Au théâtre de la Reine blanche, Julie Timmerman met en scène La découvreuse oubliée. Une pièce d’Élisabeth Bouchaud qui réhabilite la mémoire de Marthe Gautier, celle qui mit au jour le chromosome responsable de la trisomie 21. Avec Marie-Christine Barrault, souveraine dans le rôle-titre. En prime, salle Marie Curie, L’art d’être mon père, de et avec Julie Timmerman !

Julie Timmerman (Compagnie Idiomécanic) est artiste associée à la Reine blanche, scène des arts et des sciences dirigée par Élisabeth Bouchaud, physicienne de formation, qui s’est donné comme mission de mettre en lumière l’œuvre de femmes bannies de l’histoire des sciences. Il n’en manque pas, à preuve celles dont les noms vont enfin s’inscrire en lettres d’or sur la tour Eiffel. Sous le titre la Découvreuse oubliée, elle a donc écrit la pièce qui tire de l’ombre Marthe Gautier (1925-2022). Lui est due la mise au jour du chromosome surnuméraire responsable de la trisomie 21. Le généticien Jérôme Lejeune (1926-1994) en tira profit à son usage…

Le texte retrace les péripéties d’un roman d’aventures en laboratoire. Julie Timmerman le met en scène dans la juste tonalité où la gravité du propos n’élude pas l’ironie sous-jacente. Jérôme Lejeune, farouche contempteur de l’avortement, soutenu par l’Opus Dei, ami du pape Jean-Paul II, comblé d’honneurs ici et là, n’a-t-il pas été béatifié ? L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) finira par rendre justice à Marthe Gautier, au terme d’années de lutte pour y parvenir. Marie-Christine Barrault apparaît souveraine dans ce rôle, que Marie Toscan assume dans le jeune âge de la scientifique. Toutes deux, comme Matila Malliarakis et Mathieu Desfemmes, changent de peau et de genre à l’envi, au fil d’une sorte de carrousel théâtral savamment enjoué.

À l’étage, dans la petite salle Marie-Curie, Julie Timmerman présente et joue l’Art d’être mon père, suite logique de Zoé, dont la création avait eu lieu au Théâtre de Belleville en janvier 2024. La metteure en scène et comédienne est issue d’une famille d’artistes, son père adoré souffrant de troubles affectifs bipolaires. La revoici petite fille à l’école, où ce père, rêveur définitif, hypersensible, épris d’une grandeur d’où il peut tomber de haut, devait mettre en scène les Misérables avec les enfants. Sous les yeux éblouis des spectateurs, une chaise pour seule partenaire, Julie Timmerman est tour à tour le père, la mère dont il est séparé, la directrice de l’établissement, deux ou trois gosses enrôlés et elle-même, lancée dans l’emportement virtuose, infiniment déchirant et en même temps drôle, d’un amour filial à jamais éperdu. Jean-Pierre Léonardini
La Découvreuse oubliée et l’Art d’être mon père, Julie Timmerman : respectivement jusqu‘au 29/03 (du mercredi au vendredi à 19h, le samedi à 18h et le dimanche à 16h) et jusqu’au 15/02 (les mercredi et vendredi à 21h, le dimanche à 18h). La Reine Blanche, 2 bis passage Ruelle, 75018 Paris (Tél. : 01.40.05.06.96). Certains jours, les deux spectacles peuvent être vus dans la même soirée. En tournée au printemps, l’Art d’être mon père sera donné au Festival d’Avignon.





