De la rumba dans l’air…

Après une première française au théâtre de La Joliette à Marseille, Rumba l’âne et le bœuf de la crèche de Saint François sur le parking du supermarché entame une longue tournée en Belgique. Avant de revenir à Paris, à la Maison des Métallos. Un spectacle de l’auteur italien Ascanio Celestini, superbement interprété par le comédien belge David Murgia qui prête voix aux déshérités de la société.

Sur la scène du théâtre de La Joliette, un castelet cerné de deux rideaux rouges, pour tout décor une peinture minimaliste retraçant les grandes étapes de la vie de François, le saint d’Assise… Il fait nuit, le supermarché a fermé ses portes, le parking est désert. Deux hommes en ont pris possession, ils ont fomenté un court spectacle pour d’éventuels pèlerins de passage. En échange de quelques sous, de quoi s’offrir un bon repas de Noël ! L’un est musicien, l’autre bonimenteur improvisé. Qui prévoit de conter aux éventuels spectateurs les grands moments de la vie de François : un gars issu d’une riche famille, devenu pauvre d’entre les pauvres, un va-nu-pieds qui n’hésite pas à embrasser les lépreux et à dormir à la belle étoile, même par grand froid.

Presque une vie de clodo, comme celle de Joseph l’africain qui dort là sur le parking, pour l’heure seul spectateur ! Et David Murgia d’entamer alors sa folle et irrésistible Rumba, glissant bien vite de la vie du saint homme à celle de tous les déclassés et marginaux, riches pourtant de qualités. Tel Job, le brave manutentionnaire de l’entrepôt : il ne sait ni lire ni écrire, à la demande du client il trouvera pourtant sans coup férir l’article désiré, à l’heure du déchargement des palettes il saura très exactement où ranger outils et ustensiles. Un pauvre type, penseront certains, un super pote en fait unanimement apprécié de ses collègues ! Un flot, un torrent de paroles soutenu par Philippe Orive, son complice musicien au clavier et à l’accordéon pour raconter le monde des gens de peu, mal aimés et tous déclassés, le SDF ou les vieux, les exclus et paumés de la planète, même le raciste qui en veut à la gamine tzigane qui fume son clope, alors qu’il est perclus de douleur après la mort de sa petite fille. « C’est injuste », dit-il, répète-t-il… Tous ceux-là, même lui peut-être, méritent plus et mieux que le mépris ou le rejet : un regard, un sourire, un mot, un bonjour, un bon jour… Toutes et tous des étoiles, « comme celles dans le ciel, mais il y en a tellement qu’on ne peut pas les compter, elles sont trop nombreuses et toutes éparpillées ».

Avec Celestini et Murgia, le verbe déferle en un courant impétueux et ininterrompu. Une cascade de mots et de maux prend visage sur les planches. Avec tendresse et émotion, humour aussi… Les pèlerins ne descendront jamais du bus, pourtant le parking du supermarché n’est pas désert, il est habité de tous ces humains invisibilisés dont ils nous ont brossé le portrait : les immigrés, les sans-papiers, les naufragés de la vie. Une charge explosive contre une société qui fabrique exclus et précaires. De l’humanité partagée sans misérabilisme, entre puissance poétique et satire politique. Yonnel Liégeois, photos Asblkukaracha

Rumba, Ascanio Celestini-David Murgia et Philippe Orivel. Une grande tournée en Belgique : le théâtre de Namur du 21 au 24/01, le Centre culturel de Soumagne le 26/01, l’Arrêt 59 à Péruwelz le 6/02, le Centre culturel de Ciney les 10 et 11/02, le Centre culturel de Verviers le 12/02, le Centre culturel de Seraing le 13/02, le Centre culturel de Braine-le-Comte le 12/03, la Maison de la Culture Famenne-Ardenne le 13/03.

Du 17 au 21/02, à la Maison des Métallos de Paris.

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Classé dans Littérature, Musique/chanson, Rideau rouge

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