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Philippe, au chevet d’Alexandre

Le 05/06 à 15h30, à la médiathèque de Tournon-Saint-Martin (36), Philippe Gitton présente son roman Alexandre, paru aux éditions Maïa. L’auteur en lira quelques extraits. Il échangera avec le public sur ses motivations d’écriture et le sens qu’il donne à cette histoire.

Auteur déjà d’un recueil de nouvelles très inspiré, Philippe Gitton récidive sur les chemins d’écriture. Pour nous offrir, en cette nouvelle année, Alexandre aux éditions Maïa… Anciennement journaliste à La Vie Ouvrière et correspondant au quotidien La Nouvelle République, l’écrivain a puisé dans les arcanes de son périple personnel pour pimenter son récit : employé des Postes (facteur puis guichetier) durant de longues années, militant syndical et associatif, musicien et chanteur épris des immortels Brassens et Brel, fidèle amoureux d’une gracieuse compagne réunionnaise, tous les deux retraités épanouis en cœur de Brenne.

Alexandre, le héros de Philippe Gitton, vit chez ses parents. Quartier de La Chapelle, dans le 18ème arrondissement de Paris… Incapable de se projeter dans l’avenir, le garçon poursuit des études d’histoire à la fac sans grand enthousiasme. D’autant qu’il fait preuve d’un réel talent dans la musique et la photographie, deux passions qui occupent ses loisirs. Il laisse ainsi filer sa vie, quelque peu désabusé, au hasard des rencontres amoureuses ou amicales. Alors qu’il est si doux de ne rien faire quand tout le monde s’agite autour de vous, c’est bien connu, l’effervescence cerne Alexandre !

De Paris à l’île de La Réunion…

En ce début d’année 2011, deux événements majeurs, prochaines élections présidentielles et actualité des printemps arabes, réveillent des espoirs de changement. Impliquée dans les luttes sociale et politique, Magalie s’agace fortement du cynisme de son frère. Abandonnant la faculté, le jeune homme décide alors de se consacrer à la musique. Pour subvenir à ses besoins, il décroche un job d’été comme facteur. Hasard ou destin, l’un et l’autre réservent parfois bien des surprises, une rencontre bouleverse durablement son existence. Une tranche de vie à rebondissements, un récit qui conduit Alexandre de Paris à l’île de la Réunion, en passant par le parc de la Brenne. De chapitre en chapitre, le parcours d’Alexandre et les traces de vie qu’il grave d’une quête l’autre nous étonnent, nous surprennent, nous interpellent.

Tant humaine que sentimentale, une trajectoire fort singulière qui ressemble beaucoup à celle de la jeunesse du temps présent, tout à la fois nourrie de fols espoirs et meurtrie par une société en déliquescence : comment se construire durablement, lorsque tout s’écroule autour de vous ? Philippe Gitton use d’une plume cavalière pour nous conter les méandres d’un chemin de traverse, entre questions identitaires et interrogations sur le devenir de la planète. Malgré quelques digressions qui s’apparentent à de belles feuilles touristiques, la langue distille sa petite musique, ludique et chatoyante, des faubourgs parisiens à la Brenne verdoyante, de la salle de tri postal aux senteurs insulaires.

D’un bonheur à portée de souffle à la tragédie qui gomme tout avenir, l’évidence s’impose, l’existence n’est pas un long fleuve tranquille ! Un livre riche d’un final où la qualité d’écriture emporte le lecteur dans un flot d’émotions. Yonnel Liégeois

Alexandre, Philippe Gitton (éditions Maïa, 241 p., 22€00). Le 05/06, 15h30, rencontre à la médiathèque de Tournon Saint-Martin, 12 rue Grande, 36220 Tournon-Saint-Martin (Tél. : 02.54.37.96.51). Le livre est disponible en ligne chez l‘éditeur, à la librairie Cousin Perrin au Blanc, à la librairie Cœur de Brenne à Mézières-en-Brenne, à la librairie Arcanes de Châteauroux. Disponible aussi chez l’auteur (soletphil@hotmail.fr).

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Michel Portal, hommage

Au cinéma Christine (75), le festival Jazz à Saint-Germain des Prés rend hommage à Michel Portal. Avec la projection du film de Benjamin Delattre, Quelques notes sur la liberté. Le musicien nous fait découvrir les coulisses de ses créations.

Disparu le 12 février à l’âge de 90 ans, Michel Portal était un virtuose de toutes les musiques, jazz-classique-contemporaine, un rebelle de la clarinette aux multiples facettes… Natif de Bayonne en 1935, il fait ses classes au conservatoire de la ville pour s’afficher, quelques décennies plus tard, comme un grandiose électron libre et interprète. Soliste ou compagnon de route des plus doués de sa génération, français ou américains, du multi-instrumentiste Bernard Lubat au regretté guitariste Sylvain Luc, il écume petites ou grandes scènes d’Uzeste à Minneapolis, du New Morning à la fête de l’Huma… De Mozart au jazz, clarinette aux lèvres, il aura tout aimé, tout joué, tout vécu avec passion et intensité. Un homme attachant, d’une profonde et sincère humanité, un musicien à l’immense talent. En hommage à l’artiste, Chantiers de culture remet en ligne l’entretien réalisé en 2016 à l’occasion du Festival de jazz de Saint-Germain à Paris. Entre tradition et improvisation, des pépites désormais à savourer sur platine, de beaux et grands moments de musique et de convivialité. Yonnel Liégeois

La 25ème édition du festival Jazz à Saint-Germain des Prés, du 18 au 24/05. Au Christine Cinéma Club, projection du film Quelques notes sur la liberté : le 20/05 à 18h00 en présence du musicien Daniel Humair et de Benjamin Delattre, le réalisateur. Deux séances supplémentaires auront lieu les 23 et 24/05 à 14h00.

LE PRINCE DE LA CLARINETTE

Comme Obélix, aussi atypique qu’attachant, Michel Portal fait partie de ces gens qui sont tombés dedans tout petit ! « Très jeune, j’ai ressenti la musique », confesse notre homme. Ses maîtres à l’âge de dix ans ? Son père et les autres musiciens de l’Harmonie de Bayonne… Issu d’un milieu modeste, il s’initie alors aux musiques populaires, « la variété au bon sens du terme ». Ses instruments de prédilection ? « La trompette d’abord, nous n’avions pas les moyens de nous payer un piano à la maison ». Premier prix de clarinette du Conservatoire national supérieur de musique de Paris en 1959 et du Concours international de Genève en 1963, Grand prix de la musique en 1983, Michel Portal fut considéré, par les critiques comme par ses pairs, comme « le prince de la clarinette ». De formation classique, il n’hésite pas à s’aventurer sur tous les terrains musicaux. De Mozart à Kagel, de Duke Ellington à Pierre Boulez… « Je suis autant passionné à interpréter un concerto de Ravel qu’une pièce de musique contemporaine de Stockhausen. Dès ma jeunesse, j’ai apprécié les métissages musicaux, le dialogue entre les genres. J’écoute avec un égal bonheur Léo Ferré et le grand Duke ».

« Des musiciens de jazz ont pu me dire que je n’étais pas un jazzman… Et des classiques, que je n’étais pas un classique… C’est possible. Je réponds toujours que je suis musicien, mon itinéraire n’a pas de frontières ». Michel Portal

Solitaire au caractère trempé mais à la tendresse cachée, l’homme nourrit sa richesse d’interprétation à la rage que lui inspire la folie de notre monde. « Je suis toujours étonné par cette course folle contre le temps qui semble caractériser mes contemporains : pour aller où ? Sûrement pour ne pas voir la vérité, pour ne pas penser que le massacre est imminent si rien ne change. Un exemple ? Les relations Israël-Palestine : pourquoi accepter ce « bordel » depuis le temps que ça dure ? J’ai parfois l’impression que les gens construisent leur bonheur sur un langage de mort ». Musicien, Portal se préfère en marchand de rêves ou d’utopies. « Un homme au cœur à gauche certes mais surtout pas un politicien, plutôt un rebelle ! ». Pour le virtuose de la clarinette, la musique est avant tout un jeu de la vérité avec laquelle il est impossible de tricher.

« Mozart, par exemple, est pour moi un compositeur que la musique met en danger. Il vous contraint, comme toute forme de musique d’ailleurs, à vous élever spirituellement, à sortir de l’âge de bête de notre pauvre humanité ». Pour preuve, l’interprétation du « Concerto pour clarinette K622 » que Michel Portal remet en permanence sur l’ouvrage pour tenter d’en percer les mystères. Yeux fermés, regard inspiré, l’interprète nous transporte alors en des territoires inconnus où l’indicible se fait proche, où les notes de son instrument ont le don magique de nous transformer en être beau et intelligent. L’instant d’une mesure, le temps d’une partition, d’une note l’autre, on ose même y croire ! Son souhait majeur ? Rester amoureux de la musique, garder la fraîcheur de l’enfant, laisser son oreille ouverte aux délices de la mélodie… Yonnel Liégeois

Portal, un souffle ardent

Michel Portal est un cas d’espèce dans le paysage musical français. Poly-instrumentiste virtuose (clarinettes, saxophones, bandonéon), il est à la fois soliste international, salué comme « la Callas des clarinettistes », et explorateur infatigable des musiques en liberté. Classique (Mozart, Brahms, Poulenc…), contemporaine (Berio, Boulez, Kurtág, Rihm…), jazz (avec des hommages à Monk, Parker ou Coleman), chanson (Barbara, Nougaro, Gainsbourg), musiques de film… Il traverse les genres comme on franchit des frontières imaginaires, avec le même souffle ardent.

Dans ce livre d’entretiens, Michel Portal se livre sans réserve. Il convoque ses souvenirs, ses rencontres, ses expériences, ses révoltes et ses émerveillements. Ce récit d’une vie musicale intense est aussi celui d’un homme libre, polymorphe et insaisissable. Un hommage vibrant à la musique comme terrain de jeu, de désir et de risque. Une célébration du son dans tout ce qu’il a de plus direct, de plus magique, de plus humain. Patrick Frémeaux

Le souffle Portal – Du classique au jazz : de Mozart à Monk, Franck Médioni (éd. Fremeaux&Associés, 160 p., 20€).

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Seul sous les projecteurs

Au théâtre des Gémeaux Parisiens (75), se déroule le festival Sens. Un mois de découvertes de pièces interprétées en solo, le plus souvent des créations audacieuses.

Elle donne corps et vie à pas moins de dix-huit personnages. Passionnés, sensibles et truculents, bousculés par l’existence, mais rebelles chacun à sa manière. Pourtant elle est seule en scène. Car tel est le principe de ce festival qui pour la seconde année, et pendant plus d’un mois, invite sur le plateau des spectacles qui se jouent en solo (ou presque). Dans Rosy et moi – 274 jours, Elodie Menant est Valentine, une jeune femme qui découvre que son horizon vital est subitement bouché quand les médecins lui diagnostiquent une sclérose en plaques. Des traitements médicaux sont disponibles, mais aujourd’hui aucun ne permet de guérir. La pièce s’inspire du récit-témoignage de Marine Barnerias (éditions Flammarion) dans lequel elle raconte sans fausse pudeur la découverte de sa maladie, puis son refus d’envisager pour toute solution un avenir en fauteuil roulant. La jeune femme découvre alors sa force pour réaliser des rêves. Elle va voyager, loin, pour découvrir d’autres cultures, d’autres sociétés, d’autres amitiés. Pour continuer à vivre en dépit de la forme incurable de sa maladie. Mise en scène par Éric Bu, Élodie Menant que l’on a pu applaudir notamment dans Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty, spectacle qui lui a valu deux Molière en 2020, déploie une belle énergie. Peu d’accessoires lui sont nécessaires sur le plateau vide, mais avec beaucoup d’humour, elle redonne espoir.

De l’opéra de Paris au seul en scène

Ce festival, dénommé « SenS » (avec deux grand s) est « un rendez-vous précieux » estime Delphine Depardieu, marraine de cette deuxième édition. À l’affiche, pas moins de quatorze spectacles qui sont des créations récentes pour la plupart. Tel est le cas du Rappel des oiseaux, mis en scène et adapté par Orianne Moretti, d’après Le journal d’un fou de Nicolas Gogol. La chorégraphie est de Bruno Bouché. Le danseur étoile Mathieu Ganio, qui a récemment pris sa retraite de l’Opéra national de Paris, est accompagné au piano par Guilhem Fabre. Il incarne ce personnage décalé, fonctionnaire subalterne qui comprend le langage des chiens et croit être le roi d’Espagne. Musique, danse et texte se répondent étonnamment, comme dans un miroir à plusieurs faces.

Parmi les autres pièces à découvrir, Être ou ne pas être. William Mesguich est l’interprète et l’auteur (avec la participation de Rebecca Stella pour l’écriture et la mise en scène) de ce spectacle qui sera repris en juillet à Avignon. Également ici puis dans le Off avignonnais, notons un original 22 minutes avec Benoît Solès. Pour la première fois seul sur les planches, il est mis en scène par Tigran Mekhitarian. Auteur du texte, il interprète Ali Agça, le jeune turc qui tenta d’assassiner le pape Jean-Paul II en 1981. Le comédien s’est distingué en 2018 avec sa poignante Machine de Turing. Vive la curiosité ! Gérald Rossi

Festival « Seul.e en Scène » : jusqu’au 07/06. Théâtre des Gémeaux Parisiens, 15 rue du Retrait, 75020 Paris (Tél. : 01.87.44.61.11).

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Berlioz, fantasque compositeur

Au théâtre du Châtelet (75), Géraldine Aliberti-Ivanez présente Berlioz trip orchestra. Le portrait prodigieusement hallucinant d’Hector Berlioz à l’heure où il compose sa Symphonie Fantastique. Avec Régis Royer, prodigieusement halluciné à l’heure où sa voix bat la mesure, et l’Orchestre de chambre de Paris.

Paris 1827, lever de rideau au théâtre de l’Odéon où l’on joue Hamlet… Dans la distribution la comédienne anglaise Harriet Smithson, dans la salle le jeune Hector Berlioz qui en est amoureux fou : las, une passion romanesque qui n’est pas partagée, aucune réponse à la quarantaine de lettres qu’il lui a adressées ! Douterait-elle de son génie ? Il n’en manque point, il va lui prouver, elle ne pourra plus se dérober. Décision est prise, il le proclame grandiloquent, il va composer une œuvre dont on ne cessera de parler, que le monde entier ne cessera de jouer, d’écouter et de louer. Impressionnante, hallucinante, « dé-concertante », carrément fantastique pour orchestre de 467 musiciens, 12 bassons et 30 pianos… Du grandiose, du jamais vu ni entendu, du lourd comme d’aucuns le signalent avec humour, du Berlioz trip orchestra, du costaud !

Les partitions étalées au sol, foulées au pied par un compositeur halluciné, qui bat autant la mesure qu’il se débat avec ses démons intérieurs. Shooté à l’opium et à d’autres substances illicites comme l’on dit communément, imbu de sa personne, perclus d’envies de meurtre, roulant à terre dans sa bestiale déchéance… Fantôme ambulant mais inspiré de milliers de notes se bousculant à portée de lignes, l’archet caracolant sur les cordes du violon les doigts sur les pistons de la trompette, la marche triomphale tambourinant dans son esprit embrumé pour rebondir sur la grosse caisse. Qu’est-il donc, cet imaginaire homme d’orchestre gesticulant à en perdre la raison, noyant son chagrin dans l’étreinte d’un banal bout de chiffon ? Berlioz, mais c’est bien sûr Hector, c’est Régis Royer personnifié, le comédien fantastiquement déjanté à la chemise échancrée et au cheveu ébouriffé comme son maître compositeur ! Délirant, déroutant dans l’outrance et la démesure tandis que s’égrènent d’une rangée l’autre de spectateurs, entre cris et saillies verbales, les accents mélodieux et fulgurants d’une improbable mais authentique Symphonie Fantastique achevée en 1830, extraits sonores de l’Orchestre philarmonique de Strasbourg.

Musicologue, habituée à travailler avec de grandes formations, Géraldine Aliberti-Ivanez orchestre avec doigté plus qu’elle ne met en scène l’accouchement de cette œuvre grandiose. Nous plongeant dans la création à l’heure où les notes s’harmonisent, nous conviant image et son à passer avec intelligence du sol mineur au ré bémol majeur, nous faufilant dans la fosse d’orchestre afin de mieux comprendre… Pour néophytes, amateurs éclairés, musiciens patentés : c’est goûteux, fabuleux, c’est fantastique ! Yonnel Liégeois

Berlioz trip solo, Géraldine Aliberti-Ivanez : le 11/05 à 20h, en version symphonique avec l’Orchestre de chambre de Paris. Théâtre du Châtelet, 1 place du Châtelet, 75001 Paris (Tél. : 01.40.28.28.40).

Rage, Colère, Révolution

« Passionnée par toutes les musiques, autant savante que populaire, et issue des quartiers populaires, il me tient particulièrement à cœur de reconnecter la musique avec l’époque et ses enjeux sociétaux dans laquelle elle se diffuse. La musique classique est largement subventionnée alors qu’elle ne touche qu’une petite tranche de la population. Symbole d’un pouvoir et d’une organisation politique dont les pouvoirs publics font tout pour brandir comme un étendard et maintenir encore debout, la musique classique semble totalement déconnectée du réel alors qu’elle nous raconte, dans son for intérieur, des questions de rage, de colère, d’exaltation, de révolution, qui racontent si bien notre époque actuelle ».

« J’aimerais que ce spectacle donne le courage à tout un chacun de réaliser ses rêves les plus fous et défier les obstacles les
plus difficiles. Je crois que c’est cette énergie qu’insuffle le spectacle ! La folie au service du rêve ».

Géraldine Aliberti-Ivanez, auteure et metteure en scène

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Joachim Latarjet, musicien poète

Au Quartz, la scène nationale de Brest (29), Joachim Latarjet présente C’est mort (ou presque). Sous le regard du metteur en scène Sylvain Maurice, la mise en musique des textes du poète Charles Pennequin. Fulgurants, extravagants et drôles… Un spectacle où la parole résonne fort d’une note à l’autre.

Une petite estrade, tout autour moult micros et instruments de musique, C’est mort (ou presque)… Authentique homme-orchestre sous l’œil avisé du metteur en scène Sylvain Maurice, l’homme entame sa partition d’une incroyable originalité ! C’est lui déjà qui accompagnait musicalement Vincent Dissez dans son inoubliable interprétation de Réparer les vivants, l’adaptation du récit de Maylis de Kérangal par le même dramaturge. Quelques doigts qui tapotent la console à proximité, battements de cœur ou sons venus d’ailleurs, Joachim Lartajet se la joue poète au grand large à lui tout seul. Des mots aux notes, c’est tout bonheur, enivrant, envoûtant ! Sur les traces de Pennequin l’écrivain, coutumier des lectures publiques scandées en musique, l’artiste virtuose s’empare à son tour des vers et rimes extraits de divers textes, dont le fameux Pamphlet contre la mort.

Un récital où mots et notes se mêlent et s’entremêlent quand le musicien disparaît derrière son imposant tuba, quand les jeux de lumière et d’ombre transforment guitares et trombone en spectres vivants… Ce n’est plus de la musique seule, ou de la récitation textuelle en solitaire, c’est un concert inattendu où parole et musique s’accouplent avec frénésie entre jazz, rock et pop, une jouissance orgiaque entre strophes déclamées et lignes mélodiques. De la poésie vivante dont on s’abreuve, bouche et oreilles, un spectacle total entre la vie et la mort, entre pensées moribondes et rage de vaincre. Un spectacle d’une rare puissance, d’une incroyable beauté entre récital poétique et concert symphonique, à ne pas manquer ! Yonnel Liégeois

C’est mort (ou presque), Joachim Latarjet : le 12/05 à 20h30 et le 13/05 à 19h. Le Quartz, 60 rue du Château, 29000 Brest (Tél. : 02.98.33.95.00).

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Non à la mort du spectacle vivant !

À l’initiative des organisations professionnelles et syndicales, comédiens – techniciens et personnalités du monde de la culture dénoncent les coupes budgétaires. Pour la survie du spectacle vivant, contre la politique d’austérité du gouvernement, ils adressent une lettre ouverte à la ministre de la Culture

Madame la Ministre,

Nous sommes des professionnels du théâtre et du spectacle vivant. Chaque jour, nous faisons vivre la culture sur l’ensemble des territoires, dans de grandes comme de petites salles, partout avec la même exigence artistique. Chaque jour, nous sommes au contact de toutes les populations, sans distinction d’âge ni de milieu social. À la campagne comme en ville, dans les festivals comme sur l’ensemble des territoires, nous avons la chance d’offrir à nos publics une diversité de création unique.

Mais à quelques semaines du début du festival d’Avignon, nous sommes contraint·es de sonner l’alerte quant aux baisses drastiques qu’a subi le fonds d’aide à l’emploi pérenne, le FONPEPS, si indispensable pour nos secteurs.

Une fois de plus, ce sont les artistes qui vont particulièrement pâtir de la situation. Nous nous alarmons particulièrement, Madame la Ministre, de la fragilisation du dispositif de soutien à l’emploi du plateau artistique pour les salles de petite jauge (APAJ) qui a été réduit de moitié par un décret pris le 30 décembre dernier en catimini, sans aucune concertation.

Depuis 2016, l’APAJ a permis à des milliers de spectacles – théâtre, cirque, musique, danse, etc.- de se créer, en assurant aux artistes et aux technicien·nes des rémunérations conformes à nos conventions collectives, et engendrant ainsi une amélioration majeure des conditions sociales dans notre secteur.

Aujourd’hui, il y a urgence car la remise en cause de ces dispositifs emporte des réalités concrètes et fait peser un risque immédiat, une menace directe pour l’emploi au Festival Off d’Avignon et au-delà. En effet, rien que pour le festival Off d’Avignon, c’est plusieurs centaines de compagnies qui bénéficient de l’APAJ.

La réduction de cette aide de moitié, représente une économie équivalente à moins 0,2 % du budget du Ministère, mais constitue une véritable catastrophe pour nos professions à quelques semaines du festival. Cette décision brutale, prise sans concertation, risque de réduire fortement le nombre de représentations et d’artistes présents sur scène… ce sont des milliers d’emplois qui sont en jeu ! Il y a donc urgence à agir et à nous entendre.

Aujourd’hui, il est plus que jamais essentiel d’affirmer que la culture est une source d’inspiration, d’espoir et parfois de réconfort. Elle crée du lien, elle nous rassemble, et elle permet de faire société. Jour après jour, nos conditions de travail se dégradent, et il devient de plus en plus difficile de proposer la diversité culturelle qui fait pourtant la richesse de notre pays. Il est temps d’écouter la profession dans l’ensemble de ces difficultés.

Ici, nos demandes sont simples, madame la Ministre : l’ouverture rapide d’une concertation sur les critères du FONPEPS et plus largement la modification de ce décret avant le 1er juillet et avant le début du Festival d’Avignon ; ainsi que l’engagement qu’au moins 15 millions d’euros soient consacrés à l’APAJ comme les années précédentes.

Madame la Ministre, vous qui débutez votre mandat, allez-vous permettre à des milliers de spectacles de se produire décemment et à des milliers d’artistes de vivre dignement ?

Lettre ouverte à signer ici

Les premiers signataires

Youssouf Abi-Ayad, Vincent Acampo, Mohamed Adi, Christophe Alévêque, Louis Arene, Véronique Ataly, Marion Aubert, Jean-Philippe Azéma, Gregori Baquet, Charles Berling, Audrey Bertrand, Bernard Blancan, Jean-Paul Bordes, Thierry Bosc, Christophe Botti, Elisabeth Bouchaud, Leslie Bourdin, Anne Bouvier, Magali Braconnot, Didier Brice, Vincent Caire, Ivan Calberac, Florence Camoin, Anne Cantineau, Jil Caplan, Jessie Chaton, Arnaud Chéron, Arnaud Churin, Samuel Churin, Annelise Clément, Elodie Colin, Catherine Corsini, Guy-Pierre Couleau, Olivier Coulon-Jablonka, Laurence Courtois, Françoise Cousin, Anne Coutureau, Claire Dabos, Jean-Philippe Daguerre, Harold David, Alexandre De Dardel, Guillaume De Tonquédec, Zazie Delem, Thomas Dolié, Laurent Domingos, Julia Duchaussoy, Gabriel Dufay, César Duminil, Laurent Eyraud-Chaume, Claire Faugouin, Antoine Formica, Cécile Fraisse-Bareille, Alain Fromager, Céline Fuhrer, Christine Gagnepain, Fabien Gorgeart, Raphaëline Goupilleau, Sabine Grislin, Aurélia Guillet, Baptiste Guiton, Eric Herson-Macarel, Frédéric Hocquard, Bérangère Jannelle, Heloise Jouary, Sam Karmann, Nathalie Kousnetzoff, Emmanuelle Laborit, Ludovic Laloy, Eric Laugérias, Jeanne Lazar, Benjamin Lazar, Lazare, Marie Le Cam, Cyril Le Grix, Clémentine Lebocey, Aymeric Lecerf, Sophie-Anne Lecesne, Pierre-Yves Lenoir, Françoise Lépine, Anne-Laure Liégeois, Bernard Malaka, Laura Mariani, Agnès Marietta, Fabio Marra, Olivier Martinaud, Blandine Masson, Rousseau Mathilde, Elizabeth Mazev, Blandine Métayer, Guillaume Meurice, Chloé Morin, Anna Mouglalis, Clotilde Moynot, Didier Mugica, Olivier Neveux, Rose Xanh NguyễN TiếT-Millot, Johanna Nizard, Emmanuel Noblet, Claire Nollez, Cédric Orain, Jean Luc Palies, Etienne Parc, Dominique Parent, Lucas Partensky, Lea Passard, Marie Payen, Richard Pierre, Julie Pietri, Marianne Pommier, Louise Prieur, Rémi Prin, Bruno Putzulu, Olivier Rabourdin, Jean Yves Ravoux, Marie Remond, Pauline Ribat, Laurent Richard, Martine Ritz, Caroline Rochefort, Ivan Romeuf, Aurélien Rondeau, Stanislas Roquette, Hugo Roux, Alain Sachs, Joachim Salinger, Stéphanie Schwartzbrod, Mikaël Serre, Jean-François Sivadier, Frédéric Sonntag, Anne-Élodie Sorlin, Alexandre Steiger, Nicolas Struve, Olivier Talpaert, Sophie Tellier, Bertrand Thamin, Julie Timmerman, Roland Timsit, Charles Tordjman, Panchika Velez, Sara Veyron, Régis Vlachos, Gérard Watkins, Olivier Werner, Émilie Wiest, Lisa Wurmser…

 

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Mozart, en voyage à Paris

Au théâtre de l’Essaïon (75), Camille de Léobardy présente Mozart, le dernier voyage à Paris. En quête de reconnaissance, un séjour à la capitale que le célèbre compositeur entreprend au printemps 1778.

La musique est un jeu : au théâtre de l’Essaïon, Camille de Léobardy s’investit plaisamment dans ce jeu en donnant corps au divin Mozart. À Paris, on avait vu, quinze ans auparavant, le prodigieux enfant, présenté par son père. Le voici de nouveau, en 1778 pour un Dernier voyage à Paris, jeune homme en quête de reconnaissance comme compositeur. Nul ne sait, alors, qu’il ne reviendra pas, et qu’il aura une vie brève, de 35 ans seulement. Interpréter Mozart sur scène, c’est déjà balancer entre les convenances salonnardes et les enjeux de notoriété, dans cette société nobiliaire dans laquelle l’artiste n’est qu’un valet.

C’est surtout, dans les catacombes du théâtre, faire vibrer sa musique ! Au piano, au chant et à la danse, Camille de Léobardy déroule les thèmes et variations qui subliment les mélodies naïves de cette époque de galanterie. Son chant jubilatoire fait exulter et magnifier la créativité du salzbourgeois, la reprise de ses lettres abondantes raconte les heurs et malheurs de la vie, ajoutant à la joie si naturelle comme une touche de mélancolie. Toute cette existence, vouée au beau, est déployée avec une riche gestuelle et une voix vibrante. Pour les mélomanes, de la comédie bien jouée, et une page d’histoire qui rend presque intime le bel Amadeus, si jeune, si génial. Pierre-Marie Turcin

Mozart, le dernier voyage à Paris, Camille de Léobardy : jusqu’au 06/06, les jeudi-vendredi-samedi à 21h. Théâtre de l’Essaïon, 6 rue Pierre-au-Lard, 75004 Paris (Tél. : 01.42.78.46.42).

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Phèdre, dans tous ses états !

Au théâtre du Gouvernail (75), Stéphane Raveyre présente Le monde est Phèdre. Entre humour et dérision, l’auteur et comédien Alberto Lombardo décline le sort tragique de l’épouse de Thésée sur tous les modes et tous les tons. Original et détonant.

Sur la scène du Gouvernail, un petit théâtre niché dans le 19ème arrondissement de Paris, l’homme fait son apparition. Les yeux lourdement cernés de noir, couleur de la tragédie dont nombre d’auteurs ont rendu compte d’hier à aujourd’hui, le comédien soupèse leurs écrits entre ses mains : Euripide, Sénèque, Racine, Tsvetaëva, Ristos, Minyana et… Alberto Lombardo ! Qui ose tout, et plus encore, pour encenser ou démystifier la figure de Phèdre, surtout pour interpeller, déplorer ou louer ce qui anime l’humaine condition : le désir de l’autre, à la vie à la mort.

L’obsédé textuel se lance alors dans une entreprise originale et détonante, une conférence gesticulée, jouée et chantée qui n’hésite pas à prendre le public à partie. L’objectif ? Décliner l’obscur objet du désir sur tous les modes et tous les tons : d’un verbe vif et alerte sur d’emblématiques extraits littéraires, d’une voix mélodieuse posée sur des musiques alléchantes et guillerettes, entre théâtre et cabaret les frontières s’estompent. Le tragique fait place à l’humour, entre l’alexandrin racinien et le verbe poétique du grec Ritsos, au gré des changements de costume le transformiste patenté explose d’énergie pour illustrer sa quête amoureuse. En dépit parfois, d’une scène l’autre, à forcer le trait dans la peinture de son personnage, un spectacle follement atypique. Yonnel Liégeois

Le monde est Phèdre, Stéphane Raveyre : Le 28/04 à 19h, les 06-13 et 20/05 à 19h. Le Théâtre du Gouvernail, 5 passage de Thionville, 75019 Paris (Tél. : 01.48.03.49.92).

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La révolte des livres

Aux Bords de scènes d’Athis-Mons (91), Simon Delattre présente Vents contraires. D’après un texte de Mike Kenny, l’histoire d’une bibliothèque menacée de fermeture… Pour petits et grands, un spectacle de marionnettes qui en dit long sur l’enjeu de la lecture. Motivant, ludique et poétique

L’une fréquente assidument la bibliothèque de son quartier, l’autre pas vraiment, Mona et Oscar y font connaissance par hasard. L’une s’éclate entre les rayons des livres, l’autre est accro à son téléphone portable. « Je ne suis qu’une petite fille mais je sais lire, le monde me fait peur mais j’adore les histoires », confie-t-elle à son nouvel ami, toujours dubitatif. De visite en visite, Oscar se prend au jeu, commence à tourner les pages, à laisser courir son imaginaire ! Jusqu’à cette date où des Vents contraires se mettent à souffler insidieusement…

Les autorités prétendument compétentes exigent d’enlever certains ouvrages des rayons avant la fermeture définitive du lieu. De la censure clairement affichée, la culture mise au ban. Face à un tel diktat, dans la petite tête de Mona grandit l’incompréhension, Oscar complice et solidaire. Plus fort encore, désabusés et désemparés, les trois bibliothécaires constatent aussi de curieux bouleversements : des objets changés de place, des livres classés au mauvais rayon… Même si un public averti vaut mieux que des spectateurs incrédules, Chantiers de culture ne vous révèlera rien, rien de rien, de ces étranges chambardements, à chacune et chacun suspens et plaisir de la découverte en ces lieux bizarrement hantés !

L’extraordinaire envahit l’espace, entre rêves et réalités : les contes et légendes, histoires et épopées, jusqu’au corsaire à la découverte de nouvelles terres et civilisations, semblent avoir fui les pages des albums pour s’immiscer dans le quotidien des petits et grands. Des trois comédiens grandeur nature aux marionnettes superbement animées, costumes-décors-lumières et musiques font de ce spectacle un formidable moment de grâce et de suspens. De la poésie à chaque réplique, sans mièvrerie une invitation à combattre la censure à hauteur d’enfant et à accueillir l’autre au cœur de ses différences. Du pouvoir du livre à éveiller l’imaginaire de tout lecteur, un appel ludique mais puissant à faire acte de résistance et à plonger encore plus et mieux dans le monde des vivants. Un délice pour les yeux et les oreilles ! Yonnel Liégeois, photos Simon Gosselin

Vents contraires, Simon Delattre : le 10/04 à 10h et 14h15, le 11/04 à 18h. Les bords de scènes, Salle Lino Ventura, 4 Rue Samuel Deborde, 91200 Athis-Mons (Tél. : 01.69.57.81.10).

Les 13 et 14/10 à la Maison de la culture, Scène nationale de Bourges (18), les 13 et 14/11 aux Points communs-Scène nationale de Cergy-Pontoise (95), du 28 au 30/01/27 à la Manufacture-Centre dramatique national de Nancy (54), les 02 et 03//02 à l’Espace culturel Boris Vian des Ulis (91), les 12 et 13/04 au Théâtre d’Arles (13), du 11 au 13/05 à L’onde, Scène conventionnée de Vélisy-Villacoublay (78).

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Déshabillez-moi, déshabillez-vous !

Sur la scène de la Comédie de Béthune (62), Bérangère Vantusso présente Faire le beau. La manière de nous habiller en dit long sur notre rapport au monde. De la blouse d’école au bleu de travail, un défilé haut en couleurs, ludique et poétique.

Sur la grande scène du Théâtre de Montreuil (93), ils vont et viennent, font le beau, s’habillent et se déshabillent, défilent et disparaissent. Derrière un grand rideau stylisé, sont nichés les trésors, des dizaines d’habits et de vêtements : de la bonne sœur à l’ouvrier du bâtiment, de la blouse d’école au jogging du sportif… Les cinq garçons et filles paradent avec adresse et précision, jeunes et tous élèves de la Jeune Troupe du Théâtre Olympia, le Centre dramatique national de Tours dirigé par Bérangère Vantusso.

Pour sa nouvelle création, la metteure en scène s’est interrogée à rebours de la pensée commune : et si l’habit faisait le moine ? Toujours en complicité d’écriture avec Nicolas Doutey, elle orchestre un affriolant duo entre parole et vêtement ! Aux changements d’habit, endossé en solo ou à plusieurs, se déclament en cortège tirades et citations, de La distinction de Pierre Bourdieu au Goût du moche d’Alice Pfeiller, du Système de la mode de Roland Barthes à Quand les vêtements nous déshabillent de Patrick Avrane… Une cavalcade de couleurs et de mots qui en dit long sur le monde du costume, les modes et coutumes, les préjugés de classe selon ce que portent hommes et femmes au fil des temps.

La troupe s’en donne à cœur joie, humour et poésie envahissent l’espace, la musique aussi avec la guitare de Tatiana Paris. Sous les apparences d’une fantasque comédie burlesque, entre sérieux et légèreté, Bérangère Vantusso transforme un défilé de haute prestance en une audacieuse analyse sociologique de ce brin de tissu qui couvre ou dénude les corps. Finement cousu, de fil en aiguille, un spectacle qui nous déshabille avec maestria, élégance et drôlerie, comme nos habitudes vestimentaires. Un régal pour l’œil et l’esprit, de la tête aux pieds, le miroir de nos lubies et fantasmes. Yonnel Liégeois, photos Ivan Boccara

Faire le beau, Bérangère Vantusso et Nicolas Doutey, avec Félix Amard, Joséphine Callies, Claire Freyermuth, Camille Grillères, Luka Mavaetau et Tatiana Paris : les 08 et 10/04 à 20h, le 09/04 à 18h30. La comédie de Béthune, 138 rue du 11 novembre, 62400 Béthune (Tél. : 03.21.63.29.19).

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En deuil d’inspiration…

Au Grand théâtre d’Albi (81), Sébastien Bournac présente Sans suite [un air de roman]. Signée Baptiste Amann pour le texte et Pascal Sangla pour la musique, la comédie musicale nous conte la chute d’un homme, alors en pleine réussite. Entre errement psychologique et partition chansonnière, un spectacle qui laisse à penser.

Compositeur de musiques de film, Thomas a tout pour plaire : la reconnaissance de ses pairs, une ascension professionnelle de bel augure. D’autant qu’une boîte de production réputée vient de lui commander le livret de leur prochaine comédie musicale… Son interprète et petite amie ouvre le bal des répétitions, une chanson au rythme endiablé qui déraille promptement, le compositeur en mal d’inspiration, la tête ailleurs ! Entre la chanteuse et Thomas, l’atmosphère se gâte, le dialogue s’envenime jusqu’à ce que la jeune artiste claque la porte du studio.

Le mal qui mine Thomas : le surmenage, la dépression ? Un traumatisme plus conséquent, la mort de sa mère, pas vraiment aimante et pas spécialement aimée… Un fils qui s’enfonce dans la crise existentielle malgré le soutien de ses amis, entre deuil d’inspiration et fausses notes à répétition, incapable de faire le tri entre réalités et ressentis ! De l’écueil professionnel aux turbulences amoureuses, le texte de Baptiste Amann embrasse toutes les thématiques dramaturgiques mais il achoppe quelque peu à une totale empathie : trop focalisé, peut-être, sur les errements psychologiques du héros qui peinent à émouvoir ? Heureusement l’humour est au rendez-vous, tel le succulent repas orchestré entre sponsors et mère fantomatique, musique et chants apportent aussi chaleur et saveur à une mise en scène globalement maîtrisée dans un registre -la comédie musicale- qui exige doigté et précision. Malgré fumigènes et vidéo, ces modes et tics qui polluent la scène contemporaine… Si la musique adoucit les mœurs, Thomas en fait l’amère expérience, elle ne permet pas toujours de surmonter le vague à l’âme quand le poids de l’enfance refait surface.

Anciennement directeur du théâtre Sorano à Toulouse, depuis janvier 2026 Sébastien Bournac est aux commandes du Théâtre des Îlets, le Centre dramatique national de Montluçon. Pour qui, chevillée au corps, « la question des auteurs et autrices contemporains est essentielle », avec cette volonté d’ancrer la création artistique sur un territoire… « Je suis très attaché à l’héritage et à la transmission », confesse le metteur en scène. Nul doute qu’en terre bourbonnaise, entre tradition rurale et mémoire ouvrière, le fils spirituel du regretté Jacques Nichet aura de quoi se frotter à la mémoire d’un trio infernal qui a marqué de son empreinte la cité de l’Allier, les Perrier-Wenzel-Hourdin ! Entre vaches et cochons, Un ennemi du peuple (Henrik Ibsen) et Des arbres à abattre (Thomas Bernhard), Bournac l’affirme, ici ou là-bas le théâtre se jouera toujours portes ouvertes. Yonnel Liégeois, photos François Passerini.

Sans suite [un air de roman], Sébastien Bournac : le 31/03, 20h. Grand Théâtre, Scène nationale d’Albi-Tarn, Place de l’amitié entre les Peuples, 81000 Albi (Tél. : 05.63.38.55.55).

Tournée : du 18 au 21/11, Théâtre des Îlets – CDN de Montluçon. Du 03 au 13/12, Théâtre de la Tempête – Paris. Du 27 au 30/01/27, Théâtre de la Cité – CDN Toulouse-Occitanie. Le 02/02, Théâtre Molière – Sète – Scène nationale archipel de Thau. Le 04/02, Théâtre + Cinéma, Scène nationale Grand Narbonne. Du 21 au 25/04, Théâtre des Quartiers d’Ivry – CDN du Val-de-Marne.

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Estelle Meyer, contre la fatalité !

Aux mythiques Bouffes du Nord, à Paris, Estelle Meyer propose Niquer la fatalité. Un hymne passionné à la mémoire de Gisèle Halimi, un plaidoyer passionnant en faveur de l’égalité femme-homme. Du théâtre à la chanson, un spectacle électrique, une comédienne et chanteuse envoûtante au propos percutant.

Entre piano et batterie, en la salle à l’ambiance surchauffée du théâtre Berthelot à Montreuil (93), Estelle Meyer s’avance face à la foule des hommes et femmes, toutes générations confondues, qui ont répondu à l’appel… Longue crinière noire et lèvres rouge sang, elle s’apprête à chanter, rire et pleurer à l’évocation de la relégation féminine au fil de l’histoire ! Révolte en bouche, main sur le cœur et chanson de douleur pour toutes celles qui l’ont précédée : maltraitées, répudiées, violées, assassinées, condamnées à ne pouvoir disposer de leur corps sous le diktat de la gente masculine. Au nom de la déesse grecque Niké-Victoire, l’heure est donc venue de Niquer la fatalité. La preuve est là, clamée et certifiée, « depuis des millénaires, le deuxième sexe a accouché le premier, le deuxième sexe a accouché l’humanité » ! D’entre les cuisses d’une femme, de tout temps, l’homme est né.

Lovée en un large fauteuil, dans son micro cravate, la femme soliloque. D’abord à mots couverts puis, levant les yeux, pudique, directement avec le public… Pour nous conter l’enfance de Gisèle Halimi, la célèbre avocate et féministe née en Tunisie, née femme et condamnée à servir, à obéir. Et d’emblée, enfant pourtant, la rébellion, la révolte, le refus de perpétuer les traditions et de consentir aux injonctions d’une société inégalitaire. Plus tard, jeune femme inscrite au barreau, s’adressant au général de Gaulle, le président de la République qui l’interpelle sur le « Madame ou Mademoiselle ? », elle lui répond avec aplomb « appelez-moi Maître » !

Estelle Meyer le confesse, en parole et chanson, « le combat de Gisèle Halimi, sa route, ses forces me devancent, me donnent du courage et du sang pour faire battre mes pas ». Et de la voix, tantôt langoureuse tantôt plantureuse, clins d’œil et battements de paupière au rythme de la batterie, s’élève un chant d’espoir, caressant et enveloppant homme-femme, main dans la main. Du vieux monde pourtant, il faut secouer les oripeaux, que le mâle conquérant laisser advenir sa part féminine, oser croire et reconnaître que le corps peut être beau, que la sexualité peut être belle, qu’il ne faut avoir peur ni de l’un ni de l’autre…

En dialogue constant avec son auditoire, Estelle Meyer s’avoue sœur complice de l’inoubliable Halimi, l’avocate et la femme. De la plaidoirie pour l’une à la partition pour l’autre, de mots en notes, une militante confiante hier pour l’aujourd’hui et une artiste rayonnante scandant ces lendemains, beaux jours d’humanité où chacune, chacun, enfin, trouvera et prendra place, toute sa place. « Tout le travail de Gisèle part d’une cause intime pour faire avancer le tout. Le combat, la défense d’une femme devenant celui de toutes les femmes et faisant avancer la société entière », déclare-t-elle de sa voix lumineuse et ensorceleuse. Qui en joue, autant que de son corps virevoltant en surprenant derviche tourneur, une interprète à la parole libérée, déshabillée mots autant que de ses vêtements carcans.

En robe d’avocate ou tenue légère, debout ou à genoux, féline ou mutine, battant tambour Estelle Meyer bat le rappel. Avec grâce, sensuellement, poétiquement, une invite à chanter et changer la vie, commun commune ! Yonnel Liégeois, photos Emmanuelle Jacobson Roques/Caroline Deruas Peano

« Niquer la fatalité est un récit parlé, chanté, hurlé, sur le chemin qu’est vivre (…) Avec Gisèle Halimi pour miroir, pour Mère, pour amie, pour protectrice et puissance de vie, nos chemins s’entrelacent pour créer une multitude de témoignages sur ce qu’est être femme, sur la façon dont tout ce continent a été transmis et vécu, sur comment survivre et renaître. Avec pour issue la liberté. La liberté d’être. Pour les hommes et les femmes ». Estelle Meyer

Niquer la fatalité, chemin(s) en forme de femme : Estelle Meyer, mise en scène de Margaux Eskenazi. Piano et clavier : Grégoire Letouvet, Thibault Gomez. Batterie et percussions : Pierre Demange, Maxime Mary. Du 02 au 11/04, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h. Théâtre des Bouffes du Nord, 37bis boulevard de La Chapelle, 75010 Paris (Tél. : 01.46.07.34.50). Disponible, la version radiophonique du spectacle, réalisée par Laurence Courtois.

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Avec deux gâs qu’ont mal tourné !

Le 21/03 pour l’un, le 29/03 pour l’autre, Georges Brassens et Gaston Couté donnent de la voix. Jojo et Gaston, deux gâs qu’ont mal tourné : une conférence musicale avec Philippe Gitton et Sylvain Guillaumet à Azay-le-Ferron (36), un récital d’Yves Champigny au Moulin de la filature du Blanc (36). Pour mémoire et plaisir, deux spectacles poétiques et chansonniers qui tournent bien !

C’est une conférence musicale qui attend le public à la médiathèque d’Azay-le-Ferron, le 21/03 à 16h. Philippe Gitton et Sylvain Guillaumet évoqueront la vie de Georges Brassens. Le premier rappellera quelques faits importants du parcours de l’artiste et présentera les douze chansons interprétées par le second. Quarante-quatre ans après sa mort, le répertoire du Sétois suscite toujours autant d’intérêt, y compris parmi les nouvelles générations. Il reçut le Grand prix de poésie de l’Académie française en 1967.

Georges Brassens, à l’instar de Léo Ferré et de Jacques Brel, est considéré comme l’un des artisans d’un âge d’or de la chanson française. Auteur de plus de 200 chansons aux textes soignés, exigeants et littéraires (Chanson pour l’Auvergnat, La Mauvaise Réputation, Le Gorille, Les Amoureux des bancs publics, Les Copains d’abord…), Georges Brassens a également mis en musique des poèmes de François Villon, Lamartine, Victor Hugo, Paul Verlaine, Francis Jammes, Paul Fort ou encore Louis Aragon.

Une semaine plus tard, le 29/03 à 17h00, au Moulin de la Filature du Blanc, Yves Champigny interprète Gaston Couté qui fit une brève carrière dans les cabarets parisiens au début du XXème siècle. Là, il côtoie les chansonniers du quartier Montmartre. À travers ses textes, il égratigne la vie rurale et les idées rétrogrades, il chante le dur labeur du prolo et la misère du petit peuple. De révolte en révolte, il meurt à Paris en 1911. Il laisse derrière lui des œuvres mémorables. Ce sont ces rimes riches dans un argot parfois détonant qu’Yves Champigny interprète avec brio. En alternant textes et chansons poétiques ou dramatiques, il se révèle en « diseur » remarquable. Fort d’une interprétation talentueuse, il redonne espoir et vie au « gâs qu’a mal tourné ». Yonnel Liégeois

Brassens, Gitton et Guillaumet : le 21/03, 16h, à la médiathèque d’Azay-le-Ferron (Tél. : 02.54.39.40.97). Couté et Champigny : le 29/03, 17h, au Moulin de la filature du Blanc (Téléphone et réservation conseillée : 02.54.37.05.13).

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Perrone et son piano à bretelles

Aux éditions de L’humanité, Marc Perrone publie Tu vois… c’est ça qu’on cherche. L’autobiographie de l’accordéoniste de renommée internationale : de son enfance à Gentilly, puis à La Courneuve, jusqu’à ses derniers concerts… Le musicien, atteint de sclérose en plaques, partage avec générosité tous ses souvenirs. Paru dans le quotidien L’humanité, un article d’Eléonore Houée.

Marc Perrone adore les voitures. En tout cas, il se rappelle de celles dans lesquelles il est monté pour un concert, un voyage en Italie, un séjour à l’hôpital. Dans son autobiographie Tu vois… c’est ça qu’on cherche, parue aux éditions de l’Humanité, elles se manifestent à chacun des chapitres. En 1961, son père obtient son permis de conduire et acquiert « une 2 CV fourgonnette grise en tôle ondulée ». Durant l’été – le gamin né à Villejuif en 1951 a alors 9 ans –, l’auto franchit les Alpes, direction Pallanza, un village au bord du lac Majeur. Nouvelle anecdote, plus tard dans le livre : « Mon premier fauteuil roulant, je suis allé le chercher avec Fred Bourdeau, qui venait d’acquérir le magnifique coupé BMW de son frère ».

Les noms, les lieux, les dates… l’artiste mémorise tout. Le lecteur ne manque rien de la vie du moustachu de 73 ans, ni même de celle de ses proches, à commencer par ses parents italiens, naturalisés français tous les deux. L’enfant grandit jusqu’à ses 6 ans à Gentilly, dans le Val-de-Marne, avant de déménager à la cité des 4000, à La Courneuve, en Seine-Saint-Denis. Au collège, il découvre le lancer de disque, activité physique qui préfigure son « plaisir à jouer et rejouer, des valses de préférence, mélodies répétées en boucle, tel le mouvement dans le cercle d’élan ». En guise de premier emploi, Marc Perrone devient prof de sport, à raison de trois heures par semaine. Dans les vestiaires, sa guitare l’attend.

Une vie sur scène

Il découvre l’accordéon diatonique à la Fête de l’Humanité en 1972 : un « objet has been total » pour une génération biberonnée à Jimi Hendrix et aux Stones. Mais lui se dit « fasciné, comme les enfants, par le soufflet qui se gonfle, se dégonfle et semble rendre cet objet vivant ». Le vieux compagnon lui permet d’« enlacer la musique de ses deux bras comme un être cher ». Le musicien joue d’abord « dans les folk-clubs parisiens » et rejoint, un temps, les copains du Perlinpinpin Fòlc à Agen (Lot-et-Garonne). Dans son ouvrage, il accorde une place particulière à ses amitiés, comme avec Michel Portal et Bernard Lubat. Lors d’une répétition en 1982 à la Fête de l’Huma, le premier s’approche du second et affirme : « Tu vois, Bernard, c’est ça qu’on cherche ! ». L’accordéoniste s’est produit moult fois à Uzeste (Gironde). « Ici, se risquer est toujours possible », raconte-t-il.

En 2018, les Hestejadas de las arts l’accueillent de nouveau, mais l’artiste ne peut plus jouer. « Je suis porteur d’une sclérose en plaques, redit-il. C’est en 1992 que les médecins ont mis un nom sur mes ennuis et diagnostiqué la maladie. » Au fil des pages, elle prend davantage de place et le handicape de plus en plus. Dans ses confidences, il s’enthousiasme aussi de ses nombreuses collaborations avec le septième art, ses compositions pour le grand écran, ou encore sa venue au Festival du court métrage de Clermont-Ferrand, en 2002, en tant que membre du jury. Autre cadeau : les photographies dispersées dans le bouquin, issues de sa collection personnelle. Eléonore Houée, photo Patrick Nussbaum

Tu vois… c’est ça qu’on cherche, Marc Perrone (éditions de L’humanité, 380 p., 24€90).

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Femmes et drogues

Sur la scène de la Criée, à Marseille (13), Maurin Ollès présente Hautes perchées. La pièce interroge la prise en charge des usagères de drogues par les institutions de santé, de justice et de recherche. Un spectacle qui mêle théâtre, musique et humour : très fort !

Le metteur en scène Maurin Ollès, à la tête de la compagnie La Crapule, aime questionner les marginalités – jeunes délinquants, personnes autistes… – et le fonctionnement des institutions publiques à leur égard. Nouvel angle pour sa pièce de théâtre Hautes perchées : les addictions conjuguées au féminin. « Où sont les femmes usagères de drogues ? Elles sont minoritaires dans les lieux de soins : on compte environ une femme pour cinq hommes, en France. Consomment-elles réellement moins ? Quels obstacles rencontrent-elles ? » Telles furent les questions à l’origine de sa dernière création.

Avec son équipe artistique, il est allé à la rencontre des différents acteurs travaillant sur la problématique pour mieux rendre compte de sa complexité. Le sujet est sérieux. Le spectacle le traite avec intelligence et sous bien des angles autour de quatre personnages féminins principaux : Marie-Fleur, consommatrice de drogue (incarnée par Mélissa Zehner), Zouzou, directrice d’une structure de soins (Émilie Incerti-Formentini), Mona, juge de l’application des peines (Clara Bonnet) et Astrid, chercheuse sur les questions de drogues (Mathilde Edith Mennetrier). Aux côtés des comédiennes qui jouent plusieurs rôles, un trio de musiciens-acteurs. Plus de deux heures durant, les séquences s’enchaînent, entrecoupées de musiques et de chansons.

« J’ai pris que des acides. »/« Y a deux frizzy pazzy, un goût pêche, un goût citron »… Quatre gamines, dont Marie-Fleur, se lancent des défis à coup de bonbons dans l’arrière-salle d’une église. Elles se placent ensuite derrière le curé qui prêche contre les addictions, concluant par un « laisse-toi aimer », repris en chœur alors qu’une musique techno s’amplifie et que l’église se transforme en boîte de nuit. Le coup d’envoi donne le la : la question de l’usage des drogues peut être traitée avec humour et en musique. Maintenant, place au tribunal où comparaît Marie-Fleur pour avoir agressé un client dans un bar et les policiers dépêchés sur place. La présidente lui rappelle ses écarts passés : état d’ivresse et consommation de stupéfiants.

Rappels à l’ordre et prise en charge

Elle la condamne à six mois de prison qui seront aménagés par un juge de l’application des peines (Jap). Ce sera Mona qui vient de flirter avec Astrid, chercheuse. On retrouve cette dernière en train de livrer en visio-conférence un cours sur la législation anti-drogue et sur la prévention, citant le sociologue Howard Becker. L’exposé est fouillé, plongeant le spectateur au cœur du sujet. Elle conclue par la politique de réduction des risques (la RDR) qui entend « accompagner les personnes dans leurs vies, dans leurs usages plutôt que de les punir ». Et d’informer les étudiants sur l’ouverture prochaine dans la ville d’une salle de consommation à moindre risques, une HSA : Halte Soin Addiction, improprement appelée « salle de shoot ».

Au Caarud (Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques), Zouzou explique à Elie qui débute au travail, les missions du lieu : distribuer des seringues propres, organiser des activités, parfois exclusivement réservées aux femmes, « sinon elles viennent jamais. En vérité, elles viennent surtout pour se reposer, la plupart sont à la rue, elles ne peuvent jamais dormir tranquille ». Sacrément impliquée, la directrice du centre mâchonne des Nicorettes qui la rendent nerveuse. Dans le bureau de Mona, ce sont les condamnés pour usage de stupéfiants qui se succèdent. La Jap tente d’aménager au mieux leurs peines en écoutant leurs parcours. Le soir, elle se pinte au vin blanc pour ne plus penser aux gens cabossés dont elle a la charge. Les drogues légales provoquent aussi des addictions… La pièce se termine en musique, en fanfare ! Elle nous aura fort surpris, bien divertis et sacrément instruits. Amélie Meffre, photos Christophe Raynaud de Lage

Hautes perchées, Maurin Ollès : Du 10 au 13/03, la Criée-CDN de Marseille. Du 02 au 05/06, la Comédie, CDN de Reims. 

La France à la traîne

Depuis de nombreuses années, associations et collectifs se battent à Marseille pour l’ouverture d’une Halte Soin Addiction. Il n’en existe que deux en France (Strasbourgs et Paris) quand la ville de Berlin en compte sept, celle d’Hambourg, quatre. Alors que l’ouverture du lieu marseillais semblait imminente, l’État a récemment fait machine arrière. Divers rapports, pourtant, attestent de son utilité : réduction des risques de contamination par le HIV et l’hépatite C, d’overdose et d’hospitalisation. En d’autres termes, la prévention est bien plus efficace que la répression en matière d’addiction.

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