Michel Foucault, le centenaire

Aux éditions La Découverte, Didier Fassin publie Ainsi pensait Michel Foucault, enquête sur une philosophie pour notre temps. En cette année 2026, Michel Foucault aurait eu cent ans : né le 15/10/1926, le philosophe et penseur décède du sida en 1984. De l’histoire de la folie à celle de la sexualité, Les mots et les choses ont durablement inspiré l’ancien professeur au Collège de France. Le chercheur et intellectuel engagé, reconnu et lu dans le monde entier.

Le 15 octobre 2026, Michel Foucault aurait eu cent ans. Parmi les publications célébrant cet anniversaire, le livre de Didier Fassin se distingue par la manière dont il montre la vitalité de la pensée de l’auteur de sciences humaines le plus cité au monde. Issu d’un cours au Collège de France, où Foucault enseigna et où Fassin professe aujourd’hui, cet essai s’ouvre sur une dédicace à ceux qui, dans nos « temps de danger », revendiquent le « courage de la vérité » ou parrêsia, ce risque de dire vrai quitte à en payer le prix.

Une exigence éthique que Fassin place au cœur du livre et qu’il applique en relisant Foucault attentif aux usages actuels de concepts comme ceux de biopolitique ou de gouvernementalité. Il en va de même pour la notion de critique, que Foucault définissait comme « l’art de n’être pas tellement gouverné » et concevait comme un ethos, c’est-à-dire une manière de dénaturaliser ce qui va de soi. Lui-même se voulait « expérimentateur, et non pas théoricien », prêt à réviser ses concepts. Fassin en retrouve la fécondité dans ses propres travaux, notamment dans le basculement récent du « gouvernement humanitaire », fondé sur la compassion, à un « gouvernement sécuritaire » du contrôle. L’ouvrage évite cependant l’hagiographie et affronte les silences du maître, son eurocentrisme, sa réticence envers le féminisme ou son mutisme sur la Palestine qu’illustre une anecdote de 1979 : étant réunis avec Sartre et Beauvoir, Edward Saïd le vit s’éclipser avant même le début des échanges.

L’essai s’achève sur une confidence saisissante. Jeune infectiologue de garde à la Salpêtrière un jour de Pentecôte, Didier Fassin fut appelé au chevet de Foucault lors de son hospitalisation en 1984. Toutefois, sans attendre la réunion pluridisciplinaire, les neurologues optèrent pour la chirurgie, ignorant qu’un traitement médicamenteux récent offrait de meilleures chances. Le philosophe mourut quelques jours plus tard. En brisant 42 ans de silence à propos de cette faute médicale, Didier Fassin accomplit le geste même qu’il saluait en ouverture : faire du courage de la vérité l’ultime hommage au maître. Frédéric Manzini*

Ainsi pensait Michel Foucault. Enquête sur une philosophie pour notre temps, Didier Fassin (La Découverte, 342 p., 22 €).

*Un article paru dans le magazine Sciences Humaines (n°392, 10/26). Dossier à la une : Peut-on vivre sans projet ?, de l’utopie collective aux espoirs individuels… Avec, en outre, deux sujets revigorants : un entretien avec la sociologue Rose-Marie Lagrave, un coup de projecteur sur la vie et l’oeuvre de « l’anthropologue en lutte » David Graeber décédé en 2020. Dès sa création, Chantiers de culture a inscrit le mensuel sur sa page d’ouverture au titre des Sites amis. Une excellente publication dont nous conseillons vivement la lecture. Yonnel Liégeois

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