Archives mensuelles : Mai 2026

Non à la mort du spectacle vivant !

À l’initiative des organisations professionnelles et de personnalités du monde de la culture, des centaines de personnes demandent le maintien des aides au spectacle victimes de la politique austéritaire du gouvernement. Lettre ouverte à la ministre de la Culture

Madame la Ministre,

Nous sommes des professionnels du théâtre et du spectacle vivant. Chaque jour, nous faisons vivre la culture sur l’ensemble des territoires, dans de grandes comme de petites salles, partout avec la même exigence artistique. Chaque jour, nous sommes au contact de toutes les populations, sans distinction d’âge ni de milieu social. À la campagne comme en ville, dans les festivals comme sur l’ensemble des territoires, nous avons la chance d’offrir à nos publics une diversité de création unique.

Mais à quelques semaines du début du festival d’Avignon, nous sommes contraint·es de sonner l’alerte quant aux baisses drastiques qu’a subi le fonds d’aide à l’emploi pérenne, le FONPEPS, si indispensable pour nos secteurs.

Une fois de plus, ce sont les artistes qui vont particulièrement pâtir de la situation. Nous nous alarmons particulièrement, Madame la Ministre, de la fragilisation du dispositif de soutien à l’emploi du plateau artistique pour les salles de petite jauge (APAJ) qui a été réduit de moitié par un décret pris le 30 décembre dernier en catimini, sans aucune concertation.

Depuis 2016, l’APAJ a permis à des milliers de spectacles – théâtre, cirque, musique, danse, etc.- de se créer, en assurant aux artistes et aux technicien·nes des rémunérations conformes à nos conventions collectives, et engendrant ainsi une amélioration majeure des conditions sociales dans notre secteur.

Aujourd’hui, il y a urgence car la remise en cause de ces dispositifs emporte des réalités concrètes et fait peser un risque immédiat, une menace directe pour l’emploi au Festival Off d’Avignon et au-delà. En effet, rien que pour le festival Off d’Avignon, c’est plusieurs centaines de compagnies qui bénéficient de l’APAJ.

La réduction de cette aide de moitié, représente une économie équivalente à moins 0,2 % du budget du Ministère, mais constitue une véritable catastrophe pour nos professions à quelques semaines du festival. Cette décision brutale, prise sans concertation, risque de réduire fortement le nombre de représentations et d’artistes présents sur scène… ce sont des milliers d’emplois qui sont en jeu ! Il y a donc urgence à agir et à nous entendre.

Aujourd’hui, il est plus que jamais essentiel d’affirmer que la culture est une source d’inspiration, d’espoir et parfois de réconfort. Elle crée du lien, elle nous rassemble, et elle permet de faire société. Jour après jour, nos conditions de travail se dégradent, et il devient de plus en plus difficile de proposer la diversité culturelle qui fait pourtant la richesse de notre pays. Il est temps d’écouter la profession dans l’ensemble de ces difficultés.

Ici, nos demandes sont simples, madame la Ministre : l’ouverture rapide d’une concertation sur les critères du FONPEPS et plus largement la modification de ce décret avant le 1er juillet et avant le début du Festival d’Avignon ; ainsi que l’engagement qu’au moins 15 millions d’euros soient consacrés à l’APAJ comme les années précédentes.

Madame la Ministre, vous qui débutez votre mandat, allez-vous permettre à des milliers de spectacles de se produire décemment et des milliers d’artistes de vivre dignement ?

Signer la lettre ouverte ici

Les premiers signataires

Youssouf Abi-Ayad, Vincent Acampo, Mohamed Adi, Christophe Alévêque, Louis Arene, Véronique Ataly, Marion Aubert, Jean-Philippe Azéma, Gregori Baquet, Charles Berling, Audrey Bertrand, Bernard Blancan, Jean-Paul Bordes, Thierry Bosc, Christophe Botti, Elisabeth Bouchaud, Leslie Bourdin, Anne Bouvier, Magali Braconnot, Didier Brice, Vincent Caire, Ivan Calberac, Florence Camoin, Anne Cantineau, Jil Caplan, Jessie Chaton, Arnaud Chéron, Arnaud Churin, Samuel Churin, Annelise Clément, Elodie Colin, Catherine Corsini, Guy-Pierre Couleau, Olivier Coulon-Jablonka, Laurence Courtois, Françoise Cousin, Anne Coutureau, Claire Dabos, Jean-Philippe Daguerre, Harold David, Alexandre De Dardel, Guillaume De Tonquédec, Zazie Delem, Thomas Dolié, Laurent Domingos, Julia Duchaussoy, Gabriel Dufay, César Duminil, Laurent Eyraud-Chaume, Claire Faugouin, Antoine Formica, Cécile Fraisse-Bareille, Alain Fromager, Céline Fuhrer, Christine Gagnepain, Fabien Gorgeart, Raphaëline Goupilleau, Sabine Grislin, Aurélia Guillet, Baptiste Guiton, Eric Herson-Macarel, Frédéric Hocquard, Bérangère Jannelle, Heloise Jouary, Sam Karmann, Nathalie Kousnetzoff, Emmanuelle Laborit, Ludovic Laloy, Eric Laugérias, Jeanne Lazar, Benjamin Lazar, Lazare, Marie Le Cam, Cyril Le Grix, Clémentine Lebocey, Aymeric Lecerf, Sophie-Anne Lecesne, Pierre-Yves Lenoir, Françoise Lépine, Anne-Laure Liégeois, Bernard Malaka, Laura Mariani, Agnès Marietta, Fabio Marra, Olivier Martinaud, Blandine Masson, Rousseau Mathilde, Elizabeth Mazev, Blandine Métayer, Guillaume Meurice, Chloé Morin, Anna Mouglalis, Clotilde Moynot, Didier Mugica, Olivier Neveux, Rose Xanh NguyễN TiếT-Millot, Johanna Nizard, Emmanuel Noblet, Claire Nollez, Cédric Orain, Jean Luc Palies, Etienne Parc, Dominique Parent, Lucas Partensky, Lea Passard, Marie Payen, Richard Pierre, Julie Pietri, Marianne Pommier, Louise Prieur, Rémi Prin, Bruno Putzulu, Olivier Rabourdin, Jean Yves Ravoux, Marie Remond, Pauline Ribat, Laurent Richard, Martine Ritz, Caroline Rochefort, Ivan Romeuf, Aurélien Rondeau, Stanislas Roquette, Hugo Roux, Alain Sachs, Joachim Salinger, Stéphanie Schwartzbrod, Mikaël Serre, Jean-François Sivadier, Frédéric Sonntag, Anne-Élodie Sorlin, Alexandre Steiger, Nicolas Struve, Olivier Talpaert, Sophie Tellier, Bertrand Thamin, Julie Timmerman, Roland Timsit, Charles Tordjman, Panchika Velez, Sara Veyron, Régis Vlachos, Gérard Watkins, Olivier Werner, Émilie Wiest, Lisa Wurmser…

 

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Mozart, en voyage à Paris

Au théâtre de l’Essaïon (75), Camille de Léobardy présente Mozart, le dernier voyage à Paris. En quête de reconnaissance, un séjour à la capitale que le célèbre compositeur entreprend au printemps 1778.

La musique est un jeu : au théâtre de l’Essaïon, Camille de Léobardy s’investit plaisamment dans ce jeu en donnant corps au divin Mozart. À Paris, on avait vu, quinze ans auparavant, le prodigieux enfant, présenté par son père. Le voici de nouveau, en 1778 pour un Dernier voyage à Paris, jeune homme en quête de reconnaissance comme compositeur. Nul ne sait, alors, qu’il ne reviendra pas, et qu’il aura une vie brève, de 35 ans seulement. Interpréter Mozart sur scène, c’est déjà balancer entre les convenances salonnardes et les enjeux de notoriété, dans cette société nobiliaire dans laquelle l’artiste n’est qu’un valet.

C’est surtout, dans les catacombes du théâtre, faire vibrer sa musique ! Au piano, au chant et à la danse, Camille de Léobardy déroule les thèmes et variations qui subliment les mélodies naïves de cette époque de galanterie. Son chant jubilatoire fait exulter et magnifier la créativité du salzbourgeois, la reprise de ses lettres abondantes raconte les heurs et malheurs de la vie, ajoutant à la joie si naturelle comme une touche de mélancolie. Toute cette existence, vouée au beau, est déployée avec une riche gestuelle et une voix vibrante. Pour les mélomanes, de la comédie bien jouée, et une page d’histoire qui rend presque intime le bel Amadeus, si jeune, si génial. Pierre-Marie Turcin

Mozart, le dernier voyage à Paris, Camille de Léobardy : jusqu’au 06/06, les jeudi-vendredi-samedi à 21h. Théâtre de l’Essaïon, 6 rue Pierre-au-Lard, 75004 Paris (Tél. : 01.42.78.46.42).

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Les couleurs du combat

Jusqu’au 31/06, à Montreuil (93), le musée de l’Histoire vivante présente Couleurs, histoire du travail et des luttes. Une exploration du monde des couleurs portées au travail et celles revendiquées dans la rue : du rouge et noir historiques jusqu’aux nouvelles couleurs ayant émergées ces dernières décennies

Rouge, jaune, violet, orange, jaune… Les couleurs se multiplient au gré des courants syndicaux ou sociétaux, et de leur évolution dans le temps. La première saison de l’expo Couleurs, histoire du travail et des luttes au musée de l’Histoire vivante de Montreuil démarre par le noir. En éclairant, avec l’aide du Centre historique minier de Lewarde (Nord), les travailleurs de la mine : leurs « gueules » comme le charbon. Dans le même temps, les cheminots servent de loco tout au long du parcours grâce aux prêts de l’Institut d’histoire sociale CGT qui leur est dédié. L’anarchie a, quant à elle, une salle dédiée. Archives nationales, départementales et municipales ; prêts de Ciné Archives, de la bibliothèque Marguerite Durand, de FO, de la CFDT ou des musées Charles de Gaulle et Jean Jaurès… Tout le monde s’y est mis pour nourrir les salles d’objets divers (drapeaux, bannières, affiches) et les coups de projos sur les teintes déclinées. « Autant de symboles que de nuances, l’expo retrace deux siècles d’usages de la couleur dans les luttes sociales, politiques et syndicales, et dans le monde du travail dont nous analysons les liens et les convergences », explique Thomas Le Goff, le directeur du musée.

Carte postale, début du XXème siècle, musée de l’Histoire vivante

« Le bleu n’aime personne/ Il s’en fout et il cogne/ Quand il se fout en rogne. Non c’est le rouge (…)/Non le rouge n’aime personne (…)/ Et le rouge couleur passionnelle/ô le bleu couleur du ciel… » La chanson Punk 103 de Catherine Ringer pourrait être la bande-son de l’expo qui colore les luttes et les courants en perpétuel mouvement. Noir pour démarrer donc, puis Bleu comme les tenues des ouvriers et Orange comme celles plus actuelles, le Rouge emblématique du partage… Le triptyque Bleu-Blanc-Rouge fait-il partie du monde ouvrier ? interroge une partie de l’expo quand une autre fait place au Jaune en référence aux traîtres comme aux gilets de la colère. L’Arc-en-ciel, lui, décline les luttes féministes ou LGBTQIA+…« Pensée dans une logique collective et participative, l’exposition se construit à partir de la diversité des regards qui l’ont façonnée. Chercheur·euses, artistes, syndicats, musées nationaux et particuliers se sont rassemblés pour donner vie à une proposition plurielle et originale ».

Un gilet jaune anarchiste, 2025, photographie Thomas Le Goff

La fin du parcours pose une interrogation de taille : quelle couleur prendra le mouvement social au XXIe siècle, éclatement ou convergence ? Décidément, le musée de l’Histoire vivante de Montreuil porte bien son nom ! Amélie Meffre

Couleurs, histoire du travail et des luttes : jusqu’au 31/06, du mercredi au vendredi de 14h à 17h, les samedi et dimanche de 14h à 18h. Musée de l’Histoire vivante, Parc Montreau, 31 bd Théophile Sueur, 93100 Montreuil (Tél. : 01.48.54.32.44).

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