L’atelier Schoendorff en danger

Situé au cœur de Lyon, l’appartement atelier de Max Schoendorff est menacé de disparition. Le peintre et graveur s’est éteint en 2012, son épouse en janvier 2026. Lieu essentiel pour la connaissance de l’art contemporain au XXème siècle, un collectif est né pour le sauver.

Lyon peut s’honorer d’avoir eu, en Max Schoendorff (1934-2012), un résidant d’envergure. Il fut peintre et graveur de grand talent dûment reconnu, scénographe inventif lié à la grande aventure de la décentralisation théâtrale, éditeur, homme de savoir littéraire et philosophique, citoyen extralucide. Il a longtemps vécu et œuvré dans un immense atelier (chèrement loué au groupe Apicil, mutuelle d’assurances), situé au 38 rue Victor-Hugo, second arrondissement de Lyon. Son épouse, Marie-Claude, vient de s’éteindre. Adieu lui sera dit le 4 février à 14 h 30, au crématorium du cimetière de la Guillotière, à Lyon. L’antre de magiciens merveilleux qu’ils avaient conçu sous une verrière est désormais en danger. Sous peu, tout peut être jeté à la benne. 30 000 livres, entre autres sur le surréalisme et le romantisme allemand, tableaux, gravures, affiches, mobilier, archives, objets d’art, d’ethnographie et du quotidien, bibelots insolites, collections singulières sont ainsi menacés de dispersion, voire de disparition.

Qui a eu la chance de visiter les lieux n’a pu qu’être frappé par l’aura de création poétique qui en émane. Il est impensable qu’un tel monde disparaisse. C’est pourquoi Odile Nguyen-Schoendorff, sœur de Max, actionne le signal d’alarme. L’association Max Schoendorff, ça presse ! a été créée, destinée à la valorisation de l’œuvre de l’artiste et à la pérennisation de son atelier. Justement, il n’est pas encore, à Lyon, d’atelier de peintre classé. Une première demande a été refusée, en raison du caractère « disparate » des éléments à récupérer et des problèmes d’accès (troisième étage, sans ascenseur). Début janvier, l’association a été reçue par la préfète du Rhône, Mme Fabienne Buccio et par M. Simon Quetel, de la direction régionale des affaires culturelles (Drac). La préfète s’est engagée à contacter les plus hauts responsables d’Apicil. De son côté, l’association reste en alerte.

Lyon, capitale des Gaules selon le guide Michelin, ne peut s’amputer d’un haut lieu de création, dans lequel se sont croisés, sur un demi-siècle, gens de théâtre et artistes, critiques, écrivains et journalistes, conservateurs et grands chefs cuisiniers. En 1976, Max Schoendorff inventait et créait l’Urdla (Utopie raisonnée pour les droits de la liberté en art), devenu, en 2003, le Centre international de l’estampe et du livre, qui se perpétue pour le bonheur de centaines d’artistes. À ce seul titre déjà, lui est due la reconnaissance nationale. Jean-Pierre Léonardini

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