André Laude, ce poète méconnu

Écrivain maudit, si l’on s’en réfère à l’imagerie traditionnelle, André Laude disparut un certain samedi de juin 1995. Ironie du sort, le jour du traditionnel Marché de la poésie parisien, dans l’anonymat quasi total… Pour inaugurer l’année nouvelle, un hommage au verbe poétique, révolté du langage et subversif de nature !

 

Amis ou frères d’écriture, tous sont unanimes à saluer la force du verbe d’André Laude, la virulence de ses mots, l’urgence  de la parole pour celui qui « imprimait dans la chair du poème les bouleversements tragiques de ce monde » ! André Laude ? Un assoiffé de l’écriture, un écorché vif qui ne faisait de cadeau à personne… « Aux doxas savantes qui voulaient ramener le poème à la raison et le confiner dans l’exercice formel », soutient l’écrivain et poète marocain Abdellatif Laâbi qui signe « l’avant-dire » de l’édition intégrale de son « Œuvre poétique » parue aux éditions de la Différence, « André Laude opposait le déraisonnable de l’expérience des limites et l’intraitable de la liberté : rebelle fulminant d’un bout à l’autre de sa vie et de son œuvre, il finissait par infliger la mauvaise conscience même à ces révoltés occasionnels, bien-pensants sur le tard. Chose impardonnable dans le landernau des belles lettres ! ». Il meurt, solitaire, le 24 juin 1995, dans une chambre rue de Belleville. Ironie du sort, le jour du traditionnel Marché de la poésie qui se tient chaque année place Saint-Sulpice à Paris…Dans l’anonymat quasi total, presque clochardisé aux dires de ses amis qui assistèrent impuissants à sa descente aux enfers.

Communiste libertaire, André Laude fréquente les surréalistes André Breton et Benjamin Péret, s’affiche dans les bars à vins et les queues de manifestations comme l’ami « de tous les défroqués du stalinisme et soldats fourbus de toutes les batailles », selon les propos de ses amis d’Aulnay-sous-Bois où il vécut longuement, André Cuzon et Yann Orveillon. Il rejoint l’Algérie indépendante comme journaliste jusqu’à la chute de Ben Bella en 1965, devient un temps critique littéraire au Monde et aux Nouvelles Littéraires, collabore à de nombreux journaux et revues… Pour errer ensuite d’une pige à l’autre, le poème chevillé au corps, lui qui connaissait des milliers de vers par cœur et se présentait comme une anthologie à lui tout seul ! « Il nous lègue une poésie non corsetée, d’un baroque parfois flamboyant, d’un surréalisme parfois acéré, d’une réalité musicale douloureuse comme un blues ou étincelante comme une improvisation de jazz géniale », confesse Yann Orveillon dans la préface du recueil. Une poésie, « veines ouvertes », pour celui qui fut « ce sang en forme de revendications, en forme de couteau, ce sang qui fracasse les chaînes, qui enfouit le miel dans les blessures ».

Une voix dérangeante, une plume acérée à (re)découvrir. L’une et l’autre percutantes, à fracasser les certitudes d’un monde aseptisé. Yonnel Liégeois

« Œuvre poétique », d’André Laude (Éditions de la Différence, 733 p., 49€). Depuis la disparition de la maison d’édition, se renseigner auprès de l’association Les amis d’André Laude et/ou fouiner chez les bouquinistes.

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Classé dans Littérature, Pages d'histoire, Passage en revues

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