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La pomme de terre a la frite !

Belges, Françaises, Russes ? L’origine des frites, c’est toute une histoire ! Si la question est sujette à controverses, ce plat du Plat Pays est aussi une pomme de concorde outre-Quiévrain. Un élément phare du patrimoine national, qui a déclaré la Journée internationale de la frite belge à la date du 1er août. Paru dans le quotidien L’Humanité, un article de Julia Hamlaoui

Les frites ? Un plat de Belgique, bien sûr. Eh bien, détrompez-vous, les frites n’y sont pas nées. Mais vous n’êtes pas seul à être tombé dans le panneau, tant l’histoire de leur origine est objet de controverses et de vives revendications. Nos voisins d’outre-­Quiévrain ont longtemps cru dur comme fer – et certains n’en démordent pas aujourd’hui – en être les inventeurs. Et pour cause : l’historien belge Jo Gérard a rendu cette thèse célèbre, via une publication de 1984, où est relatée sa découverte d’un manuscrit de 1781 racontant comment les habitants de Namur faisaient frire des pommes de terre en forme de petits poissons, pour remplacer ceux qu’ils n’avaient pu pêcher dans la Meuse lors d’hivers particulièrement rigoureux. Une « pratique (qui) remonte déjà à plus de cent années », y est-il précisé, soit à 1680. La conclusion est sans appel : les Namurois ont été les premiers à cuisinier des frites.

Mais cette démonstration est « aussi fantaisiste que hâtive », tranche l’historien belge de l’alimentation Pierre Leclercq dans une série à la RTBF sur les « grands mythes de la gastronomie ». Le fameux texte parlerait de pommes de terre rissolées. Rien à voir donc avec les bâtonnets ! Pourtant, cette histoire, « principal argument en faveur de la paternité belge de la frite, (…) a fini par entrer dans la conscience collective. Et ce malgré les travaux d’historiens sérieux qui la discréditent complètement », poursuit le spécialiste. Autre hypothèse en vogue, notamment parmi les Belges au début du XXe siècle : une origine russe. L’idée serait née d’un coup marketing, explique notre spécialiste sur le site de l’université de Liège. À l’époque, « le paquet de frites dont on se délectait chaque année à la foire portait ­l’énigmatique nom de “russe” », rebaptisé ainsi par M. Fritz, un forain, pour surfer sur « l’immense vogue médiatique suscitée par la guerre de Crimée ».

Mais où est la vérité alors ? En fait, la frite serait parisienne. « Dans les années 1780, des vendeuses de beignets frits de pommes de terre s’installent sur le Pont-Neuf, à Paris. Il semble bien que ces marchandes soient les premières à avoir plongé des tranches de pomme de terre dans une friture, probablement aux environs de 1800 », affirme Pierre Leclercq. Cette « pomme Pont-Neuf » deviendra bâtonnet. Trente ans plus tard, le plat en cornet serait même devenu « le symbole de la cuisine populaire parisienne », cité dans de nombreux romans, pièces de théâtre ou chansons. L’appellation « french fries » aurait dû nous mettre sur la piste, pensez-vous. Erreur. L’expression viendrait en fait d’un dialecte irlandais dans lequel « french » signifie « coupé en morceaux ». Sans rapport avec la France : un piège dans lequel est tombée la droite américaine qui, pour punir l’Hexagone de son opposition à la guerre en Irak en 2003, avait rebaptisé les frites les « freedom fries ».

Si l’origine belge est aujourd’hui la plus répandue, c’est que, après avoir été introduits par M. Fritz, qui avait fait ses armes à Montmartre puis fondé la toute première baraque à frites à Liège, les bâtonnets dorés sont devenus une institution chez nos voisins. Le pays ne compte pas moins de 5000 fritkots (baraques à frites) et la spécialité affirme ses spécificités : deux bains de cuisson dans de la graisse de bœuf et à déguster avec de la mayonnaise, s’il vous plaît. Les Belges en sont si toqués qu’en 2016 une radio de Bruxelles s’est même lancée dans une mission spatiale : envoyer le premier « paquet de frites » dans l’espace grâce à un ballon-sonde. Un succès !

Mais malgré les « brettes » entre nations sur son origine, la frite est facteur d’unité au pays du surréalisme. Alors que les tensions entre la Wallonie, la Flandre et Bruxelles ont donné lieu, à l’orée des années 2010, à l’une des plus longues crises politiques d’Europe, avec 541 jours sans gouvernement, la patate les a réunies. Chaque communauté l’a classée à son patrimoine, et dès 2014 la Belgique a annoncé son intention de la faire candidater au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. En attendant que la démarche aboutisse, il en fut ainsi pour la bière en 2016, le 1er août a été déclaré « Journée internationale de la frite belge ». Alors, bon appétit, bien sûr ! Julia Hamlaoui

Deux fritures, une fois !

Comme leur origine, la recette des frites est l’objet de multiples querelles. Épluchées ou avec la peau ? À laver, avant ou après la découpe ? À frire à l’huile ou à la graisse de bœuf ? En une ou deux cuissons ? Et la vapeur, vous y avez pensé ? Bref, il existe presque autant de façons de faire les frites que d’amateurs prêts à les savourer. Mais si elles sont nées à Paris, il faut reconnaître que les Belges sont passés maîtres dans l’art du bâtonnet doré. Alors, pour célébrer comme il se doit la Journée internationale de la frite belge, le 1er août, suivez ces quelques conseils :

Abandonnez les surgelées et munissez-vous d’un bon couteau. N’oubliez pas de choisir une variété adaptée, comme la bintje.

Lavez les pommes de terre avant de les éplucher. Vous pouvez aussi garder la peau, mais c’est moins traditionnel.

Taillez des tranches de 1 à 2 cm d’épaisseur, puis des bâtonnets de même dimension.

Rincez les frites encore crues à l’eau froide pour éliminer l’excès d’amidon (afin qu’elles ne collent pas entre elles à la cuisson) et séchez-les bien (pour plus de croustillant).

Chauffez la graisse de bœuf (aussi appelée « blanc de bœuf ») à 140 °C et plongez vos frites pour un premier bain de 4-5 minutes (temps de cuisson à adapter selon la quantité).

Laissez reposer durant au moins 30 minutes sur un papier absorbant.

Plongez-les dans un deuxième bain ! De nouveau pour 4-5 minutes mais à 180 °C cette fois, en les secouant de temps en temps pour les aérer.

Égouttez, salez immédiatement au sel fin, n’oubliez pas la mayonnaise et dégustez !

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La mort au rendez-vous

Jusqu’au 28/07 en Avignon (84), au théâtre Présence Pasteur, Marie Levavasseur et Franck Berthier proposent L’affolement des biches et Voyage à Zurich. Deux spectacles qui traitent avec subtilité, mais aussi humour et fantaisie, de la mort et du choix de la fin de vie.

Comment parler de la mort en famille ? Marie Levavasseur propose d’une part le rire, et de l’autre le regard d’une gamine de treize ans, « Cahuète », pour qui les codes des adultes sont tout simplement dépassés. Zoé Pinelli, avec sa bouille de gentil lutin au féminin, en veut beaucoup à sa grand-mère qui, sans prévenir, a fait le grand bond de l’autre côté du miroir. « Quels récits raconter à ceux qui partent et à ceux qui restent », se demande l’auteure pour qui « ce spectacle est aussi une manière de conjurer nos peurs et de célébrer la vie. Il pose la question de la place du sacré et des rituels dans nos sociétés où les institutions religieuses ou civiles semblent en panne d’inspiration ». Pour donner un coup de main à sa famille laissée sur le quai, Annabelle la défunte (pétillante Marie Boitel) revient parmi eux, pour participer à ces moments un peu particuliers qui précèdent la cérémonie finale.

Annabelle était malade, se savait condamnée. Seul Einstein (Serge Gaborieau) son compagnon et père des enfants, médecin de son état, était dans le secret. Elle avait choisi elle-même son dernier jour, avant de ne plus avoir la possibilité de le faire. Mais voilà que la famille (interprétée par Yannis Bougeard, Béatrice Courtois, Morgane Vallée) est confrontée à cette décision, et à quelques questions annexes comme le choix entre inhumation ou crémation. Pour l’aider, un très étonnant représentant des pompes funèbres (tourbillonnant Valentin Paté) assiste les survivants tout en dialoguant avec la défunte. L’affolement des biches, qui fait une vague référence à ces jolis animaux sensibles et peureux, met sur la table les relations familiales quand chacun, bouleversé par le décès, est aspiré par sa morale, ses convictions, son métier, ses études… Pour son premier spectacle « adulte » après plusieurs pièces destinées au jeune public, la directrice de la compagnie Les Oyates fait entendre une petite partition originale et assez réjouissante.

Inspiré d’une histoire véritable (celle de la comédienne Maïa Simon), le récit de Jean-Benoît Patricot est adapté et mis en scène par Franck Berthier. Sur le plateau, Marie-Christine Barrault, remarquable, est entourée de Yannick Laurent, Arben Bajraktaraj, Marie-Christine Letort, et Magali Genoud. Ce Voyage à Zurich n’a rien d’une ballade d’agrément, puisque c’est là qu’a décidé de mourir la comédienne, se sachant atteinte d’un cancer désormais incurable. Elle a choisi la Suisse, puisqu’en France la loi interdit toujours aux personnes irrémédiablement condamnées de quitter ce monde dans la dignité, quand leur conscience le leur permet encore. La pièce n’écarte pas les multiples questionnements, inévitables. Avec humour, conviction et délicatesse. Gérald Rossi

L’affolement des biches (jusqu’au 28/07, à 12h25) et Voyage à Zurich (jusqu’au 28/07, à 16h20) : théâtre Présence Pasteur, 13 rue du Pont Trouca, 84000 Avignon (Tél. : 04.32.74.18.54/07.89.21.79.44).

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Meslay s’en mêle !

Jusqu’au 29/07 en Avignon (84), au théâtre de La Bourse du travail, Albert Meslay l’avoue, Je n’aime pas rire, ça me rappelle le boulot ! Une affirmation du maître de l’absurde, aussi déjantée que le reste de sa prestation, qui offre un condensé de ses trois derniers spectacles. De l’humour hautement personnalisé !

Héritier de Devos et Desproges, Albert Meslay se joue des mots avec intelligence, mais surtout grande impertinence ! Le cheveu rebelle, truculent prince-sans-rire sous ses insolentes bacchantes, il distille son humour noir et décalé dans l’espoir de dérider bien-pensants et mieux-disants coincés entre point et virgule, assommés à coups de poing-virgule… Habitué à donner son avis sur tout et n’importe quoi sans même qu’on lui ait demandé, surtout sur ce qui ne le regarde pas, en toute bonne foi il est capable de vous faire prendre une crevette pour un homard. Ce qui ne l’empêche pas d’avouer dans la foulée, et avec grand naturel, qu’il n’est pas toujours d’accord avec ce qu’il pense ! Et donc avec ce qu’il déclame, propos et regard altiers derrière pupitre et micro… En cette nouvelle version de sa pataphysique labellisée par les plus éminents futurologues, le professionnel de la profession le reconnaît enfin après plus de trente ans d’exercice, Je n’aime pas rire, ça me rappelle le boulot : il était temps !

Un savoureux condensé de ses trois précédents spectacles : L’albertmondialiste, Je délocalise, La joyeuse histoire du mondeUne prestation peu banale qui confirme nos craintes à l’encontre de ce personnage hautement infréquentable, ce Meslay qui se mêle de tout et de rien ! Un agité du buccal lorsque sa langue fourche sur une affirmation pointue, du bocal quand les poissons rouges perdent de leur couleur, du bocage lorsqu’il s’embourbe sur les terres bretonnes de son enfance, du global lorsqu’il dénonce les grands maux de la planète : le réchauffement climatique qui fait froid dans le dos, le serment hypocrite des médecins, le cerveau des Blancs dénué de toute matière grise. Si divers journalistes sportifs ont coutume de refaire le match à la radio ou à la télé, l’individu avoue des ambitions bien plus nobles : refaire le monde, de l’ère de la pierre mal taillée à celle de la bombe atomique… Il s’improvise aussi historien, affirmant par exemple que Louis XVI, roulant en charrette vers la guillotine, regretta fort de n’avoir point aboli la peine de mort.

Albert Meslay ? Un visionnaire louant les extravagances de sa grand-mère, une femme d’avant-garde qui se fit tondre dès 1945, un humoriste clairvoyant qui brava la crise financière de 2018 en délocalisant sa petite entreprise : pour écrire ses sketches, il s’entoura d’auteurs comiques issus de pays émergents, de préférence à monnaie faible ! Succès garanti, à moindre coût, le rire en sus ! Yonnel Liégeois

Je n’aime pas rire, ça me rappelle le boulot : jusqu’au 29/07, à 19h00. Bourse du Travail, 8 rue Campane, 84000 Avignon (Tél. : 06.08.88.56.00).

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Avignon, ultimes surprises

Lors de cette ultime semaine de festival, Avignon (84) offre encore quelques belles surprises. Dont L’Espèce humaine, Les grandes espérances, La couleur des souvenirs ou Dracula Lucy’s Dream, d’après l’œuvre de Bram Stoker.

Dracula, comte et vampire, né de l’imagination de Bram Stoker en 1897, n’est pas un monstre bavard. Et ça tombe bien, car Yngvild Aspeli, comédienne, marionnettiste et directrice artistique de la compagnie Plexus Polaire, en propose une version sans paroles. Mais pas sans émotions. Comme à son habitude, la metteure en scène norvégienne fait montre de diversité créatrice, en mêlant pantins à taille humaine, masques, illusions, vidéos inondant le plateau avec bonheur, bruitages et acteurs qui démultiplient les personnages. Le roman de Bram Stoker a connu depuis sa publication plusieurs aventures, plusieurs traductions, plusieurs adaptations, et le cinéma ne s’en est pas privé. Ici, Yngvild Aspeli s’oriente principalement sur le personnage féminin, d’où le titre Dracula Lucy’s Dream que l’on peut traduire par « Le rêve de Lucy ». Laquelle se débat contre « un démon intérieur » représenté par Dracula. Mais on peut extrapoler le délire.

Domination, dépendance, addiction… sont au programme, comme les apparitions et les dents pointues. Cette adaptation de l’œuvre de l’écrivain irlandais, créée en décembre 2021 au Théâtre des Quartiers d’Ivry s’apprête à partir en tournée en France, mais aussi au Danemark avant le Canada et les États-Unis. Notons que si le sang coule à flots (enfin pas vraiment, mais on imagine) l’humour n’est pas en reste non plus. Finalement, Dracula aura la fin que l’on sait. Seul un pieu planté dans le cœur d’un vampire peut mettre fin à son existence maléfique. Lucy ne parviendra pas à se libérer autrement de cette emprise diabolique. Les comédiens manipulateurs Dominique Cattani, Yejin Choi, Sebastian Moya, Marina Simonova, et Kyra Vandenenden font partager un envoûtement magique et contagieux.

Robert Antelme est un survivant, dans le sens le plus total du mot. Interné par les nazis dans les stalags de Buchenwald puis de Dachau, il a été sauvé par la libération, à quelques jours d’une mort certaine. Membre actif de la Résistance, il a 26 ans quand il est arrêté par la gestapo en juin 1944. En 1939 il avait épousé l’écrivaine Marguerite Duras qui raconté son retour dans La Douleur.

L’espèce Humaine, le seul livre de Robert Antelme, est un récit douloureux. L’ignominie dont il parle est une tranche de son vécu. Du sien et de ses camarades prisonniers, morts ou rescapés. Mise en scène par Patrice Le Cadre, Anne Coutureau, à qui l’on doit aussi l’adaptation, interprète cette parole unique, sur la pensée d’hommes qui s’imaginaient supérieurs à d’autres, issus dont ne sait quelle autre race. Ce texte brulant, est d’une utilité toujours absolue.

L’humour anglais, c’est, avec l’air de rien, dire beaucoup pour rire. Charles Dickens, qui publie dès 1860 son 13e romanLes grandes espérances, a usé de cet artifice pour développer aussi des thèmes chers comme la défense des droits des enfants, des femmes… en passant par ses combats pour l’éducation pour tous. Il est considéré comme le plus grand romancier de l’époque victorienne et connut un gros succès populaire dès ses premiers ouvrages. La compagnie Mamaille, dans une adaptation d’Hélène Géhin a voulu, en 75 minutes, donner vie à l’un de ses ouvrages les plus célèbres. À destination de tous les publics. L’histoire de Pip, contée également par Augustin Bécard, et June McGrane, dans la mise en scène de Laurent Fraunié est au centre de l’aventure, menée avec quelques masques, un décor original et beaucoup de bonne humeur. 

Cette douzième pièce, La couleur des souvenirs, que Fabio Marra a écrite, qu’il met en scène et joue, est un moment de tendresse. Ses partenaires, Dominique Pinon, et Catherine Arditi, en frère et sœur, lui, perdant progressivement la vue et elle tentant de venir à son secours, sont remarquables. Les reste de la distribution est à la hauteur; citons donc Sonia Palau, Floriane Vincent, Aurélien Chaussade. Vittorio est un artiste peintre méconnu, qui, on le découvre vite, s’est transformé en faussaire. Exhumant quelques tableaux de grands maitres… Que l’on croyait perdus à jamais. Le margoulin marchand d’art qui revend ces toiles après les avoir fait authentifier, le roule dans la farine du mensonge sans qu’il en soit réellement conscient. Seule certitude pour Vittorio, il perd la vue. Et son exécrable caractère n’arrange rien. Gérald Rossi

Dracula Lucy’s Dream : jusqu’au 24/07, à 09h30 à La Manufacture.

Les grandes espérances : jusqu’au 25/07, à 14h30 à La Caserne des pompiers.

La couleur des souvenirs : jusqu’au 26/07, à 21h30 au Théâtre des Halles.

L’espèce humaine : jusqu’au 29/07, à 17h35 au 3 Soleils.

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À l’Ouest, bien du nouveau…

Jusqu’au 24/07 en Avignon, au Théâtre de la Manufacture, le collectif Bajour propose À l’Ouest. Un spectacle sur les souvenirs, les joies et traumatismes de cinq existences fracassées. Où le tragique le dispute au comique, quand l’enfance part en fumée face au temps qui passe.

En la salle de la Manufacture, une tablée fort joyeuse et turbulente accueille le public avant même l’extinction des feux ! Nul ne se doute encore que prochainement la scène va s’embraser pour plonger les spectateurs dans la stupeur et la douleur… Ils sont frères et sœurs, cinq jeunes gens demeurés de grands enfants à squatter la maison délaissée par les parents. Une fratrie amoureusement liée entre prises de bec et clins d’œil affectueux, jeux de société et oisiveté bien organisée. Une existence banalement ordinaire dans l’insouciance et la légèreté, que viendra déjà perturber leur jeune voisin. Avant la catastrophe annoncée, l’incendie de la maison où périssent deux membres de la famille.

Une tragédie qui bouscule tous les codes, consume le temps d’avant comme le temps présent, enflamme les esprits au point de confondre l’hier et l’aujourd’hui, fait tanguer la mémoire entre le souvenir des disparus et les incertitudes du lendemain ! Les scènes se mêlent et se chevauchent, faisant fi de l’instant entre le bonheur d’avant et la douleur du maintenant… De la table des plaisirs au garage où le magnétophone a enregistré les voix disparues, d’un air enjoué de pipeau aux tristes regards sur le tapis de cendres, le collectif Bajour conduit le public avec audace au travers de moult émotions, jouant du comique au tragique sans crier gare. Un réelle performance pour agencer ainsi la douleur du partir au bonheur du vivre ensemble, la dévastation du mourir à la force génératrice du souvenir. Une vie à en perdre ses repères, à se retrouver À l’Ouest, au sens propre comme au figuré…

Qu’on ne s’y méprenne, l’on rit beaucoup et d’un rire sain, récurrent et à bon escient au fil de l’histoire peu banale qui nous est contée. Comme si le rire était d’une urgence vitale pour plonger, sans transition et sans issue de secours, dans l’enfer du brasier où mots et dialogues sont chargés d’une puissante évocation émotionnelle. Comment surmonter l’effroi de la perte et de l’absence sans la présence réconfortante du souvenir, sans ce présent recomposé à la lumière du passé ? L’épreuve du deuil oblige chacune et chacun à retisser le temps suspendu et à jamais envolé dans les fumées mortifères. Il faut du talent, un bien grand talent, pour manier ainsi l’humour et l’horreur dans un même souffle, sans pause ni répit durant une heure trente de représentation, emportant le public dans un feu d’émotions. Un superbe travail d’improvisation pour accoucher d’une oeuvre magistralement bien construite qui offre autant à rire qu’à pleurer et penser. Qu’on se le dise et l’applaudisse surtout, avec cette bande de comédiens à l’imagination débordante, à l’ouest il y a vraiment du nouveau ! Yonnel Liégeois

À l’Ouest : jusqu’au 24/06, à 11h20 (relâche le 19/07). Théâtre de la Manufacture, 2bis rue des Écoles, 84000 Avignon (Tél. : 04.90.85.12.71).

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Emma Dante, fabuleuse conteuse

Jusqu’au 28 juin, au Théâtre de la Colline (75), la metteure en scène Emma Dante présente La scortecata. Un conte de l’écrivain et poète napolitain Giambattista Basile (1583-1632) : quand la vieillesse rêve d’une nouvelle jeunesse… Au rendez-vous de l’imaginaire, entre humour et détresse.

Assises face à face, les deux sœurs offrent un triste spectacle : vieilles, elles sont usées, voûtées, brisées, cassées… Pire encore, d’une laideur à faire pâlir ou vomir, elles ont fait fuir tous les éventuels prétendants de leur entourage ! Deux vieilles filles qui ne cessent de se quereller, d’échanger de sempiternels reproches, voire des insultes, se mouvant avec peine, éructant à loisir, d’une chaise l’autre se crêpant le chignon à défaut de s’envoyer des mots doux : tel est le tableau, pas vraiment engageant, qui s’impose aux yeux du public, lorsque les projecteurs inondent de lumière le grand plateau du Théâtre de la Colline à l’occasion de l’adaptation du conte du napolitain Giambattista Basile, La scortecata.

Dans des combinaisons élimées et d’un autre âge, les deux commères ne cessent de sucer leurs doigts pour les rendre aussi lisses qu’une peau de jeunette. Sans manquer d’entrecouper leur manie mandibulaire de réparties plus ou moins fleuries à l’encontre l’une de l’autre : bouche édentée, morue qui pue, sorcière poilue… La liste est longue, ce n’est qu’un bref aperçu, ce n’est que le début. De surprise en surprise, les deux évadées d’un potentiel ehpad implanté en terre napolitaine au XVIIème siècle nous en réservent plus d’une ! La plus explosive, la plus incroyable ? L’une des mamies a envoûté le roi. Subjugué dans la profonde nuit italienne par une voix de vierge effarouchée, le jeune monarque libidineux et péteux, dont seul l’assouvissement de ses bas instincts lui sert de conduite générale, rêve d’une nuit de luxure avec la donzelle.

Plus dure sera la chute, et sa déconvenue, lorsqu’il découvrira la supercherie et ce corps flétri aux portes de l’outre-tombe : il se souviendra longtemps de cette orgie royale ! La seconde surprise, aussi déroutante et délirante ? Comme le veut la tradition théâtrale aux grandes heures du royaume de Naples, ce sont des hommes qui endossent le costume, piteux et miteux, des deux mégères. Deux comédiens prodigieux, Salvatore d’Onofrio et Carmine Maringola, qu’Emma Dante dirige sous les faux airs de la commedia dell’arte ! Un délire grandiose, faire fi de la vieillesse ennemie et succomber enfin au désir de la chair qu’ils explorent, du verbe et du geste, avec une incroyable audace. Se moquant du pouvoir des puissants, brocardant les rêves de jeunesse éternelle, renvoyant les vieilles dames comme le roi à leurs pires insanités ! Entre humour noir et farce macabre, un conte vraiment pas sage, à déguster sans aucune modération, sur le poids des ans et la fuite du temps. Yonnel Liégeois

La scortecata : jusqu’au 28/06, du mercredi au samedi à 20h30, le dimanche à 15h30 au Théâtre national de La Colline. Aux mêmes dates, Emma Dante présente aussi Pupo di zucchero, l’adaptation d’un autre conte de Giambattista Basile. Deux spectacles en napolitain, surtitrés en français.   

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Mouawad, de mère en fils

Jusqu’au 04/06, au Théâtre de la Colline (75), Wajdi Mouawad propose Mère. De Beyrouth à Paris, le récit de l’exil de sa famille en France. Une œuvre poignante, avec des comédiennes d’exception, où le comique et le tragique se disputent le devant de la scène.

Fantasme ou réalité ? Les senteurs épicées de moult mets orientaux envahissent progressivement l’espace de la grande salle du théâtre. Il est vrai que la Mère s’obstine à cuisiner comme si tous les locataires de l’immeuble, et les spectateurs de la Colline (!), étaient invités à sa table… Un besoin compulsif de combler les manques, physiques et affectifs, liés à l’abandon d’une terre et d’un pays ! En ce logement parisien où elle survit avec ses enfants, en une langue savoureuse et métissée qui ne manque pas de piquant, elle tempête, jure et vocifère : contre sa progéniture, son mari et le reste de la tribu demeurés à Beyrouth, les politiciens libanais tous véreux, le jour du grand retour tant espéré et qui n’en finit pas de s’éloigner !

Après l’écriture et la création de Seuls et Sœurs, Wajdi Mouawad poursuit sa quête autobiographique, mêlant l’histoire singulière d’une famille, la sienne, à la grande Histoire d’un Liban déchiré par le conflit palestinien, les querelles intestines entre clans et potentats locaux. Le regard d’un enfant devenu grand confronté à la dérive d’une femme, mère et épouse meurtrie, saccagée, dévastée par cinq ans d’exil. Qui ne reverra jamais sa terre natale, la France ayant refusé la prolongation de son titre de séjour, terrassée par la mort au Québec. En cette fin des années 70, la guerre civile fait rage à Beyrouth, chaque soir au journal télévisé Christine Ockrent en commente les images dramatiques. Un rendez-vous que la mère ne manquerait sous aucun prétexte, aujourd’hui sur la scène de la Colline avec la journaliste dans son propre rôle… Des images de bombardements au petit écran où elle reconnaît les immeubles détruits de son ancien quartier, l’énoncé de la liste des nouveaux tués et blessés, l’attente des dernières nouvelles de l’époux lors d’éphémères conversations téléphoniques au cœur de la nuit.

Sur le plateau de la Colline, outre Wadji Mouawad en manipulateur des objets du décor et fabuleux conteur d’histoires, surtout la présence de deux comédiennes libanaises à l’immense talent, fulgurantes de présence et de naturel : Aïda Sabra dans le rôle de la mère et Odette Makhlouf qui joue sa fille, la sœur aînée du futur metteur en scène… Des relations parents-enfants qui relèvent du tragi-comique, où la tendresse se glisse avec peine entre invectives et injures, colères irraisonnées et impératifs familiaux… Des scènes à l’humour féroce et communicatif, tel un « laisser respirer » pour le spectateur face au « laisser mourir » dont semble fatalement atteinte la mère : frappée d’une blessure trop vive, d’un sentiment d’abandon trop fort, d’un poids de solitude trop lourd. Le drame de l’exil porté à l’incandescence, une puissante réflexion sur la douleur du partir, un moment intense de bouleversante vérité. Yonnel Liégeois

Mère, de Wadji Mouawad : jusqu’au 04/06 à la Colline. Du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30 et le dimanche à 15h30.

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Beckett, un premier amour

Jusqu’au 19/04, à la Scala, Alain Françon met en scène Premier amour. Une nouvelle de Samuel Beckett, écrite en 1946, avec une brillante Dominique Valadié dans la peau du paumé redoutable.

Dans la lumière endormie, une chaise se dessine, petite, en bois peint. Pas loin, une valise à roulettes. Et sur le sol, disposé comme un mannequin lors d’une reconstitution policière, une tenue d’homme, banale, terne, plutôt moche, sans âge véritable. Enfin, plutôt datée en vérité, par le chapeau, de feutre noir, et rond. Les bottines n’ont plus d’allure, le reste est à l’avenant. Dans la Piccola, la petite salle de la Scala, profondément cachée sous la grande avec ses fauteuils de velours bleu sombre, des bancs de bois font l’affaire. Un peu comme au cirque. La disposition en trois quarts de cercle le confirme. La mise en scène d’Alain Françon s’adapte à merveille à ce petit espace qui assure une parfaite proximité entre le public et les acteurs. Lesquels, cette fois, se conjuguent au singulier dans ce Premier amour. Et puis c’est une comédienne qui arrive, presque en douce dans la pénombre, pour interpréter un rôle d’homme, dans ce qui n’est de toute façon pas une pièce.

Premier Amour est effectivement une nouvelle, un des premiers textes que Samuel Beckett ait écrits en français (en 1946, mais qui n’a été publiée qu’en 1970, aux éditions de Minuit et en « Folio » Gallimard). Alain Françon a imaginé un jeu minimal, l’espace ne permettant guère plus. Et il a installé face au plateau, sur le mur, deux écrans, sortes de prompteurs, visibles par la comédienne et seulement une partie du public. En lettres lumineuses défile le texte et en rouge sont mentionnées les didascalies, soit les indications techniques de l’auteur, comme « chaise à la main » ou « faire rouler la valise ». Ce qui est à la fois drôle et un peu déroutant. Sous les mots de Premier Amour, le narrateur et personnage essentiel est plus sombre, moins lunaire, plus mordant que les deux vagabonds d’En attendant Godot (publié en 1948), monté en ce même lieu par Françon.

Là, le metteur en scène évoque un homme qui « devient dérisoire, comique, jubilatoire à entendre ». Cela est bien vu, et il appartient à Dominique Valadié de donner chair au rôle. Ce qu’elle fait de façon remarquable. Elle est lui. Et quand le bonhomme raconte son aventure amoureuse avec la femme rencontrée sur le banc où il croyait avoir pu trouver un refuge solitaire, elle est toujours lui. « L’amour vous rend mauvais, c’est un fait certain. » Quand il raconte qu’il préfère dans les cimetières l’odeur des cadavres « un peu sucrée peut être, un peu entêtante » à celle des vivants, qui « ont beau se laver, se parfumer, ils puent », même chose. Et ce n’en est que plus troublant. Le genre s’efface devant le personnage. Le texte de Beckett est cru, décharné, pessimiste, désespéré, mais aussi effectivement très drôle. Dominique Valadié, toujours mesurée, parvient à en rendre toutes les couleurs, les vernis et les sous-couches. Et c’est un petit bonheur de printemps. Gérald Rossi

Premier Amour : jusqu’au 19/04,  à la Scala (13, boulevard de Strasbourg, 75010  Paris. Rens. : 01.40. 03.44.30).

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Dario FO, ça peut rapporter gros !

Jusqu’au 18/03, au théâtre de la Tempête à la Cartoucherie (75), Bernard Levy met en scène On ne paie pas ! On ne paie pas ! Entre satire sociale et théâtre grand-guignolesque, une comédie aussi folle que désopilante de Dario Fo et Franca Rame. Pour dénoncer la vie chère, vilipender le libéralisme du pouvoir en place et inviter chaque citoyen à prendre son destin en main !

Écrite et créée dans les années 70 à Milan, Non si paga, non si paga ! n’a rien perdu de son actualité. Une pièce du célèbre couple italien, à la ville comme à la scène, Franca Rame et Dario Fo, prix Nobel de littérature en 1997 pour avoir « imité les bouffons du Moyen Âge en flagellant l’autorité et en faisant respecter la dignité des opprimés » selon les académiciens de la prestigieuse fondation. Faut pas payer ? Le mot d’ordre est lâché, toute coïncidence avec le temps présent ne peut être fortuite : vie chère, bas salaires, paupérisation des salariés… Un brûlot, une sulfureuse satire politique et sociale qui attise les vents de la révolte et soulève des vagues de contestation sur les planches de la Tempête !

En ce quartier populaire de la banlieue milanaise, c’est le branle-bas de combat au domicile d’Antonia. Il y a le feu sous les jupes des femmes, mais pas que… On y trouve aussi du millet pour canaris et de la pâtée pour chiens. Erreur de casting, pourrait-on dire ! Dans la précipitation, raflant tout ce qu’elle trouvait à portée de main, la maîtresse de maison n’a guère pris le temps de lire les étiquettes: une boîte de conserve ne peut contenir que des denrées alimentaires. Avec ses amies et copines, lasse de la flambée des prix, ne réglant déjà plus son loyer depuis des mois, elle a dévalisé le supermarché du coin. Contre tous les principes de son ouvrier de mari, fort légaliste quoique communiste patenté… Avant son retour imminent à la maison, elle doit donc cacher le butin : sous les jupons de Margherita, sa jeune voisine. Qui, pour justifier un ventre aux rondeurs manifestes, avoue une grossesse subite : encore un coup du pape opposé à tout mode de contraception !

Aussi incroyable qu’invraisemblable, Bernard Levy en maître d’ouvrage qualifié, la supercherie fonctionne au grand bonheur des spectateurs. De quiproquos inattendus en rebondissements hautement improbables, une renversante machinerie burlesque se met en branle dont Chantiers de culture se gardera bien de dévoiler les attendus ! Du jeune marié découvrant la grossesse miraculeuse de sa femme à la dégustation fort appréciée de la pâtée haut de gamme pour toutous embourgeoisés, du gendarme pactisant avec les délinquantes du porte-monnaie à tout un quartier se rebellant contre les profiteurs, entre humour et grosses rigolades, Dario Fo et Franca Rame signent sous couvert d’une folle pochade une critique acerbe et radicale de notre société de consommation. Servie par une succulente bande de joyeux drilles, des épouses à leurs maris sans oublier gendarmes et croque-morts (!), une « énooorme » pièce hilarante d’une brûlante modernité ! Yonnel Liégeois

Les 21 et 22/03 au Volcan, scène nationale du Havre. Les 30 et 31/03 au théâtre Montansier de Versailles. Du 05 au 07/04 au théâtre de Sénart, scène nationale.

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Samuel Beckett, un double plaisir

Jusqu’au 8/04 pour l’une à La Scala, au Théâtre de l’Atelier pour l’autre jusqu’au 16/04, se jouent à Paris En attendant Godot et Fin de partie. Deux classiques du répertoire contemporain, deux chefs d’oeuvre de Samuel Beckett… Avec de prodigieux interprètes magistralement mis en scène par Alain Françon et Jacques Osinski.

Un événement, le plus français des auteurs irlandais, prix Nobel de littérature en 1969, à l’affiche de deux grandes salles parisiennes : Samuel Beckett, le maître de l’insolite, subtil défaiseur de langage et tricoteur de mots ! Qui fit scandale en 1953, lors de la création d’En attendant Godot par Roger Blin, les spectateurs n’y comprenant rien, excédés qu’il ne se passe rien, au point d’en venir aux mains : Godot, qu’on attend toujours 70 ans plus tard, n’en demandait pas tant, le succès était assuré !

« Je ne sais pas qui est Godot. je ne sais même pas, surtout pas, s’il existe. Et je ne sais pas s’ils y croient ou non, les deux qui l’attendent. Les deux autres qui passent vers la fin de chacun des deux actes, ça doit être pour rompre la monotonie. Tout ce que j’ai pu savoir, je l’ai montré. Ce n’est pas beaucoup. Mais ça me suffit, et largement. Je dirai même que je me serai contenté de moins ».

Samuel Beckett. Lettre à Michel Polac, 1952

Sur les planches de la Scala, un duo époustouflant de naturel et de naïveté ! Laurel et Hardy des temps modernes, le petit rondouillard et le grand escogriffe à la Tati attendent Godot sans désespérer. La lune se levant au jour couchant, les godillots blessant les pieds, la faim tenaillant le ventre, le froid s’immisçant au pied de l’arbre décharné… En fond de scène un paysage vaporeux et gris noir, un gros caillou au devant sur lequel Estragon (André Marcon) soulage son fessier tandis que Vladimir (Gilles Privat) le rejoint braguette ouverte. Le dialogue s’engage. Répétitif, désopilant : sur la mémoire qui flanche au souvenir d’être déjà passé par là, sur l’état miséreux des deux paumés que lie une tumultueuse mais solide amitié, sur le rendez-vous sans cesse décalé avec l’énigmatique Godot. Comme chaque soir, ils croisent le chemin du fantasque Pozzo (Guillaume Lévêque) tenant en laisse Lucky (Eric Berger), son porteur de valise. Chacun y va de sa tirade, pleureuse ou rieuse, doucereuse ou coléreuse. Rien n’avance ni ne bouge, l’action au point mort alors que s’agitent les protagonistes, en perpétuel mouvement ! Estragon et Vladimir repartent comme ils sont venus, même pas déçus lorsqu’un jeune messager (Antoine Heuillet) leur annonce un nouveau report. Demain, les deux compères en sont convaincus, ils rencontreront l’étrange inconnu.

Alain Françon, qui fit hier les beaux jours (oh, Beckett…) du Théâtre national de la Colline, a fouillé le texte du bel et grand irlandais pour en extraire la substantifique moelle. Posant chaque tirade et dialogue dans le bon geste et la bonne intonation de ses interprètes, rendant tout à la fois limpide et sulfureuse l’écriture du dramaturge, faisant advenir complicité et compassion envers cette galerie d’êtres égarés et détonants, déconcertés et déconcertants. Une tranche d’humanité partagée entre rire et détresse, cruauté et tendresse dans l’aridité d’un monde où la rencontre avec l’autre désormais ne va plus de soi. Et pourtant… Quand l’arbre dégarni, d’une unique feuille au final luit, l’espoir reverdit !

Un plaisir des planches renouvelé au Théâtre de l’Atelier, toujours en compagnie de Samuel Beckett ! Jacques Osinski met en scène Fin de partie, là encore avec une sacrée bande de comédiens, Denis Lavant et Frédéric Leidgens dans les rôles-titre…

« Ma bataille sans espoir contre mes fous continue (avec l’écriture de Fin de partie, ndlr), en ce moment j’ai fait sortir A de son fauteuil et je l’ai allongé sur la scène à plat ventre et B essaie en vain de le faire revenir sur son fauteuil. Je sais au moins que j’irai jusqu’à la fin avant d’avoir recours à la corbeille à papier. Je suis mal fichu et démoralisé et si anxieux que mes hurlements jaillissent, résonnant dans la maison et dans la rue, avant que je puisse les arrêter ».

Samuel Beckett. Lettre à Pamela Mitchell, 1955

Comme l’affirme le génial irlandais à propos de sa pièce préférée, un vieil homme condamné en son fauteuil, aveugle et paralytique… Près de lui, un type plus jeune, boiteux et agité. Hamm (Frédéric Leidgens) et Clov (Denis Lavant), le père et le fils peut-être, le maître et le serviteur plus vraisemblablement : l’un parle l’autre agit, l’un ordonne l’autre obéit. Qui s’interpellent et se répondent du tac au tac, des dialogues de basse ou haute intensité, comme Clov qui n’en finit pas de monter et descendre de son échelle, d’une aigreur vacharde ou d’une mielleuse condescendance. Le vieux, acariâtre, vit la peur au ventre, redoutant que son garçon de compagnie le quitte. L’autre, fielleux, ne cesse de répéter qu’il va fuir, s’en aller bientôt, et si ce n’est aujourd’hui ce sera demain assurément. La vie, les jours s’écoulent ainsi en ce salon sans chaleur ni luminosité, d’un rituel l’autre à servir le repas, surveiller le bon ou mauvais temps du haut de la fenêtre, cajoler le petit chien en peluche qui a perdu une patte : comme le précise Beckett dans la missive à son amoureuse, un monde de fous qui, paradoxe, semblent pourtant toujours maîtres de leur raison, les parents de Hamm (Claudine Delvaux et Peter Bonke) sortant la tête des deux grands tonneaux où ils sont cloîtrés, à priori à leur insu mais de leur plein gré au vu de leur visage rayonnant ! Là encore, peu d’action mais forte agitation, Lavant et Leidgens au sommet de leur art, entre tragédie et comédie, dans leurs rôles de composition et leurs tirades à la pointe acérée.

Jacques Osinski maîtrise l’univers beckettien. Du maître irlandais exilé à Paris depuis 1937 et reposant désormais au cimetière Montparnasse, l’ancien directeur du Centre dramatique national des Alpes de Grenoble a déjà mis en scène nombre de ses textes, du Cap au pire à La dernière bande au milieu de quelques Foirades… Avant que ne se lève le rideau, un interminable noir silence invite le spectateur à se défaire des affaires du temps présent pour entrer dans un univers hors d’atteinte de toute normalité : l’ancien monde qui se meurt au fond d’un tonneau, le nouveau où les vivants se répartissent la tête et les jambes, l’un râlant et l’autre claudiquant. Une alliance forcée, une solidarité fondée dans la contrainte, un piteux jet de lumière laissant entrevoir un semblant de bonté et d’espoir. Avec Beckett, c’est peu dire, entre humour et férocité, les rapports entre humains sont d’une étrange complexité.

D’une pièce l’autre, de Godot à Fin de partie, chacun est convié, selon son humeur du jour, à rire ou pleurer au banquet de la comédie humaine. Deux spectacles accessibles à quiconque, avec les mots du quotidien – décalés, disjonctés, déphasés -, pour donner à voir les maux d’un monde où la graine ne germe plus, l’éclaircie se fait rare, l’autre se terre dans l’absence et le silence. « Fini, c’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir », nous alerte Beckett avec une hauteur et une intelligence d’esprit prophétiques. Yonnel Liégeois

En attendant Godot : jusqu’au 08/04 à la Scala, à Paris. Du 12 au 14/04 au Domaine d’O, à Montpellier. Du 03 au 05/05 au Théâtre national de Nice. Du 07 au 29/07 à la Scala Provence, à Avignon.

Fin de partie : jusqu’au 16/04 au Théâtre de l’Atelier, à Paris. Les 12 et 13/04 à Châteauvallon-Liberté, scène nationale.

Les écrits de Samuel Beckett (théâtre, nouvelles et récits, essais et poèmes) sont disponibles aux éditions de Minuit.

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Une question de nature…

Dominique ne supporte plus sa vie, confinée entre quatre murs. Une fois de plus, il décide de fuguer… Une nouvelle de Philippe Gitton, contributeur aux Chantiers de culture. Il est l’auteur d’un recueil de nouvelles et animateur d’un site internet consacré à la Brenne, sa région d’adoption.

Dominique en a soupé de toute cette histoire, il n’a qu’une hâte : partir au plus vite ! C’est devenu une obsession, le genre de souci qui perturbe le sommeil. Cette nuit encore, pas moyen de fermer l’œil. Il a tourné, viré dans toutes les pièces de l’appartement. Fatalement, un vieux coup de fatigue lui est tombé dessus en milieu d’après-midi. Affalé sur le canapé du salon, il dort profondément. Un claquement de porte le fait sursauter. Il ouvre les yeux et demeure là. Immobile, le regard dans le vague… Puis lascivement, il s’étire de tout son long. Très vite, une pensée lui vient à l’esprit. Toujours la même, « combien de temps encore vais-je rester ici ? »

Câliné par le soleil de printemps, il ne bouge pas d’un poil. Pour la énième fois, il se remémore sa vie. « Je viens d’avoir quinze ans, déjà ! Qu’il me paraît loin le temps de ma tendre jeunesse passée au cœur des Pyrénées, dans la ferme de Fernand et Marie. Ils étaient rudes parfois, mais généreux. Ils m’ont offert leur vie simple de paysans pour me faire oublier les drames de ma naissance. Des parents trop tôt disparus, la séparation de mes frères et sœurs. Alors, j’ai grandi parmi les animaux. Un chien un peu bourru mais pas méchant, des cochons et des chèvres pour compagnons. Et pour terrain de jeux, les prés, les bois et la montagne où je gambadais à ma guise : la liberté totale quoi ! Sans ce stupide accident de voiture qui me priva pour toujours de Fernand et Marie, je serais sans doute encore là-bas. Mais je ne pouvais pas rester. La ferme fut vendue, un jeune couple s’est occupé de moi. Ils m’ont emmené en ville, loin de mes chères montagnes. Impossible de m’y faire !

À la première occasion, je me suis enfui. J’avais 7 ans. Première fugue, premières courses effrénées et la griserie de la liberté retrouvée. Dès lors, je n’ai eu de cesse de m’échapper dès que je le pouvais. Le couple n’a pas supporté. J’étais intenable, ingérable comme il disait. Ils ne comprenaient rien. Je voulais simplement vivre ma vie. Aussi, les familles d’accueil se sont succédées. Jusqu’à la rencontre de Raymonde et Dédé, voilà un an : ils sont gentils ces deux-là, ils me rappellent Fernand et Marie ! Ils essaient de me construire une nouvelle vie, de respecter ma vrai nature. Ils me laissent tranquille. Pas du style à être constamment sur mon dos. Mais depuis quelques temps, je me sens de nouveau oppressé. Ici comme partout, j’ai l’impression de vivre dans une prison dorée. J’ai besoin d’air, d’espace, j’étouffe.

Soudain, Dominique se redresse et fixe la fenêtre grande ouverte. D’un bond, il se propulse sur le balcon, puis sur la terrasse de l’étage inférieur. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, il se retrouve dans la cour de l’immeuble. Il tourne la tête une dernière fois vers l’appartement. « Si les gens croient que je vais accepter une existence pareille. Je ne suis pas comme eux, il faudra bien qu’ils le comprennent un jour. Et puis, enfin, quelle idée de m’appeler Dominique : drôle de nom pour un chat ! » Philippe Gitton

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Bellorini réussit son suicide !

Au lendemain de sa création au TNP de Villeurbanne (69), Jean Bellorini présente Le suicidé à la MC93 de Bobigny (93). Jusqu’au 18/02, une pièce détonante de Nicolaï Erdman ! Entre musique et chants, banquet et dialogues épicés, un « vaudeville soviétique » qui fleure bon la critique sociale aux accents contemporains.

Sur les planches du TNP de Villeurbanne, le brave mais misérable Sémione Sémionovitch se découvre une petite faim en pleine nuit. Il se rend illico à la cuisine pour s’offrir une bonne tranche de saucisson de foie… Ce qui réveille son épouse, provoque une violente dispute et, de colère, la fuite du pauvre homme menaçant de se suicider ! Prise de panique, la femme alerte tout le voisinage, les uns les autres ne tardant point à flairer la bonne affaire pour plaider leur cause. Jusqu’à la victime présumée : lui qui n’est rien, ne pourrait-il point devenir enfin quelqu’un par ce geste désespéré ?

Entre humour et dérision, s’ensuit alors un engrenage infernal ! Ils sont venus, ils sont tous là à encourager le pauvre Sémione à commettre l’acte fatal : se donner la mort ! Une perspective qu’il envisage d’abord avec sourire et optimisme. Une façon pour lui de quitter la tête haute une vie de galère, ensuite d’être reconnu pour son audace par tout son entourage, de connaître enfin la célébrité ! Le constat est amer, en effet : la révolution bolchévique n’a guère changé son quotidien, hors les belles paroles et chimères professées par les apparatchiks ! Du pope au commissaire politique, chacun voit le parti à tirer du fait divers qui se profile à l’horizon… Il va sans dire que le propos de l’œuvre, écrite en 1928, n’eut pas l’heur de plaire au camarade Staline. Qui d’emblée interdit la pièce avant même les premières représentations et, en 1933, condamne au goulag Nicolaï Erdman, son sulfureux auteur.  « Vaudeville soviétique », le sous-titre est joliment bien choisi par Jean Bellorini, le metteur en scène et directeur du TNP de Villeurbanne ! Outre François Deblock, extraordinaire de présence dans le rôle-titre, comédiens – chanteurs – musiciens, il entraîne sa troupe au pas de charge, et sans temps mort, dans une extravagante épopée à la vitalité débordante.

Farandole rocambolesque, comédie désopilante, satire politique, Le suicidé nous fait beaucoup rire certes, mais pas que… Derrière la pantomime de personnages fantoches, caricatures des pouvoirs politique et religieux, avance masqué le désir mal formulé d’un être sans fortune à vivre dignement, tout simplement. À se sentir respecté dans ce qu’il est et pourrait devenir : un vivant, même comme un poulet qui continue à courir dans la cour la tête coupée, « même comme un poulet, même la tête coupée, mais vivre », affirme avec véhémence Sémione Sémionovitch devant un auditoire médusé. Et d’ajouter, « je ne veux pas (je ne veux plus, ndlr…) mourir : ni pour vous, ni pour eux, ni pour une classe, ni pour l’humanité » ! La vision du banquet final est symbolique d’une mise en scène qui oscille en permanence entre rire et désespérance, humour et cynisme, comique troupier et drame social. Et l’allusion ouvertement assumée à la tragédie contemporaine, la projection vidéo du suicide du rappeur russe Ivan Petunin opposé à l’invasion de l’Ukraine, inspire à chacune et chacun des spectateurs l’enjeu du combat pour la vie. Yonnel Liégeois

Le suicidé, de Nicolaï Erdman. Dans une traduction d’André Markowicz et une mise en scène de Jean Bellorini : jusqu’au 18/02 à la MC93 de Bobigny, en co-accueil avec le Théâtre Nanterre-Amandiers. Les 1 et 2/03 à La Coursive, Scène nationale de La Rochelle. Le 09/03 à l’Espace Legendre, Théâtre de Compiègne. Du 16 au 18/03 à La Criée, Théâtre national de Marseille. Les 12 et 13/04 à la Maison de la Culture d’Amiens.

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Femmes, foot et but !

Du 8 au 18/02, au Théâtre des quartiers d’Ivry (94), Pauline Bureau propose Féminines. Au lendemain d’une Coupe du monde au Qatar qui fit polémique, la metteure en scène revisite l’ascension de l’équipe féminine de Reims dans les années 1970. Un spectacle qui a tout pour faire l’unanimité.

Des femmes sur un terrain de foot ? Imaginée en 1968 par un journaliste pour la kermesse du quotidien « L’Union » de Reims, l’attraction va faire événement. S’inspirant de l’histoire de cette équipe devenue championne du monde, dont elle a rencontré plusieurs protagonistes, Pauline Bureau en tire un spectacle haut en couleurs. Elle y questionne l’esprit d’équipe, la soif d’émancipation comme les préjugés. Sur le plateau central transformé en vestiaires, on observe la formation de l’équipe entre Joana, jeune sportive aguerrie, Jacqueline, femme au foyer qui débarque en espadrilles et le coach bienveillant. Sur l’écran vidéo qui surplombe la scène, on suit la progression des joueuses sur le terrain.

Ça court, ça tombe, ça se plante, ça encaisse et ça marque avec les héroïnes de Féminines ! Le décor se transforme, on pénètre dans les foyers : la salle à manger où  la gamine Marinette cache sa passion du ballon à un paternel ras du front, la chambre où Rose se fait cogner par un mari qui refuse qu’elle continue à travailler. En hauteur, l’écran fait place à un plateau où trois ouvrières s’échinent sur les chaînes de l’entreprise Gravix. Elles se mettront en grève en ce printemps 1968. Pas simple de s’affranchir… Les personnages joués avec brio par les acteurs de la compagnie éclairent tous les terrains : sportif, intime, politique. Les scènes sont souvent cocasses telles celle où Marinette se plante copieusement dans ses entrechats, plus sombres quand les ouvrières enchaînées à leur machine répètent les mêmes gestes, voire graves quand la violence se pointe.

Féminines est une pièce enthousiasmante d’autant qu’elle décrit une ascension fulgurante : l’équipe de foot va enchaîner les tournées y compris aux États-Unis avant de gagner la Coupe du monde à Taipei (Taïwan) en 1978. Un exploit à plus d’un titre quand on sait que la passion footballistique fut interdite aux femmes par le régime de Vichy, via une liste des sports qui leur sont prohibés. Grâce à un florilège de figures comme de situations, la pièce souligne aussi les points de tension qui surgissent quand les femmes sortent du cadre. « Si la définition du féminin change, celle du masculin aussi et tout le monde y gagne, dans une identité plus complète », résume la metteure en scène. Après ses pièces tirées d’entretiens avec des habitantes de Sevran, Mon cœur sur le scandale du Médiator et la figure d’Irène Frachon ou Hors la loi autour du procès de Bobigny de 1972, Pauline Bureau et sa troupe signent une fois encore un spectacle salutaire. La bonne nouvelle ? Il repart en tournée nationale un peu partout en France dès février, courez-y ! Amélie Meffre

Féminines : du 08 au 18/02, au TQI. En tournée jusqu’au 09/05, de Bron (le 24/02) à Caluire et Cuire (les 8 et 9/05).

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Sucrée ou salée, la sauce ?

Ancien animateur culturel, féru d’histoire sociale, Jacques Aubert a publié un émoustillant recueil de chroniques. Pour Chantiers de culture, au gré du temps et des vents, il peaufine quelques billets d’humeur à l’humour acidulé. Précédemment publié, celui-là n’a rien perdu de sa pertinence en ces premiers jours de l’année nouvelle et à la veille de chaudes échéances sociales !

Comme on détient notre passe vaccinal, Jeanine et moi, hier nous sommes allés au restaurant.

– Et pour ces Messieurs-Dames qu’est-ce que ce sera ?

– Deux menus présidentiels, s.v.p.

 -Je vous amène la carte…

– Donc sur la page de droite vous avez du Macron, de la Pécresse ou les formules Le Pen-Zemmour. Je précise à notre aimable clientèle que ce dernier menu a eu les honneurs de la presse spécialisée

– Heu, non merci, on ne mange pas de ce pain-là ! Et puis, lorsque nous sommes venus il y a cinq ans, vous n’aviez plus que du Macron : on en a pris, il nous est resté sur l’estomac. Du coup, on préfèrerait la page de gauche

– Alors là, vous n’allez pas être déçus, on a un choix très varié ! Il y a du Poutou, de l’Arthaud, du Roussel c’est cuit au nucléaire mais on peut vous emballer les déchets… Il y a du Mélenchon, c’est vif, relevé, goût sud-américain… Du Jadot, que du bio, des fibres, des graines… Ou alors plus exotique, du Taubira ou de l’Hidalgo : ce sont des menus surprises, c’est plus tard qu’on sait vraiment ce qu’il y avait dans l’assiette

– A vrai dire on hésite, tout a l’air bon et on se demande s’il ne serait pas possible d’avoir un petit peu de chaque, mais dans une seule assiette ?

– Ah non désolé, c’est un problème de sauce ! Entre la verte, la rouge, la rose ça ne se mélange pas bien. Mais si vous pouvez patientez, dans cinq ans, on aura sûrement trouvé une solution

– Bon d’accord, si vous le dîtes, on repassera dans cinq ans. D’ici là, qu’est-ce qu’on mange ?

– De la vache enragée ! Jacques Aubert

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Pour un vers de vin !

Le samedi 10 décembre à 20h, au Grand Aslon à Lingé (36), l’association Noces de Paroles organise Vin sur vin, une soirée spectacle bien arrosée ! En compagnie de deux conteurs, Kamel Guennoun et Bernard Barbier, qui raconteront des histoires sur le vin et sa dégustation.

Ainsi que le rappelle le site Paroles de conteurs, Kamel Guennoun naît en 1953 à Royan, de mère charentaise et de père kabyle. Il vit en Algérie dans sa prime jeunesse, puis il rentre en France en 1962. Il fut docker, déménageur, ouvrier à l’usine Simca avant de s’investir dans l’animation socioculturelle.

En 1987, il découvre le festival « Paroles d’Alès » et commence son initiation aux arts du récit auprès de conteurs et conteuses. Il replonge alors dans ses racines kabyles, qu’il croise avec sa culture charentaise, pour suivre à son tour les chemins qui font les grands conteurs… Cévenol d’adoption, il devient directeur artistique des « Nuits du conte » de Thoiras et co-fondateur avec Patrick Rochedy de « La Marche des Conteurs ». Sans oublier ses collaborations artistiques avec Les voix de la Méditerranée à Lodève, les médiathèques de Ganges et de Narbonne, le Centre méditerranéen de littérature orale d’Alès.

Sur son blog, Bernard Barbier retrace les étapes principales de son parcours artistique. Il naît en 1952 en Auvergne. Il effectue ses premiers pas sur scène vers 1978 avec la musique folk, où il joue du violon. En 1982 dans le Lot, il rencontre une compagnie de Cirque / Théâtre /Clown. C’est le début d’une belle aventure artistique : spectacles de rue, sur scène, pour enfants et adultes… De 1990 à 2003, avec son ami Christian Coumin, il parcourt le monde (télés, galas, cabarets…) avec un numéro visuel « Le vidéo clown ».

En 1987, il fait la connaissance du conteur Kamel Guennoun. « Là fut ma vraie rencontre avec l’univers infini des contes », confie-t-il, « j’avais en moi ce besoin de dire des histoires ». Il suit plusieurs stages avec Michel Hindenoch, Didier Kowarsky, Kamel Guennoun. Il profite de l‘aide précieuse de Jihad Darwiche et de la formation du Centre méditerranéen de littérature orale d’Alès. Depuis 2001, il conte et raconte donc le monde, les histoires qu’il a écrites (menteries) comme celles qu’il a revisitées (Petit Poucet.com)… « Apprendre par la plante des pieds, voila une belle université », affirme Bernard Barbier. Philippe Gitton

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