Jusqu’au 07/02 à l’Odéon (75), puis au TNP (69) et au Théâtre du Nord (59), Julie Duclos propose Grand-peur et misère du IIIe Reich. Une série de tableaux écrits entre 1935 et 1938 par un Brecht déjà condamné à l’exil. Un théâtre qui a gardé toute sa pertinence.
Il n’est pas simple de s’attaquer au répertoire du dramaturge allemand, théoricien de la distanciation et pratiquant d’un théâtre épique et didactique. Son théâtre se fait rare sur les plateaux. De temps en temps, un Opéra de quat’sous, une Mère courage, une Vie de Galilée, Arturo Ui… C’est peut-être l’air du temps de ces dernières décennies qui veut ça : trop politique, trop militant, trop ceci ou trop cela, le théâtre de Brecht. Même si on s’empresse de citer cette réplique de la Résistible Ascension d’Arturo Ui : « Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde ». Pourtant, il suffit de se plonger dans la lecture des pièces de Brecht pour mesurer combien son théâtre n’a rien perdu de sa puissance ni de sa pertinence et se révèle un outil nécessaire. Un matériau artistique, esthétique, historique et politique d’importance pour décrypter la complexité du monde. D’hier et d’aujourd’hui. Pour en finir avec un théâtre qui se tient sage.
Le fascisme quotidien
Brecht écrit Grand-peur et misère du IIIe Reich entre 1933 et 1938 alors qu’il a dû quitter l’Allemagne. Dès l’arrivée au pouvoir d’Hitler, son théâtre est censuré, ses livres saisis, brûlés. Brecht s’installe au Danemark, parcourt l’Europe. Il rencontre des compatriotes exilés eux aussi, lit la presse, se documente, croise des témoignages pour écrire cette pièce où chaque scène, indépendante des autres mais reliée par un fil d’Ariane invisible, rend compte du climat de peur qui s’infiltre par tous les pores de la société allemande, n’épargnant aucune classe sociale. Brecht ne démontre rien, il montre le fascisme au quotidien.
Grand-peur et misère du IIIe Reich n’est pas une pièce de facture classique. Constituée de 28 tableaux, elle prend à contre-pied toute tentative de dramatisation spectaculaire pour se concentrer dans la sphère de l’intime. Ils sont ouvriers, paysans, travailleurs, chômeurs, boucher, femme de chambre, cuisinière, juge, procureur, médecin. On y voit des hommes et des femmes ordinaires, dans une situation extraordinaire. Certains se complaisent sans état d’âme dans la cruauté, une cruauté d’une terrible banalité ; d’autres tentent de survivre dans un univers impitoyable, inimaginable. Ainsi des parents basculent dans une paranoïa qui vire à l’absurde, persuadés que leur garçonnet les a dénoncés ; un juge cherche par tous les moyens à accorder droit et dictature ; une femme se sacrifie pour son mari médecin, parce que juive.
Une déshumanisation progressive
Chaque scène est plus troublante, dérangeante, que la précédente, tant la machine à broyer hommes, femmes et enfants n’épargne aucun d’eux, tous incapables de réagir autrement que par des réflexes de survie lourds de conséquences, paralysés jusque dans la parole. On les voit ployer sous ce sentiment de peur qui, insidieusement, ne les lâche pas et paralyse toute velléité de contestation.Julie Duclos parvient à installer une atmosphère étouffante qui va crescendo. Sobre et épurée, sa mise en scène est ponctuée de mouvements cinématographiques, sur le plateau et en vidéo, comme autant de respirations qui relient chaque tableau. On tourne ainsi les pages d’un livre inquiétant dont chaque chapitre raconte la déshumanisation à l’œuvre. Dans un décor semi-industriel d’une hauteur étouffante, aux murs gris troués de vitres opacifiées, les acteurs se livrent à cet exercice avec une intensité mesurée, jouant parfois d’une voix blanche, chuchotant de peur d’être entendus par ce monstre invisible.
Bientôt un siècle nous sépare de ces temps obscurs. On aimerait croire que toute ressemblance avec des personnages existants serait fortuite. Devant la montée des extrêmes droites en Europe et dans le monde, l’irruption de ce populisme qui inocule le poison vénéneux de la peur et de la haine, oui, il y a urgence à remettre Bertolt Brecht sur le métier ! On pense à la chanson de Rachid Taha, Voilà, voilà que ça recommence…. Marie-José Sirach, photos Simon Gosselin
Grand-peur et misère du IIIe Reich : du 11/01 au 7/02/25 à l’Odéon de Paris, du 13 au 22/02 au TNP de Villeurbanne, du 27/02 au 2/03 au Théâtre du Nord de Lille.
Au théâtre de l‘Essaïon (75), Guy-Pierre Couleau propose Rossignol à la langue pourrie. Écrits au début du XXe siècle, les poèmes de Jehan-Rictus témoignent d’une humanité ardente. Avec Agathe Quelquejay, bouleversante de naturel et de sincérité.
Sur la scène dépouillée, seule la lumière savamment dosée par Laurent Schneegans, avec sa petite forêt de flammes vacillantes, définit les contours des six aventures qui vont se dessiner. La mise en scène de Guy-Pierre Couleau inscrit ce moment rare dans l’écrin des caves médiévales et historiquement voûtées du théâtre Essaïon, dans le quartier parisien du Marais. Seule en scène une heure durant, mais que le temps semble bien court parfois, Agathe Quelquejay délivre avec une passion rare, une tendresse violente pourrait-on dire, la poésie de Jehan-Rictus. Des textes écrits au début du siècle dernier dans une langue particulière, celle du peuple des miséreux, soumis à la puissance absolue de la grande bourgeoisie, du patronat et des polices à leurs ordres, dans un climat de violences et de peurs.
Né en 1867, de son vrai nom Gabriel Randon, fuyant l’oppressant domicile familial à tout juste 17 ans, Jehan-Rictus s’est essayé à plusieurs métiers, sans grand succès. Avant de se faire poète. Deux ouvrages essentiels sont de lui connus. Les soliloques du pauvre narrent les déboires d’un sans-abri dans les rues de la capitale. Le froid, la faim, la grande misère morale, affective, matérielle y sont dépeints sans faux-semblant. Le cœur populaire, l’autre recueil, est publié en 1913. En sont tirés les six textes de ce spectacle dont le titre forcément intrigue, Rossignol à la langue pourrie.
La poésie des mots simples et crus
Ici, la misère frappe dès le plus jeune âge. Quand par exemple le père, immonde, rentre saoul après avoir bu sa paye de la semaine, il cogne qui ose le contrarier chez lui, avant de glisser une main dans le lit de ses petites filles terrorisées. Un peu après, c’est une jeune prostituée qui, dans « La charlotte prie Notre-Dame durant la nuit du réveillon », implore « la Vierge Marie » de l’aider ou alors de l’emmener au ciel. Un peu plus loin, voilà une mère qui se recueille devant la fosse commune du cimetière d’Ivry. « T’entends-ty ta pauv’moman d’mère/Ta Vieille, comm’tu disais dans l’temps » dit-elle à son gamin exécuté il y a un an…
L’écriture de Jehan-Rictus ne s’embarrasse pas d’élégance. Elle est nature, brute, sans maquillage ni postiche poudré. Elle ne fait pas peuple, elle est le peuple. « Son style a cette faculté à nous réconcilier avec la poésie et nous réjouit avec ses mots simples et crus », explique Agathe Quelquejay. Et la comédienne d’ajouter : « À l’heure où la guerre frappe à la porte, où les femmes et les enfants sont encore maltraités, battus, violés, troqués, assassinés, les thèmes abordés sont d’une actualité criante ». Avec aisance, comme transportée par la fluidité de la mise en scène soulignée par quelques instants empruntés à des temps musicaux d’aujourd’hui, la comédienne est tous ces personnages. Formidable, bouleversante de naturel et de sincérité.
Dans une allure androgyne qui accentue l’universalité du propos, même quand elle revêt au final l’étonnante robe conçue par Delphone Capossela… Le chant du rossignol n’en est que plus universel, envoûtant et toujours juste. Gérald Rossi
Rossignol à la langue pourrie : Jusqu’au 02/02, les vendredi et samedi à 21h, le dimanches à 18h. Du 04/02 au 01/04, le lundi à 21h et le mardi à 19h15. Théâtre de l’Essaïon, 6 rue Pierre au lard, 75004 Paris (Tél. : 01.42.78.46.42). Puis tournée et festival Off d’Avignon en juillet.
Du 23 au 29/01, à Bruxelles, le théâtre des Martyrs propose Fin de partie. Un classique du répertoire, l’un des chefs d’œuvre de Samuel Beckett… Avec Denis Lavant et Frédéric Leidgens dans les rôles-titres, magistralement mis en scène par Jacques Osinski.
Un événement, le plus français des auteurs irlandais, prix Nobel de littérature en 1969, à l’affiche d’une grande salle bruxelloise : Samuel Beckett, le maître de l’insolite, subtil défaiseur de langage et tricoteur de mots ! Qui fit scandale en 1953, lors de la création d’En attendant Godot par Roger Blin, les spectateurs n’y comprenant rien, excédés qu’il ne se passe rien, au point d’en venir aux mains : Godot, qu’on attend toujours 70 ans plus tard, n’en demandait pas tant, le succès était assuré !
« Je ne sais pas qui est Godot. je ne sais même pas, surtout pas, s’il existe. Et je ne sais pas s’ils y croient ou non, les deux qui l’attendent. Les deux autres qui passent vers la fin de chacun des deux actes, ça doit être pour rompre la monotonie. Tout ce que j’ai pu savoir, je l’ai montré. Ce n’est pas beaucoup. Mais ça me suffit, et largement. Je dirai même que je me serai contenté de moins ».
Samuel Beckett. Lettre à Michel Polac, 1952
Un plaisir des planches renouvelé au Théâtre des Martyrs, en compagnie de Samuel Beckett ! Jacques Osinski reprend sa Fin de partie, couronnée en 2023 par le Syndicat de la critique du Prix Laurent Terzieff, « Meilleur spectacle dans un théâtre privé ». Toujours avec la même bande de comédiens, Denis Lavant et Frédéric Leidgens dans les rôles-titre, les têtes de Claudine Delvaux et Peter Bonke émergeant des bacs à poubelle…
« Ma bataille sans espoir contre mes fous continue (avec l’écriture de Fin de partie, ndlr), en ce moment j’ai fait sortir A de son fauteuil et je l’ai allongé sur la scène à plat ventre et B essaie en vain de le faire revenir sur son fauteuil. Je sais au moins que j’irai jusqu’à la fin avant d’avoir recours à la corbeille à papier. Je suis mal fichu et démoralisé et si anxieux que mes hurlements jaillissent, résonnant dans la maison et dans la rue, avant que je puisse les arrêter ».
Samuel Beckett. Lettre à Pamela Mitchell, 1955
Comme l’affirme le génial irlandais à propos de sa pièce préférée, nous voilà donc face à un vieil homme condamné en son fauteuil, aveugle et paralytique… Près de lui, un type plus jeune, boiteux et agité. Hamm (Frédéric Leidgens) et Clov (Denis Lavant), le père et le fils peut-être, le maître et le serviteur plus vraisemblablement : l’un parle l’autre agit, l’un ordonne l’autre obéit. Qui s’interpellent et se répondent du tac au tac, des dialogues de basse ou haute intensité, comme Clov qui n’en finit pas de monter et descendre de son échelle, d’une aigreur vacharde ou d’une mielleuse condescendance. Le vieux, acariâtre, vit la peur au ventre, redoutant que son garçon de compagnie le quitte. L’autre, fielleux, ne cesse de répéter qu’il va fuir, s’en aller bientôt, et si ce n’est aujourd’hui ce sera demain assurément.
La vie, les jours s’écoulent ainsi en ce salon sans chaleur ni luminosité, d’un rituel l’autre à servir le repas, surveiller le bon ou mauvais temps du haut de la fenêtre, cajoler le petit chien en peluche qui a perdu une patte : comme le précise Beckett dans la missive à son amoureuse, un monde de fous qui, paradoxe, semblent pourtant toujours maîtres de leur raison, les parents de Hamm (Claudine Delvaux et Peter Bonke) sortant la tête des deux grands tonneaux où ils sont cloîtrés, à priori à leur insu mais de leur plein gré au vu de leur visage rayonnant ! Sur le plateau, peu d’action mais une forte agitation, Lavant et Leidgens au sommet de leur art, entre tragédie et comédie, dans leurs rôles de composition et leurs tirades à la pointe acérée.
Jacques Osinski maîtrise l’univers beckettien. Du maître irlandais exilé à Paris depuis 1937 et reposant désormais au cimetière Montparnasse, l’ancien directeur du Centre dramatique national des Alpes a déjà mis en scène nombre de ses textes, du Cap au pire à La dernière bande au milieu de quelques Foirades… Avant que ne se lève le rideau, un interminable noir silence invite le spectateur à se défaire des affaires du temps présent pour entrer dans un univers hors d’atteinte de toute normalité : l’ancien monde qui se meurt au fond d’un tonneau, le nouveau où les vivants se répartissent la tête et les jambes, l’un râlant et l’autre claudiquant. Une alliance forcée, une solidarité fondée dans la contrainte, un piteux jet de lumière laissant entrevoir un semblant de bonté et d’espoir. Avec Beckett, c’est peu dire, entre humour et férocité, les rapports entre humains sont d’une étrange complexité.
Au fil de cette magistrale et indémodable Fin de partie, chacun est convié, selon son humeur du jour, à rire ou pleurer au banquet de la comédie humaine. Un spectacle accessible à quiconque, où les mots du quotidien – décalés – disjonctés – déphasés – donnent à voir et entendre les maux d’un monde où la graine ne germe plus, où l’éclaircie se fait rare, où l’autre se terre dans l’absence et le silence. « Fini, c’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir », nous alerte Beckett avec une hauteur et une intelligence d’esprit prophétiques. Yonnel Liégeois, photos Pierre Grosbois
Fin de partie :Les 23 et 24/01 à 20h15, le 25/01 à 18h, le 26/01 à 15h, les 28 et 29/01 à 19h. Théâtre des Martyrs, Place des Martyrs 22, 1000 Bruxelles (Tél. : 32.2.223.32.08).Les écrits de Samuel Beckett sont disponibles aux éditions de Minuit.
De Gap à Lyon, Raphaëlle Boitel présente Ombres portées. Du « cirque théâtre chorégraphique » qui renouvèle les arts de la piste ! Un spectacle total où se mêlent théâtre, danse et performance physique, une superbe scénographie d’ombres et de lumières.
Les arts du cirque sont toujours en renouveau et Raphaëlle Boitel y participe avec ce qu’elle qualifie de « cirque théâtre chorégraphique ». Après 5es Hurlants créé avec les jeunes diplômés de l’Académie Fratellini où elle a été formée et Le Cycle de l’absurde, spectacle de sortie du Centre National des Arts du Cirque promotion 2020, Ombres portées s’inscrit dans la même veine chorégraphique avec une scénographie d’ombres et lumières et une narration plus affirmée. Première image saisissante : de l’obscurité, comme tombée du ciel, une jeune artiste (Vassiliki Rossillion) se balance sur une corde volante, s’y love, fait plusieurs figures acrobatiques puis s’envole de plus en plus haut et s’efface dans le noir, au lointain. « J’ai rêvé Ombres portées comme un spectacle total où se mêlent performance physique, théâtre, danse, septième art, rires, larmes…», écrit Raphaëlle Boitel. Elle raconte ici, paroles-images et mouvements, l’histoire d’une famille « décomposée » par la rage d’une jeune femme contre le père. Trois sœurs et un frère muet gravitent, courent, se chamaillent avec force acrobaties, virevoltent autour de ce vieil homme massif (Alain Anglaret), bientôt infirme.
Une noce se prépare et chacun s’affaire. Tia Balacey, la petite sœur, bondit et cabriole. Légère comme une plume, elle sculpte dans l’espace de jolies figures d’acrodanse. La mariée (Alba Faivre) attend son fiancé mais sa fougue amoureuse sera bientôt, éteinte par l’infidélité de celui qui est devenu son époux. Nous la verrons plus tard grimper désespérément à la corde lisse, se dépouillant de sa robe blanche : un beau moment poétique. Le fiancé arrive enfin (Nicolas Lourdelle), raide et emprunté parmi tous ces corps acrobatiques, aussi drôle que dans les spectacles de Baro d’Evel, la compagnie qu’il a co-fondée. Il se livrera à quelques gags, comme le petit gars de la famille, un rôle muet pour Mohamed Rarhib avec acrobaties au sol, mâtinées de hip hop et art du mime. Vassiliki Rossillion, descendue de sa corde volante, incarne K, la sœur rebelle, et danse sa rage contre un père indifférent… Que lui a-t-il fait ? Chacun pourra deviner. Raphaëlle Boitel a voulu sonder la question du « non-dit ».
De tableau en tableau, la déchéance de la figure tutélaire du père, haï ou chouchouté selon les membres de la fratrie, rassemble à nouveau la famille. Réglés par une subtile chorégraphie, entre horizontalité et verticalité, les corps se croisent, s’acoquinent en un duo sensuel, ou s’agglutinent, tribu brouillonne. Raphaëlle Boitel a joué douze ans chez James Thierrée, notamment dans La Symphonie du Hanneton et La Veillée des Abysses, elle en a gardé un goût pour les images poétiques. Les solos des circassiens se fondent dans le ballet des corps et objets, noyés dans les vapeurs des lumières et accompagnés par la musique d’Arthur Bison. Les clairs-obscurs, orchestrés par Tristan Baudoin, sont ici essentiels. Ce passionné d’arts plastiques sculpte la lumière en magicien, cloisonne l’espace avec lampes et projecteurs, enfermant dans leurs faisceaux les interprètes tels des insectes pris au piège. Des effets stroboscopiques les font apparaître et disparaître.
« J’espère que l’histoire de « K », cette jeune femme qui veut s’extraire du silence, touchera chaque spectateur », affirme Raphaëlle Boitel, « son parcours est celui de beaucoup de femmes, notre rôle est de provoquer la parole ». Nul besoin d’en dire autant, la chorégraphie et l’expression des corps suffisent à dénoncer les violences intrafamiliales. Les paroles ne sont pas essentielles à la compréhension de ce qui se trame entre les personnages. Reste un spectacle d’une grande beauté plastique et qui ne manque pas d’humour malgré la gravité du thème, servi par des interprètes exceptionnels. Mireille Davidovici, photos Raynaud De Lage
Ombres portées, Raphaëlle Boitel : Les 23 et 24/01, La Passerelle, Scène nationale de Gap (05) ; les 28 et 29/01, Théâtre Durance, Scène nationale Château Arnoux-Saint-Auban (04). Les 6 et 7/02, Le ZEF, Scène nationale de Marseille (13). Du 19 au 23/03, Théâtre des Célestins, Lyon (69).
De l’ouvrage paru aux éditions de Minuit en 1958, Laurent Meininger adapte et met en scène La question. Une mise en bouche fulgurante du récit-brûlot d’Henri Alleg, relatant sévices et tortures que lui infligea l’armée française durant la guerre d’Algérie. Avec Stanislas Nordey sous les traits de l’ancien journaliste d’Alger républicain, impressionnant de naturel et de vérité.
Un clair-obscur oppressant, un étrange rideau tremblant en fond de scène… Le décor, sobre, est posé. Un homme s’avance, la voix calme et puissante tout à la fois, un halo de lumière pour éclairer des mots criant souffrance et douleur. Sur le plateau, s’immiscent angoisse et détresse. Face au public, figé comme sidéré par les paroles dont il use pour narrer son interminable supplice, Stanislas Nordey impose sa présence. La question ? Les sombres pages d’une histoire de France où des tortionnaires, soldats et officiers d’une armée régulière, couvrent de rouge sang leurs ignobles forfaitures.
En cette Algérie des années de guerre, depuis novembre 1956, le journal Alger républicain est interdit de parution. Contraint à la clandestinité, Henri Alleg, son directeur, est arrêté en juin 1957. De sa prison, entre deux séances de torture dirigées par les hommes des généraux Massu et Aussaresses, il rédige La question. Sorti clandestinement de cellule, un texte bref mais incisif et dense, limpide presque, qui dissèque hors tout état d’âme les sévices endurés : la « gégène » (des électrodes posées sur diverses parties sensibles du corps), la « piscine » (la tête plongée dans l’eau jusqu’à l’asphyxie), la « pendaison » (le corps suspendu par les pieds et brûlé à la torche)… Sans omettre les coups, les injures, les humiliations quotidiennes, les menaces de mort à l’encontre de la femme et des enfants du supplicié !
Un témoignage d’autant plus émouvant et percutant qu’Henri Alleg le rédige tel un rapport d’autopsie, celle d’un mort vivant qui n’ose croire en sa survie. Les commanditaires de ces actes barbares ? Les militaires français du « Service action » qui s’octroient tous les droits, usent et abusent de sinistres manœuvres pour extorquer des renseignements et sauver l’Algérie coloniale des griffes de l’indépendance. Leur doctrine fera école, le général Aussaresses ira l’enseigner aux États-Unis, ensuite en Argentine et au Chili. Sur la scène du théâtre, point de salle de tortures, non par économie de moyens mais pour que le texte seul, sans pathos superflu, prenne son envol hors les frontières. Hier comme aujourd’hui, pour dénoncer dictateurs et tortionnaires en tout pays.
« Ma première rencontre avec le livre d’Henri Alleg ? Un choc », reconnaît Laurent Meininger, « qui m’émeut toujours autant au fil de mes lectures ». D’autant qu’il s’emploie, depuis la création de sa compagnie théâtrale en 2011, à mettre en scène des textes forts qui parlent aux consciences d’aujourd’hui. Formé à l’école de l’éducation populaire par des maîtres es tréteaux, tel Jean-Louis Hourdin, il s’inscrit au nombre de ceux qui ont fait entrer le théâtre dans les hôpitaux et les prisons. Face à la montée des nationalismes et à l’émergence de « petits chefs » aux discours haineux, Laurent Meininger en est persuadé, La question conserve son pouvoir d’interpellation en ce troisième millénaire. « Croire que liberté et démocratie sont acquises à tout jamais ? Une attitude suicidaire ! Il nous faut rester vigilants, ne jamais se départir d’un esprit critique, le combat contre l’injustice est permanent ».
« Aujourd’hui encore, La Question demeure une référence », écrit en 2013 dans les colonnes du MondeRoland Rappaport, l’avocat qui sortit feuille par feuille le manuscrit écrit sur du papier toilette. « C’est ainsi, qu’en 2007, aux USA, lors des débats sur l’usage en Irak de ce qui était désigné comme « des interrogatoires musclés », en réalité de véritables tortures, l’Université du Nebraska a publié, en anglais, La Question. Dans la préface, signée du professeur James D. Le Sueur, on lit « La Question est et demeure, aujourd’hui, une question pour nous tous », rapporte le juriste en conclusion de son témoignage.
Alleg, Meininger et Nordey ? D’une génération l’autre, trois hommes aux convictions enracinées pour un même devoir de mémoire. Trois hommes à la question pour un message de vigilance certes, plus encore pour un message de paix et de fraternité entre les peuples. Sur la scène, à La question posée dans le clair-obscur, lumineuse et flamboyante s’impose la réponse ! Yonnel Liégeois, photos Jean-Louis Fernandez
Publiée en février 1958, La question d’Henri Alleg est la première à dénoncer publiquement sévices et tortures perpétrés en Algérie. Jean-Paul Sartre, dans les colonnes de L’Express, salue à l’époque la portée du texte. Huit réimpressions dans les cinq semaines suivant la sortie… Le 25 mars, le livre est saisi puis interdit, à la demande du tribunal des forces armées de Paris. Malraux, Mauriac et Sartre protestent et dénoncent la censure. Devenu succès littéraire et référence internationale, l’ouvrage est traduit en pas moins de trente langues (éd. de Minuit, 6€90).
Une rencontre saisissante
La Question a été pour moi une rencontre saisissante. Ce texte dénonce l’utilisation de la torture par l’armée française durant la bataille d’Alger. Il fut longtemps censuré par l’État français. J’ai été totalement happé, interpellé par les mots de Henri Alleg. Ils font écho à des émotions qui me traversent depuis longtemps : mon grand-père fut résistant pendant la seconde guerre mondiale. Certes, il ne s’agit pas de la même guerre, mais la guerre d’Algérie soulève des questions que soulevait également, à peine plus d’une décennie auparavant, la seconde guerre mondiale : la torture, la résistance, la censure… Elle interroge en 1957 sur ces enseignements que notre pays n’a pas su tirer des atrocités subies par son propre peuple entre 1939 et 1945. Ce récit autobiographique parle d’un homme qui reste fidèle à ses convictions ; quel qu’en soit le prix pour lui-même. Son refus, son courage, sa dignité, ses valeurs fraternelles me touchent profondément. Que signifie résister ? Comment réagir face à la peur ? face à la douleur physique ? Jusqu’où est-on capable d’aller pour défendre un idéal ? Dans La Question le récit comme la torture sont implacables. On ne peut s’y soustraire. Le choc est d’autant plus rude que le récit est clinique, il ne fait jamais appel à l’émotion. Henri Alleg dresse le procès-verbal des exactions que lui ont fait subir les parachutistes français sur ordre du gouvernement français. Il sait que le silence est le plus fidèle allié de la torture. Il sait que pour défendre nos valeurs, il faut témoigner de ce qui se passe quand elles s’effondrent.
Monter La Question, c’est rappeler que la torture existe toujours, que les principaux tortionnaires et assassins sont les États, hier comme aujourd’hui. Aucun d’entre eux « n’est à l’abri de consentir » à la torture, à « l’exécution extra-judiciaire », à l’utilisation de peines, de conditions de détention ou de traitements cruels, inhumains ou dégradants Pas même les grandes démocraties, pourtant supposées garantir le respect des droits de l’homme… La liste est longue, effroyablement longue, des pays qui ont recours à la torture de manière systématique pour obtenir des informations, arracher des « aveux », menacer. La liste est longue, effroyablement longue, des pays où « l’exécution extra-judiciaire » fait taire la voix dissidente. Ces horreurs font écho aux tortures subies par Henri Alleg en 1957 ; à la « corvée de bois » des parachutistes en Algérie, assassinant sur ordre du gouvernement français les militants indépendantistes Maurice Audin, Ali Boumendjel et bien d’autres ; au massacre de « Français musulmans d’Algérie », le 17 octobre 1961 à Paris, par des policiers français sur ordre d’un préfet déjà impliqué dans la rafle de 1600 juifs à Bordeaux entre 1942 et 1944. Au regard de la place qu’elle tient dans la littérature minimaliste, au regard du rôle qu’elle a tenu hier dans le « tressaillement » des consciences, OUI il est juste que La Question conserve son statut de référence internationale. Mais NON, il n’est pas acceptable que tant de pays, tant de gouvernements dans le monde restent encore tortionnaires et que La Question conserve ainsi malheureusement toute son actualité. Laurent Meininger, metteur en scène
Du 14 au 16/01, à la Comédie de Saint-Étienne (42), Patrick Pineau présente Le mandat. Dans une traduction d’André Markowicz, entre farce et satire politique, la pièce de Nicolaï Erdman décoiffe ! Avec force humour et suspens pour ce vaudeville soviétique des années 20, un spectacle d’une puissance convaincante.
Moscou, au lendemain de la révolution bolchévique ! Dans l’appartement petit-bourgeois de la famille Goulatchkine, c’est la débandade et la consternation : tsar et ordre ancien sont à terre, la seule issue en perspective ? Brandir sa carte du parti communiste soviétique,Le mandat ! Si le fils Pavel l’obtient, sa sœur pourra convoler en justes noces avec le fils des voisins, des suppôts fortunés de l’ancien pouvoir, avenir et tranquillité des deux maisonnées sont assurés. Alors, il faut s’organiser en accrochant au mur des tableaux à message interchangeable, sur une face un paysage hollandais et de l’autre le portrait de Marx, un autre avec le visage du Christ pour amadouer un pope de passage… En un mot, il faut donner le change, miser sur le double langage pour amadouer les apparatchiks et ne pas contrarier les nostalgiques de l’ancien régime. C’est sans compter sur l’ire du voisin de palier, sa casserole de vermicelles sur la tête, fatigué de leurs turpitudes et fermement décidé à les dénoncer à la milice du quartier… Suspens garanti, le fameux mandat comme nouveau graal à conquérir !
Le mandat, Nicolaï Erdman et Patrick Pineau : du 14 au 16/01, salle Jean Dasté à 20h. La Comédie de Saint-Étienne, Place Jean Dasté, 42000 Saint-Étienne (Tel : 04.77.25.14.14).
Jusqu’au 25 janvier, au Théâtre 14, Françoise Gillard propose L’événement. Le texte emblématique d’Annie Ernaux, prix Nobel de littérature 2022, narrant son avortement clandestin dans les années 60. Entre émotion contenue et gestuelle retenue, la sociétaire de la Comédie Française s’impose en éblouissante messagère.
Une chaise pour seul décor, le visage poupin et la voix doucereuse… Dès son entrée sur la scène nue du Théâtre 14, Françoise Gillard en impose par son naturel. À n’en point douter, sa tenue vestimentaire l’atteste, la jeune étudiante en littérature n’est pas rejeton de grande famille. Fille de petits commerçants, le bar-épicerie d’un quartier populaire d’Yvetot en Normandie, elle occupe une chambre à la résidence universitaire de Rouen : loin de l’univers familial, en porte-à-faux avec son milieu social, peu de relations sinon une ou deux amies… Dans l’étroitesse des quatre murs, depuis quelques jours déjà, elle scrute le fond de sa culotte : toujours pas de règles en vue, l’inquiétude se fait pesante.
Les mots sont crus, les descriptions sèches. Sans fioritures ni qualificatifs superflus, sans pathos ni sentiments démesurés. La phrase brève, rugueuse, récit clinique d’un geste insensé, impose d’elle-même émotion et compassion, soulève colère et réprobation, convoque pleurs et douleurs. De l’humour et de l’ironie aussi, peu, rarement… Comme ce pull-over et ces sandales dont se défait la comédienne en cours de représentation, presque une respiration, une mise à distance face au récit poignant dont le couple Ernaux-Gillard se fait l’écho. Dans l’intimité d’une chambre de jeune fille, auteure reconnue quatre décennies plus tard, le journal de bord d’un avortement pratiqué par une « faiseuse d’anges » dans les années 60 : la sonde clandestine introduite dans le vagin à défaut d’une aiguille à tricoter, les douleurs au ventre et le sang, le fœtus délesté dans la cuvette des toilettes, l’hémorragie ensuite sous peine de mort, le curetage enfin aux urgences de l’hôpital sous les opprobres d’un corps médical à l’ordonnancier moralisateur…
Une « salope » parmi 343 autres
L’événement ? La publication d’un récit de vie dont les épisodes remontent à 1963, l’affirmation claire d’une femme à disposer de son corps et refuser l’enfant non désiré, les trois mois d’existence angoissants d’une « salope » au même titre que les 343 autres qui revendiqueront ce statut avec audace et fierté avant que maître Gisèle Halimi ne plaide leur cause devant le tribunal de Bobigny en 1972, avant qu’au perchoir de l’Assemblée nationale une ministre de la santé et grande dame, Simone Veil, ne conquiert avec courage et dignité en 1974, sous les insultes – les quolibets – les menaces de mort, le droit à l’interruption volontaire de grossesse. Assise sur sa chaise retournée, Françoise Gillard se veut économe de gestes. Juste une main levée de temps à autre, genoux serrés, regard convaincant, seule sa parole bouscule l’espace, invite les divers protagonistes à s’immiscer dans le récit par un subtil changement de ton ou de voix, dessine les contours physiques et psychologiques de l’acte à venir, du délit en gestation.
L’événement d’Annie Ernaux, Françoise Gillard avec la collaboration artistique de Denis Podalydès : jusqu’au 25/01, les mardi-mercredi et vendredi à 20h, le jeudi à 19h, le samedi à 16h. Théâtre 14, 20 avenue Marc Sangnier, 75014 Paris (Tél. : 01.45.45.49.77).L’événement, d’Annie Ernaux (Folio Gallimard, 144 p., 7€60).
En tournée nationale, David Lescot propose Je suis trop vert. Dans la foulée de ses précédents spectacles, l’auteur et metteur en scène n’en finit pas d’explorer les états d’âme de son héros à l’heure de son entrée au collège. Cette fois, en voyage de classe à la ferme : entre vaches, poules et cochons, l’apprentissage de la vie.
Nous retrouvons, avec le même plaisir Moi, élève de 6ème D, en pleins préparatifs de classe verte. Dans J’ai trop peur, âgé de dix ans, il s’inquiétait de son entrée au collège et dans J’ai trop d’amis, il vivait ses premiers émois amoureux dans de pénibles embrouilles. Pour Je suis trop vert, même dispositif scénique simple et astucieux que pour les spectacles précédents : une boîte à jouer en bois semée de trappes, conçue par François Gautier-Lafaye. Elle s’ouvre selon les besoins pour faire émerger le pupitre où Moi et son copain Basile discutent. Ou, pour que surgisse de sa chambre, la petite sœur, une vraie peste et, plus tard, on y entendra meugler les vaches et caqueter les poules, dans la ferme qui accueille les élèves…
David Lescot, en bon musicien, crée une série d’ambiances sonores pour figurer les différents lieux. Eclats de voix, mots épars, rires et cris : nous sommes dans la cour de récréation. Ronflement de moteur et nous voilà dans l’autobus roulant vers la campagne… « Le principe de la classe verte, dit Moi, c’est de nous envoyer dans la nature pour nous changer de la ville où on habite et nous familiariser avec la vie rurale ». Même s’il a peur de s’ennuyer, il se réjouit à cette perspective. Basile, lui, doit se faire prier pour accepter de partir. Balourd de la classe et un peu décalé, il a peur de tout et il lui arrive des tas de mésaventures, plus ou moins drôles… Après bien des embrouilles, voilà la classe partie pour une semaine à la ferme. Moi découvre que la campagne, ce n’est pas si calme et que la vie aux champs n’est pas de tout repos.
Chargée d’instruire les enfants, Valérie, la fille de la famille, de peu son ainée, ne les ménage pas : lever aux aurores, taches harassantes, machines dangereuses, odeurs de fumier… Epuisant ! Le petit gars de la ville doit faire ses preuves devant une fille ! En récompense, elle lui apprendra à écouter et à comprendre la nature, et c’est avec un petit pincement au cœur, qu’il la quittera. Les mêmes que pour les première et seconde pièces du triptyque, Lyn Thibault, Elise Marie, Sarah Brannens, Lia Khizioua-Ibanez, Camille Bernon et Marion Verstraeten (en alternance) interprètent tous les rôles, ce qui crée un grand nombre de combinaisons. Deux actrices jouent invariablement Basile et Moi. Et la troisième campe une multitude de personnages : un blouson, une capuche, une casquette, une perruque, ou des lunettes et moustaches et elle se transforme en garçon ou fille. Elle excelle dans l’interprétation de la petite sœur qui, sous la plume de David Lescot, fait preuve de bon sens et d’aplomb, dans son langage de bébé irrésistible.
Je suis trop vert, David Lescot : Du 13 au 15/01, Théâtre de l’Olivier, Istres-Scènes et cinés (13). Du 30/01 au 01/02, Théâtre des Sablons, Neuilly (92). Les 27 et 28/02, MCL, Gauchy (02). Les 12 et 13/03, Théâtre André Malraux, Rueil-Malmaison (92). Du 13 au 16/04, Les Petits devant, les grands derrière, Poitiers (86) ; les 28 et 29/04, Théâtre du Champ du Roy, Guingamp (22). Le texte de la pièce est édité aux Solitaires Intempestifs.
Le 4 janvier 1960, Albert Camus se tue en voiture. En cette année 2025 de tous les dangers, une œuvre à redécouvrir : le plus jeune Nobel français conjugua en permanence la révolte et le doute. Le regard d’Agnès Spiquel, universitaire et présidente de la Société des études camusiennes.
Albert Camus, « l’homme révolté » et le penseur du doute, n’a jamais cessé d’alimenter débats et vaines polémiques ! Or, « Camus est une figure irrécupérable », affirme d’emblée Agnès Spiquel, l’une desexégètes du Prix Nobel de littérature en 1957 et présidente de la Société des études camusiennes, « son nom et son œuvre s’inscrivent dans la durée, contrairement à ceux qui tentent de se les approprier ». La formule « La parole et l’acte », dont usait avec justesse l’éminente et regrettée historienne Madeleine Rebérioux pour définir Jean Jaurès, le tribun du socialisme et fondateur de L’Humanité, s’accorde pleinement à « La pensée et l’action » de Camus, l’ancien journaliste d’Alger Républicain et de Combat, l’auteur de L’étranger et de L’homme révolté. Morale politique et justice sociale : tels furent les maîtres – mots jamais démentis du natif d’Algérie.
Enfant de la laïque
Camus ? Un enfant du peuple et de l’école républicaine, orphelin d’un père mort aux premières fureurs de la guerre de 14 et bambin aimant d’une femme de ménage, pauvre à défaut d’être miséreux… Face à la précocité de son élève, Louis Germain son instituteur n’hésitera pas à prendre en main le destin scolaire du petit Albert, lui donnant des cours particuliers le soir et le préparant à l’examen des bourses. Une affection envers son maître auquel Camus dédiera son discours de réception au Nobel… « Très tôt, Camus affiche son désir d’écriture », souligne d’ailleurs Agnès Spiquel, « dès l’âge de 17 ans, puisque « la littérature peut tout dire » écrit-il, il affirme qu’il veut devenir écrivain. Aussi, très vite il se mêle de tout ce qui bouillonne à Alger ». Le football bien sûr, sa grande passion, mais aussi le théâtre pour lequel il écrit et met en scène, la philosophie dont il prépare l’agrégation… Las, atteint de la tuberculose, il se voit sanctionné de la double peine : interdiction d’enseignement et de présentation aux concours universitaires !
La déception évidemment, mais pas le découragement pour le jeune homme qui se lance déjà dans une intense activité sociale et culturelle. Mais aussi politique avec son adhésion en 1935 au PCA, le parti communiste algérien, qu’il quitte deux ans plus tard plus tard, ensuite journalistique avec son entrée en 1938 à la rédaction d’Alger Républicain où il publiera ses grands reportages « Misère de la Kabylie », … « Des articles et des engagements qu’il payera cher », commente la professeur émérite à l’université de Valenciennes, « tant son vain soutien au projet de réforme Blum – Viollette sur le droit de vote des musulmans algériens que la censure qui frappe Soir Républicain : sans travail et sans argent, ayant commencé la rédaction de « L’étranger », il quitte Alger en 1940 pour gagner Paris occupé ».
Journaliste, écrivain
Il rejoint alors les réseaux de la Résistance, puis le journal Combat clandestin avant d’en assumer la rédaction en chef et les éditoriaux à la Libération… En 1947, il quitte le journal alors qu’il a déjà publié L’étranger, Le mythe de Sisyphe et Caligula. Paraît bientôt La peste, son nouveau roman salué par Sartre. D’aucuns auraient pu déjà percevoir, dans son écriture, la haute conscience morale dont Camus charge l’engagement politique. Dès 1945, dans un concert de louanges international auquel se joint Mauriac, au lendemain de l’horreur atomique qui signe la capitulation du Japon, Albert Camus seul dénonce ouvertement dans Combat la barbarie humaine scientifiquement industrialisée : jamais la fin, même la signature d’un accord de paix, ne justifie les moyens ! Et l’auteur des Justes signe son arrêt de mort au peloton d’exécution de l’intelligentsia française, composé de Sartre et des membres de la revue des Temps Modernes, avec la publication en 1951 de L’Homme révolté. Une rupture philosophique, politique et humaine avec le chantre de l’existentialisme, une rupture surtout avec tous ceux qui justifient dans la marche de l’histoire les crimes commis en son nom. « Chez Camus, les idées sont enracinées dans la réalité concrète, les concepts naissent d’abord de l’expérience, tant politique que philosophique », commente Agnès Spiquel, « Camus est avant tout un homme de convictions, pas de certitudes ». Ainsi s’expliquent son attitude et ses prises de position multiples au sujet de l’Algérie, le berceau de son cœur et le soleil de son enfance, la grande tragédie qui le réduira à terme au silence parce que jamais l’acte de terrorisme, quel qu’il soit et d’où qu’il vienne, ne trouvera grâce à ses yeux !
De l’absurde au doute
« L’étranger » d’Albert Camus, illustré par José Munoz
Camus s’empare très tôt de la « question algérienne », il suffit de relire ses étonnantes et passionnantes Chroniques algériennes d’une lucidité à toute épreuve. Sur l’incurie et l’aveuglement du pouvoir colonial, sur la misère et la révolte qui gronde de l’autre côté de la Méditerranée… Jusqu’au bout, il plaidera la cause d’un chemin étroit à emprunter, « entre les deux abîmes de la démission et de l’injustice », pour essuyer au final les reproches et invectives tant à propos de ses paroles que de ses silences. « Pour Camus, oser proposer une troisième voie ne signifie aucunement qu’il se contente de la voie du juste milieu », précise Agnès Spiquel, « c’est encore une fois le moraliste qui pense et s’oppose de la même manière tant au fascisme qu’au stalinisme. La règle de conduite qu’il s’impose n’est jamais celle du repos. Chez Camus, il y a une justesse du mot qu’il faut entendre et reconnaître ». D’autant que, si Camus a connu et connaît la dureté et l’absurdité de la vie pour en parler aussi bien dans son théâtre que dans ses romans, il en expérimente aussi, à cause de la maladie et de la mort qui rôde, l’éventuelle brièveté et fragilité… D’où le doute, voire le désespoir, qui s’empare alors de ce croqueur impénitent de la vie devant l’incapacité qui le ronge progressivement à se faire comprendre, à parler et à écrire. Camus préfèrera toujours la terre et sa mère aux joutes intellectuelles, c’est un homme de corps et de cœur qui pense l’abstrait au pluriel dans la palette du concret. Une preuve ? « Les plus grands bonheurs de Camus : vivre la fraternité d’un collectif », constate l’universitaire, « la solidarité de l’équipe de football, la ferveur d’une compagnie de théâtre, la chaleur des ouvriers du Livre à l’heure du bouclage ».
Albert Camus ? Une œuvre et une pensée qui ravissent les jeunes générations, bien au-delà des frontières hexagonales. Propos recueillis par Yonnel Liégeois
Camus, citoyen du monde
« Dans l’idée que le monde est une cité, l’album Albert Camus citoyen du monde veut montrer l’être-au-monde de Camus dans son rapport à la nature, à ses ami(e)s, à l’actualité, aux autres penseurs, à son siècle, à la tragédie humaine, au bonheur », commente Agnès Spiquel. Pourquoi Camus parle autant aux hommes du XXIe siècle ? « Pour des raisons multiples », souligne l’universitaire. « C’était un esprit libre : il refusait les embrigadements, les étiquettes toutes faites, les solutions tranchées de manière simpliste au nom d’idéologies préexistantes. Il avait le sens de la nuance, une conscience aiguë de la tension – difficile mais féconde – entre des pôles opposés. Il défend les principes éthiques, entre autres en politique : pour lui, la fin ne justifie jamais les moyens. Il ne se paie pas de mots, ne prostitue pas le langage mais recherche autant la justesse que la justice. Il est lucide sur le tragique de la condition humaine mais défend le droit au bonheur. Enfin, il écrit admirablement bien ! ».Y.L.
« Albert Camus, citoyen du monde », un magnifique album. Riche de nombreux documents, photographies et textes inédits (Gallimard, 208 p., 29€)
D’Hugo à Camus…
Agnès Spiquel l’avoue, « je suis devenue une familière de Camus ». Plus fort encore pour la présidente de la Société des études camusiennes, « je me rappelle, jeune enseignante en littérature française, ma première inspection se déroula lors d’un cours sur Camus ». Et pourtant, le premier amour littéraire d’Agnès Spiquel ne se nomme pas Albert, mais Victor ! « J’ai fait ma thèse sur l’œuvre de Victor Hugo. Au final, je trouve nombre de similitudes entre ces deux grands noms de la littérature, l’un et l’autre témoins et acteurs de l’Histoire : Hugo à l’heure du coup d’état de 1851, Camus dans la tourmente de ce qui deviendra la guerre d’Algérie ».
Que lire d’emblée pour entrer de plain-pied dans l’œuvre et la pensée de Camus ? Le Premier Homme, conseille sans hésiter Agnès Spiquel, « toute la vie et les convictions de Camus se retrouvent d’une page à l’autre ». Et de poursuivre la lecture, selon l’universitaire, avec les Chroniques algériennes et Camus à Combat. Journaliste, essayiste, romancier et dramaturge, le Nobel 1957 se révèle et s’impose vraiment comme une grande plume ! Y.L.
À lire : les quatre volumes des Œuvres complètes publiées dans la Pléiade chez Gallimard, sous la direction de Jacqueline Lévi-Valensi. Tous les titres sont disponibles aussi chez le même éditeur en Folio dont La mort heureuse présenté par Agnès Spiquel. Cahier Camus, dirigé par Raymond Gay-Crosier et Agnès Spiquel (Ed. de L’Herne, 376 pages, 39€).Œuvres d’Albert Camus, dans la collection Quarto Gallimard avec une préface de Raphaël Enthoven (1536 p., 29€). Le monde en partage, itinéraires d’Albert Camus, de Catherine Camus (Gallimard, 240 p., 35€)
À écouter : La peste, lue par Christian Gonon, de la Comédie Française (CD Gallimard, 26€40, deux CD MP3 à 18€99).
À savourer : La postérité du soleil. Sous le regard de René Char, les textes de Camus et les photos d’Henriette Grindat (Gallimard, 80 p., 28€)).L’étranger, illustré par José Munoz (Futuropolis-Gallimard, 144 p., 24€). Avec Le premier homme (272 p., 30€), les deux volumes en coffret (416 p., 54€).
En tournée nationale, d’Albi à Saint-Étienne, Alain Françon propose Les fausses confidences. De l’excellence de la mise en scène à la qualité d’interprétation, une fulgurante plongée dans l’œuvre de Marivaux. Et de se pâmer, aussi, à la beauté de cette langue française du XVIIIème siècle.
Quelle finesse du geste et des déplacements, remarque-t-on d’abord, quelle éloquence et prestance de cette bande de comédiens, se dit-on ensuite, quelle beauté que cet imparfait du subjonctif, pense-t-on enfin, énoncé si naturellement dont collégiens et lycéens du troisième millénaire ignorent les subtilités de langage… Pour conclure, avant même d’avoir finalisé cet article : un chef d’œuvre que ces Fausses confidences dans la mise en scène d’Alain Françon, pressez-vous au théâtre de Brive ou sur les autres lieux de tournée, adultes ou grands enfants, chacun en ressortira content !
Bien sûr, il est encore question d’amour dans cette pièce écrite en 1737, avec Marivaux on ne badine pas de ces choses-là, mais il faut ouvrir grand les yeux pour mesurer les audaces de l’auteur. Ne craignant point de bousculer codes et principes en cette période prérévolutionnaire où germe l’esprit des Lumières : d’une fausse confidence l’autre, ce sont les valets et servantes qui mènent la danse, maîtres et maîtresses pris au piège de leurs subterfuges, la lutte des classes avance masquée sous les pavés royaux… D’autant que le combat féministe s’enracine en la maison de grande bourgeoisie, un vrai conflit de génération lorsque la fille de bonne famille se refuse à un mariage arrangé, préférant les élans du cœur pour un garçon désargenté à la particule et au titre de comtesse ! Que d’aucuns, exégètes plus ou moins patentés et inspirés, n’y voient que bavardage et marivaudage, c’est se voiler la face pour mieux édulcorer le propos du sulfureux Marivaux, minauder sur les tourments amoureux au détriment des querelles de l’esprit, endormir les consciences rebelles à l’ordre dominant !
Dorante éprouve une passion dévorante pour Araminte. Las, sans le sou, conquérir le cœur de la belle est une entreprise fort illusoire ! Par bonheur, Dubois son ancien valet a offert ses services à la dulcinée, deux pieds dans la maisonnée pour mieux tirer les ficelles et conduire son ancien maître à bon port… Ne comptez point sur l’auteur de ces lignes pour vous dévoiler manigances et stratagèmes, vous révéler confidences et rebondissements, soyez assuré que Marivaux manie le suspense avec dextérité pour conclure en beauté : un langoureux baiser entre Araminte et Dorante (alerte à la police des mœurs, c’est la fille qui en a l’initiative !), le retrait du dépôt de plainte intentée par le comte, la mère acariâtre renvoyée à ses confitures…
Pas une minute d’ennui en 1h45 de représentation, du plateau à la salle plaisir et bonheur de jouer sont communicatifs, l’humour est aussi au rendez-vous ! Fervent érudit du théâtre de Marivaux, sans artifice ni fioriture, d’une main de maître Alain Françon conduit sa troupe à l’essentiel : du geste et de la voix, faire vivre le texte plutôt que le jouer ou d’en jouer. Toutes et tous à saluer pour leur prestation de grande classe et haute précision : en particulier Georgia Scalliet en Araminte pétillante d’élégante justesse, Pierre-François Garel en un Dorante amoureux transi et introverti, Dominique Valadié en mère pince-sans-rire et femme d’affaires intéressée, Gilles Privat en un Dubois expert en coups fourrés. Et, cerise sur ce gâteau déjà fort délicieux, la langue, mais quelle langue à savourer, à déguster : une écriture fine et léchée, un phrasé ciselé à pâmer son auditoire. Les fausses confidences ? Un vrai bonheur, vous dis-je ! Yonnel Liégeois, photos Jean-Louis Fernandez
Les fausses confidences : Les 15 et 16/01 à la Scène nationale d’Albi. Du 22 au 26/01 au Théâtre Montansier, Versailles. Les 30 et 31/01 à l’Opéra de Massy. Les 12 et 13/02 au Théâtre Saint-Louis, Pau. Les 25 et 26/02 à la Maison de la culture d’Amiens. Du 04 au 06/03 au Quai, CDN Angers Pays de la Loire. Du 18 au 21/03 au Théâtre du Jeu de Paume, Aix-en-Provence. Du 25 au 29/03 au Théâtre municipal de Caen. Du 02 au 05/04 à Bonlieu, Scène nationale d’Annecy. Du 08 au 11/04 à la Comédie, CDN de Saint-Etienne
De la Cour du roi de Naples à la basse-cour, Emma Dante présente Re chicchinella. Avec cette fantasque poule aux œufs d’or, la metteure en scène italienne poursuit son immersion dans les contes de Giambattista Basile, un auteur du XVIème siècle. De l’humour scatologique pour une leçon de morale authentique.
Chasseurs ou randonneurs de tous poils, attention aux bêtes à plumes ! Le roi de Naples et de Sicile, parmi moult titres et possessions, en sait quelque chose… D’emblée, Chantiers de culture alerte ses lecteurs et leur adresse un sérieux avertissement, même s’ils n’encourent aucune sanction pénale à passer outre : ne laissez point votre ordinateur ouvert inconsidérément, consultez cette page en éloignant les enfants temporairement… Avec le sérieux d’une plume avertie mais non dépourvue d’humour, en réfutant d’emblée l’accusation de complaisance envers les faits divers des plus scabreux, il va vous être narré une étrange et incroyable affaire de cul qui ébranla le trône napolitain en des temps reculés, la formule est de circonstance.
Montaigne, à la même époque, avait déjà donné l’alerte, « si haut que l’on soit placé, on n’est jamais assis que sur son cul ». Las, l’information n’a pas encore franchi les Alpes. Une maxime, en fait, de peu d’importance lorsque c’est la diarrhée qui malmène vos intestins et affole votre arrière-train… En pleine partie de chasse, le roi susnommé s’en trouva fort marri, il fut pris d’une envie pressante. Se croyant pourvu d’une imagination débordante, face à l’imprévu, il usa d’un paquet de plumes, une poule des bois (pas le champignon, délicieux), en moyen torcheculatif. En souvenir des recommandations de Rabelais sans doute, Gargantua prétendant qu’il n’y a pas de meilleur torche-cul qu’un oison bien duveteux, pourvu qu’on lui tienne la tête entre les jambes… Pas offusquée d’un tel comportement, assemblée bariolée de coqs et poulettes, la cour royale s’improvise alors basse-cour autour de son prince qu’elle peut accuser de tous les maux, sauf de poule mouillée. Qui caquète en chœur sur les planches du théâtre de la Colline où s’est temporairement installé le poulailler.
Las, n’ayant point suivi à la lettre les consignes du moine écrivain et expert réputé en médecine hygiéniste, la poule bien vivante s’est confortablement et durablement installée dans le siège du monarque. Lui causant moult douleurs et préjudices, troublant son sommeil et lui interdisant de s’asseoir. Pas de chance donc, il l’a vraiment dans le cul, la poule ne cessant de faire des siennes, surtout des œufs en or, à chaque débordement de ses sphincters. Un trou royal qui se révèle juteux et dégoulinant pactole pour les courtisans. De tout temps, chacun le sait, l’argent n’a pas d’odeur, le grand et regretté dramaturge Michel Vinaver nous en avait offert une succulente version contemporaine avec Par-dessus bord, une affaire de papier cul, une autre affaire de croupion qui, d’un siècle l’autre, peut rapporter gros.
Quand le roi se meurt au terme d’atroces souffrances, d’un battement d’ailes la poule usurpe trône et couronne au grand bonheur des nantis et puissants. Que le pouvoir sombre en pleine merde, peu importe, l’essentiel est ailleurs : assurer l’avenir florissant de leurs entreprises marchandes et de leurs magouilles financières ! Provocatrice, Emma Dante ne recule devant aucun artifice à la mise en images de cette Chicchinella de Giambattista Basile (1583-1632), extraite de son recueil Le conte des contes devenu un classique de la littérature italienne. Masques flamboyants et costumes colorés, humour et rire attestés, chants et danses débridés, dialogues et quiproquos scéniques savamment épicés ouvrent au final un véritable espace poétique au sein de cet univers hautement scatologique. Des flatulences de la Grande bouffe de Marco Ferreri aux chatoyantes images du cinéma de Fellini…
La pièce est servie par de formidables acteurs, Carmine Maringola en tête d’affiche, dont nous avons déjà salué le talent. Quand le rire déborde de la scène à la fosse, pas septique celle-là, quand la provocation s’arrête aux frontières de la vulgarité, les risques sont maîtrisés, même les enfants peuvent s’en délecter ! Yonnel Liégeois
Re Chicchinella, Giambattista Basile et Emma Dante : Du 7 au 29/01, du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30 et le dimanche à 15h30. Les samedi 18 et 25/01, à 17h30 et 20h30. Théâtre de La Colline, 15 rue Malte-Brun, 75020 Paris (Tél. : 01.44.62.52.52).
À vous tous, lectrices et lecteurs au long cours ou d’un jour, en cette époque toujours aussi troublante et troublée, meilleurs vœux pour 2025 ! Que cette année nouvelle soit pour vous un temps privilégié de riches découvertes, coups de cœur et coups de colère, passions et révoltes en tout domaine : social et artistique, culturel ou politique.
Radios et télés le claironnent, l’État est en déficit ! Pas les actionnaires du CAC 40 dont les dividendes s’élèvent à 72 milliards d’euros, ni les grands patrons de l’industrie française dont les profits atteignent 153,6 milliards d’euros pour 2024… Ce ne sont pas quelques communistes ou gauchistes attardés qui révèlent ces chiffres, encore moins deux ou trois écologistes contrariés, juste divers économistes et journalistes de la presse spécialisée. En conséquence, au gré de gouvernants qui valsent plus vite que leur ombre, étoiles filantes qui dégainent au fil du temps et des vents, les décisions s’affichent : faibles augmentations des salaires et des retraites, hausse des étiquettes dans la santé, les transports et les biens essentiels ( électricité et eau), dotations des villes et régions au régime sec.
Les premiers budgets à couler ? Ceux de la culture, de l’enseignement et de la santé… Avec effets immédiats en certaines collectivités ! Christelle Morançais, présidente de la région Pays de Loire et amie d’Édouard Philippe, n’a pas fait dans la dentelle. Un sinistre cadeau de Noël à ses administrés, le 20 décembre : 82 millions d’euros d’économies dès 2025, et 100 millions à l’horizon 2028 ! Les coupes sombres ? Culture, sport et vie associative (4,7 millions d’euros en moins en 2025, -10,59 millions en 2028), enseignement secondaire (– 17,5 millions), formation (– 11,03 millions)… « On nous demande de prendre pour modèle le monde de l’entreprise, en nous traitant d’incapables qui ne savent pas dépenser l’argent public », dénonce Catherine Blondeau, la directrice du Grand T. Lourdes les conséquences, de Saint-Nazaire à Laval, d’Angers à La Roche-sur-Yon : pas moins de 2400 emplois et 43% des structures menacés à court terme !
Rédacteur en chef au quotidien Le Monde, Michel Guerrin le précise dans sa chronique en date du 27 décembre. « Si la présidente de la région Pays de la Loire a fait voter à une large majorité un budget culturel en baisse de 73%, il n’y a pas qu’autour de la Loire que la culture est coupée en morceaux. La baisse va de 20% à 30% en Ile-de-France. Autour de 10% en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Un peu moins en Auvergne-Rhône-Alpes ou en Nouvelle-Aquitaine ». Il n’empêche, « Christelle Morançais fait passer Laurent Wauquier, l’ex-président d’Auvergne-Rhône-Alpes, qui a fortement amputé la culture en 2022, pour un enfant de cœur » !
Co-animateur d’une compagnie théâtrale au Mans, le romancier Daniel Pennac ne décolère pas. « Un tel budget veut tout simplement dire que culture et sport sont du luxe« , commente l’auteur de la saga Malaussène. « Que les théâtres ferment, que les festivals meurent, que les libraires, les acteurs, les techniciens n’aient plus les moyens de travailler et que la musique se taise, nous irons beaucoup mieux, voilà ce que nous dit Christelle Morançais ». Dans une tribune au quotidien Le Monde, le comédien Philippe Torreton ne mâche pas ses mots. « Cette personne insinue en un élan populiste que ne bouderait pas Donald Trump que le monde de la culture ne serait qu’une niche de gens gâtés qu’il serait grand temps de confronter au réel, afin, dixit, qu’ils se réinventent ».
De la beauté du monde à sa compréhension
Des décideurs qui feignent d’ignorer combien l’écosystème culturel rapporte à la nation, avec les emplois qu’il crée, l’activité économique qu’il génère… Selon les calculs de l’Insee et les études du ministère de la Culture, en 2013 les activités culturelles contribuaient sept fois plus au PIB français que l’industrie automobile avec 57,8 milliards d’euros de valeur ajoutée par an ! Plus grave au delà des chiffres, réduire la culture à peau de chagrin, c’est amputer la jeunesse en ses capacités d’agir, de réfléchir et de penser à la beauté du monde, les priver des outils essentiels à la compréhension et à la transformation de leur humanité, réduire tous les citoyens au vil statut d’animal sans conscience… « Tout ce qui dégrade la culture raccourcit les chemins qui mènent à la servitude », déclarait déjà en 1951 Albert Camus, prix Nobel de littérature ! « La société marchande couvre d’or et de privilèges les amuseurs décorés du nom d’artistes et les pousse à toutes les concessions ». Ils sont légion, intellos médiatiques et spécialistes auto-proclamés, à squatter les plateaux télé !
Avec force et vigueur, Chantiers de culture désavoue ces fossoyeurs de l’esprit et leur politique d’austérité. En harmonie avec tous les acteurs de la cité, amoureux des arts et lettres. Fidèle au propos d’Antonin Artaud : « Pas tant défendre une culture dont l’existence n’a jamais sauvé un homme du souci de mieux vivre et d’avoir faim que d’extraire, de ce qu’on appelle la culture, des idées dont la force vivante est identique à celle de la faim », affirmait avec conviction l’écrivain dans Le théâtre et son double. Yonnel Liégeois
À l’annonce de la mort de Gilles Defacque, anonymes et personnalités pleurent sa disparition. Les réactions sont légion. Pour Chantiers de culture, celle de Marie-José Sirach dans les colonnes de L’Humanité, du comédien Jacques Bonnaffé sur les réseaux sociaux, du critique dramatique Jean-Pierre Thibaudat sur Mediapart.
Le trublion touche à tout
Jusqu’au bout, il se sera bagarré contre la maladie. Faut dire que c’était un sacré bagarreur contre la bêtise et la crasse du monde, la grisaille et l’hypocrisie du système. Gilles Defacque mettait du soleil dans nos vies. Nez rouge, en chemise et bretelles, là où il débarquait ça tourneboulait sec. Les punchlines, il en avait plein sa besace, à croire qu’il avait un jardin secret où les cultiver. Mais il était bien plus que ça : c’était un immense poète, un fantaisiste hors pair, un saltimbanque de la trempe des plus grands.
Né en 1945 à Friville-Escarbotin, ça s’invente pas, en Picardie, il a pris la Libération au pied de la lettre. C’est dans une salle de bal-catch-cinéma que tenaient ses parents qu’il grandit. Toujours aux premières loges, il observait les danseurs tournoyer, les matchs de catch, pourtant interdit aux minots, se faufilant entre les fauteuils pour se faire une cinématographie désordonnée et populaire. Lorsque le jeune Picard migre à Lille, il débarque à Wazemmes. Le coup de foudre est immédiat et réciproque : il devient un Ch’ti avec l’accent.
Le Prato comme écrin
Dans la mouvance post-68, il fonde avec une bande de copains le Prato, qui devient l’épicentre d’aventures théâtrales épiques, clownesques et fantaisistes. Beaucoup d’acteurs, de clowns, de musiciens y feront leurs premiers pas. Defacque avait le souci de la formation et de la transmission, alors le Prato ouvrait grand ses portes à celles et ceux qui voulaient se lancer dans l’aventure. Guy Alloucherie et Éric Lacascade, Jean-Michel Soloch et Chantal Lamarre, Howard Buten, Jacques Bonnaffé, Yolande Moreau, Jean Boissery, Tiphaine Raffier, David Bobée ; mais aussi toute une génération de clowns et clownes, Baro d’evel, le cirque Trottola ; des musiciens, William Schotte, Nono, André Minvielle, Bernard Lubat ou la compagnie du Tire-laine, tous sont passés par le Prato, qui est consacré lieu de création, une fabrique de théâtre populaire, un cirque de tous les possibles, avec son festival Au rayon burlesque ou ses bals du dimanche (gratuits).
Gilles Defacque était un clown jusqu’au bout de son nez rouge. Ses écrits, poético-burlesques, ne manquaient ni de piment, ni de sel. La Rentrée littéraire de Gilles Defacque (la Contre Allée, 2014) est un florilège de saillies mordantes et de contrepèteries improbables où Defacque, dans la peau d’un critique littéraire qui aurait « regardé (trop) la télé ou qui aurait dormi (au choix) », invente une liste des 700 livres, rentrée littéraire oblige, avec une règle du jeu : un titre, un résumé et une petite appréciation si possible ou un nom d’éditeur. Cela donne des brèves de conteur, à déguster entre deux fricadelles-frites et une gorgée de bière… Cet été encore, alors qu’il était affaibli par la maladie, Gilles était venu à Uzeste, sur un coup de tête. Il a improvisé, s’autoproclamant maître de cérémonie du concert de la Cie des fifres de Sylvain Roux. Autant dire qu’il leur a cloué le bec, aux fifres !
C’est Patricia Kapusta, sa compagne et complice de cette aventure artistique singulière, qui a annoncé sa mort. De très nombreux artistes ont fait part de leur tristesse et émotion. « Lille et le monde de la poésie perdent un grand artiste », a écrit Martine Aubry, maire de Lille, sur les réseaux sociaux. « Il était plus qu’un artiste. Il a été de tous les combats pour défendre la condition humaine et les conquêtes sociales du XXe siècle. Nous avons partagé tant de ces luttes », a pour sa part déclaré Fabien Roussel, secrétaire national du PCF. Marie-José Sirach
Un clown ne meurt pas !
Le clown est mort. Phrase impossible à dire, qui nous entraîne ailleurs… D’abord un clown ne meurt pas, un clown immense et qui fait le Gilles sa vie durant, un picard natif de Friville Escarbotin venu chanter la Polka des Saisons et les beautés du Mignon Palace à Lille et dans toute la grande région des Hauts de France, et qui lance ses opération de conquêtes aux quatre points cardinaux, devenant festival à lui seul, érigeant des festivals, non ! Un tel dictateur des liesses impénitentes, un tel ogre de sympathie, insatiable buveur des rigolades partagées, ce Gilles n’est pas de ceux dont on peut saluer la sortie de piste comme un vulgaire chef d’état en répétant « Le clown est mort ». Ça sonne faux. Gilles Defacque est là partout, toujours, à toute heure, même sous la grimace de la maladie, ce con, il a réinventé le clown !
Toujours effervescent du désir d’aller bien au-delà du clown et et et…. d’emmener tout le monde avec, tout âge et toutes confessions mêlées, c’est l’esprit Prato, la grande aventure d’une turbulence culturelle à laquelle la région, les métropoles doivent tant. Parce que Gilles ne s’inscrit dans aucune tradition, ne refait pas le clown comme on l’a toujours fait. C’est Protée faisant fête à l’imaginaire, Fellini dans la beauté sans limite des parades de salut, c’est Charlot à Wazemmes (un quartier de Lille, ndlr). Notre affection, nous si nombreux qui l’aimions, fonce au cou des plus proches, sa famille et ses amis de scènes, et à Patricia Kapusta, celle qui a partagé ces années de combat et d’impertinence. Heureux, tellement heureux d’avoir connu un bout de cette aventure. La scène vivante vient de perdre un acteur immense. Jacques Bonnaffé
Les clowns ont la gueule de bois
Gilles Defacque, l’un de leurs princes, est mort. Fer de lance et âme du Prato à Lille, ce « Théâtre international de quartier » unique au monde, Gilles Defacque était un clown sans pareil, un poète, un pourfendeur d’idées reçues, un auteur- metteur en scène généreux, un inventeur de tout avec rien et un formateur infatigable auprès de nombreux artistes en herbe aujourd’hui reconnus. Il en a aujourd’hui fini de « jardiner les possibles ». Jean-Pierre Thibaudat
Les obsèques de Gilles Defacque auront lieu le 6 janvier à 11h, au cimetière de Lille-Est. Une exposition de ses dessins et autres facéties se tiendra au Théâtre du Nord du 17 janvier au 8 février.
Chez Folio Gallimard, dans la collection Biographies, Violaine Heyraud publie celle de Georges Feydeau. La vie et l’œuvre du maître artificier de répliques crevantes au fil d’intrigues subtilement réglées. Mort de la syphilis, délirant en fils de Napoléon III.
On doit à Violaine Heyraud la publication, dans La Pléiade, de 13 pièces de Georges Feydeau (1862-1921),sur les 63 écrites par l’auteur de la Dame de chez Maxim, entre autres succès impayables toujours en vigueur. Spécialiste du vaudeville, elle enseigne à la Sorbonne nouvelle Paris-III. Elle a toute légitimité pour livrer la biographie du rejeton d’Ernest Feydeau, boursier, littérateur (un an avant Madame Bovary, il sort Fanny, roman sur l’adultère), et de la resplendissante Léocadie, née à Varsovie, dont la fidélité sera suspecte aux yeux des contemporains, surtout les frères Goncourt, pires mauvaises langues de l’époque. L’ami Flaubert dit à Ernest : « Ton môme est si beau ». Georges, blond bébé de rêve, deviendra un bel homme à moustache en croc, souvent portraituré par son beau-père, le peintre Carolus Duran.
Violaine Heyraud, pour sa part, dépeint trait pour trait, avec la plus sourcilleuse vraisemblance, l’écrivain d’entière exigence, le mondain cordial non sans froideur, l’amuseur mélancolique, le collectionneur de tableaux et d’objets d’art qui, menant grand train, se retrouve souvent fauché malgré l’engouement foudroyant provoqué par ses œuvres – aux conditions de création parfaitement décrites – de champion du quiproquo, maître artificier de répliques crevantes au fil d’intrigues subtilement réglées comme un moteur à explosion. Sont évoqués, de manière approfondie, les thèmes d’un répertoire fait de titres célèbres, dont le seul énoncé prête à sourire, qu’il s’agisse de Monsieur chasse !, du Dindon, d’Occupe-toi d’Amélie !, de Mais n’te promène donc pas toute nue ! ou de l’Hôtel du libre-échange, en soi un précipité d’économie libidinale de la prétendue Belle Époque.
Georges Feydeau, en son temps, celui de Charcot et du jeune Freud, a donc mis en boîte irrésistiblement la physiologie du mariage esquissée par Balzac. Son univers de tordantes « cocottes », de benêts cocus putatifs, de maris sournois et de domestiques retors, toutes et tous sans exception plongés dans une dinguerie sexuelle inaboutie, met en jeu permanent une comédie humaine sans appel. On se hâte d‘en rire, plutôt que d’en pleurer. Feydeau eut une fin déchirante, grotesque. Sous l’effet de la syphilis au troisième stade, il se croyait fils de Napoléon III, selon une rumeur datant de sa naissance. Il perdit la tête dans une maison de santé de la Malmaison, ex-propriété de Joséphine de Beauharnais. Il meurt en 1921, à l’âge de 58 ans. Jean-Pierre Léonardini
Georges Feydeau, de Violaine Heyraud : Folio « Biographies », avec de nombreuses illustrations (352 p., 10€40).
La nouvelle est tombée : le 28 décembre, Gilles Defacque nous a quittés. Clown, poète et comédien, l’ancien directeur du Prato de Lille (59) a définitivement déserté les planches. Avec lui, pas de querelles de voisinage, cirque, théâtre et musique faisaient bon ménage ! Amoureux de Beckett, il a ouvert la piste aux grands textes, le nez rouge célébrant ses noces avec la scène contemporaine. Du rouge au noir, le rideau est tombé. Ultime hommage à l’immense artiste, Chantiers de culture publie l’article qu’il lui consacrait en 2018 à la création d’On aura pas le temps de tout dire au festival d’Avignon. Yonnel Liégeois
En piste, entrez l’artiste…
Directeur du Prato, cet étonnant Théâtre International de Quartier sis à Lille, Gilles Defacque entre en piste à La Manufacture d’Avignon. Le clown, poète et comédien s’excusant au préalable, puisque On aura pas le temps de tout dire ! Le récit d’une vie consacrée aux arts de la scène, contée avec humour et sensibilité, entre confidences retenues et passions partagées.
Une chaise, un bandonéon, une partition, sans les moustaches une tête à la Keaton… Il s’avance dans la pénombre, hésitant et comme s’excusant déjà d’être là, lui l’ancien prof de lettres devenu bateleur professionnel, surtout passeur de mots et de convictions pour toute une génération de comédiens ! Rêve ou réalité ? Il faut bien y croire et se rendre à l’évidence, pour une fois le passionné de Beckett n’a pas rendez-vous avec l’absurde, c’est bien lui tout seul qui squatte la piste et déroule quelques instantanés de vie sous les projecteurs… Comme un gamin, Eva Vallejo, la metteure en scène et complice de longue date, l’a pris par la main et Bruno Soulier, aux manettes de l’acoustique, l’accompagne en musique.
Un Gilles des temps modernes
Pas de leçon de choses ou de morale avec Defacque, il fait spectacle du spectacle de sa vie. Comme entre amis, sans jamais se prendre au sérieux mais toujours avec panache et sens du goût. Goût du verbe poétique, de la gestuelle sans esbroufe, du mot placé juste, de l’humour en sus, le sens profond du spectacle sans chercher le spectaculaire : simple ne veut pas dire simpliste, poétique soporifique, autobiographique nombrilistique. Un garçon bien que ce Gilles des temps modernes, plutôt Pierrot lunaire qui nous fait du bien, de sa vie à la nôtre, jouant du particulier pour nous faire naviguer jusqu’aux berges de l’universel : comme lui, croire en ses rêves, vivre de ses passions, sur scène pour quelques-uns et d’autres rives pour beaucoup…
Mes amours, mes succès, le désespoir et les heures de gloire… Éphémères peut-être mais des temps si précieux quand le plaisir de la représentation allume ou embrume l’œil du spectateur, d’aucuns l’ont chanté bien avant lui, il le déclame en un talentueux pot-pourri : les débuts de galère en Avignon, « M’man, peux-tu m’envoyer un petit bifton ? », la salle presque vide mais la tête pleine d’espoir puisque le copain a dit qu’il connaît une personne qui lui a dit « qu’elle allait parler du spectacle à une autre qu’elle connait et qui m’a dit que cette personne pouvait connaître quelqu’un que ça pourrait intéresser ».
Il est ainsi Defacque, une bête de cirque qui se la joue beau jeu, habitué depuis des décennies à braver tempêtes et galères, ours mal léché mais jamais rassasié de grands textes ou autres loufoqueries qui font sens, pour que rayonne sa belle antre internationale de quartier ! Le Prato? Majestueuse, une ancienne manufacture de textile où l’on sait ce que veut dire remettre l’ouvrage sur le métier. Le poète a dit la vérité, le clown aussi, allez-y voir, il n’est pas encore mort ce soir ! (même s’il n’avait pas eu le temps de tout dire, en 2018, ndlr…) Yonnel Liégeois
À lire :Le Prato, un théâtre international de quartier (éd. Invenit, 25€). « Il fallait bien un beau livre, avec des photos, en couleurs, en noir et blanc, des dessins et des textes en toute liberté pour raconter, consigner l’aventure du Prato. Une aventure d’un demi-siècle commencée par un saltimbanque à la langue bien pendue, avec ou sans nez rouge, capable de jouer des classiques et des pas classiques, d’improviser à tout va, de danser, de sauter, de pirouetter, de se pendre aux rideaux et parfois même de grimper aux rideaux. Gilles Defacque, c’est son nom, est né dans une salle de bal-catch-cinéma que tenaient ses parents, en Picardie. On peut affirmer que, à l’instar d’Obélix, il est tombé dans la marmite du music-hall dès l’enfance. Mais c’est là leur seul point commun ». Marie-José Sirach
À voir : Un portrait de Gilles Defacque et du Prato. Par Gwenola David et Yannic Mancel, avec documents sur les 40 années d’histoires, vidéos de spectacles et de présentation du Prato, dossiers de spectacles, livrets de créations… Un documentaire « HORS-PISTE Gilles Defacque et le Théâtre du Prato », de Pierre Verdez en partenariat avec le CNC.
À visiter :Du 17/01/25 au 08/02/25, une exposition au Théâtre du Nord : Aujourd’hui c’est mon anniversaire ! « Pour l’exposition tu leur diras bien, tu leur expliqueras bien que c’est pas morbide, bien sûr il y a l’hôpital, il y a la mort, mais c’est le processus créatif qui ne peut pas s’arrêter. C’est pas morbide. C’est pas un hommage ». Gilles Defacque
« Gilles nous a quittés, (…) mais il n’a pas dit son dernier mot. Depuis sa chambre d’hôpital, il n’a cessé d’écrire des poèmes, de dessiner, de se filmer, de faire des photos, dans le but de proposer cette dernière exposition (enfin, qui sait, avec lui), comme un pied de nez à la mort elle-même ». Le Théâtre du Nord