres. Un équipement indispensable pour travailler dans de bonnes conditions. Il permet d’amener aux ouvriers les matériaux à hauteur voulue.

C’est un investissement nécessaire, mais insuffisant pour développer l’activité. « Mon projet est de grandir. J’ai besoin d’aide, j’espère embaucher une personne dès l’an prochain. ». Dans la perspective de développer son entreprise, le jeune charpentier a conscience d’œuvrer aussi pour le dynamisme de sa localité. Passionné par son métier, perfectionniste et ambitieux, il agit dans le cadre de sa vie professionnelle à l’instar de sa vie privée. Dès l’âge de vingt ans, il achète une maison qu’il retape avec amis et famille. La demeure est située à quelques pas de son atelier, au centre du village. Pendant quatre ans, il y consacre l’essentiel de ses soirées et de ses week-ends. « Nous avons refait tout ce qui nécessitait des travaux : isolation, chauffage, plomberie, carrelage. Toutes les pièces, du sol au plafond ». Tout, sauf… le toit ! Philippe Gitton

À lire : La vie solide, la charpente comme éthique du faire, d’Arthur Lochmann (Éditions Payot, 204 p., 15€50).

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