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Trois larrons pour quatre vérités

Les 24 et 28/05, en région grenobloise (38), Jean-Louis Hourdin, Olivier Perrier et Jean-Paul Wenzel interprètent Tout augmente. Imaginée par les trois anciens larrons des Fédérés de Montluçon qui se retrouvent pour nous balancer leurs quatre vérités, une tragédie joyeusement grotesque. Un spectacle qui passe en revue un grand nombre de dérèglements du monde, de la préhistoire à nos jours !

Après Honte à l’humanité (1979), On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans (1993) et Trois Sœurs qui, en 2003, marquait le départ des Fédérés du Centre Dramatique National de Montluçon où ils officiaient depuis 1984, les trois compères (Jean-Louis Hourdin, Olivier Perrier et Jean-Paul Wenzel), toujours aussi gaillards, se sont réunis pour une nouvelle aventure. Le poids des ans a marqué les corps mais l’humour mordant de leur performance reste intact même si cette « histoire désolante de notre humanité », fil rouge du spectacle, se teinte de quelque amertume. « Notre seul but est de vous plaire toujours (…) et le grotesque enfin sera notre seule arme », annonce un préambule en alexandrins lu par Muriel Piquart, la jeune musicienne qui accompagne discrètement le trio.

Contrairement au titre de la pièce, Tout augmente, il ne sera pas ici question d’inflation, mais de pléonexie, une maladie qui mène l’homme à sa perte. Forgé à partir du grec ancien pleon (plein) et ekein (avoir), ce terme désigne une soif d’accumulation. Autrement dit, selon nos trois larrons, la cupidité des riches à exploiter les pauvres et à piller la planète. La critique du capitalisme, sous-jacente à cette traversée d’1h20 créée au Garage Théâtre (58), n’empêche pas les gaudrioles : de courts tableaux nous conduisent de la naissance de l’humanité jusqu’à aujourd’hui.

On retrouve Olivier Perrier, toujours aussi bonhomme, en couche-culotte, vagissant. Un clin d’œil à Honte à l’humanité où les trois acteurs, nus et affublés d’une queue de cochon, tétaient une truie nommée Bibi. Puis l’enfant grandit, élevé par un aigle (Jean-Louis Hourdin) et un jaguar (Jean-Paul Wenzel). Il devient un Tarzan dodu, assommant deux adversaires avec une matraque en caoutchouc pour leur dérober la peau de l’ours… Jean-Louis Hourdin, en élégant conteur, évoque la naissance de la vie à partir d’un être unicellulaire, notre ancêtre, et parle de « l’héroïsme désespéré de vouloir être un homme ». On passe de la parodie à la scatologie, avec la chanson du caca : « Il n’y a pas de caca juif, pas de caca musulman, pas de caca chrétien, le caca, c’est le caca ». Après ces considérations hautement philosophiques, on en vient à l’expression « caca boudin » : « Une invention enfantine de haut niveau pour définir tout ce qui est merdique dans la vie ».

En attendant le ruissellement des richesses, notre civilisation occidentale est mortellement infectée par cette pléonexie. Depuis les Anciens Grecs jusqu’à Bernard Mandeville avec La Fable des abeilles (1714), une satire  politique prônant l’utilité sociale de l’égoïsme. En passant par la parabole des thalers dans l’Evangile selon Saint-Mathieu, « celui qui n’a rien, se verra enlever ce qu’il a ». Heureusement, il y a Victor Hugo et son discours devant l’Assemblée nationale en 1849 : « On peut détruire la misère, une maladie du corps social (…) Tant que le possible n’est pas fait, le devoir n’est pas rempli ».  Ces propos sérieux sont émaillés de blagues potaches où excellent ces comédiens hors pair. Et les spectateurs les plus réticents, entraînés par les autres, finissent eux aussi par rire de bon cœur…

Il fallait oser cette farce décomplexée, menée par ces acteurs qui peuvent tout se permettre et qui ont l’art du retournement, du grotesque au tragique et aussi à la poésie… Assis sur un banc, ils se partagent le conte pessimiste de la grand-mère dans le Woyzeck de Georg Büchner : émotion garantie ! Mireille Davidovici, photos Jean-Yves Lefevre

Tout augmente, Jean-Louis Hourdin – Olivier Perrier – Jean-Paul Wenzel et Muriel Piquart au violoncelle : Le 22/05 à 20h30 au Garage Théâtre (58), répétition publique et gratuite. Le 24/05 à 20h30, au Pot au Noir (Rivoiranche, 38650 Saint-Paul-lès-Monestier. Tél. : 04.76.34.13.34), le 28/05 à la Maison-Ateliers (701 route du Château, 38170 Cornillon en Trièves. Tél. : 07.85.94.48.22). Pour ces trois dates, réservation fortement conseillée.

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Dans ton cœur, un amour aérien

Jusqu’au 26/05, au théâtre du Rond-Point (75), Pierre Guillois met en scène Dans ton cœur. Les circassiens de la compagnie Akoreacro proposent une étonnante aventure associant rire, poésie et biceps.

Ils ont l’art et la manière d’en dire beaucoup… sans un mot. Non pas que les artistes de la compagnie Akoreacro ne soient pas pourvus de la parole articulée, mais sous leur habituel chapiteau de cirque, ils s’expriment le plus souvent par le geste. Cette fois, ils ont investi un théâtre, celui du Rond-Point, à Paris, et pour cela ont remis sur le chantier leur spectacle créé en 2018 à la maison de la culture de Bourges. Pierre Guillois, le metteur en scène, est aussi un habitué des dialogues sans paroles. Ses derniers succès, Bigre et Les gros patinent bien, cabaret de carton, en collaboration avec Olivier Martin-Salvan, en ont fait la preuve.

Dans ton cœur ne parle donc guère, mais c’est pourtant une belle histoire d’amour. Prudent, Pierre Guillois a pris soin de préciser que « le théâtre semble bien démuni devant tant de performances, et ces gymnastes superbes n’ont guère besoin d’alliés pour briller. Ils portent en eux déjà la force et la grâce ». Mais la rencontre entre les deux formes d’art peut aussi faire des étincelles. C’est le cas ici. Tout commence par une nuit d’orage fantastique, quelque part dans une quelconque ville. Pendant que les fauteuils de la salle tremblent sous les coups du tonnerre, Elle et Lui (les voltigeurs Manon Rouillard et Antonio Segura Lizan) se rencontrent. C’est le début d’une sarabande extraordinaire qui ne s’arrêtera qu’au final, plus d’une heure après.

Juchée sur le réfrigérateur

Les autres acrobates de la troupe, Romain Vigier, Maxime Solé, Basile Narcy, Maxime La Sala, Pedro Consciência (ou Tom Bruyas), Joan Ramon, Graell Gabriel, loin de jouer les utilités, comme l’on dit des soubrettes du théâtre « de boulevard », composent tout un petit peuple qui réalise des numéros de haut vol. C’est le cas de le dire, tant ils glissent dans l’espace, avec une grâce magique. Partie intégrante du spectacle, on soulignera la partition jouée en direct, et avec autant de bonne humeur, par Stephen Harrison (contrebasse), Gaël Guelat (batterie, percussions, guitare), Robin Mora (saxophone), Johann Chauveau (clavier, flûte). Si Elle et Lui s’envoient en l’air dans un ballet des plus aériens, précisons-le, ils n’en conçoivent pas moins un bébé, puis deux, dans cette féerie ménagère improbable mais d’une efficacité et d’une drôlerie à couper le souffle. Tous participent à l’aménagement de la maison. L’installation de l’électroménager est à lui seul une perle de drôlerie réglée au millimètre près. L’art de la piste est respecté.

Lorsqu’Elle dit (il y a quelques dialogues, quand même !) pour expliquer qu’elle répare le branchement du réfrigérateur, « Je suis dessus », il faut comprendre qu’elle est juchée sur l’appareil dont elle va s’élancer… sans jamais toucher le sol directement. Puis c’est la vie du couple, l’ordinaire, les lessives, et il y a toujours une chaussette rouge qui traîne quelque part. Avec cette légèreté des vrais costauds, Dans ton cœur est une aventure aussi extravagante que poétique. Comme un soleil imprévu faisant sa place dans un temps gris et fade. Gérald Rossi

Dans ton cœur, Pierre Guillois et la compagnie Akoreacro : Jusqu’au 26/05. Lundi, mercredi, jeudi et vendredi, 20h30 – Samedi, 19h30 – Dimanche, 15h. Théâtre du Rond-Point, 2bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris (Tél. : 01.44.95.98.21).

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Enseignant, scènes de vie

Aux éditions Vuibert, Dominique Resh et Éric Doxat publient Le plus beau métier du monde, chroniques d’un prof des quartiers. Avec humour, la mise en lumière des difficultés d’une profession aussi usante qu’attachante. Paru dans le mensuel Sciences Humaines (N°365, février 2024), un article de Martine Fournier.

La mode est aux romans graphiques. Ces bandes dessinées, autrefois réservées à des fictions teintées (ou non) d’humour ou de critique sociale, étendent leurs sujets à de nombreux domaines plus académiques : philosophie, économie, sociologie, psychologie, histoire… Une nouvelle forme de vulgarisation plus accessible à un large public. C’est sans doute l’espoir de nombreux éditeurs. Encore est-il que pour susciter l’engouement du public, les publications qui se multiplient devraient répondre à certains critères : une vulgarisation de qualité, présentée sur un ton léger, alliée à un graphisme facile à lire et un soin esthétique aussi bien au niveau du dessin que de la typographie, souvent très abondante et parfois difficile à lire.

Construit sous forme de courtes chroniques, l’ouvrage de Dominique Resh, enseignant dans les quartiers nord de Marseille, et d’Éric Doxat, dessinateur, réalise l’exploit d’être à la fois drôle et informatif. Tout comme dans son ouvrage de 2011 (Les mots de tête, chronique d’un prof), Dominique Resh met en lumière les difficultés d’une profession aussi usante qu’attachante. On perçoit l’affection et l’empathie de ce professeur pour ses élèves, souvent imprévisibles, désarmants et parfois pénibles. Une connivence qui va d’ailleurs dans les deux sens lorsque ces jeunes, armés d’une logique bien à eux, pointent les injonctions contradictoires que leur adresse leur prof.

L’humour et la bonne humeur qui sous-tendent ce récit mettent à distance les difficultés d’un métier ardu, sans tomber dans le misérabilisme ou l’angélisme. L’ouvrage, aussi bien par son graphisme expressif que par le choix des saynètes, constitue au final un véritable hymne à l’enseignement dans les quartiers difficiles. Martine Fournier

Le plus beau métier du monde, chroniques d’un prof des quartiers, par Dominique Resh et Éric Doxat (éditions Vuibert, 160 p., 21€).

Dans ce même numéro de février, Sciences Humaines propose un dossier bienvenu, fort questionnant : Qui sont les gens heureux ? Avec, en outre, un passionnant sujet consacré à Melanie Klein, la pionnière de la psychanalyse des tout-petits. Ainsi qu’un éclairant article de Béatrice Kammerer sur L’éducation prioritaire, 40 ans de réformes. Dès sa création, Chantiers de culture a inscrit le mensuel sur sa page d’ouverture au titre des « Sites amis ». Une remarquable revue dont nous conseillons vivement la lecture. Yonnel Liégeois

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L’amour de l’art, ou l’art de détourner l’image

Jusqu’au 20/01 au Théâtre de la Bastille (Paris 11e) puis du 24 au 27/01 au 104 (Paris 19e), Stéphanie Aflalo et Antoine Thiollier proposent L’amour de l’art. Sous couvert d’une conférence sur l’art, le tandem facétieux s’amuse à balader le public d’un faux semblant à l’autre. Rires et interrogations sur la culture sont au rendez-vous.

On s’attend à du sérieux, avec ce titre emprunté à l’essai de Pierre Bourdieu et André Darbel sur les inégalités sociales de l’accession à l’art. D’autant que Stéphanie Aflalo inscrit ce spectacle dans un projet au long cours, Récréations philosophiques, qui entremêle théâtre et philosophie, réunissant ainsi les deux disciplines qu’elle a étudiées. Après Histoire de l’œil, adapté du roman de Georges Bataille, et Jusqu’à présent, personne n’a ouvert mon crâne pour voir s’il y avait un cerveau dedans, inspiré de la philosophie de Wittgenstein, la comédienne et metteuse en scène s’est associée à Antoine Thiollier pour créer en 2022 L’Amour de l’art, au Studio-Théâtre de Vitry.

Rien de philosophique, en apparence, chez ces deux médiateurs culturels un peu benêts qui se présentent maladroitement devant nous. L’une tirée à quatre épingles en tailleur rouge et escarpins façon années soixante, l’autre en tenue moins soignée. Ils nous font attendre sans raison puis, en guise de préambule, ils s’excusent d’éventuels dérapages dus à des « rétroversions » anatomiques ou des handicaps émotionnels. Syndromes qui affectent œil, bras, hanches, cerveau, continence urinaire, jusqu’à leurs prestations qui pourraient être « rétroversées « sous l’influence de l’observateur », à savoir le public.

Parodier les codes et détourner les images 

Après une trop longue entrée en matière, qui met cependant les spectateurs dans leur poche, Stéphanie Aflalo et Antoine Thiollier en viennent au fait. Ils se lancent, lasers en main, dans le décryptage de tableaux de maitres (Rembrandt, Chardin, Caravage…) et, faisant fi des références académiques, ils nous en donnent une lecture extravagante et anachronique, usant de digressions triviales pour illustrer leurs propos. Parmi les peintures, un bon nombre de Vanités, dont ils esquivent le message : memento mori, souviens-toi que tu es mortel. Ce défilé sinistre de crânes et d’ossements finit par déclencher une crise d’angoisse chez la conférencière… Effet comique garanti avec ce malin détournement d’images qui renvoie à la manipulation dont elles font l’objet, notamment sur les réseaux sociaux.

Ce n’était pas le but premier de cette réflexion sur l’art menée par Stéphanie Aflalo. Par ce simulacre de conférence qui s’appuie sur la cuistrerie langagière de certains guides souvent infantilisants, le spectacle se moque gentiment de la manière dont le musée, malgré une volonté́ d’inclusion, renforce par un discours « savant » un sentiment d’illégitimité chez les non initiés. « Ce qui m’intéressait, c’était de laisser de la place à des discours non contraints », dit la metteuse en scène, « et si les conventions du monde de l’art étaient ridicules ? ». Les deux compères tournent aussi en dérision leur propre aspect physique et vestimentaire, en particulier Stéphanie Aflalo qui se critique elle-même comme un tableau imparfait, avec un humour décapant. Elle nous rappelle les dérives d’un théâtre conceptuel en croquant un oignon : jusqu’où l’amour de l’art ne mène-t-il pas !

Nous ne verrons pas le dernier tableau à commenter. Les comédiens se contentent de nous le décrire, et petit à petit, s’élabore l’image d’une assemblée hétéroclite d’anonymes plus ou moins bien peints, éclairés ou flous… Scrutant la salle, ils nous renvoient l’image que les spectateurs offrent à leur vue… Les regardeurs regardés : belle rétroversion de focale ! Ce bel exercice de détournement, drôle et finement joué, se trouve parasité par les préliminaires laborieux et les commentaires racoleurs qui ramènent au jeu d’acteur. Dommage, car le rire est au rendez-vous et L’Amour de l’art renferme quelques piquantes pépites.  Et de quoi nous interroger sur le regard que nous portons et le discours que nous tenons sur la culture, notamment sur le théâtre. Mireille Davidovici

L’amour de l’art : Jusqu’au 20/01 au Théâtre de la Bastille (Paris 11e) puis du 24 au 27/01 au 104 (Paris 19e).

De L’amour de l’art à Notre vie dans l’art

Dans le cadre du Festival d’automne, Ariane Mnouchkine a confié les clefs du Théâtre du Soleil au dramaturge américain Richard Nelson. Qui propose jusqu’au 03/03, écriture et mise en scène, Notre vie dans l’art. Le sous-titre intégral de la pièce, interprétée par la troupe de la Cartoucherie ? Conversations entre acteurs du Théâtre d’Art de Moscou pendant leur tournée à Chicago, Illinois en 1923… Une journée de repos pour la troupe dirigée par l’emblématique et célèbre metteur en scène Constantin Stanislavski, l’occasion d’échanger pour les comédiens, entre une tasse de thé et deux verres de vodka, sur les bienfaits et aléas de ce cycle de représentations aux États-Unis ! Un spectacle donné en bi-frontal, qui autorise à jeter un œil sur l’assistance qui lui fait face… Et de repérer alors l’ennui, voire un certain malaise qui se propage à l’écoute d’échanges ni percutants ni convaincants, énoncés sans ferveur ni passion ! Du théâtre documentaire qui manque de puissance et de profondeur, alors qu’il y aurait tant à dire et à montrer sur Stanislavski, sur son parcours et son discours sur la place, l’enjeu et le jeu de l’acteur. Yonnel Liégeois

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Pour le meilleur et le rire…

Puisés parmi les articles publiés sur le site gilblog, voici une série de bons mots d’auteurs, célèbres ou non : Coluche, Pierre Dac, Groucho Marx, Montaigne, Prévert et d’autres… Une sélection de Philippe Gitton pour aborder l’année nouvelle avec humour !

Si tu crois qu’il n’y a plus d’espoir, pense aux homards du Titanic dans l’aquarium du restaurant… César Castique


De tous ceux qui n’ont rien à dire, les plus agréables sont ceux qui se taisent. Coluche

Les hommes naissent égaux. Dès le lendemain, ils ne le sont plus. Jules Renard

– Ceux qui ne bougent pas ne sentent pas le poids de leurs chaînes. Rosa Luxemburg

Le vin d’ici est meilleur que l’eau de là. Pierre Dac

– Il n’y a pas cinquante manières de faire la guerre. Il n’y en a qu’une : la sale. François Cavanna

On ne prostitue pas impunément les motsAlbert Camus

– Assieds-toi au bord du chemin et regarde passer ta vengeance. Proverbe Chinois

Il paraît qu’il faut cueillir les cerises avec la queue. J’avais déjà du mal avec la main ! Coluche

– Quand un cachalot de 45 tonnes vient de tribord, il est prioritaire. À bien y penser, quand il vient de bâbord aussi…. Olivier de Kersauson

Je ne bois jamais à outrance, je ne sais même pas où c’est. Pierre Desproges

– Mieux vaut être bon à rien que mauvais en tout. Marcel Pagnol

Une bonne rigolade vaut un bon steak, dit-on. C’est peut-être pour ça que les végétariens font toujours la gueule. Blanche Gardin

– L’avantage d’être livré à soi-même, c’est qu’on ne paye pas de frais de port. Pierre Dac

La difficulté de ne rien faire ? On ne sait jamais quand on a fini. Groucho Marx

– Sur le plus haut trône du monde, nous sommes encore assis sur notre cul. Montaigne

Le confort ménager corrompt : un homme droit est un homme qui n’a pas d’évier. Marc Escayrol

– Pour avoir de l’argent devant soi, les gens mettent de l’argent de côté. Philippe Geluck

Si la matière grise était plus rose, nous aurions moins d’idées noires. Pierre Dac

– La théologie, c’est simple comme dieu et dieu font trois. Jacques Prévert

Les aspirations des pauvres ne sont pas très éloignées des réalités des richesPierre Desproges

Ceux qui luttent ne sont pas sûrs de gagner

Ceux qui ne luttent pas ont déjà perdu

Berthold Brecht

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Noël, des BD au pied du sapin

En cette fin d’année, une sélection de bandes dessinées à mettre au pied du sapin, concoctée par le quotidien L’Humanité. Univers onirique, vulgarisation, arts, histoire, poésie… Pour le plaisir des petits et grands, tous les styles s’invitent dans les bulles !

Une science des rêves

Une astronome rêve d’étoiles. Une enfant rêve d’un père présent. Révélée par « Baume du tigre », crayonné noir et blanc sélectionné en 2021 à Angoulême, Lucie Quéméner s’empare cette fois d’un texte de Marie Desplechin et d’une palette colorée pour décrire l’enfance, la solitude et les échappées oniriques pour refuge. Une interprétation poétique, parfois sans parole, qui glisse doucement vers le fantastique. Les Yeux d’or, de Lucie Quéméner, Delcourt, 152 p., 21,90€

Bourdieu nous pardonne

Interpellés par leur professeur, des lycéens de banlieue parisienne interrogent leurs habitudes culturelles, s’initiant sans le savoir à l’enquête sociologique. Une adaptation très libre et réjouissante du livre fondateur de Pierre Bourdieu, avec une approche simple, nuancée et accessible de ses concepts clés : capital économique, capital culturel, distinction, habitus… En plus, c’est drôle ! La Distinction, de Tiphaine Rivière, la Découverte-Delcourt, 296 p., 27,95€

Le bagne en gravure

Roland Cros aime « scarifier le lino et le bois, parfois même avec une tronçonneuse, depuis vingt-cinq ans ». Cet enseignant-photographe-documentariste-artiste marche cette fois dans les traces des graveurs Frans Masereel et Käthe Kollwitz pour raconter l’itinéraire ordinaire d’un précaire devenu voleur, un « incorrigible » condamné dès la naissance à finir dans un bagne colonial. Un roman graphique sans commentaire qui laisse sans voix. L’Incorrigible, de Roland Cros, Éditions l’Échappée, 192 p., 22€

La police, une institution qui interpelle

Sous la houlette du sociologue Fabien Jobart, « Global police » interroge le sens de l’institution. Cette BD explore son histoire en Occident, du bobby anglais jusqu’à son repli en forteresse assiégée, en passant par son rôle dans la mise au pas de la main-d’œuvre pour le capitalisme. En contrepoint, les passages sur la police des pays pauvres nuancent et approfondissent cette réflexion sur les multiples manières dont les pouvoirs considèrent ses missions. Global police, la question policière dans le monde et l’histoire, de Florent Jobard (texte) et Florent Calvez (dessin), Delcourt, 192 p., 17,95€

« Le Prophète » a cent ans

À l’occasion du centenaire du poème de Khalil Gibran, l’illustratrice Zeina Abirached transpose en un somptueux roman graphique le texte intégral, dans une traduction de Didier Sénécal. Fidèle au noir et blanc, l’autrice du « Piano oriental », née au Liban et arrivée en France à l’âge de 23 ans, suit la trajectoire d’Almustafa, « l’élu et le bien-aimé » venu porter la bonne parole dans la cité d’Orphalèse. Une épopée graphique et spirituelle. Le Prophète (Khalil Gibran), de Zeina Abirached, éditions Seghers, 368 p., 26€

La cuisine, on en fait toute une histoire

Un mélange sucré-salé concocté par deux normaliens. Jul, connu pour sa série « Silex and the City », et Aïtor Alfonso, professeur agrégé qui a déringardisé la critique gastronomique, ont eu la bonne idée de mêler leurs talents dans un album original qui invite les lecteurs à la table de grands épisodes historiques. Où l’on partagera nos couverts avec Jésus et ses apôtres, ou Scarlett O’Hara dans les champs de coton… La Faim de l’Histoire, d’Aitor Alfonso et Jul, Dargaud, 112 p., 22€

Burns, clap de fin

Dernière séance : le tome 3 de « Dédales » clôt enfin la trilogie fantasmagorique de Charles Burns, le plus lynchien des auteurs de romans graphiques. Sur fond de premier film bricolé entre copains, et d’une dernière scène avant le clap de fin, le dessinateur projette le désir de ces personnages, l’inconscient qui fait dévier le scénario… Troublé, le jury d’Angoulême 2024 l’a déjà sélectionné. Dédales 3, de Charles Burns, Cornélius, 88 p., 25,50€

Noir sur noir

Du noir et blanc grinçant, un univers poisseux. Dans un village ghetto de Floride n’abritant que des pédocriminels, les cendres de l’un d’entre eux sont retrouvées dans sa maison dévastée par les flammes. Accident ? Assassinat ? Cette enquête digne d’un polar de série noire interroge habilement le geste criminel, la peine, la responsabilité, l’exclusion, le libre arbitre. Et s’inspire d’un réel village aux États-Unis… Contrition, de Carlos Portela et Keko, Denoël, 168 p., 25€

Une femme dans la Résistance

 « L’Édredon rouge », le tome 2 de « Madeleine Riffaud, résistante », raconte l’entrée dans un réseau, sous le nom de Rainer, en hommage à l’écrivain allemand Rainer Maria Rilke, de celle qui fut aussi poétesse. Écrite à partir du témoignage de son héroïne, la BD permet de comprendre dans les détails la réalité quotidienne d’une vie de résistance. Le trait classique de Dominique Bertail met en valeur ce fascinant destin hors normes. Madeleine, résistante, tome 2 : l’Édredon rouge, de Madeleine Riffaud (auteur), Jean David Morvan (scénariste) et Dominique Bertail (illustrateur), Dupuis, coll. « Air libre », 118 p., 23,50€

Se voir en peintures

Difficile de s’autoriser à se penser en artiste quand on est la fille d’une historienne de l’art respectée et réputée. Claire Le Men a bien tenté la psychiatrie, mais l’aquarelle l’a rattrapée. Dans ce journal intime dessiné, une sorte d’autoanalyse en peinture, la voici qui dialogue avec les œuvres classiques et ses coups de cœur. Bourdieu côtoie même Monet et Leonardo DiCaprio. Jouissif, savant… magistral ! Mon musée imaginaire, de Claire Le Men, La Découverte, 208 p., 24€

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Thomas Bernhard tire à vue !

Jusqu’au 23/12, au Théâtre 14 (75), Éric Didry présente Maîtres anciens. Un roman de l’autrichien Thomas Bernhard, mort en 1989, dont s’empare le comédien Nicolas Bouchaud. Jubilant avec l’auteur dans ce jeu de massacre qui s’en prend aux arts mais aussi aux pouvoirs et à l’église, sans une minute de répit.

Beethoven ? Il faisait du bruit. Au mieux. Klimt, comme Véronèse peignaient-ils vraiment ? Quant à la philosophie de Heidegger, elle ne vaut pas mieux. Et l’on pourrait en citer d’autres, ainsi Le Greco, ou Bruckner. Dans ce jeu de massacre, l’auteur Thomas Bernhard jubile. Avec raison, il a sous-titré « Comédie » cet avant-dernier roman, Maîtres anciens, publié en 1985 en Autriche et trois ans plus tard en France chez Gallimard.

Depuis peu, Reger, qui a passé les quatre-vingt printemps, est veuf. Ce n’est certes pas très gai. Depuis trente ans, avant d’y rencontrer son épouse puis pendant leur union et désormais seul, le bonhomme fréquente le musée d’art ancien de Vienne, peut-être comme un réconfort. Il s’y assoit toujours sur la même banquette, dans la salle Bordone, en face du tableau du Tintoret intitulé L’homme à la barbe blanche. Et là c’est comique. D’autant plus que, depuis longtemps critique musical, il n’aime pas vraiment la musique ni les compositeurs, sans parler des interprètes. Et il n’aime pas plus Le Tintoret.

Cette critique, qui ratisse large, est forcément hilarante, notamment par l’accumulation des baffes et autres coups plus ou moins bas. L’église catholique comme le pouvoir ne sont plus épargnés et c’est saignant. Dans cette adaptation de Véronique Timsit, d’Éric Didry (à qui l’on doit aussi la mise en scène élégante) et de Nicolas Bouchaud, qui est seul en scène, Maîtres anciens n’a pas pris une ride. Et quelques résonances actuelles en font même une pochade bien contemporaine. Avec la forte présence qu’on lui connaît, et l’on pourrait parler même de sympathique truculence, Nicolas Bouchaud ne prend pas une minute de répit.

Pas plus qu’il n’en laisse au public, presque assigné comme témoin, et qui au final fait un peu partie de l’intrigue. Car, après tout, pourquoi donc Reger, sous le regard bienveillant de Irrsigler, le gardien qui lui permet de rester assis sur cette banquette plusieurs heures un jour sur deux, a-t-il convié aujourd’hui son ami Atzbacher ? Créée avant le Covid, cette pièce jouit depuis d’un succès mérité. En 2021, Mathieu Amalric en a aussi fait un film, tourné dans un théâtre alors fermé. Aujourd’hui, c’est un bien joli cadeau de fin d’année. Gérald Rossi

Maîtres anciens : Jusqu’au 23/12, les mardi-mercredi et vendredi à 20h, le jeudi à 19h et le samedi à 16h. Théâtre 14, 20 avenue Marc Sangnier, Paris 14e (Tél. : 01.45.45.49.77).

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Tchekhov, farces et attrapes

Jusqu’au 07/01/24, au théâtre du Lucernaire (75), Pierre Pradinas présente Farces et nouvelles de Tchekhov. Cinq œuvres qui brossent le tableau d’une Russie en cette fin du XIXe siècle, des portraits au vitriol qui gardent fraîcheur et modernité. Imagés par une bande d’interprètes au top de l’humour et de la dérision.

Bien sûr, chacun connaît les chefs d’œuvre du maître Tchekhov, de l’Oncle Vania à la Cerisaie… Beaucoup ignorent cependant que le grand dramaturge s’est aussi exercé, avec succès, à l’écriture de quelques farces et nouvelles de belle facture. « Tchekhov décrit des personnages qu’on est peu accoutumé à voir sur scène », confesse le metteur en scène Pierre Pradinas, « il les fait vivre littéralement comme Daumier dans ses dessins et, comme dans Chaplin, leur humanité est inséparable du burlesque ». Des farces et attrapes, entre humour et ironie, cruauté et dérision, d’un esprit déconcertant et au rire jubilatoire… Trois pièces (Les méfaits du tabacL’ours et Une demande en mariage) et deux nouvelles (Un drameLa mort d’un fonctionnaire) sont donc à l’affiche du Lucernaire, pas toutes le même soir mais, quelle que soit votre sélection, vous ne manquerez rien au change !

Une conférence qui devient confession conjugale, une réclamation de dette qui vire au duel, un éternuement malvenu qui tourne au drame… Tel fut notre menu trois étoiles en cette soirée d’hiver : une salle pleine à craquer, la chaleur des corps et des cœurs, la bonne recette pour dérider les zygomatiques ! Dès l’extinction des feux, et dans les intermèdes entre l’une et l’autre œuvre, déjà l’humour est au rendez-vous pour ne plus nous lâcher jusqu’au salut final. Comédiennes et comédiens sont d’une inénarrable prestance dans leur rôle de composition (Aurélien Chaussade, Maloue Foudrinier, Maud Gentien…), en tête de liste Quentin Baillot et Philippe Rebbot. Le premier nommé en impose de son timbre de voix lugubre, reconnaissable à cent lieux à la ronde, et de son faciès si génialement expressif. Son compère, grand escogriffe à l’allure dépenaillée et au regard apitoyé qui semble appeler au secours en permanence, est convaincant en son personnage radicalement déphasé !

Pierre Pradinas règle toute cette machinerie, littéraire et burlesque, avec gourmandise et maestria. D’hier à aujourd’hui, le mal-être d’un monde en plein délitement… De surprise en surprise, nous garderons le silence sur l’intrigue des cinq œuvres présentées. Aucune crainte à vous égarer en terre inconnue, Tchekhov demeure référence incontournable, un plaisir assuré ! Yonnel Liégeois

Tchekhov, farces et nouvelles : Jusqu’au 07/01/24. Du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 16h au théâtre du Lucernaire (53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris. Tél. : 01.45.44.57.34)

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Nasser Djemaï, gardien de vies

Jusqu’au 16/12, au Théâtre des Quartiers d’Ivry (94), le metteur en scène, auteur et directeur Nasser Djemaï propose Les gardiennes. Entre humour et émotion, la partition de quatre femmes au crépuscule de leur vie qui embrassent le futur avec fougue et énergie ! Fières de leur passé et confiantes en l’avenir.

Elles sont pimpantes, les trois fées du logis qui squattent l’appartement de Rose ! Un peu usées et fripées, certes, peut-être même un peu timbrées, mais toujours libres et disponibles pour seconder leur copine, désormais confinée dans son fauteuil roulant… « Ces Gardiennes sont fées et sorcières », confirme Nasser Djemaï, l’auteur-metteur en scène et directeur du Théâtre des Quartiers d’Ivry. « La vieillesse, elles en jouent, elles en rient, elles l’assument… Elles ont partagé les grandes espérances de l’après-guerre, elles ont connu des grèves victorieuses et la promotion sociale des enfants ». Quatre tranches de vie enracinées dans la camaraderie des luttes ouvrières d’hier, quatre femmes solidaires encore aujourd’hui pour faire face à l’adversité et s’occuper de Rose au quotidien, du soir au matin.

Un quotidien bien rôdé entre repas et tâches ménagères, les humeurs de l’une et les fantasmes de l’autre jusqu’au jour où l’intrusion de Victoria, la fille de Rose, vient perturber cet ordinaire bien huilé ! Son projet ? Assurer le bien-être de sa mère, face aux risques inhérents à son état de santé, la convaincre d’un placement en maison de retraite médicalisée… Une éventualité qui a le don de révolter les trois copines, elles en sont convaincues : exfiltrer Rose de son quartier et de sa maison, la couper de son environnement et de son tissu de relations qui la font être encore au monde, c’est proprement signer son arrêt de mort ! En dépit de son handicap, Rose, l’ancienne syndicaliste et meneuse de grèves, reste une lutteuse, une combattante dont ses amies connaissent la fureur de vivre.

Le conflit est inévitable, l’opposition entre générations à son apogée ! Sur le plateau, les quatre mamies flingueuses sont pétillantes de naturel et de fraîcheur. Qui s’emparent du texte de Djemaï avec force humour, s’évadant dans des fantasmagories au hasard fumeux pour mieux s’ancrer dans la réalité… On s’émeut du sort réservé à nos anciens, on sourit de leur imaginaire fourmillant d’inventivités pour mettre la jeunette en échec, on applaudit à ces forces inconnues qu’elles puisent en elles-mêmes pour s’en aller gagner cet ultime combat à décider seules ce que doit être leur devenir, symbole de liberté et de dignité. Comme hier à l’usine, unies dans leur projet, unanimes dans leur discours, « profiter des derniers rayons du soleil, connaître de nouvelles aventures, être encore amoureuse »… Pas de limite d’âge à un tel programme, c’est réjouissant de rêver alors d’une révolution future germant dans les ehpads pour s’en aller battre le pavé, toutes générations confondues ! Yonnel Liégeois

Les gardiennes : jusqu’au 16/12, au TQI. Espaces Pluriels – Pau, les 20 et 21/12. Théâtre Victor Hugo – Bagneux, le 12/01/24. Les Salins – Martigues, le 16/01. Scène nationale de Bourg en Bresse, les 24 et 25/01. Théâtre Le Reflet- Vevey (Suisse), le 2/02. L’Hectare – Territoires vendômois, le 8/02. Le Cèdre – Chenôve, le 6/04.

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Giusto Traina, le bêtisier des antiquisants

Aux éditions des Belles Lettres, l’historien Giusto Traina publie Le Livre noir des classiques, une histoire incorrecte de la réception de l’Antiquité. Avec érudition et humour, le spécialiste de l’histoire romaine dénonce les récupérations et rétablit quelques vérités sur les temps antiques. Paru dans le mensuel Sciences Humaines (N°363, novembre 2023), un article de Frédéric Manzini.

Ce qu’il y a de commode avec les morts, c’est qu’on peut leur faire dire à peu près tout ce qu’on veut. Et c’est encore plus vrai de l’antique, dont on maltraite d’autant plus aisément la mémoire que ses défenseurs se font rares. Parmi ces derniers, Giusto Traina, alliant l’érudition à l’humour, revêt les habits du chevalier blanc dans ce Livre noir des classiques. Ce grand spécialiste d’histoire romaine dénonce par exemple la désinvolture avec laquelle les nazis ont cherché à récupérer l’héritage de la Grèce classique, mais aussi l’idéalisation de la polis abusivement promue modèle de démocratie, ou encore les multiples mésusages dont la figure d’Antigone fait régulièrement l’objet pour incarner ce qui serait une authentique justice hors la loi, sans oublier notre fameux fantasme national concernant « nos ancêtres les Gaulois » qui méconnaît la présence antérieure de Basques sur le territoire.

Un très édifiant bêtisier des antiquisants, donc ? Oui, mais pas seulement, car les conséquences de l’idéologie ignorante sont éminemment politiques, surtout lorsque la question des « origines » et autres « racines » de notre civilisation devient un enjeu sensible. Aujourd’hui, c’est la la cancel culture qui inquiète de plus en plus souvent les classicistes, à l’image de ces « collèges américains qui, pour des raisons avant tout budgétaires, ont éliminé ou projettent d’éliminer les études classiques, en utilisant le cas échéant le politiquement correct comme cheval de Troie, en arguant de contenus racistes et sexistes qui seraient présents dans les œuvres des auteurs antiques ». Pourtant, l’Antiquité n’était pas plus préfasciste que les sculptures grecques n’étaient uniformément blanches…

Giusto Traina ne fait pas que rétablir quelques vérités sur ces objets de nos propres projections que sont les classiques : il nous invite à prendre du recul et à comprendre que l’historicisation du passé est la meilleure manière de contrer son instrumentalisation par le présent. Frédéric Manzini

Le Livre noir des classiques. Une histoire incorrecte de la réception de l’Antiquité, de Giusto Traina (Les Belles Lettres, 208 p., 15€50).

Dans ce même numéro de novembre, Sciences Humaines propose un original dossier, fort instructif : Vivre avec la mort, ici et ailleurs. Avec un grand entretien en compagnie de la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury, La dignité est l’affaire de tous. Ainsi que l’émoustillant témoignage du plus que centenaire Edgard Morin, auteur de L’homme et la mort (Points Seuil, 352 p., 6€50). Dès sa création, Chantiers de culture a inscrit le mensuel sur sa page d’ouverture au titre des « Sites amis ». Une remarquable revue dont nous conseillons vivement la lecture. Yonnel Liégeois

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Le Doze, père et fils à l’affiche

Jusqu’à fin décembre pour l’un et janvier 2024 pour l’autre, au théâtre du Ranelagh, la famille Le Doze s’offre en spectacle. Gabriel le père, comédien en compagnie de Nicolas Vaude dans Le neveu de Rameau d’après Diderot, le fils Tristan dans la mise en scène de L’antichambre de Jean-Claude Brisville. Deux spectacles virevoltant d’esprit, brillants et pétillants.

Dans les deux pièces programmées en la même soirée au théâtre du Ranelagh, ils sont trois à occuper l’espace : deux comédiens et un musicien pour Le neveu de Rameau, deux femmes et un homme qui squattent L’antichambre… De joutes verbales en répliques cinglantes, chacune et chacun en imposent dans l’élégance ou l’outrecuidance du propos, par leur gestuelle et leur éloquence.

Et c’est peu dire avec Nicolas Vaude, ledit Neveu accouché de l’imaginaire de Diderot : un feu follet dépenaillé et d’une impertinence débridée qui caracole des coulisses à la scène, balance ses répliques du balcon au fin fond du théâtre, bouscule tous les codes dramaturgiques comme il se moque des convenances sociales et langagières dans un esprit frondeur sans bornes ni frontières ! Il faut bien de la patience et de la bienveillance, une étonnante science de l’écoute à Gabriel Le Doze, philosophe patenté des Lumières et improvisé père la sagesse, pour tempérer les ardeurs du fougueux neveu aux saillies verbales à l’emporte-pièce. Costume immaculé et cheveu bien peigné, face aux fripes et à l’outrecuidance de son interlocuteur, il impose sa présence d’un subtil mouvement de tête ou d’une légère intonation de voix. Un formidable numéro de comédiens réglé de bonne note par Olivier Baumont, éminent claveciniste dans l’interprétation au plateau des œuvres de Jean-Philippe Rameau (contemporain de Diderot, Voltaire et d’Alembert), une finesse du doigté qui déborde les cimaises des scènes musicales !

Le bon, la brute et le truand selon le célèbre film signé Sergio Leone, Le sage, l’art brut et l’impudent pourrait-t-on dire de ce truculent Neveu de Rameau ! De par son humour dévastateur et son humeur caustique portée à son paroxysme, la satire n’épargne personne, surtout pas les grands et les puissants. Diderot manie l’esprit de contradiction avec délectation, livrant un duel débridé entre le vice et la vertu ! Certes, mais pas que : derrière la supposée pochade du maître des Lumières, « un texte d’une grande modernité qui, sur le mode du dialogue philosophique, revient sur le sens de la vie et qui, en deux cents ans, n’a pas pris une ride », commente Jean-Pierre Rumeau, le metteur en scène. Dans ces plaisirs de l’esprit qui prennent ainsi chair et sueur, qui transpirent de la scène à la salle en un tsunami de rires, un trio qui vraiment décape et décoiffe avec force talent.

En ouverture de soirée, toujours en ce superbe écrin du Ranelagh héritier du siècle des Lumières, les amoureux du théâtre ne manqueront pour rien au monde L’antichambre du dramaturge Jean-Claude Brisville, auteur du fameux Souper mis en images par Édouard Molinaro ! Là encore une joute verbale, un dialogue finement ciselé qui ne masque ni prétentions ni ambitions entre anciens et modernes, plutôt entre Madame du Deffand atteinte par l’âge et la cécité et Julie de Lespinasse, la jeune et intrépide fille illégitime de son frère ! Autrement plus prometteur que le couvent, direction le salon de la susnommée Deffand qui cherche une lectrice… En cette année 1750, ce temple des conversations éclairées brille de ses plus beaux feux, rassemble les plus fins limiers des lettres et des sciences, d’Alembert et Diderot parmi les plus célèbres. Avec pertinence et doigté, Tristan Le Doze orchestre sans artifice ce duel à fleurets mouchetés : deux fauteuils et un tabouret, deux robes et un costume d’époque, le décor est planté, la partie de dames peut commencer !

Nous ferons silence sur la scène finale entre Céline Yvon l’aînée et la fringante Marguerite Mousset. Précisons seulement que cette dernière porte fièrement les audaces de sa jeunesse, manie la répartie d’une langue acérée, chante juste et dévoile de bien jolies jambes dans ses bas blancs. Qui ont l’heur de plaire au sieur Hénault (Rémy Jouvin) en charge d’arbitrer le conflit entre ces deux fortes personnalités… De l’impertinence à l’intelligence, à mots couverts L’antichambre soulève surtout moult questions essentielles en ce troisième millénaire gavé de prétendue modernité : quid du rapport à la vieillesse, quid du statut de la femme, quid de l’éducation et de l’acquisition des savoirs ? « Ces thématiques m’ont permis de faire un transfert temporel, de remplacer mentalement huguenot par musulman, bâtarde par fille d’immigrée, encyclopédie par internet », précise le metteur en scène. Créée en 1991 au théâtre de l’Atelier, avec les inoubliables Suzanne Flon et Henri Virlogeux (Molière du comédien en 1992) dans les rôles titres, la pièce se révèle d’une brûlante actualité. Sous la férule de Tristan Le Doze, dépouillement du décor et qualité de l’interprétation permettent de la savourer avec tendre jubilation. Yonnel Liégeois

L’antichambre, mise en scène de Tristan Le Doze : jusqu’au 14/01/24 (du jeudi au samedi à 19h, le dimanche à 15h). Le neveu de Rameau, mise en scène de Jean-Pierre Rumeau : jusqu’à fin décembre (du jeudi au samedi à 20h30, le dimanche à 17h). Théâtre du Ranelagh, 5 rue des Vignes, 75016 Paris (Tél. : 01.42.88.64.44).

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Abraham-Kremer, scène d’envol

Jusqu’au 15/10, au Théâtre du Lucernaire (75), Bruno Abraham-Kremer présente Parle, envole toi !, ou comment le théâtre m’a sauvé la vie. Co-mis en scène par Corine Juresco, l’auteur et comédien conte l’histoire de sa vie et de sa découverte du théâtre. Tendre et émouvant, un souffle de liberté.

Pour seul décor, un long banc que le comédien n’hésite point à gravir pour s’envoler en des déclarations enflammées, passionnées ! D’une énergie débordante, Bruno Abraham-Kramer entonne sa confession publique : tout, tout, nous saurons tout, en tout cas tout ce qui lui paraît essentiel et vital, de son enfance, de sa jeunesse jusqu’à aujourd’hui. Au chevet de son père malade, alors que le dialogue jusqu’alors s’avérait impossible, il ose enfin parler, se dévoiler, se confier. Un enfant taciturne et solitaire qui découvre, presque par inadvertance, ses racine juives. Lors d’un voyage avec ses parents dans les pays de l’Est, en Hongrie, à l’occasion de la visite de la grande synagogue de Budapest : sur les murs, encore les traces de balles, à jamais d’une génération l’autre, il se perçoit comme un rescapé du génocide !

Grand avocat, séparé et désespéré, le père élève seul le gamin, le domicile familial est aussi siège du cabinet. Point de connivence, aucun signe extérieur d’affection, « bosse et tais-toi, étudies ton droit et deviens avocat comme moi », jure le patriarche à mots couverts. Esseulé, l’enfant rêve déjà d’une autre vie. « Lorsque je jouais seul dans ma chambre aux cow-boys et aux indiens, je n’avais pas l’impression de mentir, c’était des superproductions dont je jouais tous les rôles avec le même plaisir, le même engagement total », se souvient-il. D’errance en errance, de fugues nocturnes en plaisir éphémères, c’est le coup de grâce, la révélation : une sortie scolaire au Théâtre du Soleil, une représentation de L’âge d’or mis en scène par Ariane Mnouchkine ! Sans hésiter, il se fait la malle et rejoint à Nice une troupe de théâtre. La liberté est au rendez-vous, le bonheur et le plaisir aussi, enfin.

De conteur à acteur, avec Parle, envole toi !, Bruno Abraham-Kramer joue et rejoue sa propre vie avec finesse et délicatesse. Surprenant son public, du rire aux larmes, entre anecdotes savoureuses et souvenirs émouvants de ses premiers pas sur les planches… Il l’avoue, « le goût du jeu » l’a sauvé, outrepassant les principes de sa famille juive, prouvant à chacun que devenir comédien est un métier, porteur d’avenir. La preuve ? La création de son Golem en 1990, qu’il a promené aux quatre coins de l’Europe et donné des centaines de fois ! D’autres spectacles, au succès marquant, suivront : l’Angoisse du roi Salomon, de Romain Gary, La vie est une géniale improvisation, d’après la correspondance du philosophe Vladimir Jankélévitch, Nicolas de Staël, la fureur de peindre… Créé en résidence au Garage théâtre de Cosne, le titre du spectacle s’inspire des paroles du Rabbi Nahman de Braslav, Parle ! envole-toi, tes mots sont des ailes. Sans aucune hésitation, envolez-vous au Paradis, l’emblématique salle du Lucernaire ! Yonnel Liégeois

Parle, envole toi ! ou comment le théâtre m’a sauvé la vie, de et avec Bruno Abraham-Kremer : jusqu’au 15/10 au Lucernaire, du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 17h30. 53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris (Tél. : 01.45.44.57.34).

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Vian, la belle écume

Jusqu’au 27/08, se joue au théâtre du Lucernaire (75) L’écume des jours. Le roman à succès de Boris Vian, adapté par Claudie Russo-Pelosi. Entre musique et chansons, un rafraîchissant spectacle proposé par la compagnie des Joues rouges.

Comédiens, musiciens et chanteurs, la bande de garçons et filles de la compagnie des Joues rouges s’empare avec énergie de L’écume des jours de Boris Vian. Il est question d’une belle et douce jeune femme dont est amoureux Colin. Las, Chloé est atteinte d’un mal incurable : la croissance d’un nénuphar qui squatte ses poumons ! En dépit de la mort qui rode, rien ne parvient pourtant à casser l’ambiance, le sourire et la bonne humeur semblent ne jamais devoir quitter les lèvres des joyeux lurons.

Ils ne cessent de s’amuser, chanter et danser, égrenant au fil des chapitres de cette histoire entièrement vraie, « puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre » précise Boris Vian, les plus emblématiques refrains et ritournelles du célèbre trompettiste. Avec l’adaptation fort originale et réussie de Claudie Russo-Pelosi, l’insouciance et l’insolence premières du roman s’en trouvent magnifiées. L’urgence de vivre, propre à la jeunesse, s’impose envers et contre tout. Malgré les menaces extérieures qui minent le quotidien et le tragique qui s’affiche en permanence sans jamais quitter le devant de la scène, musique jazzy, refrains et couplets entretiennent la confiance aux lendemains, l’espérance en un fol devenir. Un théâtre musical et chansonnier inventif, où le public a plaisir à retrouver l’univers déjanté et surréaliste du grand Boris. Yonnel Liégeois

L’écume des jours : Jusqu’au 27/08, du mercredi au samedi à 19h, le dimanche à 16h, au Théâtre du Lucernaire (Tél. : 01.45.44.57.34).

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Bonnaffé, l’agité du buccal !

Du 20 au 23/08, à la Mousson d’été (54), Jacques Bonnaffé présente L’Oral et Hardi. Sur les textes de l’iconoclaste écrivain et poète belge Jean-Pierre Verheggen, un spectacle totalement déjanté. Un « agité du buccal » qui, fort d’un imaginaire débridé, se joue des mots dans un grand éclat de rire. Le 30/08, à Cosne-sur-Loire (58), il proposera Frontalier de Jean Portante au Garage Théâtre.

« Que notre langue soit rebelle aux trop sages oreilles, qu’elle leur paraisse trop insurrectionnelle au besoin, pourvu qu’elle soit tout le contraire de celle des politiciens  » : cette maxime de Jean-Pierre Verheggen, méritant lauréat du prix Nobelge, Jacques Bonnaffé la fait sienne. Pour l’incarner, avec force humour et talent, en cet inénarrable L’Oral et Hardi… En 2009 déjà, ce même spectacle aujourd’hui revisité valut un Molière à l’incurable bonimenteur quand il déclama sur scène les textes à l’architecture proprement iconoclaste du trublion wallon. Une plume qui file à bride abattue entre érudition et humour, se moquant des règles du langage comme un cheval fou dans un jeu de scrabble, une cavalcade épicée entre sauts de mots et obstacles lexicaux. Une écriture qui prouve que l’esprit de dérision se révèle puissante arme de subversion !

Une verve qui déverse et chute les mots à grande vitesse, à rougir de honte les eaux du Niagara… De la salle à la scène, de cour à jardin, outre d’impromptus tours et détours en coulisses, l’hardi Ch’ti court, saute, gambade, se dépense sans compter. Ne cessant jamais, fort de son accent du Nord, de parler, haranguer, proférer, déclamer, apostropher le public de ses hautes considérations poético-philosophiques… « Je suis un handicapé de la langue, un languedicapé de naissance », confesse Jean-Pierre Verheggen. Une affirmation qui ravit le récitant voltigeur, appréciant les « odes homériques, transes linguistiques, morceaux de bravoure et discours manifestes » de l’atypique wallon. Un baroudeur verbal qui chevauche avec gourmandise, calvitie au vent, monts et vallons poétiques.

Ticket chic pour allocution poétique, est-il précisé en sous-titre choc. Publicité mensongère, erreur de casting : se déploie en fait un époustouflant marathon verbal, un « métingue » à sulfureuse portée politique ! La stupeur du public monte et enfle, sa jubilation aussi, face à l’avalanche de déclarations-interpellations-énumérations. Époumonées allegro presto, sans répit ni repos, entre sauts de cabri pour l’interprète et coups de langue pour les textes… Bonnaffé ? Un obsédé du verbe, un déjanté du vers, un allumé du buccal qui transpire à gros mots à tout vouloir dire sur le tout et le rien, surtout sur l’essentiel : que la poésie est fille rebelle, que la rime subvertit autant la grammaire des bien-disants que le monde des bien-pensants.

L’Oral et Hardi ? Entre hilarité débridée et sérieux assumé, de l’écrire au dire, une plongée surréaliste dans l’imaginaire pour un lâcher prise salutaire ! Yonnel Liégeois

L’Oral et Hardi, avec Jacques Bonnaffé sur des textes de Jean-Pierre Verheggen, dans le cadre de la Mousson d’été : le 20/08 à 18h, salle des fêtes, 54700 Atton. Le 22/08 à 19h, salle multi-activités, 54380 Dieulouard. Le 23/08 à 19h, espace Saint-Laurent, 54700 Pont-à-Mousson.

– Le 30/08 à 21h00, à Cosne-sur-Loire (58), Jacques Bonnaffé présente Frontalier. Un texte de Jean Portante, mis en scène par Frank Hoffmann, dans le cadre de la 4ème édition du festival du Garage Théâtre. L’épopée de toutes les frontières enjambées depuis Enée, fuyant sa ville de Troie, jusqu’au migrant d’aujourd’hui. Avec l’inénarrable bateleur de mots à la dérive, de rime en rime et tout le toutime pour réveiller nos pupilles ou épicer nos papilles !

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Pierre Dac, le parti d’en rire !

Jusqu’au 27/08, le Musée d’art et d’histoire du judaïsme présente Le parti d’en rire, l’exposition consacrée à Pierre Dac. Plus de 250 documents éclairent le parcours personnel et l’œuvre de ce maître de l’absurde. Du résistant, humoriste, comédien et franc-maçon, ses pensées authentiques en caractères surlignés !

Tout penseur avare de ses pensées est un penseur de Radin

Il est beau le progrès, surtout quand on pense que la police n’est même pas fichue de l’arrêter ! La voiture électrique tant vantée par les industriels et publicitaires, une catastrophe humanitaire avec le développement du nucléaire et l’extraction des métaux rares, une avancée technologique dont  bénéficieront avant tout les puissances occidentales… Les milliers de gens confrontés à l’avancée du désert, à la sécheresse des terres et à la montée des eaux en Afrique, en Asie ou en Inde ? Le doute n’est point de mise, avec l’arrivée de Super Nino, les avis mortuaires le confirment : né à Delhi, de petite taille et d’un caractère paisible, c’était un nain doux ! Qu’importe, il n’aurait jamais trouvé où brancher la prise de sa batterie rechargeable.

Malgré le réchauffement climatique, l’avenir est devant nous. Certes, beaucoup l’auront dans le dos à chaque fois qu’ils se retourneront ou feront demi-tour… Voyons loin cependant, à y regarder de près, n’oublions jamais le geste qui sauve : c’est en taillant sa pierre qu’on devient franc maçon, c’est en élaguant son arbre qu’on devient parfait bûcheron, c’est en forgeant qu’on devient forgeron et c’est en sciant que Léonard devint scie ! Rien ne nous empêchera d’aller de l’avant. Hormis peut-être une crise de constipation, ça bloque un peu les mouvements quand la matière fait cale.

Ce n’est pas une raison, parce que rien ne marche droit, pour que tout aille de travers

On ne peut pas être et avoir été, dit un populaire dicton, de prétendus penseurs aussi… C’est faux, on peut très bien avoir été un imbécile et l’être encore. Restons vigilants en 2023, la  vérité avance parfois masquée, ce n’est pas en tournant le dos aux choses qu’on leur fait face. Il est des évidences qui n’en finissent pas de nous surprendre. Un exemple ? Si nous portions nos chaussures à la main plutôt qu’aux pieds, elles s’useraient moins vite.

Lors de chaque crise sociale, le spectacle est grandiose, devant le petit écran surtout. Désormais, tous les doutes sont levés, vraiment la télévision est faite pour ceux qui, n’ayant rien à dire, tiennent absolument à le faire savoir.

Leurs contradicteurs ont intérêt à bien se tenir… Il ne faut pas faire le malin, la sanction risque de tourner à la baston si le citoyen récalcitrant croise trois ou quatre pandores en mal d’exercice. Un accusé est cuit quand son avocat n’est pas cru. Pire encore, il est condamné sans procès s’il ne peut présenter au juge d’images promptes à le disculper. Manifestant ou simple opposant, chacun en est persuadé : les forces de l’ordre sont celles qui sont aux ordres de ceux qui les donnent.

Nous le savons, pour l’oublier aussi vite, parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs et rigoureux de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir. En parfaite harmonie avec les Pensées du maître 63, le silence s’impose donc : c’est l’éruption de la fin, l’heure du point final. Fort d’une conclusion à haute valeur poétique, sommet du questionnement philosophique : qu’importe le flocon, pourvu qu’on ait l’Everest !

Yonnel Liégeois, à la manière dePierre Dac, Pensées

Si la semaine de quarante heures était réduite de moitié, les fins de mois auraient lieu tous les quinze jours

 

Hommage au MAHJ

Qui sait que, dans les années 1950, Pierre Dac (1893-1975) fut l’inventeur du schmilblick, cet objet au nom yiddish « qui ne sert absolument à rien et peut donc servir à tout » ? Qui se souvient du biglotron ? Qui a en mémoire la désopilante série radiophonique Bons baisers de partout, diffusée sur France Inter de 1966 à 1974 ? Des années 1930 au milieu des années 1970, l’imagination et l’inventivité de Pierre Dac ont nourri la culture française d’un extraordinaire arsenal humoristique. Né André Isaac à Châlons-sur-Marne, Pierre Dac est issu d’une famille juive alsacienne qui choisit la France après Sedan. Il s’engage durant la Première Guerre mondiale, animé du désir de rendre l’Alsace-Lorraine à la France. Après l’armistice, il se tourne vers le métier de chansonnier. Ses sketchs, chansons, et surtout ses « pensées », lui valent un succès immédiat.

Dans les années 1930, il produit les premières émissions d’humour à la radio (La société des loufoques, La course au trésor…), puis il fonde l’hebdomadaire L’Os à moelle. Résistant de la première heure, il rejoint la France libre en 1943. Dans les Français parlent aux Français, au micro de Radio Londres, il mène une guerre des mots contre Radio Paris. Au lendemain de la guerre, Pierre Dac rencontre Francis Blanche, avec lequel il crée « Sans issue ! » aux Trois Baudets, puis le célèbre Sâr Rabindranath Duval et le feuilleton Signé Furax, la série la plus écoutée de l’histoire de la radio, tout en militant à la Lica, ancêtre de la Licra. Il fut aussi un « franc-maçon actif et assidu » selon les historiens de la Grande Loge de France (ndlr), initié dans l’atelier « Les inséparables d’Osiris » en 1926.

L’exposition éclaire la créativité musicale et littéraire de Pierre Dac, ses modes d’expression très divers (cinéma, radio et télévision), tout en restant attaché au cabaret et au théâtre. Elle évoque ses compagnons de route : Francis Blanche, Jean Yanne et René Goscinny. Enfin, elle replace l’œuvre de Pierre Dac parmi celles des maîtres de l’absurde (Beckett, Ionesco, Dubillard…), redevable tant à l’argot des bouchers qu’au Witz freudien, et aborde les résonances de sa judaïté dans son parcours personnel et ses choix artistiques. Anne-Hélène Hoog et Jacques Pessis, commissaires de l’exposition

Pierre Dac, le parti d’en rire : jusqu’au 27/08, une exposition du MAHJ. Hôtel de Saint-Aignan, 71 rue du Temple, 75003 Paris.

Les temps sont durs, votez MOU !

Pierre Dac et Cabu sont nés à Châlons-en-Champagne, à des années d’écart mais à seulement quelques centaines de mètres de distance. Le roi des loufoques est resté jusqu’à l’âge de 3 ans dans une ville qui s’appelait alors Châlons-sur-Marne et que, origines juives obligent, il voulait faire rebaptiser Chalom-sur-Marne.

Le père du Grand Duduche et du Beauf y a grandi et commencé sa vie professionnelle dans le journal local. Pendant ses jeunes années, il a nourri son humour naissant en dévorant des numéros de L’Os à moelle conservés dans le grenier familial.

Quand on prend les virages en ligne droite, c’est que ça ne tourne pas rond dans le carré de l’hypoténuse

Le leader du MOU (le parti du Mouvement Ondulatoire Unifié, fondé lors de l’élection présidentielle de 1965) et Cabu se sont rencontrés qu’une seule fois, en 1969, à Paris. Les voici à nouveau réunis à travers Les Pensées du maître 63, devenues des classiques, illustrées par des dessins en noir et blanc mais résolument hauts en couleur. Pour le meilleur, mais surtout pour le rire. Les éditions du Cherche-Midi (212 p., 15€)

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