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Cosne, plein gaz au Garage !

Du 26/08 au 01/09, à Cosne-sur-Loire (58), le Garage Théâtre organise la 5ème édition de son festival. En la cité bourguignonne, Jean-Paul Wenzel et sa fille Lou entretiennent depuis 2020 un original feu de planches. Attisé par une bande d’allumés, sous la conduite de Jean-Yves Lefevre… Une décentralisation réussie pour une programmation de haute volée.

Jean-Paul Wenzel n’est point homme à s’effondrer devant l’adversité ! Que la Drac Île-de-France lui coupe les subventions et l’envoie sur la voie de garage pour cause d’âge avancé ne suffit pas à l’intimider… Avec le soutien de sa fille Lou et d’une bande de joyeux drilles, il retape alors « au prix de l’énergie de l’espoir, et de l’huile de coude généreusement dépensée » selon les propos du critique Jean-Pierre Léonardini, un asile abandonné pour voitures en panne : en 2020, les mécanos nouvelle génération inaugurent leur nouvelle résidence, le Garage Théâtre ! Loin des ors de la capitale, au cœur de la Bourgogne profonde, à Cosne-sur-Loire, bourgade de 10 000 habitants et sous-préfecture de la Nièvre…

Wenzel est connu comme le loup blanc dans le milieu théâtral. Comédien, metteur en scène et dramaturge, avec une bande d’allumés de son espèce, les inénarrables Olivier Perrier et Jean-Louis Hourdin, il co-dirige le Centre dramatique national des Fédérés à Montluçon durant près de deux décennies. Surtout, il est l’auteur d’une vingtaine de pièces, dont Loin d’Hagondange, un succès retentissant, traduite et représentée dans plus d’une vingtaine de pays, Grand prix de la critique en 1976. Depuis quatre ans maintenant, le Garage Théâtre accueille donc à l’année des compagnies où le public est convié gratuitement à chaque représentation de sortie de résidence. À l’affiche également un printemps des écritures où, autour d’un atelier d’écriture ouvert aux habitants de la région, sont conviés des auteur(es) reconnus comme Michel Deutsch, Marie Ndiaye, Eugène Durif… Enfin, du 26/08 au 01/09, se tient le fameux festival organisé par la Louve, du nom de la compagnie de Lou Wenzel : au programme théâtre, musique et danse avec des spectacles accessibles à tout public.

Dès l’ouverture des portes, aux nouveaux mécanos se greffe l’association Les Amis du Garage dont Jean-Yves Lefevre, le local de l’étape, assume désormais la présidence. Fort de sa soixantaine rugissante, l’ancien informaticien et pilote d’engins en tout genre survole l’événement et anime avec doigté et convivialité la joviale bande d’allumés ! Derrière un faux air débonnaire, l’homme cache en fait moult compétences, « j’ai piloté à peu près tous les types d’engins volants, du parapente à la montgolfière en passant par l’avion, l’ULM, l’hélico… Mes seuls diplômes professionnels étant dans le domaine de l’arboriculture, je côtoie les nuages » ! Après un double choc existentiel tant merveilleux que douloureux (la naissance de sa fille, plus tard le décès de sa compagne), il quitte la Savoie pour rejoindre la Nièvre, « terre d’une partie de mes ancêtres » et plus précisément Cosne-sur-Loire, « lieu dans lequel j’ai la chance et l’honneur de rencontrer la famille Wenzel et son Garage ».

Ayant bourlingué à Paris et en région parisienne, l’homme avait eu l’occasion de fréquenter parfois le monde du théâtre. « Habitant à proximité du bois de Vincennes, j’ai eu la chance d’assister aux spectacles d’Ariane Mnouchkine : grande révélation quand on a plutôt assisté à du théâtre de boulevard… ». Lors de son installation en bord de Loire, c’est la découverte du premier festival d’été du Garage, la rencontre avec le comédien Denis Lavant, Jean-Paul et Lou Wenzel. « Nous tombons en amitié, on se voit désormais plusieurs fois par semaine ». Au printemps 2021, ils décident à plusieurs de monter l’association Les amis du Garage Théâtre. L’objectif ? « Aider et seconder nos amis artistes dans les tâches extérieures aux spectacles (travaux, communication, billetterie, gestion du bar et de la restauration durant les deux festivals annuels) », confie Jean-Yves, « notre association est devenue, je le pense, indispensable au bon fonctionnement de ce bel espace de culture ». Un bel espace assurément, professionnels du spectacle vivant et critiques dramatiques en attestent, où plaisir du vivre ensemble et partage d’émotions fortes transpirent de cour à jardin !

Avec son enthousiasme communicatif, le chef de bande le reconnaît, « depuis notre premier contact, que d’émotions, que de belles rencontres ! Une foultitude de spectacles de qualité tout au long de l’année avec la présence sur scène de grands noms du théâtre, de la danse, de la littérature… Et l’énorme chance pour moi de partager des moments rares autour d’une assiette avec tous ces artistes qui ont tant à raconter et à partager ». Aujourd’hui, l’apport culturel et artistique du Garage Théâtre déborde au-delà de la sphère nivernaise. Frontalière du Cher, de l’Yonne, du Loiret et proche de Paris, la petite entreprise Wenzel et consorts attire des spectateurs en provenance de toute la France ! « La ministre de la Culture annonçait, au lendemain de sa nomination, qu’il fallait défendre la culture en milieu rural », se souvient Jean-Yves Lefevre, « force est de constater que les mots étaient vains, le budget de la culture en 2024 ayant été divisé par deux ! ».

« Ici pourtant, on ne baisse pas les bras, on y croit, les spectateurs sont de plus en plus nombreux. Moult représentations se donnent à guichet fermé et nous avons de plus en plus de propositions de bénévoles pour soutenir la structure. Ici on se connaît tous, pas moyen de faire vingt mètres sans saluer quelqu’un, les retours sur le plaisir et l’émotion ressentie par les spectateurs locaux nous donnent envie de nous investir encore et encore. Ce théâtre est un poumon nécessaire à de nombreuses personnes, dont je fais partie, sans le Garage Théâtre j’aurais quitté la région ».

Outre l’organisation de deux festivals (été et Printemps des Écritures), le Garage Théâtre propose tout au long de l’année différents spectacles. Et régulièrement des sorties de résidence avec entrée gratuite, ce qui offre la possibilité à certains, persuadés que le théâtre « c’est pas pour nous », de constater que le théâtre contemporain est à la portée de tous, qu’il n’est nullement besoin d’être un intellectuel pour comprendre et apprécier. Seul ou en meute, rendez-vous donc en bord de Loire, osez hurler ou chanter votre ralliement à la Louve compagnie. C’est acquis, vous en repartirez libérés et conquis ! Yonnel Liégeois

Le Garage Théâtre, 235 rue des Frères Gambon, 58200 Cosne-sur-Loire (Tél. : 03.86.28.21.93/le.garage.theatre@gmail.com). Pour tout savoir sur le Garage et son festival, un petit clic pour le grand choc : Jean-Yves Lefevre et les Amis du théâtre vous disent tout !

Chantez, Dansez, Jouez : moteur !

Lundi, 26/08 : La surprise du jardin, à 19h. Un grand singe à l’académie d’après Franz Kafka, par la compagnie Singe debout à 21h.

Mardi, 27/08 : La surprise du jardin, à 19h. Ma distinction, récit de vie d’un fils d’ouvrier devenu artiste, par Lilian Durriau à 21h.

Mercredi, 28/08 : la surprise du jardin, à 19h. Musicalopithèque, du paléolithique à aujourd’hui en acoustique, par Jean-Jacques Lemêtre à 21h.

Jeudi, 29/08 : La surprise du jardin, à 19h. Extra visibilia, voyage intemporel-peinture et danse, par Sylvie Cairon et Céline Gayon à 21h.

Vendredi, 30/08 : La surprise du jardin, à 19h. Le nain de Pär Lagerkvist, avec Denis Lavant dans une mise en scène de Laurent Laffargue à 21h.

Samedi, 31/08 : La surprise du jardin à 19h : « Ça va trinquer ! » dans le jardin et même encore plus loin, des vignes du Sancerre aux côtes africaines…avec les inénarrables et fantasques Jean-Pierre Bodin et François Chattot. Les coloniaux d’Aziz Chouaqui, avec Hammou Graïa dans une mise en scène de Jean-Louis Martinelli à 21h.

Dimanche, 01/09 : L’auberge espagnole ouverte à toutes et tous, à partir de 13h. Un ultime moment de partage dans le jardin entre quiches et salades, tartes et gâteaux… Avec une très belle surprise, un secret bien gardé !

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Delon, les mauvaises fréquentations

Le dimanche 18/08, en sa demeure de Douchy-Montcorbon (45), Alain Delon est décédé à l’âge de 88 ans. Amitié avec Le Pen père, propos homophobes et sexistes, apologie de la peine de mort : telle est la face sombre de l’acteur. Qui n’a jamais caché ses engagements à droite toute et son goût pour l’ordre et les codes virils.

Il aurait été facile de titrer Mort d’un pourri, le film de Georges Lautner sorti en 1977. C’était faire fi de toutes les ambiguïtés du personnage à la personnalité double, trouble. Magnifique acteur à la beauté captivante, politiquement, Alain Delon s’est toujours situé sur une ligne de crête, entre gaullisme nostalgique et droitisme viriliste. Acteur et voyou, mauvais garçon, il a tout d’un jeune Rastignac, prêt à tout pour décrocher ses premiers rôles, y compris coucher. Il jouera de sa beauté, de cette plastique sublime pour gravir les échelons qui le conduiront au sommet. Et de ses amitiés dont il ne se défera jamais, par fidélité. Chez Delon, on ne trahit pas. On scelle des pactes à la vie à la mort aussi bien avec ses maîtres en cinéma (Visconti, Clément, Melville) qu’avec des êtres peu recommandables, croisés au cours de virées nocturnes en Indochine ou dans les arrière-salles de cafés malfamés. La découverte du cadavre de son garde du corps Stevan Markovic, en 1968, jettera une ombre sur son aura.

L’honneur et l’ordre

Fasciné par les codes « d’honneur » du milieu qu’il fréquente dès son plus jeune âge, il aime l’ordre, la discipline, qu’il apprend à l’armée, lors de fréquents séjours au cachot pour désobéissance ou pour quelques menus larcins. Il se prononcera pour la peine de mort jusqu’à son abolition. Sa vision de la femme est d’une misogynie décomplexée. À l’image de certains des personnages qu’il incarnait à l’écran, ses partenaires féminines étaient bonnes à baiser ou à gifler. Quant à l’homosexualité, il l’a toujours considérée « contre-nature ». Précisant sa pensée, il ajoutera à propos des homosexuels : « Qu’ils se marient entre eux, je m’en fous complètement ! Ce que je ne veux pas, c’est qu’ils adoptent. » Blessure d’enfance ? Quel Delon parlait ? Celui abandonné par ses parents après leur divorce ? Obsédé par l’idée de famille, il soutiendra Christine Boutin dans sa croisade contre le mariage pour tous.

En politique, à droite toute

Ses fréquentations politiques se déploient sur un éventail à droite toute. En 1974 et 1981, l’acteur appelle à voter Valéry Giscard d’Estaing, puis Raymond Barre en 1988 et Nicolas Sarkozy en 2007. Il votera François Fillon au premier tour de la présidentielle de 2017 et déclarera être « resté chez (lui) » lors du second entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Il préférait, de loin, le père de cette dernière – « un ami de longue date » – à la fille, disait-il. Pris en flagrant délit d’amitiés lepénistes, il parlera de « points d’accord et de désaccord » qu’il aurait eus avec le chef de l’extrême droite française d’alors. Son amitié avec l’homme au bandeau faisait « jaser » mais « j’emmerde les gens« , affirmait-il sur un ton à la fois goguenard et provocateur.

À l’instar d’Éric Ciotti, premier à dégainer sur les réseaux sociaux pour saluer « un patriote sincère et homme de droite (…) qui a toujours défendu une certaine idée de la France », tous les opportunistes rivalisent d’hommages franchouillards, tandis que l’étoile s’éclipse avec sa part d’ombre et de secrets. Marie-José Sirach

Michelangelo Antonioni, Bertrand Blier, René Clément, Jacques Deray, Jean-Luc Godard, Joseph Losey, Jean-Pierre Melville, Luchino Visconti… Sous la conduite des plus grands maîtres du septième art, Alain Delon a construit son univers à travers une centaine de films, dont quelques chefs d’œuvre : La piscine, Le cercle rouge, Le guépard, L’éclipse, Mélodie en sous-sol, Monsieur Klein, Nouvelle vague, Rocco et ses frères. Au côté de stars du grand écran : Claudia Cardinale, Annie Girardot, Jeanne Moreau, Romy Schneider, Simone Signoret, Monica Vitti… « On me demande de mettre des mots, mais la tristesse est beaucoup trop intense (..) Le bal est fini, Tancredi s’en est allé danser avec les étoiles. Per sempre tua, à toi pour toujours, Angelica », pleure Claudia Cardinale à l’annonce de la mort du Guépard. « J’étais très heureux quand j’étais Alain Delon au cinéma. Très heureux », déclare-t-il en 2020 dans un entretien à Paris-Match. Y.L.

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Zahia Ziouani, à la baguette !

Stade de France le 11/08, en la cité royale de Saint-Denis (93), une grande première pour un événement à résonance mondiale : à la tête de son ensemble symphonique Divertimento, la cheffe d’orchestre Zahia Ziouani dirige à la baguette la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Paris 2024 ! Malgré les embûches, élevée en Seine-Saint-Denis par des parents venus d’Algérie, elle crée son  ensemble symphonique. Un parcours exceptionnel qui ouvre la voie à d’autres jeunes de banlieue, filles et garçons.

Pantin en banlieue parisienne, la ville où Zahia Ziouani a grandi, là où elle vit toujours… C’est là où les parents, immigrés algériens, se sont installés dans les années 1980. Des parents mélomanes : quand il arrive en France, le père achète très vite un transistor. Branché sur France Culture, il devient un grand amateur de musique classique (Mozart et Beethoven) et d’opéra (La Flûte enchantée, les Noces de Figaro). Quand Zahia et sa sœur jumelle Fettouma ont 8 ans, leur mère veut les inscrire au conservatoire de musique de Pantin, mais il ne reste qu’une place. C’est leur petit frère qui l’obtiendra. Qu’à cela ne tienne, la maman accompagne son fils, elle suit tous les cours. De retour à la maison, elle les prodigue à ses filles. Quand des places se libèrent en cours d’année, les jumelles peuvent intégrer le conservatoire sans avoir perdu de temps. Au fur et à mesure de sa formation, Zahia s’épanouit en cours de guitare mais elle envie sa sœur qui, au violoncelle, a accès à l’orchestre. Elle choisit alors l’alto, l’instrument à cordes placé au centre des orchestres symphoniques !

Elle redouble d’efforts pour pouvoir intégrer l’orchestre du conservatoire. Et le rôle de chef la fascine de plus en plus. Elle emprunte des conducteurs d’orchestre à la partothèque du conservatoire. C’est un déclic, elle découvre un monde qui semblait l’attendre, comme une évidence, mais aussi comme un rêve inatteignable. Tous les chefs d’orchestre qu’elle découvre sont des hommes âgés, pas des jeunes femmes comme elle. Pour continuer leur parcours de musiciennes douées, les sœurs Zahia et Fettouma intègrent le prestigieux lycée Racine à Paris, qui propose des horaires aménagés pour les jeunes musiciens de haut niveau. Difficile pour elles de faire leur trou, tant elles sont vues comme « les filles qui viennent de banlieue ». Mais leur détermination et leur talent forcent l’admiration. L’autre déclic ? La rencontre lors d’une masterclass avec le grand chef roumain Sergiu Celibidache qui lui dit de s’accrocher « parce que souvent les femmes manquent de persévérance« . Il n’en fallait pas plus pour motiver encore plus Zahia.

Une fois ses diplômes obtenus, Zahia se rend compte qu’il sera difficile pour elle de trouver un poste de chef d’orchestre. Elle a l’idée de créer son propre ensemble, la femme d’à peine vingt ans fonde Divertimento avec les meilleurs musiciens qu’elle côtoie à Paris et en Seine-Saint-Denis.. Pas un projet « socio-culturel », avant tout un orchestre professionnel reconnu sur le plan musical… Avec Fettouma et son frère, elle organise des tournées et décide d’installer cet orchestre en Seine-Saint-Denis. Un engagement politique, militant : faire le pari du 93. La cheffe défend l’idée que les habitants des banlieues ont droit à la même qualité, au même accès à ce qui est exigeant, ce qui est beau. Malgré les difficultés matérielles : le département n’a pas les infrastructures pour accueillir un orchestre symphonique, pas de salle assez grande. D’où l’obligation de se délocaliser pour répéter en formation, par exemple à la Seine Musicale des Hauts-de-Seine. Sa vocation ? Aller jouer dans les salles les plus prestigieuses comme auprès des publics les plus défavorisés.

Zahia Ziouani, un symbole ? Elle répond modestement qu’elle se voit surtout comme un message d’espoir. Son parcours doit inspirer les jeunes filles qui ont des grands rêves. Elle passe du temps dans les collèges et les lycées pour dire aux jeunes que tout est possible, à condition de travail et d’exigence. Si les politiques la saluent souvent, elle n’est pas dupe, mais elle veut se servir de cette attention pour faire avancer les projets culturels dans les quartiers défavorisés. Son histoire inspire le cinéma : en ce mois de janvier sort Divertimento, le film qui retrace son parcours et celui de sa sœur. Un film qui parle de jeunes des banlieues populaires qui réussissent, une victoire pour Zahia. Amélie Perrier, journaliste à Radio France

Le fabuleux destin de Zahia et Fettouma

Sorti en 2023 sur les écrans, désormais disponible en DVD, le film Divertimento retrace l’extraordinaire parcours de Zahia Ziouani et de sa famille. Sous les traits de Oulaya Amamra (Zahia) et Lina El Arabi (Fettouma), la réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar brosse le portrait des deux sœurs, jumelles et musiciennes : du conservatoire de Pantin en banlieue parisienne, dans le 9-3, au prestigieux lycée parisien Racine ! Niels Arestrup incarne à la perfection le maître, le grand chef d’orchestre Sergiu Celibidache. L’autre grande qualité du film ? Pour les séquences musicales, la réalisatrice a filmé de vrais instrumentistes plutôt que des acteurs. Pour tous les amoureux de la diversité culturelle, mélomanes néophytes ou aguerris, un superbe et grand film à voir et à écouter ! Yonnel Liégeois

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La meilleure façon de courir

Tandis que s’élance ce 10/08 le marathon hommes des Jeux olympiques de Paris, Andrea Marcolongo publie Courir. De Marathon à Athènes, les ailes au pied. Italienne de passeport, Française d’adoption et helléniste de formation, l’auteure s’est frottée à ce mythe grec. Paru dans le mensuel Sciences Humaines (N°370, juillet-août 2024), un article de Jean-Marie Pottier.

En matière de course à pied, l’humanité a mis deux millénaires à gagner quatre cents mètres. Ceux qui séparent les très codifiés 42,195 kilomètres du marathon olympique des 41,8 kilomètres parcourus, paraît-il, au 5e siècle avant notre ère par le messager nommé Philippidès (ou Euclès selon certains) venu annoncer aux Athéniens leur victoire contre les Perses à Marathon : « Nous avons gagné ! », s’exclama-t-il avant de s’écrouler, épuisé à en mourir. Italienne de passeport, Française d’adoption et helléniste de formation, Andrea Marcolongo s’est frottée à ce mythe grec en s’entraînant, des mois durant, pour courir un marathon à Marathon – d’une certaine manière, juge-t-elle, « l’expérience la plus “grecque” » d’une carrière déjà riche de plusieurs ouvrages sur cette « langue géniale ».

Publié en italien sous le titre De arte gymnastica, qui est aussi celui d’un célèbre traité du philosophe Philostrate, son livre alterne récits intimes d’entraînement et chapitres thématiques explorant ce qui a changé dans la course à pied (la participation des femmes, le régime des coureurs, le rôle de la technologie…) et ce que nous venons y chercher d’immuable. Qu’est-ce qui nous pousse à enfiler nos baskets pour accomplir des trajets qui nous ramènent le plus souvent au point de départ ? C’est, selon elle, que la course, malgré les contraignantes routines d’entraînement, nous libère. Elle nous fait sentir le temps, dans toute sa consistance, plutôt que bêtement l’occuper ou le perdre. En sortant notre corps de sa confortable immobilité, elle apaise notre esprit. Elle nous inflige une « douleur immense », certes, mais qui nous protège « des éclats violents de l’existence ». Bref, elle nous aide à combattre l’angoisse de mourir : je cours, donc je suis en vie.

« L’instant après le marathon, nous devons immanquablement cesser de jouer à la course et marcher enfin bien sagement, au pas toute la vie jusqu’à la tombe ». Le mérite de ce livre enlevé et érudit est de nous donner envie de méditer cette leçon avant, après, voire pendant quelques kilomètres de course. Jean-Marie Pottier

Courir. De Marathon à Athènes, les ailes au pied, Andrea Marcolongo (Gallimard, 256 p., 22 €).

Décoiffant, le dossier du numéro 370 de Sciences Humaines frappe fort : Avoir la niaque, une psychologie de la persévérance. Avec, aussi, une analyse du vote en faveur du Rassemblement national lors des élections européennes, l’ethnographie d’une lame de fond. Sans oublier l’entretien de Frédéric Manzini avec la philosophe Fabienne Brugère qui s’interroge sur le désamour avec son Manuel d’un retour à la vie. Dès sa création, Chantiers de culture a inscrit le mensuel sur sa page d’ouverture au titre des Sites amis. Un excellent magazine dont nous conseillons vivement la lecture. Yonnel Liégeois

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À lire ou relire, chapitre 10

En ces jours d’été, entre agitation et farniente, inédits ou rééditions en format poche, Chantiers de culture vous propose sa traditionnelle sélection de livres. De la République sur les planches à l’amour de l’humour (André Désiré Robert et Jean-Loup Chiflet), d’un manuscrit enfin accouché aux bébés d’Himmler (Claude McKay et Caroline de Mulder)… Pour finir entre pingouin et mikado en provenance d’Ukraine (Andreï Kourkov) et d’Italie (Erri De Luca).

Chaque président a ses petites faiblesses : une visite à Disneyland pour Sarkosy, une balade en scooter pour Hollande, des papouilles aux médaillés olympiques pour Macron… Un point commun les réunit, avec plus ou moins de passion : leur fréquentation des planches, des classiques du répertoire au banal théâtre de boulevard ! Avec humour et érudition, dans son Théâtre des présidents le critique dramatique et patenté universitaire André Désiré Robert s’est donc amusé à collecter les penchants des uns et des autres, les amours avouées ou secrètes des présidents de la Vème République avec le théâtre.

Si De Gaulle avait un faible pour le Cyrano de Rostand, l’ancien professeur de français Pompidou appréciait assurément Molière en sa maison rue Richelieu. Mitterrand, à la culture raffinée, court d’Avignon à la Cartoucherie de Vincennes, fréquente Sobel à Gennevilliers, côtoie anciens et modernes. Il se dit qu’entre deux combats de sumo Chirac aurait pu apprécier le théâtre nô, tandis que Sarko étale son inculture en ce domaine au profit de la chansonnette familiale. Nous ne dévoilerons rien sur les récentes têtes d’affiche, Hollande et Macron, et de leurs compagnes entre la comédienne reconnue et l’ancienne professeure de lettres, leurs liaisons secrètes sont à découvrir au fil de pages émoustillantes et joliment bien instruites.

Si l’humour se glisse parfois entre les pages du précédent ouvrage, il en est substantifique matière dans le Dictionnaire amoureux que lui consacre le truculent Jean-Loup Chiflet. L’auteur nous avait déjà fait Le coup, On ne badine pas avec l’humour… D’abord, une précision d’importance, ne pas confondre humour avec humeur, telles la bile ou l’atrabile, selon la définition héritée du Moyen Âge ! Pour sa part, Wolinski se demande s’il ne serait pas le plus court chemin d’un homme à un autre, alors que Tristan Bernard pose une question de fond : l’humour ne viendrait-il pas d’un « excès de sérieux » ? En tout cas, en plus de 700 pages, d’Allais à Devos, de Blondin à Queneau, au contraire de tout avare de pensées qui est un penseur radin selon Pierre Dac, Jean-Loup Chiflet confesse que son ouvrage relève plus d’une anthologie que d’un dictionnaire. D’une page l’autre, s’imposent satire et invective disparues de nos jours, l’éloge du rire au détriment du ricanement formaté, le triomphe de la plume et de l’esprit. Et preuve est faite, sans rire : si l’humour peut être léger, il n’est vraiment pas à prendre à la légère !

Il nous faut l’avouer d’emblée, Romance in Marseille ne manque ni d’humour, ni de déraison ! Après moult péripéties, Lafala débarque à Marseille amputé des deux jambes, mais nanti d’un joli magot. Ce qui autorise donc l’ancien docker africain a mené belle vie et bonne chair sur les quais, à fréquenter toujours le monde interlope des bas quartiers de la cité phocéenne. L’auteur de ce roman social, sous les chaleurs méditerranéennes ? L’américain Claude Mckay, natif de Jamaïque, globe-trotter entre l’URSS et la France, écrivain et militant politique, ardent défenseur de la cause noire aux États-Unis comme en Europe. Un livre écrit en 1932, le manuscrit disparu jusqu’en 2010, enfin publié en 2021 par un éditeur… marseillais ! Un retour aux sources bienvenu, un formidable roman entre légèreté et gravité, une peu banale photographie du Marseille des années 30 et de la condition sociale dans les quartiers ouvriers et interlopes. Chez le même éditeur, est disponible Un sacré bout de chemin, l’autobiographie de Mckay.

De la re-naissance d’un manuscrit à la couvaison de bébés sous haute protection nazie, l’accouchement littéraire n’est pas sans risques. Pourtant, avec La pouponnière d’Himmler, l’auteure belge Caroline de Mulder réussit une magistrale opération littéraire. S’appuyant sur des documents historiques de première main, la romancière trace par le menu l’extravagante entreprise du haut dignitaire du Reich, créateur et patron du réseau de maternités en charge de la sélection « aryenne » des bébés, futurs héros de la nation. De l’arrivée de Renée, une jeune Française enceinte d’un soldat allemand, dans l’un de ces centres médicaux jusqu’à son démantèlement à l’approche des Alliés, une bouleversante plongée dans cette fabrique d’enfants au sang pur, choyés au détriment des nouveaux-nés atteints d’une quelconque déficience et éliminés d’office. Un roman d’une palpitante écriture, d’une foudroyante vérité, d’une sidérante cruauté.

En manque de progéniture et en mal d’écriture, l’écrivain-journaliste Victor Zolotarev cohabite avec Micha, un pingouin recueilli au lendemain de la fermeture du zoo de Kiev. Las, il lui faut gagner quelques subsides pour acheter le poisson nécessaire à la survie du volatile qui déambule avec nostalgie de la baignoire au frigo ! Les récits et nouvelles de Zolotarev n’emballent plus trop les éditeurs, sa plume se tarit, son imagination se dessèche jusqu’à ce jour où le rédacteur en chef d’un grand quotidien ukrainien lui fait une étrange proposition… Nous n’en dirons pas plus sur Le pingouin, ce roman d’Andreï Kourkov au succès intercontinental, plongez avec délectation dans cette aventure rocambolesque qui navigue entre comique de situation et absurde de propos. De l’humour déjanté au réalisme social et politique tourmenté, au coeur d’un pays en proie au chaos, un romancier de grand talent, lauréat du prix Médicis étranger en 2022 pour Les abeilles grises, dont les autres récits d’une même veine sont aussi à déguster ( L’oreille de Kiev, L’ami du défunt, Laitier de nuit…), tous disponibles aux éditions Liana Levi.

D’un étrange et improbable duo, il en est aussi question dans Les règles du mikado, de l’auteur italien Erri de Luca, espérons-le prochainement prix Nobel de littérature ! Entre mer et montagne, Italie et Slovénie, un roman intimiste à l’échelle du monde où un vieil homme et une jeune tsigane s’apprivoisent sous couvert d’une tente. L’une décrypte les lignes de la main et dialogue avec les ours, l’autre dompte les mouvements des montres et se révèle expert au jeu du mikado. Du silence au dialogue, de la sauvagerie de l’une au mutisme de l’autre, le récit feutré de deux solitudes qui échangent en profonde liberté et à l’horloge du temps sur la fragilité de la vie, la beauté de la nature, la grandeur des sentiments partagés. Une fine ligne d’écriture à déchiffrer sans trembler, comme le bâtonnet du mikado à retirer sans bouger, la quête pour chacun du chemin à emprunter en pleine vérité. Yonnel Liégeois

Le théâtre des présidents, d’André Désiré Robert (La rumeur libre, 312 p., 18 €). Dictionnaire amoureux de l’humour, de Jean-Loup Chiflet ( L’abeille PLON, 736 p., 13 €). Romance in Marseille, de Claude Mckay (J’ai lu, 255 p., 8 €). La pouponnière d’Himmler, de Caroline De Mulder (Gallimard, 287 p., 21€50). Le pingouin, d’Andreï Kourkov (Liana Levi, 270 p., 11 €). Les règles du mikado, d’Erri De Luca (Gallimard, 154 p., 18 €).

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Bussang, les Vosges en folie

Jusqu’au 31/08, à Bussang (88), Julie Delille monte avec éclat le Conte d’hiver de Shakespeare, traduit par Koltès : de la jalousie folle à la danse joyeuse ! La metteure en scène est la première femme à diriger le Théâtre du Peuple. Qui fête ses 130 ans l’an prochain…

Pour sa première programmation au cœur de Bussang, Julie Delille n’a pas seulement imaginé le Conte d’hiver pour la scène, mais rêvé de faire du Théâtre du Peuple un « lieu poreux au monde extérieur » depuis lequel penser « en compagnie d’artistes, de poètes, de chercheurs et des habitants du territoire ». Un engagement pour lequel elle était prête à tout quitter, sauf sa compagnie le Théâtre des trois Parques. Un appel du destin auquel elle répond corps et âme. Pour la metteuse en scène, investir Bussang est un projet total qu’elle veut construire à partir de l’écologie environnementale, sociale et mentale, qu’elle conjugue en trois axes : la saisonnalité, la sensibilité et l’organicité. Une nécessité qu’elle met aussi à l’œuvre poétiquement au plateau, secondée par la dramaturge Alix Fournier-Pittaluga et la scénographe Clémence Delille, pour tirer du conte tragi-comique de Shakespeare, traduit par Koltès en 1988 pour Luc Bondy, une fable mordante d’aujourd’hui où les femmes sont audacieuses et puissantes.

Vingt comédiens sur scène

On était impressionné par ses précédentes créations, qui se déroulaient dans une sorte de « boîte noire » pour un ou deux comédiens ; ici, elle en orchestre une vingtaine, dont quatre acteurs professionnels qu’ont rejoints, selon le protocole bussenet, les comédiens amateurs et des figurants, hommes et femmes. La pièce est l’une des dernières écrites, vers 1610, par le dramaturge britannique, en même temps que la Tempête, davantage représentée. Elle démarre dans le palais fastueux de Léontes (Baptiste Relat), roi de Sicile, qui reçoit, en compagnie de son fils et de sa femme enceinte, son ami d’enfance Polixènes (Laurent Desponds), maître de la Bohème.

Hermione (Laurence Cordier, subtile) va intercéder pour retenir Polixènes et suscite la jalousie folle de Léontes, convaincu que l’enfant à naître n’est pas le sien. Polixènes ne devra sa survie qu’à sa fuite éperdue. Hermione, arrachée à son fils Mamillius, est emprisonnée et accouchera d’une petite Perdita, promise à l’abandon. Le jour de son procès, la déclaration d’innocence du dieu Apollon arrive trop tard, tout a été anéanti. Les trois premiers actes déployés dans des boiseries et vitraux avec des temps de silence et des ruptures musicales originales signées de Julien Lepreux impressionnent. L’auteur-compositeur a créé une partition – traversée par la voix de Gaëlle Méchaly – où l’orgue occupe une place magnétique, même si l’alliance jeu-musique semble parfois interrompre la dynamique des acteurs.

Création, expérimentation et transmission

Lumières d’Elsa Revol et scénographie, costumes et point de vue sur les enjeux contemporains du Conte d’hiver captivent l‘attention et l’émotion du spectateur. On remarque particulièrement Élise de Gaudemaris, qui interprète Paulina, la fidèle et téméraire servante d’Hermione, et Sophia Daniault-Djilali, dans ses multiples rôles. Le public est en délire lorsque se produit l’ouverture tant attendue du fond de scène sur la forêt : la fête de la tondaison fait défiler un troupeau de brebis, à l’extérieur et à l’intérieur de la salle.

Après l’entracte, seize années ont passé. La pièce se révèle plus limpide et joyeuse, offrant un véritable espace de jeu et de danse aux interprètes, professionnels ou débutants, pour explorer les constructions et les contradictions de leurs personnages. Perdita, recueillie par un berger, en Bohème, est devenue une magnifique jeune fille dont Florizel, le fils de Polixènes, est tombé éperdument amoureux. Les deux jeunes gens devront s’enfuir pour pouvoir vivre cette passion transgressive, qui finit bien et répare le passé. Pour Julie Delille, les thèmes de la pièce confortent « la triple vocation de cet équipement unique : la création, l’expérimentation et la transmission ».

Si elle entend privilégier des temps de recherche, la nouvelle directrice veut aussi programmer au long de l’année diverses propositions sur le territoire. Jusqu’au 31/08, le public pourra voir ou revoir Les gros patinent bien d’Olivier Martin-Salvan et Pierre Guillois (qui dirigea le théâtre de 2005 à 2011), assister à des impromptus, à un récital du pianiste Jean-Claude Pennetier, aux premières Journées du matrimoine qui se dérouleront les 14 et 15/09. Marina Da Silva, photos Jean-Louis Fernadez/Pierrick Delobelle

Le conte d’hiver de Shakespeare, Julie Delille : Jusqu’au 31/08, du jeudi au dimanche à 15h. Théâtre du Peuple, 40 rue du Théatre du Peuple, 88540 Bussang (Tél. : 03.29.61.50.48).

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Le Cid en pop star !

Jusqu’au 24/08, aux fêtes nocturnes de Grignan (26), Jean Bellorini propose Histoire d’un Cid, d’après Corneille. Donné à guichets fermés, un spectacle où Rodrigue se la joue pop star ! Entre le drôle et le ridicule, le public enthousiaste.

Chaque année depuis trente-six ans, propriété du département de la Drôme, le château de Grignan confie à un, ou une, metteur en scène non pas les clés mais le parvis de cette imposante bâtisse, ancienne demeure des Sévigné mère et fille, qui domine le village et offre un magnifique panorama sur les paysages alentour. La commande est simple : une pièce du patrimoine, une durée limitée, une vedette. Jean Bellorini, directeur du TNP de Villeurbanne (69), a rempli les deux premières conditions mais a choisi de distribuer les rôles aux acteurs de sa troupe qui, s’ils ne sont pas des « stars » n’en sont pas moins d’excellents comédiens. Sans aucune incidence sur la fréquentation : chaque soir, 700 personnes se pressent à l’une des 46 représentations. Soit un total de plus de 30 000 spectateurs…

Variations sur un classique

L’Histoire d’un Cid est une variation libre de la pièce de Corneille. Chez Bellorini, les protagonistes sont à peine sortis de l’enfance, ils ont des allures d’adolescents contemporaines et Rodrigue un look de pop star façon années 1980. Cela ne les empêche aucunement d’avoir le sens du devoir, même si, entre obéissance au paternel, histoires et chagrins d’amour, le dilemme cornélien se rappelle à leurs bons souvenirs. Pour résumer l’intrigue, Rodrigue aime Chimène et vice versa : l’Infante aime Rodrigue (en secret) et tente par tous les bouts de se défaire de cet amour par un sens aigu de la hiérarchie (Rodrigue n’est pas de son rang). Le mariage Rodrigue/Chimène est à l’ordre du jour jusqu’à ce que leurs pères respectifs, Don Diègue et Don Gomès, se disputent un même poste de gouverneur. Don Gomès gifle Don Diègue, qui, trop vieux pour relever l’affront, demande à son fils de le venger : « Rodrigue, as-tu du cœur ? Tout autre que mon père l’éprouverait sur l’heure », etc. Rodrigue tue Gomès, soit le père de son amoureuse…

Bellorini a choisi de traiter la pièce par un montage, voire démontage, parfois un peu trop décousu du texte originel à la manière d’un conte. En guise de château en Espagne, un château gonflable où les acteurs vont jouer, sauter, danser, en équilibre constant, mais aussi un petit bateau, un cheval à bascule… Les tirades les plus connues de la pièce sont là et le public, qui connaît son Cid sur le bout des doigts depuis le collège, les murmure religieusement, de concert avec les acteurs. Bellorini a choisi l’option divertissement pour ce qui, à l’origine, est une tragédie. Et ça fonctionne : c’est ludique, joyeux et les quatre actrices et acteurs – Cindy Almeida de Brito (Chimène), François Deblock (un Rodrigue), Karyll Elgrichi (l’Infante) et Federico Vanni (Don Diègue), s’en donnent à cœur joie, épaulés par deux musiciens (Clément Griffault et Benoît Prisset). La mise en scène est loufoque et soignée, la direction d’acteurs au poil.

Quand on entend Rodrigue lancer à son amoureuse « je ne suis pas un héros ! », c’est naturellement qu’il se mettra à chanter quelques instants après, et plutôt juste et bien, le SOS d’un terrien en détresse, chanson interprétée par Balavoine dans Starmania première version. C’est à la fois kitsch et drôle, même si ça frise par endroits le ridicule. Le public raffole… Marie-José Sirach

Le Cid d’après Corneille, Jean Bellorini : Jusqu’au 24/08, du lundi au samedi à 21h. Les fêtes nocturnes, Châteaux de la Drôme, 26230 Grignan (Tél. : 04.75.91.83.65).

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Merlier sort du bois !

À proximité d’Auxerre (89), se niche le musée Pierre Merlier. Des centaines de sculptures en bois y sont exposées. L’occasion de découvrir l’incroyable univers d’un créateur quelque peu oublié.

On ne se doutait pas en empruntant le chemin menant au Moulin du Saulce près du village d’Escovilles-Sainte-Camille (Yonne) qu’on allait découvrir les œuvres d’un sculpteur majeur. On y apprend que Pierre Merlier (1931-2017) fut un artiste reconnu qui obtint plusieurs prix dont en 1956, celui de la Jeune Sculpture. Il exposa à Paris, Lausanne, Londres, Québec ou Los Angeles. Grâce au 1% artistique, un dispositif né en 1951 qui prévoit des commandes d’œuvres à des artistes lors de la construction ou l’extension de bâtiments publics, ses sculptures monumentales créées de 1974 à 1980 trônent dans les villes de la région mais aussi à Die, Dijon, Beaune, Le Creusot, Chambery, Montélimar ou Paris. Si son nom résonne moins aujourd’hui, son œuvre magistrale perdure grâce à l’ouverture d’un musée en 2019 dans un ancien moulin devenu une usine hydroélectrique que le couple Merlier rachète en 1976. L’artiste va y créer durant plus de trente ans une grande partie de son œuvre foisonnante. À la veille de sa mort, alors que quelque 600 pièces sont entreposées dans le domaine, Pierre Merlier demande à sa femme Michèle : « Qu’est-ce que tu vas faire de tout ça ?… Tu n’as qu’à tout brûler ! ». Elle lui répond : « J’ai une meilleure idée, je vais te faire un musée ! ». Avec Sylvie Ottin, elle répertorie, trie et dépoussière les pièces en vue de les exposer. Pour déposer les statuts de l’association en 2018,, ouvrir le musée en juin 2019.

Dès l’entrée de la première salle, on est frappé par la diversité des œuvres : des forêts de femmes nues hautes de deux mètres, portant de longs manteaux ou des chapkas pour la série « La Perestroïka » mais aussi de personnages plus petits en costumes ou chapeautés surnommés « Les banquiers », taillés dans de l’orme et du tilleul à la tronçonneuse puis poncés et peints. Dans son étrange « Forêt humaine », les silhouettes nues ont plusieurs têtes aux chevelures hirsutes, ciselées dans le tilleul ou des souches de cerisiers inversées. « La racine devient la tête, les branches sont les bras et les jambes. À l’envers, comme le monde », expliquait l’artiste. Au gré des formes des morceaux de bois récoltés, les postures se diversifient telles celle d’un magnifique arlequin penché, jambes écartées. On se perd dans cette fantasmagorie où des regards, souvent tristes, semblent nous interroger. 

« J’ai laissé jaillir mon émotion de mes tripes et par la diversité de mes personnages, mis en scène la société et ses côtés dramatiques, caustiques, humoristiques, fantastiques, sans oublier l’érotisme et la laideur », déclarait Pierre Merlier. Dans ces bas-reliefs en terre cuite ou en polyuréthane, il ironise sur le Bicentenaire de la Révolution ou sur les élections quand une foule s’amasse autour d’une urne, parfois aux cotés d’une tête d’animal. « De Gaulle avait déclaré que les Français étaient des veaux », sourit Michèle Mercier qui assure la visite. Dans une autre salle, on retrouvera une statue du Général nu, bras ouverts, dans la posture de « Je vous ai compris ». Pas loin, ce sera un petit Hitler, tout aussi nu, les mains dans le dos, qui semble puni. Parce qu’il fait œuvre de tout bois, quand il récupère des chutes de poutres d’une scierie, l’artiste en fait des totems bigarrés où des humains filiformes sont coiffés de têtes d’oiseaux. On croise encore une armée de monstres bedonnants mi-tristes, mi-suppliants ou des couples entrelacés qui nous interpellent.

Lors de son service militaire, l’artiste découvre l’expressionnisme à Berlin et des artistes qui influenceront son œuvre. Il rend ainsi hommage à Otto Dix avec des statues de soldats ou à Gustave Klimt en faisant une sculpture de son fameux « Baiser » et de personnages affichant les couleurs du maître. « Je fais une sculpture figurative, ironique, satirique, mais jamais anodine », déclarait-il. Pour sûr, on ressort de ce voyage en terre singulière enchanté par tant de créativité. Au total, trois salles d’exposition ont été créées – Michèle Mercier n’a pas ménagé sa peine même en pleine canicule pour retaper les lieux, sans toucher vraiment de subventions – pour nous faire admirer près de 400 œuvres. Avec ce musée implanté au bord de l’historique canal du Nivernais, le créateur génial que fut Pierre Merlier sort ainsi de l’oubli. On ne peut que vivement conseiller une visite de cet endroit magique. Amélie Meffre

Musée Pierre Merlier : Moulin du Saulce, 89290 Escolives/Sainte-Camille. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 11 à 18h30, de Pâques à la Toussaint et sur rendez-vous (Tél. : 06.74.86.17.05). Jusqu’au 30/09, exposition de peintures et de sculptures sur le thème Art&Sports olympiques : le regard singulier d’un artiste sur les activités sportives (tous les jours, sauf le mardi, de 11h à 18h30).

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Les arts, discipline olympique ?

Chez Grasset, Louis Chevaillier publie Les Jeux olympiques de littérature. On l’a oublié, les arts furent au programme des Jeux de 1912 à 1948. Comment y sont-ils entrés, pourquoi en sont-ils sortis ? Paru le 24/07 dans le quotidien L’humanité, l’article d’Alain Nicolas.

De la poésie aux jeux Olympiques ? Cela remonte, dit-on, à l’Antiquité, quoiqu’un certain flou règne sur la question. Un des plus grands poètes de la Grèce, Pindare, était célèbre pour ses Olympiques, odes chantées à la gloire des vainqueurs. Et souvent commandées par eux ou par leur cité d’origine. Se tenant à Delphes sous le patronage d’Apollon et des Muses, seuls les Jeux Pythiques avaient à leur programme musique et poésie, bien avant les épreuves athlétiques. Mais à Olympie ? Rien… Il fallut attendre huit siècles depuis leur fondation pour que Néron y fasse entrer – « contrairement aux usages », précise l’historien Suétone – la poésie. L’empereur y fut couronné, il était d’ailleurs le seul concurrent. Même palmarès pour la course de chars qu’il remporta haut la main, malgré de nombreuses chutes !

Pierre de Coubertin avait donc un certain handicap à remonter pour faire admettre dans les jeux Olympiques modernes des épreuves culturelles. Mais l’esprit du temps l’y poussait. Venue de la Renaissance, cultivée dans l’enseignement anglais, la devise « Mens sana in corpore sano », un esprit sain dans un corps sain, était en faveur. Le refondateur des Jeux partageait totalement cet idéal aristocratique de l’« homme complet ». Il s’agissait d’abord, évidemment, de « rebronzer » la jeunesse française, de la rendre apte aux exercices guerriers. De plus, ne jamais l’oublier, « le sport (fait) des hommes ayant le respect de l’autorité, au lieu de révolutionnaires aigris, toujours en rébellion contre les lois ». Raison de plus, pour le père des J.O., de lier arts et lettres aux activités physiques, à l’image des jeunes Grecs s’exerçant le jour au gymnase et passant la nuit à discuter avec Socrate ou Platon, à applaudir Sophocle ou Euripide. Toutes proportions gardées, c’est ce programme qu’il se fixe. Louis Chevaillier, dans Les jeux olympiques de littératuredétaille avec humour et érudition cette part ignorée de l’aventure olympique contemporaine.

Si personne n’est ouvertement contre, l’affaire ne se monte pas aisément. À Athènes, en 1896, on se concentre sur le volet sportif, bouclé à grand-peine. Les Jeux de Paris et de Saint-Louis, en 1900 et 1904, sont adossés à des expositions universelles au programme chargé. Mais le baron ne désarme pas. En 1906, il convoque une conférence pour « unir à nouveau par les liens du mariage légitime d’anciens divorcés : le Muscle et l’Esprit ». Cinq concours sont instaurés : architecture, sculpture, peinture, littérature, musique, dessinant la « véritable silhouette de l’olympiade moderne ». Il est trop tard pour Londres en 1908, c’est donc en 1912, à Stockholm, que se tiennent les premiers jeux Olympiques des arts. Disons-le, les résultats furent décevants. Participation maigrichonne, qualité moyenne. Les premiers champions olympiques de poésie, récompensés pour une ode au sport, sont d’obscurs inconnus, Georges Hohrod et Martin Eschbach, pseudo-double de Coubertin lui-même… C’est en 1924 qu’un concours digne de ce nom aura lieu, avec un jury prestigieux où figurent Giraudoux, Claudel, D’Annunzio, Valéry, Edith Wharton, les prix Nobel Maeterlinck et Lagerlöf, et que préside Jean Richepin. Cette fine fleur des lettres accouche d’un champion, un certain Géo-Charles. La littérature se survivra pendant quelques olympiades, sans rien accoucher de bien glorieux.

« Moins vite, moins haut, moins fort »

Alors faut-il remettre la poésie au programme des J.O. ? Rappelons d’abord que la Ville de Paris propose, au-delà de toute idée de compétition, des « Jeux poétiques » dont le point d’orgue sera un « marathon poétique » où elle fera entendre toute sa diversité pour un public tout aussi divers. C’est le Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt qui prend en charge cette manifestation. Ce sera la suite des rencontres Art et Sport, et des Olympiades culturelles dont le Paris Université Club, le PUC, est maître d’œuvre. Il n’est pas de sujet indigne ni de lieux tabous. Les J.O. restent le moment où la joie des corps, la célébration des efforts, l’émotion de la confrontation peuvent se dire haut et fort. La poésie, qui s’incarne de plus en plus dans la performance, le chant, la musique, peut y vivre, si elle le veut. Sans forcément s’aligner sur les systèmes ultraperformants du sport, Louis Chevaillier propose donc au final une autre formule à méditer : « Moins vite, moins haut, moins fort ». Pourquoi pas ? Alain Nicolas

– Les jeux olympiques de littérature, de Louis Chevaillier (éditions Grasset, 272 p., 20€).

– Le 07/09, la veille de la fin des J.O., bouquet final du Marathon poétique Paris-Los Angeles (de midi à minuit, sur la place du Châtelet et au Théâtre de la Ville) qui transmettra la flamme poétique à la ville de Los Angeles pour les J.O. de 2028.

Jusqu’au 08/09, se déroule l’Olympiade culturelle. Sur tout le territoire hexagonal et en Outre-mer, elle se veut une grande fête populaire à travers des milliers d’événements (majoritairement en accès libre et gratuit) au croisement de l’art, du sport et des valeurs olympiques.

1924, Jeux olympiques de Paris : médaille d’or en littérature pour Géo-Charles

« Ce poète oublié fut le vainqueur du concours de littérature avec sa pièce Jeux olympiques. Les polémiques autour du paradis à l’ombre des épées ont-elles lassé les jurés ? Ont-ils voulu récompenser un livre moins célébré, pas encore publié ? Aux dissertations guerrières de Montherlant, ils ont préféré une apologie de la paix ; à son classicisme revendiqué, un art de l’image héritier des symbolistes : la veine Cocteau, cette autre grande source d’inspiration de la génération de l’entre-deux-guerres. Cette victoire française s’ajouta aux treize médailles d’or remportées par les tricolores en cyclisme, en escrime, en haltérophilie (…) La France ne remporta pas d’autre épreuve artistique. Aucun titre ne fut attribué en architecture et en musique. Aux côtés du Grec Dimitriadis en sculpture, un artiste luxembourgeois, Jean Jacoby, gagna le concours de peinture » (Les jeux olympiques de littérature, Louis Chevaillier, extraits).

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Ramona, femme et combattante

Sorti début juillet sur les écrans, Matria constitue à la fois un portrait de mère ouvrière et une chronique sociale, presque documentaire. La vie cabossée de Ramona, María Vazquez dans le rôle-titre. Le premier long-métrage de l’espagnol Álvaro Gago, un film coup de poing bouleversant de sincérité.

De nos jours, un village côtier de la Galice, au Nord-Ouest de la péninsule ibérique… Une ouvrière cumule les emplois pour survivre et gagner l’argent nécessaire aux études de sa fille, une jeune adulte émancipée. Quand un nouveau repreneur impose une baisse des salaires à l’usine où elle travaille, elle ne peut s’empêcher de hurler d’indignation et se fait virer. Matria le confirme, Ramona est une grande gueule, une battante, pas le genre à se laisser faire, pas le genre à se laisser abattre.

Précarité économique

Conditions de travail pénibles, rareté de l’emploi, salaires de misère, cumul des petits boulots de la mer… Le parcours de cette ouvrière que l’on découvre travaillant à la chaine dans une usine de sardines, à la pêche sur un bateau et qui cumule les petits boulots pour joindre les deux bouts, révèle la précarité économique des petits bourgs d’une région laminée par la désindustrialisation des années 2000. Les hommes licenciés des chantiers navals (cf. Les Lundis au soleil de Fernando Léon de Aranoa, 2003), et les femmes devenues les petites mains en deuxième ligne. Pour tordre le cou à cette réalité, il ne reste plus que l’énergie, la course permanente, la solidarité, l’humour. Jusqu’à ce que se profile un moment de répit, lorsque Ramona décroche un emploi inespéré d’aide-ménagère chez un veuf du voisinage.

L’occasion de porter un regard sur son existence, sur soi. Car c’est bien le portrait d’une guerrière que brosse Álvaro Gago dans ce premier long-métrage dont le titre, Matria, ne laisse aucune ambigüité. C’est son rôle de mère qui compte. L’existence de Ramona est tout entière tendue vers un objectif : sauver sa fille de l’atavisme ouvrier dont elle est prisonnière. Quitte à l’obliger à suivre des études qu’elle se saignera pour financer. Quitte à devoir camoufler l’argent dans une boîte à biscuit sous l’évier, dans l’appartement qu’elle partage avec son compagnon – une vie à deux qui est moins l’objet d’un désir partagé qu’une colocation nécessaire à l’économie du couple. Se dessine un portrait de femme invisibilisée, constamment à l’ouvrage, biberonnée au devoir, élevée pour servir. Et dont les désirs intimes sont tus depuis des siècles au profit des sacrifices. Violent, le choc générationnel entre mère et fille fait l’effet d’une chaîne qui se casse et résonne avec le vent de féminisme libérateur qui bouscule un modèle encore marqué par le machisme et le patriarcat. Mené tambour battant, sans misérabilisme et à hauteur de femme, ce récit bouleverse par la sincérité de son regard – à la fois proche et distancé – sur ce personnage à la fois rêche et généreux.

Développé à partir d’un court-métrage homonyme réalisé en 2017, où Francisca Iglesias Bouzón jouait son propre rôle, Matria s’inscrit dans la veine d’un cinéma en prise directe avec le réel. Le portrait intime, cru et la chronique sociale presque documentaire s’entremêlent naturellement dans un récit proche de ceux des frères Dardenne et de Ken Loach. Encore plus des récits de Carla Simon, figure de proue de la nouvelle vague du cinéma social et féministe espagnol. Entièrement tourné en galicien sur les lieux qui l’ont inspiré, porté par la comédienne María Vazquez en mode ouragan, au-delà de ses apparences Matria sonde l’émancipation intime de son personnage. Dominique Martinez

Matria, de Álvaro Gago : avec Maria Vazquez, 1h39. Sortie nationale, le 03/07/24.

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De Gaulle connaissait Cyrano par cœur

Aux éditions La rumeur libre, André Désiré Robert publie le Théâtre des présidents. Un ouvrage riche en informations révélatrices, et anecdotes parlantes, sur les représentations théâtrales prisées par les successifs locataires de l’Élysée, de 1959 à 2022. L’auteur, universitaire-archiviste-critique dramatique, offre toutes les garanties quant au sérieux de sa recherche.

À tout seigneur, tout honneur : Charles de Gaulle, c’est « dix ans de théâtre national » (1959-1969) ; la Comédie-Française avec Tête d’or, de Claudel, Racine, Marivaux, garde républicaine au garde-à-vous dans les soirées offertes aux chefs d’État étrangers, entre autres, Bokassa, ce « soudard » dit le général, dont on apprend qu’il connaissait par cœur Cyrano de Bergerac. Sous Pompidou (1969-1974), agrégé de lettres, voilà le « théâtre embourgeoisé », de l’Avare de Molière au Français jusqu’au boulevard, avec Canard à l’orange et Oscar…

Du côté de Giscard d’Estaing (1974-1981), on a une « pincée de théâtre » ; Hernani, d’Hugo, par Robert Hossein à Marigny, par le Français, dont la salle Richelieu est en travaux. Plus tard, il y aura Eugène Scribe, Marivaux, Musset. C’est François Mitterrand (1981-1995) à « l’éclectisme novateur », qui récolte la palme du spectateur éclairé. Il se rend au Festival d’Avignon, fréquente le Théâtre du Soleil, apprécie Cripure, de Louis Guilloux, par Marcel-Noël Maréchal ; assiste, à Gennevilliers, à une représentation de Nathan le Sage, de Lessing, mis en scène par Bernard Sobel…

Les quatre autres présidents (1995-2022) sont regroupés dans une sorte de filet garni. Si l’on sait que Chirac cachait avec soin sa dilection pour les cultures asiatiques, l’auteur n’a pas trouvé sur lui de traces propres au théâtre, sauf à lui prêter, sans preuve, une connaissance du théâtre nô, Japon oblige.

De Nicolas Sarkozy, manifestement peu enclin à une culture classique ou pas du tout, à part la chanson, par alliance, on apprend néanmoins qu’il a pu voir, à l’Atelier, la pièce médiocre de Bernard-Henri Lévy, Hôtel Europe, à laquelle François Hollande assistera à son tour. Du moins, ce dernier se rendra-t-il au Festival d’Avignon et deviendra familier du Théâtre du Rond-Point, dirigé par son ami Jean-Michel Ribes. Emmanuel Macron, qui put tâter du théâtre sous le regard de sa future épouse, s’il sut rendre hommage à Michel Bouquet, c’est dans les salles privées qu’il se rend volontiers (Jean-Marc Dumontet, son conseiller en langage corporel en 2017, en possède six).

Le livre d’André Désiré Robert, écrit d’une main sûre dans le ton de l’humour feutré, reproduit maintes critiques sur les pièces citées, en propose de précieux résumés et se clôt sur les spectacles consacrés aux figures des présidents en question. Jean-Pierre Léonardini

Le théâtre des présidents, André Désiré Robert (préface de Bernard Faivre d’Arcier) : La rumeur libre, 310 p., nombreuses illustrations (photos, dessins de presse et repros de documents officiels), 18€.

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Générosité d’Angélica Liddell

En la Cour d’honneur du palais des Papes d’Avignon (84), lartiste espagnole Angélica Liddell présenta Dämon, El funeral de Bergman. Un spectacle où la comédienne clama en direct, et nominativement, sa détestation des critiques. Dont notre consœur Armelle Héliot, qui réagissait promptement sur son Journal. Avec nos remerciements pour avoir autorisé Chantiers de culture à publier son article.

Dommage que mes parents soient morts, ils auraient été heureux de voir le nom de leur unique fille projeté sur le mur du palais des Papes d’Avignon. Pour un honneur, c’est un honneur. Merci Madame.

Comment évoquer une production artistique qui vous cloue, d’entrée, au pilori ? Et en grand ? Madame Angélica Liddell a choisi une poignée de journalistes qui la suivent fidèlement depuis ses premières apparitions en France pour clamer haut et fort que les critiques sont des « connards ». De moi-même, Armelle Héliot (comment faire pour ne pas se citer) à Philippe Lançon, en passant par Stéphane Capron, Hadrien Volle, Fabienne Darge, l’artiste se déchaîne contre ceux et celles qui suivent son travail, ses créations et sont les truchements de ses spectacles. Ceux, qui, elle peut prétendre le contraire, ont élargi le cercle de son public, ont donné de l’importance à l’artiste qu’elle est.

Soyons égoïste et disons « je » : elle commence par moi, par un article dans lequel j’expliquais que le monde des institutions européennes et au-delà, s’était entiché de sa personnalité puissante et rugueuse et ne cessait de lui commander de nouveaux spectacles. Ce qui donnait des productions dans lesquelles elle n’avait rien à dire qui vienne du plus profond de son être. J’écrivais que les producteurs devraient être là pour « protéger les artistes ». Et non les exploiter.

Le nom de chacun apparaît en lettres géantes (le 29/06, ndlr) sur la façade du Palais des papes. En signature des extraits des articles. Dommage que mes parents soient morts : « Maman, Papa, Papa, maman, j’ai mon nom sur le palais des Papes ». Pas peu fiers, qu’ils auraient été.

Angélica Liddell s’attaque à des personnes qui, par leur travail, font plus pour élargir les publics du théâtre, de l’art, que beaucoup de machines promotionnelles. Hadrien Volle vit et travaille de l’autre côté de l’Atlantique, depuis bien longtemps. Fabienne Darge, au Mondea relayé les différentes créations d’Angélica Liddell avec une sincérité et une constance remarquables. Philippe Lançon, qui aime le théâtre comme il aime les beaux-arts et la littérature, est une personnalité d’exception. Mais Madame Liddell ne s’intéresse pas aux autres. En l’occurrence, ici, elle ne s’intéresse qu’à elle-même d’abord.

Elle s’attaque avec une hargne particulière à Stéphane Capron, journaliste à France Inter, fondateur d’un site très fertile, toujours sur la brèche, au travail, sans relâche. Il a toujours suivi Angélica Liddell. Elle s’attaque à son nom, ricane et fait ricaner une salle mondaine et désagréable. Les rires et sourires du petit monde de cette culture qui prend ses quartiers d’été ici, sont lamentables.

Le Syndicat de la critique a réagi cet après-midi pour exposer la situation et défendre l’honneur de l’un des siens :

« Dans Dämon, son spectacle présenté dans la Cour d’honneur, Angelica Liddell s’en prend violemment à la critique, en citant quelques-un.e.s de nos consoeurs et confrères. 

Au même titre que nous soutenons la liberté de création, nous soutenons la liberté de la presse. 

La critique, dans notre pays, est encore libre d’écrire, d’exprimer un point de vue. Les artistes aussi, dans la limite de l’injure publique. 

En détournant le nom de Stéphane Capron, les mots prononcés par la metteuse en scène portent atteinte à l’intégrité morale de notre confrère.

Nous tenons à lui exprimer notre solidarité. »

Avignon, le 30 juin 2024.

Que Stéphane Capron sache que ses confrères ne le lâcheront pas et qu’il serait légitime qu’il porte plainte. Angélica Liddell a récidivé, lors de la conférence de presse. Elle persiste et signe : la critique dramatique, c’est le vieux monde. Elle a raison : on entrouvre partout la porte de sociétés dans lesquelles il n’y a pas de contradicteurs. Cela se nomme la dictature. Et cela vient, chère Angélica. Armelle Héliot, le 30/06/24

Injures publiques, suite

Stéphane Capron, journaliste de France Inter, a porté plainte hier, dimanche 30 juin, contre Angélica Liddell qui l’a grossièrement éreinté depuis le plateau de la cour d’Honneur, le 29/06. Il demande le retrait des commentaires insultants proférés avec hargne par l’auteure de « Dämon »

Avec le soutien de la directrice de France Inter, Adèle Van Reeth, l’appui du syndicat de la critique, Stéphane Capron a choisi de porter plainte. On se félicite de cette décision.

On a quelque mal, disons-le, à admettre que personne, au Festival d’Avignon, n’était au courant de ce morceau de hargne contre des personnes qui font leur travail et font énormément pour conduire le public dans les salles.

Il s’agit d’une déclamation en direct de Madame Liddell, mais tout est traduit en projections sur le mur du palais des papes. On voit mal comment cela aurait pu être occulté et échapper aux spectateurs des répétitions et des avant-premières. Tout cela est à suivre. Et l’on verra si oui ou non Madame Liddell renonce à ces invectives. Qu’elle relise donc le conte des « Fées ». A.H.

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Tiziano Cruz, l’indigène

À la veille de la clôture du festival d’Avignon (84), il est bel et bon de revenir sur une initiative artistique marquante de cette 78e édition. Originaire du nord de l’Argentine, Tiziano Cruz a présenté jusqu’au 14/07 deux volets d’une trilogie démarrée il y a deux ans. En langue quechua, Wayqeycuna signifie « mes frères ».

On est à la veille de la fin de cette 78e édition qui s’achève le 21 juillet. L’espagnol étant la langue invitée cette année, on a pu retrouver des artistes du Vieux Continent – Angelica Liddell ou La Ribot – et découvrir des voix venues de plus loin, du Chili, du Pérou, d’Uruguay ou d’Argentine. Après le spectacle de l’Argentine Lola Arias, Los dias afuera (lire notre édition du 8 juillet), ce fut au tour de Tiziano Cruz d’entrer sur scène. Qu’il soit face au public ou qu’il embarque les spectateurs dans une parade le long des remparts d’Avignon, Tiziano Cruz au Festival fait soudain entendre la voix des sans-voix, des sans-terre, des « sans-dents ». « Tout ce que vous voyez, je le suis. Vide de langue, vide de territoire. J’ai quitté ma maison pour fuir la pauvreté et la violence, j’ai tout quitté, absolument tout, pour appartenir à quelque chose. Je me suis laissé violer par les institutions du pouvoir », dit-il dans Soliloquio, adresse au public qu’il va réitérer dans Wayqeycuna.

Indigène et artiste

Wayqueycuna raconte le retour au pays natal, dans un village perché quelque part dans la cordillère des Andes, dans la province de Jujuy au nord de l’Argentine, là où Tiziano Cruz a passé son enfance. Et les souvenirs enfouis dans sa mémoire refont surface, tissent la trame d’une œuvre protéiforme où les mots, la musique, la danse laissent éclater une parole poétique et politique d’une beauté et d’une puissance incommensurables. De cette mémoire enfouie au plus profond de son être, il fait théâtre. Il y est question du sort réservé aux Indigènes, à la culture indigène, de la violence du pouvoir colonial qui perdure encore aujourd’hui. Dans ce monde globalisé où l’art est aussi un marché, Tiziano Cruz met en jeu les contradictions inhérentes qui l’assaillent, entre sa condition d’Indigène et son statut d’artiste, quand une partie de son moi est assignée à la marge tandis que l’autre se produit dans les théâtres du monde entier.

On mesure combien les artistes (mais aussi tous les migrants d’hier et d’aujourd’hui), combien ces artistes venus d’ailleurs ne prennent pas mais donnent. Ils apportent dans leurs bagages un petit plus d’humanité qu’ils nous offrent, remettent le mot solidarité au cœur d’une Europe ethnocentrée. Tiziano Cruz décentre notre regard, et les questions qu’il soulève sur le plateau, d’aussi loin qu’elles proviennent, de ce petit village perdu dans la cordillère, sont aussi les nôtres. Cette invitation à partager sa réflexion oblige le spectateur à sortir de sa zone de confort, à ne pas se contenter de s’abriter derrière sa bonne conscience quand le monde est un volcan dont les secousses sismiques crachent des laves de haine et de peur.

Qu’est-ce qui est populaire ?

« Il n’y a pas de place dans l’art pour les pauvres », balance Tiziano Cruz. Les pauvres ne fréquentent pas, ou plus, ou si peu les œuvres d’art, pourrait-on ajouter. Au fond, qu’est-ce qui est populaire ? Où doit-on placer le curseur du mot populaire ? « Il existe une institutionnalisation de l’indigénisme qui dépolitise notre condition en tant que culture indigène, la transformant en patrimoine de classe d’un groupe limité, une gauche lettrée qui parle bien mais ne sait pas parler à mon peuple. » C’est dit sans acrimonie, sans violence, et ça nous percute de plein fouet. Dans son bleu de travail d’un blanc immaculé, Cruz revient chez les siens que, au fond, il n’a jamais quittés.

Il se tient droit pour nous donner en partage les fruits de sa réflexion sur cette humanité déchirée qui s’ignore, sur les dégâts provoqués par l’ultralibéralisme. Ce que veut le pouvoir, ajoute-t-il, c’est « que nous nous divisions, que nous nous victimisions ». Il sait qu’il sera toujours cet Indigène, ce « bâtard » dans une Amérique où « le pouvoir est blanc », et cela le rend suspect. Alors il danse, brandissant un tissu joyeusement coloré de pompons multicolores. Là-bas, dans ces paysages balayés par le vent, les hommes respectent la terre, la nature, les animaux.

Jouer, c’est résister

Il y a un savoir-faire ancestral qui a perduré malgré la colonisation, malgré le libéralisme, malgré ce grand marché mondial où tout s’achète et se vend. Jouer, pour lui, c’est résister, c’est raconter la mort de sa sœur à 18 ans, faute de soins, qui ne souriait plus car elle n’avait plus de dents. C’est montrer les visages burinés de cette communauté qui ne demande qu’à vivre. Alors, Tiziano Cruz danse comme chantait Atahualpa Yupanqui, cet autre poète argentin. Et tous deux nous parlent d’un monde où la terre, les étoiles, le soleil sont notre bien commun, le plus beau capital face au capitalisme ravageur. Marie-José Sirach, photos Christophe Raynaud de Lage.

Soliloquio fut joué au Gymnase du Lycée Mistral d’Avignon, le spectacle débutant par une déambulation dans l’espace public (du 05 au 13/07). Wayqeycuna en ce même lieu, du 10 au 14/07.

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Le poids des fourmis

Jusqu’au 21/07, à la Manufacture d’Avignon (84), Philippe Cyr propose Le poids des fourmis. Que faire lorsque les menaces semblent nous dépasser, dans un monde qui marche sur la tête ? À cette question, répond le texte à l’humour ravageur de David Paquet, dans une mise en scène sur fond de système scolaire en crise. 

Le directeur du collège annonce « la semaine du futur », comme on lancerait une campagne publicitaire, dans un décor style club Med. Affalé sur une chaise longue, bermuda et chemise hawaïenne, il propose des élections aux élèves. Seront-elles l’occasion pour Jeanne et Olivier de changer le cours des choses ? La jeune fille est en colère : la cantine offre des lasagnes sans fromage, les cours du bourrage de crâne et une publicité dans les toilettes vante shampoings et produits de beauté. « Fuck you ! Je suis déjà belle », s’écrie l’adolescente en vandalisant le panneau. Espérant désamorcer sa révolte par le canal de la « démocratie », le chef d’établissement lui propose de se faire élire au conseil étudiant. Olivier, lui, ne se remet pas d’un cauchemar, on lui offrait « la Terre morte » en cadeau d’anniversaire. Que faire quand la planète brûle et que le système capitaliste attise l’incendie ? Les adultes ne proposent aucune solution à son « éco-anxiété »,  sauf une libraire farfelue qui lui recommande l’Encyclopédie du savoir inutile. Il y trouve matière pour se présenter lui-aussi aux élections.

Les petits devenus des poids lourds

Jeanne en pasionaria et Olivier en doux rêveur s’affrontent à grand renfort de discours. Las, ils seront coiffés au poteau par une troisième candidate qui promet des pizzas gratuites à tous… Élections, trahisons, tel est l’amer constat. Il n’empêche, nos deux héros ouvrent les yeux et s’allient pour aller plus loin, l’union fait la force. « Le Poids des fourmis est un appel à la solidarité. L’entraide, c’est contagieux et ça mobilise. Réunir les petits, c’est devenir des poids lourds« , conclut David Paquet. L’auteur québécois n’y va pas par quatre chemins. Dans ce texte destiné aux collégiens et lycéens, il se pose en lanceur d’alerte et prône l’indignation. « Si l’on pense à Rosa Parks, Martin Luther King Jr., Emma Gonzalez ou Greta Thunberg, c’est ce désir d’avoir un impact sur la société qui est au cœur du Poids des fourmis ».

Philippe Cyr s’empare de ce brûlot pour en faire une comédie acide, poussée jusqu’à l’outrance. Les acteurs jouent le jeu à fond, dans un décor des plus kitch et nous enchantent avec les accents chantants de la Belle Province. Les adultes, en costume de plage de mauvais goût, vivent dans une prospérité illusoire, sous un ciel d’incendie dans un îlot : autour, flotte une marée noire prête à les engloutir. Gaétan Nadeau est irrésistible en directeur flemmard et rusé, en patron crapuleux. Nathalie Claude fait la paire en poussant la caricature d’une mère écervelée ou d’une candidate vulgaire façon Donald Trump. Face à ces guignolades, Élisabeth Smith (Jeanne) a des élans de sincérité à la Greta Thunberg et un culot monstre, tandis que Gabriel Szabo (Olivier) compose un personnage timide et lunaire. 

Le rire est au rendez vous, grinçant parfois mais nécessaire. Comment résister ? À la commande passée par le Théâtre Bluff, producteur de ce spectacle avec le CDN des Îlets, écrivain et metteur en scène y répondent par un réjouissant pamphlet. « Avec Le Poids des fourmis, je ne creuse pas un sillon, je mitraille l’horizon ! » proclame l’auteur. À voir, avec ou sans enfant.  Mireille Davidovici

Le poids des fourmis, Philippe Cyr : jusqu’au 21/07 à la Patinoire, 10 h. Navette à 9 h 45 au Théâtre de la Manufacture, 2 rue des Écoles, 84000 Avignon (durée 2h trajet en navette inclus).  Spectacle vu le 24/06, en avant-première au Théâtre Paris-Villette.

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Entre désir et beauté…

Deux pièces se distinguent dans le OFF d’Avignon (84). Au théâtre Présence Pasteur avec Ce que nous désirons est sans fin, Jacques Descorde propose une pièce haletante sur le pouvoir des relations perverses. Au théâtre des Corps Saints avec La beauté sauvera le monde, Pierre Boucard dirige l’auteure et comédienne Barbara Castin, une femme qui dénonce le pouvoir mortifère de l’agro chimie.

Dans une maison, quelque part en ville, un père, son fils de 17 ans et l’ami de ce dernier. Avec un décor réduit au minimum, une table, deux chaises un canapé. La mère est partie pour vivre ailleurs, avec un autre homme. Ce que nous désirons est sans fin s’inspire d’un fait divers réel : le 24 décembre 2010, la femme de ménage du journaliste Bernard Mazières découvre son cadavre. Les enquêteurs comprennent rapidement que les auteurs du crime sont le fils et l’ami, mais jamais le pourquoi profond du meurtre ne sera élucidé clairement. Sur cette trame, Jacques Descorde, auteur et metteur en scène, a construit un thriller haletant, en direct et avec trois personnages.

Le face-à-face entre le père (Patrick Azam) désabusé, un brin alcoolisé et colérique, et le fils (Gaspard Liberelle) à la recherche de repères, se dégrade sans retour possible. Progressivement se révèle une haine profonde. Dont les racines remontent des années en arrière, quand la mère a entamé des relations hors du couple. L’ami du fils (Cedric Veschambre), grand adolescent lui aussi au-delà de la relation trouble entre les deux garçons, accentue sa domination toxique. Avec de très belles projections de vols d’oiseaux aux allures hitchcockiennes et un saisissant moment tout en ombres en fond de scène, les trois comédiens sont remarquables de justesse et de vérité.

Barbara Castin, l’auteure-interprète et Pierre Boucard le metteur en scène dénoncent avec La beauté sauvera le monde la responsabilité de l’industrie agro chimique. Comme ils l’explicitent avec justesse, « la pièce conte l’histoire d’une mère qui parle de la Terre « d’avant » avec les mots de Giono, Blixen, Péguy… C’est l’histoire d’une scientifique confrontée à l’incompréhension – des politiques, des médias, de sa famille – mais aussi à la solitude et à la rage ». Elle raconte à son petit enfant fictif « le monde d’avant », quand il y avait des arbres et des oiseaux. Des données scientifiques sont à la base du récit, la disparition des abeilles est bien réelle. « C’est l’histoire d’une femme qui voulait préserver la vie pour pouvoir la donner ». Barbara Castin, avec poésie, invite à agir avant qu’il ne soit vraiment trop tard. Gérald Rossi

Ce que nous désirons est sans fin, Jacques Descorde : jusqu’au 21/07, 12h50. Présence Pasteur, 13 rue du Pont Trouca (Tél. : 04.32.74.18.54).

La beauté sauvera le monde, Pierre Boucard : jusqu’au 21/07, 20h40. Les Corps Saints, 76 place des Corps Saints, 84000 Avignon (Tél. : 04.84.51.25.75).

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