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Comédiens, le saut dans le grand bain

Jusqu’au 30 juin, les jeunes comédiens de sept écoles du Théâtre Public investissent la Cartoucherie. Plus précisément, le théâtre de l’Aquarium et celui de l’Épée de bois… Pour montrer leurs travaux de fin d’études, faire apprécier leurs talents ! Parmi eux, lors de la dixième édition de cet original festival, les élèves de l’Académie de l’Union, sise à Limoges et dédiée aux Outre-mer.

 

Ils sont tous là, une foultitude de jeunes enthousiastes et déterminés ! Prêts à affronter le regard du public parisien, faire apprécier leurs talents et vibrer aux applaudissements des spectateurs venus en nombre saluer leurs performances… Ils viennent de la région parisienne ou de Lausanne, de Bordeaux et Marseille, de Cannes et de Limoges, toutes et tous élèves-comédiens, pour participer à cette dixième édition du Festival des écoles du Théâtre Public. Jusqu’au 30 juin, une manifestation originale initiée par François Rancillac, le directeur du Théâtre de l’Aquarium en fin de mandat. « Ce festival, malgré l’absence criante de tout soutien public, aura donc tenu bon durant une décennie », constate avec enthousiasme le metteur en scène. « Il permet à ces jeunes pousses gorgées de promesses de se présenter au public, aux professionnels et aux critiques à travers l’acte même de création ». Au programme,  les « spectacles de sortie » des sept écoles invitées, conçus sur mesure par des metteurs en scène choisis pour leur talent et leur goût de la pédagogie. Une démarche qui porte ses fruits, puisque la Comédie de Béthune inaugure en septembre prochain sa première classe préparatoire aux écoles supérieures d’art dramatique. Baptisée « Égalité des chances  », un label prometteur !

Durant deux semaines et pour trente représentations, ils squattent donc les planches de l’Aquarium, mais aussi celles du théâtre de l’Épée de Bois et des Ateliers de Paris associées à l’opération, les trois structures sises sur le site emblématique de la Cartoucherie à Vincennes. Un dépaysement pour les jeunes ultramarins, débarqués de Limoges et en provenance des départements et territoires d’Outre-mer… Une dizaine de garçons et filles qui ont intégré l’Académie de l’Union, l’école supérieure professionnelle de théâtre du Limousin. Ils sont natifs de Guyane ou de Mayotte, de Guadeloupe et Martinique, de la Polynésie Française, de La Réunion ou de Nouvelle-Calédonie… L’objectif ? Ouvrir leurs horizons à d’autres cultures et écritures, favoriser leur réussite au concours d’entrée des grandes écoles d’art dramatique, revenir dans leur territoire d’origine porteurs d’un savoir-faire et d’une expérience susceptibles de leur ouvrir des horizons nouveaux.

Fort de ses dix-huit ans, Anthony le réunionnais avoue son coup de foudre pour le théâtre. Effrayé aujourd’hui par tout ce qui lui arrive mais encore plus motivé depuis son arrivée en métropole. Le plus dur pour la calédonienne Ornella ? Pas le jeu théâtral ou l’art oratoire, surtout devoir mettre des chaussures depuis qu’elle foule la terre limousine… Pour tous, découvrir d’autres dramaturgies n’implique pas de couper court à leurs traditions et cultures, bien au contraire. En recourant à des formateurs eux-mêmes originaires des Outre-mer, ou spécialisés dans la question du multi-culturalisme, l’Académie de l’Union leur permet de grandir et s’épanouir, sans renoncer à leurs racines. Avec, pour d’aucuns, le succès à la clef aux concours d’entrée au Conservatoire de Paris et à d’autres grandes écoles réputées ! Yonnel Liégeois

 

Au programme :

– Du 26 au 28/06, aux Ateliers Berthier de l’Odéon-Théâtre de l’Europe : L’adolescent de Fédor Dostoïevski, mis en scène par Sylvain Creuzevault. Par les élèves comédiens de l’École supérieure de théâtre Bordeaux-Aquitaine.

– Du 27 au 30/06, à la Cartoucherie : Sur le navire noir d’après David Peace, adapté et mis en scène par Jean-François Matignon, avec les élèves de l’École régionale d’acteurs de Cannes et de Marseille. Moi de vos charmes seuls j’entretiens les déserts, conçu et mis en scène par Frédéric Sonntag, avec les élèves de l’École supérieure de comédiens par l’alternance d’Asnières. Rip it up and start again, conçu et mis en scène par Enrico Casagrande et Daniela Nicolo, avec les élèves de la Haute école des arts de la scène de Lausanne. Cargo, écrit et mis en scène par Paul Francesconi, avec les élèves de l’Académie de l’Union de Limoges, classe préparatoire intégrée dédiée aux Outre-mer.

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Nicole Abar, une footballeuse toujours d’attaque

Ancienne championne de football, Nicole Abar fait de la lutte contre les stéréotypes de genre un combat au quotidien. Elle milite pour l’égal accès des filles et des garçons à la pratique sportive.

 

Jean-Philippe Joseph – Ancienne internationale, huit fois championne de France, vous avez fini meilleure buteuse de la compétition en 1983. À l’époque, peu de gens s’intéressaient au football féminin. Aujourd’hui, la France organise la Coupe du monde…

Nicole Abar – C’est irréel ! Jamais, je n’aurais pensé le voir de mon vivant. J’ai vécu le football comme une anomalie, un garçon manqué. Tout a commencé à 11 ans, je regardais les garçons jouer. Un dirigeant est venu me demander si je voulais m’inscrire au club, il avait besoin de faire une licence pour monter une équipe. J’ai répondu oui. Je courais vite, j’avais le sens du but, techniquement j’étais douée. Il n’y avait pas d’équipes de filles, pas de compétitions. Je portais les tenues des garçons. Vu mon petit gabarit, les talons des chaussettes m’arrivaient aux mollets, mais j’étais heureuse sur le terrain ! J’avais la liberté que je n’avais pas dans ma vie d’enfant, je suis née en 1959 d’une mère italienne et d’un père algérien. Dans ces années-là, quand on avait les cheveux frisés, on rasait plus les murs.

J-P.J. – Vous disputez le premier championnat de France de foot féminin en 1975. Deux ans plus tard, vous êtes sélectionnée chez les Bleues.

N.A. – J’ai joué vingt ans au haut niveau, mais je n’étais pas professionnelle. Je m’entraînais le soir, après ma journée de travail à la Poste. Quand je jouais avec l’équipe de France, je touchais 150 francs (environ 20 euros, ndlr).

J-P.J. – En 1998, vous faîtes condamner le club du Plessis-Robinson (92) pour discrimination sexiste.

N.A. – Les dirigeants avaient décidé d’arrêter les sections féminines, une centaine de licenciées, pour miser sur les garçons. Avec les parents, on est allés en justice et on a gagné. On a ensuite reconstruit un club à Bagneux. Quand j’en suis partie, il évoluait en deuxième division.

J-P.J. – Le football féminin a-t-il basculé dans une autre dimension ?

N.A. – On est loin des garçons, de la surexposition médiatique, du star-system, des salaires délirants. Dans dix ans, peut-être… Prenez les filles du PSG, c’est la deuxième meilleure équipe du championnat derrière Lyon. L’an passé, elles ont dû trouver un autre terrain que le Camp des Loges pour laisser la place à la réserve masculine. Alors que le budget des garçons est de 600 millions d’euros, et que la Mairie de Paris est partenaire…

J-P.J. – La Coupe du monde va bénéficier d’un traitement médiatique inédit

N.A. – Oui, TF1 et Canal+ diffuseront tous les matchs. De quoi élargir l’audience, attirer annonceurs et distributeurs, booster les droits télé du championnat, susciter des vocations. On a un problème de masse et de maillage territorial. Les petites filles ne se représentent pas en joueuses de foot, elles n’ont pas de modèles. La plupart ne demandent pas à jouer, elles pensent que ce n’est pas pour elles. Les filles sont prisonnières de stéréotypes de genre. Les conséquences  ? À partir de trois ans, elles commencent à ne plus courir, à rester en retrait et à perdre en motricité.

J-P.J. – La lutte contre les stéréotypes était précisément l’objet des ABCD de l’égalité, dont vous étiez la référente nationale en 2013 ?

N.A. – Les jeux mis en place étaient destinés à ce que les enfants prennent conscience qu’ils peuvent tout faire avec les pieds, les mains, la tête… Savoir taper dans un ballon n’est pas inné, ça s’apprend. Si je me bats aujourd’hui, c’est pour que les petites filles et les petits garçons aient juste le droit d’être soi. Propos recueillis par Jean-Philippe Joseph

En savoir plus

Originaire de Toulouse, Nicole Abar joue au haut niveau entre 1975 et 1995. En 1997, elle fonde l’association Liberté aux joueuses, qui défend les droits des femmes dans le sport. En 2000, elle est nommée Chargée de mission Femmes et sport au ministère de la Jeunesse et des Sports. En 2013, le ministère de l’Éducation nationale lui confie la mise en place des ABCD de l’égalité. En 2019, elle crée avec la marque Bonzini le baby-foot mixte.

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Patricia Cangemi, profession Atsem

En même temps qu’ils ont remplacé les « dames de services », les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (Atsem) ont vu leur rôle élargi. Sans mesurer leur place essentielle dans le développement éducatif et culturel des petits d’homme, sans en voir la traduction au plan du salaire et du statut. Rencontre avec Patricia Cangemi, atsem à Colmar

 

Sainte-Croix-en-Plaine, près de Colmar. Lorsqu’elle aperçoit Patricia, Anna court se presser contre elle. 9 heures, les derniers parents quittent l’école, laissant derrière eux des cris, des rires, quelques sanglots. Patricia aide Lena à se défaire de son manteau et Bryan, trois ans, à enfiler ses chaussons qu’il a mis à l’envers. « Ça va mieux ? », demande-t-elle au petit garçon. La veille, l’enfant était souffrant. « Il arrive qu’on nous dépose des enfants mal fichus. Si on tombe malade à notre tour, c’est la double peine. En décembre, j’ai été absente une semaine, j’ai pris un jour de carence, ça m’a fait 45 euros en moins sur ma fiche de paye. C’est difficile à accepter quand on touche 1 100 euros par mois ».

Entre les photocopies, l’archivage des travaux des enfants dans le cahier de vie, la collation de 10 heures, les pauses-pipi, l’heure de la récréation surprend Patricia dans la réalisation d’une frise pour le couloir représentant les profils des vingt-trois enfants de la classe. « Les missions de l’Atsem ne se limitent pas à la surveillance et à l’hygiène des enfants et des locaux. On nous demande d’être plus polyvalents, d’assister les enseignants au plan matériel et éducatif, mais on nous refuse l’accès à la catégorie B ».

10h40, on frappe des mains dans le couloir. « La récréation est terminée », dit Patricia, délaissant la préparation d’un atelier pour aider les enfants à se déshabiller. Vingt minutes plus tard, Yannis, Anna et Bryan, ont pris place devant des feuilles et des feutres. « Ils sont mieux tes points, Anna, pique plus doucement ». « Tu vas trop vite, Bryan, on est sur la feuille des traits et tu fais des ronds ». Se tournant vers Khatia, l’institutrice : « On fait les dernières ? Je crois qu’ils commencent à décrocher ». La matinée touche à sa fin. Patricia ne fait plus la cantine, malgré le manque à gagner. « Le bruit y est assourdissant. Les enfants ont été cadrés toute la matinée, ils n’ont qu’une seule envie, se défouler ». Après le déjeuner, elle sera de sieste, comme tous les jeudis. « C’est un temps de surveillance : faire en sorte que les enfants s’endorment sereinement, les rassurer, leur faire un câlin, si besoin. En somme, veiller à ce que tout se passe bien ».

16 heures, Bryan se réveille. Il s’assied sur son lit, met le pied droit dans le chausson gauche, le pied gauche dans le chausson droit. Patricia passe entre les couchettes, secoue les draps, plie les couvertures. 16h20, les derniers élèves partis, la journée de Patricia commencée huit heures plus tôt n’est pas pour autant terminée. Il y a les tables à ranger pour le lendemain, la classe à balayer, le couloir et les sanitaires à nettoyer. « Je serai chez moi vers 18 heures. Je pourrai enfin me poser dans le calme et le silence. Enfin, si mon compagnon et mon fils de 10 ans sont « d’accord »… », lâche -t-elle en souriant.  Jean-Philippe Joseph

Repères :

« Venant du secteur privé lucratif, je trouve du sens au métier d’Atsem. Les parents nous confient leurs enfants, on participe à leur éveil et à leur développement. Mais nous ne sommes pas reconnus à la mesure de ce que l’on fait », souligne Patricia Cangemi. « Atsem » signifie agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles. Ce sont à 99,6 % des femmes. Au nombre de 55 000, elles sont soumises à une double autorité hiérarchique : celle de la commune en tant qu’employeur, celle du directeur ou de la directrice d’école pendant le travail. Soutenues par les organisations syndicales, et les parents d’élèves, elles réclament notamment l’affectation d’une Atsem par classe, la reconnaissance de la pénibilité et un déroulement de carrière en catégorie B.

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Julien Lauprêtre, la voix des exclus

Surnommé « l’abbé Pierre laïc », à la tête du Secours populaire français depuis plus de six décennies, Julien Lauprêtre est décédé ce vendredi 26 avril, à l’âge de 93 ans. Homme de cœur et de convictions, il avait dédié sa vie à la lutte contre la pauvreté et les injustices.

 

« Jusqu’au bout, il a été présent », raconte Corinne Makowski, la secrétaire nationale du Secours Populaire Français. « Ces derniers jours encore, il avait émis l’idée d’organiser un événement important en novembre, pour les 30 ans de la convention internationale des droits de l’enfant ». Hospitalisé à la suite d’une chute, Julien Lauprêtre est décédé ce 26 avril. « Plus qu’un Président, c’est un ami que tous les membres du Secours populaire ont perdu aujourd’hui », commente l’association, faisant part de son immense tristesse. Né le 26 janvier 1926, ce « titi parisien » est resté fidèle au XIIe arrondissement de Paris où il a vu le jour. Fils unique d’un cheminot communiste et syndicaliste, il y a épousé Jeannette, « fille de concierge » rencontrée à l’âge de 10 ans, lors de ses premières vacances. C’était en 1936 dans une colonie de vacances du Secours ouvrier international à La Rochelle, où il voit la mer pour la première fois en compagnie d’enfants français mais aussi espagnols, italiens ou allemands, ayant fui les régimes hitlérien, franquiste ou mussolinien. Plus tard, il se souviendra de ces enfants pour créer « les Journées des oubliés des vacances », emblématiques du Secours populaire.

À l’exemple de son père, il s’engage dans la résistance à 17 ans, forme un groupe avec d’anciens copains d’école. « On changeait l’orientation des panneaux de signalisation pour perdre l’occupant allemand. Notre coup d’éclat ? Enlever la barrière qui empêchait la circulation devant la caserne de Reuilly, occupée par les Allemands ». Il prend ensuite contact avec la jeunesse communiste clandestine. L’action s’intensifie. « On prenait la parole dans les cinémas pour appeler à la résistance, on jetait des tracts à vélo ». Le 20 novembre 1943, il est arrêté. « Je me suis retrouvé en prison avec Manouchian et les héros de l’Affiche rouge. Pendant huit jours, j’étais avec ces hommes, dans la même cellule ». Manouchian, qui va être fusillé, lui glisse des mots gravés dans sa mémoire. « Toi tu es jeune, tu vas t’en sortir. Il faudra que tu continues à lutter contre l’injustice et être utile aux autres », se souvenait-il, la voix grave et le regard soudain voilé. « C’était un message extraordinaire, j’y pense tous les jours ».

 En février 1954, « le mois où l’Abbé Pierre a fait son appel », Julien Lauprêtre, alors ouvrier miroitier, est embauché pour quelques semaines comme secrétaire administratif au Secours populaire. Il n’en est jamais reparti. « C’est là que j’ai retrouvé la suite de ce que j’ai fait dans la résistance ». L’année suivante, il est élu à la tête de l’association, qui n’est à l’époque qu’une petite structure du Parti communiste. Celui qu’on appelle parfois « l’Abbé Pierre laïc » a façonné le mouvement à son image et l’a émancipé. « L’important, c’est d’être totalement indépendant », affirme celui qui a fait siens les mots de Louis Pasteur : « Je ne te demande pas quelle est ta race, ta nationalité ou ta religion, mais quelle est ta souffrance ».

Outre l’aide alimentaire, « première demande des plus déshérités », Julien Lauprêtre a mis les enfants au cœur des actions du Secours populaire. Pères Noël verts, Chasses aux œufs et « Journées des oubliés des vacances » sont devenus les emblèmes du mouvement qui compte un million de membres, « pas adhérents, précise-t-il, car on n’adhère pas à la misère » et 80.000 bénévoles. « Offrir des vacances, ça ne règle pas tout mais c’est concret », répétait ce père de quatre enfants. Une association aux multiples facettes, qui s’empare aussi avec force et détermination des questions de culture, la faim du savoir se révélant aussi fondamentale que la faim du ventre pour tous les exclus et perclus de la société : savoir écrire et lire, savoir s’exprimer et oser prendre la parole, savoir se faire respecter et décliner sa dignité à la face des nantis. Sous les lambris dorés de l’Élysée comme lors du festival d’Avignon, dans les quartiers populaires de Lille ou de Marseille, de Lyon ou de Montreuil.

« Julien Lauprêtre a consacré sa vie pour que celles et ceux qui n’ont rien, ou si peu, relèvent la tête et soient plus forts pour s’en sortir grâce à la solidarité, dans une démarche d’égal à égal entre celui qui donne et celui qui reçoit », souligne le SPF avec conviction. La pauvreté est là. Elle ne recule pas. Elle s’aggrave. « L’avenir du mouvement, c’est de continuer à peser contre les injustices », affirmait sans relâche la voix des exclus. Tout un programme, pas une fin ! Yonnel Liégeois, avec l’AFP

 

Réactions

– « On perd un grand combattant contre la pauvreté, c’est quelqu’un qui ne lâchait rien et qui avait une constance remarquable dans la lutte contre l’exclusion. De la question alimentaire jusqu’à celles des vacances, on mesure bien avec son action ce que veut dire la pauvreté : le sentiment d’être hors-jeu, de ne pas pouvoir faire comme les autres ». Christophe Robert, le directeur général de la Fondation Abbé Pierre

– « Le Secours populaire et les pauvres perdent leur voix majeure avec le décès de Julien Lauprêtre. Condoléances émues et reconnaissantes ». Jean-Luc Mélenchon, La France Insoumise

– « Un ami, une figure majeure de la solidarité de notre pays. Hommage à ses valeurs de solidarité et d’attention aux autres ». Martine Aubry, maire de Lille

– « Tous ceux qui ont connu Julien Lauprêtre se souviendront de son humanité exceptionnelle et de sa capacité à éveiller les consciences en faveur de la solidarité, de la justice sociale et de la protection de l’enfance ». Anne Hidalgo, maire de Paris

– « Il était la générosité faite homme ». Ian Brossat, adjoint communiste à la mairie de Paris

– « Le président du Secours populaire était un abbé Pierre laïc (…) et un compagnon chaleureux ». Patrick Apel-Muller, le directeur du quotidien l’Humanité

– « Un éveilleur de conscience, un pourfendeur d’indifférence et un porte-parole des pauvres auprès des pouvoirs publics. Julien Lauprêtre était tout entier cette main tendue de la générosité et ces ailes de l’espérance qui forment l’emblème de l’association ». Palais de l’Élysée

 – « La France perd un pilier de la lutte contre la pauvreté, porte-voix des plus démunis, en particulier des enfants ». Édouard Philippe, Premier ministre

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Les droits de l’Homme prennent la pose

Jusqu’en juin 2019, deux artistes de la prise de vue, Sebastião Salgado et Clarisse Rebotier, couvrent de leurs œuvres les murs du Musée de l’Homme, à Paris. Pour commémorer les droits du même nom, adoptés en 1948 par l’ONU. Place du Trocadéro, une pose s’impose.

 

À l’occasion du 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, le Muséum national d’histoire naturelle, à Paris, organise une série d’expositions, conférences et projections destinées à commémorer l’événement. Adopté le 10 décembre 1948 par la toute jeune ONU, le texte définit les droits fondamentaux inaliénables au plan civil, politique, social, économique et culturel inhérents à toute personne humaine. Le droit à l’éducation, au travail, à la liberté d’opinion, la protection des enfants…

De tous les artistes invités au Musée de l’homme (situé dans une aile du Palais de Chaillot où fut signé le texte), le photoreporter brésilien Sebastião Salgado est sans doute le plus connu. Du Kenya aux Philippines, de l’Inde au Rwanda, en passant par l’Angola, l’Algérie, la Bosnie, l’ancien professeur d’économie a témoigné des conditions de travail dans les mines d’or ou les champs de pétrole, des injustices frappant les paysans sans terre du Sertão, des atrocités de la guerre, des dégâts de l’homme sur la nature, du déracinement. Aussi des beautés du monde, comme ce désert au sud de Djanet (Algérie) où un Touareg se recueille. Salgado a puisé dans quarante

Co MNHN – JC Domenech

ans de travail pour illustrer chacun des trente articles de la Déclaration.

Clarisse Rebotier, quant à elle, s’est focalisée sur le seul article 13 qui stipule que « toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un État ». L’artiste a proposé à des réfugiés et à des demandeurs d’asile de les photographier sur le Parvis des droits de l’homme. « Pour le symbole, bien sûr, et parce que ces gens ont leur place ici ». D’où le titre de sa série, « Hic et Nunc », « Ici et maintenant ». De rencontres en ateliers, Khadija, Gabriel, Hissen, Sahil et vingt-six autres ont accepté de poser. Seuls ou à deux. Quelques-uns se tiennent par la main. Derrière eux, la tour Eiffel. Ils sourient.

Sauf Adema, dont le regard semble se perdre au-delà de l’objectif. Jean-Philippe Joseph

 

Sebastião Salgado

Les photographies de Sebastião Salgado illustrent certains des articles de la déclaration, tels que le droit à l’asile, à la liberté de pensée, de conscience et de religion, le droit au travail, et d’autres encore. Des articles qui font particulièrement échos aux valeurs humanistes portées par le Musée depuis sa création en 1937 et que le

© MNHN – JC Domenech

photographe illustre en portant un regard rétrospectif sur son œuvre.

Tout au long de 40 ans de carrière, trente photographies réalisées dans 20 pays : Afghanistan, Angola, Algérie, Bosnie, Brésil, Éthiopie, France, Hong Kong, Inde, Indonésie, Italie, Kenya, Mexique, Mozambique, Philippines, Rwanda, Somalie, Soudan et Tanzanie. Des images comme autant de témoignages émouvants qui incarnent la nécessité de défendre au quotidien les droits énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme, quelle que soit la région du monde concernée, soulignant la portée universelle de ce texte. « Je ne veux pas qu’on apprécie la lumière ou la palette de tons. Je veux que mes photos informent, provoquent le débat », déclare Sebastião Salgado.

 

Clarisse Rebotier

Pour réaliser cette série d’une trentaine de clichés, Clarisse Rebotier a rencontré des dizaines de personnes ayant fui la guerre. Pourtant, ces portraits représentent des personnes sereines et souriantes. « Ils sont joyeux. Ce sont des battants ! Je voulais montrer que les personnes réfugiées sont d’abord des citoyens, incroyablement emplis d’émotions et de vie », confie l’artiste. Pour cette série, la photographe a souhaité monter un projet participatif : les sujets sont devenus auteurs, ils ont tiré eux-mêmes leur portrait en chambre noire. Ces photographies deviennent un plaidoyer pour la solidarité, prises sur l’esplanade des Droits de l’Homme, au Trocadéro, à l’ombre du Musée de l’Homme qui reste très attaché

Rose et Khadija-Co C.Rebotier

aux valeurs humanistes et universalistes, qui ont présidées à sa création en 1937.

Si l’accueil de la diversité et l’intégration des réfugiés sont actuellement un défi pour l’Europe et pour la France, ils mobilisent également des principes humanistes et universalistes chers au Musée de l’Homme. Ces photographies deviennent un plaidoyer pour la solidarité, dans lequel les préjugés sur les immigrés sont déconstruits peu à peu. « J’entends parler souvent des « gens différents », mais je n’ai pas encore compris de quoi ils sont censés être différents », affirme Clarisse Rebotier.

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Sport, l’exécutif hors-jeu

Le gouvernement envisage de transférer au budget des fédérations le financement des conseillers techniques sportifs. Un projet ministériel qui fait l’unanimité contre lui ! Ce changement de braquet condamnerait un modèle qui allie haute performance et droit à la pratique pour tous.

 

Il est rare qu’une annonce ministérielle fasse à ce point l’unanimité contre elle ! Des clubs aux associations, en passant par le sport amateur ou de haut niveau, et ce jusqu’au Comité olympique français, le projet d’exclure de la fonction publique les 1600 conseillers techniques sportifs (CTS) rattachés au ministère des Sports a provoqué un véritable tollé. Il faut dire qu’à six ans des J.O. de Paris, la décision fait tâche… Mis en place dans les années 1960, après la débâcle des Jeux Olympiques de Rome, les conseillers techniques sportifs ont pour rôle le développement du sport pour tous et de la pratique licenciée, la détection de jeunes talents, le perfectionnement des élites, la formation des cadres… Suivant son plan de réduction de 50 000 emplois dans la fonction publique d’État, le gouvernement voudrait donc que les CTS soient à terme salariés directement par les fédérations. « La perte du statut de fonctionnaire reviendrait à rompre avec les trois principes qui guident notre action », avertit un CTS du sud de la France, « l’intérêt général, l’égalité des chances et des territoires, l’indépendance ».

Ce changement de tutelle entérinerait aussi le désengagement de l’État des politiques publiques du sport, à l’œuvre dans le secteur associatif et amateur. Or, entre la baisse des dotations aux collectivités et la suppression des contrats aidés, de nombreuses structures ont déjà du mal à boucler leur budget. « La baisse des subventions a atteint 10% sur les cinq dernières années », constate Stéphane Anfosso, de l’AIL Blancarde à Marseille. « Pour nous, c’est énorme. Alors, pour ne pas augmenter les cotisations, on tente de développer les animations payantes ». La création de l’Agence nationale du sport sur le modèle anglo-saxon, opérationnelle au 1er mars 2019, illustre les nouvelles orientations du pouvoir. En charge du haut niveau et du sport de masse, elle serait articulée autour d’une conférence de financeurs : l’État, les collectivités locales, le mouvement sportif et les entreprises…représentées par le Medef. Une présence qui laisse songeur Lionel Lacaze, ancien lutteur sélectionné olympique, jusqu’alors en charge de la formation des directeurs techniques nationaux à l’Insep. « J’ai du mal à imaginer le privé intéressé par autre chose que des athlètes ou des champions accomplis. Or, sans le sport amateur, il n’y a pas de haut niveau ».

Le ministère ne s’occuperait plus que des aspects réglementaires et de la formation. Pour combien de temps ? De plus en plus, les certificats de qualification professionnelle délivrés par les branches professionnelles se substituent aux diplômes d’État. « Cela favorise l’embauche d’éducateurs plus précaires, moins bien formés et moins qualifiés, notamment sur le plan de la sécurité », alerte Dany Ranggeh, moniteur de natation. L’abandon du modèle actuel au profit de la marchandisation généralisée du secteur aurait une autre conséquence, grave selon Marie-Thérèse Fraboni, syndiquée CGT au ministère de la Jeunesse et des Sports. Celle de casser le lien entre les activités physiques et sportives et les autres politiques publiques du champ de la jeunesse, « dans le cadre de plans éducatifs territoriaux intégrant aussi l’éveil aux pratiques culturelles en général, la musique, la danse ou les sciences ».

En réponse à l’éventuelle suppression des CTS, 357 athlètes, dont Teddy Riner et Martin Fourcade, ont écrit une lettre ouverte à Emmanuel Macron, dans laquelle ils alertent sur une « famille du sport en danger ». Jean-Philippe Joseph

Déjà inférieure à 1%, le budget du ministère des Sports sera de nouveau en baisse en 2019 (-7%). Avec la disparition des 1600 CTS, les heures du ministère seraient comptées, lui dont les effectifs ont fondu de 8000 à 5000 agents en dix ans. De mauvais augure pour les 16 millions de licenciés, les 307 000 associations sportives et les quelques 3,5 millions de bénévoles.

 

Paroles de sportifs

Emmanuelle Bonnet-Oulaldj, vice-présidente FSGT : Un conseiller de l’Elysée m’a clairement dit que leur intention était de libéraliser la concurrence entre les associations et le secteur marchand. D’ailleurs, dans le rapport sur la gouvernance du sport remis à la ministre des Sports à la mi-octobre 2018, il est partout question de répondre à des attentes de consommation, nulle part de répondre à des besoins.

Jean-Pierre Favier, président US Ivry (94) : Les médaillés d’or aux J.O. ou les joueurs qui ont remporté la Coupe du monde en juillet ont tous commencé par les clubs ou le mouvement associatif. Luc Abalo, trois fois champion du monde et deux fois champion olympique avec l’équipe de France de handball, a été découvert à l’école avant d’entrer à l’US Ivry puis de signer au PSG.

Benjamin Giannini, maître d’armes à Guilherand-Granges (07) : Jusqu’à la fusion des régions, le club avait trois CTS. Aujourd’hui, nous n’en avons plus qu’un qui se partage entre trois territoires, l’Auvergne-le Dauphiné Savoie et le Rhône. Sur le plan des subventions, nous étions financés avant sur des postes, aujourd’hui nous le sommes sur des projets. Ça ne représente pas les mêmes montants, ce qui a fait que nous avons perdu deux salariés.

Pierre Mourot, École nationale de voile et de sports nautiques : D’ici aux J.O. de Paris, il n’y a pas à craindre de baisse de niveau. Mais les gamins qui iront à Los Angeles en 2028, il faudra les faire grandir. Jusqu’à présent, on a réussi à constituer un vivier de cadres fédéraux de haut niveau. Si on casse le système actuel, il faudra payer très cher des entraîneurs compétents venus de l’étranger.

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Avedikian et Chouaki, l’espérance

Nous voici de retour à la source du théâtre, dans son bel et simple appareil. En combinant des textes d’Aziz Chouaki, Hovnatan Avedikian a composé Europa (Esperanza). Un grand bain de langue salée au Lavoir Moderne Parisien ! Sans oublier les Focus à la Maison des Métallos, Les mots pour le dire à L’Archipel, La vie devant soi au CDN de Sartrouville et La voix humaine à Saint-Nazaire.

 

Metteur en scène et interprète d’Europa (Esperanza), Hovnatan Avedikian dialogue avec la musique de Vasken Solakian, virtuose du saz, cet instrument d’Orient qui a le bras long ! Solakian, campé dans la posture de l’aède aveugle, genre Homère, donne le la en soulevant ses lunettes noires pour lire sa partition ! Le ton est donné d’un spectacle furieusement drôle et rudement tragique, dont Avedikian devient aussitôt le rhapsode, Arlequin chaplinesque jonglant avec la partition verbale éblouissante de Chouaki, grand poète mariole qui sait aussi bien donner la parole à deux gamins des rues d’Alger slamant leur désir de fuir une mère patrie ingrate que broder sur le pathos sublime de la mythologie grecque autour de la Mère Méditerranée. Celle des vieux dieux, des marins de tous rivages et des noyés potentiels d’aujourd’hui, ici, entre autres, un ingénieur au chômage, un passeur ou un handicapé en fauteuil roulant qui voguent vers Lampedusa…

Ah ! Sur les « migrants », combien de débats perclus, d’éditoriaux faux-culs ! Allez voir et entendre Europa (Esperanza) au Lavoir Moderne Parisien, et vous saisirez tout par la tête et le cœur, en riant les larmes aux yeux grâce à Aziz Chouaki, lequel n’a pas ses langues dans sa poche (il en avoue trois, l’arabe du peuple, le kabyle et le français), plus le Joyce, dont il est un spécialiste avéré. Il y a encore que, guitariste de jazz, il a le sens béni de la syncope, de la rupture sèche, du beat, le rythme, quoi. C’est donc rare merveille d’assister au concert sémantique à fortes gestuelle et mimique qu’offrent – au nom de tous les peuples d’exode – deux hommes aux racines arméniennes, historiques gens du voyage obligé, dans un grand bain de langue salée aux vagues percussives.

Mine de rien, nous voici là devant de retour à la source du théâtre, dans son simple et bel appareil, soit tout l’univers dans un corps infiniment souple et mobile, escorté par des harmoniques savantes dans le but de tenir sur le monde où nous sommes le discours de l’art qui est le seul irréfutable. Europa (Esperanza), petite forme à grands effets sensibles, est sans doute un exemple bienvenu de la persistance d’un théâtre du texte souverain, pleinement assumé par l’acteur qui le fait sien, au plus profond de son être-là, dans un geste éperdu de partage. Ce n’est plus si fréquent, il importe de le dire. Jean-Pierre Léonardini

 

À voir aussi :

Focus, récits de vie : jusqu’au 23/12, à la Maison des Métallos. Une série de spectacles et débats, rencontres et expositions qui donnent à voir et entendre la parole d’hommes et de femmes blessés ou terrassés par la vie, mais qui se redressent et veulent vivre debout. Des ouvrières de Samsonite aux victimes de Colombie, des enfants des rues chiliennes au peuple Innu du Québec. Yonnel Liégeois

Les mots pour le dire : jusqu’au 19//01/19 les jeudi-vendredi et samedi, au Théâtre de L’archipel. Par Frédéric Souterelle, l’adaptation du célèbre roman de Marie Cardinal au titre éponyme. Aux bienfaits de la chirurgie, Marie la trentenaire décide de faire plutôt confiance à la psychanalyse. Des flots mortifères du sang de la jeune femme au rouge vif de la litanie des mots échangés avec sa mère. Entre amour et haine, la prise de conscience libératrice d’une femme enchaînée à ses secrets d’enfance. Une parole percutante, puissante, émouvante que portent avec talent Françoise Armelle et Jade Lanza. Yonnel Liégeois

La vie devant soi : du 15 au 18/01/19 au CDN de Sartrouville, puis tournée nationale. Par Simon Delattre, l’adaptation du célèbre roman de Romain Gary. L’histoire truculente de Momo, le petit Arabe paumé, recueilli par une mama juive et ancienne prostituée… Entre humour et tendresse, un récit d’initiation mis en scène avec doigté et féérie où se côtoient personnages réels et marionnettes géantes ! Quand le regard poétique sur les origines règle son sort aux politiques d’exclusion et au racisme primaire, nous sommes tous fiers d’être des Momo qui s’ignorent… La scène transfigurée comme symbole de terre d’accueil en musique et en couleurs, un superbe spectacle qui ravira petits et grands. Yonnel Liégeois

La voix humaine : les 30 et 31/01/19 à la Scène nationale de Saint-Nazaire. Dans une mise en scène originale de Roland Nauzet, suspendue au dessus de nos têtes et se mouvant sur un plafond de verre, Irène Jacob époustouflante et irradiante de beauté torturée  fait entendre sa voix. Souffrante, priante, pleurante, angoissante, gémissante… Un téléphone pour tout accessoire, une voix reçue et entendue à distance, un monologue pathétique sur la rupture et l’abandon. Une authentique redécouverte du texte de Jean Cocteau, entrecoupé d’extraits de Disappear Here de Falk Richter. Sublime. Yonnel Liégeois

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