Petites filles et grands défis

Au théâtre des Amandiers nouvellement rénové, jusqu’au 24/01 à Nanterre (92), Joël Pommerat présente Les petites filles modernes (titre provisoire). Entre fantasme et réalité, fiction et frictions, le choc de deux mondes : celui des adultes et celui d’adolescentes en rébellion. Un spectacle étrange et déroutant.

Sur la grande scène du Théâtre des Amandiers, superbement rénové et agencé au terme de quatre ans de travaux, le trou noir d’une profondeur angoissante et caverneuse… Du plus lointain, à peine perceptibles dans un rai de lumière, s’avancent deux frêles silhouettes, Deux petites filles modernes. En cette atmosphère inquiétante, toute de noir et blanc, chère au regretté Claude Régy, le décor est planté. Minimaliste, étrange et déroutant.

D’abord une querelle, comme il y en a tant et tant dans les cours de récréation… Deux gamines qui se prennent la tête pour des futilités, déterminées à se crêper le chignon ! Jade ne cesse de harceler Marjorie et, malgré remontrances et avertissements, poursuit son travail de sape jusqu’à son renvoi du collège. Peu importe, les deux filles habitant à proximité, elle s’introduit un soir chez sa jeune voisine et profère des menaces de mort. Curieusement, le dialogue s’engage enfin et les querelles intestines virent très vite en amitié profonde entre elles deux, suite à d’étranges et surprenantes révélations : la nuit venue, les parents de Marjorie se transformeraient en horribles monstres ! Et de se retrouver alors, chaque soir, le jour tombant, pour se raconter des histoires…

Qui se mêlent et s’entremêlent avec d’autres, dans le clair-obscur du plateau : une créature enfermée à vie « dans une boîte métallique sans boire ni dormir », un jeune homme condamné au silence s’il veut la libérer… Du quotidien fantasmé à l’extra-ordinaire banalisé, on ne sait quoi penser entre amitié colorée et noirceur de l’existence ! Entre grosse peluche et silhouettes inquiétantes des parents, la guerre des mondes est engagée entre les adultes et les deux petites filles modernes. Des images hallucinées et hallucinantes qui passent pour la vraie vie, des dialogues imaginaires et complètement décalés, un duo d’une fantastique présence (Coraline Kerléo, Marie Malaquias), une scénographie d’une obscure luminosité !

Un spectacle désarçonnant, déroutant de Joël Pommerat, qui exige l’attention soutenue du spectateur et l’invite tout à la fois à lâcher prise, du grand art dans la mise en scène. Contre le cauchemar et la mort, l’imaginaire, le conte et le rêve qui transfigurent l’espace et le temps. Entre fabuleuses éclaircies et trous noirs, sombre réalité et fulgurances poétiques, l’imprévisible et le provisoire dans l’amour ou l’amitié : ainsi va la vie pour chacune et chacun. Yonnel Liégeois, photos Agathe Pommerat

Les petites filles modernes (titre provisoire), Joël Pommerat : jusqu’au 24/01, du lundi au vendredi à 19h30, le samedi à 18h30 et le dimanche à 15h30. Théâtre des Amandiers-CDN, 7 Avenue Pablo Picasso, 92000 Nanterre (Tél. : 06.07.14.81.40/06.07.14.47.83).

Du 11 au 15/02 : L’Azimut, Théâtre de la Piscine, Châtenay-Malabry (92). Les 19 et 20/02 : Théâtre de l’Agora, SN d’Evry et de l’Essonne (91). Les 04 et 05/03 : Espaces Pluriels, scène conventionnée de Pau (64). Les 24 et 25/03 : Maison de la Culture, SN de Bourges (18). Les 08 et 09/04 : Le Canal, Théâtre du Pays de Redon (35). Du 14 au 18/04 : Comédie de Genève (Suisse). Les 23 et 24/04 : Palais des Beaux-Arts, Charleroi (Belgique). Les 29 et 30/04 : Maison de la Culture, SN d’Amiens (80). Les 05 et 06/05 : Les Salins, SN de Martigues (13.) Du 20 au 22/05 : Le Bateau Feu, SN de Dunkerque (59). Du 03 au 18/06 : TNS, Théâtre National de Strasbourg.

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