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La Mousson, une moisson de lectures

Jusqu’au dernier jour, de jour en  jour à l’Abbaye des Prémontrés de Pont-à-Mousson (54), la Mousson d’été n’a cessé de livrer ses pépites ! Des lectures servies par une bande de comédiens fidèles, un festival incontournable au service des auteurs contemporains. D’ici et d’ailleurs.

 

Chaque journée, de l’après-déjeuner jusqu’à tard la nuit tombée, entrecoupées d’entretiens ou de conférences, trois ou quatre lectures/mises en espace à l’affiche : sur les pelouses ou sous les arcades de l’abbaye des Prémontrés, comme en son amphithéâtre ou au gymnase ! Ainsi file le temps sous le soleil mosellan, au fil des mots et des notes venues d’ici et d’ailleurs, de France ou de lointains continents… La Mousson d’été ? « Le lieu de culte des fanatiques du texte contemporain », avoue le metteur en scène David Lescot. « C’est là que je suis venu voir comment on pouvait refaire du théâtre avec rien, juste la base : des acteurs et quelque chose à dire ».

Des choses, il s’en est dites encore à la Mousson en cette année du XXVème anniversaire, du 21 au 27/08 ! Parfois pas toujours abouties, mais peu importe, le plus souvent de vraies perles et pépites dans l’audace et l’urgence de dire : bonheur du texte, merveille de la découverte, qualité de l’interprétation ! L’imaginaire en éveil, néophyte ou averti, amateur ou professionnel, chacun est le bienvenu à la Mousson d’été. L’art le plus novateur est vraiment à la portée de tous dans une authentique ambiance de partage. Ainsi en va-t-il avec Chien-fusil, le texte de l’anglais Simon Longman, « une tragédie pour quelques hommes et de nombreux moutons ». Dirigée par Charlotte Lagrange (avec Etienne Galharague-Romain Gillot-Emma Meunier-Charlie Nelson et Alexiane Torrès, tous épatants), la mise en espace d’un monde rural en pleine déshérence, en totale décadence… Comme aucun agneau ne survit à l’heure de la délivrance, les filles et fils de la ferme couchent alors leurs illusions sur un tas de paille couleur sang. Vendre, tout quitter, partir ? Fort est l’attachement à la terre, peu enthousiasmantes les lumières de la ville.

Un texte dérangeant, au  même titre que Gloria Gloria du jeune auteur français Marcos Caramès-Blanco. L’histoire d’une femme qui, entre deux clopes, pète les plombs, met le feu aux poubelles, tue mari et vieille dame dont elle s’occupe pour terminer la nuit dans les bras de sa meilleure amie et s’enfuir au final à Paris… La « sortie de route » d’un être las d’une existence routinière, quand « les choses se passent dans le même ordre que tous les jours, dans le même sens que tous les jours et dans le même silence que tous les jours ». Avec Frédérique Loliée, éclatante de présence dans le rôle de Gloria, une lecture dirigée par Laurent Vacher. Pour nous retrouver plus tard, dirigé par François Berreur, « À l’ouest de mes trois sœurs », un texte désopilant quoique mortifère de l’argentine Laura Cordoba, une variation de la pièce de Tchekhov au lendemain de la dictature militaire ! De la fin de règne des tsars à l’après Videla, les désillusions de trois vies demeurées cloîtrées dans la banalité du quotidien, la terreur de l’inexistence, la noirceur de l’à venir… D’où les trois alternatives proposées au spectateur en point final, le suicide de chacune des sœurs, Olga-Macha-Irina (Maud Le Grevellec, Odja Llorca, Alexiane Torrès), le saut dans le vide et l’inconnu !

Cette année encore, sous la conduite éclairée de Michel Didym  et de toute son  équipe, la Mousson a confirmé sa place essentielle, indispensable, dans le paysage festivalier français et européen. Au service des auteurs contemporains, pour aiguiser l’imaginaire du public et réveiller la frilosité des metteurs en scène et directeurs de théâtre qui n’osent, par facilité ou peur de l’échec, risquer le pas de la nouveauté. Yonnel Liégeois

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Un Bondieu pour les hommes

Du 29/08 au 20/09, Bernard Bondieu expose ses œuvres à l’abbaye de Prébenoit (23), près de Guéret. Des sculptures et des peintures inspirées par un texte d’Henri Michaux, Voyage en grande Garabagne. Puis, du 25/09 au 5/10, l’artiste creusois participe à une exposition collective consacrée à la Commune de Paris. Deux manifestations qui traduisent l’intérêt que le plasticien porte à l’espèce humaine.

 

« Les Ématrus s’enivrent avec de la clouille, mais d’abord ils se terrent dans un tonneau ou dans un fossé où ils sont trois et quatre jours avant de reprendre connaissance. Naturellement imbéciles, amateurs de grosses plaisanteries, ils finissent parfaits narcindons ». Le portrait grinçant de ce peuple imaginaire et l’utilisation de néologismes illustrent l’univers loufoque dépeint par Henry Michaux. Dans Voyage en grande Garabagne, le poète invite donc son lecteur à découvrir modes de vie et mœurs de femmes et d’hommes au cours d’une promenade jalonnée de 31 escales. L’exposition de Bernard Bondieu reproduit ce cheminement. À chaque escale correspond un peuple, à chaque peuple un texte, à chaque texte une toile, une sculpture.

Auteur d’un livre consacré à l’exposition, l’historien d’art David Czekmany précise qu’il ne s’agit pas là d’une simple illustration. « Bondieu aime dialoguer avec la littérature (…) Ainsi les œuvres réalisées dans le cadre de cet hommage, si elles prennent pour source le voyage en grande Garabagne n’en sont pas complètement subordonnées, l’artiste ne cherchant pas à coller absolument aux mots mais à les interpréter selon sa vision intime de l’art ». L’exposition s’apparente donc à une collaboration artistique entre deux  autodidactes. Comme Michaux, Bondieu se singularise par un rejet de toute forme d’appartenance à une école, à des techniques : il qualifie son style de naïf, de brut. Il revendique un art d’abord basé sur l’expression de l’imagination, de l’originalité, de l’instinct. Tout ce que réalise Bernard Bondieu, note David Czekmany est le résultat d’un chemin personnel tirant l’expérience de ses échecs et réussites. Ainsi se crée un dialogue permanent entre l’artiste et son œuvre.

« Il faut laisser libre cours au geste qui s’impose dans la création, et en même temps il faut prendre du recul. J’aime le moment où je retrouve le travail laissé la veille. Je peux poser un regard neuf pour concevoir la suite », explique Bernard Bondieu. Pour Michaux et lui, l’expression artistique est avant tout chemin de rencontre avec l’espèce humaine : si les communautés peuplant la grande Garabagne sont nées de l’imagination de Michaux, leurs comportements souvent vils et immoraux ne sont pas sans rappeler ceux de nos contemporains ! En témoignent la violence des combats à mort qui réjouissent les « Hacs », la mise en vente des femmes comme sur un marché aux esclaves chez les Omanvus, les persécutions dues à la religion chez les Mazanites et les Hulebures… L’imaginaire rejoint la réalité. Une réalité qui touche la sensibilité de Bernard Bondieu. Surtout lorsque les hommes sont liés à de grands événements historiques tel que la Commune de Paris.

« De nombreux maçons creusois ont migré sur Paris à cette époque », explique Bernard, « ils se sont retrouvés mêlés à l’insurrection, certains y ont participé ». Passionné par le sujet (il est membre de l’association « Les amies et amis de la Commune de Paris 1871 »), il tient à commémorer cet événement trop souvent méconnu par l’expression artistique. Du 25/09 au 05/10, toujours à l’abbaye de Prébenoit, il participe donc à une exposition collective organisée sur ce thème. L’attachement aux idéaux des communards n’a rien de surprenant de la part d’un homme investi très jeune dans le mouvement syndical et politique. Né à Auzances, ses parents travaillant à Montluçon, il est élevé en partie par ses grands-parents. Des années dont il garde un souvenir ému. Il retient de  cette période la chance d’avoir été le petit-fils d’un homme exceptionnel. Son grand-père était un touche-à-tout : bricoleur, amoureux de la nature, conteur, peintre, sculpteur, musicien. « Pour lui, toutes les choses ou événements de la vie étaient formidables », confie Bernard qui a écrit un livre consacré au grand-père Gaby. C’est auprès de lui, dès son plus jeune âge, que Bernard commence à crayonner. Un plaisir artistique qui ne le quittera plus. Mais pour le loisir, sa scolarité le conduisant dans un collège technique où il décroche un CAP d’électricien… Il est embauché chez Michelin, à Clermont-Ferrand, qui recrute beaucoup d’électriciens à ce moment-là.

Dans cette grande usine de fabrication de pneus, il prend conscience des conditions de travail difficiles. « Des ouvriers usés par une vie de boulot, relégués au balayage. Nous sommes en 1966, c’était 54 heures de travail par semaine pour seulement deux semaines de congés payés, ça ouvre les yeux, tout ça », confie-t-il. Rapidement, il côtoie le syndicalisme et la politique : militant à Lutte Ouvrière, syndiqué à la CFDT. L’attrait pour d’autres activités l’incite à tenter sa chance aux beaux-arts, il y décroche un diplôme de commis architecte. Las, l’expérience professionnelle n’est pas concluante. En 1971, il est recruté par la Sagem, un promoteur immobilier, où il adhère à la CGT et au PCF. Engagement social, prise de responsabilités dans le mouvement associatif : une implication totale dans l’action collective qui ne l’empêche pas de suivre sa propre route. Il décide de rentrer à l’AFPA, « c’est extraordinaire ce que réalisait la formation professionnelle », s’enthousiasme-t-il. Il met donc en place des formations sur des secteurs tels que la domotique ou l’immotique. Il n’en oublie pas pour autant la défense des intérêts communs, il est délégué du personnel au CHSCT. Il reste à l’AFPA jusqu’à son départ à la retraite.

Retour aux sources : il s’installe à Jouillat, petit village proche de Guéret, dans une maison réhabilitée par ses soins. La demeure est bien plus qu’une habitation. Fidèle à sa soif d’échange, de partage, de fraternité, il fait de ce lieu un espace dédié à la culture et aux rencontres. Il crée une association « Ateliers et vie au Coudercs ». Les locaux accueillent tous ceux qui souhaitent partager leur expression artistique. Y sont organisées des expositions de peintures, de sculptures, des soirées cabaret, des conférences. Une maison d’édition voit le jour, « Les Éditions des Coudercs », qui  publie un recueil de textes de chansons de Gaston Couté, un livre de poésie de Gérard Chevalier « Poésie en vers et bleu », un pamphlet sur le pillage des ressources des campagnes « Requiem pour un pays sauvage » de Julien Dupoux, le livre de Bernard Bondieu consacré à son grand-père « Gaby Jazz ». L’aïeul a de toute évidence légué à son petit-fils une énergie sans limite, qui met sur pied un salon des arts à Chéniers, toujours dans les environs de Guéret. Chaque année, depuis 2015, soutenue par le conseil municipal de Chéniers, son Maire Gilles Gaudon en tête, l’exposition s’est imposée au sein de la vie culturelle creusoise. « Avec une cinquantaine d’artistes, le salon est la principale manifestation de ce genre  dans le département », se réjouit Bernard.

Se nourrir de l’apport des autres, cultiver l’amitié et créer : l’artiste poursuit inlassablement sa route avec ces valeurs comme unique boussole. Le hasard des rencontres, des circonstances et de l’inspiration déclenchent la mécanique de la création. Ainsi, à la suite d’une photo fortuite prise de dos, il photographie des centaines de personnes avant de réaliser des tableaux. De la trace laissée par un pinceau essuyé sur un papier, germe l’idée d’une autre série de tableaux, « Traces de vie » : des individus seuls, en couple, en groupe, de face, de dos, en vague silhouette ou plus détaillé, le plus souvent sans visage ! La série constitue une suite impressionnante de personnages révélant une diversité de situations, de sentiments et de caractères.

Une série chasse l’autre… Lorsqu’il s’embarque dans un cycle de création, Bernard Bondieu a toujours la pensée fixée plus loin, au loin. « Ce qui me préoccupe, c’est le sujet qui va m’inspirer après ». Une façon d’anticiper ses futurs voyages. Philippe Gitton

Michaux, hommage

« Quelles raisons ont porté Bernard Bondieu vers ce Voyage en grande Garabagne et pas vers un autre texte ? Son côté débridé, farfelu, profondément humoristique et satirique, fou et imaginatif, délirant même, et pourtant si juste et vrai, ne pouvait que parler directement à sa sensibilité. Le récit est propice à une exploration quasi infinie de la nature humaine dans ses nombreuses subtilités, et pour un artiste chez qui l’humain se place au centre de toute la démarche, il ne pouvait que trouver une résonance parfaite.

Michaux (…) n’est pas un auteur et un artiste facilement abordable. L’expérience de son œuvre, autant dessinée que peinte ou écrite, exige un engagement personnel et du temps de réflexion (…) Michaux est un artiste singulier, à part dans la littérature et dans l’histoire de l’art. Son travail ne pouvait que plaire à Bernard Bondieu ».

David Czekmany, in Bernard Bondieu, hommage à Henri Michaux (Éditions des Coudercs, 148 p., 26€50).

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Caen, le musée voit rouge !

Dans le cadre du festival Normandie impressionniste, jusqu’au 22 novembre, le musée des Beaux-Arts de Caen consacre une surprenante, et passionnante, exposition sur le travail. Sous le label « Les villes ardentes. Art, travail, Révolte. 1870 – 1914 », des chantiers de la ville au feu des aciéries, le regard des peintres sur l’avènement d’un nouveau monde : industriel et ouvrier.

 

En haut de la butte, l’homme est assis. Songeur, pensif, divers détritus autour de lui… Un ouvrier assurément, l’habit ne trompe pas : en balade, en pause, au chômage ou en congé ? Au premier plan une terre de désolation, au loin se détachent dans un ciel gris les cheminées des usines avec leurs nuages de fumée. Le tableau date de 1902, Les usines est l’œuvre de Jean-Emile Laboureur… Si le paysage urbain a fait sa révolution, les peintres dits impressionnistes font aussi la leur : adieu paysages marins et vagues écumantes, falaises et galets, bains de mer et belles de jour, toiles et pinceaux braqués désormais sur d’autres réalités, le regard tourné vers ce nouveau monde industriel, urbain, ouvrier !

Lassés des règles de l’Académie, exclus des Salons parisiens, ils sont une poignée d’artistes en cette seconde moitié du XIXe siècle à se rebeller ! Monet et Renoir ont ouvert la voie : place à la lumière, à l’explosion des couleurs, à la pointe légère du pinceau qui désormais fait tache… Sus aux grandes batailles du passé ou aux scènes bibliques, il est temps de peindre la vie de tous les jours ! Certes, la querelle entre anciens et modernes n’est pas aussi simple, le cadre des débats pas aussi caricatural, mais les points de rupture ainsi exposés s’affichent désormais au tableau. Au Salon des Refusés, le Déjeuner sur l’herbe de Manet fait scandale en 1863. Face aux critiques, violentes et répétées, les réprouvés se révoltent et s’organisent. Leurs noms ? Degas, Pissaro, Sisley, rejoints plus tard par Guillaumin, Luce, Signac, Steinlen…

Une révolte qui n’est point étrangère aux bouleversements de l’époque, à ce monde qui change et bouge à vue d’œil, sous leurs yeux : la manufacture cède la place à l’usine, la mère au foyer devient femme à l’atelier, les grands chantiers urbains exposent corps et métiers en pleine rue. De quoi nourrir l’imaginaire, libérer le pinceau et bousculer la nature du tableau ! De la Commune à la veille de la première guerre mondiale, de 1870 à 1914, la vision de cette nouvelle ère industrielle inspire alors peintres et plasticiens, affichistes et caricaturistes. « Les impressionnistes, post-impressionnistes et naturalistes se retrouvent autour de ce même motif qu’est le travail, marqués par une sensibilité à la réalité de leur temps », commentent les deux commissaires de l’exposition, Emmanuelle Delapierre et Bertrand Tillier, directrice – conservatrice en chef du musée pour l’une et professeur à la Sorbonne pour l’autre. « En s’attachant à la représentation des scènes de travail en ville, le musée des Beaux-Arts de Caen souhaite tout autant déplacer les oppositions habituelles de style, de genre et d’école, qu’élargir le regard porté sur l’art impressionniste, plus volontiers considéré comme un art d’agrément, attentif à la société de loisirs plus qu’à celle du travail ». Un pari osé mais gagné, le public surpris et conquis par ce qu’il découvre d’une salle à l’autre !

Sur les quais de Seine où sont déchargées les marchandises, dans le ventre de Paris où s’activent sous terre les forçats du métropolitain, du haut des chantiers sur les grands boulevards, dans la fournaise des aciéries, partout des hommes à la tâche, forts en gueule et en muscles… Point de misérabilisme dans le regard des artistes, leurs tableaux expriment d’abord la grandeur de l’effort, la beauté du chantier, la qualité du métier : un hymne aux « Premiers de corvée », plus d’un siècle avant l’heure ! Beauté des flammes et majesté des usines explosent sur la toile, du lever au coucher du soleil, comme Monet le fit à Rouen avec sa série de cathédrales. Ainsi, Armand Guillaumin multiplie les regards sur Les forges d’Ivry, sous la neige ou au printemps. Aciéries et chantiers de construction semblent s’imposer dans l’imaginaire des peintres : force des couleurs et rectitude des lignes ! Certes, mais pas seulement… Les regards esthètes deviennent regards engagés, d’aucuns affichant leurs convictions libertaires et anarchistes. Du haut de l’échafaud à la chaleur du four, leurs représentations symbolisent par excellence cette nouvelle condition humaine qui plie et broie les corps : la misère, la maladie, le chômage mais aussi l’accident et la mort. Autant de thèmes dont s’emparent artistes et affichistes, plus qu’œuvre d’art le tableau ou l’imprimé devenant comme vecteur de la revendication sociale ! Les femmes ne sont pas en reste. Têtes baissées, dans le noir de la nuit toujours pas dissipé, elles s’en vont trier le charbon. D’autres empruntent le chemin de la filature, déjà pour des salaires au rabais, plus souvent encore celui des fabriques de porcelaine, des ateliers de taille de faux diamants ou de repassage : là, Degas les immortalisera !

Mêlant quelques cent cinquante œuvres (peintures, affiches, dessins, cartes postales…) réparties en huit grandes sections, l’exposition embrasse vraiment cette époque charnière sous tous les angles. Du défilé mortuaire à la manifestation populaire, du chômeur prostré sur sa chaise à l’arrogance des bourgeoises en visite à l’usine, du fardier au cheval blanc aux plis chaloupés du drapeau rouge, de la blanchisserie nivernaise à la filature du Nord, de l’affiche de L’assiette au beurre à celle de La bataille syndicaliste, de la grève de Fougères à celle de Graulhet, de l’enfant à la forge au jeune verrier… Quelques signatures marquantes, et pourtant méconnues du grand public ? Armand Guillaumin bien sûr, Maximilien Luce, Gaston Prunier originaire du Havre, Théophile-Alexandre Steinlen. Pour ne point se perdre sur le chemin de l’usine ou à l’embauche du chantier, celui du Sacré-Cœur ou du Métropolitain,  d’une salle l’autre, sont aussi placardées au mur les heures mouvementées qui scandèrent ce temps nouveau : la création du corps de l’inspection du travail en 1874, le premier congrès féministe en 1878 pour l’égalité des salaires, la naissance de la CGT en 1895 au congrès de Limoges, la loi Millerand de 1900 abaissant à onze heures la durée journalière du travail, le Code du travail instauré en 1910 parmi un large éventail de dates marquantes !

Une exposition superbement agencée, brûlante et ardente comme les chaleurs de l’été ! Quand le musée voit rouge, quand le tableau devient ainsi œuvre vivante et page d’histoire poignante, du beau travail, de la belle ouvrage : aussi ludique que pédagogique, aussi plaisant qu’émouvant, un regard toujours d’actualité en ces temps mouvementés. Yonnel Liégeois

À savoir :

« Les villes ardentes. Art, travail, Révolte. 1870 – 1914 » : jusqu’au 22/11/20. Fermé le lundi, ouvert en semaine de 9h30 à 12h30 et de 13h30 à 18h, le week-end de 11h à 18h. À consulter, sur le site du musée, les originales et succulentes « chroniques ardentes » : musiciens, comédiens, écrivains, plasticiens ont choisi une œuvre et la mettent en regard d’un texte littéraire, d’une partition musicale, d’une création plastique… À feuilleter le magnifique catalogue coédité par le musée et les éditions Snoeck  (200 p., 25€), avec une étonnante huile sur toile de Paul Louis Delance en couverture, Grève à Saint-Ouen (1908), mêlant procession religieuse et défilé révolutionnaire.

Une balade au temps d’avant que le visiteur prolongera, non sans plaisir, à l’écoute des « Cris dans la ville, Paris et Bologne », l’exposition organisée conjointement : « une centaine d’estampes issues de la collection du musée montrant les petits métiers de la rue, métiers de service et de commerce peu qualifiés mais qui paradoxalement constituent une réelle source d’inspiration pour les graveurs du XVIsiècle jusqu’à l’ère industrielle ». Des artisans et marchands ambulants de la ville de Bologne aux dessins du petit peuple parisien d’Edme Bouchardon gravés par le comte de Caylus.

Dans le cadre du festival Normandie impressionniste 2020, parmi une multitude de propositions au label « La couleur au jour le jour » (à Dieppe, Fécamp, Honfleur…), deux autres expositions à visiter : Les nuits électriques au MuMa du Havre, François Depeaux-L’homme aux 600 tableaux au Musée des Beaux-Arts de Rouen. Sans oublier de faire halte au Musée des impressionnismes à Giverny !

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Une Ruche plus que centenaire

Fernand Léger, Soutine, Chagall, Modigliani… Créée en 1902 par le sculpteur Alfred Boucher, La Ruche abrita une foule d’artistes de renom. Elle en héberge encore une cinquantaine. Un site incroyable, et inattendu, à visiter sur demande.

 

La Ruche voit le jour passage de Dantzig dans le 15e arrondissement de Paris en 1902, grâce au sculpteur Alfred Boucher (1850-1934), alors en pleine gloire. Quand il acquiert un terrain de 5000 m2 près des abattoirs de Vaugirard, il se réserve un petit pavillon et projette d’y installer des ateliers pour accueillir des artistes sans le sou. Couronné par le grand prix de sculpture de l’Exposition universelle de 1900, il va en racheter des éléments pour aménager son nouveau lieu : la grille d’entrée du Palais des Femmes, les cariatides du pavillon d’Indonésie et le pavillon des vins de Gironde conçu par Gustave Eiffel. L’heure est à l’utopie et des artistes du monde entier en profitent.

Lors de son inauguration en 1902, la Ruche compte plus d’une centaine d’ateliers et autant d’artistes, installés seuls ou en famille pour des loyers dérisoires. La Ruche, à l’image de Montparnasse, est en plein bouillonnement artistique où se côtoient sculpteurs, peintres, écrivains mais aussi comédiens. Un théâtre de 300 places, aujourd’hui disparu, est d’ailleurs installé dans le jardin central qui recevra Louis Jouvet, Marguerite Moreno ou Jacques Copeau. Pas mal d’artistes russes tels Soutine ou Chagall y trouvent refuge quand Max Jacob, Blaise Cendrars ou Guillaume Apollinaire y traînent leurs guêtres.

Une cité toujours sur pied

Après la Première Guerre mondiale, Alfred Boucher est moins en vogue et les finances ne suivent pas mais les artistes sont toujours là. À la fin des années soixante, alors que la Ruche n’est plus qu’un « bidonville englué dans un terrain boueux », les héritiers du sculpteur décident de la vendre à un promoteur immobilier qui veut y construire immeubles et parkings. Un comité de défense se met en place. Une vente des œuvres des artistes résidents est organisée et les époux Seydoux mettent la main à la poche pour sauver la cité. En 1972, les façades et les toitures du bâtiment sont inscrites aux monuments historiques et la Fondation La Ruche-Seydoux est reconnue d’utilité publique en 1985.

Aujourd’hui la Ruche, qui s’étend sur quelque 1000 m2, accueille toujours une cinquantaine d’artistes dont Ernest Pignon Ernest ou Philippe Lagautrière, qui occupe depuis plus de 25 ans l’atelier où séjourna Chagall. Amélie Meffre

La Ruche, 2 passage de Dantzig, 75015 Paris. Pour solliciter une éventuelle visite du lieu et de l’exposition Fragilités fermée au public en raison du contexte pandémique, adresser un courriel à : regis.rizzo@sfr.fr

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Michel Guyot, seigneur de Guédelon

Châtelain de Saint-Fargeau en Puisaye, initiateur du site médiéval de Guédelon, Michel Guyot n’est pourtant point duc de Bourgogne. Juste un homme passionné de vieilles pierres, surtout un étonnant bâtisseur de rêves qui construit des châteaux pour de vrai.

 

En cet après-midi ensoleillé, les portes du château s’ouvrent aux visiteurs. Quittant le banc installé en la somptueuse cour de Saint-Fargeau, l’homme se lève subitement pour sonner la cloche. Une vraie, une authentique pour rassembler la foule sous l’aimable autorité de la guide du moment… Le groupe de touristes s’en va remonter le temps, plus de 1000 ans d’histoire, dans des salles magnifiquement rénovées sous les vigilants auspices des Monuments Historiques. Le « patron » des lieux les suit d’un regard attendri. Michel Guyot est ainsi, seigneur en sa demeure : sonneur de cloches, collectionneur de vieilles locomotives à vapeur, metteur en scène de spectacles son et lumière, « murmureur » à l’oreille de ses chevaux, veilleur éclairé devant un tas de vielles pierres… À plus de soixante-dix piges, il garde ce visage de gamin toujours émerveillé d’avoir osé donner corps à ses rêves. Les pieds bien en terre, les yeux toujours fixés sur la ligne d’horizon. Du haut de son donjon, bien réel ou imaginaire…

Né à Bourges en 1947, Michel Guyot n’est pas peu fier de sa famille. Une lignée implantée dans le Berry depuis sept générations, un papa formé à la prestigieuse École Boulle, spécialisé dans la vente de meubles et la décoration. Un père et une mère bien accrochés à leur terre natale, qui transmettent aux six enfants le goût et l’amour du terroir, le goût et l’amour des chevaux à Michel et son frère Jacques. Dès cette date, l’achat d’une jument de concours aux seize ans du Michel, ces deux-là ne se quittent plus et batifolent de concert dans tous leurs projets et aventures, aboutis ou inachevés… Après cinq ans d’études aux Beaux-Arts de Bourges, le « Don Quichotte » du Berry organise d’abord des stages d’équitation dans les prestigieuses écuries du château de Valençay, encore plus obnubilé par sa passion : celle des châteaux, pas des moulins à vent !

En 1979, c’est le coup de foudre : Jacques et lui découvrent celui de Saint-Fargeau, décor d’une série télévisée. À la recherche déjà d’une « ruine » depuis de longs mois, ils n’hésitent pas : ce sera celle-là, pas une autre ! « On n’avait pas un sou, on était jeunes, ce ne fut pas facile de convaincre les banquiers à nous consentir les prêts indispensables. Notre seule ligne de crédit ? Nos convictions, notre passion communicative, nos projets fous mais pas éthérés ». Et les deux frangins réussissent l’impossible : pour un million de francs, les voilà propriétaires d’un château vide et délabré avec deux hectares de toitures à restaurer, pas vraiment une sinécure ni une vie de prince héritier ! Quatre décennies plus tard, le visiteur succombe d’émerveillement devant la splendeur de ce bijou architectural, ce mastodonte aussi finement ciselé et rénové : le château et son parc, la ferme et ses dépendances.

Chez les Guyot, outre poursuivre leur quête de châteaux à sauver et rénover, n’allez pas croire qu’un rêve chasse l’autre ! Freud ne les démentira pas, on nourrit surtout le suivant. Encore plus fou, plus démesuré, plus insensé : en construire un vrai de vrai, quelque chose de beau et de fort, un château fort donc, pour l’amoureux de l’histoire médiévale.

C’est ainsi que Guédelon voit le jour ! Un chantier ouvert en 1997, où se construit un authentique château fort comme au temps du roi Philippe Auguste, dans le respect des techniques du XIIIème siècle. Un chantier du bâtiment au silence impressionnant : seuls se font entendre le chant des oiseaux, le hennissement des chevaux, les coups de ciseau sur la pierre… Une leçon d’histoire à ciel ouvert pour écoliers et collégiens durant toute l’année, pour petits et grands durant l’été ! La spécificité de l’entreprise médiévale ? Ce sont les parchemins d’antan qui livrent les procédés de fabrication, rien n’est entrepris qui ne soit certifié par les archéologues, chercheurs et universitaires composant le comité scientifique… Fort du travail de la cinquantaine de compagnons et tailleurs de pierre, femmes et hommes à l’œuvre chaque jour, en l’an de grâce 2023 le château de Guédelon devrait enfin imposer sa puissance et sa majesté en Puisaye.

Le vœu de Michel Guyot, à l’intention de chacun ? « Oser aller au bout de ses rêves, petits ou grands ». Vivre ses passions, au risque de l’échec, au moins tenter pour ne pas nourrir de regrets. Yonnel Liégeois

 

Une page d’histoire à ciel ouvert

Plus grand site d’archéologie expérimentale au monde, la construction du château de Guédelon associe depuis 1997 le savoir-faire des artisans à l’expertise des historiens et archéologues, notamment ceux de l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives). Tailleur de pierre, forgeron, bûcheron, tisserand, potier, charpentier, cordelier, berger, boulanger et cuisinier : plus qu’un château fort en construction, c’est tout un village du Moyen Âge qui revit sur le site de Guédelon ! Où les maîtres oeuvriers du jour sont régulièrement conviés, par les visiteurs qui déambulent sur le chantier, à expliquer leurs gestes, commenter le pourquoi et comment de leurs tâches : une authentique leçon d’histoire à ciel ouvert ! En ces lieux, le geste artisanal se conjugue avec connaissance et rigueur scientifiques, lecture des textes anciens et respect des techniques ancestrales. Nul besoin d’éteindre son smartphone, les liaisons ne passent point en ce lopin de terre de Puisaye ! Logique, en ce XIIIème siècle florissant petit vassal de Philippe Auguste d’abord, fidèle ensuite à Blanche de Castille qui assure la régence de son jeune fils Louis IX (le futur Saint Louis), le seigneur de Guédelon a décidé d’ériger sa demeure. Pour asseoir son autorité sur cette parcelle de Bourgogne, se protéger de rivaux souvent belliqueux et conquérants. Un château sans grand faste, plutôt austère, avec ses tours de guet, sa chapelle et les dépendances… Un site historique, un lieu unique : alors que le chantier de Notre-Dame de Paris interroge les problématiques de conservation du patrimoine, l’archéologie expérimentale de Guédelon se révèle d’autant plus précieuse !

 

À visiter : le site de Guédelon est ouvert jusqu’au 01/11/20. Jusqu’au samedi 31 août : de 9h30 à 18h30 tous les jours. Du 01/09 au 01/11 : de 10h à 17h30 (18h, les samedis de septembre), fermé tous les mardis et mercredis de septembre au 16/10, fermé tous les mercredis du 17/10 au 01/11. Dernier accès : 1 heure avant la fermeture du chantier. Le château de Saint-Fargeau, avec son spectacle Son et Lumière en soirée, « 1000 ans d’histoire ».

À lire : « J’ai rêvé d’un château », par Michel Guyot (Éditions JC Lattès). « La construction d’un château fort », par Maryline Martin et Florian Renucci (Éditions Ouest-France). « L’authentique cuisine du Moyen Âge », par Françoise de Montmollin (Éditions Ouest-France).

À regarder : « Guédelon, la renaissance d’un château médiéval » et « Guédelon 2 : une aventure médiévale».

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Vitez, un Soulier à son pied !

Antoine Vitez s’est éteint le 30 avril 1990 à l’âge de 59 ans. Cela fait trente ans et trois mois. En ce mois de juillet, l’Ina lance la réédition du DVD qui restitue sa mise en scène du Soulier de satin de Paul Claudel. Un spectacle-monde éblouissant.

 

Ce que nous vivons ces jours-ci ne nous fait pas oublier que le temps n’est pas un, mais plusieurs. Nous le vivons contradictoire et éclaté. Pour ceux qui ont connu Antoine Vitez, il est donc loisible de revoir l’artiste, l’homme et le citoyen tel qu’il fut, de le remémorer dans la levée d’images du souvenir : son théâtre, sa pensée née d’une intelligence si vive, ses sentences devenues proverbiales (« Un théâtre élitaire pour tous », « On peut faire théâtre de tout… ») . Entre le 12 et le 16 juillet, devaient avoir lieu, à la Maison Jean-Vilar d’Avignon, deux journées à lui consacrées, tandis que le 7 aurait déjà vu là-bas, sous l’égide de l’Institut national de l’audiovisuel (INA), le lancement du DVD tant attendu qui restitue sa mise en scène du Soulier de satin, de Paul Claudel, sans conteste un spectacle-monde éblouissant, à l’échelle du génie pléthorique du poète. L’INA a maintenu néanmoins la sortie du DVD, sans toutefois l’inauguration officielle.

Il est prévu que plus tard, au gré d’un mieux envisageable des circonstances sanitaires, une plus grande visibilité médiatique soit rendue possible pour la promotion de ce film, qui permettra à d’autres générations d’en être émues à leur tour. Ces informations émanent de la Société des amis d’Antoine Vitez, qu’animent avec ferveur ses filles, Jeanne et Marie. Elles font également savoir que la traduction en langue russe de textes d’Antoine, regroupés sous le titre l’École, vient d’être achevée par Elena Naoumova. Elle doit être envoyée pour relecture au Gitis (Institut national des arts du théâtre), la grande école moscovite. L’Institut français de Russie soutient cette traduction et son édition. En France, nous disposons chez Gallimard d’un fort ouvrage (612 pages), Le théâtre des idées, constituant une anthologie d’écrits d’Antoine Vitez proposée par Danièle Sallenave et Georges Banu.

À l’heure où le théâtre dans son ensemble, qu’il soit public ou privé, du haut en bas de l’échelle, se trouve frustré du droit de cité, n’est-il pas juste de ranimer la flamme des maîtres ? Vitez en fut un, comme Jouvet et Vilar, à ce titre digne d’être lu, médité, dorloté dans la mémoire nationale de l’art dramatique, qu’il a dûment enrichi et rénové, au fil d’expériences joueuses et graves qui ont engendré une dynastie d’acteurs souplement aguerris, infiniment libres qui, à leur tour, essaiment. Jean-Pierre Léonardini

Un coffret d’anthologie

Le chef d’œuvre incontournable, les douze heures de la mise en scène historique du Soulier de satin de Paul Claudel. Pour la première fois, audacieux Vitez, la pièce était montée en intégrale : une nuit magique, Cour d’honneur du Palais des papes, en juillet 1987 ! Signée Yves-André Hubert, la captation fut réalisée au Théâtre national de Belgique en 1988. Une mise en scène lumineuse, une magistrale interprétation, des comédiens inoubliables : Ludmila Mikaël, Didier Sandre, Robin Renucci, Jean-Marie Winlig, Anne Benoît, Valérie Dréville… (Un coffret de quatre DVD, avec un livret de 36 pages. 39,95 €).

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Génolhac, la guerre des palettes

Dans les rues de Génolhac (30), charmant petit village cévenol de quelques huit cents âmes, l’humour n’est plus de mise depuis que certains habitants ont décoré leurs demeures d’originales palettes. Pas au goût de la nouvelle municipalité qui ordonne leur enlèvement… Un nouveau Clochemerle !

 

Dûment approuvé lors d’un conseil municipal tenu à huis-clos pour cause de confinement, l’arrêté est catégorique : propriétaires et locataires qui avaient trouvé bon de poser ces petits bouts de bois aux couleurs de leurs espoirs et de leurs imaginaires étaient priés de procéder à leur enlèvement avant le 1er juillet ! Sous peine d’amende… Une urgence absolue, semble-t-il, au regard du caractère pittoresque du village et du préjudice que pourraient causer ces modestes œuvres d’art. On pense aussitôt à  ce roman satirique devenu un classique de la littérature, le fameux  Clochemerle publié en 1934 sous la plume de Gabriel Chevalier, où une pissotière déchaînait les passions. Cela prêterait donc à rire.

Palette, ô ma palette !

La diligence mise à « régler le compte » de ces innocentes palettes étonne et inquiète. En effet, le petit village cévenol, sis au pied du mont Lozère, n’est pas épargné par les difficultés que traverse la population française. Après deux mois de confinement sans pouvoir travailler, les plus précaires de nos concitoyens sont dans la galère. Certains peinent à retrouver un emploi. Une partie des commerçants a dû fermer boutique ce printemps, mais beaucoup de charges n’ont pas été suspendues et la reprise est lente. Selon les plus récentes études, la France devrait détruire environ un million d’emploi d’ici à 2021. Combien dans les Cévennes ? Le confinement a aussi aggravé l’isolement des personnes seules, nombreuses dans les villages. Subsistent de profondes séquelles, qui ne semblent pas avoir ému les nouveaux élus ni alimenté leurs premières réflexions.

Une « grande affaire », donc, que ces jardinières colorées et palettes poétiques ! Quels motifs ont présidé à la décision d’enlèvement de ces objets décoratifs ? Sur les réseaux sociaux, « l’affaire » a fait tache d’huile, un élu s’est donc fendu d’une réponse. Il avance la sécurité, en voie publique, pour les jardinières suspendues (l’arrêté qui demande l’enlèvement fait exception des jardinières et des pots de fleurs). Il évoque ensuite le projet de classement du village à caractère médiéval que ces objets risquent de contrecarrer aux yeux des autorités. À la lecture, l’arrêté avance aussi d’autres considérants. Dont « l’effet sur le voisinage, les sites, les paysages », « les modifications de façades soumises à autorisation » … Une précision d’abord, le village n’est pas classé et il ne risque guère de le devenir, car il ne dispose point de monument foncièrement remarquable. Quant au Plan local d’urbanisme (PLU), il recommande simplement de veiller à respecter « l’harmonie » du lieu. Pas harmonieuses, les jardinières ? Qui décide de l’harmonie ? Enfin, l’arrêté fait mention « des modifications de façades soumises à autorisation » : les jardinières n’en font pas partie, à notre connaissance (ce serait nouveau).

Un arrêté contesté.

Les propriétaires et locataires concernés ont donc décidé de contester l’arrêté. Leur recours gracieux auprès du maire est resté sans réponse officielle ; une contestation hiérarchique a été adressée au Préfet du Gard… Comme le temps pressait et que la date butoir approchait, les citoyens ont procédé à leur enlèvement, mardi 30 juin.  La mort dans l’âme. Sous les regards étonnés des villageois et des visiteurs. L’occasion pour Pierre Buchberger, par qui la première palette est arrivée, d’expliquer la démarche. Cet ancien agriculteur bio, un précurseur en la matière dans les Cévennes, a pris sa retraite à Génolhac après avoir cédé l’exploitation à son fils. Depuis, il multiplie ses engagements en faveur de la permaculture, des circuits courts, du recyclage en tout genre… Les palettes entraient dans ce cadre : des jardinières recyclées constituant un refuge à la flore locale. « Ce sont les habitants qui ont choisi les maximes humoristiques, poétiques ou philosophiques qui les ont ornées. Parfois avec leurs enfants, ce qui a donné lieu à des moments de création et de pédagogie en famille : On n’arrête pas un peuple qui danse ; nous sommes les petites filles des sorcières que vous n’avez pas brûlées ; Pour éduquer un enfant, il faut tout un village… Même le sous-préfet, en visite dans notre village, avait apprécié à titre personnel ces petites manifestations d’inventivité populaire et avait souhaité qu’on lui en confectionne une portant une phrase de Saint-Exupéry ».

Indignée, Talie, une habitante de la Grand’rue, a décidé d’apposer le panneau « À vendre » sur sa façade à la place de la palette fleurie où s’inscrivait « Soyez réalistes, demandez l’impossible ». « C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Je vais quitter ce village où je vis depuis plus de quarante ans », confie-t-elle. « Le petit souffle de vie qui semblait souffler sur Génolhac depuis quelques années, grâce à des initiatives solidaires, artistiques… risque fort d’être étouffé ». Depuis des années, Talie anime une friperie, lieu d’échange et de rencontre très prisé des habitants comme des touristes.

Lui aussi choqué par l’arrêté du maire, Hervé Valat de Chapelin, ami des arts et de la culture, a ouvert sa propriété au cœur du village pour qu’on y dépose, visibles depuis la rue, les palettes proscrites. Un autre artiste, Olivier Calderon, propose d’y organiser une initiative marquante où plasticiens et citoyens viendraient réaliser des œuvres à partir de palettes : il ne reste plus qu’à décider d’une date !

Pourquoi tant de haine ?

Parmi les habitants, l’incompréhension domine. Pourquoi cet acharnement ? Apparemment, il ne date pas d’hier. D’aucuns se souviennent que les élus du précédent conseil municipal avaient reçu d’un ancien collègue, l’actuel maire aujourd’hui, un courriel accusateur. C’était l’an dernier. Le message se félicitait de plantations réalisées en pied de façade. Mais il raillait aussitôt « une nouvelle variété » de plantes qui venait d’éclore : « le palettier ». « Je ne connaissais pas cette plante mais on en voit de plus en plus sur les façades. Quelle est cette espèce colorée sans goût, avec des expressions ineptes autant les unes que les autres ? Que dire (…) de cette plante peinte aux couleurs de la Roumanie, avec les inscriptions Liberté-Égalité-Fraternité », ironisait-il… Le courriel concluait : « Je pense, Mesdames et Messieurs les élus, qu’il faudrait réagir et ne pas laisser faire n’importe quoi, avant d’être la risée de l’arrondissement ».

On comprend mieux pourquoi le dialogue, toujours préférable aux oukases d’où qu’ils viennent, soit aujourd’hui dans l’impasse. Quel avenir pour la démocratie locale ? Décidément, à Génolhac comme ailleurs, le monde d’après ne s’annonce pas mieux que celui d’avant : quand le pire s’améliore, il empire encore… Mieux vaut en rire, n’est-ce pas, monsieur le Maire ! Marie-Claire Lamoure

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Culture, le flou d’un plan de relance

Vague et sans ambition pour l’avenir, le « plan culture » d’Emmanuel Macron inquiète autant les intermittents du spectacle que le silence qui l’a précédé. Comme d’autres salariés et privés d’emploi, ils refusent d’être précarisés. État des lieux

 

Qu’auraient été nos jours confinés en l’absence des artistes ? Sans l’Orchestre de Radio France « à la maison », le ballet des danseurs de l’Opéra de Paris en visioconférence ou bien encore les très virales Goguettes… Et sans France.tv qui a renoué pour l’occasion avec la culture : documentaires, théâtre, cinéma… Las ! Pendant tout ce temps, les tournages étaient à l’arrêt, les salles de répétition et de spectacle fermées, les festivals annulés, des projets abandonnés… En raison du risque sanitaire, le spectacle fut l’un des premiers secteurs mis à l’arrêt, il comptera parmi les derniers à retrouver des conditions d’activité normales. D’où l’inquiétude à propos de la reprise puisque – et c’est une lapalissade –, afin de créer, tout artiste doit pouvoir vivre.

Depuis que les salles furent contraintes de fermer leurs portes début mars, les syndicats, en particulier la CGT spectacle, n’ont cessé d’alerter sur la situation précaire des auteurs et des intermittents, des techniciens et des artistes. Outre la tenue régulière de manifestations, ils ont contribué à la signature d’une pétition par plus de 200 000 personnes, ils ont participé à l’écriture de « propositions pour la continuité des droits à l’assurance-chômage des artistes et techniciens intermittents du spectacle ». Celles-ci ont été transmises à l’Élysée, faute de réponse du ministère de la Culture. Ajoutant leurs voix à celle de la CGT, des collectifs ont été créés, des tribunes publiées, la colère du comédien Samuel Churin – une figure historique de la lutte des intermittents – diffusée sur YouTube… Mais, tel qu’en lui-même, Emmanuel Macron, président de la République, ne sortira du bois que lorsque les stars s’en mêleront.

Droits sociaux incertains pour la reprise

« Aux artistes qui se sont exprimés, je veux dire que je les entends. L’État continuera de les accompagner, protégera les plus fragiles, soutiendra la création», twitte le chef de l’État le 2 mai suite à la tribune publiée dans Le Monde signée par près de trois cents personnalités : Jeanne Balibar et Catherine Deneuve, Jean Dujardin et Omar Sy… : « Comment feront les intermittents pour pouvoir continuer à acheter à manger après la prolongation [de la durée des droits à l’allocation chômage jusqu’au 30 juin 2020, ndlr] qui a été décidée ? Comment feront les auteurs qui ne bénéficient même pas de ce système ? » Dédaignant une fois de plus la place des syndicats, Emmanuel Macron s’entretient le 6 mai avec douze artistes avant de dévoiler son « plan pour la culture ». Il annonce que les droits des intermittents du spectacle seront « prolongés d’une année » au-delà des six mois où leur activité aura été « impossible ou très dégradée », soit jusqu’à fin août 2021.

Ce qui introduit incertitudes et oublis : vu le contexte, peu d’intermittents parviendront à travailler les 507 heures requises sur douze mois pour obtenir l’assurance-chômage (ARE). D’où la revendication CGT d’un report d’un an de toutes les dates anniversaires qui interviendraient avant la date butoir du 31 août 2021. Par exemple, quelqu’un qui a ses droits à l’assurance-chômage ouverts jusqu’en janvier 2021 pourrait les voir prolonger jusqu’en janvier 2022. Si le projet de texte élaboré début juin par le gouvernement semble répondre à cette demande, il oublie encore du monde : les femmes de retour de congé maternité, les nouveaux entrants dans le régime de l’intermittence, ceux qui sont en rupture de droits… « Je redoute qu’il ne leur soit proposé qu’une indemnité forfaitaire de 1000 euros », s’inquiète Denis Gravouil, le secrétaire général de la CGT Spectacle, « c’est le cas pour les auteurs, une aumône ! ».

Du chômage et des luttes

Dès le mois de mars, le syndicat a bataillé pour que les intermittents bénéficient de l’activité partielle comme leurs collègues permanents. De grandes entreprises privées, tel Disney, ont ainsi fini par s’y résoudre quand, en dépit de la demande du gouvernement, des institutions subventionnées comme l’Opéra de Bordeaux ont refusé. « De toute façon, même si on obtient des avancées sur l’assurance-chômage pour les intermittents », précise le syndicaliste, « dans les métiers de la culture, des tas de gens ne sont pas à ce régime ». Ce sont les CDD et ils n’ont pas eu droit à l’activité partielle. « Nous mènerons des luttes pour que tous ceux qui devaient bosser sur les festivals en bénéficient », prévient-il.

La mise à l’arrêt du spectacle impacte aussi les activités connexes. « Comment feront tous ceux dont l’emploi est, comme le nôtre, discontinu : travailleurs engagés en extra (restauration, hôtellerie, nettoyage, commerce), tous les secteurs d’activité qui se déploient autour des événements culturels ? », interrogeait aussi la tribune des personnalités. En cas de maintien de la « réforme » de l’assurance-chômage, le durcissement des règles d’indemnisation les mènera au RSA. Alors, en amont des discussions avec le ministère du Travail, la CGT « fait monter la pression ». Fédérations du commerce et du spectacle, union des syndicats de l’intérim, comité des privés d’emploi et précaires, à l’instar de divers collectifs, dont celui des saisonniers CGT, ont multiplié les initiatives, telle la pétition pour l’abandon de la réforme ou l’organisation de manifestations inopinées…

Relance… Quelle relance ?

Les intermittents du spectacle sont au croisement de deux sujets, l’assurance-chômage avec leur régime spécifique et la culture puisqu’ils la font vivre au quotidien. Selon le site du ministère, le secteur contribue pour 2,2% au PIB du pays. Pourtant, bien que celui-ci soit probablement sinistré pour longtemps, les annonces présidentielles concernant sa relance se révèlent pingres, vagues et sans ambitions. Les intermittents sont ainsi incités à mener des actions dans les écoles. « Une tartufferie ! », s’agace Denis Gravouil. « Les artistes et techniciens le font déjà, une augmentation de leurs interventions ne fera pas la maille en volume d’emplois ». Autre chose serait une politique sur le long terme visant à développer l’éducation artistique et culturelle avec des enseignants spécialisés.

Le cinéma va bénéficier d’un fonds d’indemnisation temporaire pour les séries et tournages annulés, le nouveau Centre national de la musique d’une dotation de 50 millions d’euros. Un grand programme de commandes publiques est aussi prévu pour les plasticiens, le spectacle vivant, les métiers d’art… sans précision quant à l’enveloppe allouée. « Du saupoudrage quand il faudrait des milliards, un budget triennal et une loi de programmation pour relancer le secteur », juge le syndicaliste. La crise sanitaire pourrait accentuer en effet le phénomène de concentration qui, depuis une dizaine d’années, mine la diversité du tissu culturel et l’emploi (Fimalac pour les Zénith, Live Nation pour la production de festivals, de concerts ou d’artistes…) en raison de l’amoindrissement des politiques publiques.

Autre point important : la mise à contribution des Google, Amazon et autres Netflix. « La transposition de la directive européenne sur les droits d’auteur s’impose comme une priorité », souligne Denis Gravouil. Ce serait une première avancée concrète : de la valeur créée par la diffusion des œuvres sur Internet, la directive en prévoit le partage avec les auteurs et les artistes. Christine Morel

Roselyne Bachelot, rue de Valois

La main sur le cœur, Roselyne Bachelot l’avait promis et juré sur toutes les ondes et les écrans : la politique, plus jamais ! La native de Nevers, ancienne ministre de la santé de Nicolas Sarkosy et fringante égérie des Grosses têtes, prend donc la direction de la « maudite » rue de Valois, comme la qualifie le quotidien Le Monde : depuis 1995, la douzième locataire du ministère de la Culture !

À l’annonce de sa nomination, la férue d’opéra et coqueluche des média confie qu’elle sera « la ministre des artistes et des territoires ». Une déclaration qui réjouira le chef du gouvernement, ajoutant vouloir « approfondir les liens avec les élus locaux, les acteurs économiques » et « décloisonner le public et le privé ». Des propos qui ont plu à Jean-Marc Dumontet, l’influent producteur et ami des époux Macron, propriétaire de six théâtres à Paris et en province ! « Le théâtre est une nourriture aussi indispensable que le pain et le vin… », déclarait Jean Vilar quelques décennies plus tôt, « le théâtre est donc, au premier chef, un service public, tout comme le gaz, l’eau, l’électricité ». Yonnel Liégeois

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Avignon 2020, le trou noir

En ce 3 juillet, Avignon ne lèvera pas le rideau sur la 74ème édition du festival ! Le cœur du spectacle vivant, auquel Jean Vilar donna en 1947 un élan vital avec un bel idéalisme, demeurera inerte cette année à cause du virus. Qu’en sera-t-il dans l’avenir, en un  temps où le théâtre de service public, tout comme la culture dans son ensemble, ont de plus en plus la part maudite ?

 

Le doute n’est plus permis. Le « monde d’après » sera celui d’avant en plus moche, quand bien même le fléau semble battre en retraite sous nos climats. Quand le pire s’améliore, c’est qu’il empire encore. Les symptômes abondent d’un retour à la « normale » sous les auspices d’une politique néo-libérale revancharde, résolue à ne rien concéder dans l’ordre d’un progrès social ardemment souhaité par ceux qui souffrent le plus. Licenciements sous le prétexte de la relance économique, allongement de la durée de travail, réduction des salaires, plans sociaux gratinés, suppression de postes d’apprentissage, surveillance généralisée au motif de veiller sur la santé publique, passablement bafouée par les atermoiements – confinant par instants à la bouffonnerie lugubre – d’un gouvernement affolé qui ne sait où donner de la tête. Un semblant de vie réapparu (gestes barrières et masques toujours de rigueur), l’urgence consiste, pour le MEDEF, à moudre l’individu de plus en plus fin pour en tirer le maximum de profits. On se rappelle une sentence d’Ambroise Croizat (1901-1951), secrétaire général de la fédération des travailleurs de la métallurgie CGT, député communiste puis ministre du Travail de novembre 1945 à mai 1947, à ce titre cheville ouvrière de la création de la sécurité sociale. Ne disait-il pas : « Ne parlez pas d’acquis sociaux, mais de « conquis » sociaux, car le patronat ne désarme jamais » ?

L’enlaidissement du monde ne va-t-il pas bon train ?

Il est bien des aspects surprenants (même si l’on s’habitue à tout) à la situation bizarre où nous sommes, surtout si l’on garde un soupçon d’état d’esprit internationaliste, à l’heure des nations repliées sur elles-mêmes. L’enlaidissement du monde ne va-t-il pas bon train, sous la férule de dirigeants d’une vulgarité crasse aux pratiques de malfrats, Trump et Bolsonaro, entre autres, qu’il faut bien nommer dans un haut-le-cœur ? Les plages se repeuplent sous conditions, l’apéro et le bœuf bourguignon retrouvent droit de cité en gardant leurs distances, le bâtiment va un peu mieux, les coiffeurs recoupent les cheveux en quatre, les bagnoles neuves rouillent sur les parkings des constructeurs mais ça va rouler, bref la sacro-sainte consommation reprend cahin-caha. S’il est un domaine auquel échoit toujours la part maudite, c’est bien celui du « spectacle vivant ».

Les chaînes d’information en continu, si fertiles en débats oiseux, ne traitent jamais du désastre qui frappe le théâtre public, dont aucun représentant digne de ce nom n’est cité à comparaître. Tout se passe, sur le petit écran, comme si le théâtre en France n’avait d’existence réelle que dans le champ restreint de la propriété privée. C’est à ce titre qu’on a pu entendre et voir M. Jean-Marc Dumontet, proche déclaré du président Macron, chef d’entreprise et producteur de spectacles (il possède le Théâtre Antoine, le Théâtre Libre, le Point-Virgule, le Grand Point-Virgule, Bobino et le Sentier des Halles), afficher ses réflexions et doléances. Et l’on ne peut guère attendre de M. Franck Riester, président du parti Agir dont il est membre fondateur après son exclusion des Républicains, vendeur de voitures héréditaire à Coulommiers, sacré ministre de la Culture transparent, qu’il affirme haut et fort ne fût-ce qu’un zeste de compassion sur l’actuelle hécatombe subie par la politique culturelle nationale, laquelle est le fruit d’une longue histoire contrastée impliquant l’État au fil du temps.

Sans remonter jusqu’au Roi Soleil et à l’Empire (c’est à Moscou, du haut de son cheval, que Napoléon dicta le statut de la Comédie-Française) puis au rôle des républiques successives, on se suffira d’en revenir à l’immédiate après-guerre, dans le droit fil des préconisations du Conseil national de la Résistance. En septembre 1951, sur proposition de Mme Jeanne Laurent (1902-1989), sous-directrice des Arts et Lettres, chartiste, qui fut résistante auprès de Germaine Tillion, Jean Vilar (1912-1971) est nommé à la tête du Théâtre national de Chaillot, qu’il dirigera jusqu’en 1963. En 1947, sous le parrainage du poète René Char et du critique d’art Christian Zervos, avec l’accord du Dr Pons, maire communiste d’Avignon, il y crée une « Semaine d’art », antichambre de ce qui deviendra le plus grand festival de théâtre in the world quant à l’exigence artistique. Débuts spartiates : les spectateurs du cru apportent les sièges, le général commandant le Génie prête ses hommes pour l’édification de gradins dans la cour d’honneur du Palais des papes. Délices des commencements idéalistes.

Avignon et festivals d’été, out !

Cette année, la 74ème édition du Festival d’Avignon, comme la totalité des festivals d’été à l’échelle du pays, a dû être annulée en raison de l’état d’urgence sanitaire lié à l’épidémie de covid-19. Il y aurait bien, retour forcé aux sources, une « semaine d’art » envisagée à l’automne. Olivier Py, acteur, auteur, metteur en scène, qui dirige le festival depuis 2013, parle de « déchirement ». C’est en effet un véritable crève-cœur de saisir que des mois de travail, de conception et d’élaboration d’actes artistiques sont ainsi brutalement annihilés. Cela touche aussi bien les équipes officiellement programmées dans le In que les compagnies, de plus en plus nombreuses, qui avaient prévu de se proposer dans le Off. La déception artistique va de pair avec d’incalculables dommages sociaux et économiques. Quantité de petites et moyennes structures ne pourront survivre. Quant à la ville d’Avignon, dont le festival constitue de longue date le poumon financier, elle va cruellement manquer d’air.

Faut-il rappeler l’importance symbolique du Festival d’Avignon ? En trois quarts de siècle, que ce soit sous la conduite de Paul Puaux, d’Alain Crombecque, de Bernard Faivre d’Arcier, de Vincent Baudriller, d’Hortense Archambault ou d’Olivier Py, Avignon est demeuré le socle vivant d’un « théâtre d’art » susceptible de prêter le flanc à débats, controverses et polémiques, qui sont le lot bénéfique d’une institution démocratique des goûts mis en contradiction. Et que d’œuvres mémorables on doit à cette manifestation née de la vocation affirmée du « théâtre populaire », notion elle-même, dès l’aube vilarienne, sujette à d’interminables discussions ! Quelques noms d’artistes glorieux suffisent, au passage, à ce prodigieux palmarès : de Tadeusz Kantor à Roméo Castellucci, d’Antoine Vitez  à Peter Brook, de Robert Wilson à Pina Bausch, de Maurice Béjart à Iouri Lioubimov, de Frank Castorf à Christoph Marthaler, d’Ariane Mnouchkine et Patrice Chéreau au Living Theatre de Julian Beck et Judith Malina, sans omettre l’immense légion des comédiens et danseurs, célèbres ou pas, et la multitude des talents spécifiques d’artisans et techniciens incorporés, au fil des ans, dans cette si importante confrontation estivale que Vilar, pensant à la Grèce, voulut installer au cœur de la Provence, en une cité puissamment frottée par l’Histoire.

En France, le secteur culturel (expression consacrée), cela signifie au bas mot 700 000 emplois, dont 500 000 salariés. Le coronavirus va y faire de sacrés dégâts, tout en révélant crûment la maltraitance endémique à laquelle il est depuis beau temps soumis. C’est la première fois, depuis son origine, que le Festival d’Avignon n’aura pas lieu. En 2003, quand Bernard Faivre d’Arcier fut contraint à l’annulation par l’impétueux mouvement de rébellion dit des intermittents, lequel révélait déjà un malaise criant dans l’espace d’un « spectacle vivant » massivement sous-prolétarisé, Avignon devint du moins le théâtre d’une lutte exemplaire aux acteurs résolus. Cette fois, c’est le vide, un trou noir béant, le silence abyssal de l’absence. Le besoin et le désir de théâtre – fût-ce, par défaut, pour ceux qui le méconnaissent – sont sans doute, même inconsciemment, aussi ardents que chez les supporteurs privés de football. Pasolini ne disait-il pas que « le théâtre est une forme de lutte contre la culture de masse » ?

Quand il s’agit d’« un projet à la fois poétique et politique »

Faisons un rêve. Et si la suspension obligée du festival, et au-delà la défection provisoire du « théâtre d’art », pouvaient amener à un véritable aggiornamento de sa sphère d’influence ? Jean-Marc Adolphe s’y emploie. Journaliste, conseiller artistique, il a dirigé pendant vingt ans l’importante revue Mouvement (arts & politiques), laquelle permit la découverte de maints artistes, tout en publiant de solides dossiers sur les politiques culturelles. Il a œuvré, depuis un demi-siècle, en qualité de conseiller et directeur de nombreuses manifestations internationales et a créé et animé des événements « atypiques ». Il se définit comme « penseur d’horizons ». Candidat à la direction du Festival d’Avignon, il entend lui « redonner une âme qu’il a perdue », avec un projet « à la fois poétique et politique ». Le festival étant actuellement subventionné (État, région, département, ville) à hauteur de 8 millions d’euros, il prône une forme de décroissance, en proposant que cela passe à 5 millions. Les 3 millions ainsi « économisés » seraient répartis en faveur du soutien aux initiatives d’éducation artistique et d’action sociale et culturelle dans les quartiers de la ville et sur l’ensemble du territoire du Vaucluse. La rémunération du personnel permanent (y compris à la direction) ne devrait pas excéder les barèmes de la convention collective. Les charges du personnel permanent (à présent 6 millions d’euros sur un budget de 10) seraient réduites. Le prix des places, durant le festival, n’excéderait pas 15 euros (5 pour les tarifs réduits). Certains événements seraient gratuits. Les Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation actives (CEMEA) seraient associés à la direction. Après une consultation citoyenne, les dates pourraient être modifiées, en les étendant jusqu’en août, ce qui permettrait aux spectacles et aux équipes d’être davantage installés dans la durée.

Un tiers de la masse salariale permanente serait consacré à des écrivains, poètes, artistes. Il y aurait des « artistes en présence », œuvrant toute l’année à l’élaboration du festival, avec pour priorité des projets participatifs. Les principaux lieux du festival seraient confiés à des artistes qui pourraient, d’un à six mois selon les cas, les « occuper » à leur guise avant et pendant le festival (spectacles, répétitions ouvertes, invitation à d’autres artistes, lectures, projections, débats, etc.). La Fabrica, lieu de résidence du festival, serait transformée en « maison des quartiers ». Des projets émanant de ces quartiers pourraient être repris dans le festival. Les théâtres permanents de la ville seraient mobilisés, hors festival, pour accueillir des résidences de création. Une charte de bonnes pratiques communes serait proposée au festival Off. Une convention serait passée avec l’Université d’Avignon, autour des missions qui lui sont propres : culture, patrimoines et sociétés numériques, agroalimentaire et sciences. Jean-Marc Adolphe précise, qu’à ses yeux, « si le Festival d’Avignon est principalement « de théâtre », il doit inclure toute la diversité du « spectacle vivant » : danse contemporaine, arts de la piste, marionnettes, arts de la rue, mais aussi constituer une chambre d’écho pour la poésie vivante et la littérature et une agora ouverte aux philosophes, aux chercheurs et aux scientifiques ». Des coopérations internationales seraient organisées avec l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine. De surcroît, devrait être repris et mené à son terme, le projet, tel qu’élaboré en son temps par Alain Crombecque, d’une Cité du théâtre, soit un centre pérenne de ressources, de production et de diffusion de la mémoire du spectacle.

Ces propositions émanent d’un outsider convaincu, visiblement porteur d’une pensée utopique active. Outre ces quelques pistes essentielles que nous signalons ici, elles méritent manifestement d’être prises en compte, discutées et commentées. Jean-Pierre Léonardini

Trois citations fameuses de Jean Vilar :

– « Le théâtre est une nourriture aussi indispensable que le pain et le vin… Le théâtre est donc, au premier chef, un service public, tout comme le gaz, l’eau, l’électricité ».

– « Il s’agit de faire une bonne société, après quoi nous ferons peut-être du bon théâtre ».

– « La culture, ce n’est pas ce qui reste quand on a tout oublié, mais au contraire, ce qui reste à connaître quand on ne vous a rien enseigné ».

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La culture, avant… et après ?

Salles de concert et cinémas, musées et théâtres : à compter du 22 juin,tout est « déconfiné » désormais ! Une décision plus virtuelle que réelle, pourtant, en raison des consignes sanitaires et d’une fin de saison artistique… Tandis qu’au tableau s’affichent les chiffres clés de l’économie culturelle, artistes et professionnels s’interrogent : quid de la culture, demain ?

 

Des chiffres, pas des lettres…

– Selon l’étude de France créative et EY en date de novembre 2019, l’ensemble du secteur pèse 91,4Mds€ de revenus totaux. Sa valeur ajoutée (47,5 Mds€ en 2017) équivaut à 2,3% du PIB. Un poids comparable à celui de l’industrie agro-alimentaire et 1,9 fois plus important que celui de l’industrie automobile.

– 1,3 million de personnes ont exercé en 2018 une activité, directe ou indirecte, principale ou ponctuelle, dans un secteur culturel ou créatif. La moitié seulement (635 700 personnes) en ont retiré leur revenu principal.

– La part de professionnels de moins de 30 ans est plus élevée que la moyenne de la population active (22,6% contre 18,8% en 2018). Elle est aussi devenue plus féminine et plus représentative de la diversité française : 43% de femmes en 2015, contre 30% en 1991.

– Le territoire français est maillé par des infrastructures culturelles essentielles à la vie des territoires : en 2016, 1450 communes bénéficiaient d’une salle de spectacle ou d’un festival, 850 accueillaient un musée. Le spectacle vivant, les musées ou le patrimoine irriguent une très grande variété d’activités économiques locales, en particulier dans le champ du tourisme.

… la crise, pendant et après

Outre sa richesse inestimable pour l’humain et le citoyen, le secteur culturel est un atout majeur dans le développement économique d’une nation. D’où le malaise croissant devant le silence assourdissant du ministère de la Culture à l’heure de la crise du coronavirus… Rompu le 30 avril par l’appel d’artistes et professionnels au Président de la République. Suivi, le 6 mai, de l’intervention télévisée d’Emmanuel Macron qui annonce une « année blanche » dans le cadre des droits des intermittents du spectacle.

Depuis, les commentaires abondent : « Le secteur de la culture prudent après les annonces d’Emmanuel Macron », titre le quotidien Le Monde. « Discours de Macron pour la culture : aide-toi et l’État t’aidera ! », écrit Télérama. Sans omettre les réactions des artistes : Ariane Mnouchkine (« Je ressens de la colère devant la médiocrité, les mensonges et l’arrogance de nos dirigeants »), Stanislas Nordey (« Je n’attendais pas le New Deal »), Jean-Michel Ribes (« Mr le Président, donnez-nous des rames, nous nous chargerons d’affronter la tempête »).

La culture, demain ?

Festivals d’été annulés, salles de spectacle et de concert toujours fermées pour cause de mesures sanitaires strictes… Alors que le « déconfinement » total est programmé en ce 22 juin, doutes et peurs, questions et incertitudes taraudent artistes et professionnels du secteur : quid de la culture, demain ? De la MC93 de Bobigny au T2G de Gennevilliers, du Théâtre du Nord à la Comédie de St Etienne, qu’ils soient soutiers du spectacle vivant ou directeurs de structures labellisées, tous le reconnaissent. À demi-mots ou à découvert : le malaise autant que le mal-être, voire la colère, sont profonds entre gouvernants et intermittents. Et l’allocution d’Emmanuel Macron, en date du 14 juin, n’a fait que creuser le fossé : des milliards pour l’industrie de l’automobile, aucune mesure concrète pour la culture, le mot prononcé seulement deux fois dans une banale énumération ! Le secteur de la culture n’échappe pas au questionnement généralisé : le monde d’après sera-t-il semblable ou différent, sinon pire, à celui d’avant ?

Personne n’est dupe, ce n’est point seulement affaire de masques et de jauge à respecter ! Jouer ou applaudir avec ou sans, instaurer ou non la distanciation physique, des critères importants mais pas déterminants… Comme en bien d’autres secteurs économiques, la crise du coronavirus met à nu la faillite d’une politique inaugurée il y a trois décennies : sans souffle ni moyens, sans utopie ni perspectives ! Le saupoudrage catégoriel ( la culture à l’hôpital, la culture à l’entreprise, la culture en milieu carcéral…), un Pass culture pour les jeunes et un tarif réduit pour le troisième âge n’ont jamais construit un projet culturel à haute teneur éducative et artistique ! Comme il semble loin le temps où l’on parlait d’exception culturelle, où l’on affirmait urbi et orbi que la culture n’est pas une marchandise comme les autres face aux prétentions de l’OMC…

Les chantiers ouverts par Jack Lang au temps de la Mittérrandie, les États généraux de la culture initiés en 1987 par Jack Ralite ? Des utopies bannies de l’imaginaire collectif au nom de l’immédiateté, de l’efficacité, de la rentabilité ! Déjà en 2018, plus de 200 personnalités du monde des arts et du spectacle s’interrogeaient : « nous ne sommes pas disposés à laisser les logiques marchandes et mercantiles envahir le monde de l’art et de la culture et prendre progressivement le pas sur le service public de la culture sans agir. Nous ne souhaitons pas laisser aux seuls gestionnaires le pouvoir de décider seuls de l’avenir de tous. Nous ne pouvons plus attendre, dans « l’attitude stérile du spectateur » selon Aimé Césaire, sans mot dire et sans agir, la fatale issue de notre silence. Il signe un péril majeur pour les arts et la culture, l’ensemble de ses professionnels et de ses publics ».

Outre les coupes budgétaires et la baisse des subventions, désormais l’État, comme bon nombre de collectivités territoriales, exigent de leurs « prestataires » culturels de se conformer aux règles de l’entreprise privée, de se plier aux aléas du mécénat, de privilégier expositions ou spectacles qui remplissent les caisses, d’accorder des loisirs aux masses à défaut de les ouvrir à d’inavoués désirs : la survie du parc du Puy du Fou vaut bien un Tartuffe ou une Flûte enchantée ! De la colère du monde du spectacle, fort de la complicité présidentielle, monsieur le vicomte Philippe-Marie-Jean-Joseph Le Jolis de Villiers de Saintignon se moque. De sa retraite ministérielle, Aurélie Filippetti s’époumone, « on ferme le Festival d’Avignon mais cet individu d’extrême droite pourra continuer à faire l’apologie de son révisionnisme historique » ! Une décision et des réactions à mourir de rire, illustration parfaite d’un profond vide de la pensée… À ce stade de la réflexion, au risque d’user encore de ce terme, Chantiers de culture s’autorise la publication, hilarante, du billet d’Ève Beauvallet, notre consœur du quotidien Libération :

Revenons un peu sur la « distanciation ». Pas sociale, mais brechtienne – cet effet d’étrangeté produit sur le spectateur, visant à rompre le pacte de croyance en ce qu’il voit. Un exemple type a été donné le 20 mai, lorsqu’à l’occasion d’un conseil de Défense réuni à l’Elysée, le chef de l’État a poussé en faveur de la réouverture rapide – elle sera effective le 11 juin – du Puy du Fou, célèbre parc à thème médiévo-zemmourien de Vendée, fondé par une bonne relation d’Emmanuel Macron, Philippe de Villiers. Voici alors que les acteurs de la culture, et en particulier les directeurs des grands festivals sommés d’annuler leurs événements jusque mi-juillet, échangèrent des regards incrédules pour savoir si, mortecouille, cela relevait ou non de l’hallucination. Aurélie Filippetti leur a confirmé qu’ils avaient bien compris le coup de théâtre : il s’agit bien, selon l’ex-ministre de la Culture, d’un « passe-droit monstrueux […] Copinage relevant de la trahison la plus totale des idéaux républicains, Liberté-Égalité-Fraternité ».

Quelque temps avant la création de cette devise, les royalistes étaient engagés dans la sanglante guerre de Vendée. Est-ce par sympathie monarchiste qu’ Emmanuel Macron dépose aujourd’hui cette offrande aux pieds du Disneyland de la droite identitaire ? Ou, plus prosaïquement, pour adresser un gros « fuck » à tous ces snobinards du théâtre public en même temps qu’une pichenette sur l’oreille de son Premier ministre, Edouard Philippe, puisque ce dernier préférait, paraît-il, temporiser l’annonce ? Nous voilà en tout cas propulsés, comme jadis Jean Reno et Christian Clavier dans le blockbuster gaulois les Visiteurs, en un autre temps, dont on ne sait encore s’il correspond au « monde d’après » ou plutôt au monde de bien, bien avant – soit cette époque d’il y a plusieurs siècles où les privilèges étaient vraiment « okay ». Alors que l’ensemble du secteur culturel pourrait sombrer dans une précarité border Jacquouille-la-Fripouille, on en viendrait à croire que les personnages du film de Jean-Marie Poiré n’inspirent plus seulement l’esthétique du parc à thème vendéen mais aussi la politique du chef de l’État.

Le 17 février 2020, dans un assourdissant silence médiatique, Aurore Bergé, l’ancienne élue LR et nouvelle députée En marche, remet au premier Ministre le rapport que lui avait commandé Matignon Émancipation et inclusion par les arts et la culture. Avançant 60 propositions pour « permettre à chaque citoyen de ressentir l’émotion que provoque la rencontre avec les œuvres et les artistes » à l’heure, selon ses dires, d’un amère et double constat 60 ans après la création d’un ministère de la Culture : « la persistance du sentiment que la culture exclut, en étant réservée à la petite minorité de privilégiés qui en détiennent les codes par héritage […] Ensuite, le décalage entre la réalité de la vie artistique et culturelle sur les territoires, foisonnante d’initiatives et d’occasions de partage grâce à l’engagement des acteurs culturels locaux, et la manière dont l’État appréhende cette réalité, se faisant toujours prescripteur quand on l’attend davantage pilote et soutien de ces actions ». Outre la remise en  cause en termes feutrés de la culture comme service public, de l’éducation culturelle et artistique à l’école à la relance de la mission « Culture et Monde du travail », des recommandations formulées depuis des décennies et qui, en ces temps de tourmente sociale et économique majeure, une nouvelle fois demeureront vœux pieux ! Yonnel Liégeois

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