Acteur, metteur en scène, pédagogue, Pierre Vial s’est éteint le 20/12, à l’âge de 97 ans. Il fut, au fil de sa longue vie, un homme de théâtre complet. Lors de la cérémonie civile le 29/12 au crématorium du Père-Lachaise, lui furent témoignées affection et gratitude.

Son fils, Nicolas, lui-même acteur, ses petits-enfants, Jeanne Vitez, Clément Hervieu-Léger, actuel administrateur de la Comédie-Française, partenaires et anciens élèves se sont succédé pour dire admiration et respect à l’endroit d’un artiste comptable d’une infinité de rôles marquants en tout genre et de mises en scène en relief. Sa vocation naquit après avoir vu Louis Jouvet dans Knock, sous la direction de Charles Dullin. Après le conservatoire, ce fut l’éblouissement, au vu d’Helene Weigel jouant Brecht au Théâtre des Nations. De 1961 à 1963, il fait partie du Théâtre quotidien de Marseille. Il y rencontre Antoine Vitez. Une amitié constante s’ensuivra, du Théâtre des Quartiers d’Ivry à Chaillot, puis à la Comédie-Française. Il a été vingt ans durant dans l’illustre maison : devenu le 512e sociétaire, jouant dans 93 pièces et donnant 58 lectures.

Au cours de la cérémonie au Père-Lachaise, on a pu entendre à nouveau sa voix de stentor, dans le rôle de l’Annoncier du Soulier de satin, de Claudel, ce magistral souvenir dû à Vitez. On peine à relater, ici, l’existence en son entier d‘un homme qui a tant œuvré dans ce qu’on nommait, jadis, la décentralisation, aux grandes heures du service public du théâtre. De 1970 à 1976, succédant à Jean Dasté, il dirigea la Comédie de Saint-Étienne. Il fut un enseignant efficace, à la bonhomie assumée, à ce titre aimé et jamais oublié. Maintes fois élu par les metteurs en scène importants de son époque, la liste est impossible à dresser ! Son jeu se caractérisait par une sorte d’humour spécifique, dont le cinéma et la télévision surent faire usage. Il pouvait aller jusqu’à la sorte de rondeur inquiétante propre aux clowns anglais. Avec ça, fin diseur, apte à distiller tous les sucs contradictoires de ses partitions verbales.

Pour ma part, entre tant de souvenirs épars de sa présence en scène, je retiens son Polonius, dans Hamlet de Shakespeare, monté en 1983 par Antoine Vitez, au Théâtre national de Chaillot. N’est-ce pas ainsi que les acteurs ne meurent pas vraiment, survivant en notre mémoire ? De surcroît, Pierre Vial, en son temps, fut à tous égards un citoyen vigilant et un homme bon, comme on n’ose plus dire en cette période de brutalité sans frein. Jean-Pierre Léonardini





