Archives mensuelles : février 2026

Édouard III, Shakespeare méconnu

Au théâtre de La Tempête, à la Cartoucherie de Paris, le metteur en scène Cédric Gourmelon présente Édouard III. Le directeur de la Comédie de Béthune s’empare d’une œuvre de Shakespeare encore jamais jouée en France. Un défi majeur, une réussite totale.

La Cartoucherie, théâtre de La Tempête, effervescence générale et salle comble, une première en France : Cédric Gourmelon crée Édouard III, une pièce oubliée et méconnue du grand William ! Le doute n’est point de mise, un texte de jeunesse peut-être mais une œuvre de Shakespeare, tous les spécialistes du théâtre élisabéthain en attestent, persistent et signent. Une impressionnante saga historico-politique comme l’auteur de Richard III et d’Henri VI savait si bien en trousser, sur le champ de bataille de la guerre de Cent Ans, à l’heure où l’Angleterre s’emploie à conquérir le royaume de France…

Peu d’artifices dans la mise en scène, une haute paroi de bois devant laquelle évoluent les protagonistes pour un spectacle qui mêle les genres : des scènes de guerre épiques narrées avec force convictions à la révélation de l’amour fou du roi d’Angleterre pour la comtesse de Salisbury, captive des vilains Écossais ! « Cette pièce regroupe toute la palette des styles shakespeariens en un seul texte », commente Cédric Gourmelon, le metteur en scène et directeur de la Comédie de Béthune, « le tragique côtoyant le comique et l’intime, l’épique ». Le texte respecté à la lettre, s’offrent à nos yeux trois heures d’un superbe spectacle, une réussite totale où la mort tutoie la vie, le rouge sang des champs de bataille l’amour flamboyant d’un homme comme envoûté, voire aveuglé d’une passion dévorante.

Musique, lumières et costumes (de l’armure d’antan à la robe virginale) ornent l’œuvre d’un naturalisme poétique assumé où comédiens, jeunes et confirmés mêlés, font le total bonheur du public. Au-devant du plateau, au cœur d’un collectif convaincant, Vincent Guédon porte avec splendeur la cape d’Édouard III, Fanny Kervarec se présente en merveilleuse comtesse, Zakary Bairi en jeune et beau prince de Galles… Du Shakespeare éblouissant servi sur un plateau par une troupe du plus bel effet, conduit par une main de maître ! Yonnel Liégeois, photos Simon Gosselin

Édouard III, Cédric Gourmelon : jusqu’au 22/02, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h. La Tempête, Cartoucherie, Route du Champ de Manœuvre, 75012 Paris (Tél. : 01.43.28.36.36).

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L’atelier Schoendorff en danger

Situé au cœur de Lyon, l’appartement atelier de Max Schoendorff est menacé de disparition. Le peintre et graveur s’est éteint en 2012, son épouse en janvier 2026. Lieu essentiel pour la connaissance de l’art contemporain au XXème siècle, un collectif est né pour le sauver.

Lyon peut s’honorer d’avoir eu, en Max Schoendorff (1934-2012), un résidant d’envergure. Il fut peintre et graveur de grand talent dûment reconnu, scénographe inventif lié à la grande aventure de la décentralisation théâtrale, éditeur, homme de savoir littéraire et philosophique, citoyen extralucide. Il a longtemps vécu et œuvré dans un immense atelier (chèrement loué au groupe Apicil, mutuelle d’assurances), situé au 38 rue Victor-Hugo, second arrondissement de Lyon. Son épouse, Marie-Claude, vient de s’éteindre. Adieu lui sera dit le 4 février à 14 h 30, au crématorium du cimetière de la Guillotière, à Lyon. L’antre de magiciens merveilleux qu’ils avaient conçu sous une verrière est désormais en danger. Sous peu, tout peut être jeté à la benne. 30 000 livres, entre autres sur le surréalisme et le romantisme allemand, tableaux, gravures, affiches, mobilier, archives, objets d’art, d’ethnographie et du quotidien, bibelots insolites, collections singulières sont ainsi menacés de dispersion, voire de disparition.

Qui a eu la chance de visiter les lieux n’a pu qu’être frappé par l’aura de création poétique qui en émane. Il est impensable qu’un tel monde disparaisse. C’est pourquoi Odile Nguyen-Schoendorff, sœur de Max, actionne le signal d’alarme. L’association Max Schoendorff, ça presse ! a été créée, destinée à la valorisation de l’œuvre de l’artiste et à la pérennisation de son atelier. Justement, il n’est pas encore, à Lyon, d’atelier de peintre classé. Une première demande a été refusée, en raison du caractère « disparate » des éléments à récupérer et des problèmes d’accès (troisième étage, sans ascenseur). Début janvier, l’association a été reçue par la préfète du Rhône, Mme Fabienne Buccio et par M. Simon Quetel, de la direction régionale des affaires culturelles (Drac). La préfète s’est engagée à contacter les plus hauts responsables d’Apicil. De son côté, l’association reste en alerte.

Lyon, capitale des Gaules selon le guide Michelin, ne peut s’amputer d’un haut lieu de création, dans lequel se sont croisés, sur un demi-siècle, gens de théâtre et artistes, critiques, écrivains et journalistes, conservateurs et grands chefs cuisiniers. En 1976, Max Schoendorff inventait et créait l’Urdla (Utopie raisonnée pour les droits de la liberté en art), devenu, en 2003, le Centre international de l’estampe et du livre, qui se perpétue pour le bonheur de centaines d’artistes. À ce seul titre déjà, lui est due la reconnaissance nationale. Jean-Pierre Léonardini

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En panne de lave-vaisselle…

Au théâtre de La flèche, à Paris, Flor Lurienne et Frédéric de Goldfiem présentent Le lave-vaisselle. Quand l’appareil ménager tombe en panne, c’est toute la vie d’un couple qui dérape ! Dans un face à face aussi déroutant qu’hilarant, un lavage de linge sale à couteaux tirés, un dialogue à en perdre le souffle.

Un intérieur de bric-à-brac, une longue table où trône un étrange appareil miniature… Qui s’éteint et s’allume, sonne ou ronronne étrangement ! Aux premières paroles échangées, le mystère est levé : ci-gît un Lave-vaisselle modèle réduit, sujet de controverses ! Qui accumule les pannes, prend l’eau et fait disjoncter l’époux. La responsable de ces galères à répétition ? Son épouse qui empile la vaisselle n’importe comment, omet d’activer le prélavage et pire, positionne les couteaux dans le mauvais sens au point de tout bloquer, de tout faire sauter… Le constat est affligeant, accablant !

Monsieur connaît sur le bout des doigts mode d’emploi et rouages de la machine, monsieur sait tout et les reproches pleuvent. Sauf que monsieur ne fait rien : ni ranger la maison dont il stigmatise le désordre, encore moins de débarrasser la table et remplir le lave-vaisselle ! L’évidence s’impose, la vraie panne est ailleurs, plus que l’objet à la source du conflit, c’est le couple qui prend l’eau. Certes, il vaut mieux échanger accusations et critiques que de s’envoyer couteaux et fourchettes à la figure, il n’empêche, il en faudrait peu pour que l’altercation tourne au drame, voire à la tragédie.

Dans ce dialogue engagé à grande vitesse, les deux protagonistes sont confondants de naturel et de justesse. Derrière la face cachée de cet original Lave-vaisselle à l’eau stagnante, derrière l’humour noir de tirades à l’emporte-pièce, tels des missiles à destruction massive, émerge l’errance d’un couple dont le dialogue, au fil du temps, s’est noyé dans le routinier, la banalité du quotidien. Au temps d’avant, en compagnie de sa complice Léonore Chaix, la comédienne nous avait déjà littérairement conquis avec son éloquent et désopilant « strip texte » Déshabillez-mots ! Pour l’heure, nul besoin d’appeler un dépanneur, entre plaisante confrontation et ironie cinglante, Flor Lurienne et Frédéric de Goldfiem maîtrisent leur jeu à la perfection ! Yonnel Liégeois, photos Basile Pelletier

Le lave-vaisselle : jusqu’au 13/03, chaque vendredi à 21h. Théâtre La flèche, 77 rue de Charonne, 75011 Paris (Tél. : 01.40.09.70.40).

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Iqtibās, l’amour à terre

Sur la scène de la Faïencerie à Creil (60), l’auteure et metteure en scène Sarah M. présente Iqtibās. Une pièce qui, pour un couple mixte, pose la question du droit de s’aimer au-delà des traditions et oppositions ancestrales. Entre musique, danse et slam, d’un tremblement de terre à la fracture amoureuse.

Ils sont deux sur la scène, comme deux amoureux qui seraient seuls au monde. Pour eux, l’univers est leur territoire. Mais ils ne se posent pas la question. C’est inutile. Hayet Darwich interprète Balkis, Maxime Lévêque est Abel. Ils sont accompagnés par Osa, qui joue en direct ses belles compositions musicales contemporaines, parfois envoûtantes. Découvert au théâtre Antoine Vitez d’Ivry-sur-Seine, Iqtibās (sous-titré Allumer son feu au foyer d’un autre) a été créé en octobre dernier au festival des Francophonies à Limoges.

Écrite et mise en scène par Sarah M. de la compagnie Beïna, la pièce raconte les premiers moments d’une histoire d’amour pour ce couple mixte« Iqtibās est une étape importante dans mon parcours », dit-elle. Les trois créations précédentes ont abordé successivement « la guerre d’indépendance » en Algérie, la « révolution du jasmin » en Tunisie et « la mutilation des partis d’opposition au Maroc ». Cette fois, il s’agit de mettre en évidence, à travers cette histoire d’amour « de nouveaux rituels, de nouvelles représentations ». Balkis et Abel « échappent à tout carcan identitaire (mais) leur rencontre vient révéler leurs blessures ancestrales, inscrites au plus profond de leurs chairs ». C’est un choc au présent de certaines cultures, de traditions complexes.

Dans cet amour naissant et impétueux, un nouveau rival vient se dresser : un tremblement de terre en pleine nuit, tout bascule. Des maisons sont englouties, Balkis disparaît. Pour retrouver son amour, Abel va devoir découvrir et apprendre une langue inconnue de lui… Comme dans une poésie sensible. Gérald Rossi, photos Najat Saïdi

Iqtibās, Sarah M. : le 06/02, 20h à La faïencerie, allée Nelson, 60100 Creil (Tél. : 03.44.24.01.01). Le 10/02 à l’Étoile du Nord (Paris), le 17/02 au théâtre Jean Vilar (Vitry-sur-Seine), le 27/03 au Théâtre-Cinéma de Choisy-le-Roi, le 03/04 au théâtre André Malraux (Chevilly-Larue), à l’automne au théâtre Dunois (Paris).

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Luce Mouchel ne fait plus semblant !

Au quai Bérigny, Scène nationale de Dieppe (76) Luce Mouchel propose Faire semblant d’être moi. De l’enfance à ses 18 ans, sous la direction de Xavier Maurel, elle se raconte. Ses doutes et ses peurs, ses joies et ses pleurs. Jusqu’à son incursion sur les planches, un bouleversement.

Sur la scène du théâtre de Dieppe, la comédienne entre en scène. Blondeur de la chevelure et pull coloré, sourire enjôleur, une figurine d’antan qui pourtant explose de jeunesse. Normal, même si elle a bien grandi et mûri depuis, la gamine a cinq ans ! Au plus près du public, usant de tous les artifices théâtraux qu’elle maîtrise à la perfection, l’ingénue devenue femme épanouie se dévoile et se raconte. D’une famille présente, aimante et quelque peu extra-ordinaire, d’un non-dit familial déniché au grenier jusqu’aux souvenirs d’enfance revisités, elle dresse le portrait de chacune et chacun avec tendresse. Peu d’accessoires pour encombrer les planches : un piano électrique, une chaise et un gros ballon. L’essentiel est ailleurs, le texte et le jeu de Luce Mouchel.

Des invitations presse, critiques dramatiques, nous en recevons par dizaines. Sélection forcée, un choix obligé, le temps est compté… Retour de spectacle, un soir dans le métro, une banquette de voyageurs civilisés (!) sans écouteurs aux oreilles ni téléphone en main : tout en s’excusant de son audace, une charmante dame se mêle poliment à la conversation. Convivial, enjoué le dialogue, un impromptu qu’il fait bon vivre, d’autant plus lorsque la dive passagère s’avoue comédienne et actuellement en représentation ! Mais oui, mais comment donc, mais c’est bien sûr… Une attachée de presse compétente, le dossier glissé dans la pile, nous irons donc l’applaudir ou la maudire ! Une heure quinze de pur bonheur et plaisir.

Au théâtre, elle a été dirigée par quelques grands metteurs en scène (Alain Bézu, Brigitte Jacques, Philippe Adrien, Jacques Nichet, Daniel Mesguich, Stéphane Braunschweig…), au cinéma aussi (Coline Serreau, Costa-Gravas, Roman Polanski…). Elle a acquis l’art du regard, le placement de la voix, la fluidité du corps, la maîtrise des émotions. Une jeunesse marquée et bouleversée par la proximité bienveillante et aimante d’un grand frère tourmenté de lourdes angoisses, une passion pour la musique, moult souvenirs auxquels la comédienne prête forme et matière en deux temps et trois mouvements : les dix doigts sur le clavier du piano, l’arrière-train en roulade sur le ballon, les deux pieds fièrement debout sur la chaise… L’intimité dévoilée d’une femme de passion qui narre sans fard les chemins empruntés, parfois escarpés, vers la maturité. Vers la liberté : d’être soi-même, de ne plus faire semblant ! Yonnel Liégeois

Faire semblant d’être moi, de et avec Luce Mouchel : le 03/02, 20h. DSN – Dieppe Scène Nationale, 1 Quai Bérigny, 76200 Dieppe (Tél. : 02.35.82.04.43).

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Sarraute, en haut de l’affiche !

Au Théâtre de Poche, à Paris, Tristan Le Doze présente Pour un oui ou pour un non. La pièce emblématique de Nathalie Sarraute, quand pour un rien le langage devient une arme de destruction massive ! Avec un talentueux trio d’interprètes.

Il a dit « c’est bien, çà », c’est vrai, mais reconnaissons le, il l’a tout de même dit d’une drôle de façon : il a vraiment prononcé l’expression « c’est bien…,çà… » avec une nuance dans la voix qui, à n’en point douter, déplaît à son ami, contrarie son interlocuteur… Un petit rien peut-être, deux fois rien certes, mais un rien pourtant qui enraye la machine, grippe le dialogue, envenime la discussion, brise la relation ! « Le sujet de mes pièces ? Il est chaque fois ce qui s’appelle rien », avouait non sans humour Nathalie Sarraute. Preuve en était faîte en 2019 avec le cycle que la Manufacture des Abbesses, rue Véron à Paris, consacrait à l’initiatrice du « Nouveau roman » dans les années 50 en compagnie de Michel Butor, Alain Robbe-Grillet et Claude Simon. De ses mémorables Tropismes à L’ère du soupçon, ces non-dits de la conversation, ces « innombrables petits crimes » que provoquent sur nous les paroles d’autrui, la dramaturge entreprend alors d’en faire aussi matière théâtrale. D’où paraîtront quelques petits chefs d’œuvre, tel ce fameux Pour un oui ou pour un non tout en haut de l’affiche !

Précédemment, sous la direction de la metteure en scène Agnès Galan, la même bande s’était emparée avec jubilation de Elle est là, sa première pièce écrite en 1978. Un plateau quasi désert, trois hommes et une femme qui errent dans leurs questionnements et leurs colères, une intrigue à minima pour un plaisir grandiose : un homme se plaint auprès des deux autres d’un signe, d’une moue esquissés par sa collaboratrice qui signifieraient qu’elle ne partage pas son point de vue. Presque rien en quelque sorte, trois fois rien affirmera Raymond Devos, mais un rien qui a le don d’exaspérer son interlocuteur ! Elle est là, donc, l’intrigue, mais qui ou quoi, au fait ? L’enquiquineuse qui a le don de la contradiction, ou l’idée qui a l’heur de déplaire à Monsieur et qu’il veut lui extirper du cerveau par tous les moyens ? Une bataille de mots à l’humour corrosif derrière laquelle percent misogynie et dictature de la pensée.

Dans Pour un oui ou pour un non, deux hommes, H1 et H2, se retrouvent donc après quelque temps d’absence. Le plaisir des retrouvailles et du dialogue se teinte rapidement d’une ambiance trouble, la gêne l’emporte sur la connivence, le malaise sur la complicité… Jusqu’à ce que, contraint de s’expliquer sur les injonctions de son interlocuteur, l’un des protagonistes énonce les griefs, son reproche majeur. « C’est bien…, çà… », aurait commenté son ami lors d’une précédente discussion au sujet d’une réussite annoncée. Une formulation anodine, s’il n’avait émis une légère intonation perçue comme discordante entre le « c’est bien » et le « çà » : comme en suspens, un souffle de moquerie, de suffisance ou d’ironie…

En dépit d’une amie, convoquée pour donner son avis mais contrainte non sans humour à reconnaître son incompétence en la matière, au baisser de rideau la rupture est consommée. Un petit bijou littéraire et théâtral que le metteur en scène Tristan Le Doze cisèle à la perfection ! Servi par un trio d’interprètes (Bernard Bollet, Gabriel Le Doze, Anne Plumet) qui manie tout en nuance et finesse, avec élégance et justesse, le propos de Sarraute. Dans un décor dépouillé, habillé d’une pâle lumière, une joute verbale qui devient jubilatoire en leur compagnie. Ces petits « rien », dans l’intonation ou le regard, nous rendent au final les protagonistes proches et humains, vulnérables et fragiles aussi au cœur d’un dialogue tout autant tragique que dérisoire !

Lorsque la qualité de l’interprétation repose sur la vacuité d’un rien, à répondre oui ou non la question ne se pose pas : Sarraute est à savourer sans modération. Un festin de mots pour rien, sinon un rien de plaisir, parce que chacun le sait : si rien c’est rien, deux fois rien ce n’est pas rien, c’est déjà beaucoup ! Yonnel Liégeois.

Pour un oui ou pour un non, Tristan Le Doze : jusqu’au 04/03, du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 17h. Théâtre de Poche, 75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris (Tél. : 01.45.44.50.21).

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