Archives de Catégorie: La chronique de Léo

Ariane n’a pas perdu le fil

La comédienne fait œuvre pie, à l’écrit comme à l’écran et à la scène ! Ariane Ascaride publie Bonjour Pa’, une suite de lettres adressées à son père disparu. Une façon de revivre son enfance à Marseille dans un quartier populaire.

 

Il faut s’y faire, il y aura bien une littérature du confinement. Ariane Ascaride, par exemple, publie Bonjour Pa’(1), une suite de lettres adressées à son père – depuis longtemps disparu – écrites dans la première période de ce retrait forcé de toute vie sociale. Tout se passe comme si la comédienne fêtée grâce, entre autres, aux films de son mari Robert Guédiguian, soudain privée d’entrer en scène dans le Dernier Jour du jeûne (2) de Simon Abkarian, mettait à profit ce temps suspendu pour revivre son enfance à Marseille dans un quartier populaire, auprès de ce père, immigré italien, aimant et taiseux. Le flux des souvenirs se mêle au jour le jour à des réflexions sur l’état débilitant du monde, tel que recraché en continu par la télévision, ainsi qu’à des réflexions, tantôt amusées, tantôt mélancoliques, sur la vie de famille touchée par la contrainte par corps, imposée par la maladie qui rôde, invisible et omniprésente.

Le premier mérite de ces Lettres au fantôme de mon père, tel est le sous-titre, est dans le caractère généreux d’un exercice épistolaire extrêmement intime, qui renvoie sans cesse à l’expérience commune. Ariane Ascaride n’oublie jamais, dans ses évocations, la présence latente des autres, ceux d’abord dont la précarité sociale accroît le mal-être. L’isolement à domicile induit une attention neuve aux détails ; un rayon de soleil fortuit, une fleur scrutée de près, une photo surgie d’un tiroir, une musique de Debussy autrement écoutée… Il y a aussi la rue déserte, parcourue en allongeant son pas de femme masquée, avec soudain des bouffées de colère devant l’injustice criante qui gère une société en souffrance. L’ère de l’enfance vécue sous l’étendard des Trente Glorieuses n’en est que plus chérie, quand bien même il fallut se résoudre, un matin de grand vent, à libérer, avec les frères, les cendres du père à la Sainte-Baume.

On découvre, dans ces pages frémissantes de tendresse, la mémoration émue de Didier Bezace parti en mars, avec qui Ariane avait joué Il y aura la jeunesse d’aimer, florilège de textes d’Aragon et Elsa Triolet, à laquelle est rendu un bel hommage en passant. Avec Bonjour Pa’, Ariane Ascaride fait œuvre pie, de tout son tempérament chaleureux de femme ô combien vivante, profondément nature, à l’écrit, comme à l’écran et à la scène, où l’on brûle de la revoir au plus vite, quand enfin sera conjuré le sinistre. Jean-Pierre Léonardini

(1) Au Seuil, 125 p., 15€, en librairie depuis le 21/01/21. (2) Le Dernier Jour du jeûne devrait être repris, à l’automne, au Théâtre de Paris.

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Simon Abkarian et la mère Méditerranée

En septembre 2018, Simon Abkarian présentait son diptyque « Au-delà des ténèbres », composé du Dernier jour du jeûne et de L’envol des cigognes. Avec Ariane Ascaride, nouvelle et mirifique mère Courage, un bel hommage à la mère Méditerranée. Enregistrée au Théâtre du Châtelet, une pièce diffusée le 22/01 sur France 5, à revoir sur France TV jusqu’en septembre 2021.

 

 Accueilli au Théâtre du Soleil où il a laissé de si beaux souvenirs, Simon Abkarian y montait un diptyque de sa main, mis en scène par ses soins avec une troupe nombreuse, soit Le dernier jour du jeûne et L’envol des cigognes, deux « tragi-comédies » que nous avions déjà eu la chance de découvrir ailleurs. À cette seconde vision, le bonheur est non seulement intact mais approfondi.

L’œuvre, en son entier, constitue une sorte d’ode lyrique au pourtour méditerranéen, qui mêle avec force et tendresse la matière mythique à l’expérience vécue(Abkarian a passé son adolescence à Beyrouth, alors en guerre) avec toutes les ressources d’une langue violemment charnelle, sertie de métaphores hardies et de saillies expressives, dans un incessant mouvement scénique au cours duquel les acteurs poussent à bras les décors de maisons blanches (Noëlle Ginefri Corbel) qu’on pourrait dire à la grecque dehors et dedans. L’histoire d’une famille dans quatre coins de rue, d’abord en paix, avec des êtres vivants et chaleureux, puis en armes dans le fracas des mitrailleuses. L’ensemble dessine une fresque haute en couleur, où le politique sinue en tous sens dans les affects autour d’Ariane Ascaride, mirifique mère courage, mère Méditerranée au don de double vue.

Plaisir violent à la vision d’une histoire à moult rebondissements incarnée sans ambages, racontée par des corps parlant d’une vérité criante en hommage fervent à l’être des femmes dans leurs aspirations multiples, du rêve d’amour au désir de réalisation de soi, de l’intellectualité livresque au dol du viol qui conduit à la soif de vengeance. À ces jeux-là font merveille Chloé Réjon, Océane Mosas, Maral Abkarian, Pauline Caupenne, Délia Espinat-Dief, Marie Fabre, Catherine Schaub. La phalange masculine n’est pas en reste : Abkarian en père sévère, juste, bon, Serge Avédikian en formidable fou shakespearien, Davis Ayala en boucher mordu par le péché d’inceste, Igor Skreblin en guerrier raisonnable, Assaâd Bouab en jeune type à la tête près du bonnet, Victor Fradet, Laurent Clauwaert, Eric Leconte, Eliot Maurel, infiniment crédibles, changeant de peau en un clin d’œil.

Le désir, l’amour, le deuil, la culpabilité tirent le fil rouge de cette humanité. Comme chez Sophocle. Du théâtre populaire dans sa noble acception retrouvée, avec le goût bénéfique du partage chéri au plus haut prix, jusqu’à la mort consentie dans le tenace métier de vivre dressé contre le fanatisme. Je n’en dis pas plus, lecteur, vas y voir toi-même. À toi de jouer. Jean-Pierre Léonardini

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Denis Lavant, autoportrait du poète en saltimbanque

Acteur infiniment  singulier, plutôt discret, Denis Lavant se livre dans Échappées belles. Presque un autoportrait du poète en saltimbanque. En tout cas, un artiste d’exception en sa maturité d’éternel jeune homme.

 

Denis Lavant se révèle dans un livre intitulé Échappées belles (1). C’est d’autant plus précieux que cet acteur infiniment singulier, en relief permanent, entré à 17 ans dans l’univers cinématographique de Leos Carax, sous la direction duquel il a tourné des films ineffaçables (Boy Meets Girl, Mauvais Sang, les Amants du Pont-Neuf, Holy Motors), ne se répand pas volontiers ici et là, tout à la passion violente de jouer, qui lui est une raison d’être au lieu de ne constituer qu’un métier. Il s’assume fièrement en artisan et en histrion. Il ne s’abrite pas sous le parapluie des théories théâtrales – que cependant il connaît – mais se réclame avant tout de la poésie, qu’il fréquente assidûment ; Rimbaud et Artaud à son chevet. La poésie lui est, en somme, un gage de vérité pratique.

Acteur de corps souple et d’instinct sûr, gardant en tête Charlie Chaplin et Harpo Marx, sans oublier Jean-Louis Barrault dans les Enfants du paradis, film dont il révère toutes les grandes figures, Denis Lavant creuse depuis ses débuts déjà lointains (en monocycle dans la rue, où il fit, en Belgique, ses armes avec ardeur) un sillon qui n’appartient qu’à lui, d’emblée reconnaissable. Il peut donc être sur scène le peintre Francis Bacon, Louis-Ferdinand Céline, Ubu et Néron, aussi bien que le type quasi mutique de la Dernière Bande, de Beckett, et tant d’autres personnages, tandis qu’avec Claire Denis, dans le film Beau Travail, il fut un sous-off de la Légion étrangère… À le lire, on saisit mieux ce qu’a de compulsif en lui le grave désir impérieux de jouer. En 2003, lors de la grève des intermittents au Festival d’Avignon, n’en pouvant plus de l’inaction, on pouvait le voir hanter la ville de nuit pour d’improbables performances gratis pro Deo. Cet été-là, je l’ai vu et entendu réciter Un coup de dés jamais n’abolira le hasard, le poème de Mallarmé, en jonglant avec des quilles !

Dans des pages au ton vif, il évoque ses père et mère, ses rencontres, sa famille d’aujourd’hui, livre des réflexions sur des metteurs en scène qui l’ont choisi. Il rapporte aussi son amour pour la Russie, terre de poésie, dont il a appris la langue sur le tas. Curieux de tout, jusque dans les marges de l’écriture dans ses confins les plus insolites, Denis Lavant nous offre ainsi un autoportrait pudique, aux traits fermes sans fard, en quoi il se distingue, sans forfanterie, comme un artiste d’exception en sa maturité d’éternel jeune homme. Jean-Pierre Léonardini

(1) Le livre a pour origine des entretiens avec Anaïs Umano.

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Anne Sylvestre, une sorcière pas comme les autres !

Elle écrivait les paroles et la musique qu’elle interprétait à sa façon, si personnelle. Anne Sylvestre a quitté la scène du monde à 86 ans, le 30 novembre à Paris. Laissant à sa suite une tresse de chansons mémorables, déjà fêtées et classiques de son vivant.

 

Anne Sylvestre s’est éteinte le 30 novembre à Paris, à l’âge de 86 ans, des suites d’un AVC. Étincelante carrière (fêtée il y a deux ans, après une ultime tournée et un triple CD, Florilège : 60 ans de chanson, déjà !), entamée en 1950 à la rude école des cabarets successifs où elle côtoyait Barbara, Brassens, Moustaki… Il y eut la Colombe, le Cheval d’or à la Contrescarpe, le Port du salut, Chez Moineau, les Trois Baudets. Riche époque où des textes à vocation poétique, dans des lieux clos enfumés et hantés par des publics fervents, participaient à la reconstruction morale du pays.

En 1962, à Bobino, elle passe en première partie du chanteur de charme Jean-Claude Pascal. À l’Olympia, elle précède Bécaud en scène. Brassens, sur la pochette du deuxième 25 cm d’Anne Sylvestre, écrit : « On commence à s’apercevoir qu’avant sa venue dans la chanson, il nous manquait quelque chose et quelque chose d’important ». La voilà adoubée à juste titre. Ne l’a-t-on pas souvent qualifiée de « Brassens en jupons » ? En octobre 1963, c’est la sortie d’un 45 tours avec ses premières Fabulettes, ces bijoux de paroles à destination de l’enfance, qu’elle sèmera tout au long de son existence et qui ouvriront de jeunes cœurs, jusqu’à aujourd’hui, de mère en fils et en fille.

Entre 1963 et 1967, elle est couronnée à quatre reprises par le grand prix international du disque de l’académie Charles-Cros. En 1968, elle quitte la maison Philips pour confier ses intérêts à Gérard Meys, avant de fonder, après un énorme succès au Théâtre des Capucines, sa propre maison de disques, simplement baptisée Sylvestre, distribuée par Barclay. Son premier album sous ce label personnel sera, en 1973, les Pierres de mon jardin. Un an plus tard, de Marie Chaix, sœur d’Anne Sylvestre, sort un livre, Les lauriers du lac de Constance, qui fait la lumière sur le passé de leur père, Albert Beugras, qui fut le bras droit de Philippe Doriot, fondateur du Parti populaire français (PPF), plus que compromis dans la collaboration. D’Anne, ce passé fut une blessure secrète, effleurée dans une ou deux chansons.

Une guitare qui la protégeait de sa timidité native

En 1969, elle avait enregistré, avec Boby Lapointe, un titre d’anthologie, Depuis l’temps que j’l’attends mon prince charmant. Entre 1975 et 1978, elle sort cinq albums et chante pour la première fois avec des musiciens, sans la guitare qui protégeait sa timidité native, laquelle participe de son charme. Son premier enregistrement public s’effectue à l’Olympia, en 1986. Partageant l’affiche avec la chanteuse québécoise Pauline Julien, l’année suivante, Anne goûtait au théâtre avec la création de Gémeaux croisées, dans une mise en scène de Viviane Théophilidès. Ce spectacle connut une longue tournée en France, en Belgique, au Québec. En 1989, ayant écrit paroles et musique des chansons, elle tenait le rôle-titre de cette pièce que j’avais écrite, la Ballade de Calamity Jane, mise en scène par Viviane Théophilidès. C’était joué au Bataclan, salle mythique où le petit-fils d’Anne, Baptiste Chevreau, perdit la vie à 24 ans, lors du massacre du 13 novembre 2015. Autre blessure.

La collaboration théâtrale avec Viviane Théophilidès s’est poursuivie avec – à destination du jeune public – Lala et le cirque du vent (texte et musique d’Anne), avec la chanteuse Michèle Bernard, sa « sœur de scène ». Ce fut ensuite la Fontaine-Sylvestre, où Anne et Viviane revisitaient de concert l’univers enchanteur du grand fabuliste. Entre 1990 et 1992, escortée au piano par Philippe Davenet, Anne partait en tournée avec son Détour de chant. Le musicien François Rauber, arrangeur émérite, fut fidèle à Anne jusqu’à sa mort en 2003, l’année où elle publiait l’album Partage des eaux, suivi, en 2007, d’un autre intitulé Bye mélanco. Plusieurs écoles portent son nom. Ses titres sont désormais classiques, depuis la Faute à Eve jusqu’à Gay, marions-nous et Non, tu n’as pas de nom, en passant par Une sorcière comme les autres, les Amis d’autrefois, tant d’autres. Anne était déjà infiniment populaire et noble, soit un classique de la poésie chantée. Jean-Pierre Léonardini

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Lagarce, le jeune homme pressé

Décédé en 1995, l’auteur et metteur en scène Jean-Luc Lagarce s’impose aujourd’hui comme un jeune classique de la scène contemporaine. Sous la plume de Jean-Pierre Thibaudat, paraît Lagarce, une vie de théâtre. Le juste portrait définitif d’un grand jeune homme pressé.

 

L’étoile de Jean-Luc Lagarce n’est pas près de pâlir. Depuis sa mort, le 30 septembre 1995, ses pièces sont traduites en trente langues. L’une d’elles, Juste la fin du monde, a fait l’objet d’un film du cinéaste ­québécois Xavier Dolan, primé à Cannes en 2016. Elle est au programme du baccalauréat. De Jean-Pierre Thibaudat, paraît Lagarce, une vie de théâtre (1). C’est une monographie ­synthétisant le destin de l’auteur-metteur en  scène enlevé précocement par le sida (il en disait, par euphémisme, « ce que vous savez »), qui est désormais un jeune classique de la scène contemporaine.

En 2007, Jean-Pierre Thibaudat publiait chez le même éditeur, intimement lié à la vie du sujet, le ­Roman de Jean-Luc ­Lagarce. L’ouvrage actu­el, enrichi­ de la connaissance du journal de Lagarce et de témoignages inédits, constitue le juste portrait définitif d’un grand jeune homme (1,88 m) pressé, qui mena sa vie au rythme de l’incendie, mit en scène, écrivit sans répit tout en cultivant l’amitié avec pudeur, chercha l’amour dans maintes brèves rencontres et subit le pire avec stoïcisme. Suivant la chronologie, Thibaudat part de la naissance, le 14 février 1957, à ­Héricourt (Haute-Saône). Famille ouvrière protestante. Père et mère travaillent chez Peugeot. Études à Besançon. Lectures à perte de vue. Cours de théâtre en amateur. Jean-Luc Lagarce, à 20 ans, fonde sa compagnie, la Roulotte, avec une poignée d’amis qui ne le quitteront plus, dont la comédienne Mireille Herbstmeyer et François Berreur alors jeune premier, plus tard éditeur à l’enseigne des fameux Solitaires Intempestifs, du beau titre même d’une pièce de Lagarce.

Débuts sous le signe de la vache enragée, rencontre avec Théâtre Ouvert, dirigé par Micheline et Lucien Attoun, reconnaissance progressive du metteur en scène et, plus tardive, de l’auteur qui prend son bien où il le trouve (Tchekhov, Ionesco, Kafka…) et dont chaque texte, à la fin, s’avère de l’ordre auto­biographique en filigrane, jusqu’au bouquet final de chefs-d’œuvre résolus : Juste la fin du monde, donc, le Pays lointainDerniers remords avant l’oubliles PrétendantsJ’étais dans la maison et j’attendais que la pluie vienne… Un livre chaleureux, avec tact, empli d’infor­mations puisées aux meilleures sources, qui font encore plus aimer celui qui sut, dans sa brève existence comme dans son œuvre, tresser le tragique avec l’humour. N’est-ce pas ce qui fait tout le prix de la figure de Jean-Luc ­Lagarce, ­définitivement entré dans le monde des voix chères qui se sont tues ? Jean-Pierre Léonardini

(1) Éditions Les Solitaires Intempestifs, 200 pages, 10 euros.

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Jean-Pierre Vincent, le théâtre en deuil

Grande figure du théâtre public,  Jean-Pierre Vincent est décédé le 4 novembre. Parti du jeune Brecht iconoclaste, ce grand metteur en scène et pédagogue a exploré l’art du théâtre de A à Z et occupé de hautes fonctions dans son métier. Sans renoncer à le relier à une société en perpétuel changement.

 

C’est dans ce moment lugubre où le monde est malade et le théâtre public interdit de séjour qu’on apprend, le cœur serré, la mort de Jean-Pierre Vincent, le 4 novembre, des suites du virus. Ceux qui l’ont connu, ne serait-ce que par son talent étincelant de metteur en scène sans cesse au service d’une foule d’auteurs divers, son sens de la fraternité partageuse et sa probité proprement républicaine de directeur d’institutions d’envergure, ne peuvent qu’être minés par le chagrin. Il devait créer, dès que possible, l’Antigone de Sophocle au Théâtre national de Strasbourg.

Né à Paris en 1942, c’est dans le groupe théâtral du lycée Louis-le-Grand, aux côtés de Jérôme Deschamps, Michel Bataillon et Patrice Chéreau, qu’il fait des débuts de comédien, avant de signer sa première régie, en montant Amal et la lettre du roi du grand écrivain bengali Rabindranath Tagore. L’année d’après, c’est la Cruche cassée de Kleist puis, en 1963, des Scènes populaires du fameux caricaturiste balzacien Henri Monnier. La troupe de Louis-le-Grand, dont il partage deux ans durant la direction avec Patrice Chéreau, s’est vite professionnalisée. À l’invitation de Bernard Sobel, elle se produit à Gennevilliers puis à Sartrouville, dans le théâtre fraîchement créé par Claude Sévenier.

Des spectacles marqués du sceau d’une effervescence intense

En 1968, c’est la rencontre avec le germaniste et traducteur Jean Jourdheuil (on lui doit notamment la révélation de Heiner Müller en France). Ils œuvrent de concert à la mise en jeu de thèses du jeune Brecht, au rebours de l’ossification, ici et là, du grand écrivain officiel de la RDA. Cela donne de mémorables réalisations, coupantes, vitaminées, sarcastiques, de la Noce chez les petits bourgeois (1968) au Théâtre de Bourgogne et de Tambours et trompettes au Théâtre de la Ville, adaptation par Brecht d’une pièce de George Farquhar, auteur britannique férocement comique, quasi contemporain de Molière.

J’ai des souvenirs vifs des spectacles de cette époque, marquée du sceau d’une effervescence intense, quand Vincent et Jourdheuil s’attaquaient, à la Brecht, à la pièce de Goldoni  le Marquis de Montefosco (1970, au Grenier de Toulouse) et, la même saison, aux Acteurs de bonne foi de Marivaux, à la Cagnotte de Labiche (1971, au Théâtre national de Strasbourg) ou, au TNP de Planchon, à Capitaine Schelle, Capitaine Eçço de Serge Rezvani puis, du même auteur, au Camp du drap d’or. Vincent et Jourdheuil, as du détournement, fondaient en 1972 le Théâtre de l’Espérance, sous l’égide duquel ils organisèrent des œuvres de Brecht ( Dans la jungle des villes), de Büchner ( Woyzeck) et de Grabbe ( Don Juan et Faust), sans négliger un auteur vivant, tel Jean-Claude Grumberg ( En revenant de l’expo). Au Palace, alors encore un théâtre, même menacé, c’était la Tragédie optimiste de Vichnievski, âpre réflexion sur le bolchevisme face à l’anarchisme. Au Palace, leur tandem fonde le Théâtre expérimental populaire (Tex-Pop). Une revue, Rebelote, au ton incisif, paraît brièvement.

Le TNS, le Français, les Amandiers…

Jean-Pierre Vincent est nommé en 1975 à la tête du Théâtre national de Strasbourg. Il prend en main l’école et se lance dans un rigoureux travail d’expérimentation autour du réalisme et, au terme d’une sérieuse réflexion, définit les rapports avec l’institution et refonde dûment les liens avec les collectivités locales et nationales. Époque particulièrement fertile avec le compagnonnage d’André Engel et les créations marquantes de Germinal   d’après Zola (adaptation de Michel Deutsch), le Misanthrope (1977), Vichy-Fictions (1980), textes de Bernard Chartreux et Michel Deutsch sur l’ère pétainiste, et Palais de justice (1981), formidable exercice hyperréaliste sur la misère du monde au tribunal. En 1980, il y avait eu Peines d’amour perdues de Shakespeare dans la traduction de Jean-Michel Déprats, une réussite enchanteresse. Jean-Pierre Vincent, nommé administrateur général de la Comédie-Française de 1983 à 1986, ne souhaitera pas, à ce poste, jouer rebelote. Il n’y était pas à l’aise, peu porté à la posture régalienne obligée. Du moins révéla-t-il au Français la figure singulièrement poétique de Jean Audureau, avec Félicité, surgeon flaubertien sublimement interprété par Denise Gence. Il fait entrer au répertoire le Suicidé de Nicolaï Erdman, et Six personnages en quête d’auteur de Pirandello.

Il succède à Chéreau à Nanterre-Amandiers. Il y fait flèche de tout bois d’hier à ­aujourd’hui avec, de Musset, Fantasio puis On ne badine pas avec l’amour et les Caprices de Marianne, jusqu’à Princesses de Fatima Gallaire, en passant par Sénèque ( Thyeste, en 1994) et, à nouveau, Woyzeck de Büchner. En 1996, il est invité à créer, à la Comédie-Française, le drame historique de Gérard de Nerval Léo Burckart, sur l’intellectuel romantique devant l’action. Pensant au relais, il met le pied à l’étrier, entre autres, à Stanislas Nordey. Dès 2001, infiniment autonome, il crée Studio libre avec Bernard Chartreux et se consacre assidûment à l’enseignement et à la mise en scène à l’École régionale d’acteurs de Cannes, où il relève magnifiquement le défi des Pièces de guerre d’Edward Bond, puis à l’École nationale supérieure des arts et techniques du spectacle, sise à Lyon. Dommage que la plupart de ces réalisations-là, moins courues, réservées aux écoles, d’une maîtrise absolue, n’aient pu légalement toucher un public large ! En revanche, en 2008, c’était à l’Odéon, l’École des femmes, travail magistral mené avec le concours de Daniel Auteuil dans le rôle d’Arnolphe et qui fut aussi, à Avignon, sa ville natale, un Scapin d’anthologie. En quelque cent mises en scène, que de beaux succès mérités, l’un des derniers avec les Prétendants de Jean-Luc Lagarce.

Travailleur inépuisable et joyeux compagnon à l’esprit loustic

Familier de Molière et Brecht, Vincent a également chéri Shakespeare et la tragédie grecque, amenant volontiers cette dernière sur des rives actuelles. C’est à partir de Roger Planchon et de Brecht qu’il avait entamé son parcours de vie d’artiste. Fidèle en amitié et en collaboration (le peintre Chambas notamment, les comédiens Philippe Clévenot, Alain Rimoux, Évelyne Didi, Christiane Cohendy, Bernard Freyd, la liste est longue), travailleur inépuisable et joyeux compagnon à l’esprit loustic, Jean-Pierre Vincent occupe dans l’histoire du théâtre français une place capitale. N’est-il pas urgent de le marteler dans un temps d’oubli au sein du grand dégueulis d’images qui noie la pensée ?

À la fin de ce balayage, trop hâtif et bref, de la vie d’un homme qui déclarait humblement « Mon métier, c’est le texte, les acteurs et les planches », on se sent coupable de n’avoir pu mieux signifier sa vertu civique et sa puissance artistique dans un moment historique donné. Jean-Pierre Léonardini

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Frictions passe « L’oasis » en revue

Le neuvième hors-série de la revue Frictions est paru. Il est consacré à la plateforme d’expérimentation Siwa, « l’oasis » en français. De l’Irak à la Tunisie, un concert de paroles fortes et neuves, escortées de superbes photographies.

 

Le coronavirus nous pompe l’air. Parlons plutôt du neuvième hors-série de la revue­ Frictions, animée par le critique Jean-Pierre Han (1), par ailleurs rédacteur en chef des Lettres françaises. La livraison s’intitule Siwa plateforme d’expérimentation« Siwa », en arabe, signifie « l’oasis ». Textes en français et en arabe.

On explore, à plusieurs voix, une passerelle artistique à vocation égalitaire née il y a douze ans, dans un but d’échange ­fraternel entre gens de théâtre et intellectuels français, d’autres appartenant à l’Irak mutilé et à la Tunisie, dans la ville sinistrée de ­Redeyef, haut lieu d’une vie syndicale intense, fer de lance de fières revendications nées de l’exploitation, dès 1903, des mines de phosphate. Ensemble passionnant, dans la mesure où l’on découvre une multitude d’éléments à méditer. François Tanguy, du Théâtre du Radeau, partie prenante dans l’aventure, affirme d’emblée : « Nos gestes ont rencontré les leurs. Leurs corps, leurs voix, leurs rythmes ont croisé les nôtres, pour inaugurer un espace et un temps où tout se réinvente. »

D’un blog anonyme, issu de Bagdad, jaillit ce cri : « Nous voulons, nous exigeons le réel –  de nos vies – qui valent après tout autant que vos ­marchés de dupes sur nos épaules, dos, pieds, mains écrabouillées dans votre suie… » La Franco-Tunisienne ­Yagoutha Belgacem, experte en mise en scène, à l’origine de Siwa, occupe à juste titre une place importante, ne serait-ce, entre autres, qu’avec son évocation des sites agissants qu’ont déjà été, en toute réciprocité, Paris, Amman en Jordanie, Oran, Bagdad, Besançon, Le Mans, Tunis et Redeyef. La philosophe Nadia Tazi, à partir de l’Orestie, passe au crible la notion de « catharsis » au regard de la pensée arabe. Le philosophe marocain Arafat Sadallah interroge l’acte de traduire, à propos du texte du poète irakien Khaz’al Madji, dont le Hamlet sans Hamlet a été monté à quatre mains par Michel Cerda et Haythem Abderrazzaq (Irak), lequel revient sur sa riche expérience sous le titre « Lecture de la différence ». Youssef Seddik, anthropologue et islamologue, spécialiste de la Grèce antique, ausculte « Eschyle chez les Arabes ». Marianne Dautrey, dans « La ligne d’une tentative… », définit le sens de la marche de Siwa.

De superbes photographies escortent à point nommé ce concert de paroles fortes tellement neuves. Jean-Pierre Léonardini

(1) Frictions : 160 p., 15€. Théâtres-écritures, rédaction et abonnements : 27 rue Beaunier, 75014 Paris (Tél. : 01.45.43.48.95). Web : frictions@revue-frictions.netwww.revue-frictions.net

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Wenzel, sur la « voix » de garage !

À Cosne-sur-Loire, une bourgade de la Nièvre (58), Jean-Paul Wenzel a inauguré le Garage Théâtre ! En compagnie de sa fille Lou, comédienne, et d’une joyeuse bande de passionnés… Un lieu original qui redonne sens à la décentralisation.

 

Jean-Paul Wenzel a inauguré, à Cosne-sur-Loire (58), un lieu magnifiquement original qui abrite la compagnie La Louve, animée par sa fille Lou, et la Dorénavant Cie, qu’il dirige (1). Il a acquis un ancien garage, avec l’habitation attenante. Au prix de l’énergie de l’espoir et de l’huile de coude généreusement dépensée, le Garage Théâtre a offert son premier festival du 31 août au 6 septembre. Arrivé le 3 septembre, je n’ai pas pu voir, le regrettant, la mise en espace, de et par Lou Wenzel, de Max Gericke, pièce de Manfred Karge. Je n’ai pas vu l’Arbre monde, une ode au monde végétal conçue et interprétée par Sylviane Simonet. Je n’ai pas vu et entendu Gérard Morel dans ses chansons douces-amères. Je n’ai pas vu, en hommage au sol nourricier, Terre arable, qu’a écrit et interprété Lorène Menguelti, escortée par le musicien Pierre Wolff. Pour un envoyé spécial, ça la fout mal d’avouer ce qu’il n’a pas vu. Croyez-moi sur parole, je les connais, ceux que je n’ai pas vus. J’en réponds les yeux fermés...

En revanche, j’étais à la lecture surprise, par la jeune Nina Le Poder et Lou Wenzel, de la Fleur de pissenlit, formidable nouvelle noire de Wolfgang Borchert. Le soir même, c’était, par Hovnatan Avédikian, Mounir Margoum, Lorène Menguelti et le joueur d’oud syrien Hassan Abd Alrahman, une très belle mise en espace de Tout un homme, de Jean-Paul Wenzel, si fraternelle plongée dans l’existence des immigrés maghrébins, naguère encore envoyés au charbon. Le 4, ce fut la surprise de la lecture, par Lorène Menguelti, de la Récolte des hannetons, un texte sien, d’une belle coulée de prose poétique dans la quête de ses origines berbères. Le soir, Denis Lavant, acteur de génie, acteur d’air et de feu, a révélé à un public littéralement soulevé, l’écriture foudroyante de Jean-Pierre Martinet, auteur de la Grande Vie, partition tragico-obscène qui semble un peu, pour l’esprit, d’un Beckett avec trop de mots et d’un Céline en proie à l’opium. Samedi 5, il y eut, sous un grand arbre, pour clore le bal des mots dits, une offrande plurielle d’ordre poétique, au gré des goûts des artistes toujours présents. À la nuit, la mise en espace d’Oma, texte puissant d’Arlette Namiand sur une allégorie de femme mère de toutes les guerres du siècle dernier, était jouée par Martine Bertrand, Lou Wenzel et Anne-Gabrielle Lia-Aragnouet au violoncelle.

Au Garage Théâtre, en toute rigueur et intégrité, se dessine une relance de l’œuvre de décentralisation qui refait sens. Jean-Pierre Léonardini

(1) Le Garage Théâtre, 235 rue des Frères-Gambon, 58200 Cosne-sur-Loire, le.garage.theatre@gmail.com

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Valletti, le rire et l’injure en Avignon

Un cycle de lectures a suppléé l’absence forcée du Festival d’Avignon. Qui s’achevait le jeudi 23 juillet avec deux pièces de Toutaristophane, auquel Serge Valletti s’est attelé durant des années. Six volumes à découvrir aux éditions de l’Atalante.

 

C’était jeudi dernier, dans le cloître du Palais des papes, la soirée de clôture du cycle de lectures intitulé « Le souffle d’Avignon » ouvert le 16 juillet. Une initiative lancée par Les Scènes d’Avignon, le groupement de cinq théâtres permanents et conventionnés de la ville : le théâtre du Balcon, celui des Carmes, du Chêne Noir, du Chien qui fume et le théâtre des Halles qui proposaient la découverte de divers textes d’auteurs contemporains.

Au cœur de la ville inanimée, belle endormie, passé la Cour d’honneur sans gradins, rendue à sa nudité initiale, on débouche en plein air sur un vaste demi-cercle de sièges prudemment espacés devant une scène en longueur. Puis il faut descendre quelques marches pour assister sur des fauteuils rouges, toutes distances gardées, à la réjouissante lecture, dirigée par Nadjette Boughalem, d’extraits de Las Piaffas, pièce que Serge Valletti, natif de Marseille, désormais citoyen d’Avignon, a composée d’après les Oiseaux d’Aristophane (né vers 450 avant J.-C.). Platon a pu dire que « les Muses, en cherchant un temple qui ne disparut jamais, trouvèrent l’âme d’Aristophane ». Serge Valletti a passé des années sur son Toutaristophane. Travail de Romain !

Las Piaffas donc. Grands sifflets très drôles, Mourad Boulhali et Omar Dhamane figurent les deux citoyens d’Athènes, las de payer des impôts, qui passent par les nuages pour fonder une cité idéale au royaume des créatures à plumes, lesquelles (Hadria Cheraga, Boris San-­Miguel, Véronique Couder, Ayse Baska, Djalem Assia, issus d’une troupe d’amateurs), toutes en noir, en postures de volatiles divers avec les cris qui vont avec, forment un chœur strident escorté par le musicien Denis Brailleur. Belle et bonne mise en jambe.

C’est le tour des Marseillais. Serge Valletti l’a tirée des Cavaliers. Voilà une grosse satire sur les mécontentements rassis des classes moyennes du bord de mer, en butte au clientélisme, aux pots-de-vin, à la prévarication, aux combines juteuses (Talleyrand, un expert, les nommait « douceurs diplomatiques »). Cela se donne autour d’un brelan d’as constitué par Philippe Caubère dans le rôle d’Artus Tartagueule, marchand ambulant de pieds-paquets, concurrent putatif de Rastaquouère (Bruno Raffaelli), intendant véreux de Madame Marseille, vivante allégorie dont la partition est livrée avec une grâce aiguë par Ariane Ascaride. Marius (Serge Barbuscia) et Olive (Laurent Montel) ouvrent le bal des invectives contre Rastaquouère, que Raffaelli dessine en formidable matamore débraillé qui va se livrer, avec Caubère, à une lutte homérique truffée de bravades poivrées, dans un concours d’imprécations tordantes avec l’accent, qui fait tout le sel d’une entreprise verbale sans peur et sans reproche, dont la vis comica infaillible peut faire chavirer les délicats à la bouche en cul-de-poule. Le Marseillais en moi est comblé. Et pas tout seul !

C’est d’une invention raffinée dans l’injure, le mot cru, la malédiction grandiose. Coluche, personnage aristophanesque, ne disait-il pas : « Toujours grossier, jamais vulgaire » ? Tiens, j’en connais une, qui me revient depuis l’école : « Qu’il te vienne la gale, les bras trop courts et le trou du cul plein d’abeilles ! » Tout est de cette verve dans la lecture guidée par l’auteur, à laquelle ont participé Charlotte Adrien, Gilbert Barba, Jean-Marie Cornille, Vanina Delannoy, Anthéa Sogno et la jeune Théodora Sogno-Caubère. Jean-Pierre Léonardini

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Vitez, un Soulier à son pied !

Antoine Vitez s’est éteint le 30 avril 1990 à l’âge de 59 ans. Cela fait trente ans et trois mois. En ce mois de juillet, l’Ina lance la réédition du DVD qui restitue sa mise en scène du Soulier de satin de Paul Claudel. Un spectacle-monde éblouissant.

 

Ce que nous vivons ces jours-ci ne nous fait pas oublier que le temps n’est pas un, mais plusieurs. Nous le vivons contradictoire et éclaté. Pour ceux qui ont connu Antoine Vitez, il est donc loisible de revoir l’artiste, l’homme et le citoyen tel qu’il fut, de le remémorer dans la levée d’images du souvenir : son théâtre, sa pensée née d’une intelligence si vive, ses sentences devenues proverbiales (« Un théâtre élitaire pour tous », « On peut faire théâtre de tout… ») . Entre le 12 et le 16 juillet, devaient avoir lieu, à la Maison Jean-Vilar d’Avignon, deux journées à lui consacrées, tandis que le 7 aurait déjà vu là-bas, sous l’égide de l’Institut national de l’audiovisuel (INA), le lancement du DVD tant attendu qui restitue sa mise en scène du Soulier de satin, de Paul Claudel, sans conteste un spectacle-monde éblouissant, à l’échelle du génie pléthorique du poète. L’INA a maintenu néanmoins la sortie du DVD, sans toutefois l’inauguration officielle.

Il est prévu que plus tard, au gré d’un mieux envisageable des circonstances sanitaires, une plus grande visibilité médiatique soit rendue possible pour la promotion de ce film, qui permettra à d’autres générations d’en être émues à leur tour. Ces informations émanent de la Société des amis d’Antoine Vitez, qu’animent avec ferveur ses filles, Jeanne et Marie. Elles font également savoir que la traduction en langue russe de textes d’Antoine, regroupés sous le titre l’École, vient d’être achevée par Elena Naoumova. Elle doit être envoyée pour relecture au Gitis (Institut national des arts du théâtre), la grande école moscovite. L’Institut français de Russie soutient cette traduction et son édition. En France, nous disposons chez Gallimard d’un fort ouvrage (612 pages), Le théâtre des idées, constituant une anthologie d’écrits d’Antoine Vitez proposée par Danièle Sallenave et Georges Banu.

À l’heure où le théâtre dans son ensemble, qu’il soit public ou privé, du haut en bas de l’échelle, se trouve frustré du droit de cité, n’est-il pas juste de ranimer la flamme des maîtres ? Vitez en fut un, comme Jouvet et Vilar, à ce titre digne d’être lu, médité, dorloté dans la mémoire nationale de l’art dramatique, qu’il a dûment enrichi et rénové, au fil d’expériences joueuses et graves qui ont engendré une dynastie d’acteurs souplement aguerris, infiniment libres qui, à leur tour, essaiment. Jean-Pierre Léonardini

Un coffret d’anthologie

Le chef d’œuvre incontournable, les douze heures de la mise en scène historique du Soulier de satin de Paul Claudel. Pour la première fois, audacieux Vitez, la pièce était montée en intégrale : une nuit magique, Cour d’honneur du Palais des papes, en juillet 1987 ! Signée Yves-André Hubert, la captation fut réalisée au Théâtre national de Belgique en 1988. Une mise en scène lumineuse, une magistrale interprétation, des comédiens inoubliables : Ludmila Mikaël, Didier Sandre, Robin Renucci, Jean-Marie Winlig, Anne Benoît, Valérie Dréville… (Un coffret de quatre DVD, avec un livret de 36 pages. 39,95 €).

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