Un moment rare, Avignon 2019

Jusqu’au 23/07, se donne Amitié d’Eduardo De Filippo et Pier Paolo Pasolini. Un spectacle itinérant dans les villes autour d’Avignon, mis en scène par Irène Bonnaud. Avec un trio d’acteurs, François Chattot Jacques Mazeran et Martine Schambacher, qui se régale et nous régale ! Sans oublier Jean-Pierre – Lui, Moi à Villeneuve en scène et On voudrait revivre à La Caserne.

 

Est-ce une volonté délibérée des organisateurs du Festival ? Le constat que l’on peut faire de la première partie de la programmation, c’est qu’il appartient au spectacle donné hors remparts et proches quartiers de la ville, d’être le plus fidèle à l’esprit même de la manifestation et à son créateur Jean Vilar. Un spectacle qui, donc, tourne dans différentes petites villes plus au moins éloignées d’Avignon, dans un véritable geste de décentralisation qui recouvre ici tout son sens. Et comme le dit joliment le programme, « afin de favoriser l’accès au public de chacune des communes, nous vous rappelons qu’aucune navette n’est affrétée par le Festival pour ces représentations » ! Le prix des places a été abaissé à 20 euros, contre 40 ou 30 pour la Cour d’honneur et les autres lieux du « In »…

Tant mieux pour ce spectacle de tréteaux donné en plein air, dans une cour d’école ou dans un gymnase, une ancienne salle des fêtes, ou même un petit théâtre comme c’était le cas l’autre soir, à Sorgues, ce qui n’a pas manqué de désarçonner, dans un premier temps vite surmonté, les trois comédiens qui assument la représentation. Des comédiens, François Chattot, Jacques Mazeran et Martine Schambacher qui savent ce que le terme de décentralisation veut dire et agissent ici et comme souvent en toute amicalité, avec un plaisir évident et en toute rigueur. Amitié est d’ailleurs le très juste titre du spectacle initié et réalisé par Irène Bonnaud qui a souvent œuvré en complicité avec les trois comédiens. Mais Amitié fait d’abord référence à celle qui

unit autrefois Pier Paolo Pasolini et Eduardo de Filippo.

Le spectacle, en effet, a été conçu par Irène Bonnaud qui revient sur l’amitié unissant Pasolini et De Filippo, lesquels devaient tourner ensemble un film intitulé Porno Théo Kolossal, autrement dit en français, Film pornographique à grand spectacle sur lequel le cinéaste avait écrit une quarantaine de pages à partir desquelles il devait bâtir son scénario, laissant le soin à De Filippo d’inventer les dialogues, connaissant parfaitement les talents d’improvisation de son ami. Une amitié à première vue surprenante si l’on persiste à se faire de Pasolini une image conventionnelle d’écrivain et de cinéaste intellectuel, alors que De Filippo est un homme de théâtre jouissant en Italie d’une popularité touchant à la ferveur. On rappellera tout de même que Pasolini avait déjà tourné avec un autre acteur populaire, Toto, dans Uccellacci e uccellini (Des oiseaux petits et grands)… Malheureusement, avec l’assassinat de Pasolini, le film restera à tout jamais à l’état de projet.

À partir des éléments du film dont elle a eu connaissance, et en allant piocher dans les pièces et les textes de De Filippo, Irène Bonnaud a construit un spectacle d’une incroyable drôlerie qui laisse filtrer souvenirs et émotions. L’histoire inventée par Pasolini faisait état d’un roi mage qui partait de Naples (ô la savoureuse évocation de la ville !), suivait l’étoile vers Bethléem à travers toute l’Europe – nous sommes comme souvent chez lui – dans une sorte de « road movie » à l’italienne. Arrivé à destination, le Christ est mort depuis belle lurette… Entre farce (deux vieux chanteurs d’opérette essayent de vendre leur interprétation de la Veuve joyeuse condensée en dix minutes, dialogue entre une sœur et son frère à qui elle a caché pendant près d’un an la mort de sa femme, etc.) et poésie, car il y a de la poésie et de la douceur dans ce spectacle. Le trio d’acteurs se régale et nous régale, ils sont parfaitement à leur aise et d’une totale maîtrise de leur art. Jean-Pierre Han

À voir aussi :

Jean-Pierre, Lui, Moi : Écriture et jeu Thierry Combe, spectacle en

© Helene Dodet

plein air au Verger de Villeneuve en scène. Clos d’une belle palissade de bois où sont accrochés bouts de ficelle et petits papiers, entre ciel bleu et chant des cigales, le terrain de jeu de Thierry Combe est dessiné au sol : l’espace de Jean-Pierre le frère déficient mental, celui des parents, celui des intervenants (médecin, psy, éducateur)… Et le comédien d’évoluer d’un espace à l’autre, d’un personnage l’autre, avec un humour et un naturel confondants ! Nul voyeurisme ni pleurnicherie, de la délicatesse et une profonde tendresse pour ce frère bien réel dont il nous dresse le portrait et la vie au quotidien, de la naissance à l’enfance jusqu’au foyer où, adulte, il réside aujourd’hui. « Fiction et réalité, une frontière avec laquelle je m’amuse avec malice depuis plusieurs créations et que j’avais envie de questionner une fois de plus avec ce spectacle », commente Thierry Combe, le plainoisien d’adoption et complice de Franck Becker, l’ancien directeur de Scènes du Jura. Et nous aussi de nous amuser et rire vraiment, follement, de Jean-Pierre et lui, sans crainte, ni honte et fausse pudeur. D’une scène à l’autre, entre situations cocasses et dialogues intimes, Combe redouble d’énergie et de talent pour emporter le public dans cette aventure singulière : accueillir l’autre dans sa différence, faire fi de la norme et du handicap, laisser place à la dignité humaine de chacun ! Entre humour et émotion, un spectacle de haute teneur et riche en surprises de tout genre. « On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui », affirmait l’humoriste Pierre Desproges. Avec Thierry Combe, ce n’est pas seulement permis, c’est fortement recommandé ! Yonnel Liégeois

On voudrait revivre : Léopoldine Hummel et Maxime Kerzanet sur

©félix taulelle

les chansons de Gérard Manset, dans une mise en scène de Chloé Brugnon, La Caserne. Les chansons de Manset, quel univers ! Poétique, musical, intimiste dont s’emparent avec conviction les deux jeunes comédiens, récitants-chanteurs et musiciens… Plus et mieux qu’un spectacle hommage, en musique et poésie une plongée profonde dans l’univers de celui qui ne boit ni gin ni café ni bière mais qui se « shoote à l’accord parfait : do-mi-sol » ! Mêlant enregistrements, entretiens et paroles des chansons de Manset, le duo parfait entremêle verbe poétique et ligne mélodique pour nous faire ressentir émotions, pulsions, sensations d’un artiste trop méconnu du grand public. La scène devient studio, les planches intimité d’un local où s’amoncellent outils de création pour tout décor. Une mise en scène superbement orchestrée par Chloé Brugnon, un espace de jeu superbement agencé, éthéré, onirique où se jouent, se chantent et défilent paroles et musiques d’une vie, de la vie : celle de Manset, la nôtre aussi baignée parfois de solitude et de nostalgie, avec ce trop plein de tendresse parce que perce l’envie, même « si loin de son enfance, (de) refaire peut-être encore le grand parcours », de vouloir revivre. Avec un désir, fort : se laisser porter et emporter, encore et toujours, loin de toute mer agitée et des faux succès médiatiques, par cette vague déferlante de notes et de mots envoûtants. Léopoldine Hummel et Maxime Kerzanet ? Avec Gérard Manset, un trio de belle composition. Yonnel Liégeois

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Classé dans Festivals, Les frictions de JPH, Rideau rouge

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