Aux éditions La Découverte, Mona Chollet publie Résister à la culpabilisation, Sur quelques empêchements d’exister. Entre sources littéraires, témoignages et références scientifiques, une enquête instructive sur nos démons intérieurs. Paru dans le mensuel Sciences Humaines (N°372, octobre 24), un article de Frédérique Letourneux.

Une petite voix s’élève dès la première page, « ce n’est pas possible d’être aussi conne ! ». Le ton est donné. La journaliste et essayiste Mona Chollet se livre dans ce nouvel ouvrage, Résister à la culpabilisation, Sur quelques empêchements d’exister, à un exercice d’introspection salutaire : qu’est-ce qui fait que résonne régulièrement en nous cette voix intérieure hypercritique et culpabilisante qui nous fait douter ? Comme à son habitude, l’autrice se livre à une enquête mobilisant sources littéraires, témoignages -notamment sur les réseaux sociaux et dans les magazines- et références scientifiques.

Le propos se situe davantage du côté de la sociologie que de la psychologie, soulignant le rôle joué par les pesanteurs sociales dans la construction de cet ennemi intérieur auquel sont davantage exposées les catégories dominées affectées de stéréotypes négatifs : les enfants, les femmes, les minorités sexuelles, ethniques ou raciales. Poursuivant le travail de déconstruction des normes de genre déjà initié dans de précédents ouvrages, Mona Chollet fait retour sur la figure biblique d’Ève comme point de départ de la longue culpabilisation des femmes. Elle n’oublie pas de rappeler aussi les effets délétères de cette injonction à être tout à la fois une bonne mère, une bonne épouse, une bonne professionnelle.

L’originalité de l’ouvrage se situe certainement dans la dernière partie consacrée au militantisme. Mona Chollet y parle de ses engagements, notamment pour les causes palestinienne et environnementale, et exprime aussi ses doutes. Peut-on continuer à être heureux ou à désirer l’être quand on a une conscience aiguë de ce qui se passe autour de nous ? Avouant redouter « l’effet vase clos des cercles militants », elle répond définitivement par l’affirmative, et invite à ne pas ajouter l’impuissance à la liste de nos motifs de culpabiliser. Frédérique Letourneux
Résister à la culpabilisation. Sur quelques empêchements d’exister, de Mona Chollet (éditions La Découverte, 272 p., 20€).
Le dossier du n° 372 de Sciences Humaines s’intéresse au clash des générations : valeurs, modes de vie, ressources, amours, humour… Sans oublier l’entretien avec Marie Duru-Bellat et François Dubet, « Trop d’école tue l’éducation ! ». Enfin, Maud Navarre signe un remarquable et long article sur « Olympe de Gouges, l’intrépide » : victime de la misogynie des révolutionnaires de 1789, considérée aujourd’hui comme une pionnière des luttes féministes et anti-esclavagistes. Dès sa création, Chantiers de culture a inscrit le mensuel sur sa page d’ouverture au titre des Sites amis. Un magazine dont nous conseillons vivement la lecture. Yonnel Liégeois





