Archives de Catégorie: Les flashs de Gérald

Stéphanie Tesson, en pleine tempête

Jusqu’au 13/07, au Théâtre de Poche (75), Stéphanie Tesson propose La tempête. La pièce de William Shakespeare, écrite il y a plus de 400 ans, et toujours à l’affiche de nombreux théâtres… Une Tempête rafraîchissante, entre légèreté et spontanéité.

À la toute fin de cette pièce de William Shakespeare, donnée pour la première fois en 1611, Prospero demande au public de frapper dans ses mains. Ainsi, les applaudissements permettent au duc de Milan de dissiper pour toujours les pouvoirs magiques qu’il possédait, redevenant alors un simple mortel. Au petit jour, il reprendra la mer sur des flots apaisés pour rejoindre son pays. La Tempête est l’une des comédies les plus connues de l’auteur considéré aujourd’hui comme l’un des plus grands dramaturges de langue anglaise. Avec à son actif 39 pièces comme Le songe d’une nuit d’été, Hamlet ou encore Beaucoup de bruit pour rien, des sonnets et des poèmes.

L’histoire, pour résumer, est la suivante. Voilà douze années, Prospero, régnant sur le duché de Milan, a été chassé du trône par son frère Antonio. Le souverain déchu est alors exilé sur une île lointaine, avec sa fille Miranda, âgée de trois ans. Le voyage aurait pu les conduire à la mort, si un certain Gonzalo, conseiller du roi de Naples, ne leur avait pas fourni des vivres, des livres et des vêtements… Débarquant sur une île où vivent quelques démons, Propéro poursuit ses expériences scientifiques avec l’aide d’un esprit volatil, Ariel. Ce dernier, libéré du tronc d’un arbre où il avait été enfermé par feue la sorcière Sycorax, entre à son service. L’envouteuse laissa aussi sur place un rejeton, Caliban, sorte de monstre aux petits pieds, désormais contraint de travailler pour Prospero.

Simplicité et spontanéité, élégance et légèreté

Stéphanie Tesson, qui a pris la succession de son père à la direction du Poche Montparnasse, a traduit et mis en scène cette « Tempête », assistée par Elsa Goulley. « Notre mot d’ordre est la simplicité et la spontanéité » dit-elle, justifiant l’absence de décor, si ce n’est un ciel vaguement nuageux. L’essentiel repose en effet sur l’interprétation de cette histoire fantastique, magique et drôle. Pierre Val est un imposant et malicieux Prospero, avec Marguerite Danguy des Déserts en Ariel. Quentin Kelberine et Aurélien Palmer se partagent plusieurs rôles pendant que Gérard Bonnet prête sa voix à l’aventure. Sans oublier Jean Dudant qui est dans un même mouvement Miranda et Antonio, le roi de Naples. Avec juste un modeste changement de costume selon le personnage, le jeune comédien réussit ce tour de force avec élégance et légèreté.

Créée en juin dernier à Versailles, lors du 28e « Mois Molière », cette Tempête rafraîchissante bénéficie aussi des arrangements musicaux signés Emmanuelle Huteau. Avec des airs connus comme le célébrissime « What power art thou, king Arthur » de Henry Purcell. Elle est à l’affiche du Poche jusqu’à mi-juillet. Elle y reviendra à compter du 29/08. Histoire de prendre le large en méditant sur ces vers : « certains ont été repêchés par le destin pour jouer une pièce, dont le passé est le prologue, et dont la suite nous appartient ». Gérald Rossi

La tempête, Stéphanie Tesson : Jusqu’au 13/07, du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 17h. Théâtre de Poche, 75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris (Tél. : 01.45.44.50.21).

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Cléanthis et Arlequin, aux commandes !

Jusqu’au 02/06, au théâtre du Lucernaire (75), Stephen Szekely met en scène l’Île des esclaves de Marivaux. Dans une ambiance qui emprunte à la commedia dell’arte et au théâtre de tréteaux, une pièce sur le pouvoir à l’heure de la domination brutale des puissants.

D’abord, le bruit des vagues se fait entendre, puis des jambes, des bras apparaissent dans une sorte de ballet (la chorégraphie est de Sophie Meary). Sur la plage sont ainsi échoués quelques corps. Principalement ceux d’Arlequin (Barthélemy Guillemard) et d’Iphicrate (Lucas Lecointe). Le premier est valet du second. Apparaissent ensuite Cléanthis (Lyse Moyroud) et Euphrosine (Marie Lonjaret), pareillement servante et maîtresse. Ainsi débute l’Île des esclaves, pièce que Marivaux rendit publique en 1727, alors que la France était un empire esclavagiste redouté dans les Antilles et que la traite des Noirs était en expansion.

Le texte est incontestablement celui d’une comédie, mais il est marqué par ce contexte social et politique. De son vivant, Marivaux – qui était aussi romancier et journaliste – n’a connu pour ses nombreux écrits de théâtre que des succès relatifs. Il est aujourd’hui devenu un des classiques incontournables et se place cinquième parmi les dramaturges les plus joués par la Comédie-Française. La mise en scène de Stephen Szekely (avec la jolie scénographie de Juliette Chapuis), fait tenir toute l’intrigue de cette courte pièce en une heure et dix minutes. Dans une ambiance qui emprunte à la commedia dell’arte et au théâtre de tréteaux, où le mouvement fait part égale au texte. Le nom d’Arlequin y invite d’ailleurs, car il en est un des personnages types. Pas de décor mais seulement des rideaux qui figurent la plage, le village ou le lointain. Un espace dans lequel les jeunes comédiens se démènent avec conviction.

Retourner à Athènes

Après le naufrage de leur navire au large d’Athènes, où ils espèrent bien tous retourner un jour, les quatre survivants (qui soit dit en passant ne se soucient guère du sort des disparus ou des autres survivants éventuels) découvrent qu’ils sont sur l’île des esclaves, commandée par le généreux, mais pas toujours subtil, Trivelin (en alternance Laurent Cazanave ou Michaël Pothlichet). Un Trivelin qui joue du banjo (ambiance sonore et musicale de Michaël Pothlichet). Marivaux a fait de cette île imaginaire un lieu où les maîtres deviennent valets et les valets maîtres. Ce qui occasionne, on s’en doute, quelques belles scènes. La règle veut qu’au bout de trois années, les méchants patrons, usant jusque-là bien plus souvent du bâton et de l’insulte plutôt que de leur jugeote, aient compris qu’un comportement plus humain sera profitable à tous.

Marivaux, né Pierre Carlet (1688-1763), est souvent associé au « marivaudage », que l’on peut traduire par l’échange de « propos galants et raffinés ». Idée que l’on retrouve dans la plupart de ses textes, mais à dose modeste dans la quinzaine de « comédies morales » qu’il a laissées, et dont l’Île des esclaves fait partie. S’il s’est volontairement tenu à l’écart des philosophes de son époque (la Révolution française bouillonnera quelques dizaines d’années plus tard), l’auteur n’a jamais écarté les sujets sociaux et, à sa manière, il a participé à l’évolution des idées. Clin d’œil de l’histoire, en 1742, Marivaux est élu à l’Académie française dans le fauteuil que convoitait Voltaire… Gérald Rossi

L’île des esclaves, Stephen Szekely : Jusqu’au 02/06, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 17h. Théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris (Rens. : 01.45.44.57.34).

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Nicolas Bouchaud, le marcheur

Quatorze ans après sa création, jusqu’au 29/05 au Théâtre de la Bastille (75), Nicolas Bouchaud reprend la Loi du marcheur. Comme le fit Serge Daney en son temps, le comédien démontre que le pouvoir des images est toujours en progression.

Quatorze ans plus tard, l’image vibre toujours. Depuis la création de la Loi du marcheurmise en scène par Éric Didry, ce projet de Nicolas Bouchaud, qu’il interprète seul en scène, n’a cessé d’être à l’affiche« En 2010, je m’étais dit que cela allait intéresser quelques cinéphiles et puis qu’on arrêterait. Or, c’est un spectacle qu’on a joué énormément », explique le comédien. Amoureux du cinéma lui-même, il avait la volonté de faire partager cette passion singulière ; à travers le personnage, la pensée, la réflexion d’un autre amoureux du 7e art, le critique Serge Daney, qui, dans Itinéraire d’un ciné-fils, se confiait à Régis Debray, dans une réalisation de Pierre-André Boutang et Dominique Rabourdin.

Pas une imitation de Serge Daney

Sur la scène, à partir de ce film documentaire, Nicolas Bouchaud incarne le critique qui a écrit pendant dix ans dans les colonnes de Libérationdirigea la rédaction des Cahiers du cinéma (de 1974 à 1981), fonda en 1991 une autre revue : Trafic. Mais pas question pour le comédien d’imiter Daney, de coiffer sa casquette, de se déguiser. Quelques tics de langage suffiront. Place aux idées. Avec le public pris à témoin, comme un confident. Cette même assistance est plus tard invitée à participer – un peu – au récit, mais c’est anecdotique. Devant un écran penché, avec quelques accessoires, comme une chaise, un micro et un magnétophone, utilisés quelques minutes seulement, il s’agit de donner à réfléchir, sans imposer de point de vue. Du moins pas directement. Même si les choix du critique sont sans équivoque. Il a ses réalisateurs favoris, par exemple Cavalier, Demy, Duras, Assayas, Godard, Rohmer…

Serge Daney, mort du sida en 1992 à 48 ans, s’est toujours considéré comme un « passeur ». C’est d’ailleurs ce qui ressort largement de ses propos. C’est cette parole qu’utilise Nicolas Bouchaud, offrant au personnage qu’il incarne toute sa part d’interrogations, de convictions et d’humanité. Avec ses inquiétudes franches elles aussi, quand il pointe, en 1992, « le retour d’une France moisie, voire vichyssoise ». Des fragments de Rio Bravo, avec entre autres « géants » John Wayne dans la peau du shérif, réalisé en 1959 par Howard Hawks, sont projetés. En VO, comme une matière brute.

Rio Bravo, la part d’enfance

Ce n’est pas un hasard. « Voilà un film qui a regardé mon enfance », disait Daney. Il y a consacré son premier article de journaliste. « Je l’ai vu plusieurs fois, il a été (pour moi aussi) fondateur, formateur. Cette part de l’enfance est très importante dans les métiers que l’on fait », complète Bouchaud. Devant l’écran, le comédien entre dans l’image, dans le récit, essuie à son tour des coups, puis rejoue les séquences, avec, alors, pour seul appui la bande-son. Travail de virtuose.

Dans les années 1990, Serge Daney s’interroge aussi beaucoup sur le pouvoir des images de la télévision, et celui des écrans qui commencent à envahir le paysage. Tout en affirmant que « le cinéma a la capacité de témoigner sur des événements historiques fondamentaux ». De quoi concerner bien au-delà d’un cercle plus ou moins élargi de cinéphiles ou d’amateurs de westerns. Gérald Rossi, photos Brigitte Enguérand

La loi du marcheur, Nicolas Bouchaud : Jusqu’au 29/05, 20h jusqu’au 28 mai, 21h le 29 mai, 18h30 les samedis. Théâtre de la Bastille, 76 rue de la Roquette, 75011 Paris (Tél. : 01.43.57.42.14).

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Dans ton cœur, un amour aérien

Jusqu’au 26/05, au théâtre du Rond-Point (75), Pierre Guillois met en scène Dans ton cœur. Les circassiens de la compagnie Akoreacro proposent une étonnante aventure associant rire, poésie et biceps.

Ils ont l’art et la manière d’en dire beaucoup… sans un mot. Non pas que les artistes de la compagnie Akoreacro ne soient pas pourvus de la parole articulée, mais sous leur habituel chapiteau de cirque, ils s’expriment le plus souvent par le geste. Cette fois, ils ont investi un théâtre, celui du Rond-Point, à Paris, et pour cela ont remis sur le chantier leur spectacle créé en 2018 à la maison de la culture de Bourges. Pierre Guillois, le metteur en scène, est aussi un habitué des dialogues sans paroles. Ses derniers succès, Bigre et Les gros patinent bien, cabaret de carton, en collaboration avec Olivier Martin-Salvan, en ont fait la preuve.

Dans ton cœur ne parle donc guère, mais c’est pourtant une belle histoire d’amour. Prudent, Pierre Guillois a pris soin de préciser que « le théâtre semble bien démuni devant tant de performances, et ces gymnastes superbes n’ont guère besoin d’alliés pour briller. Ils portent en eux déjà la force et la grâce ». Mais la rencontre entre les deux formes d’art peut aussi faire des étincelles. C’est le cas ici. Tout commence par une nuit d’orage fantastique, quelque part dans une quelconque ville. Pendant que les fauteuils de la salle tremblent sous les coups du tonnerre, Elle et Lui (les voltigeurs Manon Rouillard et Antonio Segura Lizan) se rencontrent. C’est le début d’une sarabande extraordinaire qui ne s’arrêtera qu’au final, plus d’une heure après.

Juchée sur le réfrigérateur

Les autres acrobates de la troupe, Romain Vigier, Maxime Solé, Basile Narcy, Maxime La Sala, Pedro Consciência (ou Tom Bruyas), Joan Ramon, Graell Gabriel, loin de jouer les utilités, comme l’on dit des soubrettes du théâtre « de boulevard », composent tout un petit peuple qui réalise des numéros de haut vol. C’est le cas de le dire, tant ils glissent dans l’espace, avec une grâce magique. Partie intégrante du spectacle, on soulignera la partition jouée en direct, et avec autant de bonne humeur, par Stephen Harrison (contrebasse), Gaël Guelat (batterie, percussions, guitare), Robin Mora (saxophone), Johann Chauveau (clavier, flûte). Si Elle et Lui s’envoient en l’air dans un ballet des plus aériens, précisons-le, ils n’en conçoivent pas moins un bébé, puis deux, dans cette féerie ménagère improbable mais d’une efficacité et d’une drôlerie à couper le souffle. Tous participent à l’aménagement de la maison. L’installation de l’électroménager est à lui seul une perle de drôlerie réglée au millimètre près. L’art de la piste est respecté.

Lorsqu’Elle dit (il y a quelques dialogues, quand même !) pour expliquer qu’elle répare le branchement du réfrigérateur, « Je suis dessus », il faut comprendre qu’elle est juchée sur l’appareil dont elle va s’élancer… sans jamais toucher le sol directement. Puis c’est la vie du couple, l’ordinaire, les lessives, et il y a toujours une chaussette rouge qui traîne quelque part. Avec cette légèreté des vrais costauds, Dans ton cœur est une aventure aussi extravagante que poétique. Comme un soleil imprévu faisant sa place dans un temps gris et fade. Gérald Rossi

Dans ton cœur, Pierre Guillois et la compagnie Akoreacro : Jusqu’au 26/05. Lundi, mercredi, jeudi et vendredi, 20h30 – Samedi, 19h30 – Dimanche, 15h. Théâtre du Rond-Point, 2bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris (Tél. : 01.44.95.98.21).

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Zazie, l’effrontée du métro

Du Havre (76) à Liège (Belgique), puis d’Antibes (06) à Fribourg (Suisse), Zabou Breitman redonne du peps à Zazie dans le métro. Une mise en scène, façon comédie musicale, de l’œuvre truculente et drôle de Raymond Queneau, parue en 1959 chez Gallimard.

Pas de chance. Elle se faisait une fête de prendre le métro, pour une fois qu’elle venait à Paris. Mais « y a grève », explique son tonton Gabriel. « Ah les salauds, ah les vaches, me faire ça à moi », réplique la jeune demoiselle aux longues nattes, dépitée. Elle n’a pas la langue dans sa poche, cette donzelle délurée comme pas un. Et c’est ainsi que débute Zazie dans le métro, œuvre sensible, drôle et malicieuse que Raymond Queneau publia en 1959 chez Gallimard. Ce roman très dialogué qui associe sous ses aspects fantasques quelques belles matières à penser sur le genre, les bonnes manières, la domination des mâles, et en même temps les évolutions de la société, est certes un peu daté. D’ailleurs, on ne côtoie plus guère aujourd’hui – et c’est dommage – cet écrivain, poète et dramaturge.

Zazie dans le métro fut son premier succès populaire. Sorti en 1960 avec entre autres Philippe Noiret, le film de Louis Malle y contribua incontestablement. Cette fois, c’est Zabou Breitman qui s’y attelle. La metteure en scène a non seulement adapté le texte, mais elle l’a porté sur le plateau d’une comédie musicale. L’idée est excellente, il faut le souligner : Zazie redevient moderne, pleine de vie et de joie de vivre. Du haut de ses 10 ou 12 ans, la gamine rencontre le petit monde d’un Paris qui marie poésie et quotidien des hommes et des femmes qui peuplent avec modestie la ville magique. Et elle n’a rien perdu de la verdeur de son langage.

Grossière, jamais vulgaire

Pour autant, « elle peut être grossière, jamais elle n’est vulgaire », souligne Zabou Breitman, à qui l’on doit aussi l’écriture des chansons, lesquelles sont bien façonnées, dans le jus des années soixante, ce qui rend l’ensemble limpide et permet de suivre le déroulé et les méandres de l’intrigue. Reinhardt Wagner a composé des musiques souvent jazzy, douces aux oreilles actuelles tout en conservant un parfum des chansons réalistes d’alors. Autrement dit, cette belle adaptation n’a pas un seul moment imaginé s’arrimer à quelques musiques actuelles. C’est tant mieux. Cette Zazie, découverte le soir de sa première à la maison de la culture d’Amiens, a conquis haut la main son public de plusieurs centaines de personnes, de tous les âges et tous les sexes.

Sur la scène, à demi dissimulés et encadrant un décor mobile représentant le plus souvent des quartiers de la capitale, voilà les musiciens Fred Fall, Ghislain Hervet, Ambre Tamagna, Maritsa Ney, Scott Taylor et Nicholas Thomas, qui méritent d’être salués. Tout autant que les comédiens chanteurs, Franck Vincent (Tonton Gabriel), Gilles Vajou, Fabrice Pillet
, Jean Fürst, Delphine Gardin, Catherine Arondel, sans oublier Zazie, autrement dit Alexandra Datman. Cette dernière ne manquera pas de répliquer, si l’on fait un peu trop de bruit : « Alors quoi, merde, on peut plus dormir ? » Surtout, elle cherchera à comprendre les histoires et autres aventures que vivent les grandes personnes. Mais attention, si chez Queneau on se marre, il faut toujours regarder ce qui se cache derrière les mots.

Histoires de grandes personnes

La pièce démarre sur l’odeur que véhiculent les voyageurs dès le matin dans les gares parisiennes, mais il est rappelé, en lever de rideau, que « dans le journal, on dit qu’il y a pas onze pour cent des appartements à Paris qui ont des salles de bains, en 1959 ». La critique sociale est claire. Par chance, Tonton se parfume avec « Barbouze de chez Fior », c’est, dit-il, « un parfum d’homme ». Son pote Charles fait le taxi, un boulot de mec, tout comme le sien d’ailleurs, Tonton se dit veilleur de nuit. D’ailleurs, il quitte le domicile et sa Marceline d’épouse tous les soirs pour aller au chagrin. Mais Marceline, qui n’est autre, finalement, que Marcel, n’ignore rien de son véritable turbin. Tonton Gabriel danse dans un cabaret travesti. Alors Zazie insiste : « Tonton Gabriel, tu m’as pas encore espliqué si tu étais un hormosessuel ou pas. Réponds donc. » Ceci dit dans la plus normale des normalités.

Et pour l’époque, ce n’est pas rien. Plus de soixante ans après, les droits des personnes LGBTQIA +, comme l’on ne disait pas à l’époque de Raymond Queneau, subissent toujours en France et plus rudement encore dans certaines parties du monde une violence qui s’affiche publiquement. Finalement, la gamine repartira avec sa « manman » par « le train de six heures soixante ». Après avoir remis quelques pendules à l’heure. Ça fait du bien. Gérald Rossi

Zazie dans le métro, Zabou Breitman : les 3 et 4/04 au Havre, du 10 au 13/04 à Liège (Belgique), du 16 au 18/04 à Antibes. Ensuite Fribourg (Suisse), Anglet, La Rochelle, Villeurbanne… L’ouvrage est disponible chez Folio-Gallimard.

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Krach, l’effondrement de la société

Jusqu’au 31/03, au Théâtre Mouffetard (75), Emma Utges et sa compagnie de marionnettes proposent Krach !. Pour dénoncer, sur un texte de Simon Grangeat, les dégâts humains produits par la crise économique.

Ambiance bouts de ficelles. Tout commence par des chansons qui s’échappent d’un électrophone. Sur un coin de la scène, cette machine qui fonctionne avec des disques vinyles 45 tours donne le ton. Un peu plus loin, un escabeau et quelques planches, puis des sacs en papier brun émergent de la pénombre et complètent ce décor bancal. Et voulu ainsi. « Krach !, c’est le bruit que fait une crise économique, mais aussi celle que fait une société qui s’effondre », explique la compagnie M.A. crée en 2010 par la marionnettiste Emma Utges. Depuis 2017, conventionnée par la ville de Lyon, M.A. dirige le fameux Théâtre Guignol. Né là en 1808, et particulièrement destiné aux adultes, ce dernier n’a jamais été avare d’une critique souvent virulente de la société. Le spectacle présenté actuellement au Mouffetard, Centre national de la marionnette, s’inscrit dans cette veine.

Dans cet univers fait de petits riens, Emma Utges est accompagnée par le comédien Christophe Mirabel, et le musicien Patrick Guillot à l’accordéon et aux bruitages. La mise en scène est de Nicolas Ramond. Dans une suite de saynètes souvent très drôles, des marionnettes de mousse et de chiffon symbolisent tous les personnages évoqués en une petite heure. Défilent ainsi, façon de dire, « des personnes qui n’ont commis aucun délit mais enfermées parce qu’étrangères » ou encore les hommes et femmes qui sont morts au travail sur un chantier ou ailleurs. Voilà encore les étudiants sans logement priés de cesser d’étudier…

Du jus de pauvre

De la sorte, Krach ! dénonce « notre monde (qui) marche sur la tête ». « La parodie dégage les rouages d’une machine à broyer les plus vulnérables, le rire grinçant sert d’aiguillon contre l’acceptation du pire et le sentiment de fatalité », commentent Emma Utges et ses complices. Regrettant même un manque d’engagement contre « les dérives du capitalisme ». Et pour se faire bien entendre, les personnages confectionnent en direct du « jus de pauvre » mélangeant dans un robot de cuisine divers « ingrédients » humains (en réalité, fruits et légumes) à boire pour prendre des forces. Vive Guignol ! Gérald Rossi

Krach !, Emma Utges et Nicolas Ramond : Jusqu’au 31/03, les jeudi et vendredi à 20h, le samedi à 18h et le dimanche à 17h. Théâtre Mouffetard, 73 rue Mouffetard, 75005 Paris (Tél. : 01.84.79.44.44). Le 04/05, à Bridas (près de Lyon).

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Madani, un dramaturge incandescent !

Jusqu’au 31/03, au théâtre de La tempête (75), Ahmed Madani met en scène Incandescences., Après Illumination(s) et F(l)ammes montées avec des jeunes des quartiers, une pièce qui clôt sa trilogie. Pour faire entendre la parole d’une jeunesse rarement entendue.

Ahmed Madani fête son anniversaire sur les planches. Auteur et metteur en scène, il est né en mars 1952, au bord de la Méditerranée, à Remchi, ville d’Algérie. Psychothérapeute de formation, il s’est vite tourné vers l’art dramatique. Hasard du calendrier, il propose jusqu’à la fin du mois de mars, au Théâtre de la Tempête, la reprise d’une de ses dernières pièces, Incandescences, créée en 2021, en pleine crise du Covid. C’est le dernier volet d’une trilogie intitulée Face à leur destin. Après Illumination(s), en 2012, puis F (l) ammes en 2016, Incandescences mêle, comme les deux autres volets, une dizaine de jeunes garçons et filles (les deux premiers n’étaient pas mixtes) non professionnels du spectacle, au départ, et qui se sont lancés dans l’aventure.

Quelques-uns, depuis, sont devenus comédiens, ont obtenu des rôles au théâtre ou dans des téléfilms, se sont inscrits à des cours d’art dramatique, et d’autres sont retournés « à leur vie d’avant ». Mais aucun n’oubliera sans doute les deux ou trois années pendant lesquelles ils ont vécu cette expérience. Il s’agit, explique Ahmed Madani, « de faire entendre la parole d’une jeunesse rarement entendue ». Une parole qui va fouiller jusque dans le secret de chacun, qui met en lumière la vie en famille, à l’école, mais aussi la vie intime, le sexe, les amours, les interdits, la religion, les violences, etc. Sans filtre, sinon celui du théâtre. De fait, sur la scène d’Incandescences et des autres volets construits sur le même principe, tout est vrai et tout est faux en même temps.

« Je me suis plantée dans l’éducation de mes enfants »

Le dramaturge et metteur en scène utilise la matière brute de nombreuses heures d’entretien, presque de confession, pour écrire ensuite les dialogues de chaque pièce. Cette parole libre de dizaines de jeunes est le matériau de base recueilli par Ahmed Madani dans des banlieues populaires. Incandescences, comme la plupart des pièces d’Ahmed Madani, est publiée chez Actes Sud-Papiers, et à l’École des loisirs pour les textes jeunesse. L’auteur est prolixe. À la question de savoir s’il ralentit parfois, il répond par un sourire. Et son regard perçant en dit plus long encore. Sa trilogie pas encore remisée aux archives, voilà que d’autres projets sont en route. Avec au commencement le même principe de rencontre dans tel ou tel secteur. Et un rendu théâtral qui fait mouche. Ainsi, lors d’un « bord plateau », une rencontre avec le public à l’issue d’une représentation d’Incandescences, « Je suis bouleversée. J’ai tout écouté, regardé », s’est écrié une mère, « et j’ai compris combien je me suis plantée dans l‘éducation de mes enfants. Je m’en veux tellement« . Preuve, s’il est besoin, de la charge émotionnelle produite par ces spectacles.

La prochaine pièce, intitulée Entrée des artistes, sera, elle, présentée dans le off d’Avignon, cet été, chez Alain Timar, dans son fameux Théâtre des Halles. Sur la scène, ce seront cette fois des comédiens professionnels, tous jeunes, et issus des Teintureries, l’école supérieure de théâtre de Lausanne, en Suisse, qui baisse définitivement le rideau après vingt-sept années d’existence. Ahmed Madani a suivi sa ligne de conduite : écrire le texte à partir du récit des comédiens, avec cette fois une question essentielle : « pourquoi voulez-vous faire du théâtre, comment expliquez-vous ce besoin vital pour certains de se retrouver face à un public ? »

L’engagement comme fil rouge

C’est une question plus sociale encore qui fera l’objet de la création annoncée pour 2025. Et dont le titre pourrait être Nous, les minuscules. Cette fois, la base de l’écriture des dialogues se nourrira de rencontres (menées dans tout le pays) avec des anonymes qui, par exemple, donnent de leur temps aux Restos du cœur ou vont réconforter les plus démunis dans les nuits glacées de l’hiver. Il sera aussi question de gilets jaunes descendant dans la rue pour dire que la vie n’est plus possible, de syndicalistes toujours sur la brèche, d’hommes et de femmes qui nuitamment s’opposent à une chasse à courre et de bien d’autres choses encore. Avec un fil rouge : « Qu’est-ce qui les pousse à s’engager ainsi, anonymement, gratuitement, uniquement pour défendre son semblable, le collectif, l’environnement, le vivre-ensemble… ».

Il le reconnaît en riant, Ahmed Madani, il y a presque une part d’égoïsme dans cette aventure. Parce que « c’est à la fois dans cette boîte noire qu’est une scène de théâtre et face à une page blanche que je suis le plus heureux, que je me sens le plus chez moi ». Par chance, la porte est toujours ouverte. Gérald Rossi

Incandescences, mise en scène Ahmed Madani : Jusqu’au 31/03, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h. Théâtre de La tempête, la Cartoucherie, Route du Champ de manœuvre, 75012 Paris (Tél. : 01.43.28.36.36).

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Chirac, entre histoire et démagogie

Jusqu’au 27/04, au Théâtre de la Contrescarpe (75), Régis Vlachos propose Jacques et Chirac. Un portrait drôle et sans concession de celui qui fut président de la République de 1995 à 2007. Au cœur de coups bas et de trahisons célèbres !

Tel un diable, un génie, un pantin inquiétant qui surgirait de sa boîte, il s’élance vers le public, serrant des mains encore et encore « Bonjour, bonjour, je suis Jacques Chirac ! » s’écrie-t-il. Le bonhomme a tout du bateleur de foire. Il marque, à cette heure, son territoire en terre corrézienne. Au départ, avec ses maigres racines dans cette région du Centre, il patauge. Mais il y croit. Il est sympa, il s’accroche et ça marche. Il se souvient qu’enfant, il y venait en vacances avec sa mère. Un jour, elle l’empêche d’aller jouer avec son copain Henri, lui expliquant que si « son papa a une ferme, le tien a une banque » ! Cela change tout.

Au théâtre, Régis Vlachos, cheveux gominés, sourire carnassier et cravate, a endossé le costume. Avec Marc Pistolesi, qui signe la mise en scène, et Charlotte Zotto, à qui on doit aussi l’adaptation, il déroule cette farce tragique. Sur un rythme soutenu, avec des gags imprévus, une judicieuse utilisation de la télévision, Jacques et Chiracqui a triomphé au Festival d’Avignon off, s’est vu décerner, le 27 janvier, le prix éthique de l’association Anticor, laquelle veut « lutter contre la corruption et rétablir » de la morale en politique. Un vaste chantier.

Trahisons devenues célèbres

Régis Vlachos, à travers de nombreuses anecdotes, replace le personnage dans son époque. Celle de Marcel Dassault, richissime avionneur, celle du gaullisme et du président Pompidou, puis de Giscard d’Estaing. Mais aussi de Balladur et de Sarkozy. Il est alors de plus en plus question de luttes obscures, de coups bas et de trahisons devenues célèbres. Charlotte Zotto et Marc Pistolesi entrent dans la peau d’une vingtaine de personnages, souvent dans le cercle rapproché de l’ancien président, avec son incontournable épouse, Bernadette, à propos de laquelle il aurait dit : « Je ne trompe pas ma femme, je me suis trompé de femme ». Et surtout Claude, sa fille en charge de la communication élyséenne. Car, ce qu’a compris depuis longtemps le président Chirac, c’est que tous les slogans sont bons pour convaincre, qu’importent la réalité et les contradictions.

Jacques et Chirac est drôle, mais pas que. Certes, il flatte « le cul des vaches », savoure les bons plats et la bière, invite à manger des pommes. Tout le monde (ou presque) le sait et le spectacle ne s’y attarde pas. C’est plutôt vers les coulisses que sont tournés les regards. Régis Vlachos met en lumière des épisodes pas forcément glorieux, comme la Françafrique, autrement dit les relations (troubles) entre la République française et ses anciennes colonies d’Afrique. Jacques Chirac (d’autres avant et après lui aussi) n’hésite pas à entretenir des relations toxiques avec des dirigeants tel Mobutu, dictateur zaïrois et dixième fortune mondiale.

Ce qui n’empêche pas ce Jacques et Chirac, avec ses tranches d’histoire documentée, de porter un regard presque attendri sur ce bonhomme qui semble parfois contrarié dans ses souhaits véritables. Dans sa jeunesse, le fondateur du parti de droite UMP, successeur du RPR…, a vendu le quotidien L’Humanité dans les rues, le journal du PCF. Mais cela n’a pas duré longtemps. Gérald Rossi

Jacques et Chirac, de Régis Vlachos : Jusqu’au 27 avril, du mercredi au vendredi à 19h, le samedi à 20h. Théâtre de la Contrescarpe, 5 rue Blainville, 75005 Paris (Tél. : 01.42.01.81.88).

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Le Moyen Âge, festif et coloré

Les 27 et 28/01, au Théâtre des Quartiers d’Ivry (94), puis en tournée nationale, Olivier Martin-Salvan et Valérian Guillaume proposent leur Péplum Médiéval. Un étonnant conte poétique et truculent pour quinze comédiens, une image du Moyen Âge fort éloignée de la grisaille coutumière.

Comme un immense jeu de construction, un château moyenâgeux occupe le plateau. Rien ne tranche dans sa teinte ivoire, uniforme comme aseptisée. Le contraste vient avec les premiers personnages vêtus de tenues ajustées, de jupettes, de cagoules, de bonnets et chaussés comme il se doit. Tous ces costumes, signés Yvan Clédat et Coco Petitpierre, à qui l’on doit aussi scénographie et lumières, sont certes étonnants mais flamboyants, déployant de multiples couleurs vives. Ceci histoire de bien marquer que le Moyen Âge, imaginé puis porté au plateau par le comédien et metteur en scène Olivier Martin-Salvan, est un univers très éloigné de la grisaille souvent racontée pour cette longue période de l’histoire. Des tableaux, ceux par exemple de Pieter Bruegel l’Ancien, témoignent de cette vivacité.

Loin d’un monde « marronnasse malodorant et cruel où les hommes et les femmes ressemblent plus à des bêtes qu’à des êtres humains, j’ai découvert un monde subtil, poétique, rempli d’humour et d’une puissance créatrice puisant sa source dans le merveilleux », explique Olivier Martin-Salvan. Et c’est la bonne humeur qui domine dans cette aventure pas commune qui réunit une quinzaine de comédiens, dont sept issus de la troupe Catalyse. Cet atelier d’établissement médico-social de travail protégé accueille depuis vingt-six ans des comédiennes et comédiens professionnels subissant un handicap. Tous (Romane Buunk, Tristan Cantin, Manon Carpentier, Victoria Chéné, Fabien Coquil, Guillaume Drouadaine, Maëlia Gentil, Lise Hamayon, Mathilde Hennegrave, Rémy Laquittant, Emilio Le Tareau, Olivier Martin‑Salvan, Christelle Podeur, Jean-Claude Pouliquen, Sylvain Robic) participent à cette « fresque des XIVe et XVe siècles », avec conviction. Si le public s’amuse des situations et de la verdeur de certains propos, le texte n’est pas forcément facile d’accès.

Il faut en vérité se laisser porter par la musicalité des mots pour réussir ce voyage dans le temps. Valérian Guillaume a déjà partagé les univers d’Olivier Martin-Salvan avec, notamment, un remarqué Nul si découvert qui pointait la solitude dans la société de consommation. Cette fois, le jeune auteur a poursuivi son travail sur le langage en poussant la recherche jusqu’à inventer un vocabulaire parallèle à celui de l’époque, mariant le parler actuel, celui d’alors et un autre purement fictif mais pourtant totalement crédible. « J’ai rencontré longuement chaque interprète afin de comprendre comment ils et elles rêvaient intérieurement leur propre Moyen Âge », raconte l’auteur. Ainsi, a-t-il conçu un monde dans lequel une malédiction fait que la nuit n’existe plus ni le sommeil, permettant aux esprits de mener une belle sarabande. Jusqu’à ce qu’un jeune garçon, le seul resté tout de blanc vêtu, s’écrie : « J’ai trop rêvé sans vivre. (…) Je veux tout vivre, tout voir, tout sentir ». Nul ne peut en douter, le Moyen Âge avait bien les couleurs d’un arc-en-ciel. Gérald Rossi

Péplum médiéval : Les 27 et 28/01 au Théâtre des Quartiers d’Ivry. Du 1er au 3/02 au Centquatre Paris, les 8 et 9 à Perpignan. Les 14 et 15/03 à Anglet, du 26 au 30 à Nantes. Les 4 et 5/04 à Saint-Nazaire, les 10 et 11 à La Rochelle, les 17 et 18 à La Roche-sur-Yon. Les 17 et 18/05 au Creusot.

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Catherine Hiegel, en gratitude !

Les 12 et 13/01, à la Coupe d’Or de Rochefort (17), Fabien Gorgeart met en scène Les Gratitudes, d’après Delphine de Vigan : douceur et tendresse pour une vie qui chemine vers ses derniers feux. Avec Catherine Hiegel, impressionnante en autrice devenant aphasique.

D’abord détendre l’atmosphère… Le public, et il joue le jeu avec bonheur, est invité par Pascal Sangla, musicien et comédien, à chanter quelques tubes plutôt anciens comme Mistral gagnant de Renaud, le Sud de Nino Ferrer, ou encore Une chanson douce d’Henri Salvador. Une petite dame, plus très jeune, prend le relais sur scène. Ces premières minutes des Gratitudes sont des instants de simplicité et de chaleur humaine. Largement inspirés par le roman de Delphine de Vigan, ici adapté avec le concours de l’autrice.

Pour sa première mise en scène, Fabien Gorgeart avait mis en chantier la nouvelle d’Emmanuèle Bernheim, Stallone, dont l’héroïne, Lise, très modeste secrétaire médicale, décidait de reprendre sa vie en main après avoir vu Rocky III au cinéma. Un spectacle éclatant vers une nouvelle vie. Avec les Gratitudes, il n’est pas question de flamboyance, mais de douceur, de tendresse, dans une vie qui chemine vers ses derniers feux. Pascal Sangla quitte vite le rôle du gentil maître de chant pour celui de Jérôme, orthophoniste intervenant en milieu hospitalier. Tout se passe alors dans un décor volontairement dépouillé, avec un large fauteuil et une table supportant les claviers, rythmé seulement par des couleurs changeantes.

Depuis peu, Michka (Catherine Hiegel), jusque-là vieille dame indépendante, a intégré cet Ehpad. Progressivement elle glisse dans les zones troubles où la mémoire se perd. Elle devient aphasique, consciente de mélanger les mots, en prend un pour un autre, ne les assemble plus. Nommer une lampe torche devient une victoire remportée sur la nuit. Parfois, utiliser un mot pour un autre peut aussi être comique, même si ce ne sont pas ces ressorts qui sont recherchés. Michka n’est pas dupe. Elle s’en amuse, un peu, parfois, et quand elle chante, les mots reviennent. Parce que, paraît-il, la mémoire musicale est différente de la mémoire courante. Les efforts de Jérôme sont vains, il le sait, la maladie est inéluctable. Et d’autant plus glaçante que Michka, parolière de profession, a passé toute sa vie en compagnonnage absolu avec les mots et leur sonorité.

Cette dislocation du langage qu’elle réussit à merveille rappelle, mais en est-il besoin, que Catherine Hiegel, impressionnante, est une grande comédienne. Le succès des Gratitudes lui doit beaucoup. Même lorsque se greffe une histoire dans l’histoire, quand Michka tente de retrouver le couple qui, pendant la guerre, a hébergé et de fait sauvé la vie de la gamine juive qu’elle était. Une jeune femme, Marie (Laure Blatter), sa voisine, l’aide dans cette dernière quête. Pour que tous les souvenirs ne disparaissent pas, pas encore. Gérald Rossi

Les gratitudes, Fabien Gorgeart : Les 12 et 13/01 au Théâtre de la Coupe d’Or, Rochefort (17). Les 16 et 17/01 aux Espaces Pluriels de Pau (64). Les 23 et 24/01 au Grand R, La Roche-sur-Yon (85). Le 27/01 au Bateau Feu, Dunkerque (59). Les 30/01 et 01/02 au Théâtre Sorano, Toulouse (31).

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Thomas Bernhard tire à vue !

Jusqu’au 23/12, au Théâtre 14 (75), Éric Didry présente Maîtres anciens. Un roman de l’autrichien Thomas Bernhard, mort en 1989, dont s’empare le comédien Nicolas Bouchaud. Jubilant avec l’auteur dans ce jeu de massacre qui s’en prend aux arts mais aussi aux pouvoirs et à l’église, sans une minute de répit.

Beethoven ? Il faisait du bruit. Au mieux. Klimt, comme Véronèse peignaient-ils vraiment ? Quant à la philosophie de Heidegger, elle ne vaut pas mieux. Et l’on pourrait en citer d’autres, ainsi Le Greco, ou Bruckner. Dans ce jeu de massacre, l’auteur Thomas Bernhard jubile. Avec raison, il a sous-titré « Comédie » cet avant-dernier roman, Maîtres anciens, publié en 1985 en Autriche et trois ans plus tard en France chez Gallimard.

Depuis peu, Reger, qui a passé les quatre-vingt printemps, est veuf. Ce n’est certes pas très gai. Depuis trente ans, avant d’y rencontrer son épouse puis pendant leur union et désormais seul, le bonhomme fréquente le musée d’art ancien de Vienne, peut-être comme un réconfort. Il s’y assoit toujours sur la même banquette, dans la salle Bordone, en face du tableau du Tintoret intitulé L’homme à la barbe blanche. Et là c’est comique. D’autant plus que, depuis longtemps critique musical, il n’aime pas vraiment la musique ni les compositeurs, sans parler des interprètes. Et il n’aime pas plus Le Tintoret.

Cette critique, qui ratisse large, est forcément hilarante, notamment par l’accumulation des baffes et autres coups plus ou moins bas. L’église catholique comme le pouvoir ne sont plus épargnés et c’est saignant. Dans cette adaptation de Véronique Timsit, d’Éric Didry (à qui l’on doit aussi la mise en scène élégante) et de Nicolas Bouchaud, qui est seul en scène, Maîtres anciens n’a pas pris une ride. Et quelques résonances actuelles en font même une pochade bien contemporaine. Avec la forte présence qu’on lui connaît, et l’on pourrait parler même de sympathique truculence, Nicolas Bouchaud ne prend pas une minute de répit.

Pas plus qu’il n’en laisse au public, presque assigné comme témoin, et qui au final fait un peu partie de l’intrigue. Car, après tout, pourquoi donc Reger, sous le regard bienveillant de Irrsigler, le gardien qui lui permet de rester assis sur cette banquette plusieurs heures un jour sur deux, a-t-il convié aujourd’hui son ami Atzbacher ? Créée avant le Covid, cette pièce jouit depuis d’un succès mérité. En 2021, Mathieu Amalric en a aussi fait un film, tourné dans un théâtre alors fermé. Aujourd’hui, c’est un bien joli cadeau de fin d’année. Gérald Rossi

Maîtres anciens : Jusqu’au 23/12, les mardi-mercredi et vendredi à 20h, le jeudi à 19h et le samedi à 16h. Théâtre 14, 20 avenue Marc Sangnier, Paris 14e (Tél. : 01.45.45.49.77).

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Romain Rolland, la dernière note

Jusqu’au 22/10, au Studio Hébertot, le comédien et pianiste Guilhem Fabre joue Dernières notes. Mise en scène par François Michonneau, la pièce de Michel Mollard permet une (re)découverte sensible de l’écrivain Romain Rolland, prix Nobel de littérature en 1915.

Ce 24 décembre 1944 est le dernier Noël de Romain Rolland dans sa demeure de Vézelay. Le 30 décembre, il fermera les yeux définitivement. Prix Nobel en 1915, l’écrivain est âgé de 78 ans, et se sait à bout de forces. Ce soir, Macha, son épouse, l’a laissé seul pour assister à la messe de minuit, dans la basilique toute proche. Dernières notes, de Michel Mollard, est une pièce attachante et étonnante, mise en scène par François Michonneau. Elle dresse un pont musical et poétique entre théâtre documentaire et concert. Sait-on par exemple que la musique, notamment l’œuvre de Beethoven, occupa une part importante de la vie de l’écrivain ?

Sur la scène, un fauteuil lui aussi en fin de course, une table basse où s’empilent des livres, et un peu plus loin un piano. Guilhem Fabre, comédien et pianiste (lauréat du conservatoire national supérieur de musique en 2015), campe le personnage. Il donne vie à l’auteur qui des années durant a défendu son engagement en faveur de l’URSS et ses convictions pacifistes. Romain Rolland, dont le roman-fleuve Jean-Christophe, publié de 1904 à 1912, assura la renommée, a entretenu des correspondances soutenues avec Louis Aragon, Richard Strauss, André Suarès, Stefan Zweig, Paul Claudel, entre autres. Il a aussi été critique musical. Il enseigna même l’histoire de la musique à la Sorbonne.

Guilhem Fabre, à travers quelques citations, lettres et fragments de textes, traduit la réflexion de l’écrivain, et donne à partager sa passion musicale. C’est d’ailleurs la « Sonate pour piano n° 32, opus 111 » (la dernière composée par Ludwig van Beethoven entre 1820 et 1822) qui clôt ce spectacle imaginé hors des sentiers battus. Gérald Rossi

Dernières notes, la dernière soirée de Romain Rolland : jusqu’au 22/10, du jeudi au samedi à 19h, le dimanche à 17h. Studio Hébertot, 78bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris (Tél. : 01.42.93.13.04).

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Liberté pour les blattes !

Jusqu’au 14 octobre, à la Manufacture des Abbesses (75), Marilyn Pape met en scène La nostalgie des blattes. Incarnant, en compagnie d’Eulalie Delpierre, deux vieilles femmes qui résistent avec malice dans un univers effrayant, fliqué et aseptisé. Le texte de Pierre Notte est servi avec talent.

Il y a du Godot dans l’air. Deux femmes, vieilles, en combinaison plus ou moins moulante, ce qui ne cache guère les chairs usées, attendent. Peut-être des clients, des parents, des amis. On ne saura pas. Personne ne viendra. La nostalgie des Blattes, publiée en 2017 par Pierre Notte, est une histoire un rien fantastique, mais qui surtout s’attache à parler d’un monde qui n’est plus. D’un monde qui vivait, avant que « la brigade sanitaire » aux ordres d’un pouvoir autoritaire, aliénant et hygiéniste ne surveille chacun à l’aide de drones. Pendant que le dérèglement climatique fait ses ravages sans retour possible.

Ces deux vieilles, que des autocars de curieux sont venus visiter il y a longtemps, comme on va au Louvre voir La Joconde, sont des vestiges. Toute leur vie, avant et après le grand chamboulement, elles ont refusé de céder aux injonctions d’apparence. Chez elles, pas de Botox ou de chirurgie esthétique. Elles en font une fierté. Leur apparence est celle de leur âge, au moins 70 printemps. Et c’est bien ainsi. Comme deux gamines, elles fument quelques cigarettes et se souviennent du temps où l’on avait le droit de fumer, de manger des fruits, des gâteaux, de la viande, du pain, de vrais légumes, et non pas des barres lyophilisées qui sont désormais la seule nourriture. Plus de sucre, de gluten, de café non plus. La vie n’a plus de goût.

Elles imaginent un avenir

C’est Catherine Hiegel qui souffla en jour à Pierre Notte l’idée d’écrire « un musée de la vieille ». Avec Tania Torrens, elle a créé la pièce au Théâtre du Rond-Point. Cette fois, à la Manufacture des Abbesses, Eulalie Delpierre et Marilyn Pape (à qui l’on doit aussi la mise en scène) ont repris les rôles en cette rentrée. Et elles les défendent avec finesse et talent. Les deux femmes font connaissance, et pas à pas construisent un avenir. C’est à la fois très drôle, cruel, amer. Tout autant que lucide. La vieillesse n’est pas souvent abordée en tant que telle ni questionnée au théâtre. Les personnages, qui certes se vieillissent un peu, ne caricaturent pas leur âge, mais l’assument. En toute franchise. L’une était comédienne et chanteuse, l’autre danseuse. Elles le prouvent un instant, et c’est beau.

« La vieillesse est un naufrage », a-t-on dit. Mais ce n’est peut-être pas aussi simple, ce peut être aussi l’heure d’une révolte. Vieille 1 et Vieille 2 ? On ne connaît pas leur état civil, elles ne se réfugient pas seulement dans leur passé. Elles disent le présent, et inventent, jouent, comme sur la scène, comme dans la vie. Dehors, tout est propre, très propre, « javellisé ». Des plantes, des arbres existent-ils encore ? Et les insectes ? Peut-être que voilà un moucheron, elles ont cru le voir. Sur un champignon. Alors, tout n’est pas perdu. Il faut aller voir ces deux vieilles femmes joliment nostalgiques, mais qui refusent de ne pas pouvoir rester libres jusqu’au bout du chemin. Gérald Rossi

La nostalgie des blattes, à la Manufacture des Abbesses : jusqu’au 14/10, du mercredi au samedi à 19h. 7 rue Véron, 75018 Paris (tél. : 01.42.33.42.03).

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La mort au rendez-vous

Jusqu’au 28/07 en Avignon (84), au théâtre Présence Pasteur, Marie Levavasseur et Franck Berthier proposent L’affolement des biches et Voyage à Zurich. Deux spectacles qui traitent avec subtilité, mais aussi humour et fantaisie, de la mort et du choix de la fin de vie.

Comment parler de la mort en famille ? Marie Levavasseur propose d’une part le rire, et de l’autre le regard d’une gamine de treize ans, « Cahuète », pour qui les codes des adultes sont tout simplement dépassés. Zoé Pinelli, avec sa bouille de gentil lutin au féminin, en veut beaucoup à sa grand-mère qui, sans prévenir, a fait le grand bond de l’autre côté du miroir. « Quels récits raconter à ceux qui partent et à ceux qui restent », se demande l’auteure pour qui « ce spectacle est aussi une manière de conjurer nos peurs et de célébrer la vie. Il pose la question de la place du sacré et des rituels dans nos sociétés où les institutions religieuses ou civiles semblent en panne d’inspiration ». Pour donner un coup de main à sa famille laissée sur le quai, Annabelle la défunte (pétillante Marie Boitel) revient parmi eux, pour participer à ces moments un peu particuliers qui précèdent la cérémonie finale.

Annabelle était malade, se savait condamnée. Seul Einstein (Serge Gaborieau) son compagnon et père des enfants, médecin de son état, était dans le secret. Elle avait choisi elle-même son dernier jour, avant de ne plus avoir la possibilité de le faire. Mais voilà que la famille (interprétée par Yannis Bougeard, Béatrice Courtois, Morgane Vallée) est confrontée à cette décision, et à quelques questions annexes comme le choix entre inhumation ou crémation. Pour l’aider, un très étonnant représentant des pompes funèbres (tourbillonnant Valentin Paté) assiste les survivants tout en dialoguant avec la défunte. L’affolement des biches, qui fait une vague référence à ces jolis animaux sensibles et peureux, met sur la table les relations familiales quand chacun, bouleversé par le décès, est aspiré par sa morale, ses convictions, son métier, ses études… Pour son premier spectacle « adulte » après plusieurs pièces destinées au jeune public, la directrice de la compagnie Les Oyates fait entendre une petite partition originale et assez réjouissante.

Inspiré d’une histoire véritable (celle de la comédienne Maïa Simon), le récit de Jean-Benoît Patricot est adapté et mis en scène par Franck Berthier. Sur le plateau, Marie-Christine Barrault, remarquable, est entourée de Yannick Laurent, Arben Bajraktaraj, Marie-Christine Letort, et Magali Genoud. Ce Voyage à Zurich n’a rien d’une ballade d’agrément, puisque c’est là qu’a décidé de mourir la comédienne, se sachant atteinte d’un cancer désormais incurable. Elle a choisi la Suisse, puisqu’en France la loi interdit toujours aux personnes irrémédiablement condamnées de quitter ce monde dans la dignité, quand leur conscience le leur permet encore. La pièce n’écarte pas les multiples questionnements, inévitables. Avec humour, conviction et délicatesse. Gérald Rossi

L’affolement des biches (jusqu’au 28/07, à 12h25) et Voyage à Zurich (jusqu’au 28/07, à 16h20) : théâtre Présence Pasteur, 13 rue du Pont Trouca, 84000 Avignon (Tél. : 04.32.74.18.54/07.89.21.79.44).

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Avignon, ultimes surprises

Lors de cette ultime semaine de festival, Avignon (84) offre encore quelques belles surprises. Dont L’Espèce humaine, Les grandes espérances, La couleur des souvenirs ou Dracula Lucy’s Dream, d’après l’œuvre de Bram Stoker.

Dracula, comte et vampire, né de l’imagination de Bram Stoker en 1897, n’est pas un monstre bavard. Et ça tombe bien, car Yngvild Aspeli, comédienne, marionnettiste et directrice artistique de la compagnie Plexus Polaire, en propose une version sans paroles. Mais pas sans émotions. Comme à son habitude, la metteure en scène norvégienne fait montre de diversité créatrice, en mêlant pantins à taille humaine, masques, illusions, vidéos inondant le plateau avec bonheur, bruitages et acteurs qui démultiplient les personnages. Le roman de Bram Stoker a connu depuis sa publication plusieurs aventures, plusieurs traductions, plusieurs adaptations, et le cinéma ne s’en est pas privé. Ici, Yngvild Aspeli s’oriente principalement sur le personnage féminin, d’où le titre Dracula Lucy’s Dream que l’on peut traduire par « Le rêve de Lucy ». Laquelle se débat contre « un démon intérieur » représenté par Dracula. Mais on peut extrapoler le délire.

Domination, dépendance, addiction… sont au programme, comme les apparitions et les dents pointues. Cette adaptation de l’œuvre de l’écrivain irlandais, créée en décembre 2021 au Théâtre des Quartiers d’Ivry s’apprête à partir en tournée en France, mais aussi au Danemark avant le Canada et les États-Unis. Notons que si le sang coule à flots (enfin pas vraiment, mais on imagine) l’humour n’est pas en reste non plus. Finalement, Dracula aura la fin que l’on sait. Seul un pieu planté dans le cœur d’un vampire peut mettre fin à son existence maléfique. Lucy ne parviendra pas à se libérer autrement de cette emprise diabolique. Les comédiens manipulateurs Dominique Cattani, Yejin Choi, Sebastian Moya, Marina Simonova, et Kyra Vandenenden font partager un envoûtement magique et contagieux.

Robert Antelme est un survivant, dans le sens le plus total du mot. Interné par les nazis dans les stalags de Buchenwald puis de Dachau, il a été sauvé par la libération, à quelques jours d’une mort certaine. Membre actif de la Résistance, il a 26 ans quand il est arrêté par la gestapo en juin 1944. En 1939 il avait épousé l’écrivaine Marguerite Duras qui raconté son retour dans La Douleur.

L’espèce Humaine, le seul livre de Robert Antelme, est un récit douloureux. L’ignominie dont il parle est une tranche de son vécu. Du sien et de ses camarades prisonniers, morts ou rescapés. Mise en scène par Patrice Le Cadre, Anne Coutureau, à qui l’on doit aussi l’adaptation, interprète cette parole unique, sur la pensée d’hommes qui s’imaginaient supérieurs à d’autres, issus dont ne sait quelle autre race. Ce texte brulant, est d’une utilité toujours absolue.

L’humour anglais, c’est, avec l’air de rien, dire beaucoup pour rire. Charles Dickens, qui publie dès 1860 son 13e romanLes grandes espérances, a usé de cet artifice pour développer aussi des thèmes chers comme la défense des droits des enfants, des femmes… en passant par ses combats pour l’éducation pour tous. Il est considéré comme le plus grand romancier de l’époque victorienne et connut un gros succès populaire dès ses premiers ouvrages. La compagnie Mamaille, dans une adaptation d’Hélène Géhin a voulu, en 75 minutes, donner vie à l’un de ses ouvrages les plus célèbres. À destination de tous les publics. L’histoire de Pip, contée également par Augustin Bécard, et June McGrane, dans la mise en scène de Laurent Fraunié est au centre de l’aventure, menée avec quelques masques, un décor original et beaucoup de bonne humeur. 

Cette douzième pièce, La couleur des souvenirs, que Fabio Marra a écrite, qu’il met en scène et joue, est un moment de tendresse. Ses partenaires, Dominique Pinon, et Catherine Arditi, en frère et sœur, lui, perdant progressivement la vue et elle tentant de venir à son secours, sont remarquables. Les reste de la distribution est à la hauteur; citons donc Sonia Palau, Floriane Vincent, Aurélien Chaussade. Vittorio est un artiste peintre méconnu, qui, on le découvre vite, s’est transformé en faussaire. Exhumant quelques tableaux de grands maitres… Que l’on croyait perdus à jamais. Le margoulin marchand d’art qui revend ces toiles après les avoir fait authentifier, le roule dans la farine du mensonge sans qu’il en soit réellement conscient. Seule certitude pour Vittorio, il perd la vue. Et son exécrable caractère n’arrange rien. Gérald Rossi

Dracula Lucy’s Dream : jusqu’au 24/07, à 09h30 à La Manufacture.

Les grandes espérances : jusqu’au 25/07, à 14h30 à La Caserne des pompiers.

La couleur des souvenirs : jusqu’au 26/07, à 21h30 au Théâtre des Halles.

L’espèce humaine : jusqu’au 29/07, à 17h35 au 3 Soleils.

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