Arnaud Meunier, nouveau Candide !

Du 09 au 18/02, à l’Espace Cardin (75), se joue Candide de Voltaire mis en scène par Arnaud Meunier, le directeur de la MC2 de Grenoble. Un spectacle créé à la Comédie de Saint-Etienne en 2019. Avant la mise au silence du spectacle vivant pour cause de pandémie, à l’initiative des Scènes du Jura, Pierre-Marie Turcin avait assisté à la représentation ! Un article signé d’un fidèle lecteur des Chantiers de culture, professeur de philosophie à Lons-le-Saunier (39) et animateur d’un café philo à la librairie La Boîte de Pandore.

La verve, l’ironie, la fantaisie de Voltaire au service du théâtre ! Voltaire était connu de son vivant pour des œuvres « sérieuses », jusqu’à la publication de son conte, Candide ou l’optimisme. Qui semble une dénonciation des philosophes développant des théories loin du réel… Tel Pangloss, le disciple de Leibniz pour qui « notre monde est le meilleur des mondes possibles », et qui n’en démord pas parce que « jamais un philosophe ne se dédit ». Dit comme cela, toutes les religions, les métaphysiques, sont des dogmatismes : elles prétendent dire la vérité, et ne font que tromper les hommes sur la réalité, la vie, les émotions, les aventures.

Le metteur en scène Arnaud Meunier l’a bien compris, qui fait de l’odyssée de Candide, qui parcourt le monde à la recherche du sens de sa vie, (c’est-à-dire de son amour perdu, sa Cunégonde) une fuite vaine et absurde. Elle lui fait rencontrer des hommes méchants, imbus de leurs pouvoirs, exploitant les préjugés de condition, de race, de sexe. Et aussi des hommes bons, comme dans le pays d’Eldorado où l’abondance et la richesse produisent…  un ennui profond. Jusqu’à la modestie de la métairie finale, où « il faut cultiver notre jardin », lieu où l’organisation du travail entretient  les inégalités sociales, et les ambitions de vie saine un monde artificiel (l’écologie rêvée et moquée).

La gageure est tenue, le texte est dit avec bonheur par chacun des personnages qui parlent tour à tour d’eux-mêmes, comme s’ils étaient les spectateurs de leur propre vie (le décor est un écran, les costumes vont du baroque échevelé au plus simple appareil… ). Autre trouvaille, la musique d’accompagnement est jouée en direct, et chantée (avec les clins d’œil à des chansons, à la musique de Michel Legrand) pour faire, comme Leonard Bernstein l’avait réalisé en son temps, une véritable comédie musicale. La comédie est partout, alors que les malheurs sont toujours présents : qui a souffert le plus, Cunégonde, Pangloss, la Vieille ? Tragi-comédie de la compétition des souffrances !

Les fatalistes, et autres catastrophistes, en prennent pour leur grade. Les donneurs de leçons et directeurs de conscience sont emportés par leurs contradictions et par leur immoralité. Les penseurs manichéens et les théologiens sont un peu courts. Au fond, le tourbillon des hasards de l’existence dément toute explication rationnelle, et chacun reste avec ses illusions, et face à ses désillusions. Pas de philosophie donc, mais du théâtre ! Pierre-Marie Turcin

Jusqu’au 18/02, au Théâtre de la Ville-Espace Cardin. Les 22 et 23/02 aux Quinconces-L’Espal, Scène nationale du Mans. Du 9 au 11/03, au Jeu de Paume d’Aix-en-Provence. Les 23 et 24/03, à La Comédie de Saint-Etienne. Candide ou l’optimisme, traduit de l’allemand, de Mr le Docteur Ralph : pour échapper à la censure, le pseudonyme de Voltaire… Publié à Genève en !

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Classé dans Littérature, Musique et chanson, Rideau rouge

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