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Et boum, là, Vian !

Il y a cent ans, le 10 mars 1920, naissait Boris Vian. Disparu en 1959 d’un malaise cardiaque, il n’avait que 39 ans ! Une date anniversaire, l’année d’un centenaire prétexte à rendre hommage à un auteur et créateur d’exception. Un incroyable homme-orchestre.

 

Seigneur de la Butte Montmartre où il avait élu domicile cité Véron à proximité de son compère Prévert, prince de St Germain dont il écumait les caveaux à musique, Boris Vian demeure encore trop méconnu du grand public. Sinon une chanson, « Le déserteur », un livre ensuite, J’irai cracher sur vos tombes, l’une et l’autre censurés par le pouvoir de l’époque…

Enfant terrible des lettres françaises, génial touche-à-tout, « les épithètes quasi homériques ne manquent pas pour le désigner », écrit Audrey Camus dans la préface du numéro que la revue Europe lui consacra en 2009. « Quoique auteur prolifique, il fut de son vivant connu davantage pour son personnage et ses provocations que pour ses écrits. Poésie, romans, nouvelles, théâtre, l’œuvre disparaissait derrière les scandales », poursuit l’éminente biographe. « Aujourd’hui encore, le plus souvent, l’attrait exercé par la personnalité de Boris Vian et la curiosité pour son singulier parcours tendent à prendre le pas sur l’attention portée à son œuvre littéraire. Or, cette œuvre mérite que l’on s’y intéresse de près ». Dilettante par nature et de vocation, il est prouvé que Vian ne fit rien de son vivant pour s’accommoder les éloges de ses pairs, littérateurs reconnus ou simples chroniqueurs. « Critiques, vous êtes des veaux ! », écrit-il dans la postface aux Morts ont tous la même peau ! Bienvenue au Collège de Pataphysique, dont il fut un éminent satrape, anarchiste pour les uns, anticonformiste inclassable pour les autres…

Il y a cent ans, le 10 mars 1920, naissait à Ville-d’Avray Boris, le futur Vernon Sullivan ! À n’en pas douter, Vian le premier se serait probablement moqué de ce chapelet de festivités qui, sous l’égide du ministère de la Culture et de la Ville de Paris, s’égrène en France mais aussi en Belgique, en Suisse, au Canada et aux États-Unis. « Autour de la Cité Véron, qui conserve l’empreinte de Boris Vian, s’est constituée au fil des ans une confrérie complice où figurent désormais de jeunes Borissiens revendiquant un même esprit. Metteurs en scène de théâtre, comédiens, musiciens ou documentaristes, leur enthousiasme a contribué à faire du programme de ce centenaire un vrai feu d’artifices », écrit Vian le fils, Patrick. Et d’affirmer que toutes les facettes du personnage seront dévoilées : l’écrivain, l’auteur-interprète, le trompettiste, le scénariste, l’acteur, le peintre, le critique, l’ingénieur, le prince du jazz, de Saint Germain des prés, et de l’anagramme… Pour l’heure, une seule certitude en vue de satisfaire notre curiosité littéraire, picturale et musicale : devant la longue file d’attente, la visite programmée de « l’appartelier » du génial satrape en mai, ce joli mois de toutes les révoltes et de tous les espoirs !

Outre CD de chansons revisitées par des artistes contemporains, spectacles de théâtre et de cabaret, albums et hors-série publiés par divers journaux et magazines, une occasion à saisir parmi toutes ces publications, puisque c’est sûr, On n’y échappe pas ! « J’ai un sujet de roman policier que j’écris pour Duhamel (le directeur de la fameuse Série noire, la collection de romans policiers créée par Gallimard. NDLR), c’est un sujet tellement bon que j’en suis moi-même étonné et légèrement admiratif », confie Boris Vian. « Si je le loupe, je me suicide au rateloucoume et à la banane frite », ajoute-t-il avec humour. Las, boulimique de projets et souvent débordé par les échéances, le manuscrit s’ensommeille, il n’en a écrit que les quatre premiers chapitres lorsqu’il est terrassé par une crise cardiaque le 23 juin 1959 à l’âge de 39 ans. Une sombre histoire de meurtres en série… Frank Bolton, un jeune colonel de l’US Army de retour de la guerre de Corée avec une main en moins, n’en croit pas ses yeux au point d’en donner l’autre à couper : toutes ses anciennes conquêtes féminines disparaissent les unes après les autres ! Comme Vian était lui-même satrape au Collège de pataphysique, ses héritiers ont donc confié à six écrivains de l’ OUvroir de LIttérature POtentielle le soin d’achever le polar et d’y mettre un incroyable point final sous la jaquette des éditions du Scorpion d’antan ! Un fantasque roman familial à l’humour noir dont nous nous garderons bien de dévoiler la chute, agrémenté de moult références et clins d’oeil « vianesques » à décrypter de chapitre en chapitre.

La publication des œuvres romanesques de Vian, en deux volumes dans la célèbre collection de la Pléiade, lui rend aussi justice en quelque sorte. Un hommage mérité à ce baroudeur des lettres et à cet irrévérencieux homme-orchestre : ingénieur de formation et trompettiste par inadvertance, chansonnier sans vergogne et pataphysicien de bon aloi, traducteur et auteur de romans noirs, chroniqueur à Jazz-Hot comme aux Temps Modernes de Sartre, initiateur au jazz et à la littérature de science-fiction en France ! De ses Écrits de jeunesse aux ultimes Textes pataphysiques, de ses romans les plus célèbres ( L’écume des jours, L’arrache-cœur…) aux plus méconnus ( Les fourmis, L’herbe rouge…), de ses articles de presse à ses diverses chroniques jusqu’à sa mort en 1959, Vian se révèle formidable conteur. « Rien ne fait plus ou ne devrait plus faire obstacle à la prise de conscience de l’originalité profonde de son œuvre inclassable », souligne à juste titre Marc Lapprand dans la préface à cette édition nouvelle. Boris Vian ? Un amoureux de la langue à (re)découvrir, un franc-tireur du Verbe qui n’hésitait point à apostropher tous les « pisse-copies » : « Quand admettrez-vous qu’on puisse écrire aux Temps modernes et ne pas être existentialiste, aimer le canular et ne pas en faire tout le temps ? Quand admettrez-vous la liberté ? ». Yonnel Liégeois

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Une drôle de soirée pyjama !

Lors de sa création en 1954 à Broadway, la comédie musicale The pyjama game surprit alors par sa thématique : la révolte d’ouvrières contre l’ordre établi ! Aujourd’hui sur les scènes françaises, dans une adaptation de Jean Lacornerie. Sans oublier la 7ème édition du Festival de cinéma italien de Tours.

 

États-Unis, le 5 janvier 1957. Écarté des milieux politiques et ayant sombré dans l’alcoolisme, le sénateur McCarty, initiateur de la chasse aux sorcières contre les homosexuels et tous ceux soupçonnés de sympathies marxistes, n’a plus que quelques semaines à vivre. Ce jour-là, il entend le président Eisenhower demander les pouvoirs spéciaux au Congrès afin de lutter contre la menace communiste au Proche-Orient. Nous sommes en pleine guerre froide. Par le biais des comédies musicales, Hollywood exporte le modèle de l’American way of life (le mode de vie américain, en français).

Créée trois ans plus tôt à Broadway, la comédie musicale The pajama game connaît un tel succès sur les planches que Stanley Donen et George Abbott décident de l’adapter au cinéma. Un succès d’autant plus étonnant que le livret tourne en dérision le patronat, la hiérarchie sociale, la domination masculine. Tirée d’une nouvelle de Richard Bissell, elle raconte la révolte d’ouvrières d’une usine de confection de pyjamas, confrontées au refus de leur patron de leur accorder une augmentation de salaire de sept centimes et demi. Avec à leur tête Babe, la porte-parole du syndicat, elles cessent le travail, dénoncent la double comptabilité du patron, les méthodes d’encadrement, les cadences infernales sur l’air de Racing with the clock (Course contre la montre), devenu un standard. Les affaires se compliquent lorsque Babe et Sid, le nouveau directeur de l’atelier, tombent amoureux !

« Le livret m’a intéressé parce qu’il casse les clichés du genre », commente Jean Lacornerie qui signe la mise en scène de la nouvelle adaptation présentée en décembre au Théâtre de la Renaissance d’Oullins. « Il ne s’agit pas d’une simple histoire à l’eau de rose. The pajama game a une portée sociale forte, tout en jouant la carte de la bonne humeur et en s’appuyant sur l’énergie de la danse et du chant ». Pour contourner l’écueil de références très datées années 1950, Jean Lacornerie a choisi de situer l’action dans le futur. Sur scène, treize interprètes, tour à tour jouant la comédie, chantant… avant de s’installer à l’orchestre. Un pari voulu par le directeur musical, Gérard Lecointe, pour renforcer l’impression de tourbillon. Et ça fonctionne ! Jean-Philippe Joseph

Maison de la Culture de Bourges, les 03 et 04/03. Centre Lyrique Clermont Auvergne – Clermont Ferrand, les 19 et 20/03. Théâtre de Saint-Nazaire, les 01 et 02/04. Opéra de Saint-Etienne, le 08/04.

 

L’Italie à Tours

Durant cinq jours, du 4 au 8 mars, Tours change de drapeau et se pare du vert-blanc-rouge en l’honneur de nos voisins transalpins et plus particulièrement de leur cinéma toujours plein de vitalité, d’émotion et d’humour. Créé par quelques cinéphiles d’origine italienne, dont Louis d’Orazio qui en est le directeur artistique avec l’appui de Jean A.Gili éminent critique et spécialiste du cinéma transalpin, ce festival a bénéficié des soutiens  conjugués de la Cinémathèque, de l’association Henri Langlois, du département italien de l’université et de la Dante Alighieri. Outre les chefs-d’œuvre du répertoire, la programmation veut mettre en valeur le cinéma italien contemporain.

 Le programme ? 5 films en compétition, 4 films inédits et 3 documentaires qui alterneront avec de nombreux films en hommage à deux grands réalisateurs, Gianni Amélio et Gabriele Salvatores. Ils  sont incontournables depuis les années 1990 par l’originalité des thématiques abordées et la maîtrise de leur art. La majorité des films à l’affiche cette année traite de problématiques sociales ou environnementales. « La plupart des cinéastes italiens actuels sont originaires du sud de l’Italie, où les difficultés sont les plus criantes », constate Louis d’Orazio. Nombre d’entre eux participeront à un débat après projection de leur film, un exercice dont le public est très friand. Chantal Langeard

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Le coup de folie de l’IMA

Du 28 février au 8 mars, à l’Institut du monde arabe, le festival Arabofolies tend le micro aux femmes du monde arabe. Pour une édition exceptionnelle sur le thème des révolutions et de l’engagement… Au programme, musique et chansons, rencontres et débats.

 

Avec son tube Allo le système, elle a enflammé l’an dernier les cortèges des manifestations de la Révolution du sourire en Algérie. La rappeuse et avocate Reja Meziane, désignée l’an dernier par la BBC comme l’une des 100 femmes les plus influentes du moment, se produira sur la scène de l’Institut du monde arabe le 8 mars pour un concert exceptionnel. Une programmation en cohérence avec le thème galvanisant des « engagements » au cœur de l’édition de février-mars proposée par le festival Arabofolies. Rendez-vous trimestriel lancé il y a un peu plus d’an par les équipes de l’IMA, ce jeune festival parisien propose au public une offre transversale qui mixe rendez-vous festifs, poésie, concerts et forums citoyens.

« Nous voyageons beaucoup pour repérer des artistes émergents qui ont des difficultés à sortir de chez eux et que nous faisons venir. Beaucoup aussi sont en exil », explique Marie Descourtieux, la responsable des actions culturelles à l’Institut du monde arabe (IMA). Les soulèvements révolutionnaires qui ont secoué le monde arabe ont notamment guidé le choix des voix conviées pour cette 4e édition. En marge de concerts prestigieux (scène de Camélia Jordana ; concert revisitant les influences algériennes de Bartok…), l’un des temps forts du festival sera assurément le forum des citoyennes adossée à la journée internationale des droits de la femme qui réunira des militantes, journalistes, médecins et activistes engagées pour faire avancer la cause féminine. On y entendra notamment le retour d’expérience d’une gynécologue irakienne intervenant dans les camps de réfugiés auprès des femmes Yézidies victimes de Daesh, la fondatrice mauritanienne de TaxiSecure, un réseau de transport créé pour lutter contre le harcèlement de rue, une blogueuse d’Arabie Saoudite fondatrice du site niswa.org éditant des cours d’éducation sexuelle sur les réseaux sociaux, ou encore une blogueuse palestinienne diffusant des podcasts sur le genre…

Des exemples d’engagements féministes 2.0 très populaires dans la sphère du monde arabe qui entreront, on l’imagine, en résonance avec d’autres expériences menées ailleurs. « Nous avons voulu mettre à l’honneur des militantes féministes exemplaires dont les combats et l’engagement de terrain peuvent trouver des échos en France, comme sur les thèmes de la sororité ou des violences faites aux femmes », précise Chirine El Messiri, en charge des forums citoyens d’Arabofolies. « Féminisme et révolution sont des terreaux fertiles. Une image forte peut avoir une résonnance ailleurs, comme ce flashmob réalisé par des Chiliennes qui a été repris partout, au Soudan, en Algérie, en France ». Des femmes, les yeux bandés, se livraient à une chorégraphie géante pour dénoncer l’aveuglement de la société et la culture du viol. Une vidéo choc, partagée dans le monde entier. Cyrielle Blaire

« Le but est de mettre en lumière des militantes exemplaires, et leurs combats, pour un échange avec la société française ». Chirine El Messiri, en charge des forums citoyens d’Arabofolies.

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De Paris à Londres, Music maestro !

L’exposition « Paris-Londres. Music Migrations (1962-1989) » au Musée national de l’histoire de l’immigration nous plonge dans les brassages musicaux et les combats politiques à l’œuvre dans les deux capitales après les décolonisations. Twist, rock, reggae, punk, ska, soul, zouk, R&B, rap… Une immersion salutaire, magistralement rythmée jusqu’en janvier 2020.

 

À l’entrée de l’exposition, « Paris-Londres. Music Migrations (1962-1989) », une vidéo nous accueille nous montrant des Jamaïcains dansant sur « This is ska », extraite d’une émission de la BBC de 1964. Un panneau nous rappellera qu’ils sont issus de la « génération Windrush », du nom du navire qui relia Kingston (Jamaïque) à Tilbury (Royaume-Uni), le 21 juin 1948, registre des passagers à l’appui. Ce premier flux migratoire amorce la longue décolonisation au lendemain de la Seconde Guerre mondiale qui va marquer les capitales britannique et française autant artistiquement que politiquement. Du début des années 1960 avec les indépendances de l’Algérie (5 juillet 1962) et des Caraïbes – la Jamaïque (6 août 1962) et Trinidad (31 août 1962) – à la fin des années 1980, on visite trois décennies de l’histoire musicale des deux villes.

Du twist au raï

Quand la jeunesse des années 1960 s’affirme et s’enflamme pour les Beatles ou Johnny Hallyday, des artistes issus des anciennes colonies prennent part au mouvement. En pleines heures chaudes du Golf Drouot ou du concert de la Nation de juin 1963, on découvre leur présence. En arrière-fond, est diffusé le tube « Sept heures du matin » de la Tunisienne Jacqueline Taïeb quand, grâce à de mini juke-box, on écoute au casque les morceaux de Vic Laurens et les Vautours (« Laissez-nous twister ») ou de Malika (« Ya ya twist »). Ces jeunes maghrébins, familiarisés avec la culture américaine, via les bases militaires où circulent les 45 Tours, twistent et dénoncent parfois déjà le racisme, à l’instar de Vigon et de son « Petit ange noir ». On s’immerge encore dans les grandes heures des cabarets orientaux, lieux de création et de collaboration artistique. On croise Cheikha Rimitti, chanteuse algérienne considérée comme la « mère » du raï moderne, Dahmane el Harrachi, auteur-compositeur et chanteur de musique chaâbi ou Noura, qui obtient en 1971 un Disque d’or pour ses ventes de disques en France. Au passage, on aperçoit le Cinématic 50, sorte de grand juke-box surmonté d’un écran qui diffusait les ancêtres des vidéoclips, présent dans les cafés fréquentés par les immigrés.

Happés par le tube « My Boy Lollipop », portés par Millie Small, une ado jamaïcaine qui propulse le ska sur la scène internationale, nous poursuivons la visite. Halte dans le studio qui diffuse sur grand écran une séquence de l’enregistrement de « The Harder They Come » avec Jimmy Cliff au moment de la naissance du reggae. Là, on peut admirer les créations d’artistes contemporains autour du thème de la musique comme la géniale série de batteries miniatures de la Danoise Rose Eken ou le bouquet de tubas, saxos et trombones coupés d’Arman.

La musique comme étendard

Difficile de détailler toutes les facettes du parcours, tant elles sont nombreuses, lequel ne va pas manquer de se corser. La présence de ces immigrés n’est pas que festive, elle devient revendicatrice. Dès les années 1950, les familles originaires des Caraïbes sont prises à partie dans le quartier londonien de Notting Hill. En réaction, la communauté crée un carnaval en 1966 qui deviendra une institution, donnant lieu à des affrontements avec la police. Ne pas manquer de visionner le film d’Isaac Julian « Territories » qui se penche sur l’histoire du rassemblement. Alors que les discours racistes se multiplient – y compris de la part d’Eric Clapton (!) – et que le National Front grimpe aux différentes élections, des concerts sous la bannière Rock Against Racism sont organisés, auxquels participent des musiciens anglais comme The Clash. Vidéos, musiques, coupures de journaux nous replongent dans l’époque où résonne le morceau « Police on my back » des Equals.

Le même phénomène apparaît en France. À la fin des années 1970 et au début des années 1980, face à la multiplication des actes racistes et aux succès du Front national, la riposte s’organise notamment dans les banlieues. La musique rock sert d’étendard et le réseau Rock Against Police organise des concerts au milieu des cités, précédant la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983, que l’on nommera Marche des Beurs, accueillie à Paris par 100 000 personnes. Nous reviennent à la mémoire, et dans les casques, les morceaux de Carte de séjour avec Rachid Taha mais aussi des Bérurier Noir.

Twist, rock, reggae, punk, ska, soul, zouk, R&B, rap, la playlist de l’exposition est incroyablement riche. Accompagnée de quelque 600 documents et œuvres d’art liés à la musique : instruments, costumes, photos, affiches de concerts, vidéos, pochettes de disques, fanzines… Une géniale rétrospective qui vous file la frite ! Amélie Meffre

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Aux Déchargeurs, une affiche chargée !

Il s’en passe de drôles au Théâtre des Déchargeurs (75) ! Qui affiche un programme de haute teneur jusqu’en décembre. Avec, d’abord, J’arriverai par l’ascenseur de 22 h 43 qui baisse le rideau le 26/10, mais ensuite La véritable histoire du cheval de Troie et Ridiculum vitae jusqu’au 16/12. Sans oublier la reprise de Dire Brel et de Je ne me souviens pas, la création prochaine de Ravensbrück 1943, deux femmes là-bas.

Il est encore temps de ne pas rater au Théâtre des Déchargeurs celui qui l’a promis, J’arriverai par l’ascenseur de 22 h 43 ! Et d’espérer illico que l’auteur et interprète Philippe Soltermann (l’un et l’autre, d’aussi belle facture) ne nous tienne pas rigueur si nous lui avouons ne pas être un inconditionnel de Hubert-Félix Thiéfaine puisque, paraît-il, son spectacle est « une chronique d’un fan » du chanteur, lui en l’occurrence… Cette « chronique » d’ailleurs n’intervient que comme sous-titre, le titre principal étant de beaucoup plus intéressant. Dans l’attente de cette bienheureuse heure, à savoir 22h43, le comédien a le bon goût de nous entretenir, de Thiéfaine donc, mais pas que. Et c’est heureux, car il nous embarque dans les méandres d’une pensée (et d’une vie) vagabonde, guidé par le très subtil Lorenzo

Malaguerra qui fait mine de lui laisser la bride sur le cou mais qui, en réalité, l’emmène dans des endroits pour le moins obscurs et improbables.

C’est d’une drôlerie et d’une force incroyables pour peu que l’on y prête attention. C’est que le comédien a du bagout, passant sans coup férir d’un registre à l’autre, d’un délire à l’autre, a-t-on envie d’ajouter. Bien sûr, le spectacle a un côté presque documentaire, nous présentant les affres et autres tourments d’un aficionado d’un « grand » chanteur, mais il y a bien d’autres choses dans cette confession, c’en est véritablement une. Un regard sur le monde et la vie sans doute. Interprété, vécu par Philippe Solterman, cela prend des allures d’une véritable épopée, le tout livré avec une maîtrise de tous les instants. Attendons donc l’ascenseur de 22 h 43, après le train de 8 h 47 de Courteline… Jean-Pierre Han

 

À voir aussi :

La véritable histoire du cheval de Troie, avec Guillaume Edé et Claude Gomez dans une mise en scène de Claude Brozzoni, jusqu’au 16/12. Une voix et un accordéon, deux éléments forts et puissants qui projettent d’emblée le public en des contrées lointaines où la guerre fait rage entre les peuples. Sur d’autres rives de Méditerranée, entre Troyens et Spartiates hier, Kurdes en Syrie – Palestiniens au Moyen-Orient – Rohingyas en Birmanie, peut-être aujourd’hui… Sa petite valise en main, Guillaume Edé conte, chante et danse les douleurs d’exil de ces hommes et femmes en quête d’une terre d’accueil, d’un mot de bienvenue, d’un geste de solidarité. Depuis les temps immémoriaux, les temps d’avant de Virgile et d’Homère, jusqu’à maintenant. Des dix ans de la guerre de Troie aux siècles de conflits qui ne cessent d’ensanglanter la planète ! Tel un cheval fou dans un jeu de quilles, Edé pleure sans pleurnicher, rit aussi sans se moquer, émeut sans s’apitoyer, se révolte sans embrigader. La chanson est belle, la note juste, le mot vrai. Un spectacle où la  force poétique du Verbe se conjugue avec élégance et harmonie avec la plainte langoureuse de l’accordéon. Yonnel Liégeois

Ridiculum vitae, avec Marie Thomas et Benoît Ribière dans une mise en scène de Michel Bruzat, jusqu’au 16/12. Qu’on se le dise, une fois : pour qui ne connait point encore les œuvres du prix Nobelge Jean-Pierre Verheggen, courez donc vite en ce lieu ! Pour découvrir cet iconoclaste auteur wallon, un jongleur de mots à  la plume pimentée comme la frite à la moutarde forte, et vous complaire avec gourmandise dans son dynamitage en règle (Nobel oblige…) du langage et des bonnes manières. Marie Thomas éructe les mots confits et confus, irrévérencieux mais ô combien savoureux, d’un poète radicalement déjanté, avec un sens de l’humour appuyé qui ne plaira point à tout le monde. En lieu et place d’un curriculum vitae fort bien policé, enivrez-vous toute honte bue de ce Ridiculum où s’amoncellent « outrance verbale, logorrhées inarrétables, grandes déferlantes de calembours et d’à-peu-près douteux » ! Au sortir, précipitez-vous chez votre libraire, hexagonal ou transfrontalier. Yonnel Liégeois

– À ne pas manquer, encore, la reprise de Dire Brel jusqu’au 26/10, le spectacle composé par Olivier Lacut. Dans l’attente de la reprise de Je ne me souviens pas (du 19 au 30/11), un texte de Mathieu Lindon mis en scène par Sylvain Maurice et la création de Ravensbrück 1943, deux femmes là-bas à compter du 03/12, dans une mise en scène de Patrick Antoine. Y.L.

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Quand le PIB prend l’ascenseur, Avignon 2019

Si le Off du festival d’Avignon 2019 tire sa révérence le 28 juillet, il est encore temps d’aller applaudir quelques pépites : Paysage intérieur brut à Présence Pasteur et J’arriverai par l’ascenseur de 22h43 au Théâtre Arto. Sans oublier une ultime sélection de spectacles.

Le PIB de Marie Dilasser n’est pas l’indicateur économique mesurant la production de richesse d’un pays, le produit intérieur brut ou, s’il l’est, c’est au travers de ce qu’elle nous en propose dans son Paysage Intérieur Brut à Présence Pasteur. Un titre d’une particulière justesse et très éclairant, puisqu’il est effectivement question de paysage (une thématique que l’on retrouve dans toute son œuvre et qui fait également allusion à sa manière d’écrire « là où elle vit », en Bretagne), de monologues intérieurs qui isolent les personnages évoqués. Quant à la brutalité, ou plutôt la radicalité, elle est plus qu’évidente, mêlée ici à une sorte d’humour noir ravageur. Cela donne dans PIB, une commande de Roland Fichet et de son Théâtre de Folle Pensée à

Saint-Brieuc dans le cadre d’une série de Portraits avec paysage, un texte étonnant.

Portrait d’une certaine Bernadette, effectivement, mais aussi évocation des personnes de son entourage : mère qui aime à vagabonder la nuit sur les routes, mari éleveur et expérimentateur de génétique bovine, et même son chien très affectueux, Rumex, chacun prenant la parole l’un après l’autre dans des monologues au bord du délire. Un délire et des hallucinations activés par la prise de Lexomil de l’intéressée qui sort d’un petit séjour à l’hôpital psychiatrique… Tout un monde de la ruralité est là, « plus vrai que nature », si on ose dire. Avec ces gens dont Marie Dilasser a saisi des traits de caractère après les avoir rencontrés, ici et là. Dans l’étroit espace d’une salle de classe, la figure de Bernadette et de ceux qu’elle évoque sont pris en charge avec une belle assurance par Line Wiblé, qui passe avec beaucoup de délicatesse d’un personnage à l’autre, d’un registre à l’autre, du paysan au chien, du chien à la mamie, avant de redevenir une Bernadette écorchée vive. C’est Blandine Pélissier qui est à la barre et mène la barque dans le décor forcément minimaliste, mais bien géré de So Beau-Blache. « Quatre planches et pas grand-chose » : tout l’art du théâtre, aurait dit Roger Vitrac !

Avec juste le temps de quitter la ferme et de ne pas rater au Théâtre Arto celui qui l’a promis : J’arriverai par l’ascenseur de 22 h 43 ! Et d’espérer illico que l’auteur et interprète Philippe Soltermann (l’un et l’autre, d’aussi belle facture) ne nous tienne pas rigueur si nous lui avouons ne pas être un inconditionnel de Hubert-Félix Thiéfaine puisque, paraît-il, son spectacle est « une chronique d’un fan » du chanteur, lui en l’occurrence… Cette « chronique » d’ailleurs n’intervient que comme sous-titre, le titre principal étant de beaucoup plus intéressant. Dans l’attente de cette bienheureuse heure, à savoir 22h43, le comédien a le bon goût de nous entretenir, de Thiéfaine donc, mais pas que. Et c’est heureux, car il nous embarque dans les méandres d’une pensée (et d’une vie) vagabonde, guidé par le très subtil Lorenzo Malaguerra qui fait mine de lui laisser la bride sur le cou mais qui, en

réalité, l’emmène dans des endroits pour le moins obscurs et improbables.

C’est d’une drôlerie et d’une force incroyables pour peu que l’on y prête attention. C’est que le comédien a du bagout, passant sans coup férir d’un registre à l’autre, d’un délire à l’autre, a-t-on envie d’ajouter. Bien sûr, le spectacle a un côté presque documentaire, nous présentant les affres et autres tourments d’un aficionado d’un « grand » chanteur, mais il y a bien d’autres choses dans cette confession, c’en est véritablement une. Un regard sur le monde et la vie sans doute. Interprété, vécu par Philippe Solterman, cela prend des allures d’une véritable épopée, le tout livré avec une maîtrise de tous les instants. Attendons donc l’ascenseur de 22 h 43, après le train de 8 h 47 de Courteline… Jean-Pierre Han

À voir aussi :

Chacun sa famille ! : Laurent Viel et Enzo-Enzo, Théâtre le Casteban. Sur des chansons originales de Pascal Mathieu et Romain Didier (le poète-parolier du regretté Allain Leprest), accompagnés à la guitare par Thierry Garcia, les deux interprètes s’en donnent à cœur joie. Au menu, la famille orchestrée sous tous les angles… Un spectacle musical à l’humour corrosif, mordant et émouvant.

Les Chatouilles ou La danse de la colère : Un texte d’Andréa Bescond, mis en scène par Éric Métayer, Théâtre du Chêne Noir. L’histoire d’Odette, une petite fille dont l’enfance a été volée par un « ami de la famille ». Avec Déborah Moreau, magistrale, pour brandir le flambeau de cette ode à la vie.

La Machine de Turing : Un texte de Benoit Solès, mis en scène par Tristan Petitgirard, Théâtre Actuel. L’incroyable destin d’Alan Turing, père de l’informatique moderne et mathématicien de génie. Durant la Seconde Guerre Mondiale, il a brisé le code secret de la machine Enigma, le système de cryptage réputé inviolable de l’armée allemande. Poursuivi et condamné ensuite par la justice pour son homosexualité, il se suicide en 1954.

Les Filles aux mains jaunes : Une pièce de Michel Bellier, mise en scène de Johanna Boyé, Théâtre Actuel. Dans les usines d’armement, les femmes remplacent les hommes partis à la guerre de 14-18. Face à des conditions de travail déplorables, aux injustices salariales, quatre femmes solidaires ! Combatives et révoltées, libertaires et féministes avant l’heure… Une histoire d’émancipation, toujours d’actualité, pour conquérir l’égalité homme-femme. Au travail comme au foyer.

Le Syndrome du banc de touche : Texte et jeu Léa Girardet, mise en scène de Julie Bertin, Théâtre du Train bleu. Une mise en perspective ludique entre Lionel Charbonnier, l’ancien joueur d’Auxerre et gardien remplaçant des Bleus en 1998, et une comédienne en mal de reconnaissance ! L’une et l’autre, seconds couteaux dans leur aire de jeu, mal aimés des planches ou des vestiaires mais animés d’une sacrée envie de gagner… Décalé et plein d’humour, un spectacle qui touche au but.

Yonnel Liégeois

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Latifa et la dignité humaine, Avignon 2019

Jusqu’au 26 juillet, se donne au 11*Gilgamesh Belleville Le Rouge éternel des coquelicots de François Cervantès. Avec Catherine Germain, dans une mise en scène de l’auteur. Sans oublier Melle Camille Claudel à l’Atelier florentin, Santa Muerte à LaScierie et Dimey Père&Fille au Cabestan.

Les quartiers Nord de Marseille, François Cervantès les connaît plutôt bien. Pas loin de la Scène nationale du Merlan avec laquelle il a une relation privilégiée, c’est là qu’il a rencontré Latifa Tir qui tenait un snack-bar, juste avant que celui-ci ne soit démoli comme le reste du quartier, l’héroïne du Rouge éternel des coquelicots. Il a beaucoup échangé avec cette femme dont les parents sont arrivés à Marseille dans les années cinquante au moment même où justement les quartiers Nord commençaient à être construits. Latifa Tir lui a donc raconté à sa manière son roman familial, avec notamment la généreuse

figure de son père qui, après maintes péripéties, a créé et géré le snack.

L’histoire de cette femme est étonnante et forte, elle nourrissait déjà l’Épopée du grand Nord que l’auteur-metteur en scène présenta en 2017 au Merlan. Quinze personnes, amateurs issus du quartier et professionnels mêlés, évoquaient la vie du lieu. Catherine Germain faisait partie de l’aventure dans laquelle elle interprétait le personnage de Latifa. Les deux femmes se sont donc rencontrées à cette occasion, ont noué des liens qui n’ont pas échappé à François Cervantès qui a donc décidé de faire spectacle de ce moment particulier entre les deux femmes, Latifa acceptant d’apparaître sous les traits de la comédienne. Voici aujourd’hui ce spectacle, deuxième épisode de l’Épopée du grand Nord, dans lequel est évoquée avec précision la lutte des habitants et de Latifa pour sauvegarder son instrument de travail, ou accepter son expulsion dans des conditions décentes.

Le résultat est une totale réussite, parce que François Cervantès ne s’est pas borné à se documenter auprès de Latifa et à retranscrire son histoire telle quelle. Il y a là un véritable travail d’écriture. Cervantès, il n’est pas inutile de le rappeler, est l’auteur de très nombreux textes. Il possède dans le domaine de l’écriture, comme dans celui de la mise en scène, une belle et impressionnante expérience qui dépasse très largement le simple témoignage de Latifa, aussi bouleversant soit-il, pour devenir objet et parole théâtrale. C’est fait avec une belle habileté, jouant même – pur plaisir – d’une certaine mise en abîme théâtrale. Tout cela au service d’une comédienne, Catherine Germain, qui a délaissé ses habits de clown, pour interpréter le rôle de Latifa, pour accueillir ses paroles dans son propre corps, avec un minimum de gestes et de déplacements. Ce qu’elle réalise là est exceptionnel d’intelligence et de rigueur : il n’en fallait pas moins pour rendre compte du combat de Latifa Tir au nom de la dignité humaine. Jean-Pierre Han

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Melle Camille Claudel : De et par Sylvie Adjedj-Reiffers, L’Atelier

florentin. Un fil, quelques documents et lettres suspendus, une femme en robe et tablier du quotidien… Ainsi nous apparaît Mlle Claudel, dans un dénuement presque absolu, sans fioritures scéniques pour éviter que ne se disperse la parole de l’artiste ! Ainsi nous est contée de sa propre bouche bonheurs et émerveillements, errements et tourments de la géniale Camille dans sa fulgurance créatrice. Dans la simplicité nue du plateau, entre archives et missives, revivent par la seule voix de la comédienne tous les protagonistes et contemporains : son frère Paul, autorités de tutelle et marchands, amis et créanciers, surtout Rodin… « Camille Claudel n’est pas une folle, elle est une femme mal née », affirme avec conviction Sylvie Adjedj-Reiffers. « Le quotidien de Camille Claudel, le quotidien de la femme, hier, aujourd’hui : les mots sont les mêmes, les maux sont les mêmes ». Un spectacle à la force tranquille, l’émotion au cœur même de l’acte de création. Yonnel Liégeois

Santa Muerte : Avec Yumi Fujitani et Stan Briche, dans une mise

©Jimmy Boury

en scène de Marine Mane, LaScierie. Danse élégiaque, danse de mort, danse païenne ? Sous leurs masques venus d’ailleurs, quand le masculin le dispute au féminin dans leurs énigmatiques et splendides costumes, se posent-s’exposent-s’opposent-reposent les deux danseurs-comédiens : qui est l’homme, qui est la femme ? Peu importe au final, pour l’une et l’autre la mort s’invite au pas chaloupé, au chassé-croisé des mouvements finement ciselés : paradoxalement bienveillante, accueillante, reposante ! « Du kitsch, du bizarre, du baroque », commente la metteure en scène Marine Mane. Le spectateur ne peut que confirmer, envoûté par cette cérémonie mortuaire d’une étrange beauté, apte à redonner ses couleurs à la vie. Dans la même soirée, mêlant théâtre et danse, musique et vidéo, la compagnie In Vitro propose aussi deux autres spectacles, À mon corps défendant et Atlas. Yonnel Liégeois

Bernard Dimey Père&Fille, une incroyable rencontre : De et par Dominique Dimey, Le Cabestan. Quand la gamine de Châteauroux monte à Paris pour faire l’artiste, elle croise souvent un type de grande stature. Sympa ce Bernard, avec lequel elle se lie… Pour découvrir, au fil du temps et des rencontres, que ce Dimey, l’auteur de la fabuleuse Syracuse chantée par Henry Salvador, n’est autre que son propre père dont elle ignorait l’existence ! Une rencontre incroyable, que l’une et l’autre poursuivront et nourriront de tendresse et d’émotion. Un spectacle musical au goût étrange et particulier, chargé de sentiments partagés. Un spectacle témoignage, un spectacle hommage au poète et parolier qui, trop méconnu du grand public, fut clamé par les plus grands noms de la chanson française : Charles Aznavour, Yves Montand, Serge Reggiani, Henri Salvador, Juliette Greco, Mouloudji, Michel Simon… Émouvant, poétique, tendre et percutant, un spectacle salué à l’unanimité par la critique. Yonnel Liégeois

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