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René Loyon, l’urgence de la création

Jusqu’au 13 octobre, au Théâtre de l’Atalante (75), René Loyon met en scène À deux heures du matin, la pièce de Falk Richter. La mise au jour des effets ravageurs d’une économie qui broie les humains. Sans omettre les effets ravageurs d’un ministère de la Culture qui broie les projets artistiques d’une Fabrique théâtrale.

 

Il est ainsi fait, René Loyon, le patron de la compagnie à ses initiales et metteur en scène d’À deux heures du matin de Falk Richter au théâtre de l’Atalante ! D’une haute stature, crâne dégarni, regard franc et chaleureux, un homme fidèle à ses convictions enracinées dans un engagement citoyen au long cours, dans une proposition culturelle que l’on nommait joliment au temps d’avant Éducation populaire…  D’hier à aujourd’hui,  du temps de sa jeunesse lyonnaise où il rêvait déjà de devenir acteur à sa découverte du spectacle vivant lors d’une représentation du Brave soldat Chvéïk de Brecht, la même passion, la même flamme.

« Ce jour-là, avec le grand Jean Bouise dans le rôle-titre, je découvrais tout ! Lycéen, je fréquentai le Théâtre de la Cité cher à Roger Planchon ». La révélation, plus qu’un simple divertissement, il découvre qu’un autre théâtre est possible ! Comme il le dit, l’écrit et le répète inlassablement depuis cette époque, « un théâtre fondé à la fois sur une grande exigence artistique et la conception citoyenne d’un art dramatique ouvert sur la réalité du monde et désireux de s’adresser au plus grand nombre »… Ces principes, ceux de la décentralisation chers à Robin Renucci, l’ami et patron des Tréteaux de France, demeurent pour lui feuille de route. Une rencontre déterminante, encore, celle de Jean Dasté, le fondateur de la Comédie de Saint-Etienne, dont il intègre l’école de comédien en 1967. Pour ne plus quitter la scène et co-animer jusqu’en 1975 le Théâtre Populaire de Lorraine… Avec Jacques Kraemer et Charles Tordjman, un sacré trio de loubards, agitateurs politiques et artistiques à la mode Prévert et du groupe Octobre dans les années 30 ! Au cœur de la crise de la sidérurgie, un projet culturel et artistique au plus près des réalités locales, de la contestation sociale, pour l’émancipation de tous et de chacun ! Au final, le pouvoir en place y mettra bon ordre : censure, coupes budgétaires. « Je reste marqué par cette époque. Des fondamentaux, un certain regard, une conception de l’engagement artistique, qui demeurent toujours vivaces et essentiels pour moi », témoigne René Loyon.

Depuis lors, la compagnie RL a proposé moult spectacles, du classique au contemporain. De l’Antigone de Sophocle au Combat de nègres et de chiens de Bernard-Marie Koltès, de La double inconstance de Marivaux à La demande d’emploi de Michel Vinaver… Avec une bande d’interprètes fidèles, un authentique compagnonnage au fil des saisons et des créations ! Mieux encore, lieu de résidence de la compagnie installée dans le XVIIIème arrondissement de Paris, depuis 2002 La Fabrique se propose d’accueillir créateurs et jeunes troupes en manque de moyens pour travailler, répéter, présenter leurs projets artistiques. Avec stages et lectures publiques, interventions en milieu scolaire, école du soir pour adultes amateurs et apprentis comédiens, présentations de petites formes… Un travail au long cours, au service de la formation et de la création sur un quartier populaire, un appui essentiel depuis près de vingt ans pour l’émergence et l’éclosion de nouveaux projets artistiques, une authentique démarche d’éducation populaire au bénéfice de citoyens et jeunes comédiens ! Las, en 2017, le ministère de la Culture a déconventionné la compagnie. Plus de subventions, faute de moyens La Fabrique Théâtrale risque de devoir quitter les lieux et mettre la clef sous la porte, si rien ne vient changer la donne. « 120 acteurs sont inscrits à l’atelier, c’est une catastrophe annoncée pour 2020. Sans crier gare, en catimini, la marque insidieuse du macronisme : se débarrasser de toutes les dépenses contraignantes ! », se désespère René Loyon. Une décision incompréhensible, une pétition est lancée : lieu de partage, d’échange, d’émulation, de formation et de création, La Fabrique doit vivre !

Comme veulent vivre, désormais, les protagonistes de Falk Richter dans À deux heures du matin, serviteurs désenchantés et à bout de souffle d’un système économique qui les déshumanise à petit feu ! Plus de vie personnelle pour ces chasseurs de têtes, une errance d’aéroport en hôtel anonyme, la solitude comme prix à payer pour ces cadres enchaînés à des contraintes mortifères de réussite factice et de résultat immédiat. Jusqu’à ce que le vernis craque, la crise finale, le trop plein de contradictions devenues insurmontables, insupportables… Comme à son habitude, une mise en scène minimaliste pour René Loyon, un décor réduit à l’essentiel, un jet de lumière transversal pour tout éclairage, une troupe habitée par son propos entre ironie et désillusion pour que passe l’émotion du plateau à la salle. Seuls importent mots et gestes des comédiens pour exprimer la détresse, le ras-le-bol, la douleur du vivre, l’inanité d’une existence sans conscience morale.

Rompre, fuir, déserter… Oser peut-être reprendre le chemin du vrai, du simple, du juste, renouer en un mot avec son humanité ! Un spectacle recommandé pour se retrouver face à l’essentiel. Yonnel Liégeois

 

À voir aussi :

Vie et mort de Mère Hollunder: jusqu’au 13/10, au Théâtre du Rond-Point. Dans une mise en scène de Jean Bellorini, un étonnant et désopilant Jacques Hadjane en vieille femme quelque peu acariâtre, mais si joliment attachante ! Interprétant son propre texte, une incroyable performance d’acteur qui donne figure et voix aux petites gens du quotidien. Une femme simple, mais libre, qui ne craint point d’énoncer ses quatre vérités.

L’animal imaginaire : jusqu’au 13/10, au Théâtre de La Colline. Auteur et metteur en scène, Valère Novarina explose une nouvelle fois le corps du langage ! Avec démesure, jubilation, poésie, extravagance. Une troupe de comédiens au top de leur forme, avec une formidable Agnès Sourdillon en meneuse de bande, des monologues inénarrables qui transgressent avec gourmandise et outrance toutes les règles du Verbe. Un vrai délire langagier, un suprême délice verbal.

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Antoine Russbach, avec Ceux qui travaillent

Premier film du Suisse Antoine Russbach, Ceux qui travaillent dresse un portrait glaçant de la logique capitaliste actuelle. Premier rôle de ce drame intimiste qu’il porte à bout de bras, Olivier Gourmet se révèle magistral en pion du système.

 

Genève, de nos jours. Après avoir pris une décision immorale mais rentable pour l’entreprise, Franck perd son job de cadre dirigeant dans une entreprise de fret maritime. Licencié, il ne comprend pas qu’on lui reproche d’avoir fait passer en priorité les profits de son employeur… Après s’être voué, tout entier, à son travail, il se retrouve sur le carreau. Que va-t-il faire : s’interroger, essayer de retrouver du boulot ? En parler à sa femme et à ses quatre enfants, confortablement installés dans une vie cossue de bourgeois ? Le suspense plane, le malaise aussi. Antoine Russbach présente ici le premier volet de ce qu’il a conçu comme une trilogie : Ceux qui travaillentCeux qui combattent et Ceux qui prient. Ce premier long-métrage a le courage d’affronter le système capitaliste au présent, en Suisse. Au cœur de l’épicentre où se dessinent, à travers le monde, les trajectoires des porte-conteneurs chargés de marchandises. Tout se joue autour d’un homme devenu le pion du système. Est-il une victime ? Un bourreau ?

C’est dans cet entre-deux que le cinéaste creuse son sillon et pose les questions d’aliénation au travail et de déshumanisation générées par l’économie libérale. Le passage par la case du bilan de compétences en dit long sur la tendance à tout évaluer, à calibrer aussi bien les produits programmés à la vente que les profils des salariés jetables. Comble du cynisme, Franck ne sera pas viré pour son crime mais parce que son salaire et son ancienneté coûtent trop cher à l’entreprise qu’il essaye de maintenir à flot. On pourrait croire qu’Antoine Russbach et son scénariste, Emmanuel Marre, livrent un plaidoyer dénonciateur. Ce n’est pas le cas. Le récit ne juge pas, il interroge autant la responsabilité individuelle que collective. L’ancrage dans la réalité sociale et le rôle sur mesure incarné par Olivier Gourmet font naturellement penser au cinéma des frères Dardenne.

Le silence dans lequel se mure Franck fait également écho à L’Emploi du temps de Laurent Cantet. Dans cette trajectoire d’homme issu d’un milieu modeste et qui a tout fait pour offrir aux siens un «certain » train de vie, la violence contenue, la stature et le mutisme de Gourmet rappellent l’allure d’un cow-boy solitaire des temps modernes. Dominique Martinez

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Frédéric Pierucci, « Le piège américain »

Les États-Unis possèdent un bras armé économique, le Departement of Justice, d’une efficacité tout aussi redoutable que leur arsenal militaire le plus puissant du monde. Pour preuve, le document fort révélateur Le piège américain. Sous la plume de Matthieu Aron, le témoignage de Frédéric Pierucci dans l’affaire Alstom.

 

La vente de la branche énergie d’Alstom à General Electric est sans doute l’une des opérations industrielles les plus catastrophiques que la France ait eu à subir au cours de ces dernières années. Des technologies de pointe, fruits de recherches et d’investissements de plusieurs décennies, se sont retrouvées du jour au lendemain bradées entre des mains étrangères, mettant notamment le pays en état de dépendance pour des pièces de son parc nucléaire et militaire. Quel intérêt y avait-il à une telle opération ? Comment a-t-on pu convaincre des capitaines d’industrie de trahir ainsi les intérêts de leur pays ? Comment le simple citoyen, le gouvernement français, les salariés d’Alstom ont-ils pu être ainsi floués par la machine de guerre dont se sont dotés les États-Unis, son gouvernement et ses lobbies pour détrousser des pays dits « amis » ?

La réponse tient en un seul mot : l’extraterritorialité, cette capacité exorbitante dont se sont dotés les États-Unis pour sanctionner les entreprises qu’ils considèrent être corruptrices dans le reste du monde. C’est ainsi que, depuis 2008, vingt-six sociétés ont payé des pénalités de plus de 100 millions de dollars au Trésor américain. Parmi elles, quatorze entreprises européennes ont dû régler une note pour un total de 6 milliards de dollars, dont cinq françaises qui totalisent 2 milliards de dollars d’amendes. Mais y a-t-il une équité, une impartialité de cette justice ? La lecture du Piège américain permet de se faire une opinion…

 Tandis que Patrick Kron, le PDG de l’époque, s’en sort avec un joli pactole, Frédéric Pierucci, l’un de ses cadres, est lui l’otage du DOJ (Departement of Justice). Emprisonné dans des conditions abominables pour des délits improbables dont il n’est en rien responsable, victime d’une machination d’État où le rôle des agences d’espionnage américaines et les outils du DOJ ont montré leur perversité extrême au service d’un objectif clair, l’homme se débat au milieu de procédures kafkaïo-staliniennes. Son rôle, et c’est ce qu’il dénonce dans ce document signé en collaboration avec le journaliste Matthieu Aron ? Servir d’épouvantail pour que ceux qui sont placés au-dessus de lui prennent les décisions attendues par les autorités américaines… Et ça marche ! Aux États-Unis, la justice n’est qu’une affaire de deal.

C’est donc l’histoire de cet homme, Frédéric Pierrucci, otage de la machine de guerre économique américaine, que raconte le livre. Au-delà de cette histoire vraie, de nombreux enseignements sont à tirer de la réalité de cette nouvelle forme de guerre froide que les États-Unis mènent contre le reste du monde. Des informations sont aussi données sur les groupes qui sont dans le viseur. En effet, Alstom n’est pas la seule grande entreprise européenne dans le collimateur des Américains. On peut même dire qu’avec ces méthodes, tous les groupes industriels d’importance sont potentiellement les victimes du DOJ. Il y a donc urgence à ce que les Européens prennent des mesures pour s’en protéger. Régis Frutier

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Les lanceurs d’alerte sur la sellette

Alors que la Commission européenne annonce un projet de directive sur la protection des lanceurs d’alerte, le 30 juillet en plein scandale Benalla, le Parlement français adoptait une proposition de loi sur « le secret des affaires » qui risque de les fragiliser et de mettre en péril la liberté d’informer. Paradoxe : leur salut passera-t-il par l’Europe ?

 

Transposition dans le droit national de la très décriée directive européenne sur le secret des affaires de juin 2016, le texte porté par LREM a été adopté par l’Assemblée nationale le 30 juillet en procédure accélérée malgré une levée de boucliers. Il était dénoncé par les collectifs « Informer n’est pas un délit » et « Stop secrets d’affaires » – coalition de journalistes, de lanceurs d’alerte, de syndicats, d’ONG et de représentants de citoyens – ainsi que par une pétition qui a rassemblé près de 600 000 signatures en moins d’un mois. Ils estimaient qu’avec cette loi, « le secret devient la règle, et les libertés [deviennent] des exceptions ».

Les parlementaires LREM qui ont poussé à l’adoption de la proposition de loi sur le secret des affaires prétendaient, quant  eux, vouloir lutter contre « l’espionnage économique, le pillage industriel et la concurrence déloyale ». Quitte à mettre en cause le droit des citoyens à l’information… Car si une directive est un texte minimum commun à tous les États membres, lesquels ne peuvent que l’améliorer, le député LREM Raphaël Gauvin, rapporteur de la proposition de loi, aggrave la situation du lanceur d’alerte.

Alors que la directive de 2016 met celui-ci à l’abri de toute poursuite pour violation du secret des affaires si, en révélant une « faute, une malversation ou une activité illégale », il a « agi pour protéger l’intérêt général », la transposition française bouleverse la donne. En ajoutant que le lanceur d’alerte devra prouver sa « bonne foi », la proposition de loi inverse la charge de la preuve. Christophe-André Frassa, rapporteur au Sénat, s’est quant à lui évertué à élargir le champ des informations concernées par le secret des affaires. À la notion de « valeur commerciale », il préfère celle, plus floue, de « valeur économique ». Autre flou : le périmètre des individus exonérés du secret des affaires. Si c’est le cas des journalistes et les syndicalistes, rien n’empêchera par exemple les multinationales de porter plainte contre eux. Le juge pourra se prononcer pour la relaxe au nom de la liberté d’expression tout comme il pourra retenir le « dénigrement commercial ».
De quoi produire une abondante jurisprudence sur laquelle le député Gauvin semble compter pour fixer le droit. Le texte ne dit rien sur les militants associatifs. Quant aux actes qui, sans être illégaux sont immoraux, ils ne sont pas concernés (comme les LuxLeaks). Autant de zones d’ombre qui laissent entrevoir le poids des lobbies économiques et financiers dans la transposition LREM de la directive secret des affaires. C’est pourquoi la coalition d’opposants au texte lançait une pétition (près de 600 000 signatures recueillies) pour lui demander « de défendre le droit à l’information et l’intérêt général en restreignant le champ d’application du secret des affaires aux seuls acteurs économiques concurrentiels ». En vain, la loi est adoptée en l’état le 30 juillet. Finalement, curieux paradoxe, le premier signe d’ouverture viendra peut-être de la Commission européenne elle-même qui planche sur une très attendue directive organisant la protection du lanceur d’alerte ! Encore faut-il qu’elle passe la barre du Parlement européen, surtout celle du Conseil qui réunit les États membres…

La mobilisation de la société civile européenne finira-t-elle par payer ? Christine Morel

 

Rappel : Pétition aux parlementaires

Mesdames, Messieurs,

Vous serez prochainement amenés à vous prononcer sur la proposition de loi portant « sur la protection des savoir-faire et des informations commerciales non divulgués (secrets d’affaires) contre l’obtention, l’utilisation et la divulgation illicites ». Ce texte est la transposition d’une directive européenne adoptée en 2016 malgré les mises en garde des ONG, des syndicats, des journalistes et l’opposition massive des citoyens. Élaborée par les représentants des lobbies des multinationales et des banques d’affaires, elle constitue une offensive sans précédent contre l’intérêt général et le droit des citoyens à l’information.

La « loi secret des affaires » a des implications juridiques, sociales, sanitaires et environnementales graves. Sous couvert de protéger les entreprises, elle verrouille l’information sur les pratiques des firmes et les produits commercialisés par les entreprises. Des scandales comme celui du Mediator ou du bisphénol A, ou des affaires comme les Panama Papers ou LuxLeaks, pourraient ne plus être portés à la connaissance des citoyens. En gravant dans le marbre la menace systématique de longs et couteux procès, cette loi est une arme de dissuasion massive tournée vers les journalistes, les syndicats, les scientifiques, les ONGs et les lanceurs d’alertes.

Nous, signataires de cette pétition, lanceurs d’alertes, syndicats, ONGs, journalistes, chercheurs, et simples citoyens, nous opposons à l’application en l’état de cette loi en France, et vous demandons de défendre le droit à l’information et l’intérêt des citoyens que vous représentez, en adoptant les amendements qui vous sont présentés pour restreindre son champ d’application aux seuls acteurs économiques concurrentiels.

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Festival, un modèle en crise

Incontestablement, la France est terre de festivals : plus de 3500 chaque année, dans tous les domaines artistiques et musicaux, particulièrement en été ! Facteur d’attractivité des territoires, pilier de l’action culturelle, le modèle « festival », fondé pour partie sur le financement public, est pris en étau désormais entre injonctions de l’économique et celles du politique.

 

 

Quel tournant ?

Créé en 1976, le Festival d’Ile-de-France a brusquement été liquidé le 4 mai. Huit salariés licenciés (sans oublier plus de quatre-vingts intermittents) et la fin d’un projet axé sur les musiques du monde et les musiques savantes, la mixité des publics et la valorisation du patrimoine… L’explication ? La baisse de 68 % des subventions allouées par la région, pilotée depuis 2015 par la droite. Selon elle, le festival n’aurait pas trouvé son public alors que le taux de remplissage atteint 85 % depuis dix ans ! Après le boom des années 80, sous le double effet de l’augmentation du budget de la culture lors du premier septennat de François Mitterrand et de la décentralisation, l’économie des festivals semble être entrée dans une zone de turbulences avec le redécoupage territorial, la baisse des dotations de l’État aux collectivités et l’arrivée de nouveaux exécutifs à leur tête, en 2014. Pour autant, avec quelque 3 500 manifestations à l’année, la France demeure une terre de festivals.

 

Quelle(s) recette(s) ?

« La période n’est pas simple », reconnaît Bénédicte Dumeige, de France Festivals. « Elle incite aux économies, en réduisant le nombre de spectacles, le nombre de jours ou de têtes d’affiche. Malgré ça, le public reste au rendez-vous ». Une étude du Centre national de la chanson, des variétés et du jazz montre que, sur la période 2008-2014, les festivals tiraient leurs ressources à 57 % de recettes propres, à 30 % de financements publics et à 13 % de financements privés. « On sent bien que certains financeurs publics sont davantage sur la réserve », confie Florent Turello, directeur des Fêtes nocturnes de Grignan. Aussi, le festival de la Drôme tente-t-il de diversifier ses recettes, en développant les activités bar et restauration et en faisant appel au mécénat. À la contrainte budgétaire, s’ajoute le poids des alternances politiques. « Les élus sont beaucoup dans l’injonction », soupire Sylvie Guigo-Lecomte, du festival des arts de la rue Roulez Carros, dont la subvention a été divisée par deux à l’arrivée du nouveau maire. « Il leur faut de l’événementiel. Ce qui relève de l’éducation artistique ou de la création contemporaine est mis au rebut ». Le glissement d’une politique publique de la culture vers une économie tournée essentiellement vers le divertissement s’est vérifié par l’absurde, à Bayonne. Depuis 33 ans, les Translatines mettaient à l’honneur la création théâtrale espagnole et latino-américaine. À chaque édition, 6 000 à 7 000 spectateurs s’y pressaient. En 2015, elles ont dû laisser la place à Kulture Sport, censé attirer le « pipole » et faire rentrer plus d’argent dans les caisses. Douze mois après, le festival jetait l’éponge, plombé par les annulations.

 

Quels bénéfices ?

Outre l’idée de favoriser les rencontres (avec le public, une ville et entre professionnels), les festivals offrent de réelles retombées en termes de création d’emplois, de recettes et d’image, contribuant à renforcer l’attractivité du territoire aux yeux des touristes et des investisseurs. Selon France Festival, un euro investi par la puissance publique génère en moyenne cinq euros de dépenses en hébergement, taxis, restaurants… Malgré l’augmentation des coûts liés à la logistique, à la sécurité ou à l’inflation des cachets, les festivals restent un modèle rentable. Mais l’arrivée de grands groupes privés, comme Fimalac ou LNEI dans le domaine des musiques actuelles, interroge sur certaines évolutions en cours.

 

Quel futur ?

« Les stratégies à l’œuvre mêlent de façon étroite intérêts privés et publics, et prennent un tour industriel. Ce qu’on ne voit pas dans les arts de la rue ou le nouveau cirque, où le modèle reste plus artisanal », observe le sociologue Emmanuel Wallon. Les stratégies en question visent à tout concentrer entre les mains d’un seul et même acteur, de la conception du spectacle à sa production, en passant par la billetterie, voire, l’achat de salles. Car, dans leur grande majorité, les festivals sont le fait de petites structures indépendantes fonctionnant sur le mode du partenariat et s’inscrivant dans une démarche de démocratisation de l’accès à la culture. Les grands mécènes allant toujours vers les grands festivals, le mécénat de proximité continue de se développer, malgré un tassement consécutif à la crise de 2008. Si certains festivals voient dans la coopération et la mise en place de réseaux une issue possible, un abandon du terrain par la puissance publique sonnerait le glas d’un modèle qui garantit une vraie diversité. Jean-Philippe Joseph

 

Point de vue

« C’est la présence de petites compagnies, de petits festivals, de lieux hors du commun qui fait le dynamisme des festivals. L’arrivée d’intérêts privés, ayant une vision capitalistique des choses, fait craindre pour la diversité », commente Philippe Gautier, membre du SNAM-CGT (Syndicat national des artistes-musiciens).

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Les Pinçon-Charlot aux Métallos

L’ouvrage du couple de sociologues Pinçon-Charlot, La violence des riches, est mis à l’honneur à la Maison des Métallos. Du 14 au 18 mars, en prélude à une tournée nationale. Une farce documentaire imaginée par le collectif théâtral « Vaguement compétitifs », implanté dans le Nord.

 

 

Depuis cinquante ans, le couple de chercheurs Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot ne cesse de fréquenter les riches de près ou de loin ! Pour mieux les observer, comprendre leur mode de vie et de pensée, leur façon d’entretenir « l’entre soi », de transmettre valeurs et patrimoine….

En outre, à deux c’est mieux, en tout cas plus facile. Il est plus aisé, et plus convenable pour la grande bourgeoisie ou l’aristocratie, de recevoir un couple sans craindre de subir l’agressivité supposée naturelle d’un homme ou la perfidie, voire l’incompétence, supposée naturelle d’une femme seule… ! Ayant souvent su gagner la confiance de leurs hôtes, à eux deux ils commettront ainsi une vingtaine d’ouvrages sur la reproduction sociale des inégalités par le biais de la persistance de privilèges ancrés depuis

© Samuel Kirszenbaum

plusieurs générations. Ils ausculteront tour à tour la pratique de la chasse à cour comme celle des « rallyes » qui permettent de s’unir entre-soi, ils visiteront les châteaux et sonderont les grandes familles, notamment les Rothschild.

 

Au début, fut une rencontre…. En 1965, sur les bancs de la fac de Lille, plus précisément sur ceux de la bibliothèque de l’Institut de sociologie. Tous deux très marqués par la lecture des Héritiers de Pierre Bourdieu que Michel eut comme professeur à Lille, mais qui venait d’en partir lorsque Monique y arriva. L’un et l’autre sont très différents. Monique Charlot, bien que fille du procureur de la République de Lozère, n’a guère  fréquenté ni théâtre, ni musée ni même cinéma, en revanche elle estt à l’aise dans les milieux bourgeois alors que Michel Pinçon, fils d’ouvrier d’origine très modeste, a beaucoup lu et dispose d’une indépendance financière grâce à son travail de pion. Quelque peu acrobatiques, ces contradictions deviendront vite enrichissantes… Un puissant moteur de complémentarité dans le travail, sans doute aussi un  piment dans la complicité du couple. L’humour n’est pas non plus la moindre de leurs qualités communes.

Lors d’un entretien en 2015 sur le site du quotidien Libération, dans le cadre d’une série « Heureux en méninges », ils ne s’épargnent pas mutuellement. «  Michel est flemmard, moi, je suis bosseuse », lâche Monique ajoutant aussitôt « je ne pourrais rien faire sans lui et vice-versa ». Sur leurs désaccords éventuels, Michel répond que « quelquefois, elle me prend le chou ! La relecture du texte est la phase la plus délicate : Monique propose de supprimer mes paragraphes, et moi je propose de supprimer les siens. Ça augmente un peu la température… ». On imagine aisément qu’on ne s’ennuie pas chez les Pinçon-Charlot ! Monique le confirme, « on s’est amusé comme des gosses dans toutes nos aventures, on travaille vraiment en bande organisée ». Autre caractéristique de ces deux brillants chercheurs, leur modestie… Lorsqu’on tente de les comparer à d’autres couples d’intellectuels mythiques (Beauvoir-Sartre, Triolet-Aragon …), « nous, c’est plutôt le boulanger et la boulangère », répond Michel.

 

Il n’empêche, main dans la main ils ont mené ensemble une carrière exceptionnelle de chercheurs, dont 37 années au CNRS jusqu’à leur départ en retraite en 2007. Les premières années, ils travaillent sur des sujets séparés. Monique collabore notamment avec les sociologues Paul Rendu et Edmond Préteceille. Puis, forts du constat de l’absence de travaux sur la grande bourgeoisie et les possédants, et de l’hypocrisie de nombreux sociologues qui se penchent exclusivement et parfois avec commisération sur la condition des plus modestes, ils s’engagent dans une grande enquête. Qui aboutit, en 1997, à Voyage en grande bourgeoisie. Ce travail est rendu possible grâce au soutien de leur directeur de laboratoire Paul Rendu, issu de la grande bourgeoisie de Neuilly, qui leur a donné accès à sa propre famille.

Le livre, à leur grand étonnement, est vivement critiqué au sein de la communauté des chercheurs du CNRS. Non pas une critique scientifique sur le rendu de leur travail, plutôt une sorte de condamnation morale : d’aucuns prétendent que ce milieu les « fascine » ! La base de leur travail ? Bien sûr les entretiens qu’ils mènent, doublés surtout d’un rapport de proximité qu’ils parviennent à créer et alimentent en répondant à des invitations dans les grands domaines et en participant à des fêtes, tout en restant sous tension… « On avait l’impression de faire de l’entrisme », avoue Michel Pinçon aux journalistes du quotidien.

 

Paru en 2014, La violence des riches est une vaste synthèse de leurs travaux sur le sujet et ce n’est pas un hasard s’il porte en sous-titre « Chronique d’une immense casse sociale ». En effet, non seulement l’ouvrage démonte les mécanismes d’instauration des rapports de domination mais il tente d’analyser comment « les riches » parviennent à les faire perdurer. En pointant particulièrement du doigt une  responsabilité de connivence des gouvernants de tous bords qui se rejoignent dans une même idéologie néolibérale, préservent et renforcent les intérêts financiers de la grande bourgeoisie. Notamment par des cadeaux fiscaux et une mollesse douteuse face à la fraude fiscale des plus riches.

Parallèlement à la disparition d’une certaine conscience de classe, d’abord ouvrière, le modèle dominant apparaît comme naturel et la domination comme légitime, intimidant d’autant plus les classes populaires que la grande bourgeoisie détient un patrimoine important d’œuvres d’art. Cette fois-ci, ce ne sont pas leurs pairs mais ceux que Bourdieu nomment « les chiens de garde », à savoir les journalistes, qui tentent de les discréditer. Plutôt certains journalistes, ceux que Monique et Michel désignent comme « bourgeoisistes », ceux-là même qui défendent leur classe sans l’assumer. Et lorsque ces derniers les qualifient de « richophobes pour les nuls », les deux sociologues y voient presque un compliment.

De livre en livre, d’une enquête l’autre, au final les Pinçon-Charlot ont réussi un très sérieux travail de vulgarisation en direction d’un public non spécialiste, peu enclin à la lecture d’études sociologiques. Lui ouvrant les yeux sur des mécanismes opaques dont ils sont  les premières victimes. Chantal Langeard

 

À voir, à entendre :

– « La violence des riches », d’après les travaux de Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon à la Maison des métallos, du 14 au 18/03 : un spectacle conçu par Stéphane Gornikowski, mis en scène par Guillaume Bailliart avec Lily Chartiez-Mignauw, Grégory Cinus, Malkhior. « Critique, drôle et mordante, inscrite dans une démarche d’éducation populaire, cette création n’est pas du « beau théâtre » trop bien ficelé, il y est question de ce que nous tissons face à cette violence des riches qui nous menace (…) Si la vision des Pinçon-Charlot est principalement critique, nous entendons nous émanciper de cette posture parce qu’il est urgent, même maladroitement, de proposer « quelque chose ». À la fin du spectacle, nous inventerons l’inconnu, nous oserons remettre l’histoire en route : nous fabriquerons une utopie », commente le metteur en scène.

– Le 21/04 à 18h30, Monique&Michel Pinçon-Charlot sont les invités de la librairie Folies d’Encre de Montreuil pour leur nouvel ouvrage, Les prédateurs au pouvoir, main basse sur notre avenir. À signaler que le mardi suivant, le 25/04, Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, présentera la remarquable Histoire mondiale de la France dont il a dirigé la publication aux éditions du Seuil. Des rencontres avec lectrices-lecteurs toujours agrémentées d’une collation et animées par les « Fabulous Lectors of Montreuil ».

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Paul Moreira, « Cache investigation »

Dans un livre choral écrit avec plusieurs confrères, « Informer n’est pas un délit », le journaliste Paul Moreira lève le voile sur les nouvelles censures qui frappent la profession. Une dérive qui interpelle tous les citoyens.

 

 

Eva Emeyriat – Comment est né  ce livre ?

Paul Moreira – Tout part de l’amendement relatif au secret des affaires de la loi Macron. Un texte donnant une arme de plus à ceux qui veulent nous  empêcher d’enquêter. Plusieurs  journalistes se sont réunis début 2015 pour dénoncer ce texte. C’était incroyable à voir car, dans notre milieu, certains ont des égos énormes ou se détestent ! L’enjeu était de taille. Avec cet amendement, certaines affaires n’auraient jamais existé :  Karachi, Elf, le Médiator, HSBC…  Le texte a été retiré, mais une directive européenne sur le secret des affaires a pris le relais (adoptée par le parlement européen le 14 avril par 503 voix pour et 131 moreira1contre, NDLR). Fabrice Arfi, de Mediapart, a proposé d’écrire un livre à plusieurs voix, « Informer n’est pas un délit », pour relater les nouvelles censures dont nous sommes l’objet.

E.E. – Quelles sont-elles ?

P.M. – Certains journalistes font face à un véritable harcèlement judiciaire. C’est le cas, notamment, de ceux qui ont enquêté sur Bettencourt ou Clearstream. Nous ne sommes pas au-dessus des lois, mais si des journalistes sont aujourd’hui poursuivis, ce n’est pas pour diffamation ou de fausses informations : c’est parce qu’ils font leur métier ! On  criminalise le journalisme en lui livrant une guerre asymétrique. Gérard Davet et Fabrice Lhomme, du quotidien Le Monde, font un récit digne d’un polar en relatant les pressions lors de leurs enquêtes sur Sarkozy. Investiguer veut de plus en plus dire être suivi, menacé…Il est aussi très difficile, en France, d’accéder aux documents administratifs. Comment consulter les notes de frais d’un politique, comme en Suède ou en Grande Bretagne ? Il  y a urgence démocratique à instaurer une vraie loi en la matière !

E.E. – Parmi les nouvelles censures, vous évoquez aussi l’action des communicants, directeurs de com , attachés de presse…

P.M. – C’est une donnée nouvelle.  L’un des effets formidables de l’émission « Cash Investigation » est d’être le révélateur chimique de l’existence de ces gens qui agissent dans un jeu subtil d’intimidation et d’intoxication.

E.E. – Après l’attentat à Charlie Hebdo, journal qui était d’ailleurs votre voisin de palier, est-il plus difficile aujourd’hui d’enquêter sur le fait religieux ?

P.M. –  Pas pour nous, mais il est clair que si l’on doit s’infiltrer dans une cellule de Daech, on se pose forcément la question de l’après… Le problème est vaste. Pour avoir dit qu’il moreira2existait des appels au meurtre dans la Bible, je suis voué au bûcher par les intégristes catholiques !

E.E. – La mise en place de l’état d’urgence change-t-elle la donne pour vous ?

P.M. – Pour l’heure, pas trop mais quand on voit que des écolos sont assignés à résidence comme  des djihadistes, il y a de quoi être inquiet. On l’est d’ailleurs depuis  la loi sur le renseignement …

E.E. – La directive « Secret des affaires » mobilise des journalistes, des ONG, des  syndicats comme la CGT…Quel rôle peut jouer le citoyen ?

P.M. – La pétition lancée par Élise Lucet pour son retrait a recueilli près de 500 000 signatures, le citoyen  est donc bien au centre de cela ! Ce n’est pas un combat corporatiste : nos problèmes n’ont d’intérêt que parce que nous sommes un contrepouvoir dans la société !  Il en va du renforcement de la démocratie. Il faut  protéger les lanceurs d’alerte qui foutent leur vie en l’air :  Antoine Deltour est condamné au Luxembourg pour avoir dénoncé un scandale fiscal, le journaliste qui a révélé cette affaire « Luxleaks » a lui-aussi été inquiété…  Les citoyens doivent  continuer de se mobiliser. On pense parfois que c’est dérisoire, c’est faux. Ce qui est dérisoire,  c’est de baisser les bras ! Propos recueillis par Eva Emeyriat

Parcours

Né en 1961, journaliste d’investigation, écrivain et documentariste, Paul Moreira a travaillé, entre autres,  pour RFI, Capa et Canal Plus. Il est l’auteur de  nombreux documentaires maintes fois primés. Cofondateur de l’agence  Premières Lignes, qui produit notamment l’émission Cash Investigation (France 2) ou Spécial Investigation (Canal +), il a réalisé cette année le documentaire  « Danse avec le FN », consacré à la classe ouvrière et au parti frontiste.

 

 

L’affaire « Luxleaks »

Le mercredi 29 juin, le président du tribunal d’arrondissement du Luxembourg déclare Antoine Deltour et Raphaël Halet « coupables de vol, violation du secret professionnel et du secret des affaires », mais aussi « de fraude informatique, de blanchiment et divulgation du secret des affaires ». Ces deux anciens collaborateurs du cabinet PricewaterhouseCoopers (PwC) sont condamnés moreira3respectivement à douze mois de prison avec sursis et 1 500 euros d’amende, neuf mois de prison avec sursis et 1 000 euros d’amende.

Dans ses attendus, le tribunal reconnaît pourtant que les révélations de ces deux anciens collaborateurs de PwC « ont contribué à une plus grande transparence et équité fiscale », que les deux prévenus « ont agi dans l’intérêt général et contre des pratiques d’optimisation fiscale moralement douteuses », et sont donc « aujourd’hui à considérer comme des lanceurs d’alerte ». Édouard Perrin, le journaliste de l’émission « Cash Investigation », est acquitté. « Il n’a fait que son travail de journaliste », note le tribunal. Contrairement au parquet du Luxembourg estimant que «  la liberté d’expression journalistique » ne doit pas primer sur le respect « du secret professionnel », quand bien même il serait le témoin de « pratiques douteuses ».

 Antoine Deltour et Raphaël Halet étaient poursuivis dans l’affaire dite « Luxleaks » : ils avaient révélé des centaines d’accords fiscaux confidentiels passés entre des multinationales et le fisc luxembourgeois. D’où un vaste scandale qui avait touché jusqu’à Jean-Claude Juncker, l’ancien premier ministre luxembourgeois et actuel président de la Commission européenne. Les deux hommes ont décidé de faire appel de la décision. Leur avocat, Me William Bourdon, a dénoncé un jugement « contraire à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme ». Un jugement « qui exprime la face la plus conservatrice de l’Europe, celle qui n’a qu’une obsession : entendre les intérêts privés plutôt que les citoyens ». Y.L.

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