Lors de la Fête de l’Humanitė, à Brétigny -sur- Orge (91), Christina Rosmini présente 1936, les jours heureux. Un spectacle qui célèbre les 90 ans des premiers congés payés : entre liesse populaire et menaces sociales, une comédie musicale qui donne vie à l’espoir.
En 1936, sous le gouvernement de Léon Blum, la victoire du Front populaire marque une avancée historique pour les droits des travailleurs français. Les congés payés, acquis emblématiques de cette époque, offrent à des millions de salariés leur premier véritable temps de repos, loin des contraintes du travail : pour la première fois, les familles modestes goûtent aux plaisirs des vacances, de la mer ou de la montagne ! Pour autant, outre la victoire électorale et sociale, il s’agit aussi de conjurer la menace de l’extrême droite et de porter une promesse : celle de « changer la vie ».
« En 1936, des femmes et des hommes ont réclamé et gagné quelque chose d’immense : du temps ! Du temps pour vivre. du temps pour aimer. du temps pour partir, lire, danser, rêver… », écrit Robin Renucci, directeur de la Criée de Marseille et parrain de la campagne nationale 90 ans de congés payés. Des jours heureux que la chanteuse Christina Rosmini illustre à travers un spectacle, ludique et coloré, construit autour d’extraits de dizaines de chansons, de 1934 à 1939, tissées en tableaux vivants. Une comédie musicale originale, qui mêle émotion, humour et histoire. Pour s’achever avec les mots de Ray Ventura, alors que chaque année 40% de la population ne part toujours pas en vacances, « qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? » ! À la veille d’échéances politiques et sociales d’une brûlante actualité, un spectacle populaire de belle facture, une comédie musicale qui donne vie à l’espoir. Yonnel Liégeois
1936… Les jours heureux, Christina Rosmini : Le 13/09 à 16h, espace Forum social. La Fête de l’Humanité, les 11-12-13/09 : Base 217/Le Plessis-Pâté, 91220 Brétigny-sur-Orge (infos Billetteries). Le 18/09 à Vitrolles, Forum Fontanges. Le 11/10 à la Fiesta des Suds, Marseille. Au théâtre Récamier (75) le 02/11, le calendrier de la tournée.
Machinisme agricole, facteur rural, espace Gutenberg : trois musées regroupés sur un même lieu, le village de Prissac (36). Dans le parc naturel de la Brenne, voilà un site qui mérite le voyage. Et même plusieurs, tant est riche le contenu de ces expositions.
Trois musées ? À vrai dire, il faudrait peut-être nommer le site les quatre musées ! La salle d’accueil, ouverte en 2019 et située dans une maison traditionnelle berrichonne, vaut bien plus qu’un rapide coup d’œil. Au rez-de-chaussée, sont présentés une multitude d’objets du quotidien, utilisés en partie fin du XIX ème et début du XX ème siècle. Lit, poussette, machine à coudre, phonographe, torréfacteur de café, cuisinière, coiffes, vaisselle… On ne compte plus tous ces témoins d’un autre temps ! Le voyage se poursuit à l’étage où sont placés les outils des sabotiers et plusieurs modèles de sabots. Dans les pièces attenantes, une scène de traite de vache a été reconstituée ainsi que le nécessaire pour la fabrication du fromage.
Le tour de l’habitation accompli, les visiteurs sont invités à traverser la cour. Qui accueille deux belles sculptures en bois, un homme au chapeau et une tête de chien, taillées à la tronçonneuse par Patrick Van Ingen, exploitant agricole à la retraite. D’autres créations de l’artiste, tel un ours impressionnant, trônent dans le village de 586 habitants. En quelques pas, se franchit le passage qui conduit aux musées, regroupés dans une immense bâtisse.
Celui du machinisme agricole, le plus ancien ouvert en 1986, est le fruit du travail d’un habitant du village. Pierre Cotinat, mécanicien agricole à partir de 1948, a récupéré des pièces destinées à la casse. L’objectif ? Montrer aux nouvelles générations les matériels utilisés par le passé. Environ 500 pièces sont visibles. Un ensemble exceptionnel constitué, notamment, par 47 tracteurs aux marques emblématiques : Mac Cormick, Massey Fergusson, Deutz, Renault. Commercialisés pour l’essentiel aux premières décennies du XX ème siècle, ils succèdent aux moyens plus rudimentaires : charrues tirées par des bœufs ou des chevaux. Viennent ensuite les ancêtres des moissonneuses batteuses. Des machines actionnées par la force animale, comme cette trépigneuse fonctionnant au pas d’un cheval. C’est une véritable immersion au cœur des techniques qui ont conduit aux futurs équipements modernes.
Place ensuite au service public de la poste avec son fidèle représentant, le facteur, sans doute le plus apprécié de la population ! Personne indispensable dans les campagnes, il est présent dans tous les esprits. Il fut immortalisé par Jour de fête, le film de Jacques Tati tourné dans l’Indre en 1949 à Sainte-Sévère, est-il rappelé sur le site. François Würtz et André Ballereau, deux postiers de la Direction départementale de l’Indre, ont eu l’idée de dédier un musée au facteur rural (…) Ils ont regroupé véhicules, sacoches, boîtes aux lettres, documents (affiches, photos, instructions) et divers matériels. Depuis 1994, date de la création de la première salle d’exposition, l’association Les amis du facteur rural poursuit le travail de collecte.
En 1997, un espace consacré à la création et aux progrès de l’imprimerie est ajouté aux deux précédents musées. Outre la collection de grosses machines, démonstration à l’appui, les techniques primaires d’assemblage des signes sont expliquées aux visiteurs qui mesurent ainsi tout l’apport de l’invention de Gutenberg en 1450 : une révolution dans la reproduction de textes, jusque-là confiée aux moines copistes payés à la lettre. Tout comme l’impact de la linotype utilisée jusqu’en 1997. D’un musée à l’autre, forts d’un accueil et d’un parcours à l’esprit convivial, les visiteurs éprouvent un authentique plaisir à contempler tous ces objets et matériels, témoins de l’évolution des modes de vie. Philippe Gitton
Musées de Prissac : Ouverts jusqu’au 27/09. De 14h30 à 18h, mercredi au vendredi. De 10h à 12h/14h à 18h, samedi et dimanche. 33 Route de Bélâbre, 36370 Prissac (Tél. : 02.54.25.06.85, ou mairie de Prissac : 02.54.25.00.10). Courriel : museesdeprissac@gmail.com
En septembre 1960, Jacques Brel se produit sur la scène de la Fête de l’Humanité. Un concert qui n’a guère laissé de traces si ce n’est, sans doute, dans les souvenirs de celles et ceux qui l’ont vécu.
Pas de photo en 1960, heureusement Brel revient en 1963 !
Il est des concerts dont seule la date demeure, auréolée d’un mystère insondable, celui des choix éditoriaux et des archives. Ainsi en va-t-il de celui de Jacques Brel, lors de l’édition des 3 et 4 septembre 1960 de la Fête de l’Humanité, tout juste annoncé dans l’édition quotidienne du 1er septembre par un bref encadré, pas même 500 signes, surmonté d’une photo. Un bien court rappel biographique pour ce chanteur belge né en 1929 dans une famille catholique d’industriels spécialisés dans la vente de carton. « Quand il a senti qu’il allait étouffer, il a crevé le couvercle et il est sorti de sa boîte comme un jeune diable ébouriffé, une guitare à la main », nous dit le texte. Belle manière de présenter les débuts – difficiles – de cet artiste protéiforme qui, en 1960, a connu quelques succès mais n’en est qu’au tout début de son ascension.La suite ? « Vous la connaissez », concluent les confrères de l’époque.
De son concert de 1960 à la « Grande Fête de l’Humanité », pour la première année au parc des sports de La Courneuve, il ne nous reste presque rien. Combien, sur la scène de la Fête, a-t-il chanté de chansons ? Il a sans doute interprété Ne me quitte pas, créée l’année précédente à Bobino, tout comme La valse à mille temps. Et l’inoubliable Quand on n’a que l’amour, son premier grand succès public, composé en 1956. Mais le mélancolique Plat Pays, la cruelle – mais jouissive – Ces gens-là, Jef, et Mathilde mûrissaient encore dans l’esprit de l’artiste, tels les blés aussi blonds que les cheveux de la belle Frida… Il y a fort à parier qu’il n’a concédé ni bis, ni rappel, lui qui n’en faisait jamais, même pour son dernier concert à l’Olympia. Brel n’aurait dérogé à cette règle qu’une seule fois, si l’on en croit son accordéoniste Jean Corti. À Moscou, en 1965, il a « bissé » Amsterdam, l’un de ses titres phares que, pourtant, lui-même n’appréciait guère. Mais le public avait tranché : la chanson a son alchimie lyrique, ses accents tragiques.
La maison familiale de Brel, rue du Moulin à vent, Montreuil (93)
À la Fête, en 1960, elle n’était encore qu’une promesse qui ne se réalisera que quatre ans plus tard. Brel n’a pas non plus fredonné Jaurès, sortie en 1977 sur son dernier album, Les marquises. Nul doute que les fidèles du journal fondé en 1904 par l’homme politique l’auraient bien accueillie, qui ont défendu la classe ouvrière que le chanteur y dépeint si subtilement. Ce concert à la Fête de l’Humanité advient un peu plus d’un an avant sa première prestation à l’Olympia, qui signe le véritable envol de sa carrière de chanteur. Lui qui ne s’est jamais débarrassé du trac et vomissait avant de monter sur scène a, sans doute et à son habitude, bu un grand verre d’eau, peut-être un whisky ou une bière.
Combien de cigarettes a-t-il fumées ? On imagine qu’il a transpiré sur la scène de la Fête de l’Humanité, gesticulant des pieds à ses longs bras, donnant tout, avec ses tripes. Fidèle à lui-même, Brel ne trichait pas – c’est trop facile de faire semblant, nous dit-il. Seize ans plus tard, il annonçait ses adieux à la scène, se consacrait au cinéma, devenait pilote, et puis skipper. Jusqu’à ce que le « Grand Jacques » se taise finalement, en 1978, à seulement 49 ans. Dix-huit ans après son premier passage à la Fête de l’Humanité – il y reviendra en 1963 –, dont il ne reste qu’un rêve. Jessica Stephan, in l’Humanité
La Fête de l’Humanité, concerts-spectacles-cinéma-livres-débats-conférences : les 11-12-13/09.Base 217/Le Plessis-Pâté, 91220 Brétigny-sur-Orge (infos Billetteries).
Au théâtre Montparnasse (75), Olivier Veillon propose On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie. Un solo au parfum de yiddishland, où ÉricFeldman convoque les fantômes de son enfance. Pour nous raconter avec humour et tendresse, sans pathos, les séquelles de la Shoah qu’il porte en lui.
Ce titre qui vient de loin – plaisanterie d’un rescapé de la rafle du Vel’ d’Hiv’ adressée à un rescapé du ghetto de Varsovie, sur un terrain de boule parisien -, donne le ton de ce seul en scène, où le comédien nous conte ses démêlés intimes avec la vie. Il énonce les traumatismes de l’Holocauste qui minent les survivants et leur descendance sur plusieurs générations. Une contamination que l’écrivain yiddish Isaac Bashevis Singer compare à celle de la bombe atomique. Assis côté jardin, sur une chaise qu’il ne quittera guère, quelques carnets de notes sur une petite table à ses côtés, Éric Feldman présente un à un les membres de sa nombreuse famille. Venus de Pologne, ses grands-parents rêvaient de la France de Victor Hugo et d’Émile Zola, ils ont eu celle de Philippe Pétain et de Pierre Laval. Ses propres parents, oncles et tantes, furent des « enfants cachés », sauvés par miracle…
Seul en scène mais habité
Son récit, en forme de conversation à bâtons rompus avec le public, est tissé d’anecdotes et de bons mots qui reflètent le pessimisme résilient de ces « malades des camps », terme du psychanalyste et écrivain Gérard Haddad. « La vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie », dit un oncle. Un autre nous apparaît, filmé avec un cigare, imitant Serge Gainsbourg qui fut son moniteur dans un foyer pour orphelins juifs : il s’appelait alors Lucien Ginsburg. Ce même tonton devint G.O. au Club Méditerranée, conçu par Gérard Blitz comme un anti-camp de concentration. Sous la plume alerte d’Éric Feldman, tous ces personnages sont bien vivants, et émouvants, quand il prend pour eux l’accent yiddish et nous chante quelques berceuses de cette langue en voie de disparition, tout comme ces derniers témoins de l’Holocauste.
« À quoi penses-tu ? », lui demande une femme, dans le silence d’après l’amour. « À Hitler », répond-il. Rires du public, bien sûr, pris à revers. Mais l’auteur comédien manie le paradoxe et retourne la situation, pour revenir sur l’assassin de masse qui a tué non seulement un peuple mais aussi une culture et une langue (le yiddish). De même, il plaisante sur la psychanalyse ou le yoga, qui l’ont personnellement sorti de ses idées noires, pour dire ensuite, le plus sérieusement du monde, avec Thomas Mann, que Freud est l’« ennemi véritable et essentiel » d’Hitler : « le philosophe qui démasqua la névrose, le grand désillusionneur, celui qui sait à quoi s’en tenir ». Ah, rêve le comédien, si Hitler, qui aimait tant sa maman Clara, avait rencontré le médecin des âmes, son compatriote et contemporain… Et pour conjurer la tragédie, il manie leWitz, cher à Sigmund, en pimentant son texte de mots d’esprit et lapsus soigneusement dosés.
Du je au nous
Après avoir tourné pendant des années avec Ça ira, Fin de Louis, de Joël Pommerat, Éric Feldman est confronté aujourd’hui à la solitude du plateau, mais il a su trouver une belle complicité avec le public, qu’il balade entre rire et émotion. On entend, au-delà de cette autofiction, l’histoire des victimes collatérales des guerres et génocides. Sans prendre part aux polémiques actuelles sur le conflit israélo-palestinien et sur les questions d’antisémitisme telles qu’elles sont dévoyées aujourd’hui, le spectacle, dépassionné et profondément humaniste, traite des traumatismes profonds causés par tout crime de masse. Mireille Davidovici, photos Patrick Zachmann
On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie, Olivier Veillon et ÉricFeldman : les lundi à 21h et mardi à 19h. Théâtre Montparnasse, 31 rue de la Gaîté, 75014 Paris (Tél. : 01.43.22.77.74).
Jusqu’en janvier 2027, le musée de l’Homme consacre une exposition aux Grands âges de la vie humaine. Mêlant art et science, elle donne à voir les photographies de Nikos Aliagas. En dialogue avec les panneaux élaborés par le biodémographe et chercheur Samuel Pavard, spécialiste du vieillissement.
Présentateur vedette de la télévision (La Star Academy ou The Voice), Nikos Aliagas est aussi un photographe de talent, comme le montre la cinquantaine de clichés en noir et blanc au musée de l’Homme pour l’expo Les grands âges. Une thématique qu’il explore depuis plusieurs décennies à travers des photos qui magnifient les traces du temps qui passe. « Photographier les grands âges, c’est regarder le temps en face sans le juger. C’est nous rappeler que vieillir n’est pas un effacement, mais une autre manière d’être au monde, une façon intime d’imprimer son empreinte pour celles et ceux qui viendront après », explique-t-il. Ses portraits délicats font écho aux panneaux conçus par le chercheur Samuel Pavard qui déclinent la complexité biologique, sociale et culturelle du grand âge.
Après avoir resitué la longévité humaine sur l’échelle du reste du vivant, le parcours montre que les personnes âgées ont toujours tenu un rôle essentiel, fondamental, dans les sociétés humaines : soins apportés aux petits-enfannts, transmission de biens matériels et de savoirs aux générations suivantes… « Un trésor de l’humanité », comme le résume le biodémographe Samuel Pavard. L’expo questionne aussi sur la place actuelle de la vieillesse dans nos sociétés avec l’augmentation de l’espérance de vie qui atteint plus de 70 ans dans la majorité des pays d’Europe, d’Asie, d’Océanie et d’Amérique. Un enjeu majeur de santé publique et de politique sociale pour assurer une vieillesse en bonne santé pour toutes et tous, mais aussi pour protéger les personnes âgées des menaces accrues : vagues de chaleur, crises sanitaires, épidémie de cancers et de maladies dégénératives causées par les polluants… Amélie Meffre
Les grands âges, Samuel Pavard et Nikos Aliagas : jusqu’au 03/01/27, Foyer Germaine Tillion, tous les jours sauf le mardi, de 11h à 19h.Musée de l’Homme, 17 place du Trocadéro, 75016 Paris. Le 15/09, rencontre avec Samuel Pavard : « Naître-grandir-aimer et mourir, une histoire naturelle du cycle de vie humain ».
SOUDAIN, le film
Soudain est un récit qui explore l’amitié inattendue entre deux femmes que tout oppose. Marie-Lou, directrice d’un EHPAD, croise par hasard la route de Mari, une metteuse en scène de théâtre japonaise. Cette dernière est atteinte d’un cancer incurable et n’a plus que quelques mois à vivre. Contre toute attente, de cette confrontation avec la maladie et la fin de vie, naît une histoire lumineuse, pleine d’espoir et profondément humaine. À travers des dialogues intimes, le récit explore la force des liens humains, la notion de soin et le pouvoir de l’écoute.
Soudain, un film de Ryusuke Hamaguchi. Avec Virginie Efira et Tao Okamoto, double Prix d’inteprétation féminine au festival de Cannes 2026.
Les avis des critiques de l’émission radiophonique Le masque et la plume, août 2026 :
Nicolas Schaller : un chef-d’œuvre humaniste et bouleversant
Pour Nicolas Schaller, cette œuvre transcende le simple cadre du cinéma pour devenir « presque une expérience de vie » pour l’interprète et « une expérience de projection » pour le public. Le journaliste avoue qu’il aurait volontiers récompensé simultanément le réalisateur et ses deux comédiennes, saluant une complicité qui crée « une espèce de chimie qui se produit pendant 3h15 ». Bien que le récit aborde des sujets graves et complexes liés au quotidien d’un EHPAD, à l’autisme ou à la maladie d’Alzheimer, il évite constamment le piège du pathos pour s’élever vers « une hauteur de vue, d’une grandeur, d’un humanisme assez bouleversant ». Schaller souligne également la virtuosité de la mise en scène qui « bascule d’un régime de langage à un autre », mêlant de longues conversations intimes et des plans-séquences mémorables à la BNF. Il conclut en qualifiant l’œuvre de « film thérapeutique sur l’écoute et le soin », tout en y décelant « une critique féroce du capitalisme ».
Charlotte Garson : un exercice de style captivant mais inégal
Charlotte Garson livre une analyse nettement plus partagée sur ce qu’elle qualifie de « film atelier ». La journaliste confie avoir constamment oscillé « entre une exaspération face à cette notion d’humanitude » exposée de manière très appuyée à travers la formation des soignants, et une « pleine gratitude envers ça ». Elle se montre en revanche très élogieuse envers la structure temporelle de l’œuvre, soulignant la pertinence du titre Soudain qui fait sens face à la trajectoire de Mari, un personnage dont l’agonie promise doit aller « très vite ». Ce sont précisément « ces différents braquets temporels » qui ont su la séduire. Néanmoins, elle émet des réserves sur l’efficacité de certains choix de mise en scène : si elle aime l’idée de croiser différents « régimes de paroles », elle avoue que le procédé « ne marche pas toujours » et que la longue représentation théâtrale antipsychiatrique a fini par l’ennuyer.
Jean-Marc Lalanne : un conte philosophique d’une légèreté absolue
Jean-Marc Lalanne se dit quant à lui particulièrement séduit par le « côté conte philosophique du film ». Il apprécie la profondeur des longs dialogues, habilement « construits comme des débats d’idées » , qui portent une réflexion essentielle sur le capitalisme « et la façon dont il menace au fond la perpétuation de l’humanité ». Selon lui, le réalisateur Ryusuke Hamaguchi réussit le tour de force de rendre cette « aridité assumée » particulièrement « incarnée » et « très sensuelle ». Ainsi, la longueur de l’œuvre ne pose aucun problème puisque le cinéaste parvient à créer « une sorte d’écosystème sensuel dans lequel on se sent bien » , offrant à ces trois heures de narration « la légèreté d’une plume ». Lalanne salue enfin la manière dont le récit articule avec brio « le lien entre l’art et le soin » pour en dire « des choses très belles et très profondes ».
Au théâtre Paris Villette (75), dans le cadre du festival Spot, Benoît Giros présente La disparition de Josef Mengele. L’adaptation du roman biographique d’Olivier Guez, au titre éponyme. Le comédien Mikaël Chirinian décrit et dénonce la fuite en Amérique du Sud du nazi Josef Mengele, médecin et bourreau du camp d’Auschwitz. Le récit, glaçant, de la traque d’un personnage ignoble.
Des photos et quelques affiches sur le mur du fond assurent un décor minimaliste, complété par deux chaises, et quelques jeux de lumière. Cela suffit. La création sonore est d’Isabelle Fuchs. Mikaël Chirinian, également adaptateur du roman biographique d’Olivier Guez (prix Renaudot 2017), est face au public, avec passion. La Disparition de Josef Mengele n’est pas une gentille pièce de théâtre historique. Elle est le récit d’une fuite, puis d’une traque. Celle d’un personnage ignoble. Jusqu’en 1945, le docteur Josef Mengele est un dignitaire nazi. Dans le camp d’Auschwitz, il se livre à de monstrueuses expériences sur les corps d’humains vivants.
À la chute du Reich, il prend la fuite. Il est rapidement interpellé mais, sa véritable identité étant dissimulée, il passe entre les mailles du filet de la justice. Commence alors une fuite d’une quarantaine d’années en Argentine, au Paraguay, au Brésil, bénéficiant à chaque fois de solides complicités pour rester aussi bien caché que possible. De nombreux nazis ont trouvé refuge et appui dans ces contrées où l’extrême droite a souvent pignon sur rue. La mise en scène de Benoît Giros est sobre, le récit glaçant. La traque se resserre, progressivement. Les services secrets israéliens sont sur ses traces. Le fils du nazi ne lui accorde aucun pardon, accentuant sa solitude.
C’est une banale noyade qui mettra fin en 1979 à la vie du médecin bourreau, dans la région de São Polo. L’individu est enterré sous une fausse identité. Ce n’est qu’en 1985 que ses restes sont exhumés, les analyses confirmant alors l’identité réelle du nazi. Une pièce coup de poing, toujours utile. Gérald Rossi, photos Jean-Philippe Larribe
La disparition de Josef Mengele, Benoît Giros : les 07 et 08/09, 20h. Théâtre Paris-Villette, 211 Avenue Jean Jaurès, 75019 Paris (Tel. : 01.40.03.74.20).
Journaliste et historien du sport, auteur de Latéral Gauche aux éditions Libertalia, Nicolas Kssis-Martov pose son regard sur la compétition la plus regardée de la planète, la Coupe du Monde de football. Quel bilan peut-on tirer du tournoi, quand les millions d’euros et l’éventuelle privatisation de la FIFA deviennent plus importants que le jeu ou les supporters ?
Plus de 100 matchs joués sur plus d’un mois de compétition, quel regard portez-vous sur cette Coupe du monde 2026 ? Y a-t-il encore une place pour un football populaire ?
Je ne vois pas forcément un lien très fort avec le football populaire dans cette Coupe du monde. Aujourd’hui, même les équipes les plus modestes sont composées de joueurs professionnels, qui évoluent souvent à l’étranger, parfois même dans les grands championnats. L’équipe qui m’a procuré le plus d’émotions, c’est le Cap-Vert. Personne ne les attendait à ce niveau-là et ils ont failli éliminer l’Argentine. C’est une belle histoire de football. Mais ce qui m’a surtout marqué, c’est la domination européenne. On retrouve toujours les mêmes rapports de force. Même les équipes africaines qui ont réalisé de belles performances, comme le Maroc, s’appuient aujourd’hui sur des joueurs formés ou évoluant en Europe. C’est là que se concentre désormais la puissance du football mondial. L’Amérique du Sud, à part l’Argentine, est dans un véritable marasme. Quant à l’Asie, elle est quasiment absente du très haut niveau.
Bizarrement, le match qui m’a le plus amusé, c’était la petite finale entre la France et l’Angleterre. Il n’y avait plus d’enjeu, les équipes jouaient complètement libérées, ça ressemblait presque à un match entre copains. Ça finit à 6-4, c’était complètement débridé. C’était probablement ce qui se rapprochait le plus d’un football populaire : du plaisir, de l’improvisation, des erreurs, des buts. À l’inverse, la finale entre l’Espagne et l’Argentine m’a beaucoup moins enthousiasmé. L’Espagne était très organisée, très dominante, avec des certitudes collectives. L’Argentine, elle, a surtout refusé de jouer. Ce n’était pas une grande finale.
Lors d’un entretien au journal Le Monde en juin 2026 vous avez évoqué un « football de gauche » comme celui des petites équipes résistant face aux grandes équipes. Que reste-t-il de cette idée dans un mondial où les petits ont disparu ?
Je ne chercherais pas un « football de gauche » dans une Coupe du monde. On a le droit de supporter son pays, celui de ses origines, ou simplement une équipe parce qu’on aime ses joueurs ou son style de jeu. Il ne faut pas se fabriquer des questions politiques artificielles autour du football. En revanche, je lisais un article qui disait « ce n’est plus vraiment la Coupe du monde de football, mais la Coupe du monde de la FIFA ». Aujourd’hui on est face à un à une compétition qui est pensée avant tout par la FIFA.
Gianni Infantino, son président, sera probablement réélu, je n’ai aucune illusion. Mais le problème n’est pas seulement Infantino. La FIFA n’a jamais été une organisation particulièrement démocratique ou transparente. C’est une institution très conservatrice. Infantino n’est pas une anomalie : il est un produit de cette institution. Il accélère peut-être certaines évolutions, parce que le monde lui-même change, mais il ne les invente pas.
En revanche, on peut être sensible à certaines histoires. Le Cap-Vert, la République démocratique du Congo, ces équipes qui résistent face à beaucoup plus fortes qu’elles. Les gardiens héroïques qui évitent l’humiliation. Ce sont des images auxquelles chacun peut s’attacher. On peut aussi aimer une équipe offensive comme l’Espagne, parce qu’elle propose du jeu. Mais je crois que chacun projette ce qu’il veut sur le football. Il n’existe pas une seule manière légitime de supporter une équipe durant cette compétition.
Le possible élargissement à 64 équipes pour le prochain tournoi en 2030 ne permettra-t-il pas malgré tout à des petits pays, comme on a pu le voir cette année avec Haïti ou le Curacao, d’exister davantage ?
Je comprends parfaitement la joie que cela représente. Voir Haïti, la République démocratique du Congo ou l’Irak jouer en Coupe du monde, c’est une immense fierté pour leurs supporters. Mais il ne faut pas nourrir d’illusions. Cela ne changera rien à la situation de ces pays. Les joueurs vivent déjà, pour la plupart, à l’étranger. Les structures locales restent extrêmement fragiles. À Haïti ou au Congo, les difficultés sont immenses. Même les supporters n’ont souvent pas pu profiter de cette Coupe du monde. Les Haïtiens installés aux États-Unis hésitaient à se rendre dans les stades par peur des contrôles migratoires de l’ICE. Beaucoup de supporters n’avaient tout simplement pas les moyens d’acheter des billets. La Coupe du monde est devenue un événement très élitiste.
Face à ce constat, que faut-t-il faire ?
Arrêter de croire que tout se joue à la FIFA ! Le football est plus grand que la FIFA. Le vrai football existe dans les clubs amateurs, le football féminin, le football mixte, les initiatives populaires, les groupes de supporters qui inventent d’autres façons de vivre ce sport. C’est là qu’il faut investir son énergie. On peut très bien prendre du plaisir à regarder un grand match de Coupe du monde, tout en sachant ce qu’est la FIFA et ce qu’elle représente. Mais il ne faut pas croire qu’on transformera cette institution de l’intérieur. Ce qui compte ? Continuer à jouer, créer des espaces où le football appartient encore à celles et ceux qui le pratiquent. C’est cela, le football populaire. Propos recueillis par Emil Dromery, in La vie ouvrière.
Latéral gauche, Nicolas Kssis-Martov (éditions Libertalia, 208 p., 10€). Journaliste et historien du sport, Nicolas Kssis-Martov écrit pour Sport et plein air (revue de la FSGT), So Foot, Politis, Section 26…Il a publié Terrains de jeux, terrains de luttes (L’Atelier, 160 p., 16€) et Qatar, le Mondial de la honte (Libertalia, 82 p., 8€).
Au festival du mOrse, le 28/08 à Couffouleux (81), tel un conteur aux temps reculés, Philippe Durand raconte le Larzac ! Une aventure sociale. Plus que le rappel d’une lutte emblématique sur les hauteurs du Massif Central, la parole vivante de paysans qui croient en la terre. De la ville aux champs, du plateau du Larzac à celui d’un théâtre, un spectacle fort en convictions.
Seules les ménagères de plus de cinquante ans et les étudiants encore chevelus d’après 68 s’en souviennent : de l’occupation du plateau du Larzac, des grands rassemblements festifs, des bombes lacrymogènes et « des moutons plutôt que des canons » ! De Bretagne en Savoie, de Picardie en Navarre, des Landes au Morvan, durant plus d’une décennie, ils sont venus par milliers, ils étaient toujours là pour s’opposer à l’extension du camp militaire sur les hauteurs du Massif Central. En juin 1981, au lendemain de son élection à la présidence de la République, François Mitterrand annonce officiellement l’abandon du projet.
Solitaire derrière sa petite table de conférencier, quelques feuillets épars devant les yeux pour donner le change, Philippe Durand entame la conversation. En toute intimité, en toute simplicité… « Rien ne sera jamais plus comme avant », affirme d’emblée le comédien, « les habitudes, les savoirs nés de l’expérience de la lutte sont à présent solidement ancrés sur le plateau ». Il sait de quoi il parle. Longuement, régulièrement, il est parti à la rencontre des paysans du Larzac. Pour y découvrir les aventuriers d’un nouveau monde, toutes générations confondues, solidement ancrés sur leur terre, pionniers d’une utopie devenue réalité.
Qu’on se le dise, cependant, cet homme est dangereux, c’est un récidiviste ! Depuis quelques années déjà, le comédien chevronné s’est reconverti en collecteur de paroles, mieux encore et avant tout en écouteur : discret, patient, fidèle. Une preuve ? Son précédent spectacle, joué sur tous les plateaux de France et d’ailleurs, fort d’un incroyable succès populaire, 1336… Près de quatre ans de lutte contre le géant Unilever, 1336 jours, pour les salariés de l’usine de Géménos, les Fralibs, qui sauvent leur outil de travail et fondent leur Scop ! Une « aventure sociale » exemplaire, comme celle du Larzac, dont Philippe Durand s’est fait le témoin en dégustation de quelques boîtes de thé, une aventure théâtrale qu’il renouvelle, entre pâturage et labourage, avec la même force dramatique. Par la seule puissance des mots, sans décorum ni machinerie.
Devant l’auditoire, il n’est pas question cette fois de raviver l’histoire des combats d’hier, aussi épiques furent-ils, juste d’en faire mémoire pour comprendre le présent : un plateau qui compte aujourd’hui plus de paysans installés que dans les années 80, une expérience de vie démocratique qui perdure au cœur des aléas du quotidien, une gestion des terres unique en son genre ! Les hommes et femmes dont Philippe Durand se fait porte-paroles, avec parfois l’accent du cru, ne se veulent ni des héros ni des marginaux. Juste des travailleurs de la terre qui ont façonné, au nez et à la barbe de prétendus spécialistes qui leur promettaient échec et désillusion, un mode de vie solidaire et participatif qui n’exclut ni débats ni contradictions, qui ont instauré des circuits de distribution innovants et, surtout, ont inventé un outil de gestion unique en son genre, la Société civile des terres du Larzac !
Créée en 1984, la SCTL se fonde sur le droit d’usage. Nul n’est propriétaire de la terre, on la travaille jusqu’à la retraite, « toute personne qui a envie d’exercer ce métier à partir du moment où le lieu il est disponible elle doit pouvoir l’exercer c’tte personne », rapporte le comédien avec justesse et malice, un conseil de gérance administre l’affaire avec la participation de tous les fermiers et résidents du plateau. La démocratie à l’épreuve du quotidien, « se réunir, discuter, réfléchir et décider ensemble sont devenus des réflexes naturels ». Pas de surenchère, le mot juste pour décrire la condition paysanne et un modèle économique dont ferait bien de s’inspirer l’ensemble du monde agricole, à cent lieux des visions chères aux industriels de la FNSEA ! Philippe Durand ne dresse pas le tableau d’un monde idyllique, il rend audible et visible une communauté d’hommes et de femmes qui, entre intelligence et modestie, inventent aujourd’hui d’autres manières de vivre et travailler au pays.
De la bouche du comédien, la parole se libère et se distille gouleyante, sincère, ludique et poétique pour chanter la beauté de la terre comme la dureté du travail ou du climat. Sa verve, son regard enjôleur, ses talents de conteur font merveille. Du haut du Larzac au bas d’une table, le public est emporté dans un flot d’émotions et de convictions, conquis devant telle saveur et fraîcheur. L’embellie d’un théâtre populaire qui, d’un plateau l’autre, retrouve droit de cité. Yonnel Liégeois
Larzac !, Philippe Durand : le 28/08, 21h, salle Hervé de Guerdavid. La compagnie du Morse, 53 avenue Jean Berenguier, 81800 Couffouleux (Tél. : 05.31.23.29.93/07.54.66.58.80). Le texte du spectacle (138 p., 10€) est publié aux éditions Libertalia.
Le 25/08, Catherine Dasté , la petite-fille de Jacques Copeau, sera inhumée à Pernand- Vergelesses (21). Créateur du théâtre parisien du Vieux-Colombieren 1913, Jacques Copeau fonde la troupe des Copiaus en 1925. La même année, il achète une maison en ce village de Bourgogne qui devient lieu de rencontres.
En 1913, lançant un « appel à la jeunesse», Jacques Copeau rassemble autour de lui une troupe engagée, comprenant Charles Dullin et Louis Jouvet, et propose une programmation extrêmement riche, avec une alternance de quinze pièces en huit mois. Au retour d’un long séjour à New-York de 1917 à 1919, il insuffle au Vieux-Colombier une intense activité, marquée par la fondation d’une école novatrice. Mais, en 1924, Jacques Copeau décide de s’éloigner de Paris et installe en Bourgogne sa « communauté théâtrale ». Formée d’une partie de sa troupe et des élèves de l’école, elle sera en 1925 à l’origine de la troupe des Copiaus, ainsi surnommée par le public bourguignon. Cette année-là, Copeau achète une maison familiale à Pernand-Vergelesses, un village vigneron qui devient le camp de base de la troupe, pionnière de la décentralisation.
2025 marqua le centenaire des Copiaus et de la maison Jacques Copeau, qui organisa une série d’événements mettant en avant l’identité de ce lieu unique au croisement de la création, de la transmission et du patrimoine. Monument historique, labellisée Maison des Illustres, elle participe au travail de mémoire et à la connaissance critique de l’œuvre de Copeau et de ses filiations multiples, en France et dans le monde. La Comédie-Française s’associa à ce centenaire lors d’une soirée en décembre 2025 au Théâtre du Vieux-Colombier avec des prises de parole, des lectures et des chansons en présence de multiples personnalités du monde du théâtre : Cécile Suzzarini, présidente de la Maison Jacques Copeau, Jean-Louis Hourdin et Cyril Teste, ses actuels conseillers artistiques, des membres de la Comédie-Française, dont l’administrateur général Clément Hervieu-Léger et le doyen Thierry Hancisse, ou encore Marcel Bozonnet, François Chattot, Anne Duverneuil, Hervé Pierre, Jean-Marc Roulot, Daniel Scalliet, Mathilde Sotiras, Hélène Vincent, Mathias Zakhar…
Cette soirée anniversaire fut également l’occasion d’une levée de fonds pour ce grand chantier de réhabilitation de la maison de Pernand-Vergelesses. La demeure est située au cœur des Climats du vignoble de Bourgogne, inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. L’association Maison Jacques Copeau a pour mission de préserver et mettre en valeur ce patrimoine. L’ensemble des bâtiments qui composent le site va faire peau neuve. Ils s’organisent autour d’une belle demeure bourguignonne du XVIIIe siècle surplombant des jardins en terrasse, entourée de bâtiments plus modestes d’époques diverses, des appartements occupés par les artistes en résidence au bureau construit en 1984 par Paul Chemetov.
Jean-Louis Hourdin, la demeure au label Maison des Illustres
La restauration de la maison principale est au cœur du projet : la présence de Jacques Copeau, de sa famille et de la troupe des Copiaus y sera magnifiée. La chambre-bureau de Copeau et celle de son épouse, témoins préservés de leur présence, retrouveront leur aspect authentique. Trois extensions contemporaines, inspirées des rustiques cabotes bourguignonnes (ancien abri de pierre pour vignerons), offriront de nouveaux espaces aux artistes en résidence pour leur travail de création. Un autre chantier de culture ! Yonnel Liégeois
L’inhumation de Catherine Dasté : le 25/08 à 11h, 17 Rue du Paulant, 21420 Pernand-Vergelesses. La maison Copeau, 4 rue Jacques Copeau, 21420 Pernand-Vergelesses (Tél. : 03.80.22.17.01). Courriel : contact@maisonjacquescopeau.fr
La maison en chantier
En juillet 2025, la maison Jacques Copeau a fermé ses portes pour se réparer, se réinventer, s’embellir. Le chantier de réhabilitation mêle intimement l’indispensable restauration patrimoniale (monument historique oblige !) et les transformations qui apporteront au projet de la maison un nouveau souffle : mieux accueillir les artistes et les visiteurs, aménager de nouveaux espaces de travail, prendre soin des jardins, répondre aux défis climatiques…
L’association Copeau a besoin de soutien, elle lance une grande collecte via la Fondation du patrimoine pour boucler le financement. Chaque euro récolté se changera demain en traverses de charpente pour durer, en tavaillons de châtaigner pour dialoguer avec la pierre, en laine de bois pour isoler, en enduits à la chaux pour faire respirer les murs, en papiers peints ressuscités… Grâce à chacune et chacun, citoyenne et citoyen, une nouvelle page de l’histoire de la maison Jacques Copeau va s’ouvrir !
« Écrire le théâtre d’aujourd’hui », telle est la devise de la Mousson d’été qui, jusqu’au 27/08, se déroule en l’abbaye des Prémontrés à Pont-à-Mousson (54). Sous la direction artistique de Véronique Bellegarde, un festival original avec moult pépites à l’affiche.
En août 2025, la Mousson d’été, l’instigatrice de ces fameuses « rencontres théâtrales internationales », célébrait son 30ème anniversaire ! Au fil du temps, la manifestation s’est imposée comme le rendez-vous incontournable des nouvelles écritures du théâtre. Dans un contexte encore bien particulier pour cette nouvelle édition qui, jusqu’au 27 août, se déroule au cœur d’une crise climatique, sociale et internationale, durable… Avec moult incertitudes au tournant mais aussi, toujours, la rage de vivre et de changer ce monde qui a fait son temps.
« C’est en 1995 que germa dans l’esprit de Michel Didym l’idée de créer en Lorraine une manifestation dont l’objet serait moins le spectacle à proprement parler, à l’instar d’autres festivals d’été, que l’exploration, passionnée mais sérieuse, de la production des auteurs du théâtre contemporain », rappelle l’historique de l’événement. « Pendant une semaine, à la fin du mois d’août, des textes inédits y seraient présentés sous des formes souples et légères : lectures, mises en espace, cabaret… ».
Pari osé, pari gagné ! Cette année encore, entreuniversité d’été et mises en espace-lectures programmées, la Mousson propose une suite de temps forts exceptionnels où le public, en toute convivialité, dialogue avec auteurs et metteurs en scène. Avec à la clef moult textes à découvrir, français et étrangers, à l’affiche demain sur les scènes européennes, servis par des interprètes de qualité et en présence d’auteurs aux diverses nationalités :
■ Et le monde resplendit d’Angus Cerini (Australie), dir. Véronique Bellegarde. Texte traduit par Dominique Hollier avec le soutien de la Maison Antoine Vitez. ■ Une fin de Sébastien David (Québec), dir. Lélio Plotton, dramaturgie Lola Molina (Théâtre de poche européen), avec les amateurs du bassin mussipontain. ■ Madame Yamamoto est encore là de Dea Loher (Allemagne), dir. Aurélie Van Den Daele (Théâtre de l’Union, CDN). Texte traduit par Laurent Muhleisen avec le soutien de la Maison Antoine Vitez. ■ L’homme en son jardin de Ludovic Longelin (France), dir. Lélio Plotton. Texte lauréat de l’Aide Nationale à la Création. ■ Nous avons peur Nous apprenons à compter de Jana Milivojević (Serbie), dir. Cédric Gourmelon (Comédie de Béthune, CDN). Texte traduit par Karine Samardzija avec le soutien de la Mousson d’été. ■ Insectes d’Oriol Morales i Pujolar (Catalogne), dir. Véronique Bellegarde. Texte traduit par Laurent Gallardo avec le soutien de la Maison Antoine Vitez. ■ Golgotha de Jorge Palinhos (Portugal), dir. Clémence Coullon. Texte traduit par Marie-Amélie Robilliard avec le soutien de la Maison Antoine Vitez. ■ Où va-t-on quand on part de Nikolina Rafaj (Croatie), dir. Camille Dagen (Cie Animal Architecte). Texte traduit par Nicolas Raljevic. ■ L’Apparition de Sandrine Roche (France), dir. Stanislas Nordey. Texte lauréat de l’Aide Nationale à la Création. ■ Les multiples voix de mon frère de Magdalena Schrefel (Autriche), mise en ondes par Laurence Courtois pour France Culture
Spectateur néophyte ou averti, chacun est le bienvenu : de l’art à portée de tous dans une authentique ambiance de partage et de dialogue. Venez, venez donc à la Mousson d’été, dans le fabuleux décor de l’abbaye des Prémontrés ! Une semaine durant, elle vous donnera des nouvelles du théâtre du monde. Yonnel Liégeois, photos Boris Didym
DU GRAND ART AU CŒUR DE L’ÉTÉ
« L’année 2026 est marquée par un contexte politique et social difficile. Le domaine de la culture est fortement touché.Cette édition de la Mousson met en lumière une nouvelle génération de jeunes dramaturges européen·ne·s : serbe, croate, belge, catalan… Leurs œuvres singulières et percutantes portent des forces de résistance sensibles et ancrées. Ces auteur·rice·s appréhendent le monde sans naïveté, avec ironie et subtilité. Des sujets graves sont traités avec une douceur apparente et de la drôlerie ».
« Les inquiétudes et défis qui traversent le monde d’aujourd’hui transparaissent dans les textes : l’artificialisation de la société, l’hyperconnectivité, la destruction de la planète, l’avenir des agriculteur·rice·s, les conflits armés et la recherche sous-jacente d’alternatives. Les auteur·rice·s y font écho à travers des fictions qui laissent apparaître notre vulnérabilité et nous invitent à résister, en redonnant sa place à la nature, en faisant entendre des voix dissidentes face à la violence d’état ».
« L’écoute acérée de l’autre apparaît comme une urgence, une valeur essentielle. Une synergie, emmenée par la troupe artistique éphémère, se scelle autour de ces nouvelles écritures. Un esprit passionné, joyeux et convivial, souffle sur la magnifique Abbaye ». VéroniqueBellegarde, directrice artistique
Place de Beauce à Orgères (28), la compagnie Dérézo présente Par les bouches. Un spectacle atypique, où se mêlent senteurs des mets et parfums des mots. Entre saveurs gastronomiques et plaisirs littéraires, un buffet pour gourmets et gourmands.
Une quarantaine de convives, ni plus ni moins… Deux longues tablées face à face, une serveuse Madame M (comme j’m la bonne chère, pas la publicité décadente de la télévision…) et un serveur Monsieur R (comme je Respire huiles et épices…), Mathilde Velsch et Robin Le Moigneen tabliers bigarrés et bizarrement toqués à la manière de tout maître aux fourneaux ! Face à chaque invité, veillent au grain verre à pied et gobelet, une belle assiette et de mystérieuses fioles en surplomb. Jouez hautbois, résonnez musettes, s’ouvre le bal imaginaire des couteaux et fourchettes. Pour et Par les bouches, la première dégustation est avancée : jeux de langues et jeux de mots vont alors s’enchaîner, près d’une heure durant. Une manière originale de se mettre en bouche les ultimes plaisirs de sa cuvée estivalière !
Follement alléché, succombant à la tentation, Chantiers de culture l’a testé mais aucune lubrique potion ni dessous de table ne l’obligeront à dévoiler le menu. Il restera bouche cousue, c’est la surprise de la cheffe ! Miske Alhaouthou, d’origine comorienne, mêle avec délice sucré et salé, doux ou épicé, petites gâteries et grosses bouchées. Le bonheur n’est plus dans le pré, c’est celui du palais où nez et bouche sont élus prince et princesse d’honneur, seigneurs des senteurs ! Au royaume des gourmets et gourmands, chauds ou froids défilent mets et boissons aux multiples arômes, à chacune et chacun de découvrir et savourer leur texture, leur origine, leur goût : de la betterave au chocolat, de la cardamone au piment, de la châtaigne à la noisette, des huiles diverses aux sauces colorées… Un vertige culinaire, dans la bonne humeur et la convivialité où chaque convive a droit à la parole en aparté, est incité à partager découvertes et affinités avec voisine ou voisin de tablée !
La bouche, reine invitante pour ce spectacle atypique aux étranges couleurs, exhale aussi des parfums singuliers. Fille et garçon, serveurs attentionnés, les deux pétillants comédiens ne se contentent point de passer les plats. Tour à tour, pendant ou entre les services, ils déclament des propos d’hier ou d’aujourd’hui, mi-figue mi-raisin, entre humour et sérieux. De la Psychanalyse de la gourmandise de Gisèle Harrus-Reverdi aux Propos du cannibalisme Tupinamba d’Hélène Clastres, de Claude Olievenstein avec son Écrit sur la bouche au Pourquoi Sorcières ? de Xavière Gauthier, de Vous faîtes voir des os du ténébreux poète d’antan Scarron à L’os dans la gueule du crocodile ou Le phallus du psychiatre Nicolas Dissez… Et d’autres encore, écrits divers et variés qui titillent les papilles sur les multiples interprétations (culturelles, géographiques, politiques, linguistiques, éthiques…) de ce que l’on appelle communément goût, qui pimentent la sauce de ce récital gastro-littéraire qu’il fallait penser et imaginer !
Metteur en scène de la compagnie Dérézo sise à Brest, fervent attablé comme ses acolytes, Charlie Windelschmidt a déjà goulûment mitonné quelques savoureux plats artistiques : Le petit déjeuner,Apérotomanie… À chaque fois, un hymne à la dive bouche, solide-liquide-volatile-expressive, qui tente ainsi de mettre l’eau à la bouche d’un public peu habitué à franchir la porte des théâtres, de le convaincre à ne point faire la fine bouche mais à mettre les bouchées doubles pour oser le premier pas. Du théâtre de rue d’un nouveau genre assurément, à table bien évidemment ! Une totale et vraie réussite, quand la culture se partage et se déguste aussi plaisamment. Yonnel Liégeois, photos Dérézo
Par les bouches, Charlie Windelschmidt : le 23/08, 18h30 et 20h30. Place de Beauce, 28140 Orgères-en-Beauce (Réservation obligatoire : 07.56.06.06.56). Le 09/10, en la commune de Bannalec (29).
Le 06/09 à la Moulinette de Logonna-Daoulas (29) et le 11/10 à Beaupréau-en-Mauges (49), la compagnie Dérézo vous invite à sonPetit déjeuner. Le 10/10, même lieu, à son Apérotomanie.
Depuis longtemps, les pompiers dénoncent la dégradation de leurs conditions de travail et le manque de reconnaissance des risques du métier. Rencontre avec Laurent Guilloteau, alors sapeur-pompier professionnel au Centre de secours de Port-de-Bouc (13), aujourd’hui affecté à Miramas. Mis en ligne en octobre 2019, un article toujours d’actualité au lendemain des incendies catastrophiques en Gironde.
« Pimpon ! Pimpon ! Pimpon ! », claironne la petite dernière de la famille. Les raisons de la grève qui, depuis le 26 juin (2019, ndlr), touche 90% des Services départementaux d’incendies et de secours (SDIS), n’entament pas encore son enthousiasme pour les soldats du feu. « Si elle est comme ses deux aînés, bientôt elle se verra en futur pompier », plaisante l’adjudant Laurent Guilloteau, sapeur-pompier au centre de secours de Port-de-Bouc (13). D’abord pompier volontaire pendant cinq ans, il est devenu professionnel en 2004. Il l’avoue, sa passion du métier s’enracine dans l’enfance. « J’habitais en face de la caserne et je passais mes journées à la fenêtre à regarder partir les camions ». Les valeurs familiales ont fait le reste. Il y a « cinq sapeurs-pompiers professionnels [dans son entourage] et deux volontaires qui travaillent dans le milieu médical », précise-t-il. À noter qu’au plan national c’est l’inverse avec près de 80% des effectifs constitués de volontaires. C’est également l’état d’esprit familial qui l’a très vite amené à se syndiquer, plusieurs proches étant cégétistes. Le 26 juin dernier, face à l’état du service public de secours et à la situation faite à ses agents, il a logiquement rejoint la grève déclenchée unanimement par les sept organisations syndicales.
Hommes et femmes à tout faire
En quinze ans d’exercice dans quatre SDIS (37, 79, 49 et 13), Laurent a vu « le service public rendu par les pompiers changer du tout au tout ». Et le travail réel percuter les valeurs. « Aujourd’hui on est le service public des hommes et des femmes à tout faire », résume-t-il. Amère, la formule exprime la « frustration » de toute une profession « sur-sollicitée » et en colère. « Les pompiers sont affectés à un engin de secours aux victimes mais ils se retrouvent à faire des tâches répétitives qui ne relèvent pas de leurs missions », déplore l’adjudant. Bref, intervenant en bout de chaîne, ils pallient les manquements des services de l’État. Cela va de la police qui les appelle sur une rixe mais les laisse seuls sur place, aux urgences psychiatriques qui ne se déplacent plus, en passant par la situation dite de « carence ambulancière ». Qui relève de la désertification médicale, du vieillissement de la population et d’une organisation défaillante entre les pompiers et le Samu. Débordé, trouvant de moins en moins d’ambulances privées pour transporter les malades, il fait appel aux pompiers.
Un système en bout de course
« Les SDIS font aussi des transports intra-hospitaliers, prennent en charge l’ivresse sur la voie publique, sont appelés parce que le médecin libéral voire le plombier ne sont pas disponibles… Jusqu’aux députés qui veulent qu’on s’occupe des frelons asiatiques ! », persifle Laurent. Entre 2003 et 2018, les sapeurs-pompiers ont assuré plus d’un million d’interventions supplémentaires dans un contexte notamment de baisse du temps de travail annuel des professionnels et d’un recul du volontariat. En effet, « les volontairess’essoufflent aussi et il est de plus en plus difficile d’en attirer ». Pourtant, les employeurs et l’État continuent de beaucoup compter sur eux. Et pour cause : rémunérés en indemnités non encadrées, ils ne coûtent rien en cotisations sociales et permettent de dissimuler les heures supplémentaires (47% des professionnels ont le double statut). Néanmoins, si personne ne conteste l’engagement citoyen de la plupart d’entre eux, nombre d’acteurs du secteur, notamment les syndicats, estiment que ce système est en bout de course. Outre le « recrutement massif d’emplois statutaires pour répondre aux besoins des SDIS », les grévistes réclament notamment « une revalorisation significative de la prime de feu ». Dans l’attente d’une réponse concrète du ministère de l’Intérieur à leurs revendications, au lendemain de leur journée d’action d’octobre, à l’unanimité les pompiers de France ont convenu de reconduire leur mouvement jusqu’en janvier 2020. Propos recueillis par Christine Morel
En savoir plus :
« L’effectif cible des centres de secours n’est pas harmonisé au niveau national. Il est défini par le « schéma départemental d’analyse et de couverture des risques » et celui-ci s’avère obsolète », tempête Laurent Guilloteau. « Prenons Port-de-Bouc (13) et Saumur (49) qui font tous les deux à peu près 3 500 interventions par an : Saumur compte quatre ou cinq pompiers de plus que Port-de-Bouc ». Ayant fait le choix stratégique de la professionnalisation, le SDIS 49 utilise en fait avec parcimonie le volontariat. En revanche, le SDIS 13, l’un des plus gros de France, a longtemps compté sur le volontariat. Résultat ? « Dans le 13, cet été, il est par exemple arrivé qu’il manque jusqu’à 10 pompiers à la garde (25 au lieu de 35) au centre de secours d’Aix-en-Provence ou qu’il en manque 3 à Port-de-Bouc pour pouvoir armer un véhicule de secours ».
Depuis de longs mois, l’intersyndicale porte diverses revendications. Dont, en particulier : la revalorisation significative de la prime de feu à hauteur des autres métiers à risques (28% du salaire de base contre 19% actuellement), la prise en compte des questions de protection de leur santé (toxicité des fumées, temps de travail), le recrutement massif d’emplois statutaires pour répondre aux besoins des SDIS… Face à la montée des violences, les syndicats réclament aussi des dispositions adaptées. Ils évoquent notamment un renforcement de la pénalisation des faits de violence à leur encontre. Plus globalement, ils attendent une réorganisation du modèle de secours qu’ils estiment « malade » et « à bout de souffle ». Un constat partagé par la Fédération nationale des sapeurs-pompiers qui, après son congrès annuel à Vannes fin septembre, en a même appelé à un arbitrage du chef de l’État. C.M.
2026, les pompiers toujours en colère
À la sortie de l’entrevue avec le ministre de l’Intérieur Laurent Nuniez, le 13/08, le porte-parole de l’intersyndicale, Xavier Boy, a dénoncé des « moyens qui ne suivent pas » et demandé des « recrutements massifs ». Il estime que les pompiers « ne peuvent pas compenser indéfiniment les insuffisances d’un système arrivé à saturation ». Le ministre de l’Intérieur n’est « pas au rendez-vous », les neuf syndicats composant l’intersyndicale se disent très déçus. « On n’a aucune réponse sur la question des ressources humaines ou sur la santé », dénonce Laurent Guilloteau (notre interlocuteur en 2019, ndlr !), membre du collectif CGT-Sdis. Pour le syndicaliste, aucun élément concret n’est ressorti de la rencontre.
Ce n’est pas la première fois que les syndicats alertent le gouvernement. En avril 2026, déjà, les neuf syndicats écrivaient au Premier ministre pour dénoncer leurs conditions de travail de plus en plus dégradées, « le manque de moyens et de personnels sur le terrain ». Aussi, appellent-ils à la mobilisation pour faire entendre leurs revendications. Les 26-27 et 28/09, ils prévoient une imposante « manifestation statique », place de la République à Paris. « On ne va pas lâcher, ce ne sera pas 18 représentants des sapeurs-pompiers, mais plusieurs milliers de pompiers », prévient Laurent Guilloteau. Yonnel Légeois
Du 20 au 22/08, se déroule à Saint Macaire (33) la 49ème Hestejada. Un festival créé en 1978 à Uzeste par le musicien Bernard Lubat, délocalisé en raison des risques d’incendies en Gironde. Une initiative artistique qui privilégie improvisation et convivialité. Loin de la culture standardisée, mêlant sans vergogne innovations musicales et palabres sociales en pays de Gascogne.
Bientôt quinquagénaire, la 49ème Hestejada (fête au village, en gascon) bat de nouveau le rappel ! Non dans la commune d’Uzeste, son lieu d’ancrage, en raison des risques d’incendie : après un interlude à Bazas la veille, du 20 au 22/08 à Saint Macaire … Coorganisé avec la CGT d’Aquitaine depuis le bicentenaire de la Révolution française en 1989, un festival qui ne ressemble à aucun autre, une « mine d’art à ciel ouvert » aussi déjantée que le dénommé Lubat Bernard, percussionniste de renommée internationale mais pas seulement, multi-instrumentiste et jazzman émérite, fondateur du festival et maître œuvrier de la compagnie Lubat de Jazzcogne…
Le signataire du Manifeste des œuvriers dévoile l’événement en un langage fleuri dont il est coutumier : « La Cie Lubat et ses artistes œuvriers associés ne perdent ni leur temps ni leur talent à la pro-duction de spectacles déclarés marchandisants télessivants ! Artistes en joute en route, enfance de l’art à l’œuvre, imagination à l’abordage, déplacement de bornes, invention sur le pouce… rien ne nous arrête… tout nous invite invente intente ! », commente le batteur-persifleur en son propos « jazzgasconnant » et cognant fort singulier, à jamais déroutant pour les non-initiés ! Rien que çà au programme mais pas seulement, avec une féérie d’étoiles musiciennes, conteuses, chanteuses ou débatteuses dans le ciel de Gascogne jusqu’au 22 août : ,André Minvielle, Louis Sclavis, Marc Perrone, François Corneloup, Lionel Suarez… Sans oublier la clarinette du regretté Michel Portal ! Le 19/08, 21h à Bazas, se déroulera une soirée « Hommage aux sapeurs-pompiers et aux citoyens locaux qui les ont aidés » : un récital « cela va sans ”incendire” », « chansons enjazzées » et « concerto pour piano brûlant » avec Bernard Lubat (accordéon, chant, piano, verbe)…
« C’est quoi l’art ? C’est ce qui n’existe pas, c’est pour ça qu’il faut l’inventer », ose proclamer le musicien émérite, multi instrumentiste à tout vent et contre courant, génial producteur de sons et rimeur de mots.
Qui m’aime se suiveUrgent créer, criait l’autre Sauve qui veut la vie… À la recherche du contre-temps perdu Et comme disait Thélonius Monk, compositeurimprovisionnaire d’en base « Le jazz c’est la liberté… pensez-y ! » Bernard Lubat
Outre représentations théâtrales, récitals chansonniers et concerts de jazz (de la clarinette aux percussions, de la trompette à l’accordéon…), Alain Delmas (un entretien en date de 2023), l’un des responsables régionaux de la CGT et président d’Uzeste musical, s’en réjouit à l’avance : malgré la délocalisation, rencontres et débats demeurent à l’affiche de cette 49ème Hestejada !
D’ici d’en poètes et paysans cultivateurs de culture artistisans techniciens œuvriers chercheurs créateurs pionniers passeurs transformateurs faux menteurs… Pour une colère joyeuse dans un océan d’indifférence généreuse… Le village comme écrin et ses habitants comme partenaires solidaires salutaires Humour humeur humanité humidité !
Pour une lutte à vie à vivre éperdue d’avance d’enfance… Ni d’avant ni d’arrière-garde mais bien plus tôt d’avant les gardes… Bio diversité créatrice artistique culturelle sociale éducative… Ne pas confondre éducation populaire et démagogie participative Ne nous laissons pas simplifier, enfumer, entuber, marchandiser !
Musique, chanson, théâtre, poésie mais aussi réflexion-question-confrontation… Uzeste, même délocalisé ? Un moment privilégié où se croisent artistes et chercheurs, universitaires et travailleurs : un festival unique en son genre ! Yonnel Liégeois
La 49ème Hestejada : les 20/21 et 22/08, à Saint Macaire (33). Web : https://uzeste.org/
Œuvriers et Ouvriers
Le swing des œuvriers, de Jean-Michel Leterrier avec la complicité d’Alain Delmas (coédition NVO/IN8, 248 p., 25€00), est un bel ouvrage, tant par la photographie que par le texte, qui relate les trois décennies de fréquentation/création entre le festival d’Uzeste et la CGT de la Gironde ! « Le compagnonnage s’est vivifié année après année, les artistes se conjuguant aux ouvriers pour donner naissance aux œuvriers, fabuleux exemples de créolisation », soulignent les deux auteurs. De chapitre en chapitre, entrecoupés de portraits aussi savoureux que cocasses des têtes d’affiche comme des « petites mains » à la réussite du chantier, Jean-Michel Leterrier et Alain Delmas dressent avec allégresse l’aventure culturelle de l’organisation syndicale. Des bourses du travail en 1892 jusqu’à l’élaboration de la « Charte de la lecture à l’entreprise » en 1981…
Plus tard, lancée conjointement par l’UD CGT des Vosges et l’hebdomadaire La Vie Ouvrière, il y aura l’invitation d’un « Grand Témoin » aux représentations du Théâtre du Peuple à Bussang (88) dans les années 2000… Sans oublier les initiatives à chaque festival d’Avignon (84) et à celui de la BD d’Angoulême (16), la présence forte de la CGT des Ardennes au Mondial des Marionnettes de Charleville-Mézières (08), la participation au Printemps des Poètes à Paris et au festival de la poésie de Lodève (34) « Les voix de la Méditerranée »… Sans compter les multiples invitations au siège de la centrale syndicale à Montreuil (93) à des rencontres-débats avec écrivains-comédiens ou plasticiens, l’organisation de plusieurs colloques « Travail-Culture-Syndicat » sous l’égide de la Commission confédérale Culture animée en son temps par Jean-Pierre Burdin puis Serge le Glaunec, eux-aussi singuliers œuvriers d’Uzeste et d’ailleurs dont les portraits manquent à l’appel ! En supplément d’âme, le livre s’enrichit d’un DVD symbolisant le mariage heureux entre texte-image et son.
De l’histoire ancienne en fait, depuis que le syndicat a supprimé sa commission Culture confédérale, et en conséquence les événements qu’elle initiait : aujourd’hui, dans ses publications comme dans son organisation, la CGT célèbre surtout son passé, tant elle semble avoir hypothéqué son avenir. Y.L.
Le manifeste des œuvriers, de Roland Gori/Bernard Lubat/Charles Sylvestre (coédition Actes Sud/Les liens qui libèrent, 80 p., 9€50), affiche et décline le retour à l’œuvre du désir sous toutes ses formes lorsqu’il sonne aux portes de l’existence : la vie de l’humain qu’on soigne, qu’on éduque, à qui on rend justice, qui s’informe, qui se cultive, qui joue, qui s’associe, qui se bat, fort de la solidarité qui s’offre à qui sait la chercher. Ce manifeste revendique la place de l’homme au centre des activités de production et de création pour lutter contre la normalisation technocratique et financière.
Homme du terroir, Robin Renucci crée en 1997 les « Rencontres internationales artistiques » en Corse. Jusqu’au 09 août, un temps de formation clôturé par une semaine de représentations. Nommé en 2022 à la direction du Théâtre National de La Criée, à Marseille, un comédien et metteur en scène pétri de convictions sur sa conception du développement culturel et de l’éducation populaire.
Il était une fois un petit village du nom d’Olmi-Cappella, au cœur du parc naturel régional de Corse. Un petit village vivant au rythme des saisons, progressivement déserté par sa population comme tant d’autres, à l’écart des grandes routes touristiques et des grands schémas de développement proposés sur l’île de beauté…
Au cœur de la vallée du Giussani, région natale de la famille de Robin Renucci, il se passe de drôles de choses dans le maquis et sur la place publique depuis près de trente ans. Depuis que les mamies du cru citent les vers d’Antigone avec un naturel confondant, depuis que l’ARIA (Association des rencontres internationales artistiques) organise ses stages de théâtre et que les autochtones se sont appropriés une culture qu’ils font leur. En accueillant les stagiaires venus du monde entier, en participant activement à l’organisation des rencontres, ils sont devenus à leur tour acteurs de la manifestation. Le pari était osé : au cœur d’une région enclavée dépourvue d’infrastructures, bâtir un projet culturel et artistique fondé sur le respect des populations et des cultures locales pour mieux s’ouvrir aux cultures venues d’ailleurs ! « Renucci, c’est du Vilar pur jus », affirme sans fard Jean-Bernard Pouy, l’auteur de romans noirs à succès et co-scénariste deSempre vivu !, le film qui rend compte à sa façon de l’expérience. « Il a réveillé une région qui se mourait, surtout il a redonné du plaisir aux gens. C’est un vrai miracle qui se produit ici chaque été, c’est magique : des villages qui revivent, des hommes et femmes qui se parlent dans toutes les langues, le bonheur de vivre et de jouer ensemble, vraiment on en retire la conviction que la Corse mérite mieux que les clichés éculés qui l’habillent ordinairement ».
« Je suis très attaché à ce que l’on nomme éducation populaire », reconnaît pour sa part le comédien, « faut-il encore s’entendre sur les mots et ne pas dénaturer le propos. Pour moi, c’est un certain attachement aux singularités en opposition à la pensée unique, c’est reconnaître à chacun sa capacité de création. Quel qu’il soit, où qu’il soit… ». Désormais, le petit village corse s’est enrichi et doté d’une vraie salle, d’un bel équipement au service des projets que porte chaque année Robin Renucci dans la vallée : un théâtre réel, un théâtre libre pour des hommes libres, qui rassemble des milliers de personnes chaque été de France et du Japon, d’Australie et de Roumanie. Et, au fil du temps, l’expérience théâtrale au cœur du Giussani a fait ses preuves : des centaines de stagiaires chaque été, une revitalisation économique de la région, le maintien de l’école qui avait pourtant failli disparaître, la réhabilitation d’un imposant bâtiment qui sert de structure d’accueil, l’ouverture d’une route pour faciliter les échanges… Économiquement, culturellement, c’est tout un territoire qui revit grâce à l’implantation de l’ARIA en 1998, la création d’un syndicat mixte de communes en 2001, la pérennité du projet en 2026 ! Yonnel Liégeois
L’ARIA : Association des rencontres internationales artistiques en Corse, A Stazzona, 20259 Pioggiola (Tél. : 04.95.61.93.18).
Comédien et citoyen
Passionné de théâtre dès l’enfance, natif de Bourgogne mais petit-fils d’un forgeron corse de la vallée du Giussani, Robin Renucci s’impose très vite tant sur le grand écran que sur les plateaux de théâtre. En 1998, il crée en Corse l’ARIA, un pôle d’éducation et de formation par la création théâtrale dans la tradition de l’éducation populaire. Les rencontres internationales d’été en assurent rayonnement et réputation mais l’association organise des stages tout au long de l’année en partenariat avec divers ministères, tant de l’Éducation Nationale que de la Culture.
Les maîtres de Renucci ? Dullin et Copeau pour qui éducation artistique se décline sur le même mode qu’esprit critique… L’ambition du comédien et meneur de troupe ? Rendre à chacun sa culture et sa dignité. Longtemps directeur du Centre dramatique national des Tréteaux de France, en juillet 2022 il est nommé directeur de La Criée de Marseille. Durant cet été, il met en scène L’école des femmes de Molière en la Cour d’honneur du château de Grignan, avec François Morel dans le rôle-titre, dans le cadre des Fêtes nocturnes. Y.L.
L’école des femmes, mise en scène de Robin Renucci : Jusqu’au 22/08, du lundi au samedi à 21h. Château de Grignan, 23 rue Montant au Château, 26230 Grignan (Tél. : 04.75.91.83.65). L’école des femmes, Molière (Folio Gaimard, 176 p., 3€20).
La Criée, direction Robin Renucci : Théâtre national de Marseille, 30 Quai de Rive Neuve, 13007 Marseille (Tél. : 04.91.54.70.54).
Le 31 juillet 1914, rue du Croissant à Paris, Raoul Villain assassine Jean Jaurès. Ses obsèques sont organisées le 4 août. La veille, l’Allemagne a déclaré la guerre à la France. Aux éditions Fayard, Gilles Candar et Vincent Duclert ont publié Jean Jaurès. L’ouvrage de référence, la somme incontournable sur ce géant du socialisme, autant homme d’action que de réflexion.
Le 31/07 à 11h, comme chaque année, le directeur du quotidien L’Humanité invite le public à se rassembler devant le Bistrot du Croissant, anciennement Café du Croissant, pour un hommage à Jaurès, le fondateur du journal
Jaurès ? Plus qu’un roc, pour paraphraser la célèbre tirade de Cyrano, il personnifie le gigantisme même de la pensée politique, sociale et philosophique ! Rien n’échappe à la sagacité du professeur de philosophie, à l’élu du Tarn, au défenseur des ouvriers de Carmaux ou de Decazeville : qu’il s’agisse de l’enseignement des enfants, des droits de douane sur les céréales, de l’avenir des retraites ouvrières ou du statut des délégués mineurs… Jean Jaurès, signé Gilles Candar et Vincent Duclert, nous plonge dans une authentique saga. Le décryptage d’une personnalité hors du commun, d’une figure profondément enracinée dans l’imaginaire collectif du peuple de France.
« Son assassinat, le 31 juillet 1914 au Bar du Croissant à Paris, y est pour beaucoup », confirme Gilles Candar, professeur d’histoire à l’E.N.S. (École normale supérieure) et président de la Société d’études jaurésiennes depuis 2005. « Une mort à l’image de celle des grands tragiques grecs, qu’il aimait beaucoup… La guerre de 14-18, et la grande boucherie qui va suivre sa disparition, donneront sens à la vie et à la vérité de Jaurès : son combat pour la paix, son engagement politique enraciné dans un profond humanisme. Las, au fil des décennies, il deviendra aussi ce totem que l’on exhibe, mais que l’on ne lit plus : le culte a fait place à l’étude ! ». Le vrai travail sur l’œuvre et la pensée de Jaurès ne débutera en fait que dans les années 50-60. Grâce à une génération d’historiens tels que Maurice Aghulon, Ernest Labrousse, Jean Maîtron, Rolande Trempé et surtout la regrettée Madeleine Rebérioux…
La biographie que signent Candar et Duclert nous livre d’abord des éléments éclairants et déterminants sur l’enfance de Jaurès : le petit Jean, issu d’un milieu bourgeois désargenté, n’est pas un gamin de la ville, le monde rural est pour lui la première référence. Brillant élève, il sera reçu troisième à l’agrégation de philosophie, derrière Bergson ! Ensuite, au fil des pages, l’ouvrage nous permet surtout de déceler comment se construit, s’affine et mûrit la pensée du futur tribun. La force et grande qualité de Jaurès ? « Être en permanence capable de se renouveler », souligne Gilles Candar. « Il refuse de se laisser enfermer là où on l’attend, il refuse de s’installer dans un socialisme convenu ou dans un socialisme de dénonciation. Il aurait pu faire une belle carrière de grand républicain, or il se veut avant tout un homme libre ». Jaurès, l’enfant à la tête farcie des héros de Plutarque et qui vit au carrefour des milieux rural et urbain, élargira son univers en partant à la découverte d’un milieu ouvrier qui n’était pas le sien d’origine : celui des mineurs de Carmaux, celui des ouvriers du textile dans le Nord.
Jean-Claude Drouot : Jaurès, une voix, une parole, une conscience. Théâtre de la Bourse du travail, festival d’Avignon 2023
Il fait alors le choix de s’adresser à un électorat ouvrier, mais sans jamais s’y enfermer : un monde certes encore minoritaire en cette fin de XIXème siècle, mais un monde d’avenir qui, pour lui, s’imposera comme une force essentielle dans le développement de l’économie et de la société. « Aux yeux de Jaurès, cette minorité détient les clefs de l’avenir », confirme l’historien. « C’est ainsi d’ailleurs que Jaurès le patriote, en s’intéressant au sort des ouvriers allemands après l’annexion de l’Alsace-Lorraine, forge sa conscience internationaliste ! L’humanisme de Jaurès se caractérise ensuite par cette capacité à joindre vision politique à vision de l’être : chez lui, le politique est toujours très lié au philosophique, au métaphysique. C’est d’ailleurs ce regard profondément humaniste qui le fait bouger, avancer, qui le démarque de bien des socialistes de son temps. En particulier, à l’heure de l’affaire Dreyfus ».
Le lecteur de Jean Jaurès éprouve un plaisir évident et un intérêt grandissant à découvrir cette pensée en train de se faire, au sens fort du terme, jamais prisonnière de sa propre production, toujours réinvestie et réévaluée au contact du quotidien et des soubresauts de l’actualité : de la « question sociale » à l’urgence des réformes à mettre en œuvre sous une IIIème République foncièrement conservatrice, du débat sur la loi de séparation de l’Église et de l’État à la défense de l’école laïque, de l’unification des courants socialistes aux idéaux de justice à l’heure de l’affaire Dreyfus, de la grande cause de la paix à la veille de l’embrasement guerrier de l’Europe… « Jaurès est avant tout un homme politique qui ne prétend pas détenir un système tout fait. Pour le trouver, il va lire, rencontrer d’autres gens, changer d’avis : une pensée en mouvement en quelque sorte, ce qui en fait toute la richesse parce qu’elle se construit au cœur des évolutions et des contradictions d’une société. Le Jaurès d’hier s’inscrit fortement dans le monde d’aujourd’hui où nous sommes revenus des grands systèmes idéologiques. D’où l’intérêt de retrouver la pensée d’un homme tout à la fois génial, ouvert et en recherche constante ». Candar et Duclert y parviennent avec brio et talent dans cette magistrale biographie qui ambitionne de « rapprocher, synthétiser, résumer ou suggérer l’immense connaissance, toujours fragmentée, sur Jaurès », lui qui désirait « aider les hommes de pensée à devenir des hommes de combat ».
Outre leur plongée érudite dans le corpus jaurésien, Gilles Candar et Vincent Duclert s’aventurent sur des terres d’histoire plus mouvantes, mais pas moins passionnantes : qu’en est-il de « Jaurès au XXème siècle … et au XXIème » ? Près d’un siècle après sa panthéonisation (23/11/1924), « en ascension constante au sein de la gauche française à la fin du XXème siècle, Jaurès se retrouve même au cœur des campagnes pour l’élection présidentielle de 2007 et de 2012», soulignent les auteurs. Or, il est aujourd’hui bien plus qu’une référence à la solde des hommes politiques : « un personnage d’aventure, un héros de roman ou de bande dessinée, joué au théâtre ou au cinéma, une chanson de Brel revisitée par le groupe Zebda, une affiche d’Ernest Pignon-Ernest, un souvenir fugace mais essentiel d’un moment de la conscience humaine ». Le chapitre « Jaurès, du roman national à l’histoire problème » l’atteste, il faut attendre 1959 et la création de la Société d’Études Jaurésiennes (SEJ) pour que se construise une authentique recherche universitaire, scientifique et historique, surtout collective, autour de Jaurès… En 2009, cinquante ans plus tard est publié Les années de jeunesse, le premier volume des « Œuvres » suivi de neuf autres dont « Le Pluralisme culturel », l’un des seuls à ne pas être chronologique et paru en 2014, l’année du centenaire.
Richesse du verbe et de la plume, intelligence hors norme, profondeur d’esprit et rigueur philosophique : autant de qualités qui nous font aimer Jaurès, « notre bon Maître », qui nous incitent à le (re)lire et (re)découvrir ! Avec une valeur fondamentale qui en assoit la stature : sa haute conscience morale. Dans les pas de Jaurès assurément, « il est temps de réfléchir à la dignité politique au XXIème siècle », concluent d’une même voix les deux historiens. Yonnel Liégeois
À lire : Jaurès, la parole et l’acte, de Madeleine Rebérioux. Les années de jeunesse, 1859-1889, de Madeleine Rebérioux et Gilles Candar : l’éminente et regrettée historienne signe la préface à l’édition des œuvres de Jaurès. Le monde selon Jaurès, de Bruno Fuligni qui, à travers citations-réflexions et extraits de discours replacés dans leur contexte, invite à découvrir la pensée vivante d’un orateur et d’un chercheur hors-pair. Jean Jaurès ou le pari de l’éducation, sous la direction de Gilles Candar et Rémy Pech : historiens, juristes, philosophes et théoriciens de l’enseignement décryptent la pensée jaurésienne en matière d’éducation.