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Brassens, un copain d’abord

Coauteur de Brassens, les trompettes de la renommée, Rémi Jacobs narre son immersion dans l’univers du poète et chanteur populaire disparu en 1981. En prélude à la conférence musicale, le 07/11 à Tournon-St Martin (36), de Philippe Gitton et Sylvain Guillaumet.

« Auprès de mon arbre », « Fernande », « La cane de Jeanne », « Le gorille », « Une jolie fleur » : pour l’avoir fredonnée un jour, qui ne connaît au moins une chanson du répertoire de l’ami Jojo ? De son vivant déjà, nombreux sont encore aujourd’hui les interprètes qui s’amourachent des rengaines finement ciselées de Brassens. Une pléiade de textes toujours d’actualité, vraiment pas démodés qui font mouche là où ils touchent : les cocus, les cons, les curés, les pandores, les juges… En décembre 2021, pour le centième anniversaire de sa naissance, Sète, la ville natale du poète, organisait de nombreux événements. En particulier sur le bateau du centenaire, Le Roquerols. Compositeur et interprète, Brassens a marqué son époque par son regard incisif sur notre société. Avec, en fil conducteur, deux mots qui lui étaient chers : fraternité et liberté !

« Je fréquente Brassens dès mon plus jeune âge », avoue Rémi Jacobs, « je me souviens encore du scandale que ma sœur déclencha à la maison le jour où elle rentra avec le 45 tours du « Gorille » en main ! ». Le ver est dans le fruit, à cette date et en dépit des interdits familiaux, le coauteur de Brassens, les trompettes de la renommée ne cessera d’écouter le signataire de la « Supplique pour être enterré à la plage de Sète ». C’est en cette bonne ville du Sud, marine et ouvrière, que Georges Brassens naquit en octobre 1921. D’une mère d’origine italienne et fervente catholique, d’un père maçon farouchement laïc et libre penseur : déjà un curieux attelage pour mettre le pied à l’étrier, une enfance heureuse cependant pour le gamin à cheval entre règles de vie et principes de liberté, qui connaît déjà des centaines de chansons par coeur (Mireille, Misraki, Trenet…). Une rencontre déterminante au temps du collège, celle d’Alphonse Bonnafé, son professeur de français qui lui donne le goût de la lecture et de la poésie, Baudelaire – Rimbaud – Verlaine, avant qu’il ne découvre Villon, Prévert et bien d’autres auteurs… « On était des brutes à 14-15 ans et on s’est mis à aimer les poètes, tu mesures le renversement ? » confessera plus tard à des amis « Celui qui a mal tourné ».

« Des auteurs qui nourriront l’imaginaire de Brassens et l’inspireront pour composer des textes splendides et indémodables », souligne Rémi Jacobs. « Une versification, une prosodie qui exigèrent beaucoup de travail, on ne s’en rend pas compte à l’écoute de ses chansons, et pourtant… Brassens, ce grand amateur de jazz et de blues, révèle une extraordinaire habilité à poser des musiques sur les paroles de ses chansons ». D’où la question au fin connaisseur de celui chez qui tout est bon comme « tout est bon chez elle », il n’y a « Rien à jeter » : Brassens, un poète-musicien ou un musicien-poète ? « Les deux, tout à la fois », rétorque avec conviction le spécialiste patenté ! « Brassens est un musicien d’instinct, qui a cherché ses mélodies et a parfois cafouillé, mais il est arrivé à un statut de compositeur assez original. Musicien d’abord ou poète avant tout : d’une chanson l’autre, le cœur balance, il est impossible de trancher. Historiquement, hormis quelques chansons, on ne sait pas ce qui précède, chez Brassens, du texte ou de la musique ».

« Sauf le respect que je vous dois », ne sont que mécréants et médisants ceux qui prétendent que Brassens se contentait de gratouiller son instrument… « De même qu’il a su créer son style poétique, il est parvenu à imposer un style musical que l’on reconnaît d’emblée. Il me semble impossible de poser d’autres musiques sur ses textes. Par rapport à ses contemporains, tels Brel ou Ferré, il m’apparaît comme le seul à afficher une telle unité stylistique. Hormis Nougaro peut-être, plus encore que Gainsbourg… Brassens travaillait énormément ses mélodies, fidèle à son style hors des époques et du temps qui passe. D’une dextérité extraordinaire à la guitare au point que ses partenaires musiciens avaient du mal à le suivre sur scène », note Rémi Jacobs.

Un exemple ? « La chanson « Les copains d’abord » dont nous avons retrouvé le premier jet de la musique. Très éloigné du résultat que nous connaissons, la preuve qu’il a cherché longtemps avant d’arriver à cette perfection ». Et le musicologue de l’affirmer sans ambages : « Les copains d’abord ? Le bijou par excellence où Brassens révèle tout son acharnement au travail pour atteindre le sommet de son art, où il révèle surtout son génie à faire accéder ses musiques au domaine populaire dans le bon sens du terme. Ses chansons ont pénétré l’inconscient collectif, elles y demeurent quarante ans après sa disparition, elles y resteront encore longtemps pour certaines d’entre elles, comme « Les copains » ou « L’auvergnat ». Des chansons finement ciselées, au langage simple à force de labeur sur le vers et les mots ».

D’où la censure qui frappa certaines de ses chansons, jugées trop subversives et interdites de diffusion. En attestent les « cartons » des policiers des Renseignements Généraux, notant cependant que ce garçon irait loin… Il est vrai que « Le Gorille » fait fort là où ça peut faire mal ! Libertaire, anarchiste Brassens ? « Il s’élève avant tout contre l’institution, toutes les institutions, le pouvoir, tous les pouvoirs : la justice, la police, l’armée, l’église. Il suffit de réécouter « La religieuse », un texte ravageur, destructeur… Un vrai scud ! », s’esclaffe Rémi Jacobs.

Celui qui célébra « Les amoureux des bancs publics » au même titre qu’il entonna « La complainte des filles de joie » est avant tout un humaniste, tolérant, défenseur du mécréant et de la prostituée. Avec, pourtant, des sources d’inspiration étonnantes parce que récurrentes dans son oeuvre (Dieu, la mort…) et l’appel au respect d’un certain ordre moral. «  Brassens ? Un homme d’une grande pudeur, fidèle en amitié, pour qui la parole donnée est sacrée », affirme en conclusion notre interlocuteur, « un homme qui se veut libre avant tout, qui prend fait et cause pour les causes désespérées. à l’image de François Villon, le poète d’une grande authenticité et d’une grande liberté de ton qui l’inspira tout au long de sa vie ».

Georges Brassens ? Au final, un ami peut-être, un complice d’accord. Un copain d’abord qui, plus de quarante ans après, coquin de sort, nous manque encore ! Yonnel Liégeois

Le 07/11 à 16h, à la médiathèque de Tournon-Saint-Martin (36), Philippe Gitton et Sylvain Guillaumet proposent une conférence musicale en hommage à Georges Brassens : le rappel de quelques dates essentielles dans la vie de l’artiste par l’un, une douzaine de chansons interprétées par l’autre. Quarante-cinq ans après sa mort, le répertoire du Sétois suscite toujours autant d’intérêt y compris parmi les nouvelles générations. Grand prix de poésie de l’Académie française en 1967, Georges Brassens a mis en musique des poèmes de Villon, Hugo, Verlaine, Lamartine ou encore Aragon.

Poète et musicien

Qu’il soit diplômé du Conservatoire de Paris en harmonie et contrepoint pour l’un, titulaire d’un doctorat d’histoire pour l’autre, les deux l’affirment : Brassens fut tout à la fois un grand poète et un grand musicien ! Avec Brassens, les trompettes de la renommée, Rémi Jacobs et Jacques Lanfranchi signent un ouvrage passionnant et fort instructif. Un livre à double entrée aussi, analysant successivement textes et musiques. Révélant ainsi au lecteur des sources d’inspiration littéraire inconnues du grand public (Musset, Hugo, Aragon, Montaigne…), au même titre que les filiations musicales de celui qui voulait bien « mourir pour des idées », mais de mort lente : l’opérette qui connaissait encore un grand succès dans les années 30, les musiques de films, le comique troupier et surtout le jazz, celui de Sydney Bechet et de Django Reinhardt…

Un essai qui permet véritablement de rentrer dans la genèse d’une œuvre pour assister, au final, à l’éclosion d’une chanson. Deux autres livres à retenir : Le libertaire de la chanson de Clémentine Deroudille qui narre par le menu la vie du poète, le Brassens de Joann Sfar qui illustre les chansons écrites et enregistrées par celui qui souffla plus d’une « Tempête dans le bénitier ». Y.L.

Elle est à toi, cette chanson…

Diffusé en exclusivité à la Fnac, le coffret de quatre albums Georges Brassens, elle est à toi cette chanson… conçu par Françoise Canetti surprendra les oreilles de celles et ceux qui pensent avoir écumé l’ensemble de l’œuvre.

Le premier album permet, explique Françoise Canetti « de découvrir Brassens autrement, à travers ses interprètes », pour damer le pion à celles et ceux persuadé·es qu’avec Brassens, deux accords de guitare et un « pom pom pom » final suffisent. « Mon père disait que ceux qui pensaient ça avaient vraiment des oreilles de lavabo, sourit Françoise Canetti. C’était en fait un immense mélodiste et les arrangements jazz, rock ou encore blues d’Arthur H, Sandra Nkake, Olivia Ruiz, Françoise Hardy ou encore Nina Simone révèlent toute la force de ces mélodies. »

Le deuxième album est consacré aux années Trois baudets, ces fameux débuts dans lesquels Brassens doit être littéralement poussé sur scène par Jacques Canetti. « Mon père a créé le phénomène d’artistes-interprètes, poussant les auteurs de chansons à interpréter leurs textes, parce qu’il croyait en eux, explique Françoise Canetti. Brassens, Brel, Vian : tous étaient à la base très mal à l’aise de se donner en spectacle mais mon père les encourageait avec bienveillance, parce qu’il avait vu leur immense potentiel. C’était un accoucheur de talent, qui ne dirigeait pas ses artistes comme d’autres dans le show business mais préférait suggérer en posant des questions, du type : Georges, pensez-vous que cette chanson soit à la bonne tonalité ? De fait, Brassens, qui aimait donner des surnoms à tout le monde, l’appelait Socrate. » Dans cet album, au milieu des classiques sont intercalées des morceaux d’interviews de l’artiste particulièrement émouvants.

Le troisième album est consacré aux artistes des premières parties de Brassens (Boby Lapointe, Maxime Le Forestier, Barbara, Rosita…) pour souligner le grand sens de l’amitié du chanteur. « Il s’est toujours rappelé que Patachou en premier puis mon père lui avaient tendu la main vers le succès et a mis un point d’honneur à faire de même pour de nombreux artistes débutant en retour. » Quant au quatrième CD, il rend grâce à son inséparable meilleur ami, le poète René Fallet. Une série de textes amoureux inédits de l’homme de lettres, mis en musique, à la demande de Brassens, par la mère de Françoise Canetti Lucienne Vernet, sont interprétés par Pierre Arditi. Exquis ! Anna Cuxac, in le magazine Causette (21/10/21)

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Nevers, le jazz au fil de Loire

Du 07 au 14/11, à Nevers (58) se déroule la 40ème édition du festival D’Jazz. Des musiciens de renommée internationale aux artistes locaux, une quarantaine de concerts à l’affiche : de Séismes en ouverture à Biréli Lagrène en clôture… Rencontre avec Roger Fontanel, le créateur et directeur.

Yonnel Liégeois – Le 07/11, Nevers inaugure la 40ème édition de son festival. Comment expliquez-vous son succès et sa longévité ?

Roger Fontanel – Une ligne artistique maintenue durant toutes ces décennies, un travail sur la durée et sur le territoire, une attention permanente à la jeune scène créative ainsi qu’une alchimie de programmation offrant au public néophyte plusieurs clés d’entrée ont installé ce festival dans le paysage local, départemental, régional et bien au-delà ! Ces choix assumés ont permis de créer un lien très fort avec le public qui nous fait confiance. Par ailleurs l’ancrage professionnel (national et européen) du festival comme la part militante de notre action depuis le début ne sont sans doute pas étrangers au succès que l’on veut bien nous reconnaitre.

Y.L. – Nevers ne semble pas une ville spécialement réputée pour sa culture musicale. Quelles convictions vous animez lors de la création de D’jazz ?

R.F. – Ce jugement ne correspond pas à la réalité. Comme toute ville moyenne, Nevers a su développer une vie musicale riche associant amateurs et professionnels à travers différents ensembles dont certains issus du Conservatoire. Par ailleurs, Nevers fut longtemps identifié comme « Cité du rock » avec les formations emblématiques comme les Tambours du Bronx, les Shredded Ermines et d’autres formations aujourd’hui disparues qui ont fait aussi les beaux jours d’un autre festival sur le territoire « Nevers à vif » qui se déroule chaque année début novembre. Le D’Jazz Nevers Festival (créé en 1987 sous l’appellation Rencontres internationales de jazz de Nevers) est née de la volonté d’offrir un temps fort consacré aux jazz et musiques improvisées avec l’objectif affiché de pouvoir mobiliser un plus vaste public que lors de concerts isolés. Formé au sein des établissements de la décentralisation culturelle, j’ai pu aussi penser ce festival au sein d’une action plus grande en direction de l’ensemble des publics.

Séismes © Flavie Herbreteau

Y.L. – Et vous, votre propre parcours musical : comme Obélix, vous êtes tombé dedans tout petit ?

R.F. – Tout petit non, mais plutôt vers mes 20 ans…et dans le prolongement de la découverte du jazz rock, de la musique de « l’école de Canterburry », des musiques improvisées européennes. S’en suit un intérêt plus marqué sur la scène française et européenne qui a constitué l’essentiel de la ligne artistique du festival.

Airelle Besson et Lionel Suarez. ©Lucille Reyboz

Y.L. – Interprètes et/ou compositeurs : vos têtes d’affiche, d’hier à aujourd’hui ?

R.F. – Le festival ne s’est jamais pensé comme un festival de têtes d’affiches, même si au sein des 30 à 40 concerts proposés chaque année, nous veillons aussi à la présence d’artistes médiatiquement plus identifiés, en veillant à ne pas compromettre la cohérence globale du festival. Donc, la consultation des archives de notre site répondra à cette question !

Helene Duret BRUT Ensemble ©Maxime Francois

Y.L. – La France compte nombre de musiciens talentueux, alors que les clubs et salles de concert se raréfient : votre regard sur cette situation critique ?

R.F. – La tentation pourrait être de tenir un discours corporatiste ne traitant que de cette discipline artistique alors que ce constat ou plus précisément la place des artistes (compagnies, ensembles, etc…) renvoie aussi à la question des politiques publiques pour la culture. Concernant la spécificité du jazz (la plus savante des musiques populaires ou la plus populaire des musiques savante pour reprendre une formule souvent utilisée) et des musiques improvisés quant aux enjeux de la diffusion mais aussi de soutien à création, force est bien de constater qu’après une période de structuration intense des réseaux de diffusion (Afijma, FSJ ) dans les années 90 (devenu AJC plus tard) , donc aussi de création de nouveaux lieux, cette dynamique toujours vertueuse  ne peut pas répondre à tous les enjeux actuels comme la fragilisation budgétaire de certaines structures mais aussi et surtout l’explosion de nouveaux talents, conséquence directe de la politique de formation engagée dans le conservatoires et autres structures de formation. Assurément nous devrons sans doute collectivement être particulièrement vigilants sur les orientations des politiques culturelles à venir en rappelant tant les enjeux que l’ensemble des revendications d’un secteur déjà fragilisé.

Trenet en passant: André Minvielle ©Jean-Baptiste Millot

Y.L. – Vous avez décidé de passer la main au final de cette 40ème édition : vos bonheurs d’une saison à l’autre, comment envisagez-vous l’avenir ?

R.F. – Une satisfaction, celle d’avoir installé une telle manifestation dans le paysage national à Nevers et d’avoir accompagné pléthore de musiciens et musiciennes dans leurs projets, mais aussi de l’avoir inscrit dans un projet plus vaste de Pôle de référence jazz en Bourgogne Franche Comté au côté d’une saison à Nevers et dans la Nièvre et d’une action de structuration territoriale sur l’ensemble des 8 départements de la Région. Le seul avenir qui compte à mes yeux ? La poursuite de cette belle aventure, le développement d’un projet original par une autre direction qui, je le souhaite, continuera d’avoir toujours un regard des plus attentifs sur la scène actuelle. Propos recueillis par Yonnel Liégeois

D’Jazz Nevers festival : du 07 au 14/11. Du jazz, des musiques improvisées, des rendez-vous gratuits, des concerts à petits prix et des double plateaux en des lieux emblématiques de Nevers et de l’agglomération. Big Bang, 3 bis place des Reines de Pologne, 58000 Nevers (Tél. : 03.86.57.00.00). Contact : billetterie en ligne .

Elegant People : Biréli Lagrène ©Adrien Berthet

Durant et autour du festival, voir ou écouter :

– Le 06/11, à 12h15 et 15h15 : en compagnie du groupe Superpêche, visite guidée et musicale de la cathédrale

– Le 10/11 à 19h, théâtre municipal : l’émission Au coeur du jazz, en direct sur France Musique

– Le 11/11 à 15h, La Maison : projection du documentaire Quelques notes sur la liberté en hommage à Michel Portal

– Jusqu’au 22/11, médiathèque Jean-Jaurès : l’exposition Miles Davis à travers les pochettes de ses vinyles

– Jusqu’au 31/12, musée de la Faïence et des Beaux-Arts : l’exposition 40 frissons de D’Jazz, déclics photographiques

D’Jazz, le 40ème rugissant !

Pour célébrer et marquer le quarantième anniversaire du festival, paraît D’Jazz Nevers 40 éditions, témoignages d’une aventure en région (le 12/11, à 15h au théâtre municipal, présentation du livre). Un ouvrage écrit à huit mains, enrichi par huit regards de fidèles photographes. Au fil des pages, se révèle l’histoire singulière du festival à travers différentes approches : sa place dans l’époque, le regard porté par les professionnels, le rôle des politiques publiques et l’histoire du parcours de Roger Fontanel (96 pages, 20€ en précommande jusqu’au 06/11, 25€ durant le festival).

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Les gros cartonnent fort !

Le 25/10 à 22h30 sur France 4, au théâtre La Pépinière (75) jusqu’en janvier 2027, Pierre Guillois et Olivier Martin-Salvan présentent Les gros patinent bien. Molière 2022 du meilleur spectacle de théâtre public, une comédie hilarante qui ne quitte plus l’affiche ! Une histoire de cartons loufoque et inénarrable, d’une originalité déconcertante, à l’humour inégalé.

D’abord, ils ne sont pas si gros qu’on le dit, l’un d’eux offre même l’image d’un grand échalas, avec pas grand chose sur la peau sinon son slip de compétition, d’une élégance approximative ! Quant à l’autre, s’il paraît quelque peu empâté, c’est qu’il ne quitte pas son siège de fortune durant toute la représentation… Et les deux, Pierre Guillois et Olivier Martin-Salvan cartonnent fort, d’une énergie débordante sans une minute de répit. Envahis, dépassés, submergés par des centaines de cartons, petite ou grande taille, dans un spectacle à l’originalité déconcertante !

Récompensé en 2022 du Molière du meilleur spectacle de théâtre public, depuis lors Les gros patinent bien n’a jamais quitté l’affiche, écumant toutes les salles de Paris et de Navarre, plébiscité par un public conquis par son esprit de créativité, la qualité de son interprétation réglée au cordeau, sa dose d’humour inégalée ! L’histoire ? Loufoque et inénarrable, en raison de dialogues distillés au compte-goutte et dans une langue absconse, à cause de multiples rebondissements sans queue ni tête (enfin, pas tout le temps…) à la suite de la pêche inattendue d’une sirène dans les eaux du grand nord, au final un amour éperdu pour la belle aux senteurs poissonnières qui entraîne son amoureux d’un continent l’autre, de conquêtes en défaites, d’illusions en déboires, de rebondissements plus abracadabrantesques les uns que les autres… Pour tout décor et expression, des bouts de carton qui défilent à grande vitesse, dessus leur signification et destination inscrites à l’encre noire : de quoi « seicher » l’imaginaire du public… En fin de représentation, une grande marée de pâte à papier submerge la scène !

Cartoonesques sans limite, hilarants jusqu’au débordement en rires pleureurs, les deux compères, Laurel et Hardy des temps modernes, ne reculent devant aucune excentricité, offrant aux spectateurs une pochade jubilatoire qui, sous couvert de gags dignes des plus grands fantaisistes, ne manque pourtant point de poésie. Vraiment à ne manquer sous aucun prétexte, pour petits et grands qui s’en souviendront longtemps, promesse de poissonnier ! Yonnel Liégeois, photos Fabienne Rappeneau

Les gros patinent bien, de et avec Pierre Guillois et Olivier Martin-Seban : jusqu’au 03/01/27, le mardi à 19h et les samedi/dimanche à 15h. En alternance avec Pierre Thionois, Jonathan Pinto-Rocha, Didier Boulle, Pierre Delage, Clément Deboeur, Alexandre Barbe, Édouard Penaud et Félix Villemur. La Pépinière, 7 Rue Louis le Grand, 75002 Paris (Tél. : 01.42.61.44.16). Enregistré au Théâtre du Peuple de Bussang, le spectacle est disponible jusqu’au 02/11 sur le site France TV.

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Petites filles et grands défis

Au Tandem de Douai (59), Joël Pommerat présente Les petites filles modernes (titre provisoire). Entre fantasme et réalité, fiction et friction, le choc de deux mondes : celui d’adolescentes en rébellion et celui des adultes. Un spectacle déroutant.

Sur la scène du Tandem de Douai, entre musique – danse et cinéma, un trou noir d’une profondeur angoissante et caverneuse… Du plus lointain, à peine perceptibles dans un rai de lumière, s’avancent deux frêles silhouettes, Deux petites filles modernes. En cette atmosphère inquiétante, toute de noir et blanc, chère au regretté Claude Régy, le décor est planté. Minimaliste, étrange et déroutant.

D’abord une querelle, comme il y en a tant et tant dans les cours de récréation… Deux gamines qui se prennent la tête pour des futilités, déterminées à se crêper le chignon ! Jade ne cesse de harceler Marjorie et, malgré remontrances et avertissements, poursuit son travail de sape jusqu’à son renvoi du collège. Peu importe, les deux filles habitant à proximité, elle s’introduit un soir chez sa jeune voisine et profère des menaces de mort. Curieusement, le dialogue s’engage enfin et les querelles intestines virent très vite en amitié profonde entre elles deux, suite à d’étranges et surprenantes révélations : la nuit venue, les parents de Marjorie se transformeraient en horribles monstres ! Et de se retrouver alors, chaque soir, le jour tombant, pour se raconter des histoires…

Qui se mêlent et s’entremêlent avec d’autres, dans le clair-obscur du plateau : une créature enfermée à vie « dans une boîte métallique sans boire ni dormir », un jeune homme condamné au silence s’il veut la libérer… Du quotidien fantasmé à l’extra-ordinaire banalisé, on ne sait quoi penser entre amitié colorée et noirceur de l’existence ! Entre grosse peluche et silhouettes inquiétantes des parents, la guerre des mondes est engagée entre les adultes et les deux petites filles modernes. Des images hallucinées et hallucinantes qui passent pour la vraie vie, des dialogues imaginaires et complètement décalés, un duo d’une fantastique présence (Coraline Kerléo, Marie Malaquias), une scénographie d’une obscure luminosité !

Un spectacle désarçonnant, déroutant de Joël Pommerat, qui exige l’attention soutenue du spectateur et l’invite tout à la fois à lâcher prise, du grand art dans la mise en scène. Contre le cauchemar et la mort, l’imaginaire, le conte et le rêve qui transfigurent l’espace et le temps. Entre fabuleuses éclaircies et trous noirs, sombre réalité et fulgurances poétiques, l’imprévisible et le provisoire dans l’amour ou l’amitié : ainsi va la vie pour chacune et chacun. Yonnel Liégeois, photos Agathe Pommerat

Les petites filles modernes (titre provisoire), Joël Pommerat : Du 14 au 16/10, les mercredi et vendredi à 19h30, le jeudi à 20h30. Tandem, Scène nationale, Place du Barlet, 59 500 Douai (Tél. : 09.71.00.56.78).

Du 12 au 15/11, au théâtre Vidy de Lausanne. Les 26 et 27/11, au théâtre Jean Vilar de Suresnes. Les 16 et 17/12, à la Comète de Châlons-en-Champagne. Du 10 au 16/01/27, au théâtre de la Cité à Toulouse. Du 25/02 au 14/03, au théâtre du Rond-Point à Paris.

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Châtillon, le fluid’art de Boscarino

Jusqu’au 31/10, à Châtillon-sur-Indre (36), la médiathèque expose les œuvres de Robert Boscarino. Des tableaux surgis du fluid’art, des peintures où les couleurs explosent au gré de l’inspiration.

La technique est importée des États-Unis, il n’y a pas besoin de pinceaux : ce style de peinture se nomme Fluid’art ou Acrylic pouring. Tout l’art consiste à verser la peinture sur la toile et selon la fluidité, la composition du mélange et la façon de procéder, les résultats peuvent être stupéfiants avec d’infinies possibilités !

Robert Boscarino a déjà présenté ses œuvres dans plusieurs médiathèques et autres lieux d’exposition. Autodidacte complet, il s’attelle à maîtriser une technique qui consiste à travailler la peinture à l’aide de divers objets du quotidien. Sèche-cheveux, billes, fourchettes, chaînettes, boîtes d’oeufs, passoire, souffleurs, pailles, ou tout autre ustensile, donnent vie aux tableaux… Ce sont les mouvements imprimés par le matériel et les gestes du peintre qui déterminent le résultat. « Lorsque je commence un tableau, je ne pars pas avec une idée précise. Mais parfois, au fil de sa composition, une idée émerge à partir de ce qui prend forme » commente le plasticien.

Toile après toile, Robert Boscarino s’est approprié ce style de peinture. « Cette technique est accessible à tout le monde, je ne me considère pas comme un peintre », relativise-t-il. Encore faut-il une bonne dose d’inspiration, de sensibilité et d’inventivité, qualités essentielles sans lesquelles il ne peut y avoir de création ! Ce qui n’a pas échappé à l’entourage de Robert Boscarino, l’encourageant à persévérer et à montrer sa production. Sans nul doute, c’est avec plaisir que les visiteurs se laisseront porter au gré de leur imaginaire, tant couleurs et motifs abstraits invitent à moult interprétations. Philippe Gitton

Exposition Robert Boscarino : jusqu’au 31/10, du mardi au samedi 10h-12h/15h-17h30, le vendredi 10h-12h/15h-17h. La médiathèque François Rabelais, 8 place John Stewart de Buchan, 36700 Châtillon-sur-Indre (Tél. : 02.54.38.92.13).

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Ariane, la fée du Lucernaire

Au théâtre du Lucernaire (75), Ariane Ascaride propose Touchée par les fées. Sur un récit de vie confié à Marie Desplechin, entre humour et émotion, pétulance et autodérision, la comédienne égrène ses souvenirs. De l’enfance à l’aujourd’hui, une déclaration d’amour à la scène pour la gamine issue des milieux populaires de Marseille.

Comme pour d’autres avant elle, la valeur n’a point attendu le nombre des années ! De là à prétendre que la jeune Ariane fut une âme bien née, il ne faut tout de même pas abuser… Dès l’enfance, la gamine foule les planches. Sous la houlette du padre, son napolitain de père, coiffeur de métier mais directeur-metteur en scène d’une troupe de théâtre amateur… Le bel italien, tombeur de ces dames au grand dam de son épouse au point que le couple n’échangera plus une seule parole au fil de leur vie commune, est alors fier de sa fille. Dans ce quartier populaire de Marseille, pour la famille Ascaride, à défaut de la misère, la pauvreté a droit de cité. Le pastis et le drapeau rouge aussi, coco de père en fille, la culture également : le théâtre de Bretch pour le maître barbier, les grands airs d’opéra pour la mère de famille.

Entre représentations théâtrales et séances de tournage, d’un rendez-vous l’autre au fil d’un petit noir ou d’une tasse de thé, Ariane Ascaride a confié quelques séquences de vie marquantes à la romancière Marie Desplechin, son amie et complice. Pour offrir au final Touchée par les fées, fada en langage méridional, un récit chargé d’un lourd vécu oscillant entre soleil lumineux de la Canebière et grisailles d’un quotidien assombri par les querelles familiales, grands bonheurs de la petite enfance et amours interdites d’un père dont il sera longtemps fait silence.

« Je viens une dernière fois convoquer ces personnages, des êtres simples mais capables de croire aux fées, aux sorcières, aux anges », confie Ariane l’espiègle qui n’en perd jamais ni son humour, ni son latin ! Qui se veut témoin d’un héritage complexe, « la vie d’hommes et de femmes qui laissent à leurs descendants des pépites d’or et de bouts de charbon ». Une parole, superbement animée et chantée sous la houlette de Thierry Thieû Niang, talentueux metteur en scène : quelques valises à souvenirs, une dizaine d’images accrochées aux épingles à linge, trois bouts d’étoffe et un doudou, enthousiasme et optimisme à foison, la magie opère, plaisir et émotion sont à l’affiche du Lucernaire.

Formidable conteuse, la Jeannette de Robert Guédiguian, duo gagnant italo-arménien, n’a rien perdu de sa générosité, de sa verve et de sa spontanéité. Sous la plume gracieuse de Marie Desplechin et le regard aérien de Thierry Thieû Niang, l’attrait de l’à-venir l’emporte sur la nostalgie du temps écoulé. Entre révoltes, douleurs et combats, entre la folle passion des planches et l’amour du grand écran, un spectacle d’où l’on ressort grandi et ragaillardi ! Yonnel Liégeois, photos Louie Salto

Touchée par les fées, Ariane Ascaride : jusqu’au 15/11, du mercredi au samedi à 21h, le dimanche à 18h. Le Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris (Tél. : 01.45.44.57.34).

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Limoges, les zèbres font de la résistance

Du 23/09 au 03/10 à Limoges (87), les Zébrures, festival des écritures et des créations théâtrales, fêtent la francophonie. Durant dix jours, la capitale du Limousin s’affiche comme la ville-monde de la planète francophone. Comme un temps de résistance aussi, à l’heure des budgets tranchés à la hache et des financements qui s’évaporent.

Il y a mille raisons de se rendre à Limoges : la découverte de la « ville rouge », lieu mythique de puissantes luttes ouvrières et siège constitutif de la CGT en 1895… La découverte de la ville d’art, reconnue mondialement pour ses émaux et sa porcelaine depuis le XIIème siècle… La découverte, enfin, de l’espace francophone imaginé il y a plus de quarante ans, sous l’égide conjuguée de Monique Blin et Pierre Debauche, alors directeur du Centre dramatique national du Limousin ! Reconnus aujourd’hui sur la scène théâtrale, de jeunes talents y ont fait leurs premiers pas : Robert Lepage, Wajdi Mouawad…

« Qu’un grand rendez-vous destiné aux auteurs et autrices dramatiques des cinq continents d’expression francophone puisse se tenir hors Paris constituait déjà un exploit, qu’il s’impose au fil du temps comme une référence mondiale pouvait relever de l’utopie ! », témoigne avec fierté Alain Van der Malière, le président des Francophonies. Désormais, aux côtés de la nouvelle Cité internationale de la langue française de Villers-Cotterêts et du réseau actif constitué avec la Cité internationale des arts de Paris et La Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon, « il est absolument nécessaire de protéger cette halte singulière qui nous apprend ou nous rappelle cette manière poétique d’être au monde » selon le propos de Felwine Sarr énoncé en 2024. Aussi, pour les amoureux des belles lettres comme de la belle langue, le rendez-vous est immanquable : rencontres et débats, expos et lectures, musique et chanson, cinéma et théâtre sont au menu. Autant de propositions artistiques pour célébrer la francophonie et son pouvoir de création, de mots accouchés en mots bigarrés dans une riche palette multiculturelle !

Désormais rendez-vous incontournable à l’affiche de l’hexagone, les Zébrures, festival des écritures et des créations francophones, imposent leurs singularités langagières et leurs richesses culturelles. De la Belgique au Sénégal, de Haïti au Québec, de la Guadeloupe au Burkina Faso, du Liban à la Roumanie, du Congo à La Réunion, de la Martinique à la Slovaquie, de la Côte d’Ivoire au Pakistan, de la Jamaïque à la Corée du Sud, de la Turquie à la Serbie, du 23 septembre au 03 octobre, ils sont venus, ils sont tous là ! NON, PAS TOUS… « En dernière minute, nous avons dû annuler la programmation de Requiem pour un théâtre, une création proposée par une compagnie indienne pour laquelle les moyens nécessaires n’ont pas été rassemblés », constate amèrement Hassane Kassi Kouyaté, le directeur des Francophonies. « Dans un monde de crises et face à l’adversité financière, nous refusons de nous avouer vaincus : on nous prédit la disparition du théâtre ? Nous répondons par l’insoumission, nous allumons les feux de la résistance ». Et le maître burkinabè, descendant d’une famille de griots, de conclure « ce festival est plus que jamais nécessaire. Il est un miroir tendu à l’humanité (…), un espace où les peurs peuvent être nommées et les espoirs, même les plus utopiques, peuvent éclore ». Qui, entre résignation et combativité, sagesse et folie, a composé encore une fois, et malgré tout, une programmation très riche !

Outre la remise du Prix SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) de la dramaturgie francophone et du Prix RFI Théâtre, moult débats sont à l’affiche de cette 43ème édition. Les créations théâtrales qui scandent les temps forts du festival se déploient de la Maison des Francophonies à l’Espace Noriac, des Centres culturels municipaux à l’auditorium Sophie Dessus d’Uzerche, du Théâtre de l’Union au Grand théâtre de Limoges, du théâtre Jean Lurçat d’Aubusson au Centre international de la caricature et du dessin de presse de Saint-Just-le-Martel… De 5 à 25€ pour tous les spectacles, l’expérience initiée en 2024 est reconduite : les tarifs d’entrée sont libres, sans justificatif d’âge ou de ressources. En fonction des possibilités de chacun pour que toutes et tous, sans barrières ni frontières, puissent partir à la découverte d’autres horizons, osent emprunter ces chemins de traverse qui ouvrent à l’imaginaire, à l’autre, à l’ailleurs… Les Francophonies de Limoges ? Un hymne au Franc parler où l’on danse et chante le Tout-Monde selon le regretté Édouard Glissant, l’humanité créolisée et la fraternité partagée. Yonnel Liégeois

Les zébrures, festival des écritures et des créations francophones : du 23/09 au 03/10. La Maison des Francophonies, 11 avenue du Général-de-Gaulle, 87000 Limoges (Tél : 05.55.10.90.10).

« Le monde entier vient à Limoges pour créer de nouveaux espoirs en termes de création mais aussi d’ouverture des esprits et d’ouverture des cœurs (…) Limoges est le seul lieu de création théâtrale francophone (…) Notre objectif ? Que celles et ceux qui participent au festival en ressortent différents, qu’ils fassent toutes les découvertes qu’ils souhaitent. L’argent ne peut être un frein ». Hassane Kassi Kouyaté, metteur en scène et directeur

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Annick Cisaruk, Ferré revisité

Le 16/09 au Kibélé (75) et le 25/09 à Marcq-en-Barœul (59), Annick Cisaruk et David Venitucci revisitent le répertoire de Léo Ferré. Riche des arrangements de l’accordéoniste, un récital à forte intensité servi par la gouaille de la comédienne et chanteuse qui épouse révolte et poésie du libertaire à la crinière blanche.

Il le disait, le proclamait, le chantait, le bel et grand Léo… « Avec le temps… Avec le temps va tout s’en va On oublie le visage, et l’on oublie la voix« , murmurait Ferré au micro, visage en gros plan dans la lumière tamisée des projecteurs. Peut-être, oui, probablement et pourtant Annick, la gamine de quinze ans groupie de Sheila en ce temps-là, n’a rien oublié, ne peut pas oublier comme le chante Jacques Brel, un autre monument de la chanson ! Bourse du travail à Lyon, haut-lieu de concerts en ses années de jeunesse, une place de récital offerte par son frère… Le chanteur à la crinière blanche entonne L’albatros, le poème de Baudelaire qu’il a mis en musique. « Je suis complètement fascinée, fracassée, je décolle », avoue Annick Cisaruk, des années plus tard l’émotion toujours aussi vive à l’évocation de l’anecdote.

Public collé-serré, ambiance des années 60 dans les caves à musique, le piano à bretelles entame sa litanie. Jusqu’à ce que la dame en noir enchaîne de la voix sur la scène du Kibélé… Regard complice, œil malicieux, gambettes au diapason, c’est parti pour un tour de chant de plus d’une heure. La Cisaruk ne fait pas du Ferré, elle habite Ferré, convaincante, émouvante ! Osant visiter l’ensemble de la carrière chansonnière du libertaire natif de Monaco en 1916, d’un père employé de la Société des bains de mer et d’une maman couturière, célébrant la femme et l’amour, la révolte et la liberté, la poésie en compagnie de Baudelaire et Rimbaud, Apollinaire et Aragon, autant d’auteurs qu’il orchestre avec un incroyable génie mélodique… « En illustrant ainsi toutes les facettes du répertoire de Léo Ferré, je veux donner à aimer un poète visionnaire et un compositeur universel », confesse Annick Cisaruk avec tendresse et passion, « pour moi, Léo Ferré demeure le plus important parmi les grands auteurs-compositeurs du XXème siècle ».

Avec Didier-Georges Gabily le grand auteur dramatique trop tôt disparu, son amour de jeunesse, la belle interprète aura découvert théâtre et littérature. En 1981, elle entre au Conservatoire de Paris. Sous la direction de Marcel Bluwal, elle joue Le Petit Mahagonny de Brecht au côté d’Ariane Ascaride, régulièrement elle foulera les planches sous la houlette de Giorgio Strehler et Benno Besson. Derrière le micro, elle fait les premières parties des récitals de Pia Colombo et Juliette Gréco. D’hier à aujourd’hui, Annick Cisaruk cultive ses talents avec la même passion. Toujours elle aura mêlé chant, théâtre, comédie musicale. Reconnaissant toutefois, sans honte ni remords, sa détestation de l’accordéon jusqu’à sa rencontre, amoureuse et musicale, avec les doigts d’orfèvre de David Venitucci ! Du classique au jazz, en passant par la variété, d’une touche l’autre, le musicien compose et libère moult mélodies enchanteresses. Depuis lors, lorsqu’il n’accompagne pas Patricia Petibon ou Renaud Garcia-Fons, Michèle Bernard à la chanson ou Ariane Ascaride au théâtre, en duo ils écument petites et grandes scènes. « Je prends tout de la vie », affirme avec conviction la fiancée du poète, « de l’Olympia au caboulot de quartier, j’éprouve autant de bonheur et de plaisir à chanter ».

Outre Ferré, Annick Cisaruk a conçu un spectacle autour des textes de Louis Aragon, « Qu’est-ce qu’il m’arrive ? ». Toujours sur des compositions originales de David Venitucci, un nouvel éclairage sur l’œuvre majeure du grand poète… Enfin, entre répétitions et récitals, jamais en panne de créativité, la belle ingénue s’immerge dans l’univers de Serge Reggiani, textes-peintures et lettres. C’est moi, c’est l’Italien / Est-ce qu’il y a quelqu’un ? / Ouvre-moi, ouvrez-moi la porte… En coulisse, musique et chanson, se peufine un vibrant hommage à l’inoubliable interprète et comédien. Silenzio, bocca chiusa ! Yonnel Liégeois

Où va cet univers ? Un hommage vibrant à Léo Ferré, Annick Cisaruk et David Venitucci : les 16/09 et 18/11, à 19h30. Le Kibélé, 12 rue de L’échiquier, 75010 Paris (résa indispensable : 01.82.01.65.99). Le 25/09, à 20h00 : Théâtre Colisée Lumière, 56 rue Montgolfier, 59700 Marcq-en-Barœul (réservation indispensable : 03.20.31.37.17 ou sur le site de Marcq-en-Baroeul).

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Aragon, Elsa et Mesnager

À Saint-Arnoult-en-Yvelines (78), le plasticien Jérôme Mesnager investit la Maison Elsa Triolet-Aragon. Philosophe et professeur émérite à l’université de Grenoble, Daniel Bougnoux a dirigé l’édition des Œuvres romanesques complètes d’Aragon dans l’emblématique collection La Pléiade : 15 ans de travail pour 5 volumes.

Yonnel Liégeois – Disparu en 1982, Louis Aragon nous lègue une oeuvre considérable. Grâce à la chanson, sa poésie est mieux connue du grand public que son œuvre romanesque. Selon vous, un bienfait ou une injustice ?
Daniel Bougnoux – Les chansons tirées des poèmes d’Aragon (plus de deux-cents aujourd’hui) ont fait beaucoup pour la diffusion de son œuvre qui, pour moi-aussi, est d’abord entrée par les oreilles ! Cette mise en musique privilégie évidemment ses poèmes réguliers, et risque donc de donner de lui une image plus sage ou harmonieuse que d’autres textes, poétiques ou romanesques, qui se prêtent moins à la mise en chansons. Le chant constitue toujours pour Aragon le critère du bien écrire : il appelle poésie d’abord ce qui chante, et cette oralité heureuse traverse tous ses textes. Ce musicien avait l’oreille absolue !

Y.L. – A propos de Céline, on parle de révolution dans l’écriture romanesque. Qu’en est-il chez Aragon ?
D.B. – Si Aragon n’est pas repéré dans l’histoire littéraire comme un inventeur de formes, l’invention concerne en revanche chez lui les images dont fourmillent ses textes, les personnages ou les intrigues. C’est aussi quelqu’un qui toute sa vie s’est réinventé, ne réécrivant jamais le même livre, passant d’un genre à l’autre (la poésie, le roman, l’essai critique ou théorique, le journalisme…) avec une souveraineté déconcertante car il excelle dans tous, et il excelle surtout à les mêler, à les féconder les uns par les autres : Aragon ou la confusion des genres ! Le roman, terme qu’il inscrit dans quatre de ses titres, nomme justement cette orgie potentielle des mots, une sarabande de personnages et de situations telle qu’on risque, à première lecture, de perdre pied (dans « Les Communistes » ou « La Semaine sainte » par exemple) mais il faut perdre, « perdre vraiment pour laisser place à la trouvaille » comme dit Apollinaire, souvent cité par lui.

Y.L. – Selon vous, l’image du grand homme en littérature souffre-t-elle encore de celle de l’homme politique ?
D.B. – Il est certain que l’image et l’œuvre d’Aragon demeurent enfouies dans les décombres du communisme, dont il faut le désincarcérer pour lui rendre justice. Quel contre-sens d’en faire un apparatchik coupable d’avoir produit une littérature « aux ordres » ! Aragon n’a cessé de se battre, dans le surréalisme puis le PCF, pour élargir et renouveler la doctrine, pour faire entrer de l’air et du jeu là où les choses risquaient chaque fois de se figer en idéologie ou en recette. Son style autant que son personnage proposent, à chaque époque ou à chaque page, des leçons de non-conformisme, il est d’abord pour moi un professeur de liberté.

Y.L. – Quel premier roman conseilleriez-vous à un lecteur peu coutumier de l’écriture d’Aragon ?
D.B. – Il me semble qu’« Aurélien » (1944) ou « Les Voyageurs de l’impériale » (achevé en 1939) ont un charme prenant et irrésistible. A condition qu’on accepte, ou épouse, le temps de la rêverie c’est-à-dire de l’approfondissement d’une conscience qui se cherche, et médite, au fil de la plume : Aragon étudie par le roman la formation de la conscience dans l’homme, il s’en sert pour saisir « comment cela marche, une tête ». Admirable programme, toujours à reprendre !

Y.L. – En quoi Louis Aragon peut-il être encore parole d’avenir pour un lecteur du troisième millénaire ?
D.B. – Aragon a vécu avec le désir de l’avenir, c’est-à-dire de ce qui nous démentira, ou nous étonnera, et il met toute sa passion à guetter l’emploi que les hommes font du temps, et ce que le passage du temps nous fait en retour. Il n’y a donc pas prescription pour cela, non plus que pour des affects fondamentaux qui sont de tous les âges, l’amour, la jalousie, la fraternité, l’espoir ou le désespoir. Aragon est passé maître dans l’expression des sentiments, il sait fixer mieux que personne leurs délicates nuances. Or ces mondes charnels ou sentimentaux sont plus que jamais la chose à défendre dans une société où le profit et la consommation dominent.

Y.L. – Vous avez signé aussi un décapant essai, « Aragon, la confusion des genres ». Qui pose un regard critique, mais bienveillant et érudit sur l’œuvre et l’homme…
D.B. – Je tenais, en marge des cinq volumes de l’édition de La Pléiade (qui m’a occupé une quinzaine d’années), à dire ma propre relation à cette œuvre et à cet homme, avec lequel j’aurai eu moi-même « un roman » ! Et puis parler aussi du poète, ou de l’essayiste, confronter par exemple Aragon avec Derrida, avec Althusser au destin autrement tragique, ou encore avec les peintres, ou avec Breton. Le titre choisi, « Aragon, la confusion des genres », pointait aussi la question du genre sexuel : Aragon brouille les frontières entre le masculin et le féminin, et cela entre pour beaucoup dans l’attirance ou la détestation qu’il suscite. Bref, ce petit livre est un peu le « making of » des cinq volumes de La Pléiade, on y croise un Aragon plus intime, parfois choquant mais toujours très touchant. Le principe de la collection « L’un et l’autre » imaginée par Jean-Bertrand Pontalis, où un auteur est invité à écrire ce que lui fait penser et dire un autre auteur, me convenait parfaitement. Propos recueillis par Yonnel Liégeois

Louis Aragon, l’intégrale des œuvres romanesques : cinq volumes. Édition publiée sous la direction de Daniel Bougnoux avec la collaboration de Philippe Forest, Raphaël Lafhail-Molino, Bernard Leuilliot, Nathalie Piégay-Gros.

Elsa Triolet, l’intégrale de ses œuvres : seize titres, avec ses traductions théâtrales de Tchékhov (La cerisaie, La mouette, Les méfaits du tabac et autres pièces en un acte, Platonov).

Mesnager, le blanc en mouvement

Jérôme Mesnager entre en 1974 à l’école Boulle. En 1979, il suit les cours de bande dessinée d’Yves Got et de Georges Pichard, professeurs à l’École supérieure des arts appliqués Duperré. En 1982, il est l’un des fondateurs de Zig-Zag, un groupe d’une dizaine de très jeunes artistes en « zig-zag dans la jungle des villes » qui décident d’occuper la rue en dessinant des graffitis et, aussi, d’occuper brièvement, le temps d’une performance artistique, des usines désaffectées. Le 16 janvier 1983, il invente l’Homme en blanc, « un symbole de lumière, de force et de paix ».

Jérôme Mesnager, Da balaïa, 1989, acrylique sur toile, 210 × 390 cm

Cette silhouette blanche aussi appelée « Corps blanc » ou « l’Homme blanc », Jérôme Mesnager l’a reproduite à travers le monde entier, des murs de Paris à la muraille de Chine. Il peuple les murs de la ville de ses silhouettes libres et en mouvement qui transforment l’espace urbain en terrain poétique. traversent frontières et supports. « Je fais des tableaux et la toile, c’est le monde ». Fresques, rues et fragments urbains : partout, Mesnager fait surgir une légende discrète qui rappelle que l’art peut naître sous nos pas.

Exposition Jérôme Mesnager : jusqu’au 26/04, tous les jours de 14h à 18h. Le moulin de Villeneuve, Maison Elsa Triolet-Aragon, Rue de Villeneuve, 78730 Saint-Arnoult-en-Yvelines (Tél. : 01.30.41.20.15).

Le  moulin de Villeneuve

Le moulin de Villeneuve, ou Maison Elsa Triolet-Aragon, est un ancien moulin à eau situé sur la Rémarde à Saint-Arnoult-en-Yvelines (78), entouré d’un parc de six hectares. Il fut construit au XIIᵉ siècle et remanié aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles. Acquis par le couple Aragon-Triolet en 1951, il affiche aujourd’hui une triple vocation : un lieu de mémoire avec les appartements et le tombeau des deux écrivains, un lieu de recherche avec une bibliothèque de plus de 30 000 volumes, un lieu de création artistique contemporaine. Régulièrement, une multitude d’événements sont programmés (conférences, concerts, expositions, spectacles…). Suite aux intempéries d’octobre 2024, la Maison a été durement touchée par les inondations. Plus d’un mètre d’eau a inondé les lieux : le rez-de-chaussée du musée (la cuisine du couple, le bureau d’Aragon et le grand salon), la librairie-boutique, les espaces d’expositions. L’association sollicite donc tous les soutiens, quel que soit leur montant, afin de préserver ce formidable legs et d’entamer au plus vite une nouvelle page de l’histoire du moulin de Villeneuve. Y.L.

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Cosne, les mécanos du théâtre

Du 26 au 30/08, à Cosne-sur-Loire (58), le Garage Théâtre propose la 7ème édition de son festival d’été. Un lieu conçu par le dramaturge Jean-Paul Wenzel et sa fille Lou, directrice de la compagnie La Louve… En ce troisième millénaire, une décentralisation réussie pour une programmation de haute volée.

Jean-Paul Wenzel n’est point homme à s’effondrer devant l’adversité ! Que la Drac Île-de-France lui coupe les subventions et l’envoie sur la voie de garage pour cause d’âge avancé ne suffit pas à l’intimider… Bien au contraire, jamais en panne d’imagination, avec le soutien de sa fille Lou et d’une bande de joyeux drilles, il retape « au prix de l’énergie de l’espoir, et de l’huile de coude généreusement dépensée » selon les propos du critique Jean-Pierre Léonardini, un asile abandonné pour voitures en panne : en 2020, les mécanos nouvelle génération inaugurent leur nouvelle résidence, le Garage Théâtre ! Loin des ors de la capitale, dans la Bourgogne profonde, à Cosne-sur-Loire, bourgade de 10 000 habitants et sous-préfecture de la Nièvre… À la veille de l’ouverture de la sixième édition de leur festival d’été, du 27 au 31 août, ils peuvent s’enorgueillir du succès : ni panne d’essence et encore moins d’inspiration, ni pénurie de pièces moteur et encore moins d’erreurs d’allumage, l’imagination au volant et le public conquis sur la banquette arrière !

« J’avais envie de créer une nouvelle aventure de décentralisation », confie Jean-Paul Wenzel. « Grâce à Agnès Decoux, une amie de longue date qui habite Cosne, m’est venue l’idée de rechercher un lieu pour y fabriquer un abri théâtral et j’ai trouvé cet ancien garage automobile avec une maison attenante ».

Wenzel est connu comme le loup blanc dans le milieu théâtral. Comédien, metteur en scène et dramaturge, avec une bande d’allumés de son espèce, les inénarrables Olivier Perrier et Jean-Louis Hourdin, il co-dirige le Centre dramatique national des Fédérés à Montluçon durant près de deux décennies. Surtout, il est l’auteur d’une vingtaine de pièces, dont Loin d’Hagondange, un succès retentissant, traduite et représentée dans plus d’une vingtaine de pays, Grand prix de la critique en 1976. Loin de courir après les honneurs, l’homme de scène peut tout de même s’enorgueillir d’être deux fois couronné par la SACD, la Société des auteurs et compositeurs dramatiques : en 2022 pour l’ensemble de son œuvre et quarante-cinq ans plus tôt, en tant que… jeune talent !

Depuis sept ans maintenant, le Garage Théâtre accueille donc à l’année des compagnies où le public est convié gratuitement à chaque représentation de sortie de résidence. À l’affiche également un printemps des écritures où, autour d’un atelier d’écriture ouvert aux habitants de la région, sont conviés des auteur(es) reconnus comme Michel Deutsch, Marie Ndiaye, Eugène Durif… Enfin, se tient le fameux festival organisé par la Louve, du nom de la compagnie de Lou Wenzel : au programme théâtre, musique et danse avec des spectacles ouverts à tous et unanimement plébiscités par le public.

« Cette nouvelle aventure de décentralisation est passionnante, elle ouvre à un avenir joyeux », confie Jean-Paul Wenzel avec gourmandise. « Après la création du Centre dramatique national de Montluçon et les Rencontres d’Hérisson (petit village de 700 habitants) dont j’ai partagé l’animation avec Olivier Perrier pendant 28 ans, ce désir de poursuivre un théâtre de proximité et d’exigence ouvert au plus grand nombre, tel le Théâtre du Peuple à Bussang, me tenait vraiment à cœur », avoue le dramaturge sans cesse à fouler les planches !

Rapidement, après l’ouverture des portes, aux nouveaux mécanos se greffe en février 2022 l’association Les Amis du Garage dont Jean-Yves Lefèvre, le local de l’étape, assume désormais la présidence. Lors de son installation en bord de Loire, ce fut la découverte du premier festival d’été du Garage, la rencontre avec le comédien Denis Lavant, Jean-Paul et Lou Wenzel. « Nous tombons en amitié, on se voit désormais plusieurs fois par semaine« . Fort de sa soixantaine rugissante, l’ancien informaticien et pilote d’engins en tout genre survole l’événement et anime avec doigté et convivialité la joviale bande d’allumés ! Leur objectif ? « Aider et seconder nos amis artistes dans les tâches extérieures aux spectacles (travaux, communication, billetterie, gestion du bar et de la restauration durant les deux festivals annuels) », confie Jean-Yves, « notre association est devenue, je le pense, indispensable au bon fonctionnement de ce bel espace de culture ».

Un bel espace assurément, professionnels du spectacle vivant et critiques dramatiques en attestent, où plaisir du vivre ensemble et partage d’émotions fortes transpirent de cour à jardin ! Avec son enthousiasme communicatif, le chef de bande le reconnaît, « depuis notre premier contact, que d’émotions, que de belles rencontres ! Une foultitude de spectacles de qualité tout au long de l’année avec la présence sur scène de grands noms du théâtre, de la danse, de la littérature… Et l’énorme chance pour moi de partager des moments rares autour d’une assiette avec tous ces artistes qui ont tant à raconter et à partager ».

Aujourd’hui, l’apport culturel et artistique du Garage Théâtre déborde au-delà de la sphère nivernaise. Frontalière du Cher, de l’Yonne, du Loiret et proche de Paris, la petite entreprise Wenzel et consorts attire des spectateurs en provenance de toute la France !

Confiant en l’avenir, Jean-Paul Wenzel l’affirme, persiste et signe, « le théâtre ne peut pas mourir » ! « J’ai fait toute ma carrière dans le théâtre public, je suis un enfant de la République ». Se désolant cependant qu’aujourd’hui « cette même République s’éloigne peu à peu de son rôle essentiel qui est de soutenir ce lien si précieux entre l’art et le peuple », élargissant son regard à tous les services publics en déshérence : éducation, hôpital, transports… « Un peuple sans éducation, sans culture, sans confrontation à l’art, est un grand danger pour la République », affirme-il avec force et moult convictions. Jean-Paul Wenzel ? Un grand homme des planches, un citoyen de haute stature. Yonnel Liégeois

Le festival, du 26 au 30/08 : spectacles à 19h dans le jardin, à 21h en salle. Pour tout savoir et réserver : Les amis du garage. Le Garage Théâtre, 235 rue des Frères-Gambon, 58200 Cosne-sur-Loire (Tél. : 06.26.75.38.39). Courriel : le.garage.theatre@gmail.com

CHANTEZ, DANSEZ, JOUEZ : MOTEUR !

Le mercredi 26/08 : La surprise du jardin à 19h. Moi le glorieux (création), à 21h : l’adaptation de l’ouvrage de Mathieu Belezi, Attaquer la terre et le soleil (prix du livre Inter 2023). L’histoire d’Albert Vendée, l’homme le plus riche d’Algérie en 1962 : un texte sur la colonisation mis en scène par Jean-Louis Martinelli, avec le comédien Hammou Graïa.

Le jeudi 27/08 : La surprise du jardin à 19h. Abysses, de Davide Erinia à 21h : son carnet de séjours à Lampedusa, l’île italienne connue pour ses innombrables accostages de migrants et son centre de rétention. Interprétation de Jacques et Léon Bonnaffé, mise en scène de Sara Amrous.

Le vendredi 28/08 : La surprise du jardin : Théodule à 19h, par la compagnie Les Affranchis. Le projet Barthes à 21h, d’après La préparation du roman de Roland Barthes : l’homme s’adresse au public du Collège de france, l’auditoire découvre la magie de sa parole, son intensité et son humour. Dans une mise en scène de Sylvain Maurice, avec le comédien Vincent Dissez.

Le samedi 29/08 : La surprise du jardin à 19h. Le tribun ou dix marches pour rater la victoire à 21h. : le petit opéra burlesque de Mauricio Kagel, avec Jean-Paul Wenzel le récitant et Jean-Yves Chir à la direction musicale de l’harmonie municipale, les élèves et professeurs de l’école de musique Coeur de Loire.

Le dimanche 30/08 : Avec la participation de Magali Kothenschulte et de Jean-Yves Lefèvre, un texte de Jean-Paul Wenzel : Les diablotines à 18h. Un spectacle, issu d’un atelier, avec cinq femmes du Centre médico-psychologique de Cosne. Dans une mise en scène des Wenzel, père et fille.

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Aux nouvelles de Leprest !

En août 2011 à Antraigues (07), pays de Jean Ferrat, Allain Leprest se donne la mort. Aux éditions de l’Archipel, est paru Allain Leprest, donne-moi de mes nouvelles. Un pavé de 600 pages, 376 textes présentés en hommage au grand poète de la chanson française, l’intégrale de ses chansons enregistrées. Avec une longue préface, inédite et émouvante, de Didier Pascalis, son ami et producteur.

« Vingt ans aujourd’hui que ma rencontre avec Allain a changé mon parcours de vie », confesse Didier Pascalis, plus et mieux que protecteur et producteur, son meilleur ami ! Souvent, régulièrement, de jour comme de nuit, il a ouvert son portail et défait le canapé pour que se repose le poète entre petits verres et grands vers ! En coin de table, il couche sur le papier des rimes à frissons, griffonne sur la nappe des dessins à foison. Leprest ? Un parolier de grand talent, un génie de la plume, un artiste au firmament de la chansonnette comme le prétendait le fantasque Gainsbourg au sujet de son art. L’ami des bons et mauvais jours, l’ami de toujours n’oubliera jamais ce jour où, dans l’intimité de son salon, Allain sortit de sa poche des bouts de papier, des feuilles scribouillées, quand il s’est mis à chanter… « Je suis resté sans voix. Médusé, hypnotisé, fasciné, le choc, un grand choc ». Et Pascalis de poursuivre, « un souffle puissant, celui de la poésie pure, m’a envahi », et de produire le disque et CD Donne-moi de mes nouvelles, dont l’ouvrage paru chez l’Archipel reprend le titre deux décennies plus tard.

Une absence, un départ, la mort en 2011 qui nous laissent à jamais orphelin de celui que Claude Nougaro apostrophait comme « l’un des plus foudroyants auteurs que j’ai entendu au ciel de la langue française » ! Malgré l’admiration de ses pairs et la reconnaissance de la profession, Allain Leprest était demeuré un artiste discret, presque méconnu du grand public. Le chroniqueur et romancier Jean d’Ormesson l’avait surnommé  « le Rimbaud du XXe siècle », Claude Lemesle, le vice-président de la Sacem, le considérait comme « le plus grand poète vivant »… L’ancien peintre en bâtiment s’était reconverti en ciseleur de mots pour écumer les cabarets et faire un tabac en 1985 au Printemps de Bourges ! En 1992, il enregistre Voce a Mano avec l’accordéoniste Richard Galliano, un album couronné du Prix de l’Académie Charles-Cros l’année suivante. En 1995, il fait salle comble à l’Olympia.

Poète au franc-parler, boudé des médias et de la télé, écorché vif mais d’une tendresse infinie, il sut à merveille allumer les yeux dans la noirceur du ciel. Atteint d’un cancer du poumon, il revint sur scène en 2007 avec Chez Leprest, disque sur lequel il invitait quantité de chanteurs (Michel Fugain, Olivia Ruiz, Jacques Higelin, Daniel Lavoie, Nilda Fernandez, Enzo Enzo) à revisiter avec lui son répertoire. Un second opus est publié deux ans plus tard. Dans l’intervalle, deux cédés gravés, autant de perles chansonnières et bijoux littéraires : Donne-moi de mes nouvelles en 2005, Quand auront fondu les banquises en 2008… Stupeur et douleur à Antraigues, terre d’accueil de Jean Ferrat son frère en chansons, Leprest se suicide en août 2011.

Bonheur et richesse des archives, demeure un émouvant coffret Connaît-on encore Leprest ? qui comprend trois disques et un magnifique livret illustré par les propres dessins du poète et chanteur. Un CD d’abord, une sélection de ses plus belles chansons enregistrées ces huit dernières années chez son producteur Tacet (dont trois extraites de Leprest symphonique), ensuite deux DVD : le concert de sa dernière tournée et l’hommage que la SACEM rendit, avec ses amis chanteurs (Romain Didier, Agnès Bihl, Loïc Lantoine, Anne Sylvestre, Jean Guidoni, Nathalie Miravette, Kent…), à celui qui reçut le Grand Prix de la poésie en 2009 ! Un superbe objet chansonnier pour (re)découvrir la voix rauque de celui qui osait tutoyer Villon, Rimbaud et Hugo, et ses mots ciselés au plus fin du quotidien des humains. Des pépites pour interpeller nantis et puissants, une poésie à s’en écarteler cœur et poumons, de subtils couplets pour apostropher le chaland sur l’état du monde et l’avenir des enfants. Et, cadeau suprême, un original livret pour effeuiller feu le quotidien de l’artiste : c‘est beau, c’est fort, c’est sublime, le souffle d’un géant !

Allain Leprest ? Un ami et poète, compagnon de colère et de misère, qu’il était bel et bon de tutoyer par monts et vallées, contre vents et marées. Entre couplets lyriques et envolées symphoniques, de nouveau l’artiste nous fait signe. N’hésitez point à prendre de ses nouvelles, avec tendresse et passion à lire ou relire ses ritournelles et bagatelles, petits bijoux littéraires à fredonner ou chanter. Yonnel Liégeois

Bukowski s’était invité chez moi…

« Allain a sorti de sa poche des feuilles scribouillées, des bouts de papier, des lambeaux de nappes de restaurant… Il a commencé à chanter, Bukowski s’était invité chez moi… Je suis resté sans voix. Médusé, hypnotisé, fasciné, le choc, un grand choc… Je l’ai vu et j’y ai cru : cet homme était beau, il était vrai, il était pur. À ce moment-là, j’ai compris qu’il ne s’agissait pas seulement de faire un disque, de le promouvoir avec tout le toutim qui compose ce métier.

Non, ma vie devait et allait changer parce qu’il fallait que le monde sache que ce poète existe, qu’il était vivant, à portée de main. Croiser un génie et avoir le privilège de participer à son œuvre ? C’est une opportunité qui ne se présente pas tous les jours, voire jamais, et l’on n’est vraiment pas préparé à telle situation… De mon parcours somme toute ordinaire, le fait d’avoir pu orienter le chemin de bohème extraordinaire d’un artiste absolu me rassure… « Le génie, c’est bizarre », écrivait Leprest dans Saint Max, j’ai cherché sans relâche à comprendre ce qu’il voulait dire…

Merci mon poète, puisque c’est comme cela que tu aimais que je t’appelle. Depuis peu, je me couche moins tard mais je dors toujours avec mon téléphone allumé à côté de moi. Toi, tu es dans les étoiles ». Didier Pascalis, extraits de la préface

Allain Leprest, donne-moi de mes nouvelles : Présentée par Didier Pascalis, l’intégrale des 376 chansons d’Allain Leprest, enregistrées par lui ou d’autres artistes. Avec des articles thématiques rédigés par Céline Pruvost (L’univers poétique d’Allain Leprest), Pascal Pistone (L’univers musical), Cécile Prévost-Thomas (L’univers scénique). Préface de Didier Pascalis, postface de Claude Lemesle (éditions de l’Archipel, 610 p., 28€).

Didier Pascalis, le producteur et ami d’Allain Leprest, signe la préface bouleversante de l’ouvrage Donne-moi de mes nouvelles. Avec des mots d’amour fraternel qui retracent à traits vifs le parcours météorique de ce contemporain « aux semelles de vent », boudé par les médias et admiré des musiciens. Indispensable à ses admirateurs, un livre nécessaire aux autres. Clément Garcia, L’humanité.

Un kilo de Leprest pour ses soixante-dix piges, ce livre est un trésor ! Un kilo qui pèse dans l’Histoire de la chanson française même s’il ne fait pas grand poids dans les choix discutables car franchement médiocres et serviles des programmateurs radios et télé. Michel Kemper, le site Nos enchanteurs.

Le recueil Donne-moi de mes nouvelles, que publie Didier Pascalis en hommage à Allain Leprest, rassemble donc les plus belles paroles de ce génie des mots, boudé par les grands médias mais admiré par les plus grands noms de la scène française : Nougaro, Jean Ferrat, Juliette Gréco. Radio France Musique.

Allain Leprest a laissé une empreinte singulière dans le paysage de la chanson, il aura exploré les méandres de l’existence dans une langue réinventée, entre humour et gravité. Michel Cordeboeuf, Radio RCF.

L’excellence de l’écriture n’est pas forcément liée à la notoriété. Allain Leprest est l’auteur le plus brillant, par la plume, par les yeux, par le cœur, de ces vingt dernières années que les majors dans leur myopie lucrative n’ont pas su distinguer. Michel Arbatz, Le moulin du parolier.

Les thèmes de prédilection d’Allain Leprest ? La vie, celle de tous les jours. Que ce soit l’attente de l’amoureux assis à une table de bistrot d’une amoureuse, qui, saison après saison, ne viendra pas (Les Tilleuls), la méditation d’un regard sur la mer (Y a rien qui s’passe)… Les volutes bleues de la cigarette de son père (La Gitane), ou bien la poésie métaphorique la plus belle qui soit (Où vont les chevaux quand ils dorment). Tout le nourrissait : de la beauté du monde, de celle des gens et par une écriture simple, épurée, il parvenait à faire écho chez l’auditeur à des sentiments ressentis et touchant l’âme. Yasmina Jafaar, La Ruche Media.

Pour la première fois sont réunis en un volume les textes des 376 chansons qu’Allain Leprest a lui-même enregistrées ou que d’autres artistes ont gravées sur disque. Une somme présentée par Didier Pascalis, son ami et producteur, qui en signe la préface. Les ondes du monde

Talentueux producteur, tourneur, manager… Didier Pascalis vient de sortir son premier album Yuri composé il y a 27 ans ! Dans la foulée, il présente également Donne-moi de mes nouvelles, un ouvrage rassemblant pour la première fois 376 chansons enregistrées d’Allain Leprest dont il fut le producteur et ami. Weculte, le mag culture

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Uzeste, musique et palabres

Du 20 au 22/08, se déroule à Saint Macaire (33) la 49ème Hestejada. Un festival créé en 1978 à Uzeste par le musicien Bernard Lubat, délocalisé en raison des risques d’incendies en Gironde. Une initiative artistique qui privilégie improvisation et convivialité. Loin de la culture standardisée, mêlant sans vergogne innovations musicales et palabres sociales en pays de Gascogne.

​Bientôt quinquagénaire, la 49ème Hestejada (fête au village, en gascon) bat de nouveau le rappel ! Non dans la commune d’Uzeste, son lieu d’ancrage, en raison des risques d’incendie : après un interlude à Bazas la veille, du 20 au 22/08 à Saint Macaire … Coorganisé avec la CGT d’Aquitaine depuis le bicentenaire de la Révolution française en 1989, un festival qui ne ressemble à aucun autre, une « mine d’art à ciel ouvert » aussi déjantée que le dénommé Lubat Bernard, percussionniste de renommée internationale mais pas seulement, multi-instrumentiste et jazzman émérite, fondateur du festival et maître œuvrier de la compagnie Lubat de Jazzcogne…

Le signataire du Manifeste des œuvriers dévoile l’événement en un langage fleuri dont il est coutumier : « La Cie Lubat et ses artistes œuvriers associés ne perdent ni leur temps ni leur talent à la pro-duction de spectacles déclarés marchandisants télessivants ! Artistes en joute en route, enfance de l’art à l’œuvre, imagination à l’abordage, déplacement de bornes, invention sur le pouce… rien ne nous arrête… tout nous invite invente intente ! », commente le batteur-persifleur en son propos « jazzgasconnant » et cognant fort singulier, à jamais déroutant pour les non-initiés ! Rien que çà au programme mais pas seulement, avec une féérie d’étoiles musiciennes, conteuses, chanteuses ou débatteuses dans le ciel de Gascogne jusqu’au 22 août : ,André Minvielle, Louis Sclavis, Marc Perrone, François Corneloup, Lionel Suarez… Sans oublier la clarinette du regretté Michel Portal ! Le 19/08, 21h à Bazas, se déroulera une soirée « Hommage aux sapeurs-pompiers et aux citoyens locaux qui les ont aidés » : un récital « cela va sans ”incendire” », « chansons enjazzées » et « concerto pour piano brûlant » avec Bernard Lubat (accordéon, chant, piano, verbe)…

« C’est quoi l’art ? C’est ce qui n’existe pas, c’est pour ça qu’il faut l’inventer », ose proclamer le musicien émérite, multi instrumentiste à tout vent et contre courant, génial producteur de sons et rimeur de mots.

Qui m’aime se suive Urgent créer, criait l’autre
Sauve qui veut la vie…
À la recherche du contre-temps perdu
Et comme disait Thélonius Monk,
compositeurimprovisionnaire d’en base
« Le jazz c’est la liberté… pensez-y ! »

Bernard Lubat

Outre représentations théâtrales, récitals chansonniers et concerts de jazz (de la clarinette aux percussions, de la trompette à l’accordéon…), Alain Delmas (un entretien en date de 2023), l’un des responsables régionaux de la CGT et président d’Uzeste musical, s’en réjouit à l’avance : malgré la délocalisation, rencontres et débats demeurent à l’affiche de cette 49ème Hestejada !

D’ici d’en poètes et paysans cultivateurs de culture artistisans techniciens œuvriers
chercheurs créateurs pionniers passeurs transformateurs faux menteurs…
Pour une colère joyeuse dans un océan d’indifférence généreuse…
Le village comme écrin et ses habitants comme partenaires solidaires salutaires
Humour humeur humanité humidité !

Pour une lutte à vie à vivre éperdue d’avance d’enfance…
Ni d’avant ni d’arrière-garde mais bien plus tôt d’avant les gardes…
Bio diversité créatrice artistique culturelle sociale éducative…
Ne pas confondre éducation populaire et démagogie participative
Ne nous laissons pas simplifier, enfumer, entuber, marchandiser !

Musique, chanson, théâtre, poésie mais aussi réflexion-question-confrontation… Uzeste, même délocalisé ? Un moment privilégié où se croisent artistes et chercheurs, universitaires et travailleurs : un festival unique en son genre ! Yonnel Liégeois

La 49ème Hestejada : les 20/21 et 22/08, à Saint Macaire (33). Web : https://uzeste.org/

Œuvriers et Ouvriers

Le swing des œuvriers, de Jean-Michel Leterrier avec la complicité d’Alain Delmas (coédition NVO/IN8, 248 p., 25€00), est un bel ouvrage, tant par la photographie que par le texte, qui relate les trois décennies de fréquentation/création entre le festival d’Uzeste et la CGT de la Gironde ! « Le compagnonnage s’est vivifié année après année, les artistes se conjuguant aux ouvriers pour donner naissance aux œuvriers, fabuleux exemples de créolisation », soulignent les deux auteurs. De chapitre en chapitre, entrecoupés de portraits aussi savoureux que cocasses des têtes d’affiche comme des « petites mains » à la réussite du chantier, Jean-Michel Leterrier et Alain Delmas dressent avec allégresse l’aventure culturelle de l’organisation syndicale. Des bourses du travail en 1892 jusqu’à l’élaboration de la « Charte de la lecture à l’entreprise » en 1981…

Plus tard, lancée conjointement par l’UD CGT des Vosges et l’hebdomadaire La Vie Ouvrière, il y aura l’invitation d’un « Grand Témoin » aux représentations du Théâtre du Peuple à Bussang (88) dans les années 2000… Sans oublier les initiatives à chaque festival d’Avignon (84) et à celui de la BD d’Angoulême (16), la présence forte de la CGT des Ardennes au Mondial des Marionnettes de Charleville-Mézières (08), la participation au Printemps des Poètes à Paris et au festival de la poésie de Lodève (34) « Les voix de la Méditerranée »… Sans compter les multiples invitations au siège de la centrale syndicale à Montreuil (93) à des rencontres-débats avec écrivains-comédiens ou plasticiens, l’organisation de plusieurs colloques « Travail-Culture-Syndicat » sous l’égide de la Commission confédérale Culture animée en son temps par Jean-Pierre Burdin puis Serge le Glaunec, eux-aussi singuliers œuvriers d’Uzeste et d’ailleurs dont les portraits manquent à l’appel ! En supplément d’âme, le livre s’enrichit d’un DVD symbolisant le mariage heureux entre texte-image et son.

De l’histoire ancienne en fait, depuis que le syndicat a supprimé sa commission Culture confédérale, et en conséquence les événements qu’elle initiait : aujourd’hui, dans ses publications comme dans son organisation, la CGT célèbre surtout son passé, tant elle semble avoir hypothéqué son avenir. Y.L.

Le manifeste des œuvriers, de Roland Gori/Bernard Lubat/Charles Sylvestre (coédition Actes Sud/Les liens qui libèrent, 80 p., 9€50), affiche et décline le retour à l’œuvre du désir sous toutes ses formes lorsqu’il sonne aux portes de l’existence : la vie de l’humain qu’on soigne, qu’on éduque, à qui on rend justice, qui s’informe, qui se cultive, qui joue, qui s’associe, qui se bat, fort de la solidarité qui s’offre à qui sait la chercher. Ce manifeste revendique la place de l’homme au centre des activités de production et de création pour lutter contre la normalisation technocratique et financière.

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À lire ou relire, chapitre 12

En ce mois d’août fort ensoleillé, entre agitation et farniente, inédits ou rééditions de poche, Chantiers de culture vous propose sa traditionnelle sélection littéraire. Des sagas islandaises (Jon Kalman Stefanson) aux légendes américaines (Éric Vuillard), de la Finlande en guerre en 1939 (Olivier Norek) au Paris occupé des années 40 (Philippe Collin)… Pour finir le voyage, entre délires de comédien (Pierre Notte) et soubresauts sociétaux (Emmanuelle Heidsieck), avec deux petits ouvrages fort incongrus dans le paysage éditorial ! Yonnel Liégeois

Près de 500 pages, une foultitude de personnages, des histoires entremêlées, une langue qui tangue entre l’épique et le poétique, des figures romanesques au tempérament finement ciselé et trempé : Corps célestes à la lisière du monde se révèle bonheur de lecture ! Aux lecteurs coutumiers de l’auteur islandais, l’affirmation est banale évidence, pour tous les autres pressez-vous de déguster le dernier ouvrage de Jon Kalman Stefansson…

Nourri des riches et multiples contes et légendes qui font de la saga un authentique genre littéraire en son pays, le romancier nous plonge justement au cœur d’un événement tragique survenu en 1615 : leur navire échoué sur les côtes islandaises, le massacre de baleiniers espagnols par la population locale ! Le narrateur, le révérend Pétur entouré de sa gouvernante Dorothéa, partagé entre aspirations célestes et désirs de la chair, conte cet effroyable épisode en même temps qu’il écrit de la poésie et traduit textes de lois ou traités scientifiques. Entre ciel et terre, voies du Seigneur et chemins glaciaires, soubresauts de la Réforme et condamnation de Galilée, la plume de Stefansson marie forces physiques et questions métaphysiques, chants poétiques et fulgurances historiques. Un livre aux multiples entrées, une époustouflante élégance d’écriture, des beautés de la nature aux cruautés des terriens, des sources chaudes aux plaies sanguinaires, entre doutes existentiels et convictions humanistes, une odyssée volcanique ! Et pour preuve de la vitalité de la littérature islandaise, Chantiers de culture vous invite à lire aussi La fin du voyage d’Arnaldur Indridason : Jonas et Keli, la destinée tragique d’un brillant poète et d’un jeune berger.

Du grand Nord au grand Ouest américain, Éric Vuillard nous oblige à faire un grand bond géostratégique ! Par l’entremise de deux personnages emblématiques, Billy the Kid et Buffalo Bill ! Comme à l’accoutumée pour l’auteur, deux ouvrages petit format, quelques 150 pages l’un et l’autre mais de grande portée… L’auteur s’emploie à casser les mythes, à révéler la véritable histoire de ces conquérants américains, capitalistes avant l’heure, qui exterminent les populations autochtones, confisquent les terres et qui inventent des figures de truands pour masquer leur propre violence. Au nombre desquelles le fameux Billy The Kid dont on n’est même pas sûr du nom, un simple orphelin parmi Les orphelins, un « desperado » fauché à 21 ans… Comme on ne sait pas grand-chose de lui, journaux-romans-chansons se sont chargés d’inventer son histoire, de lui bâtir une légende que Vuillard décortique avec maestria. Un pauvre gamin, un dollar et cinquante cents seulement au fond de ses poches… Les nantis peuvent se réjouir, leur magot est à l’abri, le cirque financier et médiatique peut tromper sous grand chapiteau le peuple en quête de héros. Tel Buffalo Bill dans Tristesse de la terre, peut-être le plus grand tueur de bisons mais surtout l’ignoble mystificateur de l’authentique massacre des indiens ! D’une plume aussi acerbe qu’acérée, Éric Vuillard démonte avec brio la légende, la mascarade de l’homme emperruqué qui fit spectacle de la conquête de l’Ouest : un alcoolique sur destrier paradant sur la piste de son gigantesque barnum pour « falsifier l’Histoire américaine » sans honte ni scrupule !

Il est des pages d’histoire, des combats plus vertueux et valeureux qu’Olivier Norek narre avec puissance et grand talent ! Auteur reconnu de romans noirs encensés par la critique, il signe avec Les guerriers de l’hiver un magistral roman historique. Son héros ? Simo Häyhä, figure légendaire en Finlande, militaire tireur d’élite, quand son pays s’opposa à l’invasion soviétique en plein hiver 1939… 180 millions d’habitants contre 3 millions d’âmes, le gros ours pensait terrasser le nain en un banal aller-retour, mal lui en prit ! La petite armée tient bon, maîtrise à la perfection son terrain de luttes, d’immenses forêts – d’impressionnantes chutes de neige – des températures à – 50 degrés, des hommes vaillants et courageux qui infligent de lourdes pertes à l’ennemi, le stoppent dans sa progression. En vérité, c’est tout un peuple, les femmes aussi, qui défend son honneur et son territoire, qui plie mais ne rompt pas, une authentique épopée à hauteurs d’humains qui font corps avec la nature, se battent en conscience et pour de hautes valeurs : liberté et justice. Un affrontement si honteux que l’Union Soviétique en raya les traces dans les manuels d’histoire russes ! Un roman fulgurant, un face à face poignant avec les horreurs de la guerre quand les hommes gèlent véritablement sur place, ses lâchetés et ses actes héroïques, un livre magistralement terrifiant en écho à une actualité brûlante sur les berges du Dniepr.

Un conflit meurtrier mais localisé, sans commune mesure avec la guerre mondiale de 39-45, l’invasion de la France en 1940 et l’occupation de Paris par les forces allemandes… « Partout, le couvre-feu est de rigueur, sauf au grand hôtel Ritz », l’emblématique établissement parisien où le réputé Frank Meier fait office de barman ! Le repère des plus hautes autorités du Reich, celui aussi de l’élite parisienne (Cocteau, Jean Marais), de certains truands (Lafont) ralliés à la solde des nazis, voire de personnalités proches de l’occupant : Coco Chanel, Sacha Guitry… De cette époque agitée, sans jamais quitter l’enceinte du bar du Ritz, le producteur de radio et journaliste Philippe Collin fourbit un étonnant roman entre rires et larmes, petits arrangements avec les teutons et traque des juifs. De page en page, Meier, une figure authentique, émigré autrichien et ancien soldat de 14-18, réputé sur la place de Paris pour son art du cocktail, égrène ainsi son quotidien de juin 40 à août 44, fort d’un terrible secret : il est juif. De l’attentat raté contre Hitler fourbi dans les salons du Ritz à l’arrestation dramatique de l’épouse du directeur, de la sympathie dévolue à Pétain jusqu’à sa détestation, de la fabrique de faux passeports à la cache dans les sous-sols de l’hôtel de biens appartenant à des familles juives en exil ou déportées, Collin excelle dans l’art de mettre en scène la tragédie humaine. D’un lieu clos jusqu’aux faubourgs de Berlin, de la petite à la grande histoire, d’une civilisation en perdition jusqu’à sa libération, une fresque époustouflante.

Pour retrouver sourire et joie de vivre, un seul remède : déguster L’acteur, ça se saurait s’il servait à quelque chose, paradoxe, un long titre pour un ouvrage d’à peine 75 pages ! Pierre Notte, l’homme de théâtre, délire avec humour, entre délicatesse et tristesse, sur son métier de comédien : aspirations et désillusions, tendresse et férocité du public, complicité et mesquineries de la prétendue grande famille du théâtre… Sa peur aussi à l’heure d’entrer en scène, l’envie de fuir autant que de savourer le plaisir à s’offrir en pâture sous le feu des projecteurs. Long poème en prose, l’ouvrage est avant tout une ode au spectacle vivant où l’interprète peut jouer à « travestir, dénoncer, interroger le monde », convoquer sur scène les monstres comme les héros ou les naufragés de la vie, les humiliés et les offensés. Une écriture limpide, des propos enflammés ou désespérés, entre le bonheur d’une représentation réussie et la solitude du temps d’après lorsque les applaudissements se sont tus, lorsque le rideau est tombé. Au terme de la lecture, une conviction s’impose : « non essentiel » peut-être l’exercice de la scène, pourtant vitale l’expérience théâtrale !

Comme il est vital de faire échec aux faux-semblants, aux faux-culs, aux fausses raisons de paraître avant que d’être… Dans un petit village du sud de la France, en cette année 2078 quelques individus l’ont bien compris : au lendemain de la catastrophe planétaire, il est urgent de faire table rase de l’ancien monde, oser se réinventer en bannissant modes de vie et manières d’être du temps d’avant. Une mission que s’octroient certains jeunes adultes en charge de rééduquer quelques papis et mamies d’un âge plus qu’avancé, mal formatés Depuis la nuit des temps… En 2032, l’extrême droite a conquis le pouvoir, une période suivie d’une atroce guerre civile pendant vingt ans : c’est la catastrophe, « l’effondrement » selon la terminologie des survivants. D’où l’enjeu désormais de vivre autre chose, autrement ! En changeant le langage d’abord : changer le nom des lieux, les prénoms, bannir les sigles. Avec une sacrée dose d’humour noir, Emmanuelle Heidsieck compose un fantasque roman d’anticipation. Dénonçant au fil des pages les méfaits du néolibéralisme en tout domaine (profit, chômage, inégalités sociales) sous couvert de belles formules, telles rupture conventionnelle, départ volontaire, aide au retour à l’emploi… D’entretien en entretien avec les anciens, un possible autre se fait jour où l’on ose parler autrement. Pas simple, mais l’utopie seule offre des raisons de vivre, Heidsieck nous invite à les lire !

Corps célestes à la lisière du monde, Jon Kalman Stefansson (Christian Bourgois, 476 p., 24€). La fin du voyage, Arnaldur Indridason (Métailié, 252 p., 21€). Les orphelins, Éric Vuillard (Actes Sud, 163 p., 20€90). Tristesse de la terre, Éric Vuillard (Actes Sud, 158 p., 7€30). Les guerriers de l’hiver, Olivier Norek (Michel Lafon, 447 p., 21€95). Le barman du Ritz, Philippe Collin (Le livre de poche, 471 p., 9€90). L’acteur ça se saurait s’il servait à quelque chose, Pierre Notte (Les solitaires intempestifs, 76 p., 14€). Depuis la nuit des temps, Emmanuelle Heidsieck (L’attente, 138 p., 14€50).

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Cendrars, le phénix de la littérature

Créée en 1923 sous l’impulsion de l’écrivain Romain Rolland, la revue littéraire Europe consacre son numéro d’été à Blaise Cendrars. Alchimiste du verbe, aventurier, combattant de la Grande Guerre, voyageur, compagnon de route de ceux qui incarnèrent la modernité, il semble avoir vécu plusieurs vies.

On n’aura jamais fini de faire le tour de l’œuvre de Blaise Cendrars (1887-1961). Une œuvre riche, foisonnante, pleine de surprises et de paradoxes, à l’image de sa vie — de ses vies, serait-on tenté de dire. Étrange homme de lettres, qui fut un poète novateur et un romancier de l’aventure, un conteur pour la jeunesse et un magicien des signes. Chantre de la modernité assurément, celui qui écrivait : « La poésie date d’aujourd’hui ». Ce qui ne l’empêcha pas d’entretenir avec cette modernité — et ceux qui l’incarnaient au premier chef — des rapports parfois conflictuels.

Paradoxal Cendrars, qui accède aux épiphanies de la mystique par une exploration du monde, dans son immanence radicale et sa matérialité essentielle. Il aura pratiqué tous les genres littéraires, se sera intéressé à tous les arts, en particulier la peinture et le cinéma. D’une curiosité sans limite, il voyagea, par le train, le bateau ou la plume, de New York à la Sibérie, de l’Afrique au Brésil. Chez lui, le voyage n’est pas seulement l’occasion qui suscite l’écriture, mais une manière d’être au monde, de vivre et d’écrire tout autant. Car le bourlingueur ne doit pas faire oublier l’alchimiste du verbe, travailleur acharné et expérimentateur à la fois. Aventurier, combattant de la Grande Guerre, voyageur, compagnon de route de ceux qui incarnèrent la modernité, tout en se tenant à distance de tous les mouvements constitués, Cendrars semble avoir vécu plusieurs vies.

C’est sans doute l’image du phénix qui lui correspond le mieux, lui qui affirmait « écrire c’est brûler vif, mais c’est aussi renaître de ses cendres ». Il y a tout juste 50 ans, la revue accueillait Cendrars pour la première fois. L’idée était neuve et, depuis, elle a frayé son chemin. En un demi-siècle, la réception de l’écrivain et de son œuvre a été bouleversée. La mise au jour de ses archives, la révélation d’inédits secrets, une flambée de recherches internationales, l’établissement d’éditions critiques ont fait bourlinguer les idées reçues sur Cendrars. Ce nouveau numéro d’Europe invite à faire le point sur les nouvelles formes de sa présence, car la lecture aussi est une spirale. À quel endroit de la courbe le phénix niche-t-il aujourd’hui ? Jean-Baptiste Para, directeur éditorial

Blaise Cendrard : Europe, revue littéraire mensuelle (N° 1166/67/68 – juin/juillet/août 2026 – 22€)

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Le paradis d’Anne Baquet

Au théâtre du Lucernaire (75), Anne Baquet chante au Paradis ! Un récital déjanté, où la soprano s’empare des plus belles compositions entre classique, jazz et pop. De Bach à Juliette, de Rachmaninov à Prévert, de Chopin à François Morel…

Dans ce tour de chant malicieux qui combine classique, jazz et pop, art lyrique et chansons populaires, composition et improvisation, Anne Baquet propose un mélange aussi humoristique que poétique, aussi savant que farfelu et surréaliste. Une immense voile blanche, à cheval sur un piano, occupe une grande partie de la scène. Elle se dresse tout à coup, dévoilant une immense silhouette qui surplombe le piano, enveloppée de cette immense pièce de tissu immaculé. Un ange tout droit descendu du ciel, ou une femme qui attend d’y monter. C’est Anne Baquet au Paradis, qui s’amuse déjà de la superposition qu’on applique entre son ascension au ciel, son récital dans la salle la plus haute du Théâtre du Lucernaire, dénommée salle « Paradis » et la référence, dans un théâtre, aux places haut perchées où se pressait le public populaire.

Il n’y a pas que la silhouette qui se trouve « perchée ». La voix aussi flirte avec les hauteurs. Parce qu’Anne Baquet a une tessiture de soprano, qu’elle exploitera tout au long du spectacle dans toutes ses gradations. Sarah Franck, in Arts-Chipels

Habituée du Lucernaire, Anne Baquet, cette exceptionnelle soprano, nous gratifie d’un spectacle nouveau, original, composé d’un bouquet d’une vingtaine de chansons, avec des reprises et beaucoup de créations, issues du classique, de la pop music, du jazz ou de la variété. Joyeux, drôle, sensible, son répertoire va de Prévert à Moustaki, de François Morel à Marie‑Paule Belle, de Juliette à Chopin, en passant par Bach ou Rachmaninov. Magnifiquement mise en scène, avec panache et cocasserie, par le talentueux Gérard Rauber, elle est accompagnée au piano, avec une charmante complicité, par Damien Nédonchelle, qui passe avec virtuosité du registre du piano‑bar à celui de l’orchestre symphonique.

Nous assistons à un véritable show de music‑hall, mâtiné d’opéra, mené tambour battant par une artiste qui déploie des qualités de chanteuse lyrique exceptionnelle, d’humoriste désopilante et de danseuse pittoresque. On rit beaucoup et l’on reste admiratif devant l’énergie déployée et la performance d’une comédienne excellente dans tous les registres, y compris celui de l’émotion. Anne Revanne, in RegArts

Je l’aime tant, quand elle fait l’Anne ! Et c’est exactement pour ça qu’on l’adore ! C’est le troisième spectacle qu’elle nous propose au Lucernaire après « ABCd’airs » et « Come Bach », c’est au Paradis, la petite salle tout en haut du théâtre, qu’elle nous présente son nouveau spectacle, un piano-voix inédit. À son piano, Damien Nédonchelle pose ses premières notes. Un joyeux trille. Et puis la voilà. Une apparition saisissante, totalement inattendue, et qui provoque un premier rire. Des rires, il y en aura beaucoup d’autres…

Et nous de retrouver le talent lyrique d’Anne Baquet. La soprano nous ravit toujours autant de son timbre assez particulier, de sa technique irréprochable, de son impressionnante tessiture. Il serait superfétatoire de rappeler ici l’incroyable parcours de la chanteuse et surtout sa capacité à appréhender tous les répertoires avec le même engagement, la même passion, et la même énergie. Mademoiselle Baquet nous propose en effet un récital éblouissant, elle nous rappelle aussi l’importance de ce genre majeur qu’est la chanson. En trois minutes, il faut installer un univers, des personnages, un décor. Elle y parvient dès les premières secondes, elle a cette capacité à faire vivre les mots parfois d’un simple regard, d’une simple note, d’un simple silence, parfois.

Chanteuse lyrique, soprano, soit. Comédienne, clown, mime, danseuse, aussi. Yves Poey, in De la cour au jardin

Anne Baquet au Paradis : jusqu’au 23/08, du mercredi au samedi à 19h et le dimanche à 15h30, photos Alexis Rauber.  Le Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris (Tél. : 01.45.44.57.34).

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