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Frictions, la revue qui frappe fort

Fondée en 1999 par le critique dramatique Jean-Pierre Han, consacrée au théâtre et aux écritures, la revue Frictions affiche un ton singulier dans le paysage littéraire. Mêlant les genres et n’hésitant pas, parfois, à frapper fort sur les clichés et propos convenus… Qui se prolonge avec un Portrait en éclats de Roger Vitrac, signé de son rédacteur en chef.

 

Dès les premières pages, la revue Frictions n’y va pas de main morte ! Le numéro nouvellement paru, 31ème de la série, s’ouvre sur un texte de Raoul Vaneigem, qui affirme que « les vrais casseurs sont les États et les intérêts financiers qui les commanditent », avec, en regard, la photo d’un homme blessé à la tête qu’un CRS casqué tient à l’œil. D’autres images d’affrontements de rue (dues à John [et Gil] de la Canne) parsèment la livraison. Après l’éditorial percutant du rédacteur en chef, Jean-Pierre Han, sur « le théâtre d’aujourd’hui ou la défaite de la pensée », Alice Carré publie les résultats éloquents de son enquête théâtrale en cours sur « la France libre et l’Afrique ». Suit, de l’auteur argentin Juan Diego Botto, une formidable nouvelle sur l’exil, intitulée le Privilège d’être un chien. Jean Monamy, dans Lettre à Alain Béhar, s’adresse en toute sincérité à cet homme de théâtre qu’il admire. Julien Gaillard prend bille en tête « le Pinocchio de Joël Pommerat, un spectacle pour parents ». Suit un portfolio de magnifiques dessins à l’emporte-pièce, exécutés par Valère Novarina au cours de marathons manuels illustrant des figures de son peuple imaginaire.

Thierry Besche, artiste assembleur de sons, passe au crible en spécialiste averti, pour ainsi dire du point de vue de l’oreille, Thyeste, le spectacle de Thomas Jolly créé à Avignon. Le clown Nikolaus, dans Châlons mon amour, met en boîte à la première personne du singulier, au nom de ses maîtres Jacques Lecoq et Pierre Byland, la tournure prise désormais par l’École du cirque. C’est en vers libres que Benoit Schwartz, avec la Mémoire des eaux, s’investit dans la peau d’un migrant, tandis que Caroline Châtelet, dans Du particulier au général, réalise un modèle de journalisme culturel d’investigation en mettant à nu le mécanisme d’appropriation rampante – par la Ville de Paris – du squat de La Générale de l’avenue Parmentier. Simon Capelle ferme le ban avec Porno (zone – XII –), un long poème furieux qui envoie dinguer l’Éros sur le terrain vague du cloaque de la marchandise, fantasmes y compris.

La revue Frictions assume ainsi un projet de subversion éclairée, sans renoncer à mettre en jeu en tous sens, gravement, les causes et les effets de la déréliction politique ambiante. Devenant ainsi, paradoxalement, un lieu de pensée sans peur dans la superstructure d’un monde truffé de bobards (fake news). Jean-Pierre Léonardini

 

Vitrac, portrait en éclats

Personnage trop méconnu, auteur dramatique injustement confiné à l’écriture d’une seule pièce, Victor ou les enfants au pouvoir, Roger Vitrac (1899-1952) et son oeuvre méritent certainement plus qu’un codicille dans un dictionnaire ou une anthologie ! C’est ce à quoi s’emploie, à juste titre, Jean-Pierre Han avec ce Portrait en éclats fort bienvenu : la publication rassemblée d’une série d’articles et de textes écrits entre 1969 et 2012, « des pas de côté qui n’auraient sans doute pas déplus à Vitrac étant donné sa joyeuse configuration d’esprit » ! Et qui ont l’heur de plaire au lecteur d’aujourd’hui…

Ami et compagnon d’aventures d’Antonin Artaud avec la création du Théâtre Alfred Jarry, un temps surréaliste avant d’être exclu du groupe par Breton, Roger Vitrac est un plumitif multiforme : auteur dramatique, critique de cinéma à L’écran français, critique d’art et critique littéraire nanti d’une « liberté de ton extraordinaire » et « maniant avec dextérité l’humour et la fantaisie dans des analyses toujours subtiles et profondes ».

Bien sûr, d’un texte l’autre, Jean-Pierre Han met l’accent sur Vitrac, l’homme de théâtre. Rappelant d’abord son engagement sans faille, au côté d’Artaud, à cet « essai de révolution théâtrale le plus systématique de notre époque », aux dires de l’éminent Henri Béhar, avec l’expérience du Théâtre Alfred Jarry : le théâtre doit rendre lisible ce que la vie dissimule ou ne peut exprimer ! Une expérience éphémère certes, de 1926 à 1930, dont nous retrouvons les attendus dans Le théâtre et son double d’Artaud, une expérience cependant révélatrice de l’influence intellectuelle de Vitrac. Dont la plume, enfin, ne se réduit pas à l’écriture d’« un seul opus capable d’occulter bien des trésors » : en réalité, une trilogie « autobiographique » comprenant Le coup de Trafalgar et Le sabre de mon père, sans qu’aucun metteur en scène ne s’y soit intéressé jusqu’à maintenant. « On en reste donc pour l’heure au seul Victor ou les enfants au pouvoir », déplore Jean-Pierre Han, « vu et revu une dizaine de fois ces dernières années depuis que j’ai entamé ce parcours auprès de Roger Vitrac ».

Un ouvrage d’une lecture alerte et plaisante, érudit sans être savant, qui nous plonge avec délectation dans les batailles littéraires d’une époque en pleine ébullition contre les carcans culturels, sociaux et politiques. Qui ravive surtout au temps présent, à travers la figure de Roger Vitrac, des visions et aspirations, d’aucuns useraient du mot révolution, nullement dépassées ou démodées. « Le talent de Vitrac », souligne Jean-Pierre Han, « est un talent qui ne peut s’exercer et s’épanouir que dans la plus totale des libertés ». Yonnel Liégeois

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Montreuil, 80 ans d’histoire vivante

Seul musée de France voué à l’histoire du mouvement ouvrier, le Musée de l’Histoire Vivante sis à Montreuil (93) fête cette année ses quatre-vingts ans d’existence. L’occasion d’une exposition, mais aussi l’expression d’une ambition. Un joyau de culture dans un écrin de verdure !

 

L’histoire peut avoir l’ironie facile et parfois cruelle. Théophile Sueur, industriel en cuir et peaux, a fait édifier en 1872 une gentilhommière au cœur d’un parc des hauts de Montreuil, à quelques encablures de ses usines. Pouvait-il imaginer que l’un de ses successeurs (il fut maire de la ville de 1866 à 1876, sautant allègrement du second Empire à la IIIème République), Hilaire Fernand Soupé, communiste bon teint qui rompra avec le PCF  pour adhérer en 1940 au PPF de Doriot, convaincrait en 1937 le conseil municipal de se porter acquéreur de l’édifice. Deux ans plus tard, en 1939, le maire Soupé coupe le ruban de ce qui est devenu le Musée de l’Histoire Vivante, avec une exposition consacrée au 150e anniversaire de la Révolution, voué dès son origine à l’édification des masses par la narration de l’épopée communiste. Bon sang montreuillois ne saurait mentir. Et cela, sous les cheminées marquées des initiales encore visibles de Théophile Sueur !

C’était il y a quatre-vingts ans. Une ouverture éphémère, puisque le tout jeune musée est contraint de fermer ses portes en 1940 sur injonction d’Alfred Spengler, maire désigné par le régime de Vichy. Les portes rouvrent en 1946, en s’inscrivant dans la ligne tracée en 1939. « Il était dans une linéarité de la philosophie de la révolution communiste, demeuré dans une position statique alors que le Parti communiste évoluait de son côté », concède Frederick Genevée, Président de l’Association du musée. Difficile d’en sortir d’autant que, de 1946 aux années 80, la municipalité assure le financement. À mesure que les années passent, le public se retreint à celui des militants ou des organisations liées au Parti, à quelques délégations étrangères sympathisantes. Marcel Dufriche, maire de 1971 à 1984, en prend conscience. Il charge ses responsables de l’époque de ranimer ce corps malade en lui conservant son identité et les portes se referment jusqu’en 1987.

À la réouverture en 1988, l’esprit subsiste mais la méthode a changé. « Nous sommes dans une démarche pédagogique en plus d’être culturelle », énonce Véronique Fau-Vincenti, conservatrice du Musée. « La démarche a toujours été pédagogique et didactique, la différence étant que c’était partisan et que ce ne l’est plus », renchérit Éric Lafon, directeur scientifique de l’institution. « Nous sommes un musée de banlieue avec pour vocation de démontrer qu’il y a des mouvements de banlieue », ajoute-t-il. Ce que Frederick Genevée  confirme : « C’est un projet inscrit dans une ville et un département de Seine-Saint-Denis avec une histoire industrielle et politique qui résonne ». Il en dégage un fil conducteur, « on sait d’où l’on vient et l’on questionne davantage que d’apporter des réponses ». Dégagé de l’empreinte partisane, le Musée de l’Histoire Vivante, consacré en 2002 par son intégration aux Musées de France, ambitionne désormais d’être le seul en France voué à l’histoire du mouvement ouvrier. Là où d’autres l’ont précédé en Europe. Une ambition qui suppose la collecte de ces objets militants qui dorment dans les caves des organisations ou de militants qui en mesurent mal la valeur muséale.

Dans le droit fil des luttes populaires, les années se suivent  comme autant d’anniversaires à commémorer par autant d’expositions. Après 1936 en 2016, la Révolution russe de 1917 en 2017, celle de 1848 en 2018, s’annoncent celles de 2020 et le congrès de Tours, fondateur du Parti communiste français, et les 150 ans de la Commune en 2021. Plus modestement, et sur le mode de l’autocélébration, le Musée fête ses 80 ans d’existence avec l’exposition « Ouvrier.e.s ». Un hommage aux ouvriers et ouvrières, de la représentation de leur travail à leurs délégués en passant par l’usine et les figures mythiques.  « Une seule exposition par an », regrette Véronique Fau-Vincenti, « faute de moyens ». S’ajoutera toutefois cette année un hommage rendu à Jules Durand à partir du 18 mai. Jules Durand ? Un docker havrais, syndicaliste libertaire, condamné à mort, gracié par Armand Fallières et mort à l’asile en 1926. Un musée de l’histoire ouvrière, mais aussi de sa condition. Alain Bradfer

 

Une expo pour un à-venir

« Par cette exposition au titre symbolique, « Ouvrier.es », nous ne célébrons pas seulement les 80 ans de notre institution », affirme avec conviction Éric Lafon, « de salle en salle, par les documents, images et objets que nous valorisons, nous attirons aussi le regard du public et des décideurs sur toutes les potentialités de notre musée ». Pour le directeur scientifique du Musée de l’Histoire vivante, il s’agit d’offrir in visu la préfiguration de ce que pourrait être dans un futur proche un grand musée dédié à l’histoire du mouvement ouvrier. Avec autant d’expos marquantes à la clef, déclinées aujourd’hui dans un espace limité : de l’ouvrier paysan à l’ouvrier des villes, de la fabrique à l’atelier et de la manufacture à l’usine, de la place des femmes à l’entreprise, des grandes figures de l’épopée ouvrière (le mineur, le cheminot, le métallo…), de l’ouvrier dans la littérature et au cinéma… L’homme fourmille d’idées, de rêves et de projets, l’association qui préside à l’avenir du lieu aussi ! D’autant que nichent ici quelques trésors qui méritent une visite : le bureau de travail de Jaurès, le riche fond d’archives de Louise Michel et de Jules Vallès…

Personne n’en doute au MHV : les collections actuelles pourraient être le fondement d’un musée plus grand, plus moderne, plus accessible. Et conduire, sur le site actuel réaménagé et agrandi par exemple, à l’inauguration d’un Musée d’Histoire du Mouvement Ouvrier. Toujours inexistant en France, contrairement à d’autres pays européens ! D’ores et déjà, organisations syndicales, mutualistes et coopératives ont affiché leur soutien à un tel projet. Un haut-lieu de l’histoire du travail enracinée dans une réflexion historiographique rigoureuse, un haut-lieu d’une histoire vivante d’hier au temps présent enracinée dans son incontournable dimension internationale. Yonnel Liégeois

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Thierry Jonquet, le rouge et le noir

Il y a dix ans, disparaissait prématurément Thierry Jonquet. Qui s’était véritablement imposé comme une grande plume dans l’univers du roman noir. Depuis, est paru chez Gallimard-Folio policier Thierry Jonquet, romans noirs. Une anthologie comprenant quatre ouvrages : Les orpailleurs, Moloch, Mygale, La bête et la belle. À(re)lire d’urgence.

 

« Jonquet la colère. Jonquet la résistance.
Pour dire notre monde tout foutraque, le penser, le bousculer, lui inventer une dignité,
Thierry Jonquet a fait le choix du roman noir.
Pour se sentir moins seul avec la misère, l’injustice, l’abêtissement.
Pour tenir debout malgré tout.
Avec en prime, des petits bouts de tendresse » (Martine Laval)

 

Thierry Jonquet, une grande plume dans l’univers du roman noir ? Une grande plume dans le monde du roman tout simplement, devrions-nous dire, faisant fi de ces classifications factices qui induisent surtout des cloisonnements réducteurs… La critique littéraire Martine Laval, qui signe la préface de Thierry Jonquet, romans noirs (une anthologie comprenant la réédition de quatre romans : Les orpailleurs et Moloch, tous les deux Trophée 813 du meilleur roman en 1993 et 1998. Mygale, adapté en 2011 au cinéma par le réalisateur espagnol Pedro Almodóvar sous le titre « La piel que habito ». La bête et la belle, estampillé numéro 2000 de la célèbre Série noire), le souligne avec pertinence. « Thierry Jonquet fonctionnait comme une éponge : lire, regarder, observer, sentir mais aussi voir venir, anticiper, dénoncer, crier gare, crier au secours, rire, pleurer, et écrire », commente-t-elle à profusion. « Et de recracher tout ce que notre société a de foutraque dans des romans d’une noirceur éblouissante » !

Chez Jonquet, l’horreur surprend souvent le lecteur au détour de la page. Celle de l’insupportable crime le plus odieux, comme celle de la vieillesse pour l’humain en fin de parcours… Au même titre et avec la même force que la révolte devant un monde pourri, l’insoumission et la colère devant l’injustice et l’intolérable : l’écrivain et le bâtisseur de fictions était aussi un militant du quotidien et un homme du réel. Pétri de valeurs et de convictions qui l’incitait, au cœur de ses romans, à repeindre le noir de la vie en rouge saignant, une plume « douce et sucrée » pourtant devant les gens de peu ! « Tu avais mal au monde », témoigne avec tendresse son ami Patrick Bard qui signe la postface de l’ouvrage. « L’univers de Thierry Jonquet bouleverse. Colères, amour, peurs et convictions se mêlent dans son regard posé sur le monde. Un regard tendre à l’empathie féroce, un regard plein de vie ». Qui se souvient aussi de la piaule où son pote cherchait à voix haute les mots justes à coucher sur le papier. « Le gueuloir, le « flippoir », ainsi avais-tu surnommé ton atelier de douleur du monde ».

Thierry Jonquet ? Un grand romancier au style châtié, dont le verbe vous prend aux tripes pour mieux vous fendre le cœur. À (re)lire de toute urgence. Yonnel Liégeois

À lire également : Mon vieux et Rouge c’est la vie (Seuil) en édition de poche, Le pauvre nouveau est arrivé (Librio).

 

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Eribon et Ostermeier, de retour à Reims

Adaptation de l’œuvre éponyme de Didier Eribon, Retour à Reims ravive le théâtre politique en centrant la discussion sur l’abandon des classes ouvrières. Dans une mise en scène de Thomas Ostermeier qui superpose jeu et film pour mieux révéler les angles sombres de notre société. Sans oublier Qui a tué mon père à La Colline (75) et L’autre fille aux Déchargeurs (75).

 

Retour à Reims s’ouvre sur une mise en abîme : dans un studio, une comédienne enregistre la voix off d’un texte. Au-dessus d’elle, un documentaire est projeté sur grand écran : Reims et ses faubourgs ouvriers, ses ciels plombés, sa misère à fleur de béton. La voix attentive d’Irène Jacob reprend les écrits du philosophe et sociologue Didier Eribon sur son passé de fils d’ouvrier. Des mots couchés sur le papier dix ans plus tôt, après la mort de son père, dans un essai sobrement intitulé Retour à Reims.

Un ouvrage où l’intellectuel parisien se penchait sur sa rupture avec les siens… Pourquoi était-il plus facile d’écrire sur la honte sexuelle que sur la honte sociale, s’interrogeait ce transfuge de classe, homosexuel assumé qui, durant des années, avait tourné le dos à ses parents, à ses origines de classe. Filmé par le metteur en scène Thomas Ostermeier, Didier Eribon a accepté de revenir sur les terres de son enfance. Face à sa mère au corps malmené par une vie de souffrances, le sociologue remue photos et souvenirs. Les mots d’Eribon évoquent l’engagement communiste de la famille, la dureté du travail à l’usine, la drague des jeunes hommes autour de la cathédrale… « Ce fut le début d’une réconciliation avec elle […] Avec toute une part de moi-même que j’avais refusée, rejetée, reniée », écrivait le philosophe à propos de ces retrouvailles.

 

De ce texte majeur, Thomas Ostermeier, le directeur de la Schaubühne de Berlin, a tiré une pièce très politique en écho avec le temps présent. Le spectacle questionne la marginalisation de la classe ouvrière, son basculement vers le vote FN et la démission des élites de gauche. Quand surgit au détour de la pièce la question des « gilets jaunes », dont les couleurs saturent l’écran, la comédienne interrompt le documentaire. « Et nous, qu’est-ce qu’on fait, nous ? », se demande-t-elle. Apostrophe collective lancée aussi bien à l’artiste, à son engagement et à sa voix capable plus qu’une autre de porter, qu’au spectateur soudain frappé d’inconfort.

Face aux difficultés des forces progressistes, le sursaut doit-il venir de chacun de nous ? Cyrielle Blaire

Dates de tournée : Du 21 au 23/03/19 : La Coursive, La Rochelle. Les 28 et 29/03/19 : MA avec Granit, Scènes nationales de Belfort et de Montbéliard. Les 24 et 25/04/19 : TANDEM, Douai. Du 2 au 4/05/19 : Bonlieu, Scène nationale d’Annecy. Du 14 au 16/05/19 : La Comédie de Clermont-Ferrand. Les 22 et 23/05/19 : l’Apostrophe, Cergy-Pontoise. Du 28/05 au 15/06/19 : Théâtre Vidy, Lausanne.

 

À voir aussi :

– À l’heure où Didier Eribon fait retour à Reims, il ne faut surtout pas manquer Qui a tué mon père d’Édouard Louis, au Théâtre de La Colline jusqu’au 3 avril. L’essai de l’un répond au récit de l’autre. Leur matière commune ? Le déterminisme social, la vie à l’usine, la condition ouvrière… Sans fioritures, l’auteur raconte les retrouvailles avec un père vieilli et cassé avant l’heure, usé par le travail et une vie sans éclat. Un regard chargé de non-dits en ces temps de l’enfance où la violence familiale prenait le pas sur la tendresse paternelle, où le quotidien se réduisait à des lendemains routiniers et sans lueur d’espoir : une classe d’humains à qui l’on demande seulement de travailler et de survivre dans la banalité du

Co Jean-Louis Fernandez

quotidien, à qui ne fut jamais proposé d’entrevoir un rayon de soleil aux carreaux cassés de l’usine.

Un texte fort, lourd, vibrant d’humanité brisée, un texte aussi qui dépasse le banal ressassement pour se faire implacable réquisitoire : contre une société qui se complaît encore aujourd’hui à broyer les petites gens au profit des gagnants et des nantis, contre des politiques qui, dans les discours et les actes, ne comprennent traître mot à la vie des perclus et des exclus. Un cri de colère et de rébellion, un cri de révolte et d’espoir aussi. Superbement porté à la scène, de l’avis de la critique, par un grand Stanislas Nordey, comédien et directeur du Théâtre national de Strasbourg. Qui a tué mon père (?) Une interrogation, sans point final, qui ne cesse d’interpeller. Yonnel Liégeois

Du 2 au 15/05/19, au Théâtre National de StrasbourgDu 9 au 11/10/19, à la Comédie de Béthune. Le 21/01/20, au CDN Orléans / Centre-Val de Loire. Du 25 au 28/02/20, au Théâtre de Vidy-Lausanne. Les 5 et 6/05/20, au Grand R – Scène nationale de la Roche-sur-Yon. Le 13/05/20, au Théâtre de Villefranche-sur-Saône.

 

–  En raison du succès, Marianne Basler reprend, pour une nouvelle série de représentations au Théâtre des Déchargeurs (75), son interprétation de L’autre fille. Un superbe texte d’Annie Ernaux, publié en 2011 chez Nil éditions, dans une mise en scène dépouillée de Jean-Philippe Puymartin. Au détour d’une conversation, à l’âge de 10 ans, l’auteure découvre par hasard qu’elle a eu une sœur, décédée de la diphtérie deux ans avant sa naissance. « Plus gentille que celle-là », aux dires de sa mère… Des paroles lourdes de conséquences, une confession intime bouleversante, une interprétation à saluer, toute en retenue et sans pathos superflu.

La scène est troublante, presque intimidante : derrière sa petite table de travail, le public semble reconnaître Annie Ernaux en personne, écrivant à la sœur qu’elle n’a pas connue ! Lumière vacillante, main tremblante, voix chuchotante… Un spectacle chargé de non-dits et d’émotions partagées, Marianne Basler comme habitée de l’intérieur par ce texte d’une intensité insoupçonnée. « Évidemment, cette lettre ne t’est pas destinée et tu ne la liras pas […] Pourtant, je voudrais qu’elle te parvienne comme m’est parvenue jadis, un dimanche d’été, la nouvelle de ton existence par un récit dont je n’étais pas non plus la destinataire », ponctue au final la comédienne. Merci, éblouissante Marianne, la missive nous est bien parvenue ! Yonnel Liégeois

Du 19/03 au 06/04/19, du mardi au samedi aux Déchargeurs (75), ensuite  du 24 au 28/04/19 à Marseille.

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L’art de vivre de sa plume !

D’un catalogue gourmand de noms de volatiles à de métaphysiques prises de bec, la scène en perd ses plumes ! Cédric Orain propose Notre parole de Valère Novarina, Guy-Pierre Couleau La conférence des oiseaux de Jean-Claude Carrière. L’un au théâtre de la Cité internationale (75), l’autre en tournée. Stimulants, raffinés et jubilatoires.

 

Cédric Orain signe avec Notre parole, jusqu’au 2/03 sur les planches du Théâtre de la Cité Internationale, un acte théâtral infiniment stimulant à partir de textes de Valère Novarina. Cela va d’un article foudroyant sur la communication à l’heure de la guerre du Golfe, en passant par Lumières du corps, l’Origine du monde et la Chair de l’homme. En exergue, cette sentence magnifique de l’auteur : « Toute vraie parole consiste, non à délivrer un message,

Co Manuel Peskine

mais d’abord à se délivrer soi-même en parlant. Celui qui parle ne s’exprime pas, il renaît ».

Tout enchante dans ce bain de langue propre à débarbouiller l’esprit, au fil duquel la parlure, magnifiée, est savamment reliée à des langages non verbaux, comme celui des gestes, du comportement ou de la manière d’habiter l’espace, à quoi s’emploient avec vaillance trois acteurs qui peuvent énoncer jusqu’au silence à point nommé. Céline Milliat Baumgartner, qui sait danser le dire, c’est un miracle de grâce mutine. De Rodolphe Poulain, sous une rude écorce, exsude un humour ravageur, tandis qu’Olav Benestvedt, haute-contre à la voix d’or, circule tel un Dionysos filiforme dans la scénographie de Pierre Nouvel, au demeurant expert en vidéo, qui passe en se jouant de multiples petits écrans à des rideaux de théâtre s’ouvrant sur des scènes du répertoire mises en boîte délicieusement. Le tout s’avère d’une intelligence rare. Le raffinement dans l’exécution comble ainsi, sur un mode concret, le génie de Novarina.

À la fin, c’est un catalogue gourmand de noms de volatiles, qui constituent une espèce menacée, dont la huppe, qui nous fournit une transition ailée avec La Conférence des oiseaux actuellement en tournée, le récit théâtral de Jean-Claude Carrière jadis créé par Peter Brook, dont s’empare aujourd’hui Guy-Pierre Couleau. La huppe, ici, c’est Luc-Antoine Diquero, qui guide à travers sept vallées, suivant le récit initiatique de Farid Uddin Attar, poète persan du XIIIe siècle, tout un peuple à plumes (dix comédiens, avec de merveilleux masques de Kuno Schlegelmilsh) à la recherche du simorgh, oiseau fabuleux, quasi divin, qui symbolise à la fin la quête de soi. Cela s’articule sur le mode du conte, sur un chemin parsemé d’énigmes et de digressions, fidèle en cela à la respiration narrative caractéristique du soufisme, axée sur l’approche du moi caché.

Sur un plateau vaste, voilà que s’ébroue, de prises de becs en interrogations métaphysiques à saisir au vol, un bestiaire pittoresque pour signifier l’humaine condition. Jean-Pierre Léonardini

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Tours, viva il cinema e…Leonardo !

Les liens entre la Touraine et l’Italie ne datent pas d’aujourd’hui. En 1519, Léonard de Vinci meurt au Clos Lucé d’Amboise. Alors que s’ouvre, le 27 février, la 6ème édition du festival Viva il cinema !, la région Centre Val de Loire célèbre le cinq centième anniversaire de la disparition du génie de la Renaissance.

 

Outre une programmation riche et variée, du 27 février au 3 mars, le festival Viva il cinema ! rendra hommage à trois prestigieux réalisateurs. Tout d’abord, le napolitain Mario Martone dont nous pourrons revoir l’inoubliable « Morte di un matematico napoletano » (Grand prix du jury à Venise en 1992), « L’amore molesto » et découvrir son dernier film « Capri-Révolution »… Le bolognais Pupi Avati connait une reconnaissance

Capri-Révolution, Mario Martone

internationale pour « Fratelli e sorelle », sorti en 1991. En 2003, il reçoit le prix Donatello du meilleur réalisateur pour « Il cuore altrove», projeté à Tours ainsi que « Una sconfinata giovinezza » et « Un ragazzo d’oro ».

Quant à Roberto Ando, sans doute un peu moins connu du public français, il n’en est pas moins un réalisateur majeur du cinéma italien. Il fut l’assistant de Federico Fellini, Francis Ford Coppola et Francesco Rosi. Son premier long métrage, « Diario senza date » fut plusieurs fois primé. Trois de ses films sont à l’affiche du festival : « Viva la libertà » adapté de son propre roman « Le trône vide », « Le Confessioni » et son dernier film « Una storia senza nome », avec Laura Morante et Alessandro Gassman, présenté en novembre 2017 à la soirée de remise des prix du Festival du film italien de Villerupt en Lorraine. Pour la compétition tourangelle, cinq films sont projetés en présence de leurs réalisateur ou réalisatrice, parmi lesquels le très sensible « Fiore gemello » de Laura Luchetti déjà primé à Villerupt. Comme chaque année, les

Una storia senza nome, Roberto Ando

documentaires ne sont pas oubliés : cinq sont présentés, dont l’excellent « I Villani » (les Rustres) de Daniele de Michele, chantre du slow food.

En ouverture du festival, est proposée à l’université de Tours une conférence sur « L’italianité au féminin » avec la présentation du film « Italiennes » de Silvia Staderoli. Une autre excellente initiative : l’installation de l’exposition « Ciao Italia ! Ces immigrés italiens qui ont fait la France » ! Elle connut un très grand succès en 2017 lors de son vernissage à Paris, au Musée national de l’Histoire de l’Immigration. Photos, documents historiques et films font honneur à tous les mineurs, ouvriers, maçons, artisans et artistes qui ont contribué à faire la France d’aujourd’hui. Non sans douleur parfois, comme en témoignent les « ritalades » subies par certains d’entre eux…Sont présents aussi divers objets de la vie quotidienne, de la petite Fiat 500 à la mythique cafetière Bialetti, qui nous touchent tous, descendants d’Italiens ou non. Sans oublier l’apport culinaire transalpin qui enrichira notre gastronomie nationale ! Chantal Langeard

 

Entre Italie et Touraine…

Au moment où la Région Centre-Val de Loire célèbre le cinquième centenaire de la mort de Léonard de Vinci, Viva il cinema ! s’inscrit dans cet esprit de la Renaissance qui a contribué à tisser entre la France et l’Italie des liens solides de nature artistique et culturelle, fondateurs de l’identité de la Touraine. Le cinéma contribue depuis le milieu du XXème siècle à renforcer ces liens et à nous préserver de cette tentation du repli, si forte  aujourd’hui. Viva il cinema ! porte cette vision solidaire et citoyenne parce que le cinéma italien, entre gravité et légèreté, a toujours su, hier comme aujourd’hui, éveiller nos consciences.
Cette sixième édition nous emmène vers d’heureuses découvertes, des films inédits en France et nous propose de parcourir entre comédies et drames, fictions et documentaires, l’Italie dans toute sa diversité et son actualité. Viva il cinema ! est le rendez-vous des cinéphiles, des amoureux de l’Italie et de tous ceux qui pensent que pour mieux se connaître, il faut regarder au-delà des frontières quelles qu’elles soient. Là est tout le pouvoir du cinéma, alors…. Buona visione ! Louis D’Orazio
, directeur artistique.

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Leonardo Padura, la plume de Cuba

Natif de La Havane en 1955 et y vivant toujours, Leonardo Padura dépeint d’un roman l’autre les contradictions de la société cubaine. À travers son personnage fétiche d’abord, Mario Conde, un inspecteur de police devenu un « privé » au fil des livres. Avec d’imposants romans, ensuite, au verbe critique et désabusé. L’écriture débridée d’un homme viscéralement attaché à son île.

 

Yonnel Liégeois – Journaliste et critique culturel au préalable durant quelques années, comment en êtes-vous venu au livre et à la littérature ?

Leonardo Padura – Selon un processus très naturel. Entre 1980 et 1983, alors que j’étais étudiant et que je travaillais dans une revue littéraire et théâtrale, j’avais écrit quelques contes et nouvelles ainsi qu’un roman d’initiation, dans tous les sens du terme. Ensuite, pour des problèmes « idéologiques », une punition pour une certaine façon de penser et d’interpréter la réalité du monde, on m’a envoyé dans un autre journal. Pour moi, en fait, une récompense : pendant six ans, j’ai pu écrire des tas d’articles en ne parlant que de littérature ! C’est ainsi que j’ai fait mon apprentissage pour devenir à mon tour écrivain. Jusqu’en 1989, date de la chute du mur de Berlin, cette catastrophe naturelle que je nomme « Chute du Niagara ». Cette année-là, j’ai commencé à écrire dans une perspective beaucoup plus professionnelle, sans jamais pour autant cesser de me situer comme journaliste et romancier.

Y.L. – 1989 : une date symbolique pour vous, pour Cuba et le reste du monde ?

L.P. – Absolument. C’est aussi à Cuba l’année du procès des officiers impliqués dans de supposés trafics de drogue. Ce fut ici des chutes physiques, mais aussi morales et symboliques… Quand j’écris « Vents de carême » deux ans plus tard, ce futur que nous ne pouvions imaginer arrive de la pire des manières : une terrible crise économique, où tout manque. Une réalité tellement singulière qu’elle nécessitait des explications, mais la littérature ne peut le faire. Aussi Mario Condé mon héros, dans « l’automne à Cuba », décide de quitter la police à l’heure où passe un ouragan : un ouragan plus métaphorique que météorologique ! Mon objectif ? Montrer par le biais du roman noir des secteurs de la société ignorés jusqu’alors : l’establishment politique, la corruption, le mensonge… Le monde ouvrier ou syndical était lié à l’appareil d’État, la littérature réaliste des années 70 avait beaucoup écrit sur ces réalités, ma génération a donc surtout tenté de s’en éloigner pour parler de l’homosexualité et de la prostitution, des marginaux et de ceux qui optent pour l’exil.

Y.L. – Vous n’avez jamais redouté la prison, ou des restrictions à votre liberté d’écriture ?

L.P. – À Cuba, il n’y eut jamais d’écrivains emprisonnés pour leurs romans. Si on écrivait un livre qui ne plaisait pas au gouvernement, il n’était pas publié ! Tous mes romans furent publiés, sans censure aucune. Récompensés, en outre, par de nombreux prix… Mario Conde est devenu le personnage symbolique du Cuba des années 90. Une situation étrange, d’autant qu’il est un représentant de l’ordre, un policier mais un policier tellement atypique dans ses modes de pensée qu’il fut tout de suite adopté par les gens ! Il est vraiment représentatif de toute ma génération. Dans le nouveau roman noir (Mankell le suédois, Montalban le barcelonnais, Camillieri le sicilien, Izzo le marseillais), les personnages ont des relations de proximité, des liens du sang, deux caractéristiques fondamentales : jouir avec gourmandise de la vie et, pour chacun de leurs auteurs, avoir conscience au cœur de l’intrigue policière de faire de la littérature. Ainsi, c’est parler de la culture ou des cultures qui leur sont propres, ça rend toute leur humanité aux personnages. Propos recueillis par Yonnel Liégeois

 

Padura, l’insulaire de renommée mondiale

Auréolé de multiples et prestigieux prix littéraires, publié dans plus d’une quinzaine de pays et traduit en de nombreuses langues, Leonardo Padura est un écrivain insulaire dont la renommée, mondiale, déborde les côtes cubaines. Tous ses livres sont publiés aux éditions Métailié. En particulier sa célèbre tétralogie, Les quatre saisons.

Alors que Mario Conde, son héros récurrent, a définitivement abandonné son commissariat de police de La Havane pour s’adonner à la recherche de livres anciens, Leonardo Padura nous gratifie toujours de romans tout aussi foisonnants, d’une écriture limpide et à l’intrigue finement ciselée. Pour preuve, L’homme qui aimait les chiens, un formidable roman qui conte les derniers jours de Ramon Mercader, l’assassin de Trotski réfugié sur le sol cubain. Dans ce pavé de plus de six cent pages, il nous propose un voyage à rebours au cœur de la révolution soviétique jusqu’à ces conséquences actuelles dans la grande île des Antilles, à l’heure surtout de l’assassinat de Trotski au Mexique en 1940. Le point de départ de cette puissante œuvre à forte incidence historique ? La rencontre de son héros Ivan sur une plage cubaine avec un étrange personnage qui promène ses chiens et prétend avoir bien connu Ramon Mercader, le tueur du célèbre révolutionnaire… Un livre à l’écriture envoûtante, empreint de nostalgie et nourri de désillusions.

Suivront les Hérétiques. Un roman noir d’un nouveau genre mais surtout véritable fresque historique qui nous plonge dans l’Amsterdam du XVIIe siècle jusqu’au Cuba contemporain… L’objet du délit ? Un petit tableau de Rembrandt mis aux enchères à Londres en 2007 ! Depuis des générations, il se transmettait dans la famille juive d’Elias Kaminsky. Jusqu’à sa disparition en 1939, lorsque ses grands-parents fuyant l’Allemagne accostent au port de La Havane avant d’être refoulés par les autorités et de mourir dans les sinistres camps d’extermination. Valsant dans le temps, entre l’ère Batista et le régime castriste contemporain dont l’enquête de Condé est prétexte à nous en révéler la face cachée, le roman de Padura nous livre surtout une passionnante incursion au pays de Rembrandt à l’heure où un jeune juif brave les interdits de sa communauté pour apprendre la peinture. Entre excommunications religieuses, audaces et trahisons d’hier à aujourd’hui, le grand romancier cubain tisse surtout une ode à tous les amoureux de la liberté. Un vibrant hommage à ces « hérétiques » de chaque côté de l’océan qui refusent contraintes et diktats, qu’ils soient religieux ou politiques.

Leonardo Padura publie en 2016 Ce qui désirait arriver, un recueil de nouvelles au titre quelque peu énigmatique. La chaleur, le rhum, la musique, le décor est planté, nous sommes bien à Cuba, petites magouilles et pauvreté sont aussi au rendez-vous. Au même titre que la nostalgie, la fin des rêves et les regrets : treize nouvelles pour nous dépeindre le quotidien d’hommes et de femmes désabusés entre utopies révolutionnaires et amours désenchantés. Jusqu’au retour en janvier 2019, tant espéré et attendu, du privé Mario Conde dans La transparence du temps ! À la recherche d’une étrange Vierge noire, une statue dérobée chez son ami Bobby… Au cœur d’un roman noir à l’intrigue magnifiquement ficelée, là encore une occasion pour Padura l’insulaire de nous plonger dans la réalité cubaine, une grande fresque historique loin des clichés touristiques, entre nouveaux riches et éternels perdants, des bidonvilles mal famés aux somptueuses résidences. Un grand roman tout court, une plume et un style qui s’imposent durablement dans la flamboyance du paysage littéraire sud-américain. Y.L.

« Je publie Leonardo Padura depuis ses premiers romans (1998) et je l’ai vu grandir et conquérir une audience internationale impressionnante. Malgré les prix littéraires et les succès, il a gardé son amour indéfectible pour sa ville La Havane, victime des vicissitudes de l’histoire. Dans ses romans, face à l’adversité il y a toujours un point fixe, l’amitié qui protège de tout. Dans la vie, Leonardo Padura m’honore d’une amitié fidèle et généreuse dont je suis fière. Il fait partie de ces auteurs qui ont construit notre catalogue au cours de ces 40 ans d’édition ». Anne-Marie Métailié

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