Armand Gatti, toujours vivant

En avril 2017, à l’âge de 93 ans, Armand Gatti s’effaçait d’un monde qu’il avait traversé à l’ère des révolutions. On ne l’oublie pas dans ce temps autre, disloqué, ossifié dans l’incertitude et les colères. à travers divers textes redécouverts, un auteur et créateur toujours vivant.

Grâce à Matthieu Aubert, qui mettait en scène en 2016 ce texte oublié à la Parole errante de Montreuil (93), on redécouvre La moitié du ciel et nous (1). En 1969, à Berlin, Gatti rencontre Ulrike Meinhof. Un an plus tard, elle fonde avec Andreas Baader la Fraction armée rouge (RAF dite la « Bande à Baader »), dont les actions violentes, pour une partie de la jeunesse allemande, résultent de l’héritage nazi honni. Arrêtés, soumis en détention à des tortures psychiques, les membres de la RAF sont retrouvés morts dans leur cellule, pendus ou avec une balle dans la tête. L’État parlera de suicides ! En 1975, au Forum Theater de ­Berlin-Ouest, Armand Gatti orchestre La moitié du ciel et nous, pièce d’une complexité structurelle implacable, jouée par huit interprètes démultipliés en plusieurs rôles. Pour dire vite, c’est une ode en actes dédiée à maintes figures de femmes, résistantes, révolutionnaires, communistes, anarchistes, inscrites dans une théâtralité infiniment libre, selon une foudroyante architecture dialectique.

Par ailleurs, Stéphane Gatti préface L’archipel a touché terre, un long poème de son père adressé à Mim, c’est-à-dire Hélène Châtelain – la femme de sa vie, comme on dit bêtement à juste titre – qui s’effaçait à son tour, en avril 2020, touchée par le virus qui sévit partout (2). Voilà un grand poème d’amour où, des vers étagés en espaliers, s’élève, ardent, un chant digne de la fin’amor des troubadours, Gatti ouvrant sans merci l’écorce intime devant un paysage planétaire, sinon cosmique. Et c’est la sortie de Moranbong en DVD, grand film de Jean-Claude Bonnardot tourné en 1960 en Corée du Nord, scénario et dialogues de Gatti (3). Histoire d’un amour en temps de guerre, mochement censurée à l’époque. En 1956, Michel Vinaver avait publié sa pièce Les Coréensautre trace artistique sur ce conflit historique. Jean-Pierre Léonardini

(1) Éditions Deuxième Époque, texte revu et présenté par Matthieu Aubert, 92 p., 15€. (2) Éditions du Karrefour, avec le fac-similé du manuscrit et des photographies, 81 p., 16€. (3) Doriane Films, 1958, N&B, 83mn, 18€.

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Classé dans Cinéma, Documents, La chronique de Léo, Littérature, Rideau rouge

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