Didier Ruiz et le genre… théâtral, Avignon 2018

Avec Trans (més enllà), Didier Ruiz propose un étrange spectacle au public avignonnais. Les paroles fortes et bouleversantes de sept transsexuels, entre témoignage et curieux objet théâtral. Sans oublier Pulvérisés à Présence Pasteur, La guerre des salamandres à Villeneuve-en-Scène et Je délocalise au Théâtre de l’Ange.

 

Didier Ruiz, par sa manière d’envisager et de pratiquer son activité, occupe une place bien particulière au cœur du monde théâtral. Son avant-dernière production notamment, Une longue peine, nous en donne une idée bien précise : il avait recueilli les paroles de personnes ayant connu la prison mettant l’accent sur la question de l’enfermement. Avec Trans (més enllà) il poursuit son exploration de l’enfermement, mais cette fois-ci saisie (et mises au jour) dans les corps mêmes des personnes présentes sur scène. Soit cette fois-ci sept témoins choisis parmi de nombreux autres (c’est sans doute là d’ailleurs, dans ce choix, le premier acte théâtral de Didier Ruiz). Sept personnes donc, sept transsexuels barcelonais, quatre femmes et trois hommes de 22 à 60 ans invités à parler sur le plateau de leur vécu, de leur expérience, ce qui ne leur confère en rien, en tout cas comme peut le concevoir le public, le statut de comédien.

À moins que… Mais la question est bien celle-ci : sommes-nous au théâtre, et si oui, quels sont les éléments qui nous y mènent ? Question oiseuse ? Mais puisqu’il est question ici de genres (de transgenres), jouons sur les mots, et parlons du genre de l’objet présenté sur scène… Sommes-nous devant un objet théâtral ? Cette interrogation évacuée, reste ce qui est l’ordre du témoignage, mis en scène (mais oui) avec délicatesse et pudeur par Didier Ruiz aidé pour l’occasion par le chorégraphe Tomeo Vergès, dans une scénographie élégante d’Emmanuelle Debeusscher. Seules quelques animations visuelles et sonores viendront apporter une respiration entre les témoignages des uns et des autres. Pas de pathos, une parole simple et d’autant plus forte émise par les témoins immobiles face au public. Histoires bouleversantes, certes, que l’on imagine choisies parmi bien d’autres, sans doute tout aussi bouleversantes. On est saisi, mais au final on se demande s’il faut vraiment applaudir. Car enfin, qu’applaudit-on au juste : la « performance » des témoins ? Leur courage ? On ne sait trop. Jean-Pierre Han

Jusqu’au 16/07 à 22h, Gymnase du Lycée Mistral.

 

À voir aussi :

– Pulvérisés : Jusqu’au 29/07 à 16h40, Présence Pasteur. Nous connaissions « Le travail en miettes » du sociologue américain Georges Friedmann, il nous faudra désormais compter avec « Pulvérisés », le texte de la roumaine Alexandra Badea mis en scène par Vincent Dussart. Sur les planches quatre personnages sans nom, juste un sexe et une fonction : deux femmes (opératrice de fabrication à Shanghai, ingénieure d’études et développement à Bucarest) et deux hommes (responsable Assurance Qualité sous-traitance à Lyon, superviseur de plateau à Dakar) qui nous confient 24H de leur vie. Les comédiens se font porte-parole de ces inconnus que rien ne relie et que tout pourtant rapproche : aux quatre coins de la planète, mêmes illusions et déconvenues dans le labeur quotidien, mêmes souffrances et misères du monde pour chacun, qu’ils soient cadre supérieur dans les assurances ou petite main chinoise dans une usine de textile. Un chœur des lamentations contemporain, un regard sans concession sur notre humanité en faillite qui, paradoxalement, nous incitent plus à la rébellion qu’à la soumission. Yonnel Liégeois

– La guerre des salamandres : Jusqu’au 22/07 à 19h, Villeneuve-en-Scène. Robin Renucci, le directeur et metteur en scène du CDN Les Tréteaux de France, s’empare des salamandres du tchèque Karel Kapech, décédé en 1938 peu de temps avant son arrestation programmée par la gestapo. Un texte teinté d’un certain humour noir, une charge virulente contre le national-socialisme en particulier et féroce contre la folie humaine en général ! « L’esclavage auquel conduit la cupidité des hommes dans un capitalisme sans frein est au centre de l’œuvre où l’on peut lire aussi une fable écologique », commente le metteur en scène, « ce que nous vivons actuellement avec le dérèglement climatique, la désertification de régions entières, la fonte des glaces et la montée des mers, tout est déjà là, traité par la fiction. Čapek, comme Tchekhov en d’autres temps et lieu, dépeint un monde au bord de la destruction dans lequel des personnages aux forts caractères s’estompent peu à peu pour laisser percer la marche inéluctable vers l’abîme ». Yonnel Liégeois

– Je délocalise : Jusqu’au 28/07 à 14h40, Théâtre de l’Ange. Héritier de Devos ou Desproges, Albert Meslay se joue des mots avec intelligence, et impertinence ! Le cheveu rebelle, sous ses insolentes bacchantes, truculent pince-sans-rire, il distille son humour noir et décalé entre trois ou quatre bonnes vérités pas toujours agréables à entendre pour les bien-pensants engoncés dans leur costume-cravate. En ce cru 2018, en pleine crise européenne, il a prévu de délocaliser sa petite entreprise d’humoriste : pour écrire ses sketches, il s’est entouré d’auteurs comiques issus de pays émergents, de préférence à monnaie faible ! Succès garanti, à moindre coût, le rire en sus surtout. Yonnel Liégeois

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Classé dans Festivals, Les frictions de JPH, Rideau rouge

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