En août 1956 à Berlin Est, il y a 70 ans, disparaît Bertolt Brecht, reconnu comme l’un des plus grands dramaturges du XXe siècle. Aux éditions de La Fabrique, Olivier Neveux publie Brecht et les Mauvais Temps Nouveaux. Un essai rafraîchissant sur les rapports entre théâtre et politique, presque une somme philosophique.

Ce n’est pas parce qu’on cherche l’ombre, comme les chats, qu’on doive s’abstenir de lire, par exemple, cet ouvrage d’Olivier Neveux, qui vient de paraître, sous le titre de Brecht et les mauvais temps nouveaux. Il rafraîchit considérablement la réflexion sur le théâtre et la politique, à l’aune de ce qui se vit – ici, maintenant – d’excessivement inquiétant en ces domaines. L’affadissement généralisé du théâtre public, battu en brèche par les successifs « décideurs culturels » de droite, à présent directement menacé par l’ascension programmée de l’extrême droite, nécessitait une étude de cette importance. Ce livre est en effet une somme, quasi philosophique.

Il plonge ses racines dans l’histoire contemporaine du théâtre, sans jamais négliger son essence depuis l’origine, en même temps qu’il analyse les rapports soutenus avec l’État sous ses formes diverses, jusque sous le nazisme et sa suite. C’est en cela que la figure de Brecht est convoquée sans répit, en ses multiples et diverses prises de position au regard de l’Histoire, dont il eut à subir, en son temps, les convulsions impensables qu’il parvint à penser. Au fil de pages serrées, abondamment nourries par une érudition renversante maniée par le dialecticien affirmé qu’est Olivier Neveux, s’impose le tableau vivant d’une éthique possible de la résistance, doublée d’une observation critique générale, qui va jusqu’à passer au crible d’une analyse aiguë quelques spectacles renommés et discutés d’à présent.
“S’impose le tableau vivant d’une éthique de la résistance”
Après l’introduction, « Pourquoi le théâtre », la démonstration s’établit en chapitres à l’intitulé éloquent : « Tenir la distance », « Former le savoir », « Jouer le jeu », « Rendre le monde amical » et « Au-dessus d’un abîme ». Il n’est pas indifférent qu’hommage soit rendu à Bernard Sobel, qui a traversé l’histoire du théâtre en Allemagne et en France avec une autorité qui s’impose toujours. Il n’est certes pas le seul à être cité à comparaître, dans ce panorama exhaustif des maîtres de théâtre qui ont mûri leur pratique, jumelés à la foule de philosophes et de poètes qui ont dûment mis la main aux conceptions singulières d’un art qui s’éloigne à première vue, mais dont l’importance essentielle demeure criante. Il y a surtout, dans cet essai percutant, d’une écriture à l’élan communicatif d’un qui ne mâche pas ses mots, la vieille et sempiternelle question lancinante qui se pose sur la grande scène de la société soumise à l’horreur économique : « À qui appartiennent les moyens de production ? » Bertolt Brecht, lecteur de Marx, savait la réponse. Jean-Pierre Léonardini
Brecht et les mauvais temps nouveaux, Olivier Neveux (éditions la Fabrique, 312 p., 20€).















































