Au théâtre de l’Atelier (75), Jacques Osinski présente 4.48 Psychose. La pièce emblématique de Sarah Kane, magistralement interprétée par Sandrine Bonnaire. Oeuvre testamentaire de la dramaturge anglaise, qui se suicide en 1999 au final de l’écriture… Paradoxe, un texte qui est un tumultueux chant d’amour à vivre !

Pieds nus solidement ancrés aux planches, visage déterminé, Sandrine Bonnaire apparaît en pleine lumière. Durant plus d’une heure, elle est, elle sera Sarah Kane… Douce ou impulsive, calme ou torride, la parole circule en un débit ininterrompu, hormis quelques furtives réparties de son médecin psychiatre. La blessure est profonde, le mal-être évident, le désir de vivre aussi.

Après leur collaboration réussie, et unanimement saluée par le public, dans L’amante anglaise de Marguerite Duras, le metteur en scène Jacques Osinski retrouve la comédienne en ce monologue d’une haute intensité tragique. Cri du cœur, cri de douleur, 4.48 Psychose se refuse pourtant à être seul cri de malheur. Si Sarah Kane, née en 1971, crie au secours dans cet écrit ultime avant son suicide en 1999, l’auteure encensée par le grand Edward Bond livre là un authentique, fort et puissant, cri de rage en la vie. Contre ce médecin qui lui susurre, quoique malade « tout ira bien », contre ces médicaments à avaler dont la liste ne cesse de s’allonger : maigre répit, illusoire répit entre nausées et insomnies… La femme ne veut pas la mort, elle veut qu’on l’écoute, qu’on l’entende surtout, un appel au secours parce que belle est la vie !

Belle, la comédienne l’est aussi ! Ni pathos ni démesure sur scène, le mot maîtrisé, les silences aussi, le regard embué de noirceur ou brillant de lueur, le corps digne debout ou couché, la main tendue ou la jambe recroquevillée… La souffrance est pesante, posée là sur le plateau face à notre impuissance, l’amour aussi de soi et des autres qui ne parvient à surmonter la violence du mal-être. L’espoir, la lumière, l’à-venir elle veut y croire, elle y croit encore malgré « la psychose » qui la ronge, cet enfermement mental qu’elle ne parvient à circonscrire. Spectateurs, comme aimantés par le regard solitaire et égaré de la Bonnaire, nous en effleurons les sinistres rivages, nous abordons au plus près du naufrage. Il est 4h48, l’heure a sonné. C’est puissant, poignant ! Yonnel Liégeois, photos Pierre Grosbois
4.48 Psychose, Jacques Osinski : jusqu’au 15/11, du jeudi au samedi à 19h, le dimanche à 15h. Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin, 75018 Paris (Tél. : 01.46.06.49.24). Dans une nouvelle traduction de Vanasay Khamphommala, le texte est édité aux éditions de l’Arche.





