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Montreuil, la jeunesse à livre ouvert

Jusqu’au 1er décembre, se tient à Montreuil (93) la 41e édition du Salon du livre et de la presse jeunesse qui ouvre ses portes sous le signe de l’empathie et de « L’art de l’autre ». Rencontre avec Alain Serres, auteur et fondateur des éditions Rue du monde.

En 2026, Rue du monde fêtera ses 30 printemps. Maison consacrée à la littérature jeunesse, elle publie inlassablement, malgré les zones de turbulence qu’une maison d’édition indépendante rencontre, des albums illustrés, des récits historiques, des livres scientifiques, de la poésie, des contes, des romans… Avec 650 titres à son actif, elle n’hésite pas à faire appel à des auteurs et autrices, des illustrateurs et illustratrices du monde entier. Certains livres sont devenus des classiques, des incontournables de la littérature jeunesse.

Marie-José Sirach – « Les oiseaux ont des ailes, les enfants ont des livres ! », peut-on lire sur la page d’accueil de votre site. Une phrase qui résume votre projet éditorial ?

Alain Serres – La formule magique nous accompagne depuis que nous sommes sortis de l’œuf, en 1996. Le défi était de bâtir une maison indépendante autour de l’enfant considéré comme être social, acteur et rêveur. Faire des livres nourris de chacun des droits des enfants, dont celui de tout découvrir, l’art et les sciences, le monde naturel et l’histoire… plus l’imagination et la pensée critique, ces vitamines que l’école néglige tant dans ses programmes. Je suis convaincu que, dans la tourmente déstabilisante de ce siècle, le compagnonnage des livres et des enfants est la chance de leur liberté, tout autant que la nôtre. Alors on s’applique encore…

M-J.S. – Dès le départ, vous avez mis en place un réseau qui passe par les bibliothèques et les librairies, les enseignants et les éducateurs. Pourquoi ce choix ?

A.S. – J’aime déjà l’idée que les enfants se tissent des petits réseaux de livres qui résonneront longtemps en eux, loin des pièges de ces autres réseaux prétendument sociaux. Je n’ai jamais perdu de vue l’« Apoutsiak » de Paul-Émile Victor, de mes 5 ans : le petit Inuit m’aide toujours à regarder les autres. Et, un peu en miroir, oui, les réseaux professionnels de l’enfance, de la culture et de l’éducation populaire ont été décisifs pour nous. On a pu commencer à dérouler notre rue de papier grâce à un millier d’écoles et de bibliothèques, qui ont préacheté les premiers livres, les rendant possibles. Ça coûte cher de faire des albums de belle facture. Et je voulais faire du beau.

M.-J.S. – Comment se porte cette chaîne du livre aujourd’hui ?

A.S. – Tant de bonheurs éditoriaux ! Des centaines de rencontres, de débats, de sourires. Mais, aujourd’hui, la situation est violente.… La chaîne du livre bat de l’aile. Quand on touche à la culture, aux services publics, forcément des chaînons se disloquent et les enfants trinquent. Même si, dans ces domaines, les plaies ne se voient pas immédiatement.

M.-J.S. – Comment le vivez-vous au quotidien ?

A.S. – Il faut éliminer, s’empêcher de réimprimer, lutter pour surnager… Dans les familles, il y a beaucoup moins de moyens pour acheter des livres, il y a tellement plus urgent. Les ventes globales en librairies se tassent donc, mais les chiffres dissimulent une autre réalité. Les piles de titres très séducteurs invisibilisent de plus en plus de livres audacieux. Désormais certains livres naissent mort-nés. Et ce sont peut-être les meilleurs ! Les écoles et les bibliothèques manquent aussi dramatiquement de moyens, de formation, de perspectives… Pourvu que les bonnes librairies tiennent le choc, que les auteurs survivent, que les professionnels de l’enfance, dès la crèche et la maternelle, ne désespèrent pas !

M.-J.S. – Des maisons comme la vôtre ont-elles la force de résister ?

A.S. – Nous sommes nombreux à ne tenir qu’à un fil. Comment accepter que l’on ne touche pas aux trésors accumulés des grandes fortunes et qu’on pioche dans les menus trésors culturels que les enfants ont en poche, le passe culture, par exemple ? Comment tolérer que des bulles opaques comme les holdings puissent légalement détourner les richesses produites par nos intelligences vers des placements financiers stériles ? Et, oui, Rue du monde est en danger. Mais on sait que l’on peut compter sur beaucoup d’énergies, le public, mais aussi des syndicats, des associations, des personnalités. On va tout faire pour tenir alors que débute l’année de nos 30 ans !

M.-J.S. – Vous êtes partenaire du Secours populaire. Depuis 2003, 125 000 ouvrages ont été offerts aux enfants. Vous êtes aussi associé au Printemps des poètes. En quoi ces initiatives sont-elles constitutives de votre ligne éditoriale ?

A.S. – J’ai grandi dans une modeste famille de cheminots, mais il y avait toujours un billet pour le Secours populaire ou une petite ambulance à vendre pour aider le peuple vietnamien. Alors, aujourd’hui, Rue du monde tient naturellement sa place côté solidarité, et avec le Secours populaire qui a toujours inclus les droits culturels des enfants parmi leurs nourritures vitales. Quant à la poésie, elle est un point fort de notre maison. Avec, chaque année, trois ou quatre nouveautés, au printemps. Comment les enfants pourraient-ils espérer vivre libres et heureux sans apprendre à ouvrir cette porte en eux ?

M.-J.S. – Vous publiez des livres devenus des classiques, des signatures incontournables comme Daeninckx, Siméon, Pef, Place, Zaü, et de nombreux auteurs venus d’Argentine, du Japon… C’est un signe d’hospitalité offerte au monde ?

A.S. – Notre Rue veut être celle des rencontres heureuses. On dit aux jeunes, et à leurs familles, voilà ce qui se crée là-bas en Finlande, en Iran… Ça te ressemble et tu ne t’en doutais pas. On a même un livre-CD qui fait découvrir 20 langues. Si Trump l’avait lu, gamin, peut-être que ça l’aurait sauvé !

M.-J.S. – Le Salon du livre et de la presse jeunesse à Montreuil est un rendez-vous incontournable pour le public mais aussi les professionnels. En quoi est-il un marqueur de l’édition jeunesse ?

A.S. – C’est la plus grande manifestation publique en Europe autour du livre jeunesse, pour tous les dévoreurs de bouquins, mais aussi pour ceux qui ne savent pas encore qu’ils vont le devenir. C’est festif, revigorant. On y parlera aussi beaucoup de ce qui nous tire vers le bas, cette année. Au-delà de nos grandes signatures, nous recevons Gee-eun Lee, venue de Corée, et le duo Romanyshyn-Lesiv, de Lviv, en Ukraine, pour la sortie de leur documentaire événement « Tout le monde se parle ! », qui raconte en images l’aventure de la communication chez les humains et les espèces vivantes.

M.-J.S. – Si vous aviez trois livres à conseiller ?

A.S. – Sûrement Loup noir, loup blancla haine et la bienveillance qui s’opposent dans le monde et parfois en nous. Les images d’Aurélia Fronty nous transportent aux sources cherokees de ce conte. C’est puissant, et important d’en parler ensemble. Peut-être aussi ces Fables pour le pays de Demain !, toutes écrites au futur et réalisées pour les 80 ans du Secours populaire, avec le peintre Laurent Corvaisier. À apporter à l’école… pour rafraîchir La Fontaine ! Et, pour les plus petits, la Cité des lettres, un album signé par deux jeunes architectes suédois qui transforment chaque lettre de l’alphabet en une maison ouverte aux mille découvertes. Un bel ouvrage qui donne envie d’apprendre à lire et à créer, à son tour. Là encore, c’est aussi la force de la littérature jeunesse. Propos recueillis par Marie-José Sirach

41ème Salon du livre et de la presse jeunesse, 400 éditeurs – 2000 auteurs et illustrateurs, du 26/11 au 01/12 (entrée libre, avec présentation obligatoire d’un billet) : Paris Montreuil expo, 128 rue de Paris, 93100 Montreuil. Les éditions Rue du Monde, 5 rue de Port Royal, 78960 Voisins-Le-Bretonneux (Tél. : 01.30.48.08.38).

Une quadruple sélection

– Mais qui est donc Naruhito Tanaka ? Autrefois ancien samouraï, désormais arboriculteur bonsaïka, sa reconversion est le fruit d’une prise de conscience : trop de morts sur les champs de bataille. L’ancien guerrier devient jardinier pacifiste, sculpte désormais les bonzaïs à l’aide de son katana. Sa réputation parvient aux oreilles de l’empereur… À partir de photographies d’intérieurs miniatures, Thierry Dedieu reconstitue chaque scène avec un soin précieux et sculpte personnages et objets, en pâte à modeler. Un album photo très zen.

Naruhito Tanaka, de Thierry Dedieu. Seuil jeunesse, 14€. À partir de 4 ans.

– Un livre poème dédié à « tous les enfants rêveurs et aux bénévoles du Secours populaire ». Trente petites fables écrites au futur et à lire au présent, un pied de nez salutaire et joyeux à tous les racistes et obscurantistes. Quand l’amitié, la fraternité et la solidarité l’emportent sur la bêtise, la violence et la peur… Les mots d’Alain Serres font mouche et les dessins, vifs et colorés, de Laurent Corvaisier participent de cet enchantement. Un album à lire en famille.

Fables pour le pays de demain, Alain Serres-Laurent Corvaisier. Rue du monde, 16€. À partir de 6 ans.

– Le troll hante les forêts et attaque les promeneurs solitaires ; le phooka est un gnome qui dévore les enfants mais épargne les nains et les elfes ; le korrigan est un lutin qui vit dans les dolmens et danse jusqu’au bout de la nuit ; le farfadet, un esprit malin qui adore faire des blagues ; le dyona se transforme en monstre et dévore les hommes, mais le djinn, lui, peut vous rendre heureux… Depuis la nuit des temps, ces créatures hantent les légendes. Imaginés et dessinés par Nadja, ces monstres constituent un bestiaire passionnant et même amusant. À lire pour conjurer toutes les peurs.

Le Livre des créatures, de Nadja. Actes Sud jeunesse, 25€. À partir de 6 ans.

– Dans la ville grise, un rayon de soleil : le bus jaune, celui qui transporte les enfants à l’école, emmène les anciens se balader à la campagne. Un jour, on le remise à l’écart de la ville ; plus tard, on le laisse encore plus loin, aux pieds des montagnes. Cette histoire réserve de belles surprises. Jamais le bus jaune n’est abandonné à son sort, il va servir d’aire de jeu pour les gamins, de refuge aux sans-abri, aux animaux… Les dessins au crayon, réalisés à partir de maquettes minutieuses, évoquent tous les paysages de ce conte fantastique et fantaisiste, illuminés par le jaune vif du bus.

Le Bus jaune, de Loren Long. HongFei, 16,90€. À partir de 5 ans.

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Classé dans Festivals, Littérature, Rencontres

L’inceste, y croire ou pas ?

Sur grand écran, sort le long métrage On vous croit. Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys ont reconstitué une audience au sein du tribunal de la jeunesse de Belgique. Une plongée glaçante dans les rouages de la justice face à l’inceste, un film au réalisme troublant. Disponible sur le site de France Info, un article de Lison Chambe

Qui écoute les enfants ? Qui les écoute lorsqu’ils racontent des choses atroces, inimaginables ? Qui les croit quand leur récit est trop insupportable ? Peu à peu, le tabou qui pèse sur l’inceste se lève. En France, la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) a conclu en 2023 que dans 81% des cas de violences sexuelles sur mineur, il s’agit d’un membre de la famille de l’enfant, le plus souvent, le père, à 27%. Le même rapport souligne qu’une plainte n’est déposée que dans 12% des cas. Parmi celles-ci, seule 1 sur 100 aboutit à une condamnation de l’agresseur.

Le décor est planté, et la réalité difficile à ignorer. Alors dans un souci de réalisme presque documentaire, Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys exposent, dans On vous croit, ce pan méconnu de l’inceste : l’épreuve du passage au tribunal, dans un système judiciaire parfois traumatisant, où la parole des enfants est seule face à celle des adultes. Alice est nerveuse. Elle a les traits tirés, l’œil anxieux. Elle est mère de deux enfants : Lila, adolescente renfermée et colérique et Étienne, au comportement mutique ponctué d’excès de violence. Tous les trois sont convoqués au tribunal de la jeunesse de Belgique. Leur père réclame son droit de garde alors qu’Alice et ses enfants ont volontairement choisi de couper tout contact il y a deux ans.

Au cœur du film : une scène de 55 minutes, une audience à huis clos. Face à la juge de la jeunesse, la mère, le père, leurs deux avocates respectives ainsi qu’un troisième, représentant l’intérêt des enfants. À l’issue de cette audience, la juge devra trancher : les enfants seront-ils contraints de revoir leur père ? Pour Alice, c’est inimaginable : le père est un violeur. Il a abusé de leur fils, elle en est sûre.

Un récit naturaliste

Pour construire ce récit, Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys se sont appuyés sur plusieurs témoignages et sur les constantes qui en ressortaient : les procédures juridiques sinueuses, longues et faites d’allers-retours, les audiences à répétition, les questions traumatisantes quant aux récits des agressions, répétées encore et encore. Infirmière de profession, Charlotte Devillers s’est notamment appuyée sur son expérience personnelle d’accompagnement des patients. Le film touche du doigt une réalité que les réalisateurs ont voulu représenter dans les moindres détails. Aux côtés des acteurs belges Myriem Akheddiou (la mère) et Laurent Capelluto (le père), au jeu millimétré et d’une justesse impressionnante, des professionnels du barreau interprètent les rôles des avocats. Il en ressort une performance troublante, plus vraie que nature.

La mise en scène est minimaliste. Filmés sans profondeur de champ, les acteurs évoluent souvent seuls à l’écran, laissant apparaître la moindre expression de leur visage, la moindre rougeur dans leurs yeux. Derrière eux, les murs blancs, glaciaux et austères du tribunal de la jeunesse. Comme au théâtre, les protagonistes de l’audience prennent la parole à tour de rôle. Voici l’avocate du père défendant son client, qui prétend ne plus avoir de contact avec sa famille depuis deux ans. Il n’a rien fait, affirme-t-il, il n’a rien à se reprocher. Progressivement, dans le bureau de la juge, on accule Alice. On dresse le portrait d’une mère surprotectrice, paranoïaque. On fait d’Étienne un fils étouffé, manipulé par les psychoses de sa mère, qu’importe son témoignage pourtant éloquent. Un récit familial se tisse. La tension monte, comme un piège qui se referme sur la mère.

L’inversion de la faute

Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys parviennent à construire avec finesse l’inversion de la culpabilité, la mise en doute des victimes, quoi qu’elles disent, peu importent les preuves. « J’ai l’impression que la plupart des gens préfèrent croire que nous mentons, plutôt que de croire ce que nous avons vécu« , s’effondre Alice. D’une mère qui tente de protéger ses enfants, la défense fait une mère qui les détruirait. Pourtant court, le film est une longue traversée de l’enfer kafkaïen des procédures judiciaires dans les cas d’inceste, qui finissent par ajouter du traumatisme à une situation déjà à vif. Lison Chambe

On vous croit, Charlotte Devillers, Arnaud Dufeys : Drame, 1h18. Avec Myriem Akheddiou, Laurent Capelluto, Natali Broods (Belgique, sortie le 12/11).

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Gruss, la folie du cheval

Carrefour des cascades, au cœur du Bois de Boulogne (75), le cirque Gruss a planté son chapiteau pour sa 52ème Folie. Un spectacle où le cheval est maître de la piste, où voltigent cavaliers, acrobates et chanteuse. De père et mère en fille et fils, une comédie musicale et équestre pour conter l’histoire d’une célèbre famille de circassiens.

Haut perché, l’orchestre donne la cadence. Le cheval galope, crinière blanche il galope avec grâce sur la cendrée. Tantôt seul, souvent en bande organisée, quatre ou cinq équidés en démonstration de leur dextérité ! De la petite dernière à la maîtrise déjà assurée de la piste à son père cavalier émérite, toute la famille Gruss a revêtu la casaque au célèbre patronyme pour inaugurer sous chapiteau leur 52ème Folie. Avant même de franchir l’entrée sous toile, Sirius, le fier étalon noir, accueille le public. Que les enfants, mais aussi les grands, sont autorisés à caresser : la belle et la bête, l’union sacrée ! Les numéros s’enchaînent, sous le sabot des chevaux s’élèvent musiques et chansons. Après la disparition d’Alexis le père en 2024, l’émotion est à son comble : comment perpétuer l’œuvre accomplie, sans se répéter ni se renier ? Comment faire partager toujours plus et mieux cet amour du cheval que l’ancien, il y a plus de 50 ans, a transmis aux enfants et petits-enfants ?

La réflexion collective accouche d’une folle idée : Gipsy la matriarche couvrira de bienveillance filles et garçons, Firmin coiffera la bombe de « patron » de troupe, Maud assumera la direction de la cavalerie et des cinquante chevaux chouchoutés dans leur box, peignés et dressés, Stéphan aura charge de faire rayonner l’extraordinaire héritage transmis par les parents… Ainsi, conçoit-il l’utopique projet d’un spectacle original, une comédie musicale et équestre ! Un premier tour de piste grandiose avec toute l’écurie dans le cercle de sciure, acrobaties et sauts périlleux – jongleries sur la croupe – numéros fantaisistes – ballets synchronisés des sabots – voltiges et cabrés alternent en folles embardées qui fascinent le public.

De temps à autre, s’impose une pause bienvenue, partie intégrante de la soirée, où l’une et l’autre content la genèse de l’histoire Gruss et de l’acquisition des apprentissages depuis le plus jeune âge. Une école de l’effort, du travail sans cesse recommencé, des chutes et des réussites, de l’amour partagé surtout entre le compagnon cheval et tous les membres de la fratrie. Proche de l’orchestre ou sur la piste, tantôt douce tantôt conquérante, une voix s’élève, céleste et cristalline : celle de Margot Soria, interludes chansonniers sur des musiques originales. La magie opère, fiers cavaliers et cavalières enchaînent prouesses techniques, poétiques et artistiques.

L’ovation retentit lorsque les projecteurs s’éteignent, quand les salutations se prolongent. Pour ce nouveau récital, fantaisie et émotion sont fidèles au rendez-vous, étalons et poneys aussi aux robes métissées, marron-blanche-noire. Rejoignez le chapiteau au triple galop, les chevaux vous saluent bien ! Yonnel Liégeois, photos Olivier Brajon

Les Folies Gruss, Gipsy-Firmin-Svetlana, Stephan-Maud : jusqu’au 29/03/26. Du jeudi au samedi à 21h, les samedi et dimanche à 15h et 21h, tous les jours pendant les vacances scolaires à 15h et 21h. Carrefour des cascades, Bois de Boulogne, 75016 Paris (Tél. : 01.45.01.71.26).

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Charles Juliet, ses meilleures années

À titre posthume, les éditions P.O.L. publient Mes meilleures années, le onzième et ultime tome du Journal de Charles Juliet. Il évoque ses lectures, ses rencontres, revient sur son parcours et surtout sur l’histoire douloureuse de sa vocation littéraire qui a fait de lui un auteur majeur. L’écrivain et poète est décédé le 26 juillet 2024.

« Charles Juliet en avait décidé le titre : Mes meilleures années. Nous publions aujourd’hui ce volume qui était encore en chantier avant sa disparition. Avec les textes inédits qu’il avait sélectionnés, qui peuvent être lus aujourd’hui comme sa volonté de rencontrer « ce qui appartient à tous, là où j’ai chance d’accéder au permanent, à l’intemporel », écrivait-il ». Les éditions P.O.L.

Pour l’occasion, Chantiers de culture remet son portrait en ligne, brossé lors de l’adaptation théâtrale de ses pudiques Lambeaux : la bouleversante déclaration d’amour à sa mère disparue. Ancien enfant de troupe, l’homme a surmonté doutes et affres de l’existence avant de publier en 1989 L’année de l’éveil, son premier texte. Un écrivain singulier, un auteur discret pour qui intimité et vérité se conjuguaient entre les lignes. Une rencontre fort marquante avec un être d’une profonde humanité, d’une extrême écoute de l’autre. Yonnel Liégeois

 À vingt-trois ans, c’est la rupture. Irrémédiable, terrible de conséquences. Un acte insensé, un pari de fou qui hypothèque à jamais l’avenir devant une vie toute tracée : en 1957, en pleine guerre d’Algérie, l’ancien enfant de troupe décide de quitter l’école du Service de santé militaire de Lyon. Alors qu’il n’a pour ainsi dire encore jamais ouvert un livre, sinon des ouvrages scolaires, le jeune Charles Juliet réussit à se faire réformer, sous couvert d’une intime conviction : écrire, écrire, consacrer sa vie à l’écriture !

Un pari fou et insensé pour l’homme désœuvré qui se retrouve alors sans revenu et sans travail, sans perspective. Qui ne compte plus les heures devant la feuille blanche sans aligner un mot ou, insatisfait et désemparé, déchire le lendemain ce qu’il a laborieusement couché sur le papier la veille… « Je passais le plus clair de la journée à rattraper le temps perdu : lire, lire. J’étais pris d’une véritable boulimie de lecture, entrecoupée de moments d’errance et de doute profond sur mes capacités à tenir la plume ». Et de poursuivre : « en ces années-là, je vivais dans l’insatisfaction permanente, vraiment dans le dégoût de moi-même. Entre immense confusion et désespoir absolu. Ce qui m’a sauvé ? Le bon sens et une bonne santé, physique et mentale ! ».

Une vérité au relent suicidaire que Charles Juliet exprime aujourd’hui avec une lucidité et une sincérité étonnantes. À n’en pas douter, au sortir d’une épreuve vitale au sens fort du terme, l’homme semble avoir conquis une sérénité intérieure presque déroutante pour son interlocuteur. Rencontrer Charles Juliet, ce n’est point seulement s’entretenir avec un écrivain et poète à la plume singulière, c’est aussi et surtout, avant tout peut-être, dialoguer avec un être d’une humanité à fleur de peau, d’une attention extrême à l’écoute de l’autre, l’enveloppant d’un regard profond et libérant sa parole d’une voix comme surgie des profondeurs. « Comme l’aveu d’une infinie précaution à l’instant d’approuver ou de dénier, une intime prudence devant l’idée, prudence nourrie de longues années d’incertitude, d’inquiétude, d’exigence dans l’ajustement de la pensée », commente Jean-Pierre Siméon dans l’ouvrage* qu’il consacre à l’auteur de L’année de l’éveil, L’inattendu ou  Attente en automne. Pour quiconque revient de l’enfer, il est vrai que goûter enfin au bonheur de la vie, et de l’écriture, relève presque du miracle !

Anne de Boissy dans Lambeaux, mise en scène de Sylvie Mongin-Algan. Photo Lorenzo Papace

Une vie en Lambeaux … Il suffit de lire l’ouvrage de Charles Juliet au titre éponyme pour saisir le sens et la portée du mot. À peine né et déjà séparé de sa mère qu’il ne connaîtra jamais, placé dans une famille d’accueil, l’adulte qui advient mettra longtemps, très longtemps, à se connaître et se reconnaître, à panser les maux et mettre des mots sur cette déchirure première. « L’écriture de ce livre fut décisive. Sans détour, je puis affirmer qu’il y a un avant et un après, jusqu’alors je m’interdisais d’être heureux ». Avec cette révélation surprenante : « douze ans d’intervalle séparent les vingt premières pages du manuscrit du point final. Il m’a fallu faire retour sur le traumatisme inconscient de cette rupture, me libérer de mon enfance et de mon éducation militaire pour qu’advienne cet inconnu que j’étais à moi-même ». Un ouvrage où le petit d’homme devenu grand chante l’amour de ses deux mères, l’inconnue dont il reconstruit le paysage intime avec des mots poignants et bouleversants et l’autre, cette paysanne à l’amour débordant pour l’enfant recueilli…

Fort d’une éblouissante maîtrise du verbe, l’auteur nous embarque sur ces flots insoupçonnés de l’inconscient où luit, au plus profond de la noirceur, l’étincelle de vie qui change tout. Celle de l’espoir. Auparavant, il en avait expérimenté quelques bribes. Au travers d’émois esthétiques et poétiques : la peinture de Cézanne et la rencontre du plasticien Bram Van Velde, la découverte des poètes Blas de Otero et Machado… Charles Juliet, un écrivain de l’intime ? Le diseur de l’insondable, plutôt. Pour s’en convaincre, il suffit de plonger dans L’année de l’éveil, un authentique récit d’initiation à la vie et à l’amour. L’auteur y conte ses longues années d’enfant de troupe, la dure loi de la vie en collectivité, les corvées et contraintes de la règle militaire, la découverte de la femme et de la tendresse.

Étonnamment, celui que l’on imaginait solitaire et contemplatif, l’écrivain à la plume si finement léchée et au verbe se jouant d’une si lancinante musique intérieure, Charles Juliet se révèle pleinement présent en son temps. Qui pose un regard acéré sur la vie de la cité, qui décrit avec justesse la société dans laquelle il est immergé. Obsédé par ces injustices dont il est témoin au quotidien, révolté par l’état de cette planète riche qui n’a jamais autant fabriqué de pauvreté, plaidant avec vigueur pour un sursaut de conscience et d’éthique…

« La question de la jeunesse me hante, me désespère parfois, elle ne me quitte jamais : qui peut se satisfaire de la vision d’une jeunesse perdue ? ». Aussi, accepte-t-il fréquemment de dialoguer avec les lycéens. « Pour rejoindre leur angoisse et leur dire : étonnez-vous de vous-mêmes et de la vie, ne partez pas battus. Je souhaite aussi qu’ils comprennent que l’acte d’écrire n’est pas un geste dérisoire dans une société où règne la confusion la plus noire ». Éthique et morale ? Pas de vains mots pour un homme et un écrivain qui les couche chaque jour sur le papier en lignes de clarté. Propos recueillis par Yonnel Liégeois

Mes meilleures années, Charles Juliet (éditions P.O.L., 160 p., 18€). L’année de l’éveil (Folio Gallimard, 273 p., 7€70). Lambeaux (Folio Gallimard, 160 p., 6€), Attente en automne (Folio Gallimard, 208 p., 6€), L’inattendu (Folio Gallimard, 240 p., 7€70).

* La conquête dans l’obscur, Charles Juliet, de Jean-Pierre Siméon (JMP éditeur, 126 p., 11€).

Quand la lumière s’éteint…

En 2020 paraissait aux éditions P.O.L. Le jour baisse, le dixième volume du Journal de Charles Juliet. Une œuvre de longue haleine, débutée en l’an 2000 avec Ténèbres en terre froide qui couvre la période 1957-1964 ! « Le jour baisse, dixième volume de mon journal, couvre quatre années, de 2009 à 2012. Dans les volumes précédents, je veillais à peu parler de moi. Ici, je m’expose davantage, parle de ce que j’ai longtemps tu : mon épouse, sa famille, mes rapports avec celle-ci. Je relate ce que fut mon année préparatoire aux études de médecine (…) Arrêt des études et engagement dans l’armée. Pendant cette année, à mon école d’enfants de troupe, j’ai eu des rapports difficiles avec un capitaine. Plus le rugby, plus une ardente faim de vivre, plus des tentations, plus un grand désordre dans la tête et dans le cœur. ».

Charles Juliet ? Un diariste à la plume singulière, qui récuse complaisance et nombrilisme, couchant ainsi sur le papier le particulier de sa vie et de son quotidien pour mieux atteindre l’universel. Une langue limpide au mot léché, où la prose sans relâche affinée sur le papier prend couleur poétique, où le phrasé finement ciselé devient gouleyante peinture pour celui qui chérit celle de Cézanne. Prix Goncourt de la poésie en 2013, en 2017 Grand prix de littérature de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre, Charles Juliet est un auteur qu’il fait  bon découvrir et rencontrer entre les lignes. Une sensibilité exacerbée par les soubresauts de l’existence, un homme aussi attachant que discret qui accompagne son lecteur dans les méandres les plus profonds de la conscience. Une grande plume se brise, une voix s’éteint. La mémoire est fidèle. Y.L.

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Pour le meilleur et pour le rire !

En cette année 2025, marquée par des crises humanitaires sans précédent, Clowns Sans Frontières lance une grande campagne Pour le meilleur et pour le rire. L’objectif ? Récolter 30 000 € d’ici la fin de l’année pour offrir des moments de joie et de magie à des milliers d’enfants vivant dans des zones de conflit ou de vulnérabilité.

Dans un monde où 1 enfant sur 6 vit dans une zone de conflit, les conséquences sur leur santé mentale et leur bien-être sont dévastatrices. Les conflits, les catastrophes naturelles et la pauvreté privent des millions d’enfants de leur droit fondamental : le droit de rire, de rêver et de grandir en sécurité. La Convention internationale des droits de l’enfant stipule que chaque enfant a le droit de vivre, que les États doivent être garants de leur survie et de leur développement dans les meilleures conditions possibles. Les enfants qui fuient leur pays d’origine doivent recevoir l’aide et la protection dont ils ont besoin. Clowns Sans Frontières croit en la puissance du rire et des arts vivants pour apaiser les traumatismes, renforcer la confiance en soi et redonner de l’espoir. Les chiffres sont implacables : à la fin de l’année 2023, près de 50 millions d’enfants étaient déplacés en raison de conflits, de violences et de catastrophes naturelles, soit 40 % de l’ensemble des personnes déplacées de force dans le monde. À l’horizon 2026, 213 millions d’enfants dans 146 pays auront besoin d’une aide humanitaire au cours de l’année.

Depuis 1994, les artistes clowns sont intervenus dans les zones les plus fragiles du monde pour apporter de la légèreté et du réconfort : Congo, Gaza en Palestine, Haïti, Liban, Soudan… En 2024, grâce à toutes leurs actions, 14 710 enfants ont bénéficié de spectacles, d’ateliers et de moments de partage : spectacles gratuits (clown, musique, acrobatie, théâtre) dans les bidonvilles – camps et orphelinats, ateliers d’expression artistique pour les enfants et les travailleurs sociaux, formation d’artistes locaux pour pérenniser les initiatives mises en place. En 2024, ce sont 40 spectacles, 96 ateliers, 2 229 heures de bénévolat, 53 artistes et logisticiens mobilisés. Clowns Sans Frontières veut aller plus loin. Aussi, lance-t-il une grande et intense campagne de collecte de dons. L’objectif ? Récolter 30 000 € d’ici la fin de l’année pour offrir des moments de joie et de résilience à des milliers d’enfants en situation de vulnérabilité.

Avec le soutien de chacune et chacun, alors il sera possible :

  • De toucher 10 000 enfants supplémentaires en 2026.
  • De former des artistes locaux pour qu’ils puissent continuer à semer la joie dans leurs communautés, même après le départ des intervenants.
  • de créer des souvenirs qui soignent : des moments de magie et de légèreté, portés par des artistes dont le talent apaise et inspire.

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Des contes, plein le sac !

En région de Brenne (36), du 20 au 24/10, se déroule le traditionnel festival de contes La clef dans le sac. Comme chaque année, la programmation n’exclut personne. Pour petits ou grands enfants, tout le monde y trouvera son conte !

Le festival La clef dans le sac s’ouvre avec un premier spectacle, réservé aux adultes et présenté le lundi 20/10 à 20h, salle des fêtes de Martizay. Colette Migné interprétera Le cri d’amour de l’huitre perlière, une création érotico-délirante sur la reproduction des mollusques et des crustacés. Costumière, actrice-clowne, conteuse, elle anime des stages clown et conte, elle accompagne des conteurs dans leur création pour la mise en scène et le travail du texte. Elle a suivi une formation en clown avec Don Jordan, Amédée Bricolo, les Karamazones, André Riot-Sarcey, et les Bataclowns. Le public la retrouvera le lendemain, le mardi 21/10 à 20h, dans Contes pour rire (à partir de 7 ans) à la médiathèque du Blanc.

Le mercredi 22/10 à10h30, Sophie Verdier prendra le relais pour Loulou, un spectacle très jeune public (0 à 3 ans) présenté à la médiathèque de Mézières-en-Brenne. L’après-midi à 15h, en ce même lieu, elle s’adressera aux enfants de 3 à 6 ans avec Vive le coquettes. Enfin, le jeudi 23/10 à 10h30, le jeune public (1 à 5 ans) sera concerné par Piti Piou. C’est d’abord comme comédienne que Sophie monte sur les planches. Très vite, le conte s’impose à elle comme une évidence. Dans ses récits se mêlent les mots, le chant, la musique et le clown n’est jamais très loin. Elle pose un regard drôle et pétillant sur le monde et ses histoires sont peuplées de personnages joliment déjantés. Les filles ont la part belle et dépoussièrent les contes sans avoir besoin de balayer.

Pour la première fois, la salle des fêtes de Saulnay accueille le festival. Elle ouvrira ses portes à Émilie Renoncet et Louise Toyer, le 23/10 à 15h, pour un public familial. C’est y possible emmènera le public dans l’univers de la « Fraisie » paysanne. Conteuses et chanteuses berrichonnes, Émilie et Louise s’allient pour faire sonner cette parole avec leur langue d’aujourd’hui.

Le vendredi 24/10, le dernier jour de La clef dans le sac sera réservé à Victor Cova Corréa. À partir de 5 ans, à 10h30 en la médiathèque d’Azay-le-Ferron, tout le monde pourra écouter Chiqui chiqui, riqui riqui miaou miaou. Le soir à 20h00, salle des fêtes d’Azay-le-Ferron, il récidive avec Picaflor quitapesares (à partir de 12 ans). Il est un artiste, citoyen du monde à la double nationalité française et vénézuélienne. Né à Caracas, ville de son enfance, il grandit dans les Andes au côté d’un grand-père cordonnier ambulant qui était aussi docker, marcheur inépuisable, inventeur d’histoires, ami du petit peuple et compagnon des épaves humaines. C’est le grand-père Temistocles qui lui apprit l’alchimie du sourire lumineux et du regard bavard. Conteur et réalisateur, Victor aime observer les réalités trop amères pour être entendues. Au final, il les baigne dans le miel d’un récit afin de les rendre plus digestes. Philippe Gitton

La clef dans le sac, du 20 au 24/10 : le festival est organisé par la communauté de communes « Cœur de Brenne », les médiatèques d’Azay-le-Ferron, Martizay et Mézières-en-Brenne. Spectacles « jeune public » en journée : 3 € pour les adultes, gratuit pour les moins de 10 ans. Spectacles tout public en soirée : 5 €, 3 € tarif réduit. Réservation conseillée (Destination Brenne : 02.54.28.20.28. Médiathèques d’Azay 02.54.29.40.97), du Blanc 02.54.28.05.20, du Martizay 02.54.37.87.86, de Mézières 02.54.38.12.67).

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Limoges, le mondial de la francophonie

Du 24/09 au 04/10, à Limoges (87), les Zébrures d’automne fêtent la francophonie. Durant dix jours, la capitale du Limousin s’affiche comme la ville-monde de la planète francophone. De la Palestine aux Antilles, de l’Iran à la Tunisie entre créations théâtrales et débats littéraires, saveurs épicées et paroles métissées.

Il y a mille raisons de se rendre à Limoges : la découverte de la « ville rouge », lieu mythique de puissantes luttes ouvrières et siège constitutif de la CGT en 1895… La découverte de la ville d’art, reconnue mondialement pour ses émaux et sa porcelaine depuis le XIIème siècle… La découverte, enfin, de l’espace francophone imaginé il y a plus de quarante ans, sous l’égide conjuguée de Monique Blin et Pierre Debauche, alors directeur du Centre dramatique national du Limousin ! Reconnus aujourd’hui sur la scène théâtrale, de jeunes talents y ont fait leurs premiers pas : Robert Lepage, Wajdi Mouawad… Désormais rendez-vous incontournable à l’affiche de l’hexagone, le festival des Francophonies, « Des écritures à la scène », impose sa singularité langagière et sa richesse culturelle. De l’Algérie à la Nouvelle-Calédonie, de la Palestine à l’Irak, du Burkina Faso au Congo, du Liban à la Tunisie, de la Syrie au Maroc, de la Guyane à la Martinique, de l’Égypte à l’Iran, du 24 septembre au 04 octobre, ils sont venus, ils sont tous là !

« Qu’un grand rendez-vous destiné aux auteurs et autrices dramatiques des cinq continents d’expression francophone puisse se tenir hors Paris constituait déjà un exploit, qu’il s’impose au fil du temps comme une référence mondiale pouvait relever de l’utopie ! », témoigne avec fierté Alain Van der Malière, le président des Francophonies. Désormais, aux côtés de la nouvelle Cité internationale de la langue française de Villers-Cotterêts et du réseau actif constitué avec la Cité internationale des arts de Paris et La Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon, « il est absolument nécessaire de protéger cette halte singulière qui nous apprend ou nous rappelle cette manière poétique d’être au monde » selon le propos de Felwine Sarr énoncé l’an passé. Aussi, pour les autochtones et tous les amoureux des belles lettres comme de la belle langue, aucune excuse ou faux alibi pour manquer ce rendez-vous d’automne : au menu rencontres, débats, expos, lectures, musique, cinéma et théâtre. Autant de propositions artistiques pour célébrer la francophonie et son pouvoir de création, de mots accouchés en mots bigarrés dans une riche palette multiculturelle !

Hassane Kassi Kouyaté, le directeur et metteur en scène, le souligne à juste titre, et sans fausse modestie, depuis plus de quarante ans et dans la grisaille d’aujourd’hui, « les Francophonies ont toujours refusé l’obscurantisme et le chauvinisme pour prôner les cultures du monde pour tout le monde« . Artistes venus de plus d’une vingtaine de pays, « l’écho des armes et les souffrances humaines résonnent, c’est assourdissant », constate avec douleur le maître burkinabè, descendant d’une famille de griots. « Ce festival est donc plus que jamais nécessaire. Il est un miroir tendu à l’humanité (…), un espace où les peurs peuvent être nommées et les espoirs, même les plus utopiques, peuvent éclore« . Qui, entre sagesse et folie, a composé encore une fois une programmation très riche, le regard tourné derechef vers le Moyen-Orient et le Maghreb : du formidable Kaldûn d’Abdelwaheb Sefsaf qui nous mène d’Algérie en Calédonie au Cœur ne s’est pas arrêté de François Cervantes en pleine guerre du Liban, du Bois diable d’Alexandra Guenin où croyances ancestrales et mémoire coloniale se rencontrent à Iqtibas de Sarah M. à l’heure où tremblement de terre et douleurs des sens se percutent, de Sogra d’Hatem Derbel en quête de la terre promise aux Matrices de Daniely Francisque quand les corps se souviennent de l’enfer esclavagiste.

En ouverture de cette 42ème édition des Zébrures d’automne, le 24/09 à 15h, trois conteurs (Halima Hamdane, Ali Merghache, Luigi Rignanese) nous offriront leurs Racines croisées. Trois voix métissées pour nous embarquer dans des histoires de voyages et de rencontres autour de la Méditerranée… Les créations théâtrales qui scandent les temps forts du festival se déploient de la Maison des Francophonies à l’Espace Noriac de Limoges, de l’auditorium Sophie Dessus d’Uzerche aux Centres culturels municipaux, du Théâtre de l’Union au théâtre Jean Lurçat d’Aubusson, de l’Espace culturel Georges Brassens de Feytiat à la Mégisserie de Saint-Junien. Le 04/10, en clôture du festival sur la scène du Grand théâtre de Limoges, résonneront chant et oud, cuivres et percussions, cultures yoruba et jazz : l’iranien Arash Sarkechik et son second opus Bazaari, la fanfare Eyo’Nlé dans l’héritage des musiques de rue, le Bladi Sound System qui mêle grooves-beats et mélodies d’un Orient réinventé ! Trois concert qui mélangent avec force et puissance, grâce et beauté, styles panafricains, accords orientaux et harmonies pop contemporaines.

Outre la remise du Prix SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) de la dramaturgie francophone et du Prix RFI Théâtre, parmi moult débats à l’affiche de cette 42ème édition, le directeur Hassane Kassi Kouyaté s’entretiendra avec Omar Fertat, maître de conférences à l’université Bordeaux-Montaigne. Le thème ? Les enjeux de la création artistique autour de cette mythique mer Méditerranée qui lie les continents au passé, au présent et pour le futur. De cinq à vingt euros pour tous les spectacles, l’expérience initiée en 2024 est reconduite : les tarifs d’entrée sont libres, sans justificatif d’âge ou de ressources. En fonction des possibilités de chacun pour que toutes et tous, sans barrières ni frontières, puissent partir à la découverte d’autres horizons, osent emprunter ces chemins de traverse qui ouvrent à l’imaginaire, à l’autre, à l’ailleurs… Les Francophonies de Limoges ? Un hymne au Franc parler où l’on danse et chante le Tout-Monde selon le regretté Édouard Glissant, l’humanité créolisée et la fraternité partagée. Yonnel Liégeois

Les Francophonies, des écritures à la scène : du 24/09 au 04/10. Les zébrures d’automne, 11 avenue du Général-de-Gaulle, 87000 Limoges (Tél : 05.55.10.90.10).

« Le monde entier vient à Limoges pour créer de nouveaux espoirs en termes de création mais aussi d’ouverture des esprits et d’ouverture des cœurs (…) Limoges est le seul lieu de création théâtrale francophone (…) Notre objectif ? Que celles et ceux qui participent au festival en ressortent différents, qu’ils fassent toutes les découvertes qu’ils souhaitent. L’argent ne peut être un frein ». Hassane Kassi Kouyaté, metteur en scène et directeur

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Le Papotin, sans langue de bois

Le 20/09, sur France 2 à 20h30, c’est le retour des Rencontres du Papotin ! D’abord journal atypique, le Papotin est le fruit d’une aventure peu banale. Initié par l’éducateur Driss El Kesri, chaque semaine il donne la parole à de jeunes autistes de la région parisienne. Sans langue de bois, dans l’écoute et le respect.

Le Papotin ? Avant tout, un journal atypique fondé par Driss El Kesri, éducateur à l’hôpital de jour d’Antony (92). Il y a plus de trente ans déjà que l’aventure a débutéAujourd’hui, la conférence de rédaction hebdomadaire rassemble des jeunes d’une quinzaine d’établissements de la région parisienne pour mener à bien, et dans la gaieté, l’accouchement de leur journal. Julien Bancilhon, psychologue, est désormais le rédacteur en chef de cette petite entreprise de concertation qui ne connait pas la langue de bois ! Bien au contraire, la leur est verte, les questions décomplexées, les interventions déconcertantes de naïveté et parfois percutantes de vérité : une fraîcheur oubliée ou censurée par nos esprits trop formatés.

Chacun a ses thèmes de prédilection, ses obsessions, ses interrogations récurrentes qui, au final, composent un patchwork brut de décoffrage, poétique et drôle. Fidèle au poste, Arnaud est présenté affectueusement par Driss comme le « 1er Papotin », c’est ensemble qu’ils ont conçu le journal à ses débuts : un personnage attachant, très calme et réservé, gérant avec une extrême courtoisie ses questions sur l’âge, le tutoiement ou la permission éventuelle de « renifler les doigts de pied » d’une fille… Assis à sa gauche, Thomas, un beau brun rieur d’une vingtaine d’années, serre fort sa chérie Diane.

Les prises de parole se succèdent, les sentences fusent « les femmes sont moins fortes que les hommes ! », avec une réponse immédiate « Ah ! vous ne connaissez pas ma mère ! ». Un éclat de rire général, qui n’atteint pas Esther, jeune femme brune au regard noir et inquiet : c’est la portraitiste du groupe, elle demande à toute personne l’autorisation  de la dessiner. . Très vite on en vient au sujet à la « Une » du prochain numéro, l’interview du lendemain. La première personnalité à s’être volontairement soumise à cette expérience fut Marc Lavoine, compagnon de route depuis le début, co-auteur avec Driss el Kesri de l’ouvrage Toi et  moi  on s’appelle par nos prénoms- le Papotin, livre atypique.

Nombreux sont celles et ceux qui ont accepté de se prêter au jeu de cette interview corrosive, sans filet : Jacques Chirac, Barbara, Philippe Starck, Christiane Taubira, Renaud, Ségolène Royal, Thomas Pesquet, Josiane Balasko, Denis Lavant, Angèle, Grand Corps Malade… En l’attente du prochain invité qu’ils doivent rencontrer, personnalité culturelle-politique-scientifique, à chaque fois l’excitation est à son comble. Pour Arnaud, une  question cruciale : « Driss, tu crois que je pourrai le tutoyer ? », « sans doute, il faudra lui demander ». Nicolas annonce « qu’il mettra un costume » et Johan, comme à son habitude, préparera un discours politique blindé de chiffres et de détails. Dans la salle, un groupe de jeunes, élèves du lycée Expérimental de Saint-Nazaire, n’ont pas perdu une miette des échanges. Peut-être, deviendront-ils des adultes plus tolérants et plus ouverts dans leur vie au quotidien…

La conférence de rédaction s’achève, le groupe se disperse. Alors, une évidence s’impose : ces jeunes autistes communiquent sans faux semblants ni tabous, s’écoutant mutuellement et se respectant. En fait, tout le contraire de la façon de faire des gens dits « normaux », pourtant censés ne pas avoir de problèmes de communication. Chantal Langeard

Le 20/09, c’est Valérie Lemercier qui ouvre la quatrième saison des Rencontres du Papotin  ! Récompensée par plusieurs César, l’actrice, réalisatrice et humoriste, navigue depuis plus de trente ans entre comédie populaire et élégance décalée. Les rencontres du Papotin sont diffusées un samedi par mois à 20h30 sur France 2 et en replay sur France TV.

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La France, en pire !

Jusqu’au 20/12, au Théâtre de Belleville (75), Nicolas Lambert se joue de La France, Empire. Après Bleu-Blanc-Rouge, l’a-démocratie qui dénonçait les travers de la Vème République, le comédien s’attaque à « l’empire républicain », cette France coloniale écartée du récit national.

« Montrer en quelques lignes que l’armée française est au service des valeurs de la République et de l’Union européenne » : le sujet du brevet des collèges que l’ado doit rendre le lendemain fait bondir le paternel ! La France en paix depuis la deuxième Guerre mondiale ? D’abord, on ne dit pas la deuxième mais la Seconde, sinon ça veut dire que ce n’est pas la dernière… La gamine a beau le supplier de ne corriger que les fautes d’orthographe avant de partir se coucher, il va passer la nuit à cogiter sur la France coloniale, celle que l’on tait dans le récit familial comme national. Seul en scène, Nicolas Lambert va nous révéler des secrets camouflés depuis des lustres, en endossant tous les rôles : lui petit garçon ou lycéen, ses grands-parents picards, De Gaulle, un tirailleur sénégalais, Pierre Messmer et même maître Capello comme l’emblème de sa génération qui veillait à la justesse de la langue. Quand on s’attaque à lever le voile sur l’histoire de La France, Empire, entre les silences et les mensonges, il importe d’être précis.

La force de la pièce est de mêler les récits, ceux entendus dans sa famille ou dans les allocutions présidentielles, plus enclins à causer de 14/18 et de 39/45 que des tueries perpétrées en Indochine, en Algérie, à Madagascar ou au Sénégal.  La chape de plomb est tenace depuis notre enfance jusqu’à aujourd’hui. Nicolas Lambert, deux heures durant, s’emploie à déboulonner les statues – celles de Faidherbe ou de Gallieni, administrateurs coloniaux – à rappeler les massacres comme celui de Thiaroye où le 1er décembre 1944, des tirailleurs sénégalais furent abattus par l’armée française pour avoir réclamer leurs soldes. En miroir de cette histoire coloniale effroyable, le comédien nous rejoue Sarkozy prononçant son discours à Dakar en 2007 : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » ou Jean Castex en 2020 : « Nous devrions nous autoflageller, regretter la colonisation, je ne sais quoi encore ! ».

Comme pour mieux nous montrer que notre histoire coloniale reste un enjeu politique, il nous raconte encore la colonisation des Comores et de Mayotte, histoire de remettre les pendules à l’heure. Un précieux spectacle durant lequel on s’indigne, on rit parfois et dont on ressort moins ignare. Amélie Meffre

La France, Empire : Du 13/09 au 20/12, le samedi à 15h30. Le Théâtre de Belleville, 16 passage Piver, 75011 Paris (Tél. : 01.48.06.72.34).

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Un oiseau à la mer !

En tournée dans les centres de vacances de Bretagne, la metteure en scène Lisa Guez présente Loin dans la mer. Librement inspiré du conte d’Andersen, La petite sirène, un spectacle superbement interprété par l’originale bande de comédiens de l’Oiseau-Mouche.

Elle en rêve, la petite sirène, de cette belle paire de chaussures à talons ! Pour s’en aller, Loin dans la mer, rejoindre la terre ferme, retrouver son prince qu’elle a sauvé de la noyade et dont elle est tombée amoureuse… Un projet ambitieux, si l’amour a vocation à soulever des montagnes, pour l’heure il provoque bien des remous et des vagues. Au fond des mers, son audace surprend, étonne, désarçonne ses amis et proches. Les uns approuvent le projet fou de la petite sirène et l’encouragent, les autres s’interrogent et la mettent en garde : que sait – elle du monde des humains ? Que penser de ce garçon dont elle a juste entrevu le visage ? Prise aux filets de ses rêves et des belles histoires que ne cesse de lui conter la grand-mère des poissons, elle s’obstine et mord de plus belle à l’hameçon : quitter les bas-fonds et faire enfin surface !

Entre le monde d’en haut et celui d’en bas, comédiens et comédiennes (Marie-Claire Alpérine, Dolorès Dallaire, Chantal Foulon, Frédéric Foulon, Kévin Lefebvre) s’en donnent à cœur joie pour dépeindre les deux univers. Passant de l’humour à la tendresse, du rire aux larmes au fil des aventures de l’héroïne : contrainte de céder aux injonctions de la sorcière, condamnée à perdre la langue pour accéder à la forme humaine, incapable alors de raconter l’histoire de son amour transi à l’amoureux enfin retrouvé ! Une mise en scène inventive et enjouée, des lumières savamment dosées, quelques effets nuageux pour imager l’écume des vagues et la douceur des embruns qui colorent l’espace scénique…

Sise à Roubaix, composée d’artistes professionnels handicapés mentaux ou psychiques, la troupe de l’Oiseau-Mouche fait preuve d’un grand talent à nous conter cette histoire à l’inspiration et aux interrogations bien contemporaines : les chemins tortueux de l’amour entre fantasmes et vie réelle, entre le quotidien et l’imaginaire ? Le respect de la différence entre ceux d’en haut et ceux d’en bas, les accidentés de la vie et les prétendus bien-portants ? Le droit de chacun à la parole, à s’exprimer quels que soient sa place et son statut ? Une tempête d’émotions, plaisir garanti aux quarantièmes rugissants, un spectacle pétillant de créativité ! Qu’on se le dise, la compagnie de l’Oiseau-Mouche fourmille de qualités. Auxquelles nous avions déjà goûté lors de Bouger les lignes-Histoires de cartes, la création de Bérangère Vantusso.

Un plaisir renouvelé, lorsque la chorégraphe Julie Desprairies avait ouvert la saison avec un spectacle de belle intelligence et de haute créativité : de la cave au grenier, un périple poético-ludique, à forte dose humoristique, des lieux où ils chantent, répètent et jouent. L’un dansant en un langoureux déshabillé, l’autre psalmodiant tirades et vers avec force conviction, l’une jouant à la transformiste dans la réserve des costumes, l’autre déclamant divers couplets allongée sur le lit du studio de résidence des artistes de passage. Avec un final du plus bel effet, comique garanti : porte du garage ouverte, une partie de la troupe se donnant en spectacle en pleine rue, déambulant entre voitures et poubelles stationnées sur le trottoir ! Aussi, n’hésitez point si vous êtes dans les parages, osez l’envol, franchissez la porte, une sacrée bande d’allumés, garçons et filles sous leur plumage et maquillage, vous accueillera de son plus bel imaginaire ! En outre, cerise sur le gâteau, avec un menu varié en cas de grande faim, le restaurant du Colibri partage son nid.

Fondée en 1978, unique en France, la troupe de vingt permanents confie son sort, au fil des saisons et des spectacles, à un metteur en scène invité : David Bobée, Nadège Cathelineau, Boris Charmatz, Noëmie Ksicova, Michel Schweizer… « Chacune de ces créations reflète l’originalité et la complicité d’une rencontre entre l’artiste et la compagnie », témoigne Léonor Baudouin, la directrice du lieu. « Ce mode de travail permet une diversité de formes et de formats artistiques qui symbolise nos valeurs d’ouverture et de diversité ». Enfin, l’ancrage dans le territoire déborde la région Nord. L’objectif ? Bouger les lignes, brouiller les pistes, rebattre les cartes en Avignon, comme à Paris et à l’étranger, au sujet de la pluralité artistique.  Yonnel Liégeois

Loin dans la mer, écriture et mise en scène de Lisa Guez. Tournée dans les centres de vacances de la CCAS : le 07/07 à Baden, le 08/07 à Bénodet, le 10/07 à Plonévez-Porzay, le 11/07 à Trégastel, le 12/07 à Morgat. L’Oiseau-Mouche, 28 avenue des Nations Unies, 59100 Roubaix (Tél. : 03.20.65.96.50).

La Petite sirène brûle d’une flamme impossible pour le prince qu’elle a sauvé du naufrage. Elle sacrifie sa voix pour avoir des jambes et une chance d’être aimée. Loin dans la mer questionne la douleur d’un amour rejeté, le désir et la peur d’être différent. L’adaptation du conte prend toute sa force dans l’interprétation des comédiens de l’Oiseau-Mouche. Cette troupe d’acteurs permanents, en situation de handicap, formés à toutes les expériences et esthétiques de la scène, reste une utopie. On le découvre encore dans cette création puissante et subtile. Marina Da Silva, critique dramatique

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Contes et fées, la démystification

Jusqu’au 24/05, à la Manufacture des Abbesses (75), Antoine Brin présente Et à la fin ils meurent. Plus précisément, « la sale vérité sur les contes de fées »… Une pièce inspirée par la bande dessinée de Lou Lubie qui rappelle combien, au fil du temps, les contes dits pour enfants n’ont pas toujours été de jolies histoires.

Nous voilà prévenus par le titre, Et à la fin ils meurent, autrement dit les héros des contes de fées ne sont pas éternels. Même si beaucoup d’entre eux ont eu plusieurs vies… Sur la scène, une tour de carton-pâte, un arbre ridicule et au milieu, la grille d’entrée d’un parc avec derrière, sans doute, un fabuleux château, annoncent les réjouissances. Entre vérité historique argumentée et blagounette potache. On le sait, les personnages de contes évoluent généralement dans un manoir, parfois dans une forêt… Même si le metteur en scène et adaptateur, Antoine Brin, a choisi de les installer d’abord où ils se trouvent, c’est-à-dire dans un imaginaire collectif. Tout en s’inspirant clairement de la BD éponyme de Lou Lubie parue en 2021.

Sa ferme intention, réussie ? Tordre le cou à quelques rengaines. Les personnages des contes ne sont pas des gentils. Enfin, selon les versions. Car au fil du temps, plusieurs auteurs se sont inspirés des mêmes histoires pour en livrer leur version intime. Et c’est là que l’on découvre, si on ne le savait pas déjà, que lesdits récits ne sont souvent pas à mettre entre toutes les oreilles. Car l’on s’y trucide de bon cœur. Dans des ambiances de corps de garde ou de soirées trop arrosées. Même les versions les plus édulcorées sont montrées du doigt. On pense par exemple au roi salement incestueux de Peau d’Âne, qui mériterait bien plus qu’une ritournelle (chez Jacques Demy) pour être propulsé sur de meilleurs rails.

Pour déconstruire ces quelques mythes de gentils contes à raconter avant de s’endormir, Pierre-André Ballande, Virgile Daudet, Clara Leduc (ou Eugénie Gendron) et Leïla Moguez endossent le rôle de conteurs, voire celui des personnages. Souvent dans un semblant de pagaille très drôle, ils disent et jouent les diverses versions, sans en cacher les angles salaces, gores, inconvenants, etc. Le jeu est assumé, à la façon de certains stand-uppeurs. L’énergie développée sur le plateau ne masque pas le projet : dénoncer une « prétendue naïveté » alors qu’il s’agit de violences, de perversions, de refoulements et de travers insupportables. Même si passent par là des magiciens, des princes charmants et quelques fées pas sages du tout. Gérald Rossi, photos Sabrina Moguez

Et à la fin ils meurent, Antoine Brin : jusqu’au 24/05, du mercredi au samedi à 19h. La Manufacture des Abbesses, 7 rue Véron, 75018 Paris (Tél. : 01.42.33.42.03).

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Vire roule À vif !

Jusqu’au 21/05, le CDN de Normandie-Vire, Le Préau, organise À vif, l’édition 2025 de son festival en direction de la jeunesse. Des spectacles, des rencontres et débats autour d’une thématique commune, « surprenante » : comment on réinvente sa vie dans un faire ensemble porteur d’avenir et de richesses partagées.

Jamais peut-être, le festival À vif n’aura aussi bien porté son nom depuis l’arrivée de Lucie Berelowitsch à la direction du Préau, le Centre dramatique national de Normandie-Vire ! Hérité des précédents dirigeants, Pauline Sales et Vincent Garanger, des « ados » ciblé comme public privilégié il s’élargit alors à l’appellation Jeunesse pour favoriser la rencontre sous tous les modes : le dialogue avec les parents, l’approche des divers milieux sociaux et des territoires, la découverte des cultures venues d’ailleurs… Durant une dizaine de jours, jusqu’au 21/05, la fête et le partage sur le parvis du théâtre, en salle et dans les communes du Bocage normand.

Mettre tous les partenaires en mouvement, impliquer toutes les forces vives du territoire, tel fut l’objectif de Lucie Berelowitsch en cette nouvelle édition : favoriser échange et partage entre conservatoire de musique, section théâtre des lycées, école de danse. Plus et mieux encore : associer intensément les femmes ukrainiennes réfugiées dans la région, les musiciennes-chanteuses et danseuses du groupe Dakh Daughters. L’argument rassembleur ? La découverte de La chanson de la forêt, un conte écrit par Lessia Ukraïnka (1871-1913), grande poétesse et féministe, considérée comme l’une des auteures les plus importantes de la littérature ukrainienne. Au cœur de ce texte qu’elle affectionne particulièrement, la metteure en scène retrouve ses axes de prédilection : le théâtre musical, la force de l’imaginaire, le lien entre réel et invisible, le conte et la fable politique.

Dans la forêt, entre plaines et montagnes, le jeune joueur de flûte Lucas rencontre Dryade, la belle protectrice des arbres ! L’amour naît et grandit entre le petit d’homme et la divine jeune fille. Las, contrarié par une multitude de personnages qui ne voient pas la romance d’un bon œil et préfèrent des noces plus « humaines »… Entre conte poétique et drame social, fol espoir et désillusions terrestres, au public d’en découvrir l’épilogue, texte et pièce ouvrent à des interrogations de portée universelle : l’accueil de l’autre, le respect des différences, la conquête de la liberté ! Sur le vaste plateau du Préau, se mêlent alors les énergies de tous, petits et grands, acteurs professionnels et amateurs, musiciens et danseurs pour qu’éclatent magie, féérie et puissance du conte. Sur la scène, pas moins de 70 garçons et filles qui ont travaillé toute l’année avec enthousiasme et sérieux, un spectacle qui s’affinera au fil des représentations, un pari déjà gagné pour les intervenants : la mise en commun des potentiels et richesses de chaque groupe, le « faire ensemble » promu et reconnu comme force vitale, humaine et citoyenne.

Le public en est témoin : malgré faiblesses et manque de fluidité entre les tableaux, seulement trois jours de répétition en commun pour les divers groupes, plaisir d’être ensemble et joie de la créativité ont fait l’unanimité ! Une jeunesse qui prend sa vie en main et n’a plus envie de lâcher celle de l’autre, quel qu’il soit, est tout bonheur ! Qui se répand à vif, de la ville au bocage environnant, un festival comme temps privilégié avec le fol espoir de perdurer ! Yonnel Liégeois

Le festival À vif, jusqu’au 21/05 avec cinq spectacles à l’affiche : La chanson de la forêt ( du 16 au 20/05, 14h au Préau), I’m deranged (les 16 et 20/05, 11h à la Halle Michel Drucker), Les Histrioniques (les 16 et 20/05, 11h au lycée Marie Curie), My Loneliness in killing me (les 16 et 20/05, à 11h au lycée Mermoz. Le 21/05, 20h30 à St Germain-du-Crioult), L’arbre à sang (le 17/05, 20h30 à La Ferrière-Harang. Le 20/05, 20h30 à Domfront). Le Préau, 1 place Castel, 14500 Vire (Tél. : 02.31.66.66.26).

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Yalla, l’impossible dialogue

Au théâtre de la Reine blanche (75), Deborah Banoun présente Yalla. Le dialogue impossible entre une jeune soldate israélienne, fusil mitrailleur en bandoulière et un adolescent palestinien, caillou à la main. Dans un dispositif scénique original, un spectacle fort émouvant et percutant.

Une longue table, à chaque extrémité une fille et un garçon tête baissée et les mains sur les yeux…Atmosphère sombre, silence de mort. Elle se lève, parle. Soldate novice, elle regrette presque d’être là, le doigt sur la gâchette. Ses compagnons d’arme l’ont prévenue, elle n’est ni à sa place ni à la hauteur. Dans les bureaux ou monter la garde à la caserne, oui… Elle refuse, elle a dit non, elle veut défendre sa terre, sa patrie. Quelle terre, à qui ? Le gamin la regarde, l’observe, la fixe. Il est chez lui, on l’en a chassé. Comme les grands, il veut récupérer ce qu’on lui a volé, peut-être cette maison ou cette plantation d’oliviers que l’on imagine au loin. Caillou en main, comme les anciens, comme sa mère qui tremble pour lui, il veut défendre sa terre, sa patrie. La peur au ventre, balle qui va siffler ou pierre qui va voler, ils entrecroisent leurs monologues. Paroles intérieures proclamées à voix haute, à tour de rôle, sans jamais se rencontrer ou dialoguer : bouleversantes et pathétiques, poignantes et dramatiques, une jeunesse sacrifiée, un avenir sabordé !

Le temps suspendu entre deux visions d’une même réalité, la tragédie dont s’est inspirée l’auteure Sonia Ristic. En mai 2011, lors de la commémoration de la Nakba (les Palestiniens chassés de leurs terres au lendemain de la création de l’état d’Israël en mai 1948), les exilés se massent à la frontière libano-israélienne. Une manifestation pacifique, pour toute arme des drapeaux, l’armée tire : une douzaine de morts et des centaines de blessés sous les balles de Tsahal. De chaque côté de la table, symbole de partage et de convivialité dans un ailleurs, les paroles fusent. Tantôt acerbes et violentes, tantôt douces et presque poétiques sur ce chemin caillouteux où chaque pas crisse, frontière imaginaire à la mort supposée… Peur et douleur nous sont contées, sans pathos superflu, pour l’une et l’autre la vérité d’un conflit qui les ronge et les dépasse. Jeune fille en uniforme, jeune garçon en jean, ne pourront-ils donc jamais se parler, dialoguer, peut-être s’aimer ?

 Entre foi en la terre promise et colère d’un peuple déraciné, Pauline Étienne et Mohamed Belhadjine maîtrisent leur jeu à la perfection. Le public est submergé, subjugué. Immergé surtout dans un dispositif scénique original, et fort prégnant, dont nous ne dirons mot. Yalla pour l’un, « en avant, allons-y » en langue arabe, Yalla pour l’autre que l’on peut traduire aussi en hébreu par « Dieu, le divin », résonnent cruellement à l’heure d’une nouvelle tragédie. L’humain foudroyé dans la plus sombre inhumanité lorsqu’une jeunesse torpille son futur dans la haine et la violence. Pierre et fusil à terre, nous osons croire encore en un regard partagé l’une envers l’autre. Yonnel Liégeois

Yalla, Sonia Ristic et Deborah Banoun : jusqu’au 20/04, les mercredi et vendredi à 21h, le dimanche à 18h. Théâtre de La reine blanche, 2bis passage Ruelle, 75018 Paris (Tél. : 01.40.05.06.96).         

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Lutte de classe au collège !

Au centre culturel Pablo Picasso d’Homécourt (54), Julia Vidit présente Quatrième A (lutte de classe). Sur un texte de Guillaume Cayet, la révolte d’une bande d’élèves en rébellion contre l’ordre établi ! Sous couvert d’humour, la description d’un système scolaire en mal d’égalité.

Elle déambule, solitaire, entre chaises et tables de la Quatrième A… Normal, ses camarades de classe l’ont surnommée « la discrète », celle qui ne dit rien et ne se mêle de rien, celle qui pourtant voit tout et réfléchit beaucoup ! En fait, la gamine ne se satisfait guère de l’ambiance qui règne dans l’établissement scolaire : un proviseur dépassé par ses responsabilités, un délégué de classe qui se verrait bien calife à sa place, des professeurs plus ou moins conciliants, un élève nouvellement arrivé qui se la joue forte tête par rapport aux sanctions injustifiées. Plus grave : la tentative de suicide d’une élève qu’Emma la discrète découvre ensanglantée dans les toilettes ! La révolte gronde sur les rangs, elle nous conte le fil des trois jours qui ont précédé l’explosion.

Au premier rang de la classe, les forts en thème, au fond bien sûr les rigolos et dépassés par les études, au milieu les garçons et filles qui suivent les cours envers et contre tout… Emma est du lot, qui présente chacune et chacun à la place qu’il ou elle occupe entre les murs. Mais pas que : il y a aussi les pions qui se la jouent parfois gros bras, les profs qui prononcent des exclusions à la tête du client, le délégué de classe qui ne cache pas ses ambitions personnelles. La partition de Guillaume Cayet, allègrement mise en scène par Julia Vidit, au-delà des péripéties racontées par le menu, pointe en réalité les multiples dysfonctionnements de l’institution scolaire au regard des attentes des élèves : une authentique prise en compte de leurs aspirations, le respect de leurs paroles, leur désir d’autonomie. Quelques maladresses certes, il n’empêche, la bande de jeunes comédiens se révèle convaincante dans son propos. Enthousiaste à l’idée de bien dire et faire, intrépide dans les multiples changements de personnages et de costumes, dynamique et virevoltante dans la maîtrise de l’espace.

Avec force humour et une grosse pointe d’autodérision, s’inspirant de Zéro de conduite, le film de Jean Vigo tourné en 1933 mais interdit jusqu’en 1946, la pièce dresse un peu banal portrait de nos jeunes têtes pensantes du troisième millénaire. Décidées à prendre le pouvoir, organiser un bal sur le toit du collège, pour signifier leur souhait d’un mieux vivre ensemble ! Yonnel Liégeois

Quatrième A (lutte de classe), Julia Vidit : Le 04/04, à 14h30 et 20h30. Centre culturel Pablo Picasso, Place Général Leclerc, 54310 Homécourt (Tél. : 03.82.22.27.12).

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Tragédie à Lille

En la Grande Halle de la Villette (75), la septième promotion de l’école du Théâtre du Nord (Lille) propose Tragédie. Sous la houlette du directeur et metteur en scène David Bobée, un spectacle de sortie écrit par quatre élèves, et parrainé par Éric Lacascade, qui envisage l’avenir dans un monde en ruines.

Le contraste est saisissant entre le décor, une énorme carcasse d’avion fracassée sur le plateau, paysage d’apocalypse, et la joie, le bonheur des 20 élèves (16 actrices/acteurs et 4 auteurs/auteures) qui s’apprêtent à voler de leurs propres ailes. À la veille du retour de Tragédie sur la scène de la Grande Halle, la septième promotion repart donc à l’assaut d’un texte écrit par quatre d’entre eux, sous la houlette d’Eva Doumbia. « Nous ne prétendons pas avoir écrit le texte d’une génération » estime Ilonah Fagotin, autrice. « C’est une tentative d’être au monde, une émotion face au monde. Écrit-on des choses pour qu’elles soient actuelles ou contemporaines ? On espère que, dans dix ans, Tragédie continuera de parler ». Clément Piednoel Duval, auteur, mesure combien cette pièce « résonne d’un point de vue politique, intime, écologique avec le monde d’aujourd’hui. Nous avons écrit le texte, il y a déjà plusieurs mois, mais la réalité, le monde nous rattrapent. On sait que la tragédie finit mal, mais nous avons tenté, à notre échelle, de créer des utopies ».

Une jeunesse sacrifiée sur l’autel du pouvoir

Toutes et tous sont concentrés. La tragédie se joue sur le plateau, mais aussi à l’extérieur. Que faire ? Comment se ressaisir ? La défaite, l’engagement, le courage, l’espoir, le désespoir… Vous avez dit contemporain ? Les mots tissent un récit épique, lyrique, dont les ramifications puisent dans le corpus de la tragédie antique pour mieux s’en défaire. C’est un texte écrit au futur antérieur, porteur d’une mémoire, d’une histoire longue de plusieurs millénaires mais qui regarde désespérément, obstinément, vers l’avenir. Le monde est en ruines. Depuis la mort d’Iphigénie, celle d’Antigone, c’est toujours la jeunesse qui est sacrifiée sur l’autel du pouvoir.

Sur le plateau, le compte à rebours vers une mort certaine a commencé. Ils sont les survivants de l’ancien monde, d’un monde gangrené par l’extrême droite, partout en Europe. Ils trinquent à l’horreur, à l’effondrement, quand l’une d’elles murmure : « On a oublié les banderoles. (…) Pour ne pas perdre notre humanité, ne pas oublier les banderoles. On ne va rien refaire comme avant. On va inventer, espérer, s’aimer. Je vous aime, je nous aime. »

« On va s’adresser à des gens qui ont peut-être voté à l’extrême droite »

Le théâtre peut-il changer le monde ? La question est posée en grand dans le spectacle. Si Charles Tuyizere, comédien, ne le pense pas – « le théâtre pose des questions mais quand je joue, je ne pense pas changer le monde » –, Ambre Germain-Cartron, comédienne, estime que « le théâtre, seul, ne le peut pas, mais il participe à une réflexion commune. Je suis d’une génération où l’extrême droite a toujours fait partie du paysage. Son score actuel est effrayant. La dissolution de l’Assemblée nationale a précipité les choses. C’est maintenant qu’il faut agir. Notre spectacle est nécessaire. On sait qu’on va s’adresser à des gens qui ont peut-être voté à l’extrême droite. On ne peut pas voter à leur place, on peut au moins ouvrir des zones d’empathie ».

Camarades de promotion, ils auront passé trois années ensemble, partagé des aventures, rencontré des metteuses et metteurs en scène d’ici et d’ailleurs, éprouvé jusqu’à plus soif leur désir de faire du théâtre. Sous la houlette de David Bobée, directeur du théâtre, parrainés par Éric Lacascade, elles et ils expriment leur talent, leur énergie, leur singularité sur le plateau comme dans la vie. Pour Sam, « cette promotion convoque 16 identités et ça ne crée pas de la diversité mais de la richesse. Tout comme on ne choisit pas sa famille, nous ne nous sommes pas choisis mais rencontrés. On a passé trois années ensemble, parfois soixante heures par semaine et, à ce rythme, on apprend sur la singularité de l’autre. C’est une leçon sur le vivre-ensemble, une manière de lutter contre l’uniformisation des corps, du jeu de l’acteur »« On est tous différents, nous avons su sublimer nos différences », ajoute Charles. Et Ambre, de préciser : « Nous ressemblons à nos copains, à ceux qu’on fréquente, à ce monde où il n’y a pas que des Blancs hétéronormés, beaux, sourire éclatant, qui ne nous ressemblent pas. »

Besoin de réinventer le monde et le théâtre

Cette promotion, baptisée Studio 7, est à l’image de la jeunesse dans toute sa diversité. David Bobée y a scrupuleusement veillé : « Cette promotion a provoqué un choc générationnel. Elle a besoin de réinventer le monde et le théâtre. Elle a aussi besoin de connaître ce qui s’est passé avant, de remonter à la source. » Transmettre, bien sûr, mais pas que. Pour Éric Lacascade, « le spectacle ne fait pas le constat d’un état du monde mais il sous-tend une manière de faire politiquement du théâtre dans cette mise en commun. Comment faire œuvre ensemble » ? Dehors, devant le théâtre, à l’appel de la CGT spectacle et du Syndeac, plusieurs dizaines de personnes se regroupent pour dénoncer les coupes budgétaires. Les élèves de l’école sont tous là. Pas pour faire de la figuration. ils se sentent forts de ces trois années passées ensemble. Beaucoup ont déjà des projets plein la tête. En solo ou en compagnie, dans un collectif : des spectacles, des films, des ateliers d’écriture, l’envie de jouer, d’écrire chevillée au cœur et au corps.

Dupes de rien, ils ne sont surtout pas dupes des difficultés auxquelles le secteur de la culture, en premier celui du spectacle vivant, est confronté. Il y a vraiment péril en la demeure. On mesure alors la puissance des mots, du théâtre aussi quand il ne se contente pas d’amuser la galerie. Marie-José Sirach

Tragédie, mise en scène de David Bobée et Éric Lacascade : Du 03 au 06/04, les jeudi et vendredi à 19h, le samedi à 18h et le dimanche à 16h. Grande Halle de la Villette, 211 avenue Jean-Jaurès, 75019 Paris (Tél. : 01.40.03.75.75) Paris.

Prêt au décollage ?

Puissante, émouvante, passionnante… Cette jeune bande d’auteurs-comédiens ne manque ni d’audace ni de talent ! Certes, il ne faut pas oublier d’attacher sa ceinture de sécurité au décollage de ce spectacle qui ne ménage ni turbulences ni trous d’air… Au moins, nous avons consolation d’avoir évité le crash et d’être bien planté sur notre siège à la vue de la catastrophe à la une du quotidien régional : un avion s’est écrasé au Théâtre du Nord ! Une carlingue brisée sur le plateau, d’où émergent une quinzaine de survivants égarés dans le froid et la solitude des vents, une métaphore avant tout pour décrire un monde en perte de vitesse et de hauteur, sans boussole ni repères, qui n’a rien pour plaire à la jeunesse : guerre, pauvreté, misère sociale, discrimination.

Survivre, certes, ne pas mourir d’épuisement, en faisant groupe peut-être ? En écoutant les suggestions des uns et des autres et leur accorder confiance ? En vivant collé-serré pour partager souffrance et mort, chaleur et bienveillance du compagnon de galère ? De monologues en duos ou chant choral, ils sont seize à déplorer l’état du monde, seize aussi à oser croire en un autre possible ! Malgré quelques traits surchargés, un spectacle qui emporte le public dans une traversée au long cours entre tragédie et utopie, cris d’amour et coups de semonce. D’une folle énergie, une troupe aux personnalités déjà très affirmées dont le futur aura grand peine à briser les ailes ! Yonnel Liégeois

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