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La culture, vivante et virtuelle…

Créateurs, auteurs et acteurs du spectacle vivant tentent toujours d’exister. Avec l’annonce de manifestations « in vivo » à venir, avec des initiatives virtuelles qui perdurent. Des propositions que Chantiers de culture actualise régulièrement. Yonnel Liégeois

 

SUR LE TERRAIN :

– À compter du 15 juin, la Maison Maria Casarès ouvre à nouveau ses portes ! Pour accueillir la compagnie MMM qui répétera son spectacle Tant bien que mal. Début juillet, Matthieu Roy, le directeur du lieu, démarrera les répétitions de Gros (de et avec Sylvain Levey). Enfin, du 27/07 au 20/08, se déroulera le traditionnel Festival d’été avec ses originales propositions artistiques et gustatives.

– Du 03/07 au 05/09, sous le label Arles Contemporain, la Fondation Manuel Rivera-Ortiz propose aux visiteurs à faire un pas de côté, à changer de point de vue. Au travers de six expositions photographiques consacrées aux Pionniers d’aujourd’hui : on n’est pas là pour se faire engueuler (Boris Vian), Vision of Taiwan, Exils égéens, Giving Birth in exile, Mapuches, Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait.

– En juillet, se tiendra en région parisienne le festival « Au-delà des toits », le premier festival hlm des arts vivants ! Des marionnettes géantes à Villeneuve-Saint-Georges, des sons d’opéra dans Paris 19ème, des portraits graphiques à Sartrouville…

– Jusqu’au 26/07, le CentQuatre-Paris accueille le festival de la jeune photographie européenne, Circulations. Une exposition qui se prolonge hors les murs et s’affiche sur les grilles de la Gare de l’Est jusqu’à fin juillet.

– Du 29/07 au 02/08, se déroulera le festival « Paris l’été, en toute liberté » ! Il se déroulera en extérieur, principalement au lycée Jacques Decour. Toutes les propositions seront gratuites et sur réservations. Au programme, concerts, danses, lectures, spectacles pour les jeunes…

– Du 1er au 7 Août, se tiendra à St Georges de Didonne (17) la 35ème édition du Festival Humour et Eau Salée ! Un festival fantaisiste, surréaliste et poétique qui rassemblera, entre autres, Emma la Clown, Bernard Lubat, Frédéric Fromet, Fred Tousch…

– Du 16/10 au 03/11, l’Institut du monde arabe, l’IMA, annonce l’ouverture de l’acte V de ses Arabofolies ! Sur le thème du soulèvement, un formidable coup de projecteur sur toutes celles et ceux qui s’expriment avec liberté sur leurs identités plurielles en musiques, en images, en paroles, et pour la première fois à travers la danse.

 

SUR LA TOILE :

Théâtre

Simon Delétang, comédien, metteur en scène et directeur du Théâtre du Peuple à Bussang, a marché à travers les Vosges. En compagnie de Lenz, à la croisée des chemins... Un documentaire de Jérémie Cuvillier, diffusé sur France 3 Grand Est et à revoir en replay.

L’Espace des arts, la Scène nationale de Chalon-sur-Saône, lance son Cabaret sous les balcons. Le spectacle, qui mêle danse-théâtre et chansons, est joué sous les fenêtres des Ehpads.

Alors que la France de 1721 subissait une épidémie de peste menant à des mesures drastiques de confinement, Montesquieu publiait au printemps ses Lettres persanes. Au Théâtre de La Colline, une centaine d’artistes lisent jour après jour ces 161 lettres.

Chaque jour, la Comédie-Française lève le rideau sur sa propre chaîne avec entretiens et pièces enregistrées. Le Théâtre Vidy-Lausanne (Suisse) propose aussi de voir ou revoir plusieurs de ses spectacles. Idem au théâtre des Bouffes du Nord.

Photographie

Pour celles et ceux qui ne peuvent pas se rendre au CentQuatre-Paris, le festival de la jeune photographie européenne, Circulations, s’invite sur le net. Pour découvrir les œuvres de chaque artiste et voyager d’une expo à l’autre.

Lauréat du 11e Prix Carmignac du photojournalisme, consacré à la République démocratique du Congo (RDC), le photographe canado-britannique Finbarr O’Reilly a adapté son travail au Web. Pour concevoir Congo In Conversation, un reportage collaboratif en ligne réalisé en coopération étroite avec des journalistes et photographes congolais.

Télévision

Jusqu’au 01/07, France.TV propose « Féminicides ». Un documentaire, poignant et accablant, sur cinq femmes assassinées par leur compagnon ou conjoint. En 2018, silence ou inaction de la police, impuissance des proches, elles furent 128 à mourir sous les coups.

Jusqu’au 26/06, ARTE.TV propose la série « Le temps des ouvriers ». En quatre chapitres (L’usine, Les barricades, La  chaîne, La destruction), la formidable saga signée du documentariste Stan Neumann : trois siècles d’histoire du monde ouvrier européen, illustrant ce que nos sociétés doivent aux luttes des « damnés de la terre ».

France.TV propose deux créations, emblématiques, de la troupe de la Comédie Française : jusqu’au 17/08 Les Rustres de Goldoni mis en scène par Jean-Louis Benoit, jusqu’au 24/08 Roméo et Juliette de Shakespeare mis en scène par Eric Ruf.

Lecture

Le site des libraires.fr vous permet de commander vos livres en toute sécurité. Un véritable réseau de libraires indépendants, qui proposent un très large choix de livres entre nouveautés, ouvrages anciens, rares ou d’occasion : près de 4 800 000 références en stock ! Une alternative à Amazon, votre commande ensuite à retirer chez votre libraire préféré.

Les éditions du Seuil proposent en libre accès la lecture de Contagions, le livre de l’écrivain italien Paolo Giordano. « Un éclairage fort, stimulant et profond sur la pandémie, ses implications et les changements qu’elle opérera sur notre vie et notre pratique du monde », écrit l’éditeur.

Gallimard a mis en ligne les 69 numéros de leurs Tracts de crise, Des textes (écrivains-sociologues-scientifiques-philosophes-artistes) qui invitaient à penser et voir le monde autrement durant la période de confinement. Toujours disponibles sur le site de l’éditeur.

La Bibliothèque nationale de France met à disposition la richesse de ses collections et la diversité de son offre numérique (plus de six millions de documents en ligne). Des milliers de livres sont téléchargeables gratuitement depuis Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF.

Collège de France

Suivre les cours du prestigieux Collège de France, depuis votre canapé et gratuitement, vous en rêviez en cette période de confinement ? Votre vœu est exaucé : l’institution, née sous François Ier en 1530, vous invite à explorer plus de 10 000 documents audiovisuels (leçons inaugurales, cours annuels des professeurs, séminaires et colloques, entretiens filmés, conférences de grandes personnalités). Son site college-de-france.fr, avec YouTube et iTunes, constitue l’un des plus importants portails de ressources numériques francophones en matière de diffusion des savoirs. Alors, pas d’hésitation : déjà en 2016, sous la plume de  notre consœur Amélie Meffre, Chantiers de culture recommandait hautement à ses lecteurs d’aller butiner dans cette caverne inestimable qu’est le Collège de France !

Cinéma

La Cinémathèque française propose, chaque soir, un film de ses collections. Sur HENRI, comme Henri Langlois son fondateur, sa plateforme VOD improvisée. À revoir aussi quelques 800 vidéos (leçons de cinéma avec les plus grands cinéastes, acteurs, actrices et technicien.nes au monde ; essais ; conférences…).

Pour moins d’un euro (0,99€), UniversCiné propose sur sa plateforme UniverSolidaire pas moins de 300 films à visionner, chacun durant 48h. Dans tous les genres et tous les styles… Autour du cinéma français, une sélection de réalisateurs reconnus, révélations cinématographiques et de très nombreux documentaires. Un choix de distributeurs engagés, en cette période exceptionnelle, « à insuffler la douceur de leur cinéma dans les foyers ».

Le Fresnoy-Studio national des arts contemporains met en ligne chaque jour de nouvelles créations, notamment des courts-métrages documentaires que l’on peut aussi regarder en replay. Comme Ligne verte, de Laurent Mareschal, qui, sans commentaire, a promené sa caméra autour du mur « qui sépare Israël de la Palestine ».

Musées

Les musées de la Ville de Paris permettent de regarder en ligne la bagatelle de 324 622 œuvres numérisées. Comme dans tout musée, chaque œuvre est accompagnée d’une petite fiche technique. Des expositions sont aussi mises en ligne, comme actuellement « l’Ombre et la Lumière », consacrée à Victor Hugo.

Le MAC VAL , Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, propose de découvrir l’exposition «L’avant-dernière version de la réalité», de David Brognon et Stéphanie Rollin. Des vidéos sont aussi disponibles.

Le musée du Louvre propose moult visites virtuelles, avec zooms et fiches explicatives : une promenade dans « le Louvre médiéval», une initiation aux antiquités égyptiennes, la découverte de l’exposition « Figure d’artiste ».

Musique

Chaque vendredi soir à 19h30, le Théâtre des Champs-Elysées diffuse un opéra de Mozart sur sa chaîne Youtube.  Le théâtre propose également de découvrir en replay Les Noces de Figaro, mises en scène par le cinéaste américain James Gray.

Les instrumentistes de l’Orchestre national de France ont enregistré depuis leur propre maison, via Internet, l’une des œuvres les plus populaires du répertoire, le Boléro de Ravel.

L’Opéra national de Paris met en ligne plusieurs de ses « archives ». À ne pas manquer : la vidéo réalisée par Cédric Klapisch avec les danseurs (confinés) qui, sur la Danse des Chevaliers extraite de Roméo et Juliette de Prokofiev, disaient « merci » aux soignants et à tous ceux qui nous ont rendu la vie possible au quotidien.

Sur Arte concert, on peut voir ou revoir les Indes galantes de Jean-Philippe Rameau, enregistré à l’Opéra Bastille en octobre dernier. Pour sa part, le Metropolitan Opera de New York (MET) met gracieusement à disposition sur son site Internet une représentation différente chaque soir (vers 19 h 30).

La Philharmonie de Paris poursuit de son côté la diffusion d’un concert chaque soir à 20 h 30, disponible pendant 24 heures.

Danse

Danseuse et initiatrice du projet artistique « Une minute de danse par jour », Nadia Vadori-Gauthier lance un appel à participation. Dans la continuité de sa performance quotidienne, elle appelle les personnes confinées à se filmer dans une danse d’une minute et de poster la vidéo sur facebook ou instagram : Une minute de danse par jour et #uneminutededanseparjour.

Le Centre national de la danse met en ligne moult captations de temps forts et de spectacles. Ainsi que le cours de danse classique, donné par Jenny Sandler.

Sites web

La troupe Miette et compagnie propose quelques vidéos décalées des emblématiques « gestes barrière » imposés par la pandémie du coronavirus. Déjantées, baignées d’humour et de poésie : au  champ, avec son cheval ou son chien, avec trois fois rien !

Notre confrère Olivier Frégaville-Gratian d’Amore anime un site culturel superbement agencé. Une belle mise en pages, des entretiens de haute qualité,  des critiques motivées, des sujets variés… Un œil avisé !

Le théâtre des Déchargeurs propose de réécouter l’entretien avec Jean-Pierre Siméon, le directeur de la collection Poésie/Gallimard, à l’occasion de la sortie de son essai La Poésie sauvera le monde.

L’association Travail et Culture (Tec/Criac) rassemble sur son site, outre ses propres projets artistiques, une sélection d’ouvrages et d’œuvres traitant du travail. Avec un agenda, régulièrement actualisé, d’initiatives émanant d’acteurs du champ Culture/Arts/Travail.

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Coronavirus, la culture presque déconfinée…

Librairies ouvertes, salles de concert-musées et théâtres aussi, à compter du 2 juin… Le 22/06 pour la région Île de France, comme pour les cinémas sur tout le territoire national ! Au tableau, s’affichent les chiffres clés de l’économie culturelle. Yonnel Liégeois

 

Des chiffres, pas des lettres… 

– L’ensemble du secteur pèse 91,4Mds€ de revenus totaux et sa valeur ajoutée (47,5 Mds€ en 2017) équivaut à 2,3% du PIB. Un poids comparable à celui de l’industrie agro-alimentaire et 1,9 fois plus important que celui de l’industrie automobile.

– 1,3 million de personnes ont exercé en 2018 une activité, directe ou indirecte, principale ou ponctuelle, dans un secteur culturel ou créatif. La moitié seulement (635 700 personnes) en ont retiré leur revenu principal.

– La part de professionnels de moins de 30 ans est plus élevée que la moyenne de la population active (22,6% contre 18,8% en 2018). Elle est aussi devenue plus féminine et plus représentative de la diversité française : 43% de femmes en 2015, contre 30% en 1991.

– Le territoire français est maillé par des infrastructures culturelles essentielles à la vie des territoires, urbains ou ruraux : en 2016, 1450 communes bénéficiaient d’une salle de spectacle ou d’un festival, 850 accueillaient un musée. Le spectacle vivant, les musées ou le patrimoine irriguent une très grande variété d’activités économiques locales, en particulier dans le champ du tourisme.

… la crise, pendant et après ?

Outre sa richesse inestimable pour l’humain et le citoyen, le secteur culturel est un atout majeur dans le développement économique d’une nation. D’où le malaise croissant devant le silence assourdissant du ministère de la Culture à l’heure de la crise du coronavirus… Rompu le 30 avril par l’appel d’artistes et professionnels au Président de la République. Suivi, le 6 mai, de l’intervention télévisée d’Emmanuel Macron qui annonce une « année blanche » dans le cadre des droits des intermittents du spectacle.

Depuis, analyses et commentaires abondent : « Le secteur de la culture prudent après les annonces d’Emmanuel Macron », titre le quotidien Le Monde. « Discours de Macron pour la culture : aide-toi et l’État t’aidera ! », écrit Télérama. Sans omettre les réactions des artistes : Ariane Mnouchkine (« Je ressens de la colère devant la médiocrité, les mensonges et l’arrogance de nos dirigeants »), Stanislas Nordey (« Je n’attendais pas le New Deal »), Jean-Michel Ribes (« Monsieur le Président, donnez-nous des rames, nous nous chargerons d’affronter la tempête »).

 

Créateurs, auteurs et acteurs du spectacle vivant tentent toujours d’exister. Avec des propositions que Chantiers de culture actualise régulièrement :

 

Théâtre

Simon Delétang, comédien, metteur en scène et directeur du Théâtre du Peuple à Bussang, a marché à travers les Vosges. En compagnie de Lenz, à la croisée des chemins... Un documentaire de Jérémie Cuvillier, diffusé sur France 3 Grand Est et à revoir en replay.

L’Espace des arts, la Scène nationale de Chalon-sur-Saône, lance son Cabaret sous les balcons. Le spectacle, qui mêle danse-théâtre et chansons, est joué sous les fenêtres des Ehpads.

Alors que la France de 1721 subissait une épidémie de peste menant à des mesures drastiques de confinement, Montesquieu publiait au printemps ses Lettres persanes. Au Théâtre de La Colline, une centaine d’artistes lisent jour après jour ces 161 lettres.

Chaque jour, la Comédie-Française lève le rideau sur sa propre chaîne avec entretiens et pièces enregistrées. Le Théâtre Vidy-Lausanne (Suisse) propose aussi de voir ou revoir plusieurs de ses spectacles. Idem au théâtre des Bouffes du Nord.

Télévision

Jusqu’au 05/06, ARTE.TV propose les quatre épisodes de « L’agent immobilier ». Loufoques et déjantées, les tribulations d’un personnage aussi délabré que l’immeuble dont il a hérité. Avec, en compagnie d’Eddy Mitchell, un Mathieu Amalric surréaliste et jouissif !

France.TV propose deux créations, emblématiques, de la troupe de la Comédie Française : jusqu’au 17/08 Les Rustres de Goldoni mis en scène par Jean-Louis Benoit, jusqu’au 24/08 Roméo et Juliette de Shakespeare mis en scène par Eric Ruf.

Jusqu’au 26/06, ARTE.TV propose la série « Le temps des ouvriers ». En quatre chapitres (L’usine, Les barricades, La  chaîne, La destruction), la formidable saga signée du documentariste Stan Neumann : trois siècles d’histoire du monde ouvrier européen, illustrant ce que nos sociétés doivent aux luttes des « damnés de la terre ».

Lecture

Le site des libraires.fr vous permet de commander vos livres en toute sécurité. Un véritable réseau de libraires indépendants, qui proposent un très large choix de livres entre nouveautés, ouvrages anciens, rares ou d’occasion : près de 4 800 000 références en stock ! Une alternative à Amazon, votre commande ensuite à retirer chez votre libraire préféré.

Les éditions du Seuil proposent en libre accès la lecture de Contagions, le livre de l’écrivain italien Paolo Giordano. « Un éclairage fort, stimulant et profond sur la pandémie, ses implications et les changements qu’elle opérera sur notre vie et notre pratique du monde », écrit l’éditeur.

Gallimard a mis en ligne les 69 numéros de leurs Tracts de crise, Des textes (écrivains-sociologues-scientifiques-philosophes-artistes) qui invitaient à penser et voir le monde autrement durant la période de confinement. Toujours disponibles sur le site de l’éditeur.

La Bibliothèque nationale de France met à disposition la richesse de ses collections et la diversité de son offre numérique (plus de six millions de documents en ligne). Des milliers de livres sont téléchargeables gratuitement depuis Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF.

Collège de France

Suivre les cours du prestigieux Collège de France, depuis votre canapé et gratuitement, vous en rêviez en cette période de confinement ? Votre vœu est exaucé : l’institution, née sous François Ier en 1530, vous invite à explorer plus de 10 000 documents audiovisuels (leçons inaugurales, cours annuels des professeurs, séminaires et colloques, entretiens filmés, conférences de grandes personnalités). Son site college-de-france.fr, avec YouTube et iTunes, constitue l’un des plus importants portails de ressources numériques francophones en matière de diffusion des savoirs. Alors, pas d’hésitation : déjà en 2016, sous la plume de  notre consœur Amélie Meffre, Chantiers de culture recommandait hautement à ses lecteurs d’aller butiner dans cette caverne inestimable qu’est le Collège de France !

Cinéma

La Cinémathèque française propose, chaque soir, un film de ses collections. Sur HENRI, comme Henri Langlois son fondateur, sa plateforme VOD improvisée. À revoir aussi quelques 800 vidéos (leçons de cinéma avec les plus grands cinéastes, acteurs, actrices et technicien.nes au monde ; essais ; conférences…).

Pour moins d’un euro (0,99€), UniversCiné propose sur sa plateforme UniverSolidaire pas moins de 300 films à visionner, chacun durant 48h. Dans tous les genres et tous les styles… Autour du cinéma français, une sélection de réalisateurs reconnus, révélations cinématographiques et de très nombreux documentaires. Un choix de distributeurs engagés, en cette période exceptionnelle, « à insuffler la douceur de leur cinéma dans les foyers ».

Le Fresnoy-Studio national des arts contemporains met en ligne chaque jour de nouvelles créations, notamment des courts-métrages documentaires que l’on peut aussi regarder en replay. Comme Ligne verte, de Laurent Mareschal, qui, sans commentaire, a promené sa caméra autour du mur « qui sépare Israël de la Palestine ».

Musées

Les musées de la Ville de Paris permettent de regarder en ligne la bagatelle de 324 622 œuvres numérisées. Comme dans tout musée, chaque œuvre est accompagnée d’une petite fiche technique. Des expositions sont aussi mises en ligne, comme actuellement « l’Ombre et la Lumière », consacrée à Victor Hugo.

Le MAC VAL , Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, propose de découvrir l’exposition « L’avant-dernière version de la réalité », de David Brognon et Stéphanie Rollin. Des vidéos sont aussi disponibles.

Le musée du Louvre propose moult visites virtuelles, avec zooms et fiches explicatives : une promenade dans « le Louvre médiéval », une initiation aux antiquités égyptiennes, la découverte de l’exposition « Figure d’artiste ».

Musique

Chaque vendredi soir à 19h30, le Théâtre des Champs-Elysées diffuse un opéra de Mozart sur sa chaîne Youtube.  Le théâtre propose également de découvrir en replay Les Noces de Figaro, mises en scène par le cinéaste américain James Gray.

Les instrumentistes de l’Orchestre national de France ont enregistré depuis leur propre maison, via Internet, l’une des œuvres les plus populaires du répertoire, le Boléro de Ravel.

L’Opéra national de Paris met en ligne plusieurs de ses « archives ». À ne pas manquer : la vidéo réalisée par Cédric Klapisch avec les danseurs (confinés) qui, sur la Danse des Chevaliers extraite de Roméo et Juliette de Prokofiev, disaient « merci » aux soignants et à tous ceux qui nous ont rendu la vie possible au quotidien.

Sur Arte concert, on peut voir ou revoir les Indes galantes de Jean-Philippe Rameau, enregistré à l’Opéra Bastille en octobre dernier. Pour sa part, le Metropolitan Opera de New York (MET) met gracieusement à disposition sur son site Internet une représentation différente chaque soir (vers 19 h 30).

La Philharmonie de Paris poursuit de son côté la diffusion d’un concert chaque soir à 20 h 30, disponible pendant 24 heures.

Danse

Danseuse et initiatrice du projet artistique « Une minute de danse par jour », Nadia Vadori-Gauthier lance un appel à participation. Dans la continuité de sa performance quotidienne, elle appelle les personnes confinées à se filmer dans une danse d’une minute et de poster la vidéo sur facebook ou instagram : Une minute de danse par jour et #uneminutededanseparjour.

Le Centre national de la danse met en ligne moult captations de temps forts et de spectacles. Ainsi que le cours de danse classique , donné par Jenny Sandler.

Photographie

Lauréat du 11e Prix Carmignac du photojournalisme, consacré à la République démocratique du Congo (RDC), le photographe canado-britannique Finbarr O’Reilly a adapté son travail au Web. Pour concevoir Congo In Conversation, un reportage collaboratif en ligne réalisé en coopération étroite avec des journalistes et photographes congolais.

Le festival de la jeune photographie européenne, Circulations, s’invite sur le net. Pour engager une grande correspondance autour de l’image : de Minsk à Berlin, de Rome à Helsinki, de Paris à Barcelone, la vision de cette situation inédite qu’est le confinement.

Sites web

Chantiers de culture sélectionne régulièrement divers sites livrés à votre découverte :

La troupe Miette et compagnie propose quelques vidéos décalées des emblématiques « gestes barrière » imposés par la pandémie du coronavirus. Déjantées, baignées d’humour et de poésie : au  champ, avec son cheval ou son chien, avec trois fois rien !

Notre confrère Olivier Frégaville-Gratian d’Amore anime un site culturel superbement agencé. Une belle mise en pages, des entretiens de haute qualité,  des critiques motivées, des sujets variés… Un œil avisé !

Le théâtre des Déchargeurs propose de réécouter l’entretien avec Jean-Pierre Siméon, le directeur de la collection Poésie/Gallimard, à l’occasion de la sortie de son essai La Poésie sauvera le monde.

L’association Travail et Culture (Tec/Criac) rassemble sur son site, outre ses propres projets artistiques, une sélection d’ouvrages et d’œuvres traitant du travail. Avec un agenda, régulièrement actualisé, d’initiatives émanant d’acteurs du champ Culture/Arts/Travail.

 

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Amalric, l’agent déjanté

Jusqu’au 05/06, ARTE.TV invite à revoir la série L’agent immobilier. Signés par Etgar Keret, quatre épisodes qui allient humour grinçant et surréalisme déjanté. Avec, au côté d’Eddy Mitchell, un Mathieu Amalric complètement allumé qui, dans les colonnes de l’hebdomadaire Marianne, répond aux questions de notre confrère Benoît Franquebalme.

 

Benoît Franquebalme – Vous êtes admirateur du travail de l’écrivain israélien Etgar Keret ?

Mathieu Amalric – C’est un immense écrivain. Ses nouvelles sont magnifiques, délirantes… On y passe de situations quotidiennes à des fantasmagories, des poissons qui parlent, des temps qui s’enchevêtrent…. Le scénario est très lié à la vie de ses parents, il l’a écrit en pensant à moi. C’est génial qu’un écrivain qu’on admire vous propose de devenir un personnage de son monde.

B.F. – Qu’y a-t-il d’israélien dans la série ?

M.A. – Ça se sent dans la vitesse, une sorte d’impolitesse. En Israël, on n’a pas le temps, on se dit les trucs cash. Il n’y a pas le filtre de la politesse française, filet de mensonges et d’hypocrisie. On ne sait pas ce que l’autre pense, il faut décoder. En Israël, il n’y a pas ça. Et puis, on a pu faire de l’humour juif, comme se moquer d’un type qui a survécu aux camps. Il y a du belge aussi. On a tourné là-bas, on sent l’esprit gourmand des Wallons.

B.F. – Votre personnage tombe dans les escaliers, se bat, se casse le bras

M.A. – C’est très proche du slapstick avec des chutes, une succession de catastrophes, des coups dans la gueule. Ça me fait penser à After Hours de Martin Scorsese. Quand on regarde le premier épisode, on ne pense pas qu’on finira avec quelque chose d’aussi bouleversant. Au début, mon personnage met ses parents dans une case : « Ma mère, je la déteste, mon père est inconséquent ». On fait tous ça. L’agent immobilier montre comment passé et avenir sont des notions gazeuses, floues dans nos têtes. Surtout en ce moment.

B.F. – L’immeuble du héros est comme un grand cabinet de psychanalyse…

M.A. – Pendant la préparation, Keret me donnait des choses sur son père mort et sur sa mère en train de mourir. Sur un tournage, en quelques semaines, on accède à des émotions intenses qu’on ne pourra peut-être jamais vivre en famille. Comme quand on parle à des inconnus. On se dit en trois minutes l’essentiel. C’est mille fois mieux qu’une psychanalyse. Finalement, la famille est le pire endroit pour se dire des choses. D’ailleurs, actuellement, on voit bien que le travail est une manière de partir de la maison (rires). Cela dit, à cause de la distance, on arrive parfois mieux à se parler.

B.F. – Vous êtes où en ce moment ?

M.A. – Je vis en Bretagne, près de Morlaix. Il se trouve que je ne suis ni avec mes parents, ni avec mes enfants. Trois garçons de 12, 20 et 22 ans. Je suis avec mon amoureuse, la soprano et cheffe d’orchestre canadienne Barbara Hannigan. Imaginez mon bonheur de l’entendre travailler tous les jours sur Mahler. Je chante aussi du Haendel avec elle. J’essaie d’amener de cette rigueur dans mon métier. On fait du cinéma parce qu’on n’a pas réussi à être un musicien, un peintre, un grand cuisinier, un grand jardinier…

B.F. – Vous venez de consigner une tribune demandant des mesures concrètes pour la culture. Pourquoi ?

M.A. – Nous demandons à l’État un système de sauvetage pour ce secteur qui emploie 1,3 million de personnes en France. Il faut édicter des règles qui ne soient pas absurdes. Sinon, les exploitants de cinéma vont être obligés de ne prendre que des blockbusters. Il n’y aura plus la place pour le reste, comme c’est déjà le cas en Allemagne ou en Italie.

B.F. – Que vous inspire la période actuelle ?

M.A. – C’est une comédie humaine passionnante car elle exalte l’homme dans tous ses côtés, du marché noir à la solidarité. On a des règles faites par des gens qui font semblant de savoir. Ils doivent composer avec le peuple français qui, avant tout, va râler. Va-t-on retourner dans nos réflexes de hamster faisant tourner sa roue ? Que vont devenir ces gens qu’on a nommés « héros », alors qu’avant, on voulait détruire le système d’assistance publique ? Ça va prendre longtemps avant d’avoir un vaccin. En attendant, il paraît qu’il faut aller quelque part, avancer, qu’il faut de la croissance. Pourquoi ? On n’en sait rien. Moi, en ce moment, je regarde le printemps et pousser le lilas. Ça dure peu le lilas…

B.F. – Les réalisateurs racontent avoir choisi Eddy Mitchell en le voyant avaler ses cachets avec du whisky face à eux…

M.A. – (Rires) C’est un sage qui détecte vite ce qu’il va aimer. Il ne se fait pas chier avec des gens avec qui il n’a pas envie d’être. Il m’a donné le virus du cinéma avec l’émission La dernière séance. Avec lui, Claude-Jean Philippe, Patrick Brion… ma cinéphilie a été d’abord télévisuelle. L’avoir comme papa, c’était génial. Mon admiration ? Il l’a reçue comme un ours qui prend un petit peu de miel : « Pas trop de compliments, on va passer à autre chose ». Il a une voix tellement douce… Ses chansons, ce sont presque des aubades (Mathieu fredonne La dernière séance).

B.F. – Vous aussi ne voulez pas vous emmerder avec des gens avec qui vous ne voulez pas être ?

M.A. – Ah oui ! Surtout qu’à la base, je voulais être réalisateur et pas acteur. C’est Arnaud Desplechin qui m’a inventé comme comédien avec Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) en 1996. Donc, je ne joue que quand ce sont des personnes irrésistibles. Sinon, je réalise. Etgar, Éric Rochant, les frères Larrieu, Wes Anderson… ils me hissent vers des zones inexplorées. Ce qui me touche aussi, ce sont les jeunes qui ont envie de me prendre… comme un oncle. Ça me nettoie du poison du « C’était mieux avant ».

B.F. – Après L’agent immobilier, vous avez enchaîné avec le tournage de la dernière saison du Bureau des légendes

M.A. – Éric Rochant (showrunner du Bureau) est un génie parce qu’il travaille comme un chien. La star de la série, c’est l’écriture. J’y parle russe et c’était troublant. J’ai vécu trois ans à Moscou quand j’étais enfant. Je croisais peu de Russes car, sous Brejnev, tout était fait pour qu’ils ne voient pas les étrangers. J’étais inscrit dans un conservatoire de musique. À 12 ans, je jouais très bien du piano. Quand j’ai présenté mon film Tournée là-bas, j’ai retrouvé ma prof. Elle vivait toujours dans le même appartement.

B.F. – L’agent immobilier évoque très fort Kafka, non ?

M.A. – Oui mais Kafka avec un grand cœur. En ce moment, je suis plutôt plongé dans Robert Musil (1880-1942) et L’homme sans qualités. C’est faramineux, drôle. Je le lis pour la troisième fois. L’histoire se passe en 1913, juste avant la catastrophe. Ça pourrait être écrit aujourd’hui. On pense que les choses changent mais on refait les mêmes conneries. Je conseille aussi Harlem Quartet de James Baldwin, le plus beau roman d’amour du monde. Et les nouvelles d’Etgar Keret.

B.F. – Et votre projet d’adapter Le Rouge et le Noir ?

M.A. – Pour l’instant Musil a gagné. Comme, je n’ai pas fait d’études, que j’ai travaillé dès 17 ans, plancher sur ces livres me permet d’être dans ce bonheur-làLe Rouge et le Noir, je m’en suis beaucoup servi dans mon film La Chambre bleue, adapté de Georges Simenon. Ce dernier adorait Stendhal. C’est notamment pour ça que j’ai appelé mon héros Julien, comme Julien Sorel. Propos recueillis par Benoît Franquebalme

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Et boum, là, Vian !

Il y a cent ans, le 10 mars 1920, naissait Boris Vian. Disparu en 1959 d’un malaise cardiaque, il n’avait que 39 ans ! Une date anniversaire, l’année d’un centenaire prétexte à rendre hommage à un auteur et créateur d’exception. Un incroyable homme-orchestre.

 

Seigneur de la Butte Montmartre où il avait élu domicile cité Véron à proximité de son compère Prévert, prince de St Germain dont il écumait les caveaux à musique, Boris Vian demeure encore trop méconnu du grand public. Sinon une chanson, « Le déserteur », un livre ensuite, J’irai cracher sur vos tombes, l’une et l’autre censurés par le pouvoir de l’époque…

Enfant terrible des lettres françaises, génial touche-à-tout, « les épithètes quasi homériques ne manquent pas pour le désigner », écrit Audrey Camus dans la préface du numéro que la revue Europe lui consacra en 2009. « Quoique auteur prolifique, il fut de son vivant connu davantage pour son personnage et ses provocations que pour ses écrits. Poésie, romans, nouvelles, théâtre, l’œuvre disparaissait derrière les scandales », poursuit l’éminente biographe. « Aujourd’hui encore, le plus souvent, l’attrait exercé par la personnalité de Boris Vian et la curiosité pour son singulier parcours tendent à prendre le pas sur l’attention portée à son œuvre littéraire. Or, cette œuvre mérite que l’on s’y intéresse de près ». Dilettante par nature et de vocation, il est prouvé que Vian ne fit rien de son vivant pour s’accommoder les éloges de ses pairs, littérateurs reconnus ou simples chroniqueurs. « Critiques, vous êtes des veaux ! », écrit-il dans la postface aux Morts ont tous la même peau ! Bienvenue au Collège de Pataphysique, dont il fut un éminent satrape, anarchiste pour les uns, anticonformiste inclassable pour les autres…

Il y a cent ans, le 10 mars 1920, naissait à Ville-d’Avray Boris, le futur Vernon Sullivan ! À n’en pas douter, Vian le premier se serait probablement moqué de ce chapelet de festivités qui, sous l’égide du ministère de la Culture et de la Ville de Paris, s’égrène en France mais aussi en Belgique, en Suisse, au Canada et aux États-Unis. « Autour de la Cité Véron, qui conserve l’empreinte de Boris Vian, s’est constituée au fil des ans une confrérie complice où figurent désormais de jeunes Borissiens revendiquant un même esprit. Metteurs en scène de théâtre, comédiens, musiciens ou documentaristes, leur enthousiasme a contribué à faire du programme de ce centenaire un vrai feu d’artifices », écrit Vian le fils, Patrick. Et d’affirmer que toutes les facettes du personnage seront dévoilées : l’écrivain, l’auteur-interprète, le trompettiste, le scénariste, l’acteur, le peintre, le critique, l’ingénieur, le prince du jazz, de Saint Germain des prés, et de l’anagramme… Pour l’heure, une seule certitude en vue de satisfaire notre curiosité littéraire, picturale et musicale : devant la longue file d’attente, la visite programmée de « l’appartelier » du génial satrape en mai, ce joli mois de toutes les révoltes et de tous les espoirs !

Outre CD de chansons revisitées par des artistes contemporains, spectacles de théâtre et de cabaret, albums et hors-série publiés par divers journaux et magazines, une occasion à saisir parmi toutes ces publications, puisque c’est sûr, On n’y échappe pas ! « J’ai un sujet de roman policier que j’écris pour Duhamel (le directeur de la fameuse Série noire, la collection de romans policiers créée par Gallimard. NDLR), c’est un sujet tellement bon que j’en suis moi-même étonné et légèrement admiratif », confie Boris Vian. « Si je le loupe, je me suicide au rateloucoume et à la banane frite », ajoute-t-il avec humour. Las, boulimique de projets et souvent débordé par les échéances, le manuscrit s’ensommeille, il n’en a écrit que les quatre premiers chapitres lorsqu’il est terrassé par une crise cardiaque le 23 juin 1959 à l’âge de 39 ans. Une sombre histoire de meurtres en série… Frank Bolton, un jeune colonel de l’US Army de retour de la guerre de Corée avec une main en moins, n’en croit pas ses yeux au point d’en donner l’autre à couper : toutes ses anciennes conquêtes féminines disparaissent les unes après les autres ! Comme Vian était lui-même satrape au Collège de pataphysique, ses héritiers ont donc confié à six écrivains de l’ OUvroir de LIttérature POtentielle le soin d’achever le polar et d’y mettre un incroyable point final sous la jaquette des éditions du Scorpion d’antan ! Un fantasque roman familial à l’humour noir dont nous nous garderons bien de dévoiler la chute, agrémenté de moult références et clins d’oeil « vianesques » à décrypter de chapitre en chapitre.

La publication des œuvres romanesques de Vian, en deux volumes dans la célèbre collection de la Pléiade, lui rend aussi justice en quelque sorte. Un hommage mérité à ce baroudeur des lettres et à cet irrévérencieux homme-orchestre : ingénieur de formation et trompettiste par inadvertance, chansonnier sans vergogne et pataphysicien de bon aloi, traducteur et auteur de romans noirs, chroniqueur à Jazz-Hot comme aux Temps Modernes de Sartre, initiateur au jazz et à la littérature de science-fiction en France ! De ses Écrits de jeunesse aux ultimes Textes pataphysiques, de ses romans les plus célèbres ( L’écume des jours, L’arrache-cœur…) aux plus méconnus ( Les fourmis, L’herbe rouge…), de ses articles de presse à ses diverses chroniques jusqu’à sa mort en 1959, Vian se révèle formidable conteur. « Rien ne fait plus ou ne devrait plus faire obstacle à la prise de conscience de l’originalité profonde de son œuvre inclassable », souligne à juste titre Marc Lapprand dans la préface à cette édition nouvelle. Boris Vian ? Un amoureux de la langue à (re)découvrir, un franc-tireur du Verbe qui n’hésitait point à apostropher tous les « pisse-copies » : « Quand admettrez-vous qu’on puisse écrire aux Temps modernes et ne pas être existentialiste, aimer le canular et ne pas en faire tout le temps ? Quand admettrez-vous la liberté ? ». Yonnel Liégeois

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Le coup de folie de l’IMA

Du 28 février au 8 mars, à l’Institut du monde arabe, le festival Arabofolies tend le micro aux femmes du monde arabe. Pour une édition exceptionnelle sur le thème des révolutions et de l’engagement… Au programme, musique et chansons, rencontres et débats.

 

Avec son tube Allo le système, elle a enflammé l’an dernier les cortèges des manifestations de la Révolution du sourire en Algérie. La rappeuse et avocate Reja Meziane, désignée l’an dernier par la BBC comme l’une des 100 femmes les plus influentes du moment, se produira sur la scène de l’Institut du monde arabe le 8 mars pour un concert exceptionnel. Une programmation en cohérence avec le thème galvanisant des « engagements » au cœur de l’édition de février-mars proposée par le festival Arabofolies. Rendez-vous trimestriel lancé il y a un peu plus d’an par les équipes de l’IMA, ce jeune festival parisien propose au public une offre transversale qui mixe rendez-vous festifs, poésie, concerts et forums citoyens.

« Nous voyageons beaucoup pour repérer des artistes émergents qui ont des difficultés à sortir de chez eux et que nous faisons venir. Beaucoup aussi sont en exil », explique Marie Descourtieux, la responsable des actions culturelles à l’Institut du monde arabe (IMA). Les soulèvements révolutionnaires qui ont secoué le monde arabe ont notamment guidé le choix des voix conviées pour cette 4e édition. En marge de concerts prestigieux (scène de Camélia Jordana ; concert revisitant les influences algériennes de Bartok…), l’un des temps forts du festival sera assurément le forum des citoyennes adossée à la journée internationale des droits de la femme qui réunira des militantes, journalistes, médecins et activistes engagées pour faire avancer la cause féminine. On y entendra notamment le retour d’expérience d’une gynécologue irakienne intervenant dans les camps de réfugiés auprès des femmes Yézidies victimes de Daesh, la fondatrice mauritanienne de TaxiSecure, un réseau de transport créé pour lutter contre le harcèlement de rue, une blogueuse d’Arabie Saoudite fondatrice du site niswa.org éditant des cours d’éducation sexuelle sur les réseaux sociaux, ou encore une blogueuse palestinienne diffusant des podcasts sur le genre…

Des exemples d’engagements féministes 2.0 très populaires dans la sphère du monde arabe qui entreront, on l’imagine, en résonance avec d’autres expériences menées ailleurs. « Nous avons voulu mettre à l’honneur des militantes féministes exemplaires dont les combats et l’engagement de terrain peuvent trouver des échos en France, comme sur les thèmes de la sororité ou des violences faites aux femmes », précise Chirine El Messiri, en charge des forums citoyens d’Arabofolies. « Féminisme et révolution sont des terreaux fertiles. Une image forte peut avoir une résonnance ailleurs, comme ce flashmob réalisé par des Chiliennes qui a été repris partout, au Soudan, en Algérie, en France ». Des femmes, les yeux bandés, se livraient à une chorégraphie géante pour dénoncer l’aveuglement de la société et la culture du viol. Une vidéo choc, partagée dans le monde entier. Cyrielle Blaire

« Le but est de mettre en lumière des militantes exemplaires, et leurs combats, pour un échange avec la société française ». Chirine El Messiri, en charge des forums citoyens d’Arabofolies.

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De Paris à Londres, Music maestro !

L’exposition « Paris-Londres. Music Migrations (1962-1989) » au Musée national de l’histoire de l’immigration nous plonge dans les brassages musicaux et les combats politiques à l’œuvre dans les deux capitales après les décolonisations. Twist, rock, reggae, punk, ska, soul, zouk, R&B, rap… Une immersion salutaire, magistralement rythmée jusqu’en janvier 2020.

 

À l’entrée de l’exposition, « Paris-Londres. Music Migrations (1962-1989) », une vidéo nous accueille nous montrant des Jamaïcains dansant sur « This is ska », extraite d’une émission de la BBC de 1964. Un panneau nous rappellera qu’ils sont issus de la « génération Windrush », du nom du navire qui relia Kingston (Jamaïque) à Tilbury (Royaume-Uni), le 21 juin 1948, registre des passagers à l’appui. Ce premier flux migratoire amorce la longue décolonisation au lendemain de la Seconde Guerre mondiale qui va marquer les capitales britannique et française autant artistiquement que politiquement. Du début des années 1960 avec les indépendances de l’Algérie (5 juillet 1962) et des Caraïbes – la Jamaïque (6 août 1962) et Trinidad (31 août 1962) – à la fin des années 1980, on visite trois décennies de l’histoire musicale des deux villes.

Du twist au raï

Quand la jeunesse des années 1960 s’affirme et s’enflamme pour les Beatles ou Johnny Hallyday, des artistes issus des anciennes colonies prennent part au mouvement. En pleines heures chaudes du Golf Drouot ou du concert de la Nation de juin 1963, on découvre leur présence. En arrière-fond, est diffusé le tube « Sept heures du matin » de la Tunisienne Jacqueline Taïeb quand, grâce à de mini juke-box, on écoute au casque les morceaux de Vic Laurens et les Vautours (« Laissez-nous twister ») ou de Malika (« Ya ya twist »). Ces jeunes maghrébins, familiarisés avec la culture américaine, via les bases militaires où circulent les 45 Tours, twistent et dénoncent parfois déjà le racisme, à l’instar de Vigon et de son « Petit ange noir ». On s’immerge encore dans les grandes heures des cabarets orientaux, lieux de création et de collaboration artistique. On croise Cheikha Rimitti, chanteuse algérienne considérée comme la « mère » du raï moderne, Dahmane el Harrachi, auteur-compositeur et chanteur de musique chaâbi ou Noura, qui obtient en 1971 un Disque d’or pour ses ventes de disques en France. Au passage, on aperçoit le Cinématic 50, sorte de grand juke-box surmonté d’un écran qui diffusait les ancêtres des vidéoclips, présent dans les cafés fréquentés par les immigrés.

Happés par le tube « My Boy Lollipop », portés par Millie Small, une ado jamaïcaine qui propulse le ska sur la scène internationale, nous poursuivons la visite. Halte dans le studio qui diffuse sur grand écran une séquence de l’enregistrement de « The Harder They Come » avec Jimmy Cliff au moment de la naissance du reggae. Là, on peut admirer les créations d’artistes contemporains autour du thème de la musique comme la géniale série de batteries miniatures de la Danoise Rose Eken ou le bouquet de tubas, saxos et trombones coupés d’Arman.

La musique comme étendard

Difficile de détailler toutes les facettes du parcours, tant elles sont nombreuses, lequel ne va pas manquer de se corser. La présence de ces immigrés n’est pas que festive, elle devient revendicatrice. Dès les années 1950, les familles originaires des Caraïbes sont prises à partie dans le quartier londonien de Notting Hill. En réaction, la communauté crée un carnaval en 1966 qui deviendra une institution, donnant lieu à des affrontements avec la police. Ne pas manquer de visionner le film d’Isaac Julian « Territories » qui se penche sur l’histoire du rassemblement. Alors que les discours racistes se multiplient – y compris de la part d’Eric Clapton (!) – et que le National Front grimpe aux différentes élections, des concerts sous la bannière Rock Against Racism sont organisés, auxquels participent des musiciens anglais comme The Clash. Vidéos, musiques, coupures de journaux nous replongent dans l’époque où résonne le morceau « Police on my back » des Equals.

Le même phénomène apparaît en France. À la fin des années 1970 et au début des années 1980, face à la multiplication des actes racistes et aux succès du Front national, la riposte s’organise notamment dans les banlieues. La musique rock sert d’étendard et le réseau Rock Against Police organise des concerts au milieu des cités, précédant la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983, que l’on nommera Marche des Beurs, accueillie à Paris par 100 000 personnes. Nous reviennent à la mémoire, et dans les casques, les morceaux de Carte de séjour avec Rachid Taha mais aussi des Bérurier Noir.

Twist, rock, reggae, punk, ska, soul, zouk, R&B, rap, la playlist de l’exposition est incroyablement riche. Accompagnée de quelque 600 documents et œuvres d’art liés à la musique : instruments, costumes, photos, affiches de concerts, vidéos, pochettes de disques, fanzines… Une géniale rétrospective qui vous file la frite ! Amélie Meffre

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Jacques Vincey, nouvel esclave !

Directeur de l’Olympia, le Centre dramatique national de Tours (37), Jacques Vincey met en scène L’Île des esclaves de Marivaux. En deux versions, l’une en salle et l’autre foraine. Sans oublier le réjouissant Et là haut les oiseaux de la compagnie du théâtre El Duende à Ivry (94).

 

Jacques Vincey, qui dirige le théâtre Olympia (Centre dramatique national de Tours), a mis en scène L’Île des esclaves (1725) de Marivaux. C’est en deux versions, l’une « en salle », celle que nous traitons, et l’autre dans des conditions dites « foraines », plus légère, destinées à des lieux non voués au théâtre, tels que collèges, centres sociaux, prisons… Tout comme La dispute (1744), montée il y a trois ans par Vincey, L’Île des esclaves participe d’une expérimentation d’ordre social. On y voit Arlequin, assez largement affranchi des codes de la commedia dell’arte, échoué après un naufrage sur une île dans laquelle le magistrat Trivelin va organiser le jeu des rôles où les maîtres (Iphicrate et Euphrosine) deviendront donc esclaves tandis que ces derniers (soit Arlequin et Cléanthis, son double féminin) prendront leur place. Les valets s’exercent un temps à la cruauté et au mépris mais, in fine, dans une république

© Christophe Raynaud de Lage

du bon vouloir, introduisant l’amour du prochain dans l’antagonisme des classes, ils inverseront le cours fatal de l’humanité.

Dans le dossier de presse, Jacques Vincey estime que Trivelin entend « rééduquer socialement et moralement les naufragés avec des méthodes dignes d’un commissaire politique : passage aux aveux, auto-expiation, chantage… ». Il y va fort, Trivelin ancêtre de Po Pot ! Il faut raison garder. On sait que Rousseau, vingt ans avant de publier Du contrat social (1762), consulta Marivaux.Élégante esthétique de scène (scénographie de Mathieu Lorry-Dupuy), avec un flot de mousse simulant l’écume marine. Costumes immaculés (Céline Perrigon), maquillage et perruques (Cécile Krestschmar) ont belle allure. Cinq jeunes comédiens (Blanche Adilon, Thomas Christin, Mikaël Grédé, Charlotte Ngandeu et Diane Pasquet), frais sortis des écoles, font déjà bien leur métier, si même on souhaiterait plus d’âpreté dans les conflits. En seconde partie, ils ont carte blanche pour signifier ce qu’ils retirent de l’expérience consistant à jouer Marivaux, sa langue châtiée, ses arguties prodigieuses. Alors, c’est très évasif. On dirait  que ça leur cloue le bec… L’une s’exprime par écrit interposé sur des panneaux, tandis qu’un autre se met à taper dur sur une batterie… Un peu court tout çà même si, dans la salle, les élèves des lycées et collèges s’y retrouvent. Question de générations, sans nul doute. Jean-Pierre Léonardini

Du 5 au 9/11 au Préau, Centre dramatique national de Normandie-Vire. Les 13 et 14/11 à L’Avant-Seine, Théâtre de Colombes. Le 19/11 à MA scène nationale – Pays de Montbéliard. Le 22/11 à L’Entracte, Scène conventionnée de Sablé. Le 26/11 au Théâtre de Chartres. Le 29/11 à L’Échalier à Saint-Agil. Du 3 au 5/12 au Théâtre de Thouars. Du  17 au 20/12 au Théâtre – Sénart, Scène nationale. Du 23 au 31/01/20 au Centre dramatique national de Tours.

À voir aussi :

Et là haut les oiseaux : du vendredi au dimanche, jusqu’au 14/12 au Théâtre El Duende d’Ivry-sur-Seine (94). C’est frais, c’est fort et beau, c’est drôle et intelligent, c’est émouvant ! Imaginez une troupe de théâtre sans grands moyens, la compagnie El Duende justement dans son quotidien (!), que le ministère de la Culture invite à monter un spectacle en sept jours en contrepartie d’une belle subvention… Chiche, répond en chœur la bande de comédiens qui en a vraiment bien besoin ! Sept jours de création collective, sept jours de galère et d’errements, sept jours surtout d’imagination débridée pour accoucher d’un nouveau monde où chacun trouve et prend sa place… En dépit des coups de fils de l’autorité de tutelle informant régulièrement de la remise d’un chèque au montant toujours réduit ! Telle est la trame de ce marathon théâtral et musical qui, sans prétentions faussement déclarées, affiche de belles ambitions. Dans la pure tradition du théâtre populaire, où l’exigence le dispute à la qualité, qui aurait fière allure sur les planches des Tréteaux de France : qu’en pensez-vous, cher Robin Renucci ? Tant collectivement que dans les solos qui sont offerts à chacune et chacun, des comédiens qui brillent d’un talent incontestable, virtuoses dans les vocalises autant que dans leurs personnages de composition. D’une scène l’autre, par la seule magie du verbe et la force du rire, un succulent plaidoyer en faveur de la culture pour tous, la mise en images et en musique d’une société où les mots fraternité et solidarité ont de nouveau droit de cité. Courez-y vite, vraiment une superbe réussite ! Yonnel Liégeois

Visions d’exil : organisé par l’atelier des artistes en exil, le festival Visions d’exil s’est ouvert au Palais de la Porte Dorée – Musée national de l’histoire de l’immigration. Pour s’étendre ensuite en d’autres lieux et se clôturer le 30/11… Au programme, théâtre-concert-danse-exposition-film-chanson, soirées littéraires et débats. En compagnie d’artistes touchés par l’exil, une manifestation pluridisciplinaire qui se saisit de la question de la langue pour sa troisième édition et choisit de la confronter à la création artistique sous toutes ses formes. Y.L.

Les témoins : écrit et mis en scène par Yann Reuzeau, du vendredi au dimanche jusqu’au 21/12 à la Manufacture des Abbesses. À l’heure où l’extrême-droite s’empare du pouvoir en France, l’effroi s’immisce au sein de la rédaction du journal Les Témoins. L’avenir du titre est incertain, la liberté d’informer mise à mal, la crise couve entre peurs réelles et doutes existentiels. Du champ de bataille idéologique au champ de ruines des idéaux des journalistes, quoique d’une écriture pouvant paraître parfois un peu trop caricaturale, une mise en espace efficace et terrifiante  de ce qu’il advient déjà de la presse en des pays pas si lointains, tels la Hongrie ou la Russie. Y.L.

L’a-démocratie : de et par Nicolas Lambert, du jeudi au samedi jusqu’au 28/12 au Théâtre de Belleville. L’iconoclaste narrateur reprend sa trilogie qui décoiffe assurément ses auditeurs sous les trois couleurs de notre emblème national, Bleu-Blanc-Rouge : Elf, la pompe Afrique – Avenir radieux, une fission française – Le maniement des larmes. Trois mots-clefs entre humour et dérision, pots de vin et fausses factures, petits arrangements et grosses magouilles,  pour dénoncer les trois maux qui gangrènent notre démocratie : pétrole, nucléaire, armement. En trois volets, un spectacle d’utilité publique construit sur des propos et documents authentiques. Y.L.

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Classé dans La chronique de Léo, Rideau rouge