Archives de Tag: Peinture

La culture, vivante et virtuelle…

Créateurs, auteurs et acteurs du spectacle vivant tentent toujours d’exister. Avec l’annonce de manifestations « in vivo » à venir, avec des initiatives virtuelles qui perdurent. Des propositions que Chantiers de culture actualise régulièrement. Yonnel Liégeois

 

SUR LE TERRAIN :

– À compter du 15 juin, la Maison Maria Casarès ouvre à nouveau ses portes ! Pour accueillir la compagnie MMM qui répétera son spectacle Tant bien que mal. Début juillet, Matthieu Roy, le directeur du lieu, démarrera les répétitions de Gros (de et avec Sylvain Levey). Enfin, du 27/07 au 20/08, se déroulera le traditionnel Festival d’été avec ses originales propositions artistiques et gustatives.

– Du 03/07 au 05/09, sous le label Arles Contemporain, la Fondation Manuel Rivera-Ortiz propose aux visiteurs à faire un pas de côté, à changer de point de vue. Au travers de six expositions photographiques consacrées aux Pionniers d’aujourd’hui : on n’est pas là pour se faire engueuler (Boris Vian), Vision of Taiwan, Exils égéens, Giving Birth in exile, Mapuches, Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait.

– En juillet, se tiendra en région parisienne le festival « Au-delà des toits », le premier festival hlm des arts vivants ! Des marionnettes géantes à Villeneuve-Saint-Georges, des sons d’opéra dans Paris 19ème, des portraits graphiques à Sartrouville…

– Jusqu’au 26/07, le CentQuatre-Paris accueille le festival de la jeune photographie européenne, Circulations. Une exposition qui se prolonge hors les murs et s’affiche sur les grilles de la Gare de l’Est jusqu’à fin juillet.

– Du 29/07 au 02/08, se déroulera le festival « Paris l’été, en toute liberté » ! Il se déroulera en extérieur, principalement au lycée Jacques Decour. Toutes les propositions seront gratuites et sur réservations. Au programme, concerts, danses, lectures, spectacles pour les jeunes…

– Du 1er au 7 Août, se tiendra à St Georges de Didonne (17) la 35ème édition du Festival Humour et Eau Salée ! Un festival fantaisiste, surréaliste et poétique qui rassemblera, entre autres, Emma la Clown, Bernard Lubat, Frédéric Fromet, Fred Tousch…

– Du 16/10 au 03/11, l’Institut du monde arabe, l’IMA, annonce l’ouverture de l’acte V de ses Arabofolies ! Sur le thème du soulèvement, un formidable coup de projecteur sur toutes celles et ceux qui s’expriment avec liberté sur leurs identités plurielles en musiques, en images, en paroles, et pour la première fois à travers la danse.

 

SUR LA TOILE :

Théâtre

Simon Delétang, comédien, metteur en scène et directeur du Théâtre du Peuple à Bussang, a marché à travers les Vosges. En compagnie de Lenz, à la croisée des chemins... Un documentaire de Jérémie Cuvillier, diffusé sur France 3 Grand Est et à revoir en replay.

L’Espace des arts, la Scène nationale de Chalon-sur-Saône, lance son Cabaret sous les balcons. Le spectacle, qui mêle danse-théâtre et chansons, est joué sous les fenêtres des Ehpads.

Alors que la France de 1721 subissait une épidémie de peste menant à des mesures drastiques de confinement, Montesquieu publiait au printemps ses Lettres persanes. Au Théâtre de La Colline, une centaine d’artistes lisent jour après jour ces 161 lettres.

Chaque jour, la Comédie-Française lève le rideau sur sa propre chaîne avec entretiens et pièces enregistrées. Le Théâtre Vidy-Lausanne (Suisse) propose aussi de voir ou revoir plusieurs de ses spectacles. Idem au théâtre des Bouffes du Nord.

Photographie

Pour celles et ceux qui ne peuvent pas se rendre au CentQuatre-Paris, le festival de la jeune photographie européenne, Circulations, s’invite sur le net. Pour découvrir les œuvres de chaque artiste et voyager d’une expo à l’autre.

Lauréat du 11e Prix Carmignac du photojournalisme, consacré à la République démocratique du Congo (RDC), le photographe canado-britannique Finbarr O’Reilly a adapté son travail au Web. Pour concevoir Congo In Conversation, un reportage collaboratif en ligne réalisé en coopération étroite avec des journalistes et photographes congolais.

Télévision

Jusqu’au 01/07, France.TV propose « Féminicides ». Un documentaire, poignant et accablant, sur cinq femmes assassinées par leur compagnon ou conjoint. En 2018, silence ou inaction de la police, impuissance des proches, elles furent 128 à mourir sous les coups.

Jusqu’au 26/06, ARTE.TV propose la série « Le temps des ouvriers ». En quatre chapitres (L’usine, Les barricades, La  chaîne, La destruction), la formidable saga signée du documentariste Stan Neumann : trois siècles d’histoire du monde ouvrier européen, illustrant ce que nos sociétés doivent aux luttes des « damnés de la terre ».

France.TV propose deux créations, emblématiques, de la troupe de la Comédie Française : jusqu’au 17/08 Les Rustres de Goldoni mis en scène par Jean-Louis Benoit, jusqu’au 24/08 Roméo et Juliette de Shakespeare mis en scène par Eric Ruf.

Lecture

Le site des libraires.fr vous permet de commander vos livres en toute sécurité. Un véritable réseau de libraires indépendants, qui proposent un très large choix de livres entre nouveautés, ouvrages anciens, rares ou d’occasion : près de 4 800 000 références en stock ! Une alternative à Amazon, votre commande ensuite à retirer chez votre libraire préféré.

Les éditions du Seuil proposent en libre accès la lecture de Contagions, le livre de l’écrivain italien Paolo Giordano. « Un éclairage fort, stimulant et profond sur la pandémie, ses implications et les changements qu’elle opérera sur notre vie et notre pratique du monde », écrit l’éditeur.

Gallimard a mis en ligne les 69 numéros de leurs Tracts de crise, Des textes (écrivains-sociologues-scientifiques-philosophes-artistes) qui invitaient à penser et voir le monde autrement durant la période de confinement. Toujours disponibles sur le site de l’éditeur.

La Bibliothèque nationale de France met à disposition la richesse de ses collections et la diversité de son offre numérique (plus de six millions de documents en ligne). Des milliers de livres sont téléchargeables gratuitement depuis Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF.

Collège de France

Suivre les cours du prestigieux Collège de France, depuis votre canapé et gratuitement, vous en rêviez en cette période de confinement ? Votre vœu est exaucé : l’institution, née sous François Ier en 1530, vous invite à explorer plus de 10 000 documents audiovisuels (leçons inaugurales, cours annuels des professeurs, séminaires et colloques, entretiens filmés, conférences de grandes personnalités). Son site college-de-france.fr, avec YouTube et iTunes, constitue l’un des plus importants portails de ressources numériques francophones en matière de diffusion des savoirs. Alors, pas d’hésitation : déjà en 2016, sous la plume de  notre consœur Amélie Meffre, Chantiers de culture recommandait hautement à ses lecteurs d’aller butiner dans cette caverne inestimable qu’est le Collège de France !

Cinéma

La Cinémathèque française propose, chaque soir, un film de ses collections. Sur HENRI, comme Henri Langlois son fondateur, sa plateforme VOD improvisée. À revoir aussi quelques 800 vidéos (leçons de cinéma avec les plus grands cinéastes, acteurs, actrices et technicien.nes au monde ; essais ; conférences…).

Pour moins d’un euro (0,99€), UniversCiné propose sur sa plateforme UniverSolidaire pas moins de 300 films à visionner, chacun durant 48h. Dans tous les genres et tous les styles… Autour du cinéma français, une sélection de réalisateurs reconnus, révélations cinématographiques et de très nombreux documentaires. Un choix de distributeurs engagés, en cette période exceptionnelle, « à insuffler la douceur de leur cinéma dans les foyers ».

Le Fresnoy-Studio national des arts contemporains met en ligne chaque jour de nouvelles créations, notamment des courts-métrages documentaires que l’on peut aussi regarder en replay. Comme Ligne verte, de Laurent Mareschal, qui, sans commentaire, a promené sa caméra autour du mur « qui sépare Israël de la Palestine ».

Musées

Les musées de la Ville de Paris permettent de regarder en ligne la bagatelle de 324 622 œuvres numérisées. Comme dans tout musée, chaque œuvre est accompagnée d’une petite fiche technique. Des expositions sont aussi mises en ligne, comme actuellement « l’Ombre et la Lumière », consacrée à Victor Hugo.

Le MAC VAL , Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, propose de découvrir l’exposition «L’avant-dernière version de la réalité», de David Brognon et Stéphanie Rollin. Des vidéos sont aussi disponibles.

Le musée du Louvre propose moult visites virtuelles, avec zooms et fiches explicatives : une promenade dans « le Louvre médiéval», une initiation aux antiquités égyptiennes, la découverte de l’exposition « Figure d’artiste ».

Musique

Chaque vendredi soir à 19h30, le Théâtre des Champs-Elysées diffuse un opéra de Mozart sur sa chaîne Youtube.  Le théâtre propose également de découvrir en replay Les Noces de Figaro, mises en scène par le cinéaste américain James Gray.

Les instrumentistes de l’Orchestre national de France ont enregistré depuis leur propre maison, via Internet, l’une des œuvres les plus populaires du répertoire, le Boléro de Ravel.

L’Opéra national de Paris met en ligne plusieurs de ses « archives ». À ne pas manquer : la vidéo réalisée par Cédric Klapisch avec les danseurs (confinés) qui, sur la Danse des Chevaliers extraite de Roméo et Juliette de Prokofiev, disaient « merci » aux soignants et à tous ceux qui nous ont rendu la vie possible au quotidien.

Sur Arte concert, on peut voir ou revoir les Indes galantes de Jean-Philippe Rameau, enregistré à l’Opéra Bastille en octobre dernier. Pour sa part, le Metropolitan Opera de New York (MET) met gracieusement à disposition sur son site Internet une représentation différente chaque soir (vers 19 h 30).

La Philharmonie de Paris poursuit de son côté la diffusion d’un concert chaque soir à 20 h 30, disponible pendant 24 heures.

Danse

Danseuse et initiatrice du projet artistique « Une minute de danse par jour », Nadia Vadori-Gauthier lance un appel à participation. Dans la continuité de sa performance quotidienne, elle appelle les personnes confinées à se filmer dans une danse d’une minute et de poster la vidéo sur facebook ou instagram : Une minute de danse par jour et #uneminutededanseparjour.

Le Centre national de la danse met en ligne moult captations de temps forts et de spectacles. Ainsi que le cours de danse classique, donné par Jenny Sandler.

Sites web

La troupe Miette et compagnie propose quelques vidéos décalées des emblématiques « gestes barrière » imposés par la pandémie du coronavirus. Déjantées, baignées d’humour et de poésie : au  champ, avec son cheval ou son chien, avec trois fois rien !

Notre confrère Olivier Frégaville-Gratian d’Amore anime un site culturel superbement agencé. Une belle mise en pages, des entretiens de haute qualité,  des critiques motivées, des sujets variés… Un œil avisé !

Le théâtre des Déchargeurs propose de réécouter l’entretien avec Jean-Pierre Siméon, le directeur de la collection Poésie/Gallimard, à l’occasion de la sortie de son essai La Poésie sauvera le monde.

L’association Travail et Culture (Tec/Criac) rassemble sur son site, outre ses propres projets artistiques, une sélection d’ouvrages et d’œuvres traitant du travail. Avec un agenda, régulièrement actualisé, d’initiatives émanant d’acteurs du champ Culture/Arts/Travail.

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Coronavirus, la culture presque déconfinée…

Librairies ouvertes, salles de concert-musées et théâtres aussi, à compter du 2 juin… Le 22/06 pour la région Île de France, comme pour les cinémas sur tout le territoire national ! Au tableau, s’affichent les chiffres clés de l’économie culturelle. Yonnel Liégeois

 

Des chiffres, pas des lettres… 

– L’ensemble du secteur pèse 91,4Mds€ de revenus totaux et sa valeur ajoutée (47,5 Mds€ en 2017) équivaut à 2,3% du PIB. Un poids comparable à celui de l’industrie agro-alimentaire et 1,9 fois plus important que celui de l’industrie automobile.

– 1,3 million de personnes ont exercé en 2018 une activité, directe ou indirecte, principale ou ponctuelle, dans un secteur culturel ou créatif. La moitié seulement (635 700 personnes) en ont retiré leur revenu principal.

– La part de professionnels de moins de 30 ans est plus élevée que la moyenne de la population active (22,6% contre 18,8% en 2018). Elle est aussi devenue plus féminine et plus représentative de la diversité française : 43% de femmes en 2015, contre 30% en 1991.

– Le territoire français est maillé par des infrastructures culturelles essentielles à la vie des territoires, urbains ou ruraux : en 2016, 1450 communes bénéficiaient d’une salle de spectacle ou d’un festival, 850 accueillaient un musée. Le spectacle vivant, les musées ou le patrimoine irriguent une très grande variété d’activités économiques locales, en particulier dans le champ du tourisme.

… la crise, pendant et après ?

Outre sa richesse inestimable pour l’humain et le citoyen, le secteur culturel est un atout majeur dans le développement économique d’une nation. D’où le malaise croissant devant le silence assourdissant du ministère de la Culture à l’heure de la crise du coronavirus… Rompu le 30 avril par l’appel d’artistes et professionnels au Président de la République. Suivi, le 6 mai, de l’intervention télévisée d’Emmanuel Macron qui annonce une « année blanche » dans le cadre des droits des intermittents du spectacle.

Depuis, analyses et commentaires abondent : « Le secteur de la culture prudent après les annonces d’Emmanuel Macron », titre le quotidien Le Monde. « Discours de Macron pour la culture : aide-toi et l’État t’aidera ! », écrit Télérama. Sans omettre les réactions des artistes : Ariane Mnouchkine (« Je ressens de la colère devant la médiocrité, les mensonges et l’arrogance de nos dirigeants »), Stanislas Nordey (« Je n’attendais pas le New Deal »), Jean-Michel Ribes (« Monsieur le Président, donnez-nous des rames, nous nous chargerons d’affronter la tempête »).

 

Créateurs, auteurs et acteurs du spectacle vivant tentent toujours d’exister. Avec des propositions que Chantiers de culture actualise régulièrement :

 

Théâtre

Simon Delétang, comédien, metteur en scène et directeur du Théâtre du Peuple à Bussang, a marché à travers les Vosges. En compagnie de Lenz, à la croisée des chemins... Un documentaire de Jérémie Cuvillier, diffusé sur France 3 Grand Est et à revoir en replay.

L’Espace des arts, la Scène nationale de Chalon-sur-Saône, lance son Cabaret sous les balcons. Le spectacle, qui mêle danse-théâtre et chansons, est joué sous les fenêtres des Ehpads.

Alors que la France de 1721 subissait une épidémie de peste menant à des mesures drastiques de confinement, Montesquieu publiait au printemps ses Lettres persanes. Au Théâtre de La Colline, une centaine d’artistes lisent jour après jour ces 161 lettres.

Chaque jour, la Comédie-Française lève le rideau sur sa propre chaîne avec entretiens et pièces enregistrées. Le Théâtre Vidy-Lausanne (Suisse) propose aussi de voir ou revoir plusieurs de ses spectacles. Idem au théâtre des Bouffes du Nord.

Télévision

Jusqu’au 05/06, ARTE.TV propose les quatre épisodes de « L’agent immobilier ». Loufoques et déjantées, les tribulations d’un personnage aussi délabré que l’immeuble dont il a hérité. Avec, en compagnie d’Eddy Mitchell, un Mathieu Amalric surréaliste et jouissif !

France.TV propose deux créations, emblématiques, de la troupe de la Comédie Française : jusqu’au 17/08 Les Rustres de Goldoni mis en scène par Jean-Louis Benoit, jusqu’au 24/08 Roméo et Juliette de Shakespeare mis en scène par Eric Ruf.

Jusqu’au 26/06, ARTE.TV propose la série « Le temps des ouvriers ». En quatre chapitres (L’usine, Les barricades, La  chaîne, La destruction), la formidable saga signée du documentariste Stan Neumann : trois siècles d’histoire du monde ouvrier européen, illustrant ce que nos sociétés doivent aux luttes des « damnés de la terre ».

Lecture

Le site des libraires.fr vous permet de commander vos livres en toute sécurité. Un véritable réseau de libraires indépendants, qui proposent un très large choix de livres entre nouveautés, ouvrages anciens, rares ou d’occasion : près de 4 800 000 références en stock ! Une alternative à Amazon, votre commande ensuite à retirer chez votre libraire préféré.

Les éditions du Seuil proposent en libre accès la lecture de Contagions, le livre de l’écrivain italien Paolo Giordano. « Un éclairage fort, stimulant et profond sur la pandémie, ses implications et les changements qu’elle opérera sur notre vie et notre pratique du monde », écrit l’éditeur.

Gallimard a mis en ligne les 69 numéros de leurs Tracts de crise, Des textes (écrivains-sociologues-scientifiques-philosophes-artistes) qui invitaient à penser et voir le monde autrement durant la période de confinement. Toujours disponibles sur le site de l’éditeur.

La Bibliothèque nationale de France met à disposition la richesse de ses collections et la diversité de son offre numérique (plus de six millions de documents en ligne). Des milliers de livres sont téléchargeables gratuitement depuis Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF.

Collège de France

Suivre les cours du prestigieux Collège de France, depuis votre canapé et gratuitement, vous en rêviez en cette période de confinement ? Votre vœu est exaucé : l’institution, née sous François Ier en 1530, vous invite à explorer plus de 10 000 documents audiovisuels (leçons inaugurales, cours annuels des professeurs, séminaires et colloques, entretiens filmés, conférences de grandes personnalités). Son site college-de-france.fr, avec YouTube et iTunes, constitue l’un des plus importants portails de ressources numériques francophones en matière de diffusion des savoirs. Alors, pas d’hésitation : déjà en 2016, sous la plume de  notre consœur Amélie Meffre, Chantiers de culture recommandait hautement à ses lecteurs d’aller butiner dans cette caverne inestimable qu’est le Collège de France !

Cinéma

La Cinémathèque française propose, chaque soir, un film de ses collections. Sur HENRI, comme Henri Langlois son fondateur, sa plateforme VOD improvisée. À revoir aussi quelques 800 vidéos (leçons de cinéma avec les plus grands cinéastes, acteurs, actrices et technicien.nes au monde ; essais ; conférences…).

Pour moins d’un euro (0,99€), UniversCiné propose sur sa plateforme UniverSolidaire pas moins de 300 films à visionner, chacun durant 48h. Dans tous les genres et tous les styles… Autour du cinéma français, une sélection de réalisateurs reconnus, révélations cinématographiques et de très nombreux documentaires. Un choix de distributeurs engagés, en cette période exceptionnelle, « à insuffler la douceur de leur cinéma dans les foyers ».

Le Fresnoy-Studio national des arts contemporains met en ligne chaque jour de nouvelles créations, notamment des courts-métrages documentaires que l’on peut aussi regarder en replay. Comme Ligne verte, de Laurent Mareschal, qui, sans commentaire, a promené sa caméra autour du mur « qui sépare Israël de la Palestine ».

Musées

Les musées de la Ville de Paris permettent de regarder en ligne la bagatelle de 324 622 œuvres numérisées. Comme dans tout musée, chaque œuvre est accompagnée d’une petite fiche technique. Des expositions sont aussi mises en ligne, comme actuellement « l’Ombre et la Lumière », consacrée à Victor Hugo.

Le MAC VAL , Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, propose de découvrir l’exposition « L’avant-dernière version de la réalité », de David Brognon et Stéphanie Rollin. Des vidéos sont aussi disponibles.

Le musée du Louvre propose moult visites virtuelles, avec zooms et fiches explicatives : une promenade dans « le Louvre médiéval », une initiation aux antiquités égyptiennes, la découverte de l’exposition « Figure d’artiste ».

Musique

Chaque vendredi soir à 19h30, le Théâtre des Champs-Elysées diffuse un opéra de Mozart sur sa chaîne Youtube.  Le théâtre propose également de découvrir en replay Les Noces de Figaro, mises en scène par le cinéaste américain James Gray.

Les instrumentistes de l’Orchestre national de France ont enregistré depuis leur propre maison, via Internet, l’une des œuvres les plus populaires du répertoire, le Boléro de Ravel.

L’Opéra national de Paris met en ligne plusieurs de ses « archives ». À ne pas manquer : la vidéo réalisée par Cédric Klapisch avec les danseurs (confinés) qui, sur la Danse des Chevaliers extraite de Roméo et Juliette de Prokofiev, disaient « merci » aux soignants et à tous ceux qui nous ont rendu la vie possible au quotidien.

Sur Arte concert, on peut voir ou revoir les Indes galantes de Jean-Philippe Rameau, enregistré à l’Opéra Bastille en octobre dernier. Pour sa part, le Metropolitan Opera de New York (MET) met gracieusement à disposition sur son site Internet une représentation différente chaque soir (vers 19 h 30).

La Philharmonie de Paris poursuit de son côté la diffusion d’un concert chaque soir à 20 h 30, disponible pendant 24 heures.

Danse

Danseuse et initiatrice du projet artistique « Une minute de danse par jour », Nadia Vadori-Gauthier lance un appel à participation. Dans la continuité de sa performance quotidienne, elle appelle les personnes confinées à se filmer dans une danse d’une minute et de poster la vidéo sur facebook ou instagram : Une minute de danse par jour et #uneminutededanseparjour.

Le Centre national de la danse met en ligne moult captations de temps forts et de spectacles. Ainsi que le cours de danse classique , donné par Jenny Sandler.

Photographie

Lauréat du 11e Prix Carmignac du photojournalisme, consacré à la République démocratique du Congo (RDC), le photographe canado-britannique Finbarr O’Reilly a adapté son travail au Web. Pour concevoir Congo In Conversation, un reportage collaboratif en ligne réalisé en coopération étroite avec des journalistes et photographes congolais.

Le festival de la jeune photographie européenne, Circulations, s’invite sur le net. Pour engager une grande correspondance autour de l’image : de Minsk à Berlin, de Rome à Helsinki, de Paris à Barcelone, la vision de cette situation inédite qu’est le confinement.

Sites web

Chantiers de culture sélectionne régulièrement divers sites livrés à votre découverte :

La troupe Miette et compagnie propose quelques vidéos décalées des emblématiques « gestes barrière » imposés par la pandémie du coronavirus. Déjantées, baignées d’humour et de poésie : au  champ, avec son cheval ou son chien, avec trois fois rien !

Notre confrère Olivier Frégaville-Gratian d’Amore anime un site culturel superbement agencé. Une belle mise en pages, des entretiens de haute qualité,  des critiques motivées, des sujets variés… Un œil avisé !

Le théâtre des Déchargeurs propose de réécouter l’entretien avec Jean-Pierre Siméon, le directeur de la collection Poésie/Gallimard, à l’occasion de la sortie de son essai La Poésie sauvera le monde.

L’association Travail et Culture (Tec/Criac) rassemble sur son site, outre ses propres projets artistiques, une sélection d’ouvrages et d’œuvres traitant du travail. Avec un agenda, régulièrement actualisé, d’initiatives émanant d’acteurs du champ Culture/Arts/Travail.

 

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Ernest Pignon-Ernest, en Avignon

Jusqu’en février 2020, l’exposition « Ecce Homo » retrace le parcours d’Ernest Pignon-Ernest, de 1966 à nos jours. Pas loin de 400 œuvres, photographies-collages-dessins-documents, sont exposées au Palais des Papes d’Avignon. Depuis près de 60 ans, l’artiste appose des images grand format sur les murs des villes pour interpeller les citoyens.

 

Co Ernest Pignon-Ernest

L’exposition « Ecce Homo », en la Grande Chapelle du Palais des Papes d’Avigon, retrace le parcours d’Ernest Pignon-Ernest et explique sa démarche , artistique-intellectuelle-politique, depuis plus de 60 ans. Près de 400 œuvres, photographies-collages-dessins au fusain pierre et encre noire-documents, sont exposées, évoquant ses interventions de 1966 à nos jours. L’artiste voyage et se nourrit de rencontres, toujours dans un esprit d’engagement politique et social, de défenseur de grandes causes, en gardien de la mémoire et de l’histoire collective. Ernest Pignon-Ernest est

Co Ernest Pignon-Ernest

considéré comme l’initiateur du « street art ».

La démarche du plasticien est autant artistique que politique, elle s’inscrit dans des lieux et des événements donnés. Comme il s’en explique, « un grand malentendu a consisté longtemps à privilégier mes dessins, à en faire l’œuvre même, à les considérer en oubliant qu’ils ne sont conçus (…) que dans la perspective de leur relation aux lieux ». Loin d’être de simples collages, ses oeuvres sont des interventions cherchant à apostropher les habitants. Ainsi, quand il colle en 1974 ses « Immigrés » sur le bas des façades des belles maisons bourgeoises d’Avignon, ils sont enfermés dans un soupirail. « Cette image est née d’un dialogue avec un groupe de travailleurs immigrés d’Avignon. (…) Ce qui sautait aux yeux, c’est qu’ils étaient pratiquement tous cantonnés dans des tranchées ou dans des caves, qu’ils

Co Ernest Pignon-Ernest

n’étaient littéralement pas au même niveau. » Même chose avec sa série des « Expulsés », montrant un couple avec valise et matelas roulé sous le bras, qu’il placarde de 1977 à 1979 sur les immeubles éventrés d’un Paris en pleine rénovation urbaine. Ernest Pignon-Ernest affiche ses convictions en même temps que ses dessins et prend clairement partie contre les injustices. En 1975, alors que la loi visant à légaliser l’avortement est débattue à l’Assemblée, l’artiste collera les images d’une femme nue agonisant pour signifier que les avortements clandestins tuent

Co Ernest Pignon-Ernest

en premier lieu les femmes.

Quand des centaines d’images d’une famille noire parquée derrière des barbelés surgissent à Nice en 1974, c’est pour dénoncer l’apartheid et s’opposer à la décision du conseil municipal de jumelage avec la ville du Cap en Afrique du Sud. L’initiateur du « street art » a parcouru le monde et en s’inspirant de l’histoire des lieux qu’il a investis, il a fait resurgir les spectres du passé pour mieux interpeller le présent comme l’avenir.

Co Ernest Pignon-Ernest

Des figures de résistants sont venues rappeler leurs combats : le militant Maurice Audin dans les rues d’Alger en 2003 comme le poète palestinien Mahmoud Darwich à Ramallah en Palestine en 2009. Ernest Pignon-Ernest rendra encore hommage en 2015 au réalisateur Pier Paolo Pasolini, 40 ans après son assassinat, en dessinant son portrait, tenant dans ses bras son propre corps qu’il collera en Italie. Amélie Meffre

À lire : Le précieux Face aux murs, l’album qui rassemble une large sélection des œuvres éphémères d’Ernest Pignon-Ernest. Avec les textes d’une cinquantaine d’auteurs qui, dans des formes diverses (poèmes, récits ou même essais), reviennent sur leur rencontre avec l’artiste et l’une de ses œuvres (Ed. Delpire, 288 p., 30€).

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Mouloudji, l’impardonnable oubli

Mouloudji ? Son nom est familier. Il fait partie de la mémoire collective du peuple, pas de celle des médias qui ignorent son souvenir. Pour preuve, vingt-cinq ans après sa mort survenue le 14 juin 1994, le silence autour de  Mouloudji, Athée ! Ô grâce à Dieu… Un superbe livre écrit à quatre mains par ses enfants, Annabelle et Grégory.

 

 

Mouloud1

Co éditions Carpentier

Ils ont réussi un émouvant portrait croisé de ce père très aimé mais trop souvent absent avec lequel ils n’ont pleinement vécu ni l’un ni l’autre. L’aîné Grégory, dit Gricha, est né en 1960 d’une jeune danseuse de 22 ans, Lilia Lejpuner, qui travaillait à l’époque au Drap d’Or, le même cabaret que son père. Il lui ressemble de façon troublante. Annabelle, de sept ans sa cadette, a la blondeur et les yeux bleus de sa mère Nicolle Tessier. Dans  Mouloudji, Athée ! Ô grâce à Dieu… , ils alternent leurs confidences, forcément différentes puisqu’ils ont vécu chacun avec leur mère respective. Annabelle, plus à fleur de peau, s’adresse souvent directement à lui tandis que Gricha, plus distancié, raconte son père à la troisième personne et laisse percer le regret d’avoir été parfois délaissé au profit de ses conquêtes (ses « émouvantes » comme il les appelait). L’ouvrage est abondamment illustré de photos, mais aussi de reproductions de documents, de courriers et de quelques unes de ses nombreuses toiles, il dresse un portrait intime de l’artiste, chaleureux mais sans complaisance. Selon Laurent Balandras, l’éditeur musical qui a collaboré à l’ouvrage, « Mouloudji ne sait prendre les rênes ni de sa vie privée ni de sa vie professionnelle. Il engendre des chansons, des livres, des films, des tableaux et deux enfants avec la même inconscience. Il va lui falloir du temps pour se rapprocher de sa progéniture et tisser des liens avec ces chairs de sa chair si dissemblables ».

Cet ouvrage n’étant pas une biographie à proprement parler, il nous faut retracer l’itinéraire incroyable de ce gosse des Buttes Chaumont parti de rien… Du passage Puebla dans le XIXème arrondissement de Paris où il naquit en 1922, il ne reste plus trace. Seuls les anciens plans de Paris révèlent ce lieu à l’angle de l’avenue Simon Bolivar et de l’avenue Mathurin Moreau. Fallait-il voir dans l’action des bulldozers un funeste présage de l’invisibilité à laquelle est condamné le souvenir de cet artiste aux dons multiples ? De fait, il embrassa bien d’autres formes d’expression que la chanson : le théâtre, le cinéma, l’écriture romanesque et poétique, la peinture surtout qu’il ne cessa de pratiquer.

Co éditions Carpentier

Co éditions Carpentier

Il fut le premier « beur » du show-biz et le chanteur le plus romantique de sa génération. Tenant le micro comme une fleur, « Comme un p’tit coquelicot.. », il égrenait ses textes avec une diction parfaite et, selon Antoine Blondin, une troublante « voix de velours côtelé ». Le plus tourmenté aussi, sans doute, irrémédiablement marqué par la misère sociale et surtout affective de son enfance entre son père Saïd, maçon kabyle analphabète, et surtout sa mère Eugénie, bretonne et catholique qui fut internée pour troubles mentaux lorsqu’il n’avait que 11 ans . Il eut à subir la violence de ses crises d’hystérie. Nul doute que ce manque d’amour maternel explique en partie ses relations amoureuses chaotiques, autant que son incapacité à construire un couple durable et une carrière rigoureuse.

Une fée s’était pourtant discrètement penchée sur le berceau du petit Moulou, celle des « bonnes rencontres »… « Comme tous les enfants du monde, tu veux faire plaisir à ton père et chantes le dimanche à la Grange-aux-belles pour les Pionniers rouges du parti communiste. Au cours d’un spectacle, tu te fais remarquer par Sylvain Itkine, comédien et metteur en scène », raconte Annabelle… « Il te présente à Jean-Louis Barrault, chez qui tu habiteras au 7, rue des Grands Augustins. Barrault vous engage au théâtre, ton frère André et toi, pour jouer dans « Le Tableau des merveilles » de Cervantès, adapté par Jacques Prévert. Tu apprends ton métier auprès de Charles Dullin…Tu rencontres Louis Jouvet, Colette, croises de nombreux artistes, noues des amitiés avec les membres du groupe théâtral Octobre. Tu côtoies les surréalistes : André Breton, Raymond Queneau, Robert Desnos et Marcel Duhamel, fondateur de la Série noire chez Gallimard, à qui tu aurais soufflé le titre de « Série Noire pour nuits blanches ».
Tout est dit, la bonne fée a fait son œuvre. Marcel Duhamel hébergera à son tour le jeune garçon qui, en dépit d’une scolarité brève et chaotique, avait le goût des mots. Il fréquente Saint-Germain des Prés et le Café de Flore, Simone de Beauvoir qui le qualifie « d’adorable petit monstre », l’encourage dans son désir d’écrire. Elle corrigera même les épreuves de son premier roman, « Enrico », qu’il écrit à 22 ans et qui obtiendra le Prix de la Pléïade en 1944. Il en écrira bien d’autres, avant d’entreprendre sa biographie en1989.
A l’âge de 16 ans,, il joue notamment dans « Les disparus de Saint-Agile », le film de Christian-Jaque, plus tard il interprète magnifiquement le condamné à mort dans « Nous sommes tous des assassins » d’André Cayatte. Sa filmographie se poursuit jusque dans les années 60,  dont « La maison Bonnadieu » où il chante « La complainte des infidèles ». En parallèle, il écrit des pièces de théâtre, expose ses premières toiles.

C’est en 1950 que débute sa carrière de chanteur professionnel avec un premier disque au Chant du Monde, sur des textes de Queneau et Prévert. « Comme un p’tit coquelicot », une chanson refusée par Maurice Chevalier et Yves Montand, lui vaudra la gloire et sera doublement primé : Prix de l’Académie Charles Cros en 1952, Grand Prix du disque en 1953 ! Par la suite, il interprète ses propres textes, tel « Un jour tu verras », sa chanson la plus célèbre et la plus reprise dans nombre de pays. Il se met aussi au service de ceux de Boris Vian et de Jacques Prévert. D’ailleurs, sa version des « Feuilles mortes » est infiniment plus vibrante et romantique que celle d’Yves Montand, trop mielleuse pour être réellement émouvante. À cette époque, il connaît une vraie célébrité mais, hanté par son enfance miséreuse, il est obsédé par la peur de manquer. « (….) Toute grande vedette de la chanson qu’il est, il dit avoir beaucoup de mal à joindre les deux bouts (…) il a des oursins dans les poches », note Gricha.
S’il est fondamentalement nonchalant, ne se prenant pas au sérieux, farouchement épris de liberté et d’ indépendance, ce qui lui valut quelques ennuis vis-à-vis d’engagements professionnels parfois non respectés, l’homme n’en est pas moins sensible au sort des plus humbles. Il ne craint pas de prendre quelques risques pour ses convictions. Preuve en est avec sa décision, en 1954, de créer la chanson « Le Déserteur » de son ami Boris Vian. Il accepte, à la condition de modifier la fin de la dernière strophe pour être en accord avec ses convictions : au lieu de la version de Vian « Prévenez vos gendarmes que j’emporte des armes et que je sais tirer », il chante « Prévenez vos gendarmes que je n’aurai pas d’armes et qu’ils pourront tirer ». Hélas pour Mouloudji, le jour même de la création, l’armée française tombe à Diên Biên Phu… ! La chanson sera interdite d’antenne jusqu’en 1962, néanmoins Boris Vian valide définitivement la version antimilitariste de son ami Moulou.

En compagnie de sa fille Annabelle Co éditions Carpentier

En compagnie de sa fille Annabelle
Co éditions Carpentier

Après plusieurs décennies où il se partage entre les galas, les enregistrements, l’écriture de livres et ses chers pinceaux qu’il n’a jamais complètement abandonnés, vient une période moins faste comme en témoigne Gricha. « L’hiver 1981/1982, papa tombe malade, sorte de forte grippe dont il ressort amoindri… Lorsque je reviens (des U.S.A, ndlr) au printemps 1982, je le retrouve désorienté… à bientôt 60 ans, il n’a plus la voix qui jusqu’ici lui assurait le succès sur la scène, lui offrant ainsi d’être toujours en partance… ». Revenu vivre à Paris et chanteur lui-aussi, Gricha aidera son père dans les galas, parfois en duo avec lui pour la plus grande joie des spectateurs qui ont l’impression troublante de voir et d’entendre deux Mouloudji sur scène pour le prix d’un ! Hélas, une pleurésie en 89 l’affaiblira encore davantage.

Il meurt le 14 juin 1994, aussi discrètement qu’il a vécu… Il n’eut droit qu’à un court hommage sur Arte. Depuis ? Aucune évocation sonore ni visuelle de sa très longue carrière, à l’exception de Philippe Meyer, le grand amoureux de la chanson à texte (et à voix !) qui le diffusa parfois dans son émission « La prochaine fois je vous le chanterai » sur France Inter. Pourtant, en cet après-midi du 13 octobre 2006, une foule se presse aux abords de la salle 7 de l’Hôtel Drouot pour la « dispersion de l’atelier Mouloudji » : si la formule est d’usage, elle n’en sonne pas moins cruellement, vu le silence fait à la mémoire de l’artiste et de l’homme. Une foule hétérogène, plutôt simple mais étreinte par l’émotion : certains l’avaient bien connu, la plupart l’avaient aimé de loin et un dialogue chaleureux s’était engagé. Étaient proposés plusieurs centaines de tableaux, dessins, gravures, enregistrements, photos, livres et objets plus personnels comme son chevalet et sa boîte de peinture. Les mises à prix ? Modestes, à son image… Chacun, ou presque, repartit avec un souvenir de cet artiste très atypique.

Le plus beau que nous pourrions garder de lui, par sa résonance dans le contexte mondial actuel ? Peut-être la première strophe, saisissante, de son auto-portrait: « Catholique par ma mère, Musulman par mon père, un peu Juif par mon fils, Bouddhiste par principe, Athée, Oh grâce à Dieu… ! ». Chantal Langeard

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Gérald Bloncourt, l’œil partagé

En ce 29 octobre 2018, le photographe haïtien Gérald Bloncourt est décédé à Paris. Opposant à la dictature en Haïti, expulsé et réfugié en France, il conte en images cinquante ans d’histoire populaire. Un homme à la chaleur communicante, à la main fraternelle, à l’œil partagé : un poète, un peintre, un créateur !

 

« C’était un conteur extraordinaire, mais aussi un militant très dur », témoigne Isabelle Bloncourt-Repiton, son épouse, en référence à l’engagement sans faille du photographe qui nous a quittés le 29 octobre, à la veille de ses 92 ans. « Son rêve de jeunesse ? Devenir peintre, mais il était trop militant et actif », ajoute-t-elle. Enfant métis de parents français, né le 4 novembre 1926 dans le sud d’Haïti, il crée en 1944, avec d’autres intellectuels, le Centre d’art d’Haïti, pour la promotion de la création artistique. Deux ans plus tard, en janvier 1946, il est l’un des leaders de la révolution des Cinq Glorieuses. En cinq jours, le pouvoir est renversé mais la junte qui s’installe traque les jeunes communistes. Gérald Bloncourt est expulsé. « Il est resté viscéralement attaché à son île », poursuit sa femme. « En 1986, quand la dictature est tombée, il a créé un comité pour faire juger les Duvalier. Il a fait

DR, Gérald Bloncourt

tout ce qu’il a pu pour que ce type ne meure pas tranquille. C’est un combat qu’il n’a jamais lâché ».

À Paris, après son expulsion d’Haïti, il obtient des papiers sous la protection d’Aimé Césaire et se met à la photo. Embauché par le quotidien « L’Humanité », il découvre les immenses bidonvilles de la région parisienne. Devenu reporter indépendant en 1958, il couvre la manifestation anti-OAS du 8 février 1962 qui fit neuf morts au métro Charonne. « Il s’est mis à photographier les conditions de travail », résume Isabelle Bloncourt-Repiton : il suit la construction de la tour Montparnasse (1969-1973), « étage par étage », et se fond dans la communauté portugaise, dont le destin lui tient à cœur. En 1974, il est à Lisbonne pour la Révolution des Œillets et immortalise les capitaines d’avril.

Dès lors, ses clichés fleurissent à la une de nombreux journaux : L’Express, Témoignage Chrétien, L’Humanité, Le Nouvel Observateur, La Vie Ouvrière à laquelle il restera fidèlement attaché : chaque année, jusqu’en 2017, il participe au repas fraternel des « Anciens » ! Malade depuis trois ans, « il

DR, Gérald Bloncourt

a toujours continué à écrire, à dessiner », confie son épouse. Gérald Bloncourt avait achevé en avril une fiction aux accents autobiographiques, dans lequel « il livre en quelque sorte son testament aux générations futures d’Haïti ».

Ma première rencontre avec Gérald remonte à la fin des années 1970, nos routes convergeront plus tard dans les couloirs d’autres rédactions, celles de Témoignage Chrétien et de La Vie Ouvrière. En ce temps-là, je suis animateur national à la J.O.C. (Jeunesse Ouvrière Chrétienne), un mouvement d’éducation populaire alors florissant. Jeune rédacteur à « Jeunesse Ouvrière », le mensuel de l’organisation, intimidé, je croise le photographe, sacoche en bandoulière, la démarche intrépide et le sourire bienveillant. Il vient nous livrer ses photos ! Un jour, avec le don du partage qui le caractérisait, en actes et en paroles, il m’offre les tirages noir et blanc de deux de ses photographies que nous avions publiées. L’une quelque peu jaunie, l’autre mieux conservée, les deux depuis ne m’ont jamais quitté en dépit des aléas de la vie, heurts et déménagements ! Pour moi, elles symbolisent tout l’art de Gérald Bloncourt : son amour sans bornes des hommes debout et en bleu de travail, sa foi en l’avenir du monde et de la jeunesse, joyeuse ou mutilée,  son attention sans cesse renouvelée et jamais rassasiée aux « gens de peu ».

Plus qu’un photographe, un déclic fraternel qui savait aussi peindre l’autre et décliner le poème ! Yonnel Liégeois, avec Culturebox

Les funérailles de Gérald Bloncourt auront lieu le lundi 5 novembre au Père Lachaise. RDV à 14h30, entrée principale du cimetière, Bd de Ménilmontant, Paris 11e. La cérémonie se déroulera à 15h30 au Crématorium du Père Lachaise, salle de la Coupole, 75020 Paris. Ni fleurs ni couronnes, dons possibles à  l’association Haïti Futur.

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Van der Linden, la liberté qui dérange

Il est des artistes qui bousculent, tant ils interrogent nos consciences comme nos inconsciences. Anne Van der Linden en fait assurément partie. Elle s’expose jusqu’au 28 avril à la Galerie Corinne Bonnet. À ne pas manquer !

 

Avec « Zoo », la peintre Anne van der Linden expose, à la galerie Corinne

Totem, Co Avdl

Bonnet, un bestiaire tout à la fois étrange, déroutant et fascinant, mêlant encres de Chine et peintures. Pour exemple, son « Totem » nous montre une tête de cerf au regard doux, surmontée d’une femme nue impassible bien que prise entre ses bois, tandis qu’un oiseau la chevauche à l’envers. Qu’en penser ? Que c’est assurément beau dans la composition, où la verticalité et la rondeur s’accouplent à merveille dans des couleurs chaudes, surprenant dans le sens « La femme serait-elle irrémédiablement coincée entre deux mâles, fussent-ils d’une autre race ? », et il faut croire dérangeant. Message de l’artiste Anne Van der Linden, le 9 avril dernier, sur Facebook : « Le compte de la galerie Corinne Bonnet étant suspendu pour la 2e fois depuis le début de mon exposition Zoo du fait de photos censurées, je ne savais pas que mon travail était aussi dangereux!!!! ». Pour l’occasion, elle affiche son « Emboucaneuse » qui n’est

Nostalgie, Co Avdl

autre qu’une femme oiseau verte à la poitrine ferme, mangeant le cerveau d’un homme moustachu, nu mais en chaussettes.

Le puritanisme à l’assaut des réseaux

« Si elle a l’art de la provocation, elle l’appuie avec humour », explique la galeriste Corinne Bonnet. Qui doit contourner la censure sur Internet pour la promouvoir, en affichant une encre splendide, « Nostalgie ». Là, un singe souriant, cueillant des pommes, a la main posée sur la tête d’une jeune femme blottie contre lui, le regard vide. Ici encore, que penser de l’allégorie ? Cette femme serait-elle triste de s’être éloignée de sa condition animale ? Sans doute. En attendant, Corinne Bonnet légende l’œuvre d’un post nerveux : « La femme n’est pas à poil, le singe oui, gageons que cette image sera raccord avec la cravate de Zuckerberg et les standards de la

Le perchoir, Co Avdl

« Communauté » puisque les autres sont censurées. Sinon bye bye, la prochaine fois j’en prends pour un mois. Ça me fera des vacances (…) ».

Des aficionados tenaces

Mais si Anne Van der Linden fait souvent les frais d’une censure mal placée, elle peut compter sur des collectionneurs hors pairs comme ce couple, déjà doté d’une dizaine d’œuvres, venu acheter un nouveau tableau. « Modestes mais hyper cultivés », aux dires de Corinne Bonnet, ils ont chez eux une pièce consacrée à l’artiste. Un jour, alors que leurs petits-enfants débarquaient, ils se sont demandé s’ils devaient verrouiller le cabinet. Ils ont laissé les portes ouvertes et les mômes ont pu causer des toiles en toute liberté. Finalement, c’est sûrement ça la magie un brin explosive de la peintre : nous livrer ses visions sans explications comme un « Jardin des délices » à la Jérôme Bosch devant lesquelles petits et grands n’ont pas fini de rêver. Amélie Meffre

 À noter :

Le jeudi 19/04 à 20h, Anne Van der Linden invite le réalisateur Pascal Toussaint à projeter à la galerie Corinne Bonnet son film « Les intestins dionysiens d’Anne van der Linden » et une sélection de ses « Tablovidéos » réalisés en 2017 . Entrée libre

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Couty, un peintre dans son musée

Jean Couty magnifia les ouvriers des chantiers autant que les églises romanes et les villes du monde entier. Contemporain de Matisse et Picasso, le peintre lyonnais possède aujourd’hui son musée. Inauguré en mars 2017 sur l’Île Barbe, là où il vécut et travailla.

 

 

Ce qui frappe, en arrivant aux abords du musée dédié au peintre Jean Couty (1907-1991), qui a ouvert ses portes en mars 2017 ? L’enchantement des lieux d’abord, en ce 9e arrondissement de Lyon ! Nous sommes à l’Île Barbe, là où l’artiste et sa famille vécurent. La maison est là, l’intimité du peintre aussi. Ses toiles, sa palette, ses croquis, l’escalier en bois qui craque.

Dès la première salle du musée construit en face de la demeure familiale, on mesure tout le talent de l’artiste, ses approches plurielles, tant dans les traits que dans les sujets abordés. Une grande huile horizontale met en scène « Les hommes sur le chantier » avec leurs casques jaunes et verts, s’échinant à la tâche, à côté, une toile fait écho à Mai 68 avec des CRS massés face une rue en plein fracas. Un peu plus loin, un matador esquive un taureau pendant que c’est « La récréation » des petites filles dans une institution religieuse. Des fillettes en chapeau qui semblent tout droit sorties d’un tableau de Balthus.

La peinture de Jean Couty déploie une synthèse réussie de plusieurs influences. On y retrouve du Derain, du Cézanne ou du Braque, tandis qu’y pointe sa formation d’architecte auprès de Tony Garnier. Son sens de la composition excelle ainsi dans ses œuvres consacrées aux grands chantiers : ceux de La Défense, de la Part-Dieu ou du métro. Exposant à maintes reprises au Salon des peintres témoins de leur temps, dont il recevra le Grand Prix en 1975, il déclarera : « Le chantier représente toutes les activités de l’Homme avec ses techniques les plus avancées, mais, sous la conduite dans l’ascension des volumes, des couleurs, et dans la violence musicale de tous les bruits les plus insolites ».

Une ode aux bâtisseurs – ses ancêtres maçons n’y sont sûrement pas pour rien – que l’on retrouve dans une toile magistrale montrant des terrassiers, torses nus, armés de leur pioche, prenant une pause. Même chose avec les séries consacrées aux églises romanes ou aux cathédrales, animées par la ferveur religieuse de l’artiste. En 1959, raconte l’historien d’art Alain Vollerin (1), Jean Couty entreprend un tour de France pour étudier et peindre les joyaux de l’art roman. Il en ressort des huiles magnifiques révélant le génie architectural des lieux.

 

Si le peintre signe de très beaux paysages et portraits, il saisit comme nul autre le bouillonnement de la ville, les rues de Lyon la nuit, celles de New York ou d’Istambul mais aussi les ruelles marocaines. Grand voyageur, Jean Couty témoigne de la beauté de Jérusalem ou de Ceylan comme de la douleur des victimes d’un séisme au Liban.

Témoin de son temps, il signe « une peinture solide et flamboyante », comme le résume Lydia Harambourg, de l’Académie des Beaux Arts (2). Elle fut saluée de son vivant par les critiques, les galeristes et les musées (il expose dans les salons, aux côtés de Picasso ou de Matisse, au musée d’Art moderne), remporte des prix. Alors, comment expliquer qu’un si bon peintre soit aujourd’hui méconnu ? « C’est une situation courante dans l’histoire de l’art, les peintres sont connus de leur vivant et puis, à mesure qu’ils s’éloignent de la scène et de la vie, une autre génération prend la place », explique Lydia Harambourg. Grâce à son fils Charles-Olivier Couty et à sa femme Myriam, qui ont fait le pari un peu fou de lui consacrer un musée de toute beauté, son talent sort des oubliettes. Pour l’heure, quelque 150 œuvres de Jean Couty y sont exposées, d’autres y prendront place comme celles de jeunes artistes. Une initiative exceptionnelle pour un artiste qui ne l’est pas moins. Amélie Meffre

(1) Il signe le très beau catalogue « Un musée, un livre » (Éd. Mémoire des arts (40€).
(2) Auteure notamment de « Jean Couty » (Éd. Cercle d’Art, 20€).

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