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Ulysse, escale en Avignon

Au théâtre du Balcon, en Avignon (84), Serge Barbuscia présente le Syndrome d’Ulysse. Écrite à quatre mains avec Ali Babar Kenjah, à partir de la figure mythique du guerrier rusé, une pièce qui présente le héros d’Homère comme l’archétype aujourd’hui du migrant. Un spectacle musical harmonieusement rythmé, au cours duquel le lyrisme du texte le dispute à la joie collective de jouer.

Barbuscia lui-même incarne le choryphée, en référence familiale, au nom de son arrière-grand-mère de Sicile, la Nonna Nina, chassée par la faim, un jour embarquée avec ses enfants sur un esquif pour aborder au port de Tunis. Au début du siècle dernier, 130 000 Siciliens affamés ont ainsi dû immigrer vers les côtes africaines. Il cite encore sa mère, quittant la Tunisie pour Marseille avec ses trois rejetons. Ali Babar Kenjah situe Le syndrome d’Ulysse « entre le retour impossible et l’intégration inachevée ». Il a étoffé la partition verbale d’allusions aux îles des Caraïbes, en évoquant le poète anglophone Derek Walcott, né à Sainte-Lucie, prix Nobel 1992, auteur de l’épopée Omeros, frère en esprit d’Aimé Césaire et d’Édouard Glissant.

Barbuscia, de son côté, apporte au bien commun sa dilection pour Pablo Neruda, qu’il a illustrée en montant Tango Neruda. Rien n’est omis du caractère infiniment cruel de l’exil forcé, de la cupidité des passeurs, des risques de mort par noyade ou des réactions de rejet. Ce qui fait, en même temps, le bien-fondé du Syndrome d’Ulysse est à voir dans les vertus du jeu théâtral. Autour de Serge Barbuscia évoluent quatre interprètes de haut vol, aptes à mêler la profération à la mise en corps musicale. Lorsque Aïni Iften et Théodora Carla chantent recto tono d’une voix d’entrailles, cela devient bouleversant. Bass Dhem est un harmoniciste accompli.

Jérémy Bourges assure la direction musicale en polyglotte averti et pianiste virtuose : du classique au swing, de la salsa au tango. Les costumes d’Annick Serret concourent, sous la lumière de Sébastien Lebert, à la validité esthétique d’un acte théâtral dont l’objectif affirmé est de donner à entendre et à voir « l’humanité invisible des malheurs du monde », et ce, par le biais d’une coopération transatlantique, dont des étapes préparatoires ont eu lieu en Martinique, puis en Casamance (Sénégal), auprès de la compagnie Bou-Saana. Jean-Pierre Léonardini, photos Gilbert Scotti

Le syndrome d’Ulysse, Serge Barbuscia : jusqu’au 25/07, tous les jours à 15h15 sauf le jeudi. Théâtre du Balcon, 38 rue Guillaume Puy, 84000 Avignon (Tél. : 04.90.85.00.80).

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Ubu président, merdre alors !

À l’Arrache-Coeur d’Avignon (84), Isabelle Starkier présente Ubu Président. Une adaptation du chef d’œuvre d’Alfred Jarry, signée Mohamed Kacimi. Deux chômeurs patentés, père et mère Ubu, rêvent devant le frigo vide : gagner l’élection présidentielle.

Père Ubu, imaginé dès 1896 par l’écrivain facétieux Alfred Jarry, était dès ses origines obscures à la fois capitaine de dragons, comte de Sandormir, roi de Pologne, docteur en pataphysique, grand maître de l’ordre de la Gidouille, etc. Désormais, sous la plume de l’écrivain et dramaturge Mohamed Kacimi, qui adapte l’œuvre célébrissime, Ubu veut devenir Président. Le drame, c’est qu’il est élu ! Pour cette nouvelle version, la mise en scène est d’Isabelle Starkier, les musiques signées Alain Territo. Ubu Président est devenu une désopilante comédie musicale. Avec Stéphane Miquel, dans la peau grasse du père Ubu, parfait dans ce rôle de grand guignol effrayant. Clara Starkier est une mère Ubu d’une belle sottise, qui roucoule d’amour pour son débile d’époux. Les musiciens comédiens Stéphane Barriere, Michelle Brûlé et Virgile Vaugelade sont autant à l’aise instruments en main que lorsqu’ils chantent ou jouent la comédie.

Mohamed Kacimi a frappé juste. Père Ubu est un beau parleur, qui éructe, harangue des foules avec une démagogie fantastique et n’a qu’un seul et unique but : capter pour lui et ses amis, mais en vérité surtout pour lui, toutes les richesses de la nation. Si l’on efface un peu, juste un peu, la farce, l’image de personnages actuels se matérialise sans la moindre erreur possible. Donald Trump par exemple… Passer de chômeur professionnel à locataire du palais présidentiel ne pose aucun cas de conscience à Ubu. Du moment qu’il y a du fric à faire. Les pauvres seront toujours plus fauchés ? Qu’importe à ces personnages qui flirtent avec les idéologies les plus nauséabondes. Voilà « une réflexion sur les enjeux mondiaux contemporains tout en redécouvrant ce classique de la littérature française », pointe l’auteur.

Le langage vert de père et mère Ubu est conservé, juste un peu modernisé. Leur « risible et terrifiante » ascension sociale mériterait presque que l’on précise dans le programme que « toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé… ». Gérald Rossi, photos Elie Benzekri

Ubu président, Isabelle Starkier : jusqu’au 25/07, tous les jours à 13h sauf les mercredi. Théâtre de l’Arrache-Coeur, 13-15 rue du 58° Régiment d’Infanterie, 84 000 Avignon (Tél. : 09.85.09.97.42).

« Ubu c’est l’emblème du tyran, mais d’un tyran ridicule, pathétique, comme notre 21ème siècle sait en produire à la pelle – à tarte ! C’est celui devant lequel on hésite entre rire et pleurer, celui qui n’a plus même l’air vrai : un dictateur en carton-pâte maquillé sous les oripeaux populistes de la démocratie ». Isabelle Starkier, metteure en scène

« J’ai conçu cette pièce comme un cri d’alarme. À travers les aventures grotesques d’Ubu, je veux montrer comment la démocratie peut basculer, d’un moment à l’autre, dans l’absurde et la violence quand la démagogie l’emporte sur la raison. C’est l’ambition que je porte avec cet Ubu : faire du rire une arme contre l’obscurantisme, rappeler que l’art reste un des derniers remparts contre la folie des hommes ». Mohamed Kacimi, auteur

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De la rumba en Avignon…

Au théâtre des Doms, en Avignon (84), Ascanio Celestini propose Rumba, l’âne et le bœuf de la crèche de Saint François sur le parking du supermarché. Un texte de l’auteur italien superbement interprété par le belge David Murgia, qui prête voix aux paumés de la société.

Sur la scène du théâtre de La Joliette, jour de la création française à Marseille, un castelet cerné de deux rideaux rouges, pour tout décor une peinture minimaliste retraçant les grandes étapes de la vie de François, le saint d’Assise… Il fait nuit, le supermarché a fermé ses portes, le parking est désert. Deux hommes en ont pris possession, ils ont fomenté un court spectacle pour d’éventuels pèlerins que les bus de passage vont déverser là. En échange de quelques sous, de quoi régler le loyer et s’offrir un bon petit repas de Noël ! L’un est musicien, l’autre bonimenteur improvisé. Qui prévoit aujourd’hui de conter aux éventuels croyants, touristes, promeneurs et surtout spectateurs avignonnais, Théâtre des Doms, les grandes heures de la vie de François : pas l’homme embaumé et auréolé par la sainte mère l’Église, mais le brave gars issu d’une riche famille, devenu pauvre d’entre les pauvres, un va-nu-pieds qui embrasse les lépreux et dort à la belle étoile, même par grand froid. Au contraire de comme j’aime point fr, la réclame débile à la télé, la belle étoile, c’est sacrément important la belle étoile…

Presque une vie de clodo, comme celle de Joseph l’africain qui dort là sur le parking, pour l’heure seul spectateur ! Et David Murgia, l’époustouflant conteur et comédien belge, d’entamer alors sa folle et irrésistible Rumba, glissant bien vite de la vie du saint homme à celle de tous les déclassés et marginaux, riches pourtant de qualités blessées ou bafouées. Tel Job, le sympathique manutentionnaire de l’entrepôt, salarié embauché au noir : il ne sait ni lire ni écrire, à la demande du client il trouvera pourtant sans coup férir l’article désiré, à l’heure du déchargement des palettes il saura très exactement où ranger outils et ustensiles. Un pauvre type, penseront certains, un super pote en fait unanimement apprécié de ses collègues !

Un flot, un torrent de paroles soutenu par Philippe Orivel, son complice musicien au clavier et à l’accordéon pour raconter le monde des gens de peu, mal aimés et tous déclassés, le SDF ou les vieux, les exclus et paumés de la planète, même le raciste qui en veut à la gamine tzigane et voleuse qui fume son clope avec arrogance, alors qu’il est perclus de douleur après la mort de sa petite fille d’un cancer fulgurant. « C’est injuste », dit-il, répète-t-il. Tous ceux-là, même lui peut-être, méritent plus et mieux que le mépris ou le rejet : un regard, un sourire, un mot, un bonjour, un bon jour… Toutes et tous des étoiles, « comme celles dans le ciel, mais il y en a tellement qu’on ne peut pas les compter, elles sont trop nombreuses et toutes éparpillées ».

Avec David Murgia, le verbe déferle en un courant impétueux, ininterrompu. Une cascade de mots et de maux prend visage sur les planches. Avec tendresse et émotion, force humour aussi… Aucun bus n’arrivera jusque là, aucun pèlerin n’en descendra, pourtant le parking du supermarché n’est pas désert. Il est noir de monde, habité de tous ces humains invisibilisés dont le comédien nous a brossé le portrait : immigrés, chômeurs, clochardisés, sans papiers, naufragés de la vie. Une charge explosive contre une société qui fabrique exclus et précaires. De l’humanité dignement partagée, tignasse en broussaille et godillot à la main, entre puissance poétique et satire politique. Yonnel Liégeois, photos Asblkukaracha

Rumba d’Ascanio Celestini, David Murgia et Philippe Orivel : jusqu’au 25/07, tous les jours à 19h45 sauf le mercredi. Théâtre des Doms, 1 bis rue des Escaliers Sainte-Anne, 84 000 Avignon (Tél. : 04.90.14.07.99).

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Reggiani, un italien en Avignon

Au théâtre de la Bourse du travail d’Avignon (84), Annick Cisaruk et David Venitucci ont Rendez-vous avec Serge Reggiani. C’est moi, c’est l’Italien / Ouvre-moi, ouvrez-moi la porte… Une immersion poignante dans l’univers du sublime comédien et chanteur : silenzio !

Certes L’Italien, la chanson écrite par Jean-Loup Dabadie, n’est pas inscrite au récital d’Annick Cisaruk. Peu importe, quel récital : la chanteuse et comédienne vit, danse et chante intensément l’univers du copain de Vincent, François, Paul et les autres et de Casque d’or ! Après avoir côtoyé Barbara, Ferré, Aragon, Annick Cisaruk et David Venitucci prêtent musique et voix à Serge Reggiani qui mit à profit ses talents de comédien pour faire exister pleinement ses chansons sur scène. Un spectacle qui explore toutes les époques de Reggiani en gardant la quintessence du répertoire de ce très grand interprète qui a marqué la chanson française et inspiré les plus grands auteurs et compositeurs : de Boris Vian à Jacques Prévert en passant par Georges Moustaki, Jean-Loup Dabadie, Claude Lemesle, Bernard Dimey ou Michel Legrand !

Dans la lignée de leur précédents spectacles, avec l’élégance et l’exigence qui sont leur marque de fabrique, Annick la chanteuse et David l’accordéoniste nous font (re)découvrir la diversité du répertoire du beau Serge sous son meilleur jour. Public collé-serré, ambiance des années 60 dans les caves à musique, le piano à bretelles entame sa litanie. Jusqu’à ce que la dame en blanc, longue crinière caressant les épaules, enchaîne de la voix en l’espace du théâtre de la Bourse du travail d’Avignon… Regard complice, œil malicieux, elle se révèle convaincante, aimante, émouvante ! C’est vrai que c’est pas exprès, comme le chantait l’ami Brel, que le public se découvre « les yeux mouillants » lorsqu’elle entonne Les Loups sont entrés dans Paris d’Albert Vidalie ou Le déserteur de Boris Vian. Des chansons de grande classe qu’elle revisite avec maestria sur des arrangements originaux de son compère musicien. Les deux artistes nous embarquent à la découverte d’un grand poète.

Serge Reggiani ? « On est saisi de la profondeur des textes, ça parle d’amour à vous faire fondre, de la mort « même pas peur », de la misère qu’on ose plus chanter », confesse une spectatrice, « de la folie, des marginaux, de la société, de la guerre, de la dictature … et la drôlerie aussi ! ». La chanteuse n’a rien perdu de ses talents de comédienne lorsqu’elle déclame, en prélude à Quand j’aurai du vent dans mon crâne (Boris Vian) et Sarah (Georges Moustaki), le Pater noster de Prévert et Je n’ai pas pour maîtresse une lionne illustre de Baudelaire… Plus tard, elle fait entendre Le dormeur du val de Rimbaud en introduction au Déserteur. D’ironiques et sublimes instants de poésie, intermèdes à un récital magistralement habité !

C’est en compagnie de Didier-Georges Gabily le grand auteur dramatique trop tôt disparu, que la belle interprète découvre théâtre, littérature et chanson. En 1981, elle entre au Conservatoire de Paris. Sous la direction de Marcel Bluwal, elle joue Le Petit Mahagonny de Brecht au côté d’Ariane Ascaride, régulièrement elle foulera les planches sous la houlette de Giorgio Strehler et Benno Besson. Derrière le micro, elle fait les premières parties des récitals de Pia Colombo et Juliette Gréco. D’hier à aujourd’hui, Annick Cisaruk cultive ses talents avec la même passion. Toujours elle aura mêlé chant, théâtre, comédie musicale. Un moment crucial pour la chanteuse et… l’amoureuse ? Sa rencontre avec les doigts d’orfèvre de David Venitucci ! Du classique au jazz, en passant par la variété, d’une touche l’autre, l’accordéoniste et compositeur libère moult mélodies enchanteresses. Lorsqu’il n’accompagne pas Patricia Petibon ou Renaud Garcia-Fons, Michèle Bernard à la chanson ou Ariane Ascaride au théâtre, en duo ils écument petites et grandes scènes.

De l’Olympia à la petite scène de quartier, Annick Cisaruk éprouve autant de bonheur et de plaisir à chanter. « Je prends tout de la vie », affirme-t-elle avec conviction. Sous le regard d’Ariane Ascaride à la scénographie, fille d’immigrés italiens, un récital de haute intensité, d’une incroyable force de séduction ! Yonnel Liégeois

Rendez-vous avec Serge Reggiani, Annick Cisaruk/David Venitucci : jusqu’au 24/07, tous les jours à 21h sauf les lundi. Théâtre de la Bourse du travail, 8 rue de la Campane, 84000 Avignon (Tél. : 06.08.88.56.00).

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McKay, le poète disparu

Au Théâtre des Halles d’Avignon (84), Lamine Diagne et Matthieu Verdeil présentent Kay ! lettres à un poète disparu. Mêlant jazz, slam et vidéo, l’épopée d’un voyageur infatigable de la Jamaïque à Harlem, de la Russie à Marseille ! Un écrivain et poète dont les combats d’hier résonnent avec ceux de notre temps

Auteur afro-américain d’origine jamaïquaine, Claude McKay est une figure phare de la Harlem Renaissance dans les années 20. Précurseur de l’éveil de la conscience noire, il a inspiré Aimé Césaire et son concept de négritude. Sur la scène du théâtre des Halles, les images d’archives dialoguent avec celles d’aujourd’hui, les paysages du passé rencontrent les visages du présent, Lamine Diagne convoque le poète disparu pour mieux le faire résonner ici et maintenant. Entre musique, textes et poèmes, Lamine Diagne célèbre, dans la diversité, l’unité des langues et des combats. Dévoilant, avec un siècle d’écart, son intimité avec le poète noir sur des questions essentielles : identité et altérité, vivre ensemble et avenir de l’humanité.

Marseille, où McKay vécut de 1924 à 1929, lui inspira deux romans, Banjo et Romance in Marseille (à lire aussi : Retour à Harlem et Un sacré bout de chemin). Il nous faut l’avouer d’emblée, Romance in Marseille ne manque ni d’humour, ni de déraison ! Après moult péripéties, Lafala débarque à Marseille amputé des deux jambes, mais nanti d’un joli magot. Ce qui autorise donc l’ancien docker africain a mené belle vie et bonne chair sur les quais, à fréquenter toujours le monde interlope des bas quartiers de la cité phocéenne. Sous les chaleurs méditerranéennes, l’auteur de ce roman social ? L’américain Claude Mckay, natif de Jamaïque, globe-trotter entre l’URSS et la France, écrivain et militant politique, ardent défenseur de la cause noire aux États-Unis comme en Europe.

Un livre écrit en 1932, le manuscrit disparu jusqu’en 2010, publié en 2021 par un éditeur… marseillais ! Un retour aux sources bienvenu, un formidable roman entre légèreté et gravité, une originale photographie du Marseille des années 30 et de la condition sociale dans les quartiers ouvriers et interlopes. Disponible chez le même éditeur, l’autobiographie de Claude Mckay. Yonnel Liégeois

Kay ! lettres à un poète disparu, Lamine Diagne et Matthieu Verdeil : jusqu’au 25/07, tous les jours à 21h30 sauf le mercredi. Théâtre des Halles, 22 rue du Roi René, 84000 Avignon (Tél. : 04.32.76.24.51).

Autour de McKay, les initiatives

– Le 15 juillet, Théâtre des Halles à 14h, table ronde : Claude McKAY, un poète face au chaos du monde. Cette rencontre réunit artistes, auteurs et penseurs venus d’horizons différents pour relire notre actualité à travers le prisme de la pensée de ce poète vagabond. Comment la voix d’un écrivain du siècle passé peut-elle encore nous saisir avec autant d’acuité ? Que révèle-t-elle des inégalités sociales, des violences contemporaines, des désirs de justice qui traversent nos sociétés ? Autour de la socio-anthropologue Carine Magen, grande connaisseuse des réalités du terrain international, se rassemblent la sociologue et militante Pinar Selek, l’écrivain d’anticipation Alain Damasio, le poète et performeur Mike Ladd, le documentariste Matthieu Verdeil et l’artiste des récits Lamine Diagne (gratuit).

– Le 15 juillet, jardins du Palais des Papes à 19h dans le cadre du Souffle d’Avignon, lecture musicale : Claude McKAY, FIGHTING BACK ! Alain Damasio, Lamine Diagne, Mike Ladd – Slam, freestyle, lectures – accompagnés des musiciens Cédric Bec et Wim Welker, à l’occasion de la sortie de l’Album musical Claude McKAY! Lettres à un poète disparu (gratuit, réservation par mail : scenesdavignon@gmail.com).

– Le 16 juillet, cinéma Utopia d’Avignon à 18h, le film de Matthieu Verdeil : Claude McKay, Errances d’un poète révolté (entrée : 5/7€).

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Soviet Suprem voit Rouge

Jusqu’au 18/07, au Parc de la Villette (75), le Cabaret sauvage fait son Festival d’été. En compagnie de John Lénine et Sylvester Staline qui, voilà plus de dix ans, ont pris les commandes du Soviet Suprem. Armés de leur dernier manifeste Rouge, ils poursuivent leur tournée jusqu’à l’automne. Un putsch jubilatoire !

Le 09/07, le groupe Soviet Suprem nous livre dans son dernier album Rouge de nouvelles salves sacrément bien balancées, tant au niveau des paroles que de la musique. Aux manettes, on retrouve les créateurs aguerris que sont Toma Feterman de La Caravane Passe dans le rôle de John Lenine et le chanteur R.Wan du groupe Java (*) dans celui de Sylvester Staline. Parés de leurs uniformes et de leurs chapkas, ils œuvrent depuis une décennie, parodiant les clichés de l’ère soviétique à coup de jeux de mots, de musiques balkaniques, de rap et de rock. De nombreux artistes participent à leur opus, venus leur prêter main forte pour parfaire la révolution du dancefloor. Les langues se mêlent comme les rythmes, l’uchronie est festive et incisive. Si leur morceau Fashion Facho, en compagnie notamment de la chanteuse brésilienne Flavia Coelho, appelle à la danse, il se charge aussi de mitrailler « Des autocrates bien maquillés en Birkenstock/Des dictateurs du nouveau Reich en coton stretch/Des collabos décolletés en coton bio/Colonialiste en bikini carreaux Vichy ».

De même, On fait le putsch dans la joie et la bonne humeur : « Fils de putsch ni pute ni soumise/ Bienvenue chez l’chti Guevara d’la banquise/Un doigt d’Molotov dans l’cocktail d’entreprise ». Un soulèvement accompagné notamment de la rappeuse d’origine indienne Tracy De Sá. Le tempo se fait plus léger dans Pacifique avec la chanteuse Aurélie Saada et Mourad Musset, du groupe La Rue Ketanou. « J’passe pour un classique/Pacifique/J’passe pour un antique/Pacifique/Sur la mer de tranquillité/Flotte une question nostalgique » : un hymne à la paix qui débarque à point nommé. Au fil des onze titres de l’album, l’ironie blagueuse se déploie et ça fait un bien fou de bouger sur leur Bis trop qui nous offre un rappel endiablé : « Bis trop, mon bistrot, tout va de plus en plus vite sur le tempo/Tout joue de plus en plus fort, fortissimo ». Idem sur leur Hiphop Condrie qui raille les années : « J’ai le rap qui s’dilate/Le hip hop pas au top ». Sur scène, ils enflamment un public intergénérationnel comme en janvier au Trianon.

Leur spectacle est un puissant cocktail contre la morosité qu’ils distribuent en tournée jusqu’à l’automne 2026. Ne les manquez surtout pas ! Amélie Meffre, photos Tijana Pakic

Le festival d’été, Soviet Suprem : le 09/07, 20h. Le cabaret sauvage, Parc de la Villette, 59 Bd Macdonald, 75019 Paris (Tél. : 01.42.09.03.09). Toutes les infos sur : https://soviet-suprem.net

(*) R.Wan nous concocte Epure, un album solo qui sortira le 04/09. Quand au groupe Java qui excelle dans le « rap musette », il revient sur scène lors d’une tournée dès l’automne prochain avec le chanteur jamaïcain Winston MacAnuff.

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 Lingé fait la noce !

Du 09 au 12/07, au Grand Aslon à Lingé (36), se déroule le festival Noces de paroles. Quatre soirées de contes, de musique, de rencontres et de partage sous les arbres et les étoiles. Des récits venus d’ailleurs pour des histoires qui rassemblent.

« Ici, les histoires se racontent à la lueur du soir », confient Armelle et Peppo. Quand les deux bardes arriment leur caravane dans la Brenne, elle conteuse et lui musicien, c’est le coup de cœur ! Moins de tournées, des voisins bienveillants, des habitants passionnés d’histoires d’ici ou d’ailleurs : pari lancé et gagné, le festival Noces de paroles est né. « On s’installe sous les arbres, on écoute le vent dans les feuilles, on partage un verre, un repas, un sourire ». Au premier jour, le 09/07, la soirée sera « Spéciale Martinique » avec Valèr’Egouy : « J’ai commencé à dire à la chorale… Les textes, poèmes et transitions m’étaient souvent confiés, ainsi que la présentation du groupe », explique l’artiste. « En 1989, j’ai pris le chemin des Arts de la Parole et du corps pour apprendre et depuis je marche :Mwen maché, mwen maché, mwen maché… ».

Conteuse-chanteuse et musicienne polonaise d’expression française, Magda Lena Gorska occupera la scène le lendemain. Tout en contribuant au renouveau de l’art du récit dans son pays natal avec la création d’un Festival international à Varsovie, elle s’installe en 2006 en France et devient conteuse professionnelle, en racontant dans la langue qui n’est pas la sienne. Programmée dans de nombreux festivals, elle forme un duo complice avec Serge Tamas, guitariste et compositeur guadeloupéen. Ensemble, ils embarquent le public dans un tourbillon entre univers slave et caraïbes. Le samedi, ce sera le soir de Catherine Gaillard. « Elle vous raconte un mythe, qui n’a l’air de rien. Mais peu à peu vous voilà embarqués, et vous comprenez qu’elle vous emmène dans ces zones sombres et intimes dont on ressort plus riche, certes, mais pas intact », commente le conteur Philippe Campiche.

Noces de Paroles s’achèvera en compagnie de Bérengère Charbonnier et de Kamel Guennoun. Bérengère est une musicienne, chanteuse et conteuse, autodidacte. Elle accompagne sa parole avec des instruments à cordes (guitare, basse, violoncelle, cithare). Kamel Guennoun découvre le conte en 1987 lors du festival « Paroles d’Alès ». Une rencontre qu’il enrichit, cévenol d’adoption, par des références à ses racines kabyles ! Associé au Centre méditerranéen de littérature orale (CMLO), il explore divers répertoires (cosmogoniques et philosophiques), souvent inspirés par sa grand-mère hier conteuse dans les villages kabyles. Ses spectacles intègrent des éléments musicaux comme le chant, le violon, le violoncelle ou l’accordéon. Philippe Gitton

Noces de paroles, Armelle et Peppo : du 09 au 12/07, de 18h30 jusqu’à minuit. Le Grand Aslon, 36220 Lingé (Tél. : 06.16.25.66.54).

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Festivals, Avignon et les autres

Le 04 juillet, la Cité des Papes (84) frappe les trois coups de la 80ème édition de son festival. Durant trois semaines, le théâtre va squatter la capitale du Vaucluse. Et déborder hors les remparts pour le meilleur et le pire… Un feu de planches hors norme, d’Avignon à d’autres festivals d’été : Bussang, Châteauvallon, Cosne-sur-Loire, Île de France, Paris, Pont-à-Mousson, Sarlat, Grignan.

« Pour célébrer sa 80e édition, le Festival d’Avignon brandit le drapeau des questions. Questions poétiques et politiques, intimes et collectives, théâtrales ou chorégraphiques, en français ou en coréen », souligne son directeur Tiago Rodrigues, « cette utopie culturelle fondée par Jean Vilar, qui se répète et se réinvente depuis 1947, est une fête célébrant le partage des questions entre artistes et public ». Et de poursuivre : « Dans une époque minée par de mauvaises réponses, parfois trop simplistes pour mieux diviser une société déjà dramatiquement polarisée, il est plus que jamais nécessaire de se rassembler pour cultiver l’amour des questions et la beauté du doute ». Lors de cette 80ème édition, il est donc proposé une programmation composée d’une pluralité de voix artistiques, reflétant la diversité des visions du monde dans le respect absolu de la liberté d’expression et de création… « À Avignon, les gens se rassemblent, de plus en plus nombreux, pour découvrir les multiples questions portées par les artistes et ils s’unissent à travers des échanges nourris par une pensée libre et critique », conclue le dramaturge portugais et ordonnateur de la manifestation. Une déclaration d’intention que nous faisons nôtre, pour la proclamer d’emblée hors les remparts et affirmer sa pérennité toute l’année !

C’est la raison d’être des Chantiers de culture, formulée autrement par Antonin Artaud, « extraire, de ce qu’on appelle la culture, des idées dont la force vivante est identique à celle de la faim ». Avec le théâtre, parmi tous les arts comme expérience privilégiée, rencontre inattendue et parfois improvisée du vivant avec des vivants, qui a le don de transformer une foule en peuple, des consciences isolées en communautés d’esprit, des interrogations individuelles en émotions partagées. Quand la force d’une réplique passe la rampe, ce n’est plus une troupe de saltimbanques qui fait face à une masse de spectateurs, c’est l’humanité qui fait spectacle ensemble : qu’il soit « dégénéré » ou avant-gardiste, l’art est fondamentalement expression de l’humain en construction ou en interrogation de son devenir. Que cet art se nomme littérature, peinture, théâtre ou autre, peu importe, il importe juste que la rencontre de l’un se fasse avec l’autre, que l’un et l’autre prennent conscience de leur irréductible nécessité pour exister en humanité. D’où l’enjeu de se remémorer les propos de Jean Zay et d’affirmer haut et fort que demeure d’une urgente actualité le renouveau de la réflexion autour de ce que l’on nommait éducation populaire en des temps pas si reculés ! Sans céder aux sirènes de l’opposition factice entre populaire et élitaire : le populaire recèle les ressources de l’élitaire, l’élitaire s’offre sans retenue au populaire !

Avignon, in et off

Ainsi en va-t-il du IN d’Avignon. Des noms de metteurs en scène, des titres d’œuvres peuvent guider le festivalier en perdition sur le pont de cette 80ème édition : Thésée, sa vie nouvelle – Guy Cassiers avec Valérie Dréville (Vedène, 12-24 juillet), Un procès – après l’ennemi du peuple – Christiane Jatahy avec Wagner Moura (Gymnase du lycée Aubanel, 11-22 juillet), 1, 2, 3 Poquelin avec le tg STAN (Carrière de Boulbon, 13-25 juillet), The Last Hamlet – Ben Duke (Cloître des Célestins, 17-24 juillet), Le Pas du monde – Collectif XY (Cour d’Honneur du Palais des Papes, 22-25 juillet), Cuckoo, The History of Korean Western Theatre et Haribo Kimchi – trois mises en scène du coréen Jaha Koo (Gymnase du lycée Mistral, 5-15 juillet), CAPRA (Une Chèvre) – Jeanne Candel (Gymnase du lycée Mistral, 19-25 juillet)… Un choix forcément partiel et partial qui n’oblige en rien, sinon de ne point chuter aveuglément dans la fosse aux artistes !

Et le risque est multiplié par cent et mille face au catalogue pléthorique du Off qui déploie aussi ses festivités du 04 au 25/07. Où le beau côtoie le laid, l’exigence esthétique le banal divertissement, l’engagement citoyen la platitude consumériste… Aussi, vaut-il mieux d’abord s’attarder sur la programmation de quelques lieux emblématiques où prime le choix de l’art avant celui de la recette : Avignon-Reine Blanche, le Théâtre des Halles, la Bourse du travail, La Chapelle du verbe incarné, le Théâtre des Doms, Présence Pasteur, Le chêne noir, Le Théâtre des Carmes, Le chien qui fume, Espace Alya, 11*Avignon, Le petit Louvre, l’Artéphile, La Manufacture, La Rotonde, la Scala, les Lila’s, Au coin de la lune, les Corps saints, Contre courant, Les Lucioles… Dans ce capharnaüm des planches (1780 spectacles, 1432 compagnies, 7 000 artistes, 600 techniciens. 141 théâtres, 248 salles), tout à la fois charme et déplaisir de l’événement, il est jouissif d’oser aussi le saut dans l’inconnu : en se laissant porter par le bouche à oreille, en se laissant convaincre par le prospectus offert en pleine rue !

D’un festival à l’autre…

« Il y a exactement 60 ans naissait une Utopie réaliste nommée Châteauvallon ; aujourd’hui, sur la colline, elle continue de vibrer comme une réalité flamboyante« , clame Charles Berling, le directeur de la Scène nationale. Jusqu’au 28/07 à Châteauvallon (83), entre musique, sauts périlleux, mots doux ou furieux, repas au clair de lune… Pour un dépaysement garanti, du 16/07 au 13/09, rendez-vous est pris à Bussang (88) au cœur de la forêt vosgienne où, cathédrale laïque en bois qui a fêté ses 130 ans, le Théâtre du Peuple arbore fièrement sur son fronton sa devise légendaire « Par l’art, pour l’humanité » depuis 1895 !

Un site mythique, célébré par Romain Rolland, où chaque année la foule s’enthousiasme de la prestation des comédiens amateurs entourant les professionnels, marque de fabrique du lieu, s’émerveille à la traditionnelle ouverture des lourdes portes du fond de scène à chaque représentation. Au programme de l’été 2026, parmi moult propositions, Hériter des brumes, un feuilleton théâtral en six épisodes… « C’est l’histoire d’une troupe de théâtre, composée d’acteurices et d’auteurices d’aujourd’hui, qui tentent de reconstituer l’aventure du Théâtre du Peuple, cent trente ans après sa création. C’est une quête pour essayer de comprendre ce qu’est une utopie et ce que peut l’utopie, pour nous, aujourd’hui. Il y a dedans beaucoup d’amitiés et de passions, des fantômes, deux guerres mondiales, le village de Bussang, des histoires d’amour, des histoires de famille, d’innombrables crises, d’innombrables réconciliations, des arbres, des paysages… et des spectacles, beaucoup de spectacles ».

Quant au Garage Théâtre (58) où s’invitent chaque année de grosses cylindrées, la sixième édition de son festival se déroulera du 26 au 30/08. Sous la conduite de Jean-Paul Wenzel et de Lou, la directrice artistique des lieux, s’affichent à nouveau quelques sacrés comédiens, prompts à dépoussiérer les planches ! Le 26/08, Jean-Louis Martinelli mettra en scène Les coloniaux d’Aziz Chouaki avec le comédien Hammou Graïa. Le lendemain, Jacques et Léon Bonnaffé squatteront l’espace et le 27/08, Sylvain Maurice présentera son fabuleux Projet Barthes interprété par Vincent Dissez. Le samedi, Jean Paul Wenzel et Jean Yves Chir proposeront une œuvre musicale de Mauricio Kagel (une critique assez acerbe du fascisme) interprétée par un grand et reconnu chef d’orchestre, trois musiciens professionnels et des musiciens de l’harmonie de Cosne-sur-Loire. Le 30/08 à 18h, « Les diablotines » feront leur entrée : un texte écrit par Jean-Paul Wenzel, interprété par cinq comédiens amateurs, dont quatre jeunes femmes ayant participé à des ateliers théâtre.

S’annonce aussi la fameuse Mousson d’été, le rendez-vous incontournable pour qui veut partir à la découverte des écritures contemporaines ! Au cœur de la Lorraine, à Pont-à-Mousson (54), le superbe et prestigieux site de l’Abbaye des Prémontrés ouvre ses portes aux auteurs dramatiques, aux metteurs en scène, aux universitaires, aux comédiens et au public pour venir écouter le théâtre d’aujourd’hui. Du 21 au 27/08, un authentique terrain de rencontres nationales et internationales avec lectures, mises en espace et spectacles, un temps comme suspendu en bord de Moselle où s’écoulent et s’écoutent joyaux et pépites qui irrigueront les scènes du futur.

En Île de France Les Tréteaux de France, le Centre dramatique national dirigé par Olivier Letellier, seront présents du 03 au 06/07 sur l’île de loisirs de Créteil (94), du 21 au 26/07 sur celle du Port aux cerises de Draveil (91), du 31/07 au 05/08 sur celle de Cergy-Pontoise (95). Entre ateliers et lectures, ils présenteront moult spectacles de diverses formes tout à la fois virtuoses, esthétiques, parfois bordéliques et acrobatiques ! Sans oublier le festival Paris l’été qui, du 11/07 au 04/08, propose cirque-danse-musique et théâtre aux quatre coins de la capitale, ni le Théâtre de verdure dans le bois de Boulogne jusqu’au 27/09. Lyon (69) organise ses Nuits de Fourvière jusqu’au 25/07, Sarlat (24) son 74e Festival des Jeux du Théâtre du 18/07 au 03/08, le plus ancien de France après Avignon, Grignan (26) ses Fêtes nocturnes jusqu’au 22/08 !

Quelles que soient vos destinations vacancières, à chacune et chacun, lecteur des Chantiers de culture, bel été, folles escapades et superbes évasions culturelles. Yonnel Liégeois

Une sélection de RDV en Avignon

– Exposition : Au cœur de la Maison Jean Vilar, Antoine de Baecque présente Les clés du Festival : une sélection exceptionnelle de photographies, films, enregistrements sonores, témoignages, affiches, programmes, notes et correspondances inédites, décors emblématiques, dessins originaux, maquettes et costumes de légende… Une exposition pour revivre la grande aventure du Festival d’Avignon des origines à nos jours, l’occasion d’en explorer l’histoire, d’en comprendre les enjeux et les grandes étapes. C’est tout le premier étage de la Maison Jean Vilar qui est squattée pour l’occasion ! Pour s’immerger, cœur et corps, dans les créations qui ont fait les grandes heures du festival : du Prince de Hambourg signé Jean Vilar au Mahabharata de Peter Brook, de L’école des femmes de Didier Bezace au Cesena d’Anne Teresa de Keersmaeker… À travers un itinéraire bis, Julien Gosselin ouvre les coulisses de sa création pour la Cour d’honneur et partage son regard d’artiste et de spectateur du Festival.

– Débat : Le 14/07 à 16h30 au Cloître St Louis, le Syndicat de la critique organise ses Conversations critiques. Un moment privilégié où critiques et spectateurs débattent des spectacles du Festival, de l’avenir du IN et du OFF. Un temps fort aussi pour s’interroger sur l’art et le contenu de la critique, son rôle et sa place dans le paysage médiatique (à lire : Qu’ils crèvent les critiques ! de Jean-Pierre Léonardini, paru aux Solitaires intempestifs).

– Media : Le 18/07 à 23h30, Arte présente Maldoror. Dans la cour d’honneur du palais des Papes, Julien Gosselin fait dialoguer l’œuvre de Roberto Bolaño et le lyrisme noir de Lautréamont. Dix ans après son adaptation de 2666, il s’engouffre à nouveau dans les textes de l’un et de l’autre. À travers ces deux auteurs, qui ont sondé chacun à leur manière, à plus d’un siècle d’intervalle, la violence humaine, ses origines et ses zones d’ombre, le metteur en scène s’interroge sur les liens qu’entretiennent la littérature et le mal, l’art et le crime…De l’Uruguay, qui vit grandir Lautréamont, au Chili de Pinochet, dont Bolaño subit la violence, du Paris des poètes maudits aux nuits de Mexico en passant par les chambres d’écrivain de Barcelone, Julien Gosselin compose un théâtre-monde où s’enchevêtrent les époques, les langues et les continents.

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1947, Jean Vilar et Avignon

En septembre 1947, naît le festival d’Avignon lors de l’exposition Une semaine d’art en Avignon. Futur directeur du TNP à Chaillot (75), Jean Vilar propose trois créations, dont le Richard II de Shakespeare dans la Cour du Palais des papes… Paru dans le mensuel Sciences Humaines, un article de François Dosse.

Jean Vilar, comédien et metteur en scène, veut, dans l’après-guerre, dépasser la frontière de classe qui subsiste au plan culturel entre l’élite et le grand public. Au Théâtre national populaire (TNP), il cherche à concilier le répertoire avec une mission de divertissement capable d’attirer un nouveau public. Son ambition : réunir ceux qui ont déjà le goût et la pratique du théâtre et ceux qui n’ont pas encore sauté le pas. Pour lui, le théâtre « ne prend sa signification que lorsqu’il parvient à assembler et à unir ». En 1955, une polémique éclate entre Jean-Paul Sartre et Vilar : le premier, qui défend l’idée d’un théâtre à thèse, politiquement engagé dans une stratégie de rupture idéologique, reproche au second sa pratique d’un théâtre bourgeois. Jean Vilar lui répond indirectement : « Pour moi, théâtre populaire, cela veut dire théâtre universel ».

C’est fortuitement que Jean Vilar a trouvé le lieu idéal pour réaliser son projet et créé le Festival d’Avignon qui émergera comme rendez-vous incontournable, avec des manifestations théâtrales des plus diverses. À l’origine, il n’est question que de programmer trois spectacles pour accompagner, en 1947, une exposition d’arts plastiques : « Avignon devient, dans l’imaginaire de l’équipe du TNP, un berceau, un tremplin, un puits de jouvence », écrivent Emmanuelle Loyer et Antoine de Baecque (1). Le Festival s’impose rapidement comme un site privilégié d’expérimentation, d’aventure créative avant de rejoindre le théâtre de Chaillot à Paris, qui accueille les représentations après l’été. Il est encore aujourd’hui le creuset séminal de la création théâtrale.

En ces années 1950 des débuts du Festival d’Avignon, l’expression théâtrale se renouvelle radicalement. Le théâtre de l’absurde d’Eugène Ionesco et de Samuel Beckett a déjà pris ses distances avec le psychologisme. En attendant Godot, la pièce du second, parue en 1952, met en scène l’isolement des individus et leur incapacité à communiquer dans un monde dénué de sens. C’est aussi le succès du principe de distanciation de Bertolt Brecht, qui rompt avec le procédé classique d’identification, et dont Roland Barthes se fait le fervent défenseur. Il soutient le TNP de Jean Vilar et contribue à travers ses articles à élargir son public. Dans le cadre de son activité de critique théâtral, il assiste, enthousiaste, à une représentation par le Berliner Ensemble de Mère Courage de Bertolt Brecht au Théâtre des Nations en 1955 : il voit dans le dramaturge allemand celui qui réalise au théâtre ce qu’il a l’ambition de faire en littérature.

À l’été 1968, la contestation de mai perdure et se radicalise encore en se déplaçant vers le Festival d’Avignon, faisant cette fois le procès de la politique incarnée par Jean Vilar. On l’accuse de s’être transformé en valet de la culture bourgeoise. Alors qu’il a concocté un programme particulièrement moderne avec le Ballet du 20e siècle de Maurice Béjart et la troupe du Living Theatre dirigée par Julian Beck et Judith Malina, il est la cible d’attaques virulentes. Jean Vilar voit fleurir sur les murs de la ville les affiches qui s’en prennent à lui, le « Papape » : « Les échauffourées dans les rues et sur la place de l’Horloge se multiplient, les CRS chargent à plusieurs reprises. Le Festival est devenu un meeting permanent (1) ». De la place de l’Horloge à la place des Carmes, l’effervescence est à son comble. Le public est appelé à investir la scène et le théâtre se déplace dans la rue, donnant naissance à un Festival parallèle, le Off. On revendique un théâtre gratuit, populaire, innovant, spontané et critique. Comme l’écrit Claude Roy, le 21 août 1968 dans Le Monde, les contestataires font payer à Jean Vilar l’échec politique et social de Mai 68. François Dosse

(1) Histoire du Festival d’Avignon, d’Emmanuelle Loyer et Antoine de Baecque (Gallimard, 648 p., 42€).

Le théâtre, service public, de Jean Vilar, 80 textes rassemblés par Armand Delcampe (Gallimard, 568 p., 35€90). Le théâtre citoyen de Jean Vilar, d’Emmanuelle Loyer (PUF, 260 p., 18€). Avignon, le royaume du théâtre, d’Antoine de Baecque (Découvertes Gallimard, 128 p., 15€80). Le festival d’Avignon 2026 se déroule du 04 au 25/07.

Dès sa création, Chantiers de culture a inscrit le mensuel Sciences Humaines sur sa page d’ouverture au titre des Sites amis. Un excellent magazine dont nous conseillons vivement la lecture.

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Châteauvallon, un bel été

Depuis le 26 juin et jusqu’au 28 juillet, Châteauvallon (83) inaugure la nouvelle édition de son Festival d’été. Une scène magique entre salle couverte et amphithéâtre, pinède et cigales. Pour la dernière année sous la férule de Charles Berling, son emblématique directeur.

Charles Berling découvre le théâtre à quinze ans en jouant au sein de l’atelier théâtre, créé par son frère aîné, Philippe Berling, au lycée Dumont-d’Urville de Toulon. Après son baccalauréat et une formation de comédien, il intègre le théâtre national de Strasbourg dirigé par Jean-Louis Martinelli. En parallèle à une carrière théâtrale, aux côtés des plus grands metteurs en scène (Moshe Leiser, Jean-Pierre Vincent, Bernard Sobel, Claude Régy, Alain Françon, Jean-Louis Martinelli, Ivo van Hove etc…), il se fait connaître du grand public par le film Nelly et Monsieur Arnaud de Claude Sautet et surtout, en 1996, Ridicule de Patrice Leconte. Cinquante rôles au théâtre, tout autant au cinéma, diverses mises en scène, la publication de trois romans : une carrière exceptionnelle !

En 2010, la ville de Toulon confie à Charles et Philippe Berling la direction du Théâtre Liberté qui ouvrira ses portes au public en 2011. En 2015, le Liberté, alors co-dirigé par Charles Berling et Pascale Boeglin-Rodier, et Châteauvallon dirigé par Christian Tamet, obtiennent ensemble le label Scène nationale, sous le nom de Châteauvallon-Liberté. En 2018, ces deux institutions culturelles majeures de l’agglomération toulonnaise sont réunies par une même direction, assurée depuis 2020 par Charles Berling seul, tout en poursuivant son activité artistique.

Il adapte au théâtre avec Philippe Collin et Violaine Ballet le podcast à succès de France Inter, Léon Blum, une vie héroïque, écrit et réalisé par Philippe Collin. Cet évènement théâtral participatif suscite un immense engouement. Récidivant avec la même équipe cet été, avec Les Résistantes. En 2025, travaillant sur l’œuvre de Lars Norén, il met en scène pour la première fois en France C’est si simple l’amour à Châteauvallon-Liberté. Qu’il présente en diptyque avec Lost and Found au théâtre de l’Atelier à Paris, jusqu’au 28/06. Au fil des jours d’un bel été chaud à Châteauvallon, Chantiers de culture se fera grand plaisir à revenir sur tous ces événements. Yonnel Liégeois

Châteauvallon, festival d’été : jusqu’au 28/07. Châteauvallon, 795 Chemin de Châteauvallon, 83190 Ollioules (Tél. : 09.80.08.40.40).

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En avant, la musique !

Dans les colonnes du journal Politis, un appel à la « résistance » face à l’extrême droite et à la concentration est lancé par plus de 1200 acteurs du monde de la musique. Parmi les premiers signataires Voyou, November Ultra, Médine, Yann Tiersen, IAM, Planète Boom Boom, MC danse pour le climat, Les Fatals Picards, Renaud, Bernard Lavilliers, Barbara Pravi, Les Ogres de Barback ou encore Ebony…

Après l’édition, la presse, ou la culture avec la publication de la tribune contre la main mise de Vincent Bolloré lors du Festival de Cannes, c’est au tour du monde de la musique de se mobiliser. Plus de 1 200 artistes, techniciens, travailleurs ont lancé un appel à la « résistance » face à l’extrême droite et à la concentration, publié par Politis le 18 juin. « Nous regardons l’élection présidentielle de 2027 avec inquiétude, nous nous alarmons vivement du risque de basculement officiel du pays à l’extrême droite dans une poignée de mois », écrivent les signataires, parmi lesquels des artistes comme Voyou, November Ultra, Médine, Yann Tiersen, IAM, Planète Boom Boom, MC danse pour le climat, Les Fatals Picards, Renaud, Bernard Lavilliers, Barbara Pravi, Les Ogres de Barback ou encore Ebony.

Et pour cause, « la musique est un champ de bataille démocratique », estiment-ils dans ce texte intitulé « La musique en résistance : l’Appel des 1 000 », dans lequel ils refusent de laisser « s’imposer des représentations fondées sur l’exclusion, le repli et la hiérarchie des vies » et de courir « le risque d’une mise au pas ». Un danger qui se double, affirment-ils, d’une concentration « devenue une réalité structurante, où une poignée de groupes occupe une position dominante ». Pour faire face, « l’heure n’est plus à la simple résistance ». « Nous avons besoin d’un projet commun : une culture fondée sur la coopération plutôt que la concentration, sur la proximité plutôt que le gigantisme, sur les communs plutôt que les monopoles », plaident ces acteurs du monde de la musique.

Pour prendre part à « lutte contre cette propagation réactionnaire en cours » et faire « converger (leurs) forces au-delà de (leurs) scènes, de (leurs) esthétiques et de (leurs) secteurs », un collectif baptisé « Cultures Futures » a été officiellement lancé en parallèle au Point Éphémère à Paris, selon Franceinfo.

Pour rejoindre l’appel, rendez-vous ici

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Le palmarès 2025/26 de la Critique

Le 15/06, sur la scène de l’Opéra-Comique (75), le Syndicat de la Critique Théâtre-Musique-Danse a dévoilé son palmarès pour la saison 2025/26. Le Grand Prix du théâtre est attribué à Pétrole de Sylvain Creuzevault, celui de la danse pour À l’ombre d’un vaste détail, hors tempête de Christian Rizzo et celui de la musique à Iphigénie en Tauride de Christoph Willibald Gluck.

Cette saison 2025/2026, nous avons aussi beaucoup apprécié : Le projet Barthes (Sylvain Maurice), Psicofonia (Faustine Noguès), Les petites filles modernes, titre provisoire (Joël Pommerat), Le petit prince (Jean Bellorini) et L’école des femmes (Frédérique Lazarini). Yonnel Liégeois

Théâtre

Grand Prix, meilleur spectacle de l’année : Pétrole, d’après Pier Paolo Pasolini, mise en scène de Sylvain Creuzevault

Prix Georges Lerminier, meilleur spectacle créé en province : La Maison de Bernarda Alba, de Federico García Lorca, mise en scène de Thibaud Croisy. Création à La Filature, Scène nationale de Mulhouse

Prix Laurent Terzieff, meilleur spectacle théâtre privé : En attendant Godot, de Samuel Beckett, mise en scène de Jacques Osinski

Prix de la meilleure comédienne : Suzanne de Baecque dans Mémoire de fille, d’Annie Ernaux. Adaptation et mise en scène de Veronika Bachfischer, Sarah Kohm & Elisa Lero

Prix du meilleur livre sur le théâtre : Scènes féministes. Histoire d’un théâtre militant dans les années 1970, de Lorraine Wiss (ENS Éditions, Lyon, 2026).

Danse

Grand Prix, meilleur spectacle de l’année : À l’ombre d’un vaste détail, hors tempête, de Christian Rizzo

Meilleur spectacle Répertoire ou recréation : May B, de Maguy Marin — Création 1981

Meilleur livre : Les Archives de la danse, de Laurent Sebillotte (Éditions du CND)

Musique

Grand Prix, meilleur musical de l’année : Iphigénie en Tauride, de Christoph Willibald Gluck, mise en scène de Wajdi Mouawad. Direction musicale de Louis Langrée & Théotime Langlois de Swarte

Prix de la meilleure scénographie : Le Roi d’Ys, d’Édouard Lalo, mise en scène et scénographie d’Olivier Py & Pierre-André Weitz

Prix de la création musicale (hors opéra) : Whiteout, d’Eva Reiter. Ensemble Multilatérale, Festival Présences

Prix du meilleur livre sur la musique : Robinson Crusoé, numéro de reprise de publication de l’Avant-Scène Opéra

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Charbon, amour et accordéon

Au Palais Royal (75), Jean-Philippe Daguerre présente Du charbon dans les veines. Une pièce consacrée aux mineurs du Nord et à leurs familles, entre espoirs sociaux et jolies romances. Quand l’accordéon résonne au fond de la mine, un spectacle aux cinq Molières.

Ici, tout est gris, sombre, avec des reflets brillants comme l’anthracite. Le décor d’Antoine Milian fait merveille dans cet univers imaginé par Jean-Philippe Daguerre, qui signe aussi la mise en scène (la pièce couronnée de cinq Molières en avril 2025). Du charbon dans les veines a pour horizon la petite ville de Nœux-les-mines, dans le département du Pas-de-Calais, en territoire minier du nord de la France. Nous sommes en 1958. Et chacun de ces détails a son importance, tant cette fiction romantique puise profond ses ressorts, dans un univers sensible et réaliste. En 1850, sont découverts des gisements de charbon sur le territoire de la petite commune d’un millier d’habitants. Elle en comptera jusqu’à 14 000 en 1962. Quant à l’exploitation du sous-sol, elle s’achèvera définitivement en 1968. Mais dix ans plus tôt, dans le café de Simone (Raphaëlle Cambray) les anciens côtoient les jeunes mineurs, autrement dit les pères et les fils.

Sosthène (Jean-Jacques Vanier) se sait condamné par la silicose qui lui ronge inexorablement les poumons. Il conserve pourtant sa faconde de « boute-en-train philosophe de comptoir », sans abandonner non plus la direction de l’harmonie locale, véritable fabrique de lien social. Dans cet ensemble musical, composé uniquement d’accordéonistes, on rencontre les deux fistons, Vlad et Pierre (Julien Ratel et Théo Dusoulié) amis comme des frères, mineurs comme tout un chacun. Ils creusent en sous-sol, préparent un concours de musiciens, élèvent des pigeons voyageurs. Et, comme tout le monde, ils regardent la télévision qui vient de faire son entrée au café ! Le Général de Gaulle passe aux actualités : il est question d’une cinquième République, proclamée en octobre, il est surtout question de la Coupe du monde de football qui doit se tenir en Suède. Parmi les joueurs sous le maillot tricolore, on distingue un fameux Raymond Kopaszewski, dit Kopa, enfant du pays, né de parents d’origine polonaise.

Des origines que partage Bartek (Aladin Reibel), le syndicaliste blessé par l’existence. Les mineurs viennent de divers pays, notamment du Maroc. Leila (Juliette Behar) est la fille de l’un d’eux. Non seulement elle est mignonne, mais en plus elle est musicienne : Sosthène la recrute pour l’harmonie ! Ce qui entraîne quelques turbulences sentimentales, et aussi quelques éclaboussures racistes finalement sagement remises à leur place. Jean-Philippe Daguerre, qui s’est réservé là un petit rôle est à l’unisson de son équipe : parfait, avec autant de verbe que de justesse. Remarqué déjà avec ses précédentes pièces, Adieu Monsieur Haffman en 2016 – Le petit coiffeur en 2020, il développe ici des thèmes qui lui sont chers. En s’emparant de petits (ou sinistres) moments de l’Histoire, il les ramène au niveau de ceux qui les ont vécus pour les donner à mieux comprendre à tous. Ainsi, Du charbon dans les veines est une poésie contemporaine, sensible et subtile. Gérald Rossi, photos Grégoire Matzneff

Du charbon dans les veines, Jean-Philippe Daguerre : jusqu’au 28/06, les mardi et jeudi à 20h30, le samedi à 19h, le dimanche à 15h30. Théâtre du Palais-Royal, 38 rue de Montpensier, 75001 Paris (Tél. : 01.42.97.59.76). Reprise au Théâtre Saint-Georges (75) à partir du 15/09/26.

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Iran, la voix des femmes

Sur la scène du 100, l’établissement culturel et solidaire de Paris, Gilles David a présenté Au plus près de ces voix. L’adaptation du récit poétique de Chahla Chafiq, avec Jean-Paul Sermadiras en récitant et la chanteuse iranienne Salmi Elahi. La conversion d’un enseignant, en faveur du mouvement Femme, Vie, Liberté.

Chahid Chafiq vit en France depuis 1982, après avoir quitté son Iran natal assujetti au pouvoir islamiste. Elle écrit, en français et en persan, des essais, des romans, de la poésie, des nouvelles. L’une d’entre elles, Au plus près de ces voix, gagne le théâtre grâce à la Cie du PasSage, dans une mise en scène de Gilles David, sociétaire de la Comédie-Française. L’adaptation scénique est due à Jean-Paul Semardiras. C’est lui qui, d’entrée de jeu, s’adresse à nous de plain-pied. Cet homme de haute taille, à longs cheveux d’argent, nous apprend qu’il enseigne l’histoire et la géographie. On saisit, peu à peu, que sans consentir en son for intérieur au régime des mollahs, il ne se mouille pas, comme on dit familièrement.

Il y a que son épouse a la voix belle et aime chanter. Il redoute qu’elle se produise en public, au mépris d’une loi tyrannique… À point nommé, surgit du fond de scène l’éblouissante apparition de la chanteuse Salmi Elahi, dans une longue robe blanche conçue par Cidalia Da Costa. Sa voix pure s’élève, dans un lamento déchirant en langue persane. Elle devient ainsi la vivante allégorie de l’admirable mouvement de révolte historique, désormais universellement connu sous le mot d’ordre de « Femme, Vie, Liberté ! ». Salmi Elahi, au fil de la parole de l’homme, va devoir insensiblement incarner, à nos yeux, la figure rebelle de la poétesse et théologienne Tâheret (1817-1852) qui, en 1848, eut le front de jeter son voile devant une assemblée d’hommes.

Le professeur nous dit qu’à la vue de son visage nu, un homme s’égorgea sur-le-champ. Un de ses maîtres en religion avait baptisé Tâheret « consolation des yeux ». Elle fut tuée quatre ans plus tard à Téhéran, anticipant un destin funeste de femmes, qui se perpétue. Quelques images vidéo (Ludovic Lang), en noir et blanc, rappellent soudain les manifestations de rue contre l’oppression, tandis que Salmi Elahi profère des mots jadis écrits et prononcés par Tâheret.

« Nul cheikh ne siégera plus sur le trône de l’hypocrisie !
Nulle mosquée ne fera plus commerce de la piété ! (…)
La tyrannie sera terrassée par la main de l’égalité.
L’ignorance sera démolie par la force de la vérité.
La justice étendra son tapis en tout lieu
et l’amitié plantera ses arbres partout. »

« L’aube véritable », Tahireh Qurrat al-‘Ayn, traduction de Jalal Alavinia

La morale sous-jacente du récit scénique ? Le professeur vaincra peut-être enfin sa peur quant au désir de chanter de son épouse. Les deux interprètes, d’une rigoureuse intensité, se détachent sur un fond noir, sous les lumières savantes de Jean-Luc Chanonat. Au plus près de ces voix touche droit au cœur, avec la sobre dignité d’une intelligence d’essence poétique. Jean-Pierre Léonardini

Au plus près de ces voix, Gilles David : vu au 100 ecs, 100 rue de Charenton, 75012 Paris (Tél. : 01.46.28.80.94). Lors du festival d’Avignon, du 04 au 25/07 à 18h30, au Théâtre de la Porte Saint-Michel (Tél. : 09.80.43.01.79).

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Drogue au féminin

Sur la scène de la Comédie de Reims (51), Maurin Ollès présente Hautes perchées. Une pièce sur les femmes addictes à la drogue, la place des institutions de santé et de justice. Entre musique et humour, un spectacle divertissant et instructif.

Le nom de sa compagnie théâtrale, déjà, en dit long sur le personnage ! À la tête de La crapule, Maurin Lollès s’impose de longue date comme un homme qui sait où poser la sienne, dans les marges diverses et variées de la société : hier jeunes délinquants ou personnes autistes, aujourd’hui femmes addictes à la drogue. Une population marginalisée, invisibilisée… Normal, comme pour l’alcoolique, l’image du toxicomane reste figée dans l’imaginaire commun, celle d’un homme !

Aussi, pour écrire et construire le spectacle, le metteur en scène est parti à la rencontre des publics concernés, des multiples intervenants et spécialistes. Dont les propos se retrouvent sur le plateau autour de quatre figures féminines premières : Marie-Fleur, consommatrice de drogue (incarnée par Mélissa Zehner), Zouzou, directrice d’une structure de soins (Émilie Incerti-Formentini), Mona, juge de l’application des peines (Clara Bonnet) et Astrid, chercheuse sur les questions de drogues (Mathilde Edith Mennetrier). Et pour les accompagner, entre musiques et chansons, un trio de musiciens qui déborde d’énergie et de sonorités.

Loin du banal théâtre documentaire, Hautes perchées nous offre d’authentiques séquences de vie. Qui mêlent joies et douleurs, espoirs et rechutes pour poser au final les questions qui fâchent : quelle mise en place d’une politique de prévention, quels moyens humains et financiers accordés aux structures sanitaires et sociales ? « La pièce se termine en musique, en fanfare ! Elle nous aura fort surpris, bien divertis et sacrément instruits », écrivait notre consœur Amélie Meffre en ces colonnes. Avec l’humour au rendez-vous, une manière originale d’inviter chacune et chacun à se sentir concerné. Yonnel Liégeois, photos Christophe Raynaud de Lage

Hautes perchées, Maurin Ollès : Du 02 au 05/06, 20h. La Comédie, 3 Chaussée Bocquaine, 51100 Reims (Tél. : 03.26.48.49.10). L’Atelier, 5mn à pied de la Comédie, 13 rue du Moulin brûlé.

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