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Le réel, vu de Marseille

Jusqu’au 25 mai à Marseille (13), sous l’égide du Théâtre de la Cité, se déroule la Biennale des écritures du réel. Du théâtre de la Joliette au centre hospitalier Valvert, en 23 lieux de la ville, un festival qui mêle cirque et sciences, théâtre et danse, littérature et arts de la rue pour laisser voir et entendre les secousses du monde.

Sur la scène de la Joliette, superbe théâtre au cadre enchanteur dirigé par Nathalie Huerta, un homme harnaché dans un curieux accoutrement… Masque et tenue bleue-blanche, bloc opératoire ou salle d’abattoir ? Assommé de fatigue, tentant de maîtriser son puissant jet d’eau à haute pression, il nettoie, blanchit, efface le sang qui glisse sur les murs, pulvérise les lambeaux de chair et de carcasse encore accrochés. Sa mission ? Faire place nette et aseptisée, avant la prochaine journée de découpe… Des relents de mort au quotidien, un champ de bataille nauséabond, hauts de cœur et puanteurs, des cadavres par milliers tranchés à la chaîne, « À la ligne » désormais selon le jargon post-moderne !

Sous la direction de Michel André, directeur du Théâtre de la Cité et fondateur avec Florence Lloret de la Biennale des écritures du réel qui fête sa septième édition en ce mois d’avril 2024, le comédien Julien Pillet s’est emparé avec justesse et gravité des mots du romancier Joseph Ponthus, trop tôt disparu. Un spectacle d’une incroyable puissance dramatique, qui donne corps et force à la manifestation marseillaise. Alors que d’aucuns prêchent depuis deux décennies la disparition de la classe ouvrière, alors que s’étalent à la une des médias l’arrogance et l’impudence des profits boursiers, le monde des prolétaires, intérimaires et exclus du « ruissellement financier », fait entendre sa vérité et la dureté de son quotidien. « Écrire le réel, c’est pour nous se tenir au plus près des êtres et des vies », commente le metteur en scène, « c’est percevoir l’inépuisable complexité de ces vies, en acceptant de ne jamais pouvoir les résumer ni entièrement les saisir ». Le ton est donné, la biennale porte bien son nom !

L’enjeu d’un tel événement ? Décloisonner pratiques et démarches artistiques, faire dialoguer monde des arts et mondes des sciences par exemple, inventer de nouvelles formes en de nouveaux lieux de telle sorte que tous les habitants des quartiers et des cités se sentent concernés et invités. L’enjeu ? Jouer de la proximité pour désacraliser la citoyenneté culturelle ! Centres sociaux, collèges, cinémas, librairies et cafés sont investis en autant de traversées artistiques, déclamations poétiques ou cris des luttes, à la découverte des contradictions du monde contemporain, de l’autre exploité dans les usines mexicaines de Tijuana à la frontière des États-Unis ou dépossédé de son Droit du sol en terre de Bure où l’on projette d’enfouir les déchets nucléaires.

Réveiller ou bousculer les consciences, du plaisir de la représentation au désir d’une société à réenchanter, « agir en son lieu et penser avec le monde », proclamait en d’autres termes le regretté Édouard Glissant, le romancier-philosophe et poète de la mondialité contre la mondialisation, de l’être en relation contre l’homme systémique. La Biennale des écritures du réel ? « Un moment populaire, audacieux où beaucoup d’auteurs tentent de soulever cette foutue réalité qu’on subit souvent sans comprendre », témoignait en 2022 Nadège Prugnard, la directrice du Centre national des arts de la rue de Villeurbanne, « de l’éclairer en tissant poésie, politique, rire immense et tragédie pour faire résonner les enjeux de ce monde d’aujourd’hui ».

Du Rhinoceros d’Eugène Ionesco, superbement mis en scène par Bérangère Vantusso au Kheir inch’allah de la comédienne Yousra Dahry, un festival aux multiples facettes. Aux couleurs du monde, foncièrement bigarré et métissé. Yonnel Liégeois

La biennale des écritures du réel : Jusqu’au 25/05, sous la direction de Michel André. Théâtre de la Cité, 54 rue Edmond-Rostand, 13006 Marseille (Tél. : 06.14.13.07.49).      

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Zazie, l’effrontée du métro

Du Havre (76) à Liège (Belgique), puis d’Antibes (06) à Fribourg (Suisse), Zabou Breitman redonne du peps à Zazie dans le métro. Une mise en scène, façon comédie musicale, de l’œuvre truculente et drôle de Raymond Queneau, parue en 1959 chez Gallimard.

Pas de chance. Elle se faisait une fête de prendre le métro, pour une fois qu’elle venait à Paris. Mais « y a grève », explique son tonton Gabriel. « Ah les salauds, ah les vaches, me faire ça à moi », réplique la jeune demoiselle aux longues nattes, dépitée. Elle n’a pas la langue dans sa poche, cette donzelle délurée comme pas un. Et c’est ainsi que débute Zazie dans le métro, œuvre sensible, drôle et malicieuse que Raymond Queneau publia en 1959 chez Gallimard. Ce roman très dialogué qui associe sous ses aspects fantasques quelques belles matières à penser sur le genre, les bonnes manières, la domination des mâles, et en même temps les évolutions de la société, est certes un peu daté. D’ailleurs, on ne côtoie plus guère aujourd’hui – et c’est dommage – cet écrivain, poète et dramaturge.

Zazie dans le métro fut son premier succès populaire. Sorti en 1960 avec entre autres Philippe Noiret, le film de Louis Malle y contribua incontestablement. Cette fois, c’est Zabou Breitman qui s’y attelle. La metteure en scène a non seulement adapté le texte, mais elle l’a porté sur le plateau d’une comédie musicale. L’idée est excellente, il faut le souligner : Zazie redevient moderne, pleine de vie et de joie de vivre. Du haut de ses 10 ou 12 ans, la gamine rencontre le petit monde d’un Paris qui marie poésie et quotidien des hommes et des femmes qui peuplent avec modestie la ville magique. Et elle n’a rien perdu de la verdeur de son langage.

Grossière, jamais vulgaire

Pour autant, « elle peut être grossière, jamais elle n’est vulgaire », souligne Zabou Breitman, à qui l’on doit aussi l’écriture des chansons, lesquelles sont bien façonnées, dans le jus des années soixante, ce qui rend l’ensemble limpide et permet de suivre le déroulé et les méandres de l’intrigue. Reinhardt Wagner a composé des musiques souvent jazzy, douces aux oreilles actuelles tout en conservant un parfum des chansons réalistes d’alors. Autrement dit, cette belle adaptation n’a pas un seul moment imaginé s’arrimer à quelques musiques actuelles. C’est tant mieux. Cette Zazie, découverte le soir de sa première à la maison de la culture d’Amiens, a conquis haut la main son public de plusieurs centaines de personnes, de tous les âges et tous les sexes.

Sur la scène, à demi dissimulés et encadrant un décor mobile représentant le plus souvent des quartiers de la capitale, voilà les musiciens Fred Fall, Ghislain Hervet, Ambre Tamagna, Maritsa Ney, Scott Taylor et Nicholas Thomas, qui méritent d’être salués. Tout autant que les comédiens chanteurs, Franck Vincent (Tonton Gabriel), Gilles Vajou, Fabrice Pillet
, Jean Fürst, Delphine Gardin, Catherine Arondel, sans oublier Zazie, autrement dit Alexandra Datman. Cette dernière ne manquera pas de répliquer, si l’on fait un peu trop de bruit : « Alors quoi, merde, on peut plus dormir ? » Surtout, elle cherchera à comprendre les histoires et autres aventures que vivent les grandes personnes. Mais attention, si chez Queneau on se marre, il faut toujours regarder ce qui se cache derrière les mots.

Histoires de grandes personnes

La pièce démarre sur l’odeur que véhiculent les voyageurs dès le matin dans les gares parisiennes, mais il est rappelé, en lever de rideau, que « dans le journal, on dit qu’il y a pas onze pour cent des appartements à Paris qui ont des salles de bains, en 1959 ». La critique sociale est claire. Par chance, Tonton se parfume avec « Barbouze de chez Fior », c’est, dit-il, « un parfum d’homme ». Son pote Charles fait le taxi, un boulot de mec, tout comme le sien d’ailleurs, Tonton se dit veilleur de nuit. D’ailleurs, il quitte le domicile et sa Marceline d’épouse tous les soirs pour aller au chagrin. Mais Marceline, qui n’est autre, finalement, que Marcel, n’ignore rien de son véritable turbin. Tonton Gabriel danse dans un cabaret travesti. Alors Zazie insiste : « Tonton Gabriel, tu m’as pas encore espliqué si tu étais un hormosessuel ou pas. Réponds donc. » Ceci dit dans la plus normale des normalités.

Et pour l’époque, ce n’est pas rien. Plus de soixante ans après, les droits des personnes LGBTQIA +, comme l’on ne disait pas à l’époque de Raymond Queneau, subissent toujours en France et plus rudement encore dans certaines parties du monde une violence qui s’affiche publiquement. Finalement, la gamine repartira avec sa « manman » par « le train de six heures soixante ». Après avoir remis quelques pendules à l’heure. Ça fait du bien. Gérald Rossi

Zazie dans le métro, Zabou Breitman : les 3 et 4/04 au Havre, du 10 au 13/04 à Liège (Belgique), du 16 au 18/04 à Antibes. Ensuite Fribourg (Suisse), Anglet, La Rochelle, Villeurbanne… L’ouvrage est disponible chez Folio-Gallimard.

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Krach, l’effondrement de la société

Jusqu’au 31/03, au Théâtre Mouffetard (75), Emma Utges et sa compagnie de marionnettes proposent Krach !. Pour dénoncer, sur un texte de Simon Grangeat, les dégâts humains produits par la crise économique.

Ambiance bouts de ficelles. Tout commence par des chansons qui s’échappent d’un électrophone. Sur un coin de la scène, cette machine qui fonctionne avec des disques vinyles 45 tours donne le ton. Un peu plus loin, un escabeau et quelques planches, puis des sacs en papier brun émergent de la pénombre et complètent ce décor bancal. Et voulu ainsi. « Krach !, c’est le bruit que fait une crise économique, mais aussi celle que fait une société qui s’effondre », explique la compagnie M.A. crée en 2010 par la marionnettiste Emma Utges. Depuis 2017, conventionnée par la ville de Lyon, M.A. dirige le fameux Théâtre Guignol. Né là en 1808, et particulièrement destiné aux adultes, ce dernier n’a jamais été avare d’une critique souvent virulente de la société. Le spectacle présenté actuellement au Mouffetard, Centre national de la marionnette, s’inscrit dans cette veine.

Dans cet univers fait de petits riens, Emma Utges est accompagnée par le comédien Christophe Mirabel, et le musicien Patrick Guillot à l’accordéon et aux bruitages. La mise en scène est de Nicolas Ramond. Dans une suite de saynètes souvent très drôles, des marionnettes de mousse et de chiffon symbolisent tous les personnages évoqués en une petite heure. Défilent ainsi, façon de dire, « des personnes qui n’ont commis aucun délit mais enfermées parce qu’étrangères » ou encore les hommes et femmes qui sont morts au travail sur un chantier ou ailleurs. Voilà encore les étudiants sans logement priés de cesser d’étudier…

Du jus de pauvre

De la sorte, Krach ! dénonce « notre monde (qui) marche sur la tête ». « La parodie dégage les rouages d’une machine à broyer les plus vulnérables, le rire grinçant sert d’aiguillon contre l’acceptation du pire et le sentiment de fatalité », commentent Emma Utges et ses complices. Regrettant même un manque d’engagement contre « les dérives du capitalisme ». Et pour se faire bien entendre, les personnages confectionnent en direct du « jus de pauvre » mélangeant dans un robot de cuisine divers « ingrédients » humains (en réalité, fruits et légumes) à boire pour prendre des forces. Vive Guignol ! Gérald Rossi

Krach !, Emma Utges et Nicolas Ramond : Jusqu’au 31/03, les jeudi et vendredi à 20h, le samedi à 18h et le dimanche à 17h. Théâtre Mouffetard, 73 rue Mouffetard, 75005 Paris (Tél. : 01.84.79.44.44). Le 04/05, à Bridas (près de Lyon).

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Madani, un dramaturge incandescent !

Jusqu’au 31/03, au théâtre de La tempête (75), Ahmed Madani met en scène Incandescences., Après Illumination(s) et F(l)ammes montées avec des jeunes des quartiers, une pièce qui clôt sa trilogie. Pour faire entendre la parole d’une jeunesse rarement entendue.

Ahmed Madani fête son anniversaire sur les planches. Auteur et metteur en scène, il est né en mars 1952, au bord de la Méditerranée, à Remchi, ville d’Algérie. Psychothérapeute de formation, il s’est vite tourné vers l’art dramatique. Hasard du calendrier, il propose jusqu’à la fin du mois de mars, au Théâtre de la Tempête, la reprise d’une de ses dernières pièces, Incandescences, créée en 2021, en pleine crise du Covid. C’est le dernier volet d’une trilogie intitulée Face à leur destin. Après Illumination(s), en 2012, puis F (l) ammes en 2016, Incandescences mêle, comme les deux autres volets, une dizaine de jeunes garçons et filles (les deux premiers n’étaient pas mixtes) non professionnels du spectacle, au départ, et qui se sont lancés dans l’aventure.

Quelques-uns, depuis, sont devenus comédiens, ont obtenu des rôles au théâtre ou dans des téléfilms, se sont inscrits à des cours d’art dramatique, et d’autres sont retournés « à leur vie d’avant ». Mais aucun n’oubliera sans doute les deux ou trois années pendant lesquelles ils ont vécu cette expérience. Il s’agit, explique Ahmed Madani, « de faire entendre la parole d’une jeunesse rarement entendue ». Une parole qui va fouiller jusque dans le secret de chacun, qui met en lumière la vie en famille, à l’école, mais aussi la vie intime, le sexe, les amours, les interdits, la religion, les violences, etc. Sans filtre, sinon celui du théâtre. De fait, sur la scène d’Incandescences et des autres volets construits sur le même principe, tout est vrai et tout est faux en même temps.

« Je me suis plantée dans l’éducation de mes enfants »

Le dramaturge et metteur en scène utilise la matière brute de nombreuses heures d’entretien, presque de confession, pour écrire ensuite les dialogues de chaque pièce. Cette parole libre de dizaines de jeunes est le matériau de base recueilli par Ahmed Madani dans des banlieues populaires. Incandescences, comme la plupart des pièces d’Ahmed Madani, est publiée chez Actes Sud-Papiers, et à l’École des loisirs pour les textes jeunesse. L’auteur est prolixe. À la question de savoir s’il ralentit parfois, il répond par un sourire. Et son regard perçant en dit plus long encore. Sa trilogie pas encore remisée aux archives, voilà que d’autres projets sont en route. Avec au commencement le même principe de rencontre dans tel ou tel secteur. Et un rendu théâtral qui fait mouche. Ainsi, lors d’un « bord plateau », une rencontre avec le public à l’issue d’une représentation d’Incandescences, « Je suis bouleversée. J’ai tout écouté, regardé », s’est écrié une mère, « et j’ai compris combien je me suis plantée dans l‘éducation de mes enfants. Je m’en veux tellement« . Preuve, s’il est besoin, de la charge émotionnelle produite par ces spectacles.

La prochaine pièce, intitulée Entrée des artistes, sera, elle, présentée dans le off d’Avignon, cet été, chez Alain Timar, dans son fameux Théâtre des Halles. Sur la scène, ce seront cette fois des comédiens professionnels, tous jeunes, et issus des Teintureries, l’école supérieure de théâtre de Lausanne, en Suisse, qui baisse définitivement le rideau après vingt-sept années d’existence. Ahmed Madani a suivi sa ligne de conduite : écrire le texte à partir du récit des comédiens, avec cette fois une question essentielle : « pourquoi voulez-vous faire du théâtre, comment expliquez-vous ce besoin vital pour certains de se retrouver face à un public ? »

L’engagement comme fil rouge

C’est une question plus sociale encore qui fera l’objet de la création annoncée pour 2025. Et dont le titre pourrait être Nous, les minuscules. Cette fois, la base de l’écriture des dialogues se nourrira de rencontres (menées dans tout le pays) avec des anonymes qui, par exemple, donnent de leur temps aux Restos du cœur ou vont réconforter les plus démunis dans les nuits glacées de l’hiver. Il sera aussi question de gilets jaunes descendant dans la rue pour dire que la vie n’est plus possible, de syndicalistes toujours sur la brèche, d’hommes et de femmes qui nuitamment s’opposent à une chasse à courre et de bien d’autres choses encore. Avec un fil rouge : « Qu’est-ce qui les pousse à s’engager ainsi, anonymement, gratuitement, uniquement pour défendre son semblable, le collectif, l’environnement, le vivre-ensemble… ».

Il le reconnaît en riant, Ahmed Madani, il y a presque une part d’égoïsme dans cette aventure. Parce que « c’est à la fois dans cette boîte noire qu’est une scène de théâtre et face à une page blanche que je suis le plus heureux, que je me sens le plus chez moi ». Par chance, la porte est toujours ouverte. Gérald Rossi

Incandescences, mise en scène Ahmed Madani : Jusqu’au 31/03, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h. Théâtre de La tempête, la Cartoucherie, Route du Champ de manœuvre, 75012 Paris (Tél. : 01.43.28.36.36).

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Octobre 61, la honte nationale

Le 22/03, à Dunkerque (59), Louise Vignaud présente Nuit d’octobre. De la véracité des faits à la réalité des planches, la mise en espace du massacre d’Algériens lors de la manifestation parisienne d’octobre 1961. Un théâtre de dignité et de courage civique.

Louise Vignaud (Cie La Résolue) met en scène Nuit d’octobre, pièce qu’elle a écrite avec Myriam Boudenia, créée à la Comédie de Béthune. L’enjeu était d’importance. Il s’agissait de tirer de l’oubli officiel volontaire un sanglant épisode de honte nationale. En cette nuit d’octobre 1961, sur ordre du préfet Papon, Roger Frey étant à l’Intérieur et le général de Gaulle à l’Élysée, la manifestation pacifique des Algériens à Paris s’est soldée par un massacre par balles et par noyades.

Comment, de cela, faire théâtre, sans verser dans le document brut ? En pariant sur une fiction qui, tout en épousant la véracité des faits, s’octroie une certaine licence poétique dans la prose cruelle de l’événement. C’est ainsi qu’à la morgue, une enfant morte noyée peut encore parler à son père désespéré et qu’un homme d’âge mûr, joué par le grand acteur Lounès Tazaïrt, personnifie Octobre, parfaite allégorie mémorielle.

Onze interprètes de talent sûr, changeant souvent de peau, restituent une représentation plausible de l’époque (pharmacien, policiers, harkis, femme enceinte d’un militant du FLN, femme de gauche, ouvrier, contremaître…), le tout en marge de la tuerie, néanmoins concrètement omniprésente sur le plateau dans ses conséquences ultimes en chacun. Jusque dans l’évocation du procès de Papon, trente ans après, quand une archiviste est empêchée de témoigner, dossier en main, de tant de meurtres en série…

C’est dans une scénographie mobile de placards où seraient administrativement enfouies les victimes d’irréfutables violences policières que vit ce théâtre de dignité et de courage civique. Jean-Pierre Léonardini

Nuit d’octobre, de Louise Vignaud et Myriam Boudenia : le 22/03, à 20h. Le bateau feu, Scène nationale, Place du Général de Gaulle, 59140 Dunkerque (Tél. : 03.28.51.40.40).

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Pour dire adieu à Micheline Attoun

Cofondatrice avec Lucien, son époux, de Théâtre ouvert en 1971, Micheline Attoun est décédée le 14 mars à Paris. Une femme d’intelligence et de culture, passionnée de théâtre, à l’écoute des auteurs émergents et à la promotion des écritures contemporaines.

Micheline Attoun, qui vient de s’éteindre, n’a survécu que de peu après la mort de Lucien en avril 2023. De l’aventure de Théâtre ouvert, qu’ils menèrent main dans la main quarante ans durant, au Festival d’Avignon puis au Jardin d’Hiver, ce lieu infiniment poétique voisin du Moulin-Rouge, ne reste donc plus que des souvenirs émus, indissolublement liés à la révélation d’auteurs dramatiques bien de leur temps. De ces derniers la liste est longue, qui ont dû vouer à ce couple, à leur endroit si généreusement attentif, une reconnaissance éternelle.

Micheline Malignac naît le 11 octobre 1936, dans le 19e arrondissement de Paris, dans une famille d’émigrés juifs germano-polonais arrivés en France trois ans plus tôt. Son père lui lit, dans sa langue native, la pièce de Lessing Nathan le Sage, ce chef-d’œuvre de l’humanisme des Lumières en Allemagne qui met en jeu, à Jérusalem, des acteurs des trois religions révélées dans une parenté qu’ils finiront par découvrir… À l’âge de 12 ans, Micheline croise Lucien Attoun au lycée Maimonide de Boulogne-Billancourt. Entrée dans la vie professionnelle au centre culturel américain, elle se séparera de son mari pour épouser Lucien en 1960. Quelque dix ans plus tard, en 1971, ils mettent sur pied Théâtre ouvert, laboratoire artisanal consacré, avec ferveur, à l’accompagnement et à la promotion d’écritures contemporaines.

Cela devient vite une pépinière de longue haleine où se révèlent des auteurs neufs, servis pour l’occasion par des metteurs en scène de talent très divers. Il est, entre Micheline et Lucien, une subtile division du travail. S’il est un journaliste et un homme de radio très écouté, mettant à l’antenne des œuvres dûment repérées par leurs soins, c’est à Micheline qu’il incombe de s’attacher à un dialogue assidu avec les candidats à l’écriture. On pourrait dire que cette femme, sans enfant, fut pour ces jeunes écrivains comme une mère aimante, parfois sévère et au goût si sûr. En témoigne ce précieux petit livre, de Jean-Luc Lagarce, qui collationne les Correspondances et entretiens avec « Attoun & Attounette ».

Ainsi les nommait, avec affection, ce grand et fidèle jeune homme en mal d’amour. D’une parfaite perspicacité et d’un style au-dessus de tout soupçon, les conseils et encouragements que prodigue Micheline Attoun en disent long sur son rôle assumé de directrice littéraire. Le 30 novembre 1994, elle écrit à Jean-Luc Lagarce, après la première de J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne« Jamais je ne me suis sentie au plus près de votre écriture jusqu’à en vivre les moindres respirations, reprises, entrelacs… ». Jean-Pierre Léonardini

Les obsèques de Micheline Attoun auront lieu le mercredi 20 mars, à 15 heures, au Père-Lachaise

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Le français dans tous ses états

Jusqu’au 16/03 pour l’un et le 24/03 pour l’autre, à Rouen (76) et Limoges (87), deux festivals mettent la langue française à l’honneur : le Festival des langues françaises et les Francophonies, des écritures à la scène. De l’Afrique à la Belgique, du Canada au Liban, le parler et l’écrit de France au défi de la mondialité.

Au pays de Guidée, vraiment, il ne fait pas bon vivre sous la férule de sa Guidance, son maître dictateur ! L’auteur du Petit guide illustré pour illustre grand guide va en faire l’amère expérience ! Convoqué par le fameux tyran, traqué par un général à la botte du pouvoir absolu, il apprend la sentence : lecteurs ou diffuseurs, imprimeurs et colporteurs, tous ceux qui ont mouillé dans l’affaire sont brisés, enchaînés ou tués, à son tour il lui faut s’expliquer avant que ne tombe la sentence ! Mis en espace par Sara Amrous, magistralement interprété par l’expérimenté Jacques Bonnaffé et Eytan Bracha le débutant, le texte du camerounais Edouard Elvis Bvouma révèle toute sa puissance et sa férocité sur les planches du Théâtre des Deux rives de Rouen. Une dénonciation de tous ces régimes mortifères d’Est en Ouest, dans une langue savoureuse et d’une incroyable inventivité, nourrie de subtils et fantasques jeux de mots entre Devos et Ionesco ! Entre lectures et autres mises en espace, la sixième édition de cet original Festival des langues françaises affiche sa belle diversité et ses potentielles richesses.

Une langue aux mille visages

« La langue française dépasse les nationalités et les frontières », commente Ronan Chéneau, le programmateur de la manifestation, « elle embrasse des habitudes et des réalités très différentes ». Entre Liban et Bénin, une langue déclinée au pluriel, forte d’une étonnante puissance créatrice qui se donne à entendre durant cinq jours. Gratuitement et pour tout public, entre formes courtes et sorties de résidence. Pour se conclure, le 16/03 au soir, avec Les Histrioniques, le texte du collectif MeTooThéâtre qui dénonce les violences sexuelles et sexistes.

Les Francophonies de Limoges, sous la responsabilité de Hassane Kassi Kouyaté, ont la primauté de l’ancienneté. Du 19 jusqu’au 24/03, les Zébrures du printemps, son original festival d’écritures, invitent à découvrir dix projets en provenance du Burundi et des Comores, du Sénégal et du Canada, de bien d’autres rives encore… « Des dramaturgies qui évoquent tumultes et fracas de notre monde ainsi que ses bouleversements sociétaux », souligne Corinne Loisel, la responsable des activités littéraires et de la Maison des auteurs, « des écritures qui ne refusent aucune créolisation de la langue française ou compagnonnage avec d’autres langues »… Du Bois diable (Guyane/Congo) à La naissance du tambour (Rwanda/Burundi), sans omettre Fadhila (Burkina Faso) ni Wilé ! (Cameroun), autant de lectures et mises en espace qui squatteront en un futur proche la scène des Zébrures d’automne. Pour égayer nos papilles, à déguster sans modération sur les places publiques ou dans les collèges, du centre culturel Jean Gagnant jusque dans l’enceinte du Théâtre de l’Union, le CDN de Limoges, à savourer du bout de la langue ! Yonnel Liégeois    

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Henrik, Sylvain et le petit Eyolf

Jusqu’au 16/03, au Théâtre des Quartiers d’Ivry (94), Sylvain Maurice met en scène Petit Eyolf. La mort d’un enfant et les répercussions dramatiques, selon Henrik Ibsen, sur l’avenir d’un couple déchiré. Entre ciel et terre, noyade ou survie, un récit intimiste et bouleversant.

Nul bruit enchanteur de vagues s’écrasant sur les falaises, nulle vision enchanteresse des enfants du village jouant au loin sur la plage… Un grand espace vide et luisant, mer argentée, un frêle ponton courant de cour à jardin en fond de scène. Comme à l’accoutumée, avec Sylvain Maurice, le dénuement pour mettre en lumière l’essentiel, couleurs changeantes du ciel en arrière-plan, sur grand écran : l’extrême Nord et ses côtes déchiquetées, Ibsen et son théâtre tourmenté depuis La maison de poupée ou Hedda Gabler, la noyade du Petit Eyolf et des parents désarticulés en bord de rivage…

Entre ciel et terre, il y a rarement d’amour heureux, semble suggérer le grand dramaturge norvégien ! Le retour inattendu du père de son escapade en montagne, la visite impromptue de la sœur et d’un ami ingénieur, le bel habit dont est vêtu le petit Eyolf ne sont que passagères illusions… L’enfant se déplace avec des béquilles et ne sait toujours pas nager, le mari a délaissé sa grande œuvre philosophique pour se consacrer à l’éducation de son fils, l’épouse regrette ce temps d’avant où elle était plus amante que mère… Il n’y a pas qu’au royaume du Danemark que quelque chose semble pourri !

Imminent, le désastre est programmé. Au pays des elfes et des fées, des contes et légendes, il fallait bien l’intrusion d’une étrange « dame aux rats » pour oser déclamer que cette maisonnée est rongée de l’intérieur… Point de flûte enchanteresse pour ensorceler le gamin, sans plus d’explication, sa mort par noyage est annoncée ! Pleurs, récriminations, reproches réciproques se fracassent en vagues successives au visage des parents. Le coupable est à démasquer : elle ou lui, elle dont le bébé devenu handicapé a échappé à sa surveillance, lui qui court les fjords au détriment de sa vie de famille ?

Sans fioritures, avec délicatesse et doigté, Sylvain Maurice orchestre ce dialogue intimiste. Une joute verbale, à la vie à la mort, où il faut tendre l’oreille pour pénétrer au tréfonds des cœurs d’un couple terrassé par la douleur, taraudé entre sauvetage ou naufrage. En fond de scène, un rayon de clarté semble poindre, au-devant un embarcadère où s’avancent les époux, main dans la main. Vers quels lendemains, quel avenir incertain ? La lumière s’éteint. Yonnel Liégeois

Petit Eyolf d’Henrik Ibsen, mise en scène Sylvain Maurice : Jusqu’au 16/03, vendredi à 20h et samedi à 18h. Théâtre des quartiers d’Ivry, la Manufacture des Œillets, 1 place Pierre Gosnat, 94200 Ivry-sur-Seine (Tél. : 01.43.90.11.11). Le 21/03 à L’Archipel, Scène de territoire de Fouesnant. Du 09 au 11/04 au Quai, CDN d’Angers.

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Le diable, entre vice et vertu

Jusqu’au 14/04, au Théâtre de Poche (75), Nicolas Briançon met en scène Les diaboliques. Publiées en 1874, l’adaptation de quatre des six nouvelles de Barbey d’Aurevilly, menacé de procès en vue d’interdiction. Entre vice et vertu, mauvaises et bonnes mœurs, quatre comédiens se présentent à la barre. Plaisants et convaincants.

Monarchiste patenté, anti-républicain et catholique convaincu, Jules Barbey d’Aurevilly a pourtant connu une jeunesse désordonnée, voire quelque peu dépravée. Lors de la publication des Diaboliques en 1874, converti de bonne foi, il s’est assagi. Dans ses mœurs, pas dans l’écriture : au fil de six nouvelles, des pages enflammées et débridées, au point que la bonne société bourgeoise, croyante et bien pensante, s’en émeut ! Le recueil fait scandale, les exemplaires saisis, l’auteur poursuivi pour « outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs ». Pour éviter procès et condamnation, Barbey d’Aurevilly fait profil bas et retire l’ouvrage de la vente. Ce n’est qu’en 1883 qu’il est réédité, six ans avant la mort du prétendu « connétable des lettres ». Ses détracteurs déclarés, contre sa morale conservatrice ? Hugo, Flaubert, Zola…

Sur la scène du Poche, la défense s’organise. Sous la plume de Christophe Barbier, qui adapte quatre des six nouvelles et imagine que le procès a vraiment eu lieu ! L’argumentaire qui justifie le caractère sulfureux du livre ? Donner à voir le vice pour mieux encenser la vertu, choquer les consciences pour mieux les ramener dans le droit chemin. Il est vrai que la descente aux enfers, dans les pas du diable, ne manque point de piquant : meurtres et adultères, amours interdites, mondaine devenue femme de petite vertu… L’homme n’en sort pas grandi. Encore moins les femmes, « diaboliques », qui ne sont vraiment pas des anges à l’image du diable qui en fut un, déchu ! Tel est le tableau dressé au travers des épisodes dont s’empare avec brio Nicolas Briançon.

Une mise en scène alerte et enjouée, sans répit ni temps mort, où l’humour le dispute au sérieux, le vice à la vertu ! Un quarteron d’acteurs au top de leur forme, dont Magali Lange seule femme au banc de l’accusation, cernée par trois prédateurs talentueux (Krystoff Fluder, Reynold de Guenyveau, Gabriel Le Doze). Jouant du genre en alternance, tantôt masculin tantôt féminin, tous usant avec délectation de cette belle langue fin XIXème, acérée et revisitée… Franchissez avec allégresse les portes du théâtre, si une diabolique bande de pervers squatte la scène, le diable ne se cache pourtant point derrière le rideau. Yonnel Liégeois

Les diaboliques, mise en scène Nicolas Briançon : Jusqu’au 14/04, du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 17h. Théâtre de Poche, 75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris (Tél. : 01.45.44.50.21).

  

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La cassette de Benoît Lambert

Du 13 au 15/03, au Théâtre de Sartrouville (78), Benoît Lambert, le directeur de la Comédie de Saint-Etienne, présente L’Avare de Molière. Dans une mise en scène sobre et sans artifices, la mise à nu d’une société gangrenée par le machisme et la cupidité. Un vibrant plaidoyer en faveur de nouvelles libertés à conquérir.

Sur la grande scène de Sartrouville, le monde ancien semble au bord de l’effondrement : d’une maison jadis vivable, ne subsistent qu’une charpente de bois délabrée, poteaux et cordages, de multiples malles où s’amoncellent objets et ustensiles recouverts de poussière ! L’image forte d’une société en faillite, minée par l’appât du gain et les contraintes sociales. Certes, au final, Harpagon serrera fort sa cassette retrouvée. Il n’empêche, la jeune génération aura bousculé les conventions, libéré l’amour des carcans familiaux, laissé entrevoir un possible autre que celui hérité de l’usure et du droit divin.

Nul besoin pour Benoît Lambert d’emprunter les artifices qui minent la scène contemporaine (vidéo, costumes alambiqués, scénographie pompeuse, phrasé jargonnant…), d’accumuler tics et tocs pour faire choc, pour faire entendre Molière. « J’ai l’impression qu’il m’accompagne depuis toujours, qu’il incarne pour moi l’essence du théâtre », confesse le metteur en scène. « Depuis Les Fourberies de Scapin qui fut l’un de mes premiers spectacles, jusqu’à L’Avare aujourd’hui qui coïncidait avec mon arrivée à la Comédie de Saint-Etienne, il rythme mon parcours : Tartuffe lorsque j’ai pris la direction du CDN de Dijon, Le Misanthrope quand nous nous sommes installés à Belfort avec ma compagnie ». Une fidélité de longue haleine, ouverte à la modernité du propos sans céder un pouce aux sirènes de la facilité : comme au bon vieux temps des tréteaux chers aux anciens (Copeau, Dasté, Vilar…), des visages enfarinés, des habits d’époque, le respect de la diction du XVIIème siècle.

La force de la comédie s’impose toujours, bien sûr, celle qui a provoqué nos fous rires lorsque nous désertions les bancs de l’école, par obligation scolaire ou déjà par plaisir du spectacle vivant, pour caler nos fessiers dissipés dans de jolis petits théâtres à l’italienne en de lointaines provinces ! Jouant Le Malade Imaginaire ou Tartuffe, si quelques interprètes en herbe ont cru à une fulgurante carrière de comédien par bonheur bien vite avortée, demeurent en mémoire de célèbres répliques et une affection irraisonnée pour cet auteur qui osa bousculer pouvoirs et conventions. Fort d’une troupe mêlant avec subtilité comédiens débutants et aguerris d’une étonnante fraîcheur et complicité, Benoît Lambert laisse libre cours à notre imaginaire, nous autorisant à interroger l’aujourd’hui à la lumière de ce propos surgi du passé. Et de basculer alors dans le drame à la vue de cette jeunesse maltraitée dans ses amours et son avenir par les suppôts d’un ordre hérité d’un monde où convenances et accumulation des richesses, discours rétrogrades et rigidités morales figent toute perspective de transformation.

Derrière le conflit familial, L’Avare de Molière et Lambert nous ouvre en vérité à une incroyable guerre de générations, à une prémonitoire lutte des classes qui n’aurait pas encore dit son premier mot : le partage des biens contre leur accaparement par quelques-uns, la place accordée à la jeunesse contre les caciques de l’ordre établi, la main tendue vers l’autre contre le poing serré sur une funeste cassette ! Yonnel Liégeois, photos Sonia Barcet

L’Avare de Molière, mise en scène de Benoît Lambert : Du 13 au 15/03, Théâtre de Sartrouville. Théâtre – Cinéma – Choisy-le-Roi, le 19/03. Le Théâtre de Rungis, le 22/03. Les Bords de Scènes – Espace Jean Lurçat – Juvisy-sur-Orge, les 26 et 27/03. Le Théâtre – Scène nationale de Mâcon, les 4 et 5/04. Théâtre de Roanne, les 10 et 11/04. Théâtre de la Ville de Saint-Lô, les 15 et 16/04. Pont des arts – Cesson-Sevigné, les 18 et 19/04.

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Creuzevault, aux origines du fascisme

Du 12 au 15 mars, à la Comédie de Saint-Etienne (42), Sylvain Creuzevault présente Edelweiss [France Fascisme]. Après avoir adapté l’Esthétique de la résistance de Peter Weiss, le metteur en scène s’attaque à la collaboration française à travers les figures d’écrivains et de journalistes convertis à l’idéologie nazie.

Ils s’appellent Pierre Drieu la Rochelle, Robert Brasillach, Lucien Rebatet, Philippe Henriot, Louis-Ferdinand Céline… Ils sont écrivains, journalistes. Certains ont connu les tranchées de la Première Guerre mondiale. Le 6 février 1934, ils étaient de la manifestation antiparlementaire à l’appel des Croix-de-Feu, de l’Action française et des ligues factieuses antirépublicaines. Ils ont en commun un antisémitisme viscéral, un féroce anticommunisme. Plutôt Hitler que le Front populaire, hurlaient-ils avec les loups. Après avoir monté l’Esthétique de la résistance de Peter Weiss, qui raconte la résistance communiste allemande, Sylvain Creuzevault met en scène la collaboration française. Un travail d’écriture de plateau à partir de lectures et autres documents audio et visuels, pour élaborer avec les acteurs, Edelweiss.

Plusieurs tableaux constituent cette pièce, se succédant sans temps mort ni faux raccords, déployant ainsi une frise historique chronologique qui s’autorise quelques allers-retours dans le passé tout en affirmant une volonté didactique sans faille. On pense à Bertolt Brecht, évidemment, dans cette adresse au public régulière, dans le jeu farcesque des acteurs, qui n’hésitent pas à s’interpeller ou à commenter leurs propres personnages dans des saillies humoristiques désopilantes, et dans ce décor à la fois imposant et épuré. Mais aussi dans cette idée d’un théâtre qui s’inscrit dans le présent, notre présent. Derrière cette fresque historique, ce décryptage de la collaboration par ceux qui la théorisèrent et en devinrent ses thuriféraires officiels par la littérature ou le journalisme, on entend la petite musique d’aujourd’hui qui se répand, sans complexe, sur les ondes ou les réseaux sociaux. « Le retour de l’hypothèse fasciste est d’actualité », dit Sylvain Creuzevault.

En retraçant la généalogie de l’extrême droite française, on mesure combien ses racines sont profondes et irriguent encore le champ politique. Les Brasillach d’hier ne sont-ils pas les Houellebecq d’aujourd’hui ? C’est en cela que le spectacle de Creuzevault est nécessaire, utile. On croit tout savoir, on ne sait plus. Parce qu’on tourne trop vite les pages du livre d’histoire, ou qu’il est incomplet. Alors Creuzevault remet ce chantier historique sur le métier, sur un plateau de théâtre, pas pour nous faire un cours mais pour éveiller nos consciences. Il projette en grand le tableau de Breughel l’Ancien, Margot la folle, et son paysage d’apocalypse ; nous téléporte dans la salle d’audience où se déroule le procès de Brasillach ou dans le salon familial de Rebatet ; nous permet de suivre à la trace Laval, qui ne cesse de devancer les ordres du IIIe Reich… Après le spectacle, quand le temps a fait son œuvre, on se remémore alors l’autre partie de ce diptyque consacré à la résistance communiste allemande. Leur complémentarité s’affirme, comme une évidence. Marie-José Sirach

Edelweiss [France Fascisme], mise en scène de Sylvain Creuzevault : Du 12 au 15/03 à la Comédie de Saint-Étienne, les 21 et 22/03 au Théâtre Bonlieu d’Annecy, les 27 et 28/03 à l’Empreinte de Brive, les 30 et 31/05 à Cergy-Pontoise.

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Déflorée, la mécanique de l’inceste

Jusqu’au 15/03, aux Amandiers de Nanterre (92), Stanislas Nordey propose Le voyage dans l’Est. L’adaptation, sensible et percutante, de l’ouvrage de Christine Angot décryptant l’inceste dont elle fut victime. Avec trois comédiennes pour incarner la narratrice, adolescente-jeune femme-adulte. D’une intense présence sur les planches, absolument poignantes.

La force de l’écrire, la puissance du dire… Sur la scène des Amandiers, la formule revêt tout son sens ! Un Voyage à l’Est au long cours, de Châteauroux à Strasbourg, 2h30 de parcours sur les planches qui défile pourtant à grande vitesse : pas un instant de répit, pas une once d’ennui ! Peut-on d’ailleurs, au terme de ce peu banal itinéraire, s’autoriser les applaudissements, hormis à la prestation lumineuse des trois comédiennes incarnant Christine Angot l’auteure et protagoniste, victime d’inceste ? Tant est prégnant, cinglant, émouvant, le poids du dire. Tant nous touchons, avec les rebonds récents de l’actualité, la vérité imprescriptible des actes dénoncés. Tant nous saisissons innocence et douleur de l’adolescente, fragilité de la femme ainsi torturée et martyrisée dans son intégrité… Du corps à la tête, de la tête au corps pour une longue durée, tant le temps n’est plus compté pour se retrouver, se reconstruire, reconquérir dignité et identité.

Un visage flouté sur grand écran, dont nous percevons cependant regards et doutes lorsque la gamine de 14 ans conte ses retrouvailles et rencontres, diverses et multiples, avec un père longtemps ignoré… Plus mûre peut-être ou plus lucide, les pieds ancrés sur le sol des Amandiers, la jeune femme en prise avec un démon, sous l’emprise d’un géniteur qui use de tous les stratagèmes pour nommer l’innommable, abuser sa fille en termes de plaisir partagé… À proximité, l’adulte du temps présent qui fait front au prédateur, qui ose interpeller mère et compagnon qui se sont tus, qui maîtrise les tenants et aboutissants de l’histoire à une époque où la loi se satisfait encore dun procès en correctionnel plutôt qu’aux Assises, où le non-lieu est monnaie courante sans preuves ni témoins.

Trois comédiennes, certes, pour incarner l’inceste subi par Christine Angot, surtout trois femmes d’aujourd’hui qui prennent visage et voix de milliers d’autres réduites au silence, accusées de docilité voire de complicité, suicidées et enterrées sous la chape du crime demeuré impuni. Sans parler de l’enfant, 160 000 victimes de violences sexuelles chaque année en France, dénombrées dans l’essai écrit par le magistrat Édouard Durand qui a coprésidé pendant trois ans la Ciivise (la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles). Avec Carla Audebaud, Charline Grand et Cécile Brune, magnifiques et puissantes incarnations, enfin la honte change de camp. Le prédateur est nommé, démasqué. La force clinique de la représentation ? La déflagration des mots couchés sur le papier qui adviennent ainsi en pleine lumière, en pleine face des spectateurs. Faits et gestes, stratégies et mensonges, motivations et justifications du violeur sont disséqués, inventoriés, répertoriés. Déflorée, la mécanique de l’inceste ! Quand la clarté des mots pointe sous la noirceur des maux, plus jamais le supposé geste d’amour ne saurait être invoqué : la perversité est ouvertement dénoncée, affichée.

Fidèle au propos de l’auteure, Stanislas Nordey le transmute en chant choral d’une puissance insoupçonnée au cœur même de l’horreur du séisme. D’une voix l’autre, d’un moment à l’autre, le temps est suspendu pour qu’advienne la vérité. Liberté, j’écris ton nom, clame le poète. Demain dans les commissariats de police et les palais de justice, sur un plateau de théâtre aujourd’hui, trois femmes libèrent la parole en défense de l’intégrité de l’enfant, de la responsabilité de l’homme, de la dignité de la Femme. Un acte fort à l’accent « poïétique » comme l’aurait qualifié le regretté Édouard Glissant, pas un plaidoyer manichéen, une parole à proférer partout et par tous. Yonnel Liégeois

Le voyage dans l’Est, mise en scène de Stanislas Nordey : Jusqu’au 15/03, les mardi et mercredi à 19h30, les jeudi et vendredi à 20h30, le samedi à 18h et le dimanche à 15h. Théâtre Les Amandiers, 7 avenue Pablo Picasso, 92000 Nanterre (Tél. : 01.46.14.70.00).

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Modesta, fille de joie

Jusqu’au 10/03, à la MC de Bobigny (93), Ambre Kahan propose L’art de la joie. L’adaptation à la scène du fameux livre de Goliarda Sapienza, la romancière italienne. L’épopée d’une femme libre, Modesta, un spectacle de longue durée qui irrite et ravit tout à la fois.

Sur la grande scène de la MC93, un imposant décor d’arches monumentales qui découpent les divers espaces de jeu, chambre-salon-dépendances… Un bel et majestueux agencement, à la taille de ce qui va se jouer à en perdre haleine : un siècle de l’existence d’une femme, symbole d’une incroyable fureur de vivre, d’un intarissable appétit d’amour et de liberté ! Modesta ? De l’enfant miséreuse à la princesse conquérante, bravant conventions sociales et tabous, une belle sicilienne qui cultive L’art de la joie comme manière d’être au monde et aux autres.

Reconnaissons-le d’emblée, en cette adaptation du fantastique et lumineux roman de Goliarda Sapienza, une première partie (5h30 déjà, entracte inclus !) qui en appellera une seconde, Ambre Kahan fait preuve d’une imagination, d’une audace et d’une bravoure à chavirer les têtes et les esprits. C’est beau, fort et puissant ! Jouissif en un mot, d’un tempérament explosif à l’image de Modesta l’héroïne… Celle-là même qui, sous la plume de la romancière, nous fait traverser l’histoire de la Sicile sur près d’un siècle.

Une épopée « spectaculaire »

Une véritable épopée, humaine et singulière, aux rebondissements et coups de théâtre tantôt burlesques tantôt dramatiques, dont nous ne dévoilerons surtout pas la trame, sinon qu’après bien des péripéties amoureuses et cavalières la gamine des campagnes se verra intronisée princesse d’un imposant domaine. Une existence authentiquement « spectaculaire » dont s’empare avec panache et sensualité la belle Noémie Gantier, époustouflante et flamboyante dans le rôle-titre.

Cependant, à trop vouloir étreindre tous les épisodes du volumineux ouvrage, pas moins de 798 pages, la metteure en scène nous offre une version scénique qui tend parfois vers le roman-photo. Certes bien agencé, animé et coloré, mais qui nuit à rendre compte de la puissance subversive de l’œuvre littéraire. D’autant qu’elle s’ingénie, comme bien de ses pairs, à immiscer des allusions et situations contemporaines, à surajouter des personnages venus d’ailleurs sous couvert d’actualisation. Qui se révèlent incongrus, alourdissent et ralentissent le propos, le hors-texte superflu s’avérant hors-jeu évident.

Une telle chanson de geste qui mérite force applaudissements, à n’en point douter, s’affinera dans le temps. Sans hésiter, voguez alors au fil des pages de L’art de la joie, le chef d’œuvre d’une femme et romancière exceptionnelle ! Yonnel Liégeois

L’art de la joie, mise en scène Ambre Kahan : Jusqu’au 10/03 à Bobigny, MC93 – Maison de la Culture de Seine Saint-Denis avec le Théâtre Nanterre-Amandiers. Les 16 et 17/03 à L’Azimut / Antony – Châtenay-Malabry. Les 28 et 29/03 à Malraux SN de Chambéry. Les 11 et 12/10 à Châteauvallon – Liberté SN.

Un roman culte, un classique

D’un chapitre l’autre, un bonheur de lecture à savourer sans  modération. Près de 800 pages qui se dégustent à petites gorgées pour que dure la musique des mots : la joie, tout un art ! L’art de la joie ? Une histoire de femme écrite par une femme, Goliarda Sapienza… Un roman culte, un classique de la littérature italienne qui nous  conte la vie  aventureuse, et amoureuse, de Modesta la sicilienne, née pauvre mais insoumise, éprise de son destin que nul ne peut lui imposer.

Une saga à multiples rebondissements, haletante et poignante, qui nous plonge avec talent dans les soubresauts de l’Histoire, individuelle et collective : la femme et le peuple, libérés (Le Tripode, 798 p., 14€50). Disponible jusqu’au 06/05/2024 sur ArteTV, ne manquez pas Désir et rébellion-« L’art de la joie » de Goliarda Sapienza, le superbe documentaire de Coralie Martin. Au travers d’extraordinaires archives qui restituent la voix bouleversante de l’écrivaine sicilienne disparue en 1996, un hommage lumineux à son destin et à son chef-d’œuvre « anarchiste » qui a triomphé de l’oubli près de vingt ans après sa mort. Y.L.

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Joséphine, souris parmi les souris

Jusqu’au 08/03, au théâtre de l’Échangeur à Bagnolet (93), Régis Hebette met magistralement en scène Joséphine la cantatrice ou Le peuple des souris. Le dernier texte de Kafka, que vient éclairer le jeu rayonnant de Laure Wolf.

À la suite de K ou le paradoxe de l’arpenteur, d’après le Château, Régis Hebette, metteur en scène et directeur du Théâtre de l’Échangeur à Bagnolet, explore avec rigueur et passion la dernière nouvelle de Franz Kafka, rédigée deux mois avant sa mort, Joséphine la cantatrice ou Le peuple des souris. Ce texte majeur, considéré comme son testament littéraire, interroge la place de l’artiste dans la société et la relation du peuple avec l’art. Il a été finement analysé par Sarah Chiche dans sa préface de l’édition Payot (2019) ou par Diane Scott dans S’adresser à tous (les Prairies ordinaires, 2021), plusieurs fois adapté à la scène dans des approches singulières.

Souris parmi les souris

Laure Wolf endosse à elle seule le rôle de Joséphine. Celui de la narratrice et de ce peuple des souris qui se décline en souris obséquieuses ou râleuses, soumises ou contestataires, admiratives ou méprisantes… Elle est rentrée par les coulisses, s’introduisant dans ce qui pourrait aussi bien être la loge de l’artiste que la piste d’un cabaret. De sobres panneaux noirs sur lesquels seront projetés des images et dessins en noir et blanc (lumières d’Éric Fassa) vont créer une scénographie puissante et un espace de jeu qui ouvre à l’imaginaire et à l’émotion. Sans se grimer, avec juste une petite queue qui sort de son imperméable, par sa façon de se déplacer à petits pas sautillants, de s’avancer vers le public comme pour lui frotter le museau, elle est la servante ou l’alter ego de Joséphine, souris parmi les souris.

Elle va chercher le public, le faire rentrer dans cette étrange fable animalière et métaphysique qui investigue la relation entre Joséphine et son peuple : « Qui ne l’a pas entendue ignore le pouvoir du chant. » Un peuple humble et travailleur qui joue le jeu de la vénération mais remettra aussi en cause son chant qui ne se distinguerait en rien du « sifflement ordinaire de ses congénères » et serait alors « sans qualité », renvoyant la cantatrice à sa fragilité. Cette énigmatique introspection sur la relation entre l’artiste et le peuple peut aussi être transposée à la relation entre le peuple et le pouvoir politique, la figure de Joséphine empruntant alors les traits d’un leader ou d’un dictateur. Le peuple des souris lui oppose le silence ou s’agite sans parvenir à constituer un corps commun qui se ferait entendre. Derrière l’apparente facétie de la fable, sourd aussi le désenchantement ou le pressentiment du désastre.

Kafka, atteint de tuberculose, écrit ce récit alors qu’il ne peut presque plus parler ni avaler. On entend alors le chant de Joséphine comme son dernier souffle. Qu’il rend le 3 juin 1924 au sanatorium de Kierling, près de Vienne. Marina Da Silva

Joséphine la cantatrice ou Le peuple des souris : Jusqu’au 8 mars, du mardi au vendredi à 20h30. Théâtre de l’Échangeur, 59 avenue du Général de Gaulle, 93170 Bagnolet (Rens. : 01.43.62.71.20). Le 29/03, à La Commune – CDN d’Aubervilliers (lors de la reprise de K ou Le paradoxe de l’arpenteur, du 27 au 31/03).

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Chirac, entre histoire et démagogie

Jusqu’au 27/04, au Théâtre de la Contrescarpe (75), Régis Vlachos propose Jacques et Chirac. Un portrait drôle et sans concession de celui qui fut président de la République de 1995 à 2007. Au cœur de coups bas et de trahisons célèbres !

Tel un diable, un génie, un pantin inquiétant qui surgirait de sa boîte, il s’élance vers le public, serrant des mains encore et encore « Bonjour, bonjour, je suis Jacques Chirac ! » s’écrie-t-il. Le bonhomme a tout du bateleur de foire. Il marque, à cette heure, son territoire en terre corrézienne. Au départ, avec ses maigres racines dans cette région du Centre, il patauge. Mais il y croit. Il est sympa, il s’accroche et ça marche. Il se souvient qu’enfant, il y venait en vacances avec sa mère. Un jour, elle l’empêche d’aller jouer avec son copain Henri, lui expliquant que si « son papa a une ferme, le tien a une banque » ! Cela change tout.

Au théâtre, Régis Vlachos, cheveux gominés, sourire carnassier et cravate, a endossé le costume. Avec Marc Pistolesi, qui signe la mise en scène, et Charlotte Zotto, à qui on doit aussi l’adaptation, il déroule cette farce tragique. Sur un rythme soutenu, avec des gags imprévus, une judicieuse utilisation de la télévision, Jacques et Chiracqui a triomphé au Festival d’Avignon off, s’est vu décerner, le 27 janvier, le prix éthique de l’association Anticor, laquelle veut « lutter contre la corruption et rétablir » de la morale en politique. Un vaste chantier.

Trahisons devenues célèbres

Régis Vlachos, à travers de nombreuses anecdotes, replace le personnage dans son époque. Celle de Marcel Dassault, richissime avionneur, celle du gaullisme et du président Pompidou, puis de Giscard d’Estaing. Mais aussi de Balladur et de Sarkozy. Il est alors de plus en plus question de luttes obscures, de coups bas et de trahisons devenues célèbres. Charlotte Zotto et Marc Pistolesi entrent dans la peau d’une vingtaine de personnages, souvent dans le cercle rapproché de l’ancien président, avec son incontournable épouse, Bernadette, à propos de laquelle il aurait dit : « Je ne trompe pas ma femme, je me suis trompé de femme ». Et surtout Claude, sa fille en charge de la communication élyséenne. Car, ce qu’a compris depuis longtemps le président Chirac, c’est que tous les slogans sont bons pour convaincre, qu’importent la réalité et les contradictions.

Jacques et Chirac est drôle, mais pas que. Certes, il flatte « le cul des vaches », savoure les bons plats et la bière, invite à manger des pommes. Tout le monde (ou presque) le sait et le spectacle ne s’y attarde pas. C’est plutôt vers les coulisses que sont tournés les regards. Régis Vlachos met en lumière des épisodes pas forcément glorieux, comme la Françafrique, autrement dit les relations (troubles) entre la République française et ses anciennes colonies d’Afrique. Jacques Chirac (d’autres avant et après lui aussi) n’hésite pas à entretenir des relations toxiques avec des dirigeants tel Mobutu, dictateur zaïrois et dixième fortune mondiale.

Ce qui n’empêche pas ce Jacques et Chirac, avec ses tranches d’histoire documentée, de porter un regard presque attendri sur ce bonhomme qui semble parfois contrarié dans ses souhaits véritables. Dans sa jeunesse, le fondateur du parti de droite UMP, successeur du RPR…, a vendu le quotidien L’Humanité dans les rues, le journal du PCF. Mais cela n’a pas duré longtemps. Gérald Rossi

Jacques et Chirac, de Régis Vlachos : Jusqu’au 27 avril, du mercredi au vendredi à 19h, le samedi à 20h. Théâtre de la Contrescarpe, 5 rue Blainville, 75005 Paris (Tél. : 01.42.01.81.88).

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